CHAPITRE IIJ
MALADIES DES OS
Caractérisées par la solution de continuité d’un ou de plusieurs os, les fractures sont simples ou compliquées, suivant que l’os seul est brisé, ou que les parties molles voisines, les nerfs, les vaisseaux, ou d’autres organes, ont été en même temps atteints. D’après leur direction, l’on distingue les fractures en transversales, obliques et longitudinales. Celles-ci sont impossibles aux os longs. Le nom de fracturesfrtîomminutives a été réservé à celles dans lesquelles les os sont réduits en beaucoup de fragmens, et pour ainsi dire broyés.
Toujours produites par des violences extérieures, soit directes, soit agissant par contre-coup, les fractures donnent lieu à une douleur locale plus ou moins vive, à l’impossibilité de mouvoir la partie aussi bien que dans l’état de santé, à des changemens dans la longueur, la forme, la direction du membre, à des inégalités quelquefois sensibles au tact sur la partie frappée, à la mobilité de l’os sur un point de sa longueur, enfin à la crépitation. Les deux premiers de ces signes sont équivoques, et peuvent déperidre aussi bien d’une violente contusion que d’une fracture. Les autres sont autant de résultats du déplacement plus ou moins considérable des fragmens. Ceuxci peuvent, en effet, être entraînés loin de leur situation
Fracture»^
Elles
sont simples ou
compliquées,
transversales , obliques , longitudinales, ou
comminutÎTes.
Signes
des fracture».'
Variétés
deg déplacemeus.
L'usage du stéthoscope est ÎDutile.
iProtiostic.
Formation du cal.
6o4 L. VII. CH. ÏII. MALADIES DE l’aPP. LOCOMOTEUR.
normale par la cause vulnérante elle-même, le poids du corps ou l’action musculaire. Ces déplacemens ont lieu suivant Tépaisseur, la circonférence, la direction ou la longueur de i’os. Dès lors, ou la partie inférieure du membre est contournée en dedans ou en dehors, ou le lieu de la fracture présente une courbure insolite, ou l’extrémité entière devient plus courte. Les fractures oblicjues permettent aux fragmens de remonter avec plus de facilité les uns sur les autres, que les fractures transversales ou en rave. La crépitation est produite par le choc ou le frottement des pièces osseuses. Pour la développer, il faut, d’une main, couvrir et fixer le membre au-dessus de la fracture ; de l’autre, saisir l’extrémité inférieure de i’os blessé, et lui imprimer des mouvemens légers de rotation. ^ Tantôt alors un bruit manifeste se fait entendre ; tantôt un craquement léger et seulement perceptible au tact a lieu. On sent combien ces mouvemens doivent être dirigés avec prudence, pour ne pas, sans nécessité, augmenter les douleurs, étendre les déchirures, et rendre l’irritation plus vive.
Le stéthoscope, que M. Lisfranca proposé d’appliquer au diagnostic des fractures est presque toujours inutile : s’il y a de la crépitation entre les pièces divisées, on peut la reconnaître sans cet instrument ; s’il n’y en a pas, il ne fournit aucun signe nouveau.
Les fractures sont d’autant plus graves que le sujet est plus âgé, l’os plus volumineux et entouré de muscles plus puissans, la division plus oblique, les lésions dés parties molles environnantes plus étendues et plus profondes. La guérison s’opère d’abord à l’aide de l’ossification des parties fibreuses, cellulaires et charnues qui entourent la
Il est
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fracture et qui l’enveloppent d’une virole osseuse plus ou moins considérable et solide, en même temps que, dans le canal médullaire, une sorte de bouchon osseux contribue encore à affermir l’union des fragmens. Ceuxci, mis en rapport, au milieu de ce cal provisoire, ne s’unissent immédiatement que fort tard, et par l’ossification d’une lymphe concrescible épanchée entre eux. Ce cal définitif persiste seul, le cal provisoire disparaissant, et les tissus aux dépens desquels il était formé reprenant par gradation leurs propriétés et leurs usages. Chez quelques sujets, soit que l’immobilité des fragmens n’ait pas été assez long-temps, ou assez exactement maintenue, soit que l’irritation développée autour d’eux ait manqué d’activité, les tissus qui devaient former le cal provisoire demeurent mous, fibreux, et la consolidation ne s’opère pas. Dans ces articulations anormales, les extrémités des os s’arrondissent, s’encroûtent d’une sorte de lame cartilagineuse très mince ,* une membrane synoviale accidentelle les enveloppe, leur permet des mouvemçns assez étendus, et des faisceaux fibreux plus ou moins solides affermissent leurs rapports.
La réduction des fractures est une opération à laquelle il faut toujours procéder, malgré l’intensité du gonflement inflammatoire qui est déjà survenu. Ce principe est de rigueur, car il est évident que le premier moyen de combattre et de faire avorter celle inflammation est de replacer les os, dont les pointes irritent et déchirent incessamment les chairs, dans leur situation normale. Afin de procéder alors avec méthode, il faut placer le membre dans la demi-flexion, relâcher toutes les parties, et faire exercer l’extension, ainsi que la contre-extension sans
pMTisûire ,
ou définitif.
Formation
dos
articulations
anoriuidei.
Réduction.'
Contention des fractures.
Des fractures en particulier.
606 L. VII. CH. III. MALADIES DE l’aPP. LOCOMOTEUE.
que les muscles qui passent sur la fracture soient immédiatement froissés et irrités par les-mains des aides. Les lacs sont constamment inutiles : les saignées, les caïmans, les bains prolongés doivent, en diminuant la susceptibilité du sujet, avoir préparé le succès des efforts de réduction.
Il est plus simple, plus facile et moins fécond en graves inconvéniens d’éluder et de faire disparaître la résistance des muscles, que de la combattre de vive force, et de lutter directement avec elle. Dans le premier cas on la fait presque disparaître, dans l’autre, on la rend plus considérable par l’irritation que l’on provoque. Ces principes commencent à être généralement appliqués au traitement des fractures. A la situation étendue des membres, aux bandages compliqués dont on les couvrait,^ aux extensions continuées qui torturaient les malades; à tout cet appareil imposant dont Desault s’environnait et qu’il transmit à ses élèves, on substitue généralement la position demi-fléchie, le relâchement musculaire et une liberté plus grande des parties affectées. C’est de l’immobilité, ainsi que d’une bonne situation des membres, et non de l’emploi de moyens mécaniques violons, que l’on attend aujourd’hui, dans presque tous les cas, la guérison exacte des solutions de continuité des os. Le bandage de Desault, pour la clavicule, celui qu’il appliquait pour les fractures du col du fénuir, son appareil à extension continuée, sont déjà presque entièrement rejetés de la pratique.
Quelques mois sur les fractures en particulier feront mieux connaître encore la manière la plus méthodique de les traiter.
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Toujours opérées par des causes directes, les fractures des phalan«i;es des doigts exigent que Ton entoure l’organe avec un bandage roulé, et que l’on place, devant et derrière lui, une attelle de bois mince et flexible, que de nouveaux tours de bande alFermissent.
Les os du métacarpe demeurés sains servent d’attelles à ceux que des coups de feu ou d’autres causes analogues ont fracturés. La main doit alors être placée sur une palette de bois, sa face palmaire convenablement soutenue, et une compresse épaisse recouvrant sa face dorsale. Les doigts seront maintenus dans la demi-flexion.
Les os du carpe ne sont jamais le siège que d’écrasemens plus ou moins considérables, et alors il convient de se borner à combattre les accidens produits par la lésion des parties molles. L’immobilité du membre est le seul moyen que l’on puisse opposer à ces fractures.
Les deux os de l’avant-bras peuvent être brisés isolément ou à la fois. Dans tous les cas, surtout lorsque la lésion existe vers le milieu du membre, il faut faire donner à celui - ci une telle situation que l’apophyse styloïde du radius soit placée directement vis-à vis du condyle externe de l’humérus. Alors les deux os de l’avant-bras sont exactement parallèles. Deux compresses longuettes, épaisses et graduées sont ensuite appliquées le long des faces antérieures et postérieures du membre, et maintenues à l’aide de quelques tours de bande. Sur ces compresses doivent être placées deux larges attelles que de nouvelles doloires assujettissent. Les attelles que l’on met quelquefois aux côtés externe et interne de l’avant-bras sont inutiles. La main et les doigts, couverts d’un bandage roulé, doivent être placés dans la demi-
I Fraclures des phalanges.