LIV. ï. CHAP. lï. DE l’inflammation
Usap:e
tlu Ijclelloiiictre.
presque remplie de sang, a cessé d’agir, il faut la détacher, et l’on peut, au besoin, renouveler l’évacuation sanguine , en lavant la partie avec de l’eau tiède , et en réappliquant de nouveau la cloche, après l’avoir nettoyée.
Toutes ces irranœuvres sont longues, douloureuses , fatigantes pour le malade et pour le chirurgien. C’est ce qui a fait imaginer à MM. Demours et Sarîandière de remplacer la ventouse au moyen d’un instrument que le second de ces praticiens a nommé bdellomètre. Semblable à la ventouse pour la forme du verre , le bdellomètre présente à son fond une tubulure qui reçoit une boîte à cuir, dans laquelle entre à frottement une tige d’acier. L’extrémité intérieure de celle-ci supporte une plaque de largeur variable, et sur laquelle sont fixées un plus ou moins grand nombre de lames de lancettes. Sur l’un des côtés de la ventouse est une seconde tubulure è laquelle est fixée une pompe aspirante , destinée à faire le vide sous la cloche. Enfin , dans l’instrument de M. Sarîandière, est une troisième ouverture placée près du bord et garnie d’un robinet , afin de pouvoir laisser le sang s’écouler à mesure qu’il remplit la ventouse.
Pour faire usage du bdellomètre, on l’applique sur la partie malade, et pendant qu’une main le soutient, de. l’autre on fait agir le piston de la pompe. Le vide s’opère, et bientôt les tégumens rougissent et se tuméfient ; alors on presse sur la portion extérieure de la tige d’acier, et l’on enfonce dans l’épaisseur du derme les lames de la plaque intérieure. Cette opération est immédiatement suivie de la sortie du sang, qui jaillit
ET DES opérations QU ELLE RECLAME. 4^
dans le vase , et dont on peut prolonger ou accélérer la sortie en agissant sur la pompe h mesure que le vide tend à se remplir.
îl est incontestable que le bdellomètre est plus facilement et plus promptement appliqué que la ventouse scariliée ordinaire ; mais cet avantage est plus que racheté par sa complication et par sa fragilité. En effet , les pièces y sont si multipliées, qu’après un usage fort court l’air y pénètre de toutes parts, et qu’il est impossible de l’appliquer de nouveau. La troisième tubulure de M. Sarlandière ajoute encore sans nécessité à ces inconvéniens; et comme , en dernier résultat , le bdellomètre ne produit aucun autre effet que les ventouses scarifiées ordinaires, on peut le ranger parmi les instrumens qui attestent le génie inventif de leurs auteurs, mais qui ne sont pas d’une grande importance dans la pratique. L’habitude, unie à la dextérité et à la légèreté de la main , font disparaître presque toutes les longueurs et les douleurs qu’entraîne l’emploi des ventouses scarifiées.
M. Sarlandière a proposé de substituer dans quelques cas, à l’ouverture évasée du bdellomètre, un tube étroit susceptible d’être introduit dans le nez, la bouche, le vagin, etc. Un pinceau de soie de sanglier, contenu dans l’instrument, servirait à piquer les membranes muqueuses de ces parties et‘à faire sortir le san»;. L’expérience n’a point encore prononcé sur Futilité d’un instrument de ce genre.
Il est des cas où l’inflammation résiste à tous les moyens indiqués jusqu’ici, et où elle augmente incessamment des, violence , malgré l’emploi du traitement le plus méthodique. En examinant attentivement alors les parties , on y
7 ’ Débrideraens.
Ils «ont
nécessaires dans }«( ihQamniations avec
éuanglcment.
Telle» que le furoncle ,
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découvre presque constamment une disposition spéciale qui explique cette ténacité et cette violence toujours croissante de l’irritation; je veux parler de l’étranglement des tissus affectés.
Lorsque certaines parlies du corps, telles que les paquets cellulo-graisseux contenus dans les cellules fibreuses de la face profonde du derme , les tissus enveloppés de fortes aponévroses , ou les organes accidentellement engagés à travers des ouvertures inextensibles , sont le siège d’inflammations, ils tendent à se tuméfier, et font effort contre les barrières qui les retiennent. Il résulte de là une double action de la partie irritée sur son enveloppe^ et de celle-ci sur l’autre. La douleur, la rougeur et la chaleur en sont considérablement augmentées; la fièvre survient, et les accidens ne s’apaisent que lorsque les tissus comprimés ou ceux, qui les étreignent sont tombés en gangrène. Les uns et les autres souffrent presque également, les premiers par la compression , les seconds par la distension dont ils sont le siège. Il est évident que, dans. un tel état de choses, ni les applications émollientes, ni les saignées locales, ni la compression, ni le froid, ne peuvent être d’aucune utilité réelle. Il faut, lorsque l’organe affecté est important à la vie, ou lorsque des accidens graves résultent de son irritation et de son étranglement , ne pas trop insiste^ sur ces moyens et recourir promptement à l’opération chirurgicale, qui seule peut ramener le calme dans l’économie vivante. Elle fait cesser à l’instant la compression des tissus phlogosés, leur permet de se développer librement au dehors, et détruit par là la cause qui exaspérait leur irritation. Les furoncles , Panlhrax , le panaris , l’inflammation des
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muscles et du tissu cellulaire delà cuisse, delà jambe, de l’avant-bras, celle du tissu lamineux sous “épicranien , et dans certains cas , celle du cerveau lui-même ; enfin la phlogose des hernies étranglées; telles sont les principales maladies dans le traitement desquelles les débridemens sont presque toujours indispensables.
Lorsque la partie affectée est simple dans sa structure et d’une médiocre importance à Torganisme , on peut porter hardiment le bistouri dans sa profondeur et inciser d’un seul coup et les enveloppes de l’organe enflammé et cet organe lui-même. C’est ainsi que le chirurgien doit en agir dans ces furoncles considérables
qui , chez les sujets nerveux, excitent d’intolérables dou-
leurs, et provoquent une fièvre violente , une extrême agitation et des convulsions réitérées. Dans l’anthrax , une incision cruciale , ou en étoile , étendue du centre de la tumeur aux extrémités de sa circonférence, et comprenant toute son épaisseur, constitue le meilleur moyen de borner les ravages de l’irritation, et de calmer tous les phénomènes sympathiques dont elle s’accompagne. Des pressions assez fortes pour faire sortir les portions celluleuses gangrénées, ou les bourbillons , ainsi que des pansemens doux, qui favorisent la détente des parties et la chute des escarres ; tels sont les moyens qui conviennent le mieux à la suite de l’opération. Le même procédé est applicable aux panaris , aux inflammations des tissus sous-aponévroliques des membres ou de la tête , et à toutes les affections du même genre, Mais lorsque l’organe étranglé est très important, et que sa lésion serait dangereuse, il faut diviser avec précaution les parois de la cavité qui le renferme , et débrider les
F anthrax , le panaris et plusieurs irritations d’orgaues contenus dans des enveloppeï fibreuses.
Procédé
opératoire.
Traitement t>'énéral des intlammaüons.
Il se compose de moyens liygiéniqnes , de ITisage inlériour de suLsUmees émollienles , de la diète de l’opération de la saignée.
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tissus qui rétreigiieot, en le laissanl intact. Tel est le principal objet de l’opération de la hernie étranglée , dont il sera question plus loin.
De même que les inflammations locales déterminent sympathiquement des irritations dans les principaux viscères , et troublent ainsi toutes les fonctions organiques , de même aussi le chirurgien doit , non seulement combattre la phlogose dans les parties qui en sont primitivement le siège, mais encore poursuivre ses effets jusqu’aux organes les plus éloignés , dans lesquels elle détermine une sur-excitation plus ou moins intense. Le chirurgien ne doit pas oublier que tout se lie dans l’organisme vivant. Et comme la pléthore, ainsi que l’irritabilité nerveuse augmentent la susceptibilité aux in- ,flammations , des dispositions contraires tendent à en atténuer les symptômes et à faciliter leur heureuse résolution. 11 résulte de là que l’on ne doit janaais négliger d’entourer le sujet atteint de phlegmasie de toutes les circonstances qui peuvent contribuer à diminuer chez lui la violence des excitations vitales inflammatoires. Un air frais, un repos absolu du corps et de l’esprit , l’abstinence de tout aliment excitant, solide ou liquide, et même, lorsque la maladie est grave , la proscription de toute substance alimentaire ; des boissons délayantes acidulées , des lavemens émoiliens , des bains tièdes ; tels sont les moyens généraux les plus propres à rendre les sympathies moins actives , à prévenir l’irritation des viscères, et à calmer la violence de celle qui existe déjà. Mais ces moyens ne suffisent pas toujours, et souvent il faut recourir aux évacuations sanguines générales, qui diminuent tout-à-coup la quantité et par suite les qua-
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lltés excitantes du sang. L’opération que l’on pratique alors porte spécialement le nom de saignée.
La saignée peut être exécutée par l’ouverture des veines ou par celle des artères. Dans le premier cas, on lui donne le nom de phlébotomie, et dans le second, celui d’artériotomie.
La lancette est l’instrument avec lequel on pratique presque toujours la saignée des veines. Elle est composée de deux parties : la lame, et la châsse. Longue d’un pouce et demi environ , et large de trois à quatre lignes , la première est formée d’un acier très pur, aplatie, et tranchante sur ses deux bords, dans les cinq sixièmes antérieurs de leur étendue. Suivant que ces bords se réunissent à angle plus ou moins aigu pour former la pointe, la lancette a reçu des noms différens. Elle est dite à p^ain (Torge, par exemple, quand la pointe est large et que les bords, en la formant, font un angle très ouvert. Cet angle est-il plus étroit et la pointe plus alongée? Finstrument est nommé à grain d’avoine. Enfin, lorsque cette pointe est très étroite et très effilée, on dit que la lancette est en pyramide. La lame à grain d’orge fait, par la simple ponction , une ouverture beaucoup plus large au dehors qu’au dedans , ce qui facilite l’ouverture des veines et la libre sortie du sang ; celle à grain d’avoine exige que le praticien incline le poignet en l’insinuant et le relève lorsqu’il la retire, afin de donner à la plaie une disposition favorable; enfin la lancette en pyramide est rarement employée : on ne s’en sert que pour faire de petites ouvertures , et pour aller piquer les veines très profondément situées. La partie de la lame opposée à la pointe se nomme le talon de l’instrument. Deux lames d’écaille.
Celle-ci est dislingiiée eu phlébotomie et eu ai-tériolomie.
La première doit être exécutée ayec la lancette
que l’on dislingue eu lancette à grain d’orge ,
à grain d’aToiiie
et en pyramide.
Appareil pour la saignée.
Des palettes.
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de corne ou de métal , constituent la châss e de la lancette; elles recouvrent et protègent la lame ; et fixées au moyen d’un clou rivé de chaque côté de son talon, il est facile de l’ouvrir sous tous les angles , dans toutes les directions , et de la nettoyer dans toutes ses parties.
Les objets nécessaires à l’exécution de la saignée sont, indépendamment delà lancette, une ligature propre à entourer la partie afin d’y retenir le sang et de faire gonfler les veines, un vase destiné à recevoir le liquide, des alèzes dont on recouvre le malade afin d’empêcher ses vêtemens ou son lit d’être tachés, une compresse carrée, pliée en plusieurs doubles , et une bande , qui servent au pansement; enfin de l’eau froide, une éponge fine, un flacon d aeide acétique, et quelques autres objets du même genre , propres à dissiper la syncope , dont la saignée est quelquefois suivie. La ligature dont il vient d’être question est ordinairement faite d’une bande de drap rouge , qui a l’avantage d’être élastique , et de presser moins violemment les parties que les bandes de toile. Mais on sent combien if est nécessaire que le chirurgien en ait plusieurs à sa disposition et les fasse fréquemment nettoyer, afin de ne pas appliquer la même à tous les sujets, quelles que soient les maladies dont ils sont affectés. Quant aux vases dans lesquels on reçoit le sang de la saignée , ils consistent ordinairement en de petites écuelles aplaties et fort évasées que l’on nomme palettes^ et qui peuvent admettre quatre onces de liquide. C’est d’après cette évaluation que l’on prescrit des saignées d’une, de deux ou de trois palettes. Il importe beaucoup que le chirurgien s’habitue à juger d’après le volume du liquide et d’après la durée de son écoulement de la quantité qui en
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est sortie; car souvent on manque de palettes pour la naesurer exactement.
Toutes les veines superficielles peuvent être ouvertes, et servir ainsi à l’exécution de la saignée générale. Cependant le bras , le pied et le cou sont les parties du corps sur lesquelles cette opération est le plus souvent pratiquée. Les anciens divisaient aussi les veines frontales, celles des angles des yeux, de l’intérieur de la cloison du nez, du frein de la langue, etc.,* mais ces saignées spéciales sont actuellement peu usitées. M. Janson a toutefois reconnu qu en ouvrant les veines superficielles, dont les radicules partent des tissus enflammés, on opère une saignée qui peut, jusqu’à un certain point, remplacer celle que détermine l’application des sangsues, en même temps qu’elle agit plus directement que cette dernière sur 1 ensemble du système circulatoire. Les heu-
reux résultats que ces saignées veineuses immédiates ont déjà produits a 1 Hotel-Dieu de Lyon doivent engager les praticiens à y recourir, toutes les fois qu’ils jugeront utile de provoquer une grande évacuation sanguine au voisinage des organes enflammés. Et alors les saignées nombreuses que les anciens pratiquaient à la tête pourraient être remises en honneur, dans les cas d’ophthalmie, d otite, de glossite , et même dans ceux où les méninges sont vivement irritées. Ces évacuations sanguines, plus rapprochées du siège du mal , seraient peut-être plus efficaces que 1 ouverture des vaisseaux du bras et même des jugulaires. Il est vrai que les veines céphaliques ne peuvent être aisément gonflées par fes ligatures ; mais cette objection disparaît presque entièrement lorsque 1 on réfléchit qu’il ne s’agit ici de les diviser que dans les
Sur quelle partie du corps <m l’exécute.
Pi oct diopt-raloire pour h; saignce du Lias.
Siliiatioii du sujet ;
application de la lipatui'O
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cas où ies organes d’où elles partent sont enflammés, et lorsqu’elles sont par .conséquent distendues par le sang qui en provient. ^
La saignée du bras se pratique au pli du coude. En cet endroit sont placées quatre veines considérables, et sous-cutanées : ce sont , en procédant de dedans en dehors, la cubitale, la basilique , la médiane et la céphalique. Toutes peuvent être ouvertes ; il convient de faire observer seulement , î° que la basilique est appliquée dans une grande étendue sur l’artère brachiale, dont elle n’est séparée que par la faible épaisseur de l’aponévrose bicipitale; 2" que la médiane, plongée en dehors dans du tissu cellulaire , se rapproche aussi , en dedans, près de sa jonction à la précédente , du trajet de l’artère principale du bras ; 5° enfin que les deux autres vaisseaux sont éloignés, en dedans et en dehors , de tous les organes imporlaos. Il résulte de ces dispositions que la saignée des deux premières des veines du bras n’est pas toujours exempte de danger, tandis que ies deux dernières peuvent être constamment ouvertes sans que l’on ait d’accidens graves à redouter.
Si le sujet est fort malade, ou s’il craint d’éprouver des défaillances , il faut le saigner couché dans son lit ; dans le cas contraire , on peut le faire asseoir sur une chaise. Le bras étant découvert et étendu , le chirurgien s’assure d’abord du trajet de l’artère brachiale et de ses rapports avec les veines qui l’avoisinent. Le plein de la ligature est ensuite placé sur la partie inférieure du bras, è trois travers de doigt du pli du coude, et ses chefs, croisés der ^ rière le membre, sont ramenés en dehors, où ils doivent être noués au moyen d’un nœud à rosette simple. Celte
Manière
d’assujettir le bras du malade ,
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ligature est assez serrée, lorsque les veines de Tavant-bras se gonflent, sans que Tarière radiale cesse de battre. On fait ensuite plier le membre, et pendant que le sang distend les veines, on choisit et Ton apprête la lancette, qui doit être à grain d’orge pour les veines grosses et superficielles , et à grain d’avoine ou en pyramide pour celles qui sont petites ou profondément situées.
La saignée qui nous occupe doit être pratiquée de la main gauche sur le bras gauche, et réciproquement. La lancette étant ouverte de manière à ce que sa lame fasse un angle droit avec la châsse, on la place à la bouche, le talon tourné vers la main qui doit opérer. Le chirurgien, ayant devant lui la personne qui tient le vase, et celle qui doit Téclairer, si la lumière naturelle est insuffisante, étend le bras du sujet, et le maintient immobile , d’une part, en saisissant la partie postérieure du coude avec sa main libre, et de Tautre, en pressant la main du malade, étendue, entre son bras et le côté de sa poitrine. En dehors , la paume de la main qui embrasse le coude, et en dedans les extrémités des doigts, servent à tendre d’un côté à Tautre les tégumens qui recouvrent la veine à ouvrir. Avec la face dorsale des doigts de Tautre main, le chirurgien fait sur la face palmaire de Tavant-bras quelques frictions ascendantes, destinées à pousser de nouvelles quantités de sang à Tendroit de la piqûre. A Tinstant où finit la dernière de ces frictions, le pouce de la main qui tient le coude s’applique en travers sur les vaisseaux, et maintient leur gonflement, en même temps qu’il tend la peau de haut en bas. Alors la lancette doit être saisie, de telle sorte que la lame soit, tenue par le milieu de sa longueur, entre le pouce et le i. 4