CHAPITRE IV
De la Respitation^
LXIX. Ir ARMf les changeiôens que le sang ëprouve en parcourant nos divers organes , il n*en est point de plus essentiels et de plus remarquables que ceux que lui imprime l'air qui entre et sort atlternatiremelit des poumons pendant l'acte respiratoire. Le sang que les veines rapportent au cœur, et que le ventricule droit envoTe dans l'organe pulmonaire, est noirâtre, pesant, sa température n'est que de 5o degrés {thermortiètre de Réaumur) : si on Tabandonne à lui-même, il se coagule lentement , et laisse séparer une grande proportion de sérosité. Celui que les veines pulmonaires^rapportent aux cavités gauches du coerrr, et qui est? perte dans toutes les parties du corps par le moyen des artères, est au contraire d'un rouge vermeil; il est écuméux , plus li^er et plus chaud de a degrés ; il est encore plus facilement coâgulablé , et laisse séparer une moindre quantité de sérum «^ Toiites ces différences, qu'il est si facile d'apercevoir, tiennent aux modifications qu^ii a éprou* vées en se mettant en coùtac^ avec f'àir atmô* sphérique.
LXX. De P atmosphère. La masse d*air qui , sous le nom d'atmosphère , enveloppe de toutes parts
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le globe, exerce sur tous ]es corps une pression proportionnée à leur surface. Celui deThomme (i) s'en trouve chargé d*un poids d'environ tjrente-six mille livres. En outre, Tun de seâ principes constituans est absolument, nécessaire à l'entretiçn d% la vie, dont il est un des prîqcipaux agens.
Les variations dans la pesanteur de Tatroosphère ont , en général , très-peu d'influence sur l'exercice défi foiiLCtioos ; néanmoins , lorsque gravissant les sommets des plqs hautes montagnes y T-homme s'élève à quelques mille toises au-dessus du niveau des mers, là. diminution très -notable du poids de l'air vend l'effet plus sensible : la respiration devi^;ijt péniMe, haletante, le pouls accéléré, on ressent un mal-aise général, join( à une foiblésiso extrême, des hémorragies se déclarent, mais tou$ ces symptômes djépendent à la fois de- la pression dimiaiaée, et de la moiiuli^ qiiiiacitité d'pxigène qu^ contient un air plus rare. (Saussure, Voyage au MonJ^Blanc.) ^
Le corps humain résiste sans effort à la pression atmosphérique , parce qu'elle fii'exerce en tout temps et dans, tous les sens. Mais, si une partie de sa surface y est momentanément soustraite , elle se gonfle , les humeurs s'y portent ea abondance , les tégumens éprouvent une distension qui menace d'aller jusqu'à la rupture. Tels sont les pbéno-
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(i) La surface du corps est estimée (juinae à seixe pieds carré» pour un komme de moj^xme stature.
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mènes qui résultent chaque jour de Tapplication des irentouses.
La pression que Tair exerce sur toute la surface du globe , est nécessaire à rexistence des corps dans Tétat sous lequel ils s'offrent i nous. Plusieurs liquides très -volatils, tels que Talkool etTétfaer, se métamorphoseroient en gaz , sous une moindre pression atmosphérique ; Feau , pour entrer en ébullition, n*auroit pas besoin de 80 degrés de chaleur; des corps solides pourroient se liquéBer dVux- mêmes. En un mot, une diminution trè»considérable dans la pesanteur de Tatmosphère^ auroit absolument les mêmes résultats qu^une élé* vation très-grande de sa température , qui , cfaan* géant la face do Tunivers « convertiroit en fluides élastiques tous les liquides, et les remplaceroit sans doute par des corps solides liquéfiés. « Les variations de pesanteur, appréciables par le baromètre, sont très-peu importantes pour le phy* slologisie, j'oserois même dire, pour le médecin, malgré Tattention minutieuse avec laquelle certains observateurs tiennent compte de 1 état baro* métrique, thermomélrique , hygrométrique, électrique et magnétique de Talmosphère , lorsqu'ils ont à rendre compte d'une maladie ou d*uue expé* rience sur laquelle ces diverses circonstances n ont aucune influence apparente et certaine. L'atmosphère, comme tons les fluides, tend sans cesse 4 l'équilibre : de là Tirruption de lair, soit dans le poumon, et dans tous les lieux où sa quantité di«
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tnitiue par les com binaisons dans lesquelles il en tre^ soit dans ceux où la chaleur, en le rarëSant , le rend «plus léger. C'est ainsi qu'on eicpliquela formation des vents , soit réglés , soit irr^guliers.
L'air s'unit à 1 eau , et la dissout, comme celleci y les substances salines. C'est en cela que consiste tout le mécanisme de l'éraporation. L'air se sature d'eau, comme l'eau se sature de .sels, au point de n'en pouvoir plus dissoudre. Sa température aug-^ mentée, accroît sa force dissolvante, qui diminua lorsqu'il refroidit : or, les variations de cbaleui^ produisent le même effet sur les dissolutions sa«« lines liquides. La formation de tous les météores aqueuit dépend des divers états de la propriété d\^ sol vante atmosphérique; est «-elle considérable? Tatmosphéré est chaude, sèche et l'air serein ; des nuages se forment , lorsqu'elle est saturée , la rosée ^ les brouillards et la pluie naissent d!ude diminu-^ tion de la faculté dis$olVaate| comme la neige et la grêle d'un refroidissement qui coïncide avec la précipitation du liquide* Les différens degrés dt sécheresse ou d'humidité de l'air mesurés par i'hy^ gromètre, n'influent d'une manière sensible sur le corps de l'homme, qu'autant qu'il est long-temps soumis k cette influence.
Chimiquement considéré, l'air atmosphérique, ioiig-teraps regardé comme up corps simple, eat composé d'environ 0,27 oxigène, 0,73 azote, et 0,01 ou O4O2 acide carbonique* Les proportions tle l'oxigène varient de 0,25 à 0,29, selon Hum<^ I. . a3
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boldt , celle do gaz azote est presque cxMistuni&ent la même; Facide carbonique est d'autant plus abondant que fair est moins pur. Cette partie dcu la physique que 1 on nomme eudioméirîej ou me* sure de la pureté de Fair, est loin encore de réaliser ce que son nom promet « et les espérances qu^on en avoit conçu*^ Les instrumens eudi<Muétriqaes ne peuvent nous instruire que des proportions de Toxigène que contient Tatmosphère ; or sa salubrité, sa re^irabiiité n*est point proportionnée à la quantité de ce principe. Les débris Tolatilises des substances, soit Tégétales, soit animales putréfiées, divers gaz méphitiques sj mêlent et en altèrent la pureté. L'analyse comparée de Tair pris sur les Alpes et dans les marais de la L&mbardîe, j démontre une ^ale quantité d^ozigène; et cependant ceux qui respirent le premier, jouissent d'une santé robuste, tandis que les habitans des plaines marécageuses de la {x>mbardie , moissonnés par des maladies épidémiques, sont pâles, hâves, défaits, et traînent habituellement une vie languissante.
Quoique o,!io au moins d*oxigène soient nécessaires à la respirabilite de Tair, la proportion peut diminuer jusqu^a 7 et 8 centièmes, mais alors la respiration est pénible, haletante, suffocative, enfin Fasphyxie survient, lors même que Tair contient encore quelques parties d'oxigène, dont le poumon ne peut entièrement le priver. Toutes les fois qu une grande quantité d'hommçs est ren-
fermée daps un espa^ce clos, où l'air ne peut être iacilemeot rëDOuvelé, la quantité d'oxigène diminue rapidement, celle de Tacide carbonique augmente; celui-ci, en vertu de sa pesanteur spéci- ^4U!^9 S^S^^ le^endroit^ les plus bas, et frappe de mort les êtres vivans qu'il enveloppe. De deux bougies placées sous la même cloche , la plus courte s'éteint la première, parce que Tacide carbonique résultant de la combustion se porte toujours dans la partie inférieure. C'est ^tussi par cette raison, que le parquet des salles de spectacle. est le lieu le moins salubre, lorsqu'une assemblée nombreuse, en y passant plusieurs heures, a privé l'air d'une grande partie de sou oxigène..
Mais les liomnies rassemblés et renfermés dans un petit espace se nuisept,iny[^nirs<Quien}ent en dépouillant l'atmosphère d.e aop élément réspirabie^ mais' surtout en raltérant pai* le mélangejde toutes les matières qu'exhalent leurs corps. Ces émana-^ lions animales volatilisées se putréfient: 9u sein <le l'air, et portées dans le poumon: pat. 1^, respiration, elles deviennent le germe des maladies les plus, funestes. C'est ainsi qua^aît, se'ldéveloppe et se propage la fièvre des hôpitaux cjt des prisons, qui épargne un si. petit npnibrç. de ceux qu'elle atteint. Un air sec et t^empéré, ,qui coxitient aj parties d'pxigène et 7? d'azote, le moins altéré possible par le mélange d'autres gaz, ou de diver^s substances volatilisées, est celui qui conyientrle plus à la respiration. Il est néanmoins certains
états notaladifs où cette fonction s'accomplit mieux avec un air moins pur. C'est ainsi que les phtbisiques préfèrent Fair épais et humide des lieux bas à Tair vif et sed des montagnes; que les f<»niues vaporeuses recherchent celui dans lequel brûlent des substances animales , comme des cornes ou des plumes. L'atmosphère surchai^ée d'électricité à l'approche des orages, rend très-pénible la respiration de certains asthmatiques : en un mot, il en est de l'air comme des alimens ; ses qualités doivent être appropriées à l'état des forces vitales dans les poumons;, comme celles des alimens à la sensibilité de l'estomac.
Réduits, dans cet article, au rôle ingrat des compilateurs, nous nous hâtons de le terminer en renvoyant, pour une histoire plus ample de Fair considéré Bous ses rapports physiques et ehimiques, aux ouvrages de MM. Fourcroy, Haûy, Brisson, etc. à celui de M. Guyton de Morveau, sur les moyens de désinfecter Tair, lorsque, par divers mélanges, it est devenu incapable de servir à la respiration.
LXXI. Dans Thômme et dans tous les animaux à sang chaud ^ dont le cœur a deux ventricules et deux oreillettes , le sdng , qui a élé porté dans tous les organes par les artères, et rapporté par les Peines au cœur, ne peut y retourner sans avoir prélimitiairement traversé les poumons ; viscères aériens , spongieux , intermèdes que Iç sang doit nécessairement parcourir^ pour passer des cavités
tSroites Au cœur dans ses cavités gauches. Ce pas* sage constitue la circulation pulmonaire, ou pet^jte circulation : elle n*existe point dans quelques animaux à sang froid. Chez les reptiles, par exemple, le cœur n'a qu'une seule oreillette et qu'un seul ventricule; les artères pulmonaires ne sont que des branches de Taorte , et ne portent dans les poumons que la plus petite partie du fluide : c'est pour cela que la température habituelle de ces animaux est de beaucoup inférieure à celle de rfaomme.X^'est pour cela encore qu'il existe si peu de différence entre leur sang artériel et veineux , la quantité du fluide, vivifiée par le contact de l'air , dans le tissu pulmonaire , est trop petite , pour que, mêlée à la masse, elle en change notablement les qualités.
Mayow a donné la plus juste idée de l'organe respiratoire, en le comparant à un soufflet, dans l'intérieur duquel seroit une vessie vide , dont le goulot, adapté à celui de l'instrument, donneroit e;itrée à l'air, lorsqu'on écarteroit ses côtés. L'air, en eCfet, n'entre dans les poumons que lorsque la poitrine se dilate et s'agrandit par l'écartement de ses parois. Les puissances actives dans la respi-> ration, sont donc les muscles qui meuvent ces parois, formées de parties dures et molles, de manière qu'elles réunissent, à une solidité proportionnée à l'importance des organes que la poitrine renferme , une mobilité nécessaire à Texercice des fonctions qui leur sont confiées.
Pour que la respiration, qui peut être définie l'entrée et la sortie alternative de Tair dans les poumons, s'exécute, il faut donc que la poitrine 5'agràndisse (c'est à cette dilatation active de la cavité, que l'on donne le nom d'inspiration), et qu'elle se resserre , pour expulser l'air qui étoit entré durant la première période. Ce second mou- Tement se nomme expiration ; il est toujours plus court que le premier, ses causes sont plus mécaniques, et les puissances musculaires y prennent une part bien moins grande.
Les parois de la poitrine sont formées en arrière par la colonne vertébrale, en avant par le sternum , et latéralement par les côtes, arcs osso-cartilagineux obliquement placés entre, la colonne vertébrale immobile , et qui devient l'/Lyporaochlion ou point d'appui de leurs mouvemens, et le sternum, qui jouit d'une certaine mobilité. Les espaces vides qui les séparent sont remplis par des plans musculaires qui ont peu d'épaisseur : c« sont les muscles intercostaux externes et internes, dont les fibres ont une direction opposée. En outre, plusieurs muscles recouvrent l'extérieur du thorax, et se portent des côtes aux os voisins, tels les sous-claviers ^ les grands et petits pectoraux, les grands dentelés , les très-larges du dos, les scalènes , les longs dorsaux^ les sacro-lombaires et les petits dentelés postérieurs, supérieurs et inférieurs. Mais, de tous les muscles qui entrent dans la composition des parois antérieure , posté-
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rienre^et latérales de la poitrine, il n'en est aucun aussi important que le diaphragme , cloison charnue et tendineuse , horizontalement placée entre la. poitrine et l'abdomen, qu'elle sépare l'un de l'autre, attachée aux cartilages des fausses côtes , ainsi qu'aux vertèbres des lombes , et percée de trois ouvertures pour le passage de l'œsophage et àé& vaisseaux qui se portent de l'abdomen dans la poitrine, ou descendent de cette dernière cavité dans le bas-ventre. ^
Dans l'état ordinaire, la poitrine ne se dilate que par l'abaissement du diaphragme. Les fibres courbes de ce muscle, redressées par la contraction , descendent vers l'abdomen en déprimant les viscères. Ceux-ci poussent en avant , et font saillir la paroi antérieure de cette cavité, qui s'affaisse lorsque l'expiration succédant à l'inspiration, le diaphragme relâché remonte, refoulé par les viscères abdominaux sur lesquels les muscles larges réagissent. Mais, lorsque nous avons besoin d'admettre à la fois une grande quantité d'air dans la poitrine, il ne suffit pas qu'elle s'agrandisse de haut en bas par l'abaissement du diaphl^agme , il faut encore^ue sa capacité augmente selon tous ses jdiamètres. Alors les muscles intercostaux se contractent, et tendent à rapprodier les côtes entre lesquelles ils sont placés. Néanmoins, les espaces intercostaux deviennent plus larges, surtout à leur partie antérieure; car toutes les fois que des lignes obliques se redressent sur une ligne verticale, et.
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tendent h lui devenir perpendiculaires , on à fermer avec elle des angles droits ^ les espaces interceplM augmentent d'autant plus ^ que les lignes, plus^ obliques, se rapprochent davantage de la direc* tion horizontale. En outre , comme les côtes présentent une double courbure diins le sens de leur •longueur^ Tune suivant leurs faces, et Tautre selon leurs bords, la convexité de la première est portée en dehors , les côtes s'écartent de Taxe de la poitfine , dont la cavité est transversalement agran-» die, tandis que la seconde courbure (suivant les bords ) étant augmentée par une véritable torsion que ces os éprouvent, et qui se fait ressentir dans leurs portions cartilagineuses, le sternum se trouve poussé en avant et en haut, de manière que Textrémité postérieure des côtes s'éloigne de leur extrémité sternale. Mais comme les côtes sont inégalement mobiles, qne la première est presque invariablement fixée, et que la mobilité des autres augmente avec leur longueur, à mesure qu'elles deviennent plus inférieures, le sternom exécute un mouvement de bascule par lequel son extrémité inférieure çst poussée en avant. Le diamètre antéro -postérieur de la poitrine augmente donc comme le transversal* On a estimé à deux lignes la mesure de cette augmentation pour chacun de ces deux diamètres : celle du diamètre vertical , qui dépend de l'abaissement du diaphragme, est beau* coup plus considérable.