ÉPANCHEMENTS ABDOMINAUX
Deux circonstances peuvent alors se présenter : ou le sang coule avec rapidité, ou sa perte est lente. Dans le premier cas, tous les signes des hémorragies internes, tels que la päleur du visage et du reste du corps, le refroidissement des extrémités, la sueur glaciale et visqueuse, la petitesse et linsensibilité du pouls, se manifestent, en même temps qu’une chaleur douce et humide se répand dans le ventre , et que celui-ci devient de plus en plus volumineux. Dans le second, les phénomènes relatifs à la perte du sang sont à peine sensibles , et souvent même on n’est averti de la présence de l’épanchement que huit à dix jours après la blessure, lorsque le péritoine commence à être irrité. Le liquide glisse alors le long des parois abdominales , à la surface des circonvolutions de l'intestin, ou sur les cô-
tés de la colonne lombaire, et vient se ras- |
sembler dans lune ou l’autre des régions iliaques. Bientôt, sa présence devient incommode , et il provoque autour de lui la formation d’adhérences qui le circonscrivent en un foyer d’étendue variable. Alors, les signes de la phlogose du péritoine, joints à l'élévation de la région qu’il occupe , à la fluctuation qui s’y fait sentir, ne permettent plus. de méconnaître l’'épanchement, et la mort pourrait survenir avant l’accomplissement du travail éliminateur auquel l’organisme va se livrer, si l’art ne se hâtait de donner issue au liquide.
Aussi longtemps que l’hémorragie interne n’est pas arrêtée, le chirurgien doit se borner à la combattre par tous les moyens indiqués en pareils cas, et qui seront exposés plus loin. Et même après la cessation de l’écoulement sanguin, on peut espérer encore que le repos, les saignées générales et locales, les émollients et les révulsifs, provoqueront l'absorption du liquide épanché.
Ce traitement doit toujours être d’abord mis en usage, L'évacuation artificielle de la matière de l’épanchement n’est positivement indiquée que lorsque des accidents d’inflammation profonde et une fluctuation manifeste en établissent la nécessité. Pratiquée à cette époque, elle épargne au blessé le travail éliminatoire et les douleurs que l’ex-
pulsion de la matière épanchée entrainerait
plus tard ; et lorsque celui-ci a déjà occasionné des accidents secondaires , elle peut encore prévenir le développement de désordres plus grands et parfois mortels.
L'opération étant résolue, le blessé ser couché de manière à ce que les parois ba. minales soient relächées , et placé près du bord du lit correspondant à la tumeur. Le chirurgien fait alors, au devant de la collection sanguine , une incision longitudinale d’un à deux pouces. Les vaisseaux sont liés à mesure qu'on les divise , et l’instrument ayant pénétré avec précaution dans le foyer, l'évacuation du liquide à lieu immédiatement. On panse ensuite le sujet, en conservant pendant quelque temps dans la plaie une mèche de linge effilé, qui prévient la trop rapide spl tn ait e ses bords.
La lésion des vaisseaux chylifères, ou de quelqu’une des racines du canal thoracique, donne lieu à un épanchement de chyle ou de lymphe à peine sensible , et qui semble n'avoir Jamais été la cause d'aucun accident grave. Si la section du canal thoracique est une lésion dangereuse, ou même mortelle, c’est moins par l’épanchement auquel elle donne lieu qu’à raison de l'obstacle qu’elle apporte à la nutrition.
La bile épanchée, quoique en petite quantité, détermine presque constamment, ainsi que nous l’avons déjà fait pressentir plus haut, une péritonite suraiguë, qui bientôt s'étend au loin et occasionne la mort. L’urine produit des effets semblables, quoique peut-être moins rapides. Enfin, la sortie des matières stercorales n’est pas moins funeste. Dans ces cas, la chirurgie ne peut que combattre les accidents inflammatoires. Il ne faut pas oublier que souvent , alors même que l’épanchement a produit une péritonite mortelle, on ne trouve sur le cadavre aucune trace des liquides qui l'ont provoquée, l’absorption les ayant fait disparaitre, ainsi que Dupuytren l’a démontré par de nombreuses expériences. J’ai vu, toutefois, dans un cas de piqûre du colon descendant, la plaie ne donner passage qu'à de petites quantités d’humidités stercorales, qui déterminèrent une péritonite chronique, circonscriteau flanc gauche, laquelle occasionna a mort trois mois après la blessure, sans
que l'inflammation se fût propagée au reste du péritoine.
Résultat d’une inflammation ordinairement aiguë et violente du péritoine, lépanchemént du pus est fort rare, par cette raison que la mort termine presque ioujours la maladie avant qu'il ait eu le temps de se
“produire. Si cependant on pouvait diagnostiquer sa présence, il conviendrait de lui donner issue aussitôt que le foyer serait bien caractérisé, et que le liquide commencerait à se porter au dehors; l'opération ne différerait pas alors de celle qui a été indiquée plus haut.
Le péritoine , irrité d’une manière lente ou chronique, devient assez souvent le siége d’une collection séreuse, plus ou moins considérable , à laquelle on a donné le nom d’hydropisie ascite. Cette maladie est facile à reconnaître au volume du ventre, à la convexité des flancs , à la matité du son sur les parties latérales , tandis qu’il reste sonore au milieu , où sont rassemblées les circonvolutions intestinales , enfin , au mouvement du liquide, dont on détermine la fluctuation , en percutant, d’un côté, les parois de la cavité, tandis que l’autre main est appliquée à plat sur le côté opposé. Lorsque la maladie a résisté aux moyens internes ou externes employés pour la guérir, et que l’abdomen est devenu très-volumineux, très-tendu et fluctuant dans toutes ses parties , il n’y à d’autre moyen de conserver, ou du moins de prolonger Les jours du sujet, que d'ouvrir une issue au liquide épanché.
On donne à cette opération le nom de paracenthèse.
Avant de l’exécuter, le chirurgien doit préparer un trois-quarts , instrument dont l’idée première appartient à Sanctorius , et qui fut successivement amélioré jusqu’à J.-L. Petit, qui acheva de le perfectionner ; des alèzes garniront le lit du sujet ; un grand vase, destiné à recevoir le liquide, sera placé à proximité ; enfin quelques compresses, un bandage de corps ou une bande de flanelle , large de quatre à cinq travers de doigt, et plusieurs serviettes, compléteront l'appareil. Entre la tige du trois-quarts et la canule doit régner une souttière destinée à laisser sortir un peu de sérosité lors-
que l'instrument est parvenu jusque dans la collection qu’elle forme. Il est utile ;‘en outre, que la canule porte latéralement, près de son extrémité interne , deux ou un plus grand nombre d'ouvertures latérales , afin d’empécher l'effet de soupape que produisent les intestins ou l’épiploon, en s’appliquant contre son ouverture centrale, lorsqu'elle est unique , et qui exige l’introduction d’un stylet mousse, susceptible, maloré cela, de blesser les viscères.
Le malade peut être assis sur un fauteuil, les jambes médiocrement écartées. Les chirurgiens anglais préfèrent en général cette position , qui a cependant le désavantage de rendre plus faciles les syncopes qui succèdent fréquemment à l'évacuation du liquide.
Le plus grand nombre des praticiens font, au contraire, et avec raison, coucher le malade sur le côté de son lit correspondant à l'endroit où l’on se propose de faire la ponction. La tête et la poitrine doivent être médiocrement élevées , et les jambes , ainsi que les cuisses, à demi fléchies. Une serviette placée entre le diaphragme et l’ombilic a pour objet de refouler le liquide en bas , et d’éloigner encore la paroi abdominale des viscères. Elle peut , sans inconvénient , être remplacée par les mains d’un aide , placé du côté opposé à l'opérateur, et qui refoule le liquide vers lui.
Il est assez indifférent d'opérer d’un côté ou de l’autre. Quelques praticiens préfèrent toutefois le côté droit, parce que l’épiploon y descend, disent ils, moins bas, et que les intestins grêles sont plus spécialement dirigés à gauche. Mais lorsqu’en explorant l'abdomen on sent dans l’un des hypocondres une tumeur dure et squirreuse, il faut opérer du côté opposé, afin de ne pas s’'exposer à blesser le viscère affecté. Quatre travers de doigt au-dessous et sur le côté.
de l’ombilic , tel est l'endroit où l’on a proposé de porter le trois-quarts. Mais il est évident que la dilatation des divers éléments de la paroi abdominale étant inégale et variable , les rapports de ces parties ne sauraient demeurer constamment les mêmes.
On risque peu en s’éloiguant de l’ombilic et du bord externe du muscle droit; en se rapprochant trop de ces parties, on court, au