‹ Nouveaux élémens de chirurgie et de médecine opératoire, ouvrage contenant l'exposition complète des maladies chirurgicales, et des opérations qu'elles réclamentChapitre 33 sur 170 · L. Scortut , syphilis , dartres .gale , etc · texte numérisé non relu

L. Scortut , syphilis , dartres .gale , etc

dent d’actions vitales languissantes : les sujets lymphatiques , faibles et scrofuleux , présentent fréquemment des solutions de continuité de ce genre. îl faut alors employer les moyens hygiéniques et médicinaux les plus propres à redonner de la force à la constitution , et panser la plaie avec des substances stimulantes et Ioniques, telles que la décoction de kina , le vin , l’alcool , le colon , la laine , etc.

La dilatation variqueuse des veines voisines des plaies est assez fréquente aux jambes, et occasione la stagnation de la maladie. La situation horizontale du membre, , une compression méthodique, exercée sur les vaisseaux.! dilatés, et l’emploi de quelques lotions astringentes, suflisent pour éloigner cet obstacle à la cicatrisation; bien entendu que s’il y avait une irritation vive à la plaie, il faudrait s’abstenir de ce dernier moyen , ou lui substituer des applications émollientes.

Le scorbut est une des causes les plus puissantes de la non cicatrisation des solutions de continuité , dont leschairs deviennent alors molles , fongueuses , bleuâtres , injectées de sang veineux et facilement saignantes. Lors--^ que l’on reconnaît cette complication , il faut se hâten de la combattre , et l’on voit la plaie , à l’aide de quelques applications toniques , prendre bientôt un meilleur! aspect, et marcher vers la cicatrisation. Des moyens analogues doivent être employés dans les cas oîi la syphilis, les dartres ou la gale auraient déterminé la solution decontinuité, ou contribueraient h perpétuer son existence. L’histoire des médications internes qu’il convient d’emploÿer dans ces occasions m’entraînerait ici au-delà des bornes que je me suis prescrites.

Accompagnées du froissement, de Fattrition, et même de la désorganisation des tissus qui forment leur surface, les plaies contuses ne sont pas susceptibles de se réunir immédiatement. îl faut attendre, pour que leurs parois puissent contracter des adhérences, que la suppuration les ait débarrassées des débris de vaisseaux et de tissus qui les recouvrent. Dans les plaies par armes à feu, qui sont contuses au plus haut degré, ces débris forment de véritables escarres, étendues sur tout le trajet de la division, et qui ne se séparent qu’après un temps plus ou moins long. Ayant souffert une violence très considérable , les parties contuses et divisées doivent être nécessairement le siégé d inflammations plus considérables que les plaies simples, faites par des instrumens trancbans ; aussi réclament-elles , sous ce rapport , des soins spéciaux. Après les avoir débarrassées des corps étrangers qu elles peuvent recéler , il faut rapprocher, autant que possible, leurs lambeaux, panser leur surface avec des substances adoucissantes, placer la partie dans le relâchement, et la recouvrir de linges imbibés d’une liqueur émolliente et en même temps narcotique , telle qu une dissolution fort étendue d’opium gommeux dans l’eau de guimauve. En arrosant incessamment la blessure avec cette liqueur, on parvient souvent à rendre l’inflammation presque nulle. Si ce moyen ne suflit pas, les saignées locales sont de la plus grande utilité. Lorsque la suppuration est établie, on peut réunir les parties qui sont susceptibles de 1 être , et 1 on voit alors les bourgeons celluleux et vasculaires s’accoller , contracter des adhérences, et abréger ainsi de beaucoup la guérison, t^es moyens sont ceux qui conviennent le mieux dans

4® Traitement des plaies contuses.

5’ Des plaietï-

par

ai mes à feu.

Effets

fie la présence des corps étrangers dans les parties vivantes.

Elégies générales pour

leur extraction.

les plaies faites par les armes à feu ; cependant, le trajet des balles devant s’enflammer dans toute son étendue, ce qui ne saurait avoir lieu sans ôccasioner le gonflement des parties, il faut, lorsque la blessure atteint un membre entouré par une forte aponévrose, inciser largement celle-ci , afin d’agrandir la plaie et de prévenir fétranglement des organes profondément situés. Ces incisions ne doivent pas être prodiguées, c’est-à-dire qu’il ne faut pas en faire aux endroits où l’étranglement n’est point à craindre; mais aussi l’on ne doit pas les négliger dans les cas contraires; et alors il vaut mieux les faire plus grandes que plus petites. La recherche et 1 extraction des balles, des morceaux d’habits, des pièces de monnaie , et même des portions osseuses fracturées , doit exciter toute la sollicitude du chirurgien. Si ces corps demeuraient dans nos parties, on les verrait déterminer autour d’eux une inflammation qui , peu vive , occasionerait l’organisation d’un kyste cellulo -fibreux , dans lequel ils seraient contenus, et peut-être insensiblement altérés et détruits. Plus intense, cette phlogose détermine la sécrétion du pus et la formation d’un abcès, avec la matière duquel sortent les corps étrangers. Pour les extraire, il faut procéder d’abord à leur recherche, s’assurer de leur situation, et guider sur eux, soit des pinces plus ou moins longues, que l’on n’ouvre que quand l’extrémité de leurs branches les touche immédiatement; soit une cuiller glissée le long de la paroi opposée de la plaie, et dont on fait passer le bec sous eux, afin de leS' faire tomber, dans sa cavité; soit enfin un tire-fond , qui Convient surtout lorsque la balle est encliassee et retenue avec force dans la substance d un os. (^uehjuelois , soit

ET DES OPÉRATIONS QUELLES RECLAMENT. 1 l5

afin de retirer plus facilement le projectile, soit pour rendre plus libre l’écoulement du pus, on pratique dès contre-ouvertures plus ou moins étendues. Le bistoun , guidé, ou par la saillie de la balle, ou par l’extrémité d’un stylet introduit dans la plaie , sert à cette opération, dans laquelle on doit éviter le trajet des nerfs et des vaisseaux. Ces premiers soins étant donnés , il faut panser la plaie de la manière la plus douce, et se tenir prêt à combattre, par tous les moyens convenables, l’excès d’inflammation qui pourrait s’en emparer.

Parmi les accidens auxquels les plaies d’armes à feu donnent plus spécialement lieu que les autres, il faut placer la commotion et la stupeur plus ou moins étendues et profondes des parties blessées , les spasmes et le tétanos , résultats de la dilacération des tissus serrés et abondans* en nerfs. Les premiers exigent que l’on s’efforce de rappeler la vie dans les tissus , à l’aide de frictions et d’applications toniques,* après quoi l’on reprend l’usage ordinaire des adoucissans. Les autres réclament l’emploi des moyens locaux les plus propres à faire cesser 1 irritation et la douleur, ainsi que des médications internes susceptibles de s’opposer à l’afîection sympathique des centres nerveux.

L arrachement des membres les plus considérables n’a pas été suivi d’accidens graves. Les plaies de ce genre ne i sont pas ordinairement suivies d’hémorragies, quel que soit le volume des artères arrachées; tant les tuniques de ces vaisseaux, après avoir été alongées outre mesure, leviennent avec force sur elles-mêmes, et se cachent profondément dans les parties. Lier ceux des, vaisseaux que Ion peut découvrir, rapprocher autant que pos-

Les accidens les plus graves à la suite de ces plaies sont

la coinmolion, la stupeur, les spasmes et le tétanos.

0° Traitement des plaies ar arrachement.

^0 Traitement

des plaies

envenimées.

A. Morsure de la vipère.

1 l4 LIV. I. CHAP. IV. DES SOEDTIONS DE CONTINDITÉ,

sible les bords des plaies , prévenir et combattre la trop vive inflammation des tissus qui en sont le siège : telles sont les indications qui se présentent dans tous les cas de ce genre, et qu’il suffit de remplir pour procurer une prompte guérison.

Il est des circonstances où, en même temps qu une plaie est faite, une matière étrangère, plus ou moins active ou irritante, se trouve déposée dans le tissu de nos organes , et produit, par son absorption , des accidens plus ou moins graves. Dans tous ces cas , la blessure est envenimée, et la première indication à remplir doit toujours être de neutraliser le poison quelle recèle. C’est ainsi que les piqûres faites en disséquant des cadavres déjà fort avancés ^doivent être cautérisées sur-le-champ. Les piqûres d’abeille , lorsqu’elles sont multipliées, exigent que l’on ôte d’abord l’aiguillon que l’animaby a laissé, et h la base duquel se trouve une vésicule qui verse un liquide irritant dans le canal de la plaie. 11 faut ensuite tremper la partie dans un bain h la glace , et la recou vrir pendant plusieurs jours de compresses trempées dans de l’eau vinaigrée froide, que l’on renouvelle à mesure qu^elle s échaulFe.

Plus que les blessures précédentes , la morsure de la vipère occasione des accidens graves : quoique, dans nos contrées , elle ne soit pas ordinairement mortelle pour rhomtne , celte lésion donne cependant lieu aux phénomènes les plus ’alarmans. Une douleur vive se fait sentir sur-le-champ ; le gonflement et l’inflammation ne tardent pas à naître et à se propager ; les taches livides qui récouirrent lès parties affectées et annoncent la tendance à la gangrène, des vertiges , des défaillances , un

ET DES opérations Qu’eLLES RECLAMENT. 1 l5

sentinient de prostration générale , démontrent combien est profonde l’impression faite par le venin sur le système nerveux. Agrandir la plaie par des incisions convenables, porter sur ses parois , au moyen d’un petit pinceau , riiydrochlorate d’antimoine liquide ; frotter toutes les parties tuméfiées avec un mélange d’huile d’olive et d’ammoniaque , les recouvrir de compresses trempées dans ce topique; administrer , à l’intérieur, les cordiaux, les sudorifiques, et même l’ammoniaque étendue dans les boissons: tels sont les soins que réclame d’abord le blessé, et auxquels il faut recourir sur-le-champ. Cette conduite serait la seule qu’il convînt de suivre après les morsures faites par les reptiles des régions équatoriales , si la mort , toujours prompte, qu’ils occasionent, laissait le temps de faire usage de quelque moyen thérapeutique.

La cautérisation instantanée et profonde des plaies est encore le moyen le plus efficace que nous connaissions contre les morsures faites par les animaux enragés. Prévenir la maladie, et, pour cela , s’opposer à l’absorption de la bave déposée dans la plaie , telle est l’indication qu’il faut remplir. A défaut de cautères ou de caustiques, des lotions réitérées, des pressions faites dans l’eau pour faire sortir le sang et tout ce que peut renfermer la plaie , tels sont les moyens à employer ; mais ils ne suffisent pas ; il faut toujours, le plus tôt possible, recourir à la cautérisation, faite soit avec l’hydrochlorate d’antimoine, soit avec le fer incandescent. Lorsque la rage est déclarée , aucun moyen n’a pu borner jusqu’ici ses ravages; cependant l’injection de l’eau dans les veines semble avoir produit de bons effets sur un animal en-

B. Morsure des animaux enragés.

8° Traitemcnl des contusions.

ragé que M. Magendie soumit à cette expérience; mais, bien que ce moyen ait déjà été employé sur l’homme , il faut attendre , pour l’apprécier définitivement, que des essais ultérieurs permettent de constater les effets qu’il

Les contusions sont des solutions de continuité cachées, dans lesquelles les tissus atteints par la cause vulnérante sont privés d’une manière plus ou moins complète de leur organisation. Le sang, sorti de ses vaisseaux, infiltre les mailles celluleuses, et se mêle souvent à leurs débris, de manière à réduire l’organe contus en une sorte de bouillie homogène, assez semblable à la lie de vin. Une inflammation intense succède nécessairement à des désordres aussi considérables. Si la contusion paraît médiocre , des compresses trempées dans une liqueur résolutive, arrosées fréquemment, et soutenues par un bandage médiocrement serré, doivent recouvrir la partie blessée. Lorsque, malgré ce moyen , secondé du repos, des saignées et des antiphlogistiques , les accidens inflammatoires se développent , il faut substituer aux résolutifs les émolliens , et pratiquer des saignées locales plus ou moins abondantes. Quoique la partie contuse présente de la fluctuation , et contienne évidemment du sang extravasé, il ne convient pas de pratiquer d’abord aucune incision. En effet, le plus ordinairement, l’absorption du liquide s’opère, et la guérison a rapidement lieu; tandis que l’impression de l’air sur les parois des tumeurs sanguines détermine toujours, ou une inflammation vive, ou une suppuration prolongée. On ne risque d’ailleurs rien d’attendre , car si l’absorption ne s’opère pas, aucun inconvénient ne peut résulter du re-

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èard apporté à l’ouverture de la collection sanguine. Si une artère considérable était ouverte dans une tumeur de ce genre, il faudrait la découvrir, et la lier au-dessus de la blessure, plutôt que d’inciser la tumeur et de s’exposer à ne pas trouver le vaisseau , au milieu des débris organiques et des caillots qui l’emplissent. Il est évident que quand un membre entier est réduit en bouillie, et que ses os eux-mêmes sont broyés, et mêlés aux lambeaux des muscles et des aponévroses, il faut immédiatement recourir à l’amputation.

Déterminées par des causes diverses, les ruptures des muscles, des tendons, des aponévroses, etc., seront examinées lorsqu’il sera question des maladies des organes qui en sont le siège. Qu’il me suffise de dire ici que prévenir et combattre l’inflammation locale , en même temps que l’on rapproche les parties rompues, telle est la conduite qu’il convient de tenir en pareil cas.

Les agens chimiques, tels que les caustiques, agissent en désorganisant les tissus vivans, et en les réduisant en des corps inertes que l’on nomme escarres. Les alcalis semblent, dans leur action, s’emparer spécialement des fluides graisseux que contiennent les parties, et les saponifier, en quelque sorte; tandis que les acides minéraux concentrés agissent spécialement sur les élémens solides qu’ils détruisent. Quoi qu’il en soit, l’escarre une fois formée a des caractères dilTérens, suivant la nature de la substance qui l’a produite : molle et d’un gris noirâtre après l’action de la potasse et de la soude, elle est sèche et jaune après l’application des acides nitriques et nitreux; noire, au contraire, lorsqu’elle est due à l’acide sulfurique. Adhérente aux tissus, un cercle in-

qO Traitement des rupture».

Traitement des plaies faites par les agens chimiques.

A. Par l’action des caustiques.

B. Par le feu ou les corps incandescens.

ïraitement d(î3 solutions de conlinuilé produites par es inflammations ulcéreuses.

1 l8 LIV. I. CHAP. IV. DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ,

flammatoire plus ou moins intense se développe bientôt autour d’elle, et la suppuration la détache après un temps plus ou moins long. Après sa chute , on a sous les yeux une plaie avec perte de substance , dont le traitement ne présente rien de particulier.

Les brûlures , produites par l’action des corps incandescens , présentent divers degrés. M. Dupuytren les distingue suivant qu’elles déterminent : i® la rubéfaction des tégumens; 2*^ la vésication; 5° la destruction du corps muqueux ; 4° réduction en escarre de toute l’épaisseur de la peau; 5° la carbonisation des muscles; 6° enfin la combustion totale d’uné partie. Dans tous les cas , le chirurgien doit alors, après avoir éloigné la cause du mal , s’efforcer de prévenir ou de faire avorter l’inflammation qui tend toujours à se manifester avec une extrême violence. Si les bains à la glace, si les applications prolongées des liquides résolutifs ou opiacés froids ne sufîisent pas , il faut recourir aux émolliens , aux évacuations sanguines. Les topiques opiacés servent à calmer la douleur.

Le cérat^ dans lequel on incorpore de l’extrait gommeux d’opium , convient merveilleusement pour recouvrir les surfaces dénudées. Après les premiers accidens , on s’occupe de favoriser la chute des escarres, et ensuite de cicatriser les plaies qu’elles laissent après elles , en ayant soin de maintenir les parties dans une situation telle que des cicatrices difformes ne les sillonnent pas , ou ne les attachent pas les unes contre les autres.

Certaines causes dont il a été précédemment question, telles que le scorbut , la syphilis , les dartres, provoquent fréquemment dans les tissus vivans , et surtout a la peau et aux parties extérieures des membranes (

ET DES OPÉRATIONS Qu’eLLES RECLAMENT. 1 1 0

muqueuses , des inflammations qui sont suivies de Térosion rapide des parties afîectées. Les solutions de continuité de ce genre ont un aspect spécial : ainsi , l’ulcère scorbutique est blafard , saignant , recouvert de chairs mollasses et baveuses ; l’ulcère darlreux , presque toujours large et cutané , est entouré d’un cercle rouge , ses bords sont souvent taillés à pic, renversés en dehors, et douloureux ,* enfin , l’ulcère syphilitique a une surface grisâtre, ses bords, rouges et deiitelés, tendent à se détruire et à rendre la solution de continuité plus considérable. Aux applications toniques , dans le premier cas, aux topiques émolliens dans les autres, il faut ajouter l’usage interne fies médicamens les plus propres à com- ' battre la maladie dont Fulcère n’est qu’un des effets. Dans quelques cas , l’action répétée des substances irritantes les enflamme et les ulcère. C’est ce qui a lieu chez les sujets dont les mains sont soumises à^’impression continuelle de substances âcres, ou de corps durs et rugueux; chez les cuisiniers, les blanchisseuses et tous les ouvriers qui travaillent debout, et dont les jambes trempent dans l’eau froide ou se trouvent exposées à Faction directe du feu. Il faut alors éloigner d’abord les causes qui ont occasioné la maladie, recourir ensuite aux applications convenables , et maintenir les parties afîectées en repos. La situation horizontale, et une compression méthodique exercée sur toute l’étendue des membres, suffisent presque toujours pour guérir promp tement les ulcérations des jambes. Cette compression suffit même pour prévenir la récidive de la maladie.

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