C. Hémorragie capillaire
104 LïV. I. CHAP. IV. DES SOLUTIONS DE CONTINUITE,
de prévenir les tîraillemens et les déchirures dont ils seraient le siège si la charpie pouvait s’y attacher. Ces soins généraux et ces pansemens suffisent pour amener, en un temps assez court , les plaies les plus étendues à une cicatrisation complète.
Diverses circonstances peuvent toutefois retarder alors le travail réparateur de îa nature; et comme toutes les inflammations, celle qui a son siège à la surface des plaies peut être entretenue et exaspérée, de manière à dénaturer les parties qu’elle envahit , ou même 5 provoquer leur destruction. Faisons observer ici que les viscères, et spécialement les viscères digestifs, exercent l’influence sympathique la plus puissante sur les plaies, et que leur irritation détermine très fréquemment îa dégénérescence de ces dernières; de telle sorte que rexamen des principaux organes de l’économie est pour le chirurgien , comme pour le médecin proprement dit, un objet (lu plus haut intérêt. Il suffît souvent' de faire cesser une irritation gastrique peu intense pour voir l’aspect d’une plaie s’améliorer et la cicatrisation reprendre son cours.
Lorsque chez un blessé une irritation subite et violente du poumon, de la plèvre ou de tout autre organe , fait cesser celle dont la plaie était le siège, et occasione ce que l’on désigne sous le nom de métastase , il faut , en même temps que l’on combat la phlogose nouvelle par des saignées générales et locales, couvrir la solution de continuité de substances irritantes susceptibles de la rendre le siège d’une révulsion salutaire.
L’irritation des plaies a quelquefois pour effet l’exhalation du sang è travers les vaisseaux capillaires des
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bourgeons celluleux et vasculaires. Cet accident est presque toujours le résuitat de pansemens rudes, irritans , qui augmentent et l’aclion vasculaire et l’afflux du sang ; on y remédie au moyen de substances émollientes et de pansemens mieux dirigés. Chez quelques sujets, cette exhalation sanguine semble dépendre d’une disposition spéciale aux hémorragies. Alors il faut changer le mode d’irritation de la blessure , et recourir aux astrin gens les plus énergiques : dans un cas semblable , dont j’ai été témoin , il a fallu promener le cautère, actuel à la surface d’une plaie simple, peu profonde, faite par un coup de sabre, et dont l’hémorragie capillaire sans cesse renaissante menaçait la vie du blessé.
ToujoAirs produits par une irritation prolongée, lesendurcissemens calleux des bords des plaies cèdent, d’une part, à la soustraction des causes qui les ont occasionés , de l’autre , à des topiques émolliens qui les ramollissent et les détruisent. Lorsque ces callosités sont sèches et considérables, il faut souvent les emporter avec l’instrument tranchant.
Il arrive quelquefois , dans les abcès sous-cutanés , ou dans les plaies avec décollement de la peau, que celle-ci, dépouillée de son tissu cellulaire , est peu vivante , et ne peut se réunir au fond d’où elle a été détachée. Dans ces cas , la cicatrice ne peut ordinairement s’organiser, et la solution de continuité se perpétue. îl faut alors comprimer les lambeaux sur la partie qu’ils recouvrent; et si ce moyen, convenablement employé, et aidé de quelques injections irritantes, ne réussît pas , on doit, avec les ciseaux courbés sur leurs bords, ou coudés dans le même sens, emporter toutes les portions dénudées des légumens.
D. Callosicé».
Auiincissement des bords des plaies.
F. Végétation trop active des bourgeon charnus.
G. Pourriture d’hôpital.
Lorsque les bourgeons celluleux et vasculaires s’accroissent avec trop de rapidité, ils dépassent bientôt la surface de la peau voisine , et ne peuvent se transformer en cicatrice. On prévient cet accident en serrant modérément les appareih, et si cela ne suffit pas, on réprime les chairs exubérantes en les saupoudrant d’alun calciné, ou mieux encore, en les touchant avec le nitrate d’argent fondu. Ce caustique , promené légèrement à la surface des bourgeons, y détermine une escarre mince et blanchâtre, qui se détache en vingt -quatre heures, et que l’on peut renouveler au besoin par d’ultérieures applications.
Pendant les temps froids et pluvieux, chez les blessés rassemblés en grand nombre dans des salles basses, humides , mal aérées ; lorsque l’on fait usage pour les pansemens d’objets malpropres , ou altérés par un long séjour dans les magasins , on voit souvent les plaies contracter une inflammation ulcéreuse que l’on a désignée sous le nom impropre de pourriture d’hôpital. La solution de continuité devient tout- à -coup fort douloureuse, ses bords s’enflamment, se tuméfient, s’ulcèrent; le pus est visqueux, gluant, entremêlé de flocons albumineux; les bourgeons celluleux et vasculaires deviennent grisâtres et se détruisent; le tissu cellulaire voisin tombe rapidement en gangrène, et la plaie s’agrandît à la fois en superficie et en profondeur, les tégumens, les muscles , les ganglions lymphatiques , et les vaisseaux , étant successivement dénudés et frappés de mort. Une gastro-entérite violente se déclare sympathiquement, les forces diminuent, et souvent le malade succombe. Le contact des matières imprégnées du pus.
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des plaies qui sont dans cet état, et même les miasmes qui s’en élèvent , semblent suffire pour propager la maladie.
Le traitement préservatif de cette irritation terrible consiste à éloigner les causes indiquées de son développement. Est-elle déclarée, il faut encore combattre ces mêmes causes. L’état du blessé qui en est atteint doit être examiné avec soin ; des émolliens et des sai^-nées
locales conviennent lorsque la plaie est très enflammée, très douloureuse et que la fièvre est vive. Si ces premiers I moyens ne suffisent pas, ou si les accidens sont modérés , il faut recourir promptement aux pansemens avbc le quinquina , la poudre de charbon, le chlore, et même à la cautérisation de la surface de la plaie avec le fer incandescent. A l’intérieur, une abstinence sévère et des boissons émollientes ; lorsque la gastro-entérite est intense; un régime sévère, mais composé de substances de bonne nature, si les symptômes ont peu de gravité : tels sont les médications à employer. 11 ne faut pas oublier que les soins hygiéniques , la dispersion des blessés dans des lieux plus salubres, les fumigations avec le chlore , la propreté la plus exquise, sont les moyens les plus efficaces de borner ou de faire cesser les ravages de la maladie.
Irritées par des pansemens rudes, par l’application réitérée de substances stimulantes, il n’est pas rare de voir les solutions de continuité s’enflammer avec violence, s agrandir et dégénérer en ulcères cancéreux. Cette terimnaison est plus fréquente au visage, aux lèvres , à la verge, en un mot à toutes les parties abondantes en I nerfs et en vaisseaux sanguins, que partout ailleurs. Quel-
Dégénérescence cancéreuse des plaies.
quefois Tulcère dont ii s’agit reconnaît la cause la plus légère, telle qu’un bouton qui, incessamment irrité par le malade, a donné naissance à une plaie étendue. Le cancer des plaies a beaucoup d’analogie avec la pourriture d’hôpital. Gomme celle-ci, il débute par un accroissement de la sensibilité locale , et une vive inflammation de la surface et des bords de la solution de continuité. Ceux-' ci s’élèvent, rougîsseï^ deviennent durs et douloureux; les chairs phlogosées se détruisent ; la solution de continuité s’agrandit incessamment ; des douleurs aiguës et lancinantes la traversent dans tous les sens ; les tissus qu’elle envahit se durcissent, deviennent lardacés , et se confondent dans une altération partout homogène. Qui ne reconnaîtrait à ces phénomènes les effets d’une inflammation prolongée et toujours exaspérée des organes? La véritable nature de la maladie surgit en quelque sorte de toutes les circonstances qui l’accompagnent ; et il n’a pas fallu moins que les sophismes et la direction vicieuse donnée par l’école de Bayle à l’anatomie pathologique^ pour la faire méconnaître.
Afin de prévenir le développement de cette affection cancéreuse des plaies , il suffit de les panser avec douceur , et de nejes recouvrir que de substances émollientes ou inoffensives. Lorsque, ces attentions ayant été négligées ,le cancer s’est manifesté , il faut recourir aux applications relâchantes , aux saignées locales , aux bains , en un mot h tout l’appareil des moyens antiphlogistiques qui réussissent fréquemment à ramener les parties à leur état normal. Mais lorsqu’enfin ces moyens sont demeurés inutiles , il faut , pour arrêter les ravages de la maladie, ou emporter l’ulcère , ou détruire les tissus qui en sont
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le siège, soit avec le fer rouge , soit au moyen des caustiques. Pour que ces opérations réussissent, il importe d’emporter la totalité des tissus malades ou de les ré~
1 duire en escarre en une ou au plus en deux applicat tions. Parmi les caustiques employés en ces occasions, i un des plus efficaces est la poudre dite de Rousselot, dans AppiicaUo» la composition de laquelle on fait entrer 0,70 d’oxide àrseuSe.''* sulfuré rouge de mercure, 0,22 de sang-dragon, et 0,08 d’oxide Liane d’arsenic. Cette poudre est délavée avec de la salive, de manière à en former une pâte molle, dont on étend une couche d’une demi-Iigne’à une ligne d’épaisseur sur la plaie, préalablement abstergée. Cette pâte, maintenue par un bandage convenable, se durcit bientôt et forme sur les parties une croûte solide qui tombe du dixième au vingtième jour, et sous laquelle on trouve une solution de continuité de bonne nature , ou même en partie recouverte d’une matière épaisse et blanchâtre. Cette préparation ne doit être employée qu’avec précaution sur les plaies fort étendues. On a vu, ^ dans ces cas , l’absorption de l’arsenic déterminer tous les symptômes de l’empoisonnement et même la mort.
Pour que la cicatrice se forme , il faut que les tissus di- T. Ator)ip
, ' ^ des parties
Visés conservent un degré convenable d’irritation. Des accidens graves peuvent résulter, ainsi qu’on vient de le voir, de 1 exaspération de leur phlogose; si leur atonie n’est pas suivie de phénomènes aussi dangereux, elle a au moins pour effet de laisser la solution de continuité dans une stagnation complète. Les plaies dont l’irritation n est point assez vive pour permettre au tissu nouveau de la cicatrice de se former, sont pâles, blafardes, presque insensibles , froides au toucher, et le siège évi-
K. Varice».