C. Contusions
D, Commotions.
Conducteurs des sensations et des irradiations cérébrales qui déterminent les mouvemens, les nerfs peuvent être atteints de lésions diverses produites par les corps extérieurs. Parmi ces lésions* les piqûres et les divisions incomplètes des cordons nerveux sont les plus graves. Elles donnent lieu à des douleurs violentes et continues, ^ à de l’agitation, à des convulsions, à des spasmes, et même au tétanos et à la mort. Les sections complètes des nerfs ne déterminent aucun phénomène de ce genre ; mais l’engourdissement, l’insensibilité et la paralysie en sont le résultat, lorsque le tronc blessé est le seul qui anime, soit un membre entier, soit une partie considérable de ce membre. Les nerfs contus avec violence, cessent momentanément de remplir leurs fonctions, qui se rétablissent ensuite, ou sont définitivement abolies, suivant que l’organe revient à son état normal, ou perd sa texture. C’est à l’ébranlement des cordons nerveux d’une partie, ou même de tout le système nerveux qu’il faut attribuer cette stupeur profonde, cette insensibilité locale ou générale que l’on observe quelquefois chez les
sujets frappés à l’armée par de gros projectiles, ou par des corps contondans très volumineux.
Les nerfs piqués, ou imparfaitement divisés, peuvent reprendre l’entier exercice de leurs fonctions. Il est même démontré, d’après les belles expériences de Cruikshanks, Fontana, Monro, Michaëlîs, Haighton, Meyer, et plusieurs physiologistes de l’époque actuelle, que les nerfs entièrement coupés peuvent se réunir et rétablir la continuité des rapports entre le cerveau et les parties auxquelles ils se distribuent.
Lorsqu’un nerf est piqué ou imparfaitement divisé, il faut d’abord faire garder au malade un repos absolu, recourir aux applications émollientes et calmantes, aux bains, aux légers narcotiques à l’intérieur. Si ces moyens ne réussissent pas à calmer les accidens , et si des phénomènes graves se manifestent, il faut pratiquer immédiatement au-dessus de la plaie une incision au fond de laquelle on coupe en travers le nerf blessé. Cette opération est plus sûre, et moins douloureuse que la cautérisation de la plaie elle-même, opérée au moyen du cautère actuel, ou du deuto - chlorure d’antimoine liquide. Après la section des nerfs, il faut tenir le membre en repos, et attendre des efforts de la nature le rétablissement des fonctions des organes divisés. Des frictions excitantes, des douches d’eau minérales, et autres moyens du même genre, peuvent alors être fort utiles. Les frictions, aidées de l’administration intérieure des toniques diffusibles, conviennent dans les cas de violentes commotions. Toute espèce d’évacuation sanguine est contreindiquée pendant la stupeur du système nerveux.
L’inflammation aiguë des cordons nerveux existe rare-
Pronostic.
Traitemcnu
ao N-euriU.
3° Tumeurs des nerfs.
4^ Tubercules douloureux mis-cutunés.
556 L. VI. MALADIES DE l’aPPAREIL SENSITIF.
ment, et- doit être combattue comme toutes les autres. Il est beaucoup plus commun de la voir se prolonger à l’état chronique, et constituer les névralgies. Celles-ci sont caractérisées par des douleurs de nature variées, étendues le long des nerfs, dont elles suivent et dessinent en quelque sorte les ramifications. Il est peu de moyens que l’on n’ait employés contre ces maladies, depuis les simples frictions avec la flanelle, jusqu’aux douches, aux vésicatoires et aux moxas. Lorsque la névralgie est insupportable, et qu’elle affecte un cordon nerveux dont la section ne peut avoir de graves conséquences, il convient, après avoir épuisé tous les moyens connus, de découvrir ce nerf, et de le couper en travers, ou, pour plus de sûreté, d’en exciser uneporlion plus ou moins étendue. Cette opération a plusieurs fois réussi,* elle n’est cependant pas infaillible, parceque les anastomoses des autres nerfs, en ramenant l’influx cérébral dans les branches affectées, peuvent y rappeler aussi la douleur.
L’inflammation chronique des nerfs y développe quelquefois des tumeurs plus ou moins volumineuses, tantôt formées par le tissu fibreux, ou squirrheux, et tantôt dégénérées en cancer. E. Home, MM. Dupuytren, Dubois, Piicherand, Marjolin et autres, ont rencontré des tumeurs de ce genre, dont l’extirpation n’a souffert aucune difficulté. Il faut alors, comme dans le cas de simple excision d’une portion d’un nerf, commencer par couper la partie de cet organe la plus élevée, afin que le sujet ne ressente qu’une seule fois la douleur qui résulte de cette section.
On rencontre quelquefois sous la peau des tumeurs dures, arrondies, mobiles, excessivement douloureuses
à la plus légère pression , et dont la présence devient bientôt insupportable. Il semble que ces productions aient leur siège dans les ramifications nerveuses cutanées. Si les applications émollientes et narcotiques ne suffisent pas pour les faire disparaître, il faut Inciser sur elles les tégumens, les saisir avec unecrigne, et les emporter. Cette opération, toujours facile à pratiquer, est constamment suivie d’une guérison radicale.
Les lésions produites par les corps extérieurs, soit aux parties qui enveloppent et protègent la moelle rachidienne, soit à ce prolongement nerveux lui- même, ne réclament presque jamais la pratique d’aucune opération chirurgicale. Placer le sujet dans son lit, en lui donnant une telle situation qu’il souffre le moins possible ; recourir aux évacuations sanguines générales, et surtout locales; couvrir les parties de fomentations émollientes; employer à l’intérieur les boissons délayantes, tels sont les moyens à l’administration desquels il faut se borner. On doit toutefois commencer toujours par écarter les complications que la plaie elle- même peut présenter. Si, par exemple, après les piqûres, aucun pansement spécial n’est utile, il faut, après les divisions simples, réunir la plaie au moyen d’emplâtres agglulinatifs. Lorsque les vertèbres ont été fracturés par des coups de feu, on doit dilater les ouvertures de la balle, extraire les corps étrangers, les esquilles détachées, et attendre ensuite le résultat du travail organique. Si, dans ces cas , ordinairement mortels, les parties situées au-dessous delà blessure étaient paralysées, il faut, au moyen du cathétérisme répété, s’opposer h l’accumulation d’une quantité trop considérable d’urine dans la vessie.
5® Blessuret du rachis.
6 O Fracture des vertèbres.
yO luxations de cés os.
8® ISydrorachis,
Bachiartiirocace.
658 L. Vli MALADIES DE l’aPPAREIL SENSITIF*
La seconde vertèbre est presque la seule qui puisse être luxée à raison des mouvemens étendus qui ont lieu entre elle et la première. Ce déplacement est ordinairement mortel. Si cependant, comme on en rapporte quelques exemples, le sujet pouvait survivre, ayant Ja tête inclinée vers l’une ou l’autre épaule, la prudence défendrait de rien tenter pour réduire un semblable déplacement. Il faudrait de même respecter les incurvations communiquées à la colonne dorsale par les violences extérieures qui, quelquefois, déchirent les ligamens dorsaux et détruisent la rectitude du tronc. J’ai vu un soldat du génie qui, après avoir été frappé par un éboulement de terre, avait Je corps courbé à angle droit à la hauteur des vertèbres lombaires. Plusieurs invalides sont dans le même cas.
Caractérisée par une tumeur molle, fluctuante, et plus ou moins considérable, située au bas du dos, l’hydrorachis ou le spina-bifida des enfans est une affection mortelle. La ponction qu’on a voulu lui opposer n’a presque constamment eu que de funestes résultats. On doit se borner à l’emploi des moyens indiqués contre les hydropisies.
L’inflammation chronique, et la carie des vertèbres sont des affections plus communes qu’on ne le croit gé* néralement. Caractérisée par des douleurs continuelles et profondes dans la région qui en est le siège, celte maladie donne lieu à des dépôts par congestion, qui se manifestent, tantôt en arrière, tantôt sur un des .points de la face antérieure du tronc, et ordinairement aux aines. Le moyen le plus efficace qu’on puisse lui opposer consiste, indépendamment des médications réclamées par
LÉSIOÎïS DES CORDONS NERVEUX ET DU RACHIS. 55 9
l’état général du sujet, en des moxas appliqués le long du rachis, et multipliés jusqu’à l’entière disparition de tous les phénomènes morbides. Les petits moxas employés dans ce cas par M. Larrey, au nombre de plusieurs centaines, ont opéré des guérisons nombreuses. Le mal de Pott n’est autre chose que la maladie qui nous occupe, affectant la région lombaire, et accompagnée de la lésion delà moelle dorsale, ainsi que de l’affaiblissement ou de la paralysie des membres inférieurs. Il faut la combattre de la même manière, ou placer sur les côtés dli rachis deux larges cautères que l’on entretient en y plaçant deux ou trois fèves de haricots. L’irritation que ces fonticules établissent à l’extérieur devient révulsive de celle des parties internes, et la guérison s’opère quelquefois.
Le mal de Pot n’en
diffère pas.
56o L. VI. maladies de l’appareil sensitif.
lO Blessures du crâne.