‹ Nouveaux élémens de physiologie (volume 3)Chapitre 1 sur 16 · Nouveaux élémens de physiologie · texte numérisé non relu

Nouveaux élémens de physiologie

CL VU. Il est seulement question dans ce chapitre des mouvemens qu'exécutent les muscles soumis à ^ l'empire de la volonté, mouvemens de locomotion^ à l'aide desquels notre corps se déplace, se transporte d'un lieu dans un autre, fuit ou recherche l'approche des êtres qui l'environnent, les attire, les embrasse ou les repousse loin de lui. Les mouvemens intérieurs y in\f olont aires ^ organiques , à l'aide desquels chaque fonction s'^exécute , ont été examinés séparément.

Les organes de nos mouvemens peuvent être

distingués en actifs et en passifs. Les premiers

sont les muscles; les seconds sont les os, et toutes

les parties qui servent à leurs articulations. En effet,

'J . Î)ÈS MOtJVEMËNS.

lorsqu'à ^occasion d'une impression reçue par ieê organes des sens, nous voulons nous rapprocher ou nous éloigner de l'objet qui l'a produite, les organes musculaires, stimulés par l'influx cérébral^ se contractent, tandis que les os qui obéissent à cette action ne jouent qu'un rôle secondaire, passif, et peuvent être regardés comme des leviers absolument inertes.

Les muscles sont des paquets fibreux , toujours plus ou moins rouges dans l'homme, quoique cette couleur ne leur soit point essentielle, puisqu'on peut la détruire et blanchir le tissu musculaire par la macération ou par des lotions répétées.

Quelles que soient la situation, la longueur, la largeur, l'épaisseur, la figure, la direction d'un muscle, il est composé par l'assemblage de plusieurs faisceaux de fibres qu'enveloppe une gaine cellulaire , semblable à celle qui revêt le corps du muscle lui-même , et le distingue des parties environnantes. Chaque faisceau est formé de la réunion d'une multitude de fibres si déliées, que nos instrumens anatomiques ne peuvent en opérer la dernière séparation , et que la plus petite fibre apercevable résulte encore de la juxta-position de plusieurs fibres d'une indéfinissable ténuité. Comme les dernières divisions de la fibre musculaire échappent entièrement à nos moyens d'investigation y il serait bien absurde d'en vouloir exposer la structure intime, et, marchant sur les traces de Muys , d'écrire un long ouvrage sur ce point obscur de la physiologie. Diront-

t>ÈS MOUVEMENS. 3

nous , avec Pauteur que je viens de citer, que chaque fibre apercevable est formée de trois fibrilles, dont la grosseur éprouve un décroissement progressif; avec Leuwenhoeck, que le diamètre de cette fibre élémentaire ne fait que la cent millième partie de celui d'un grain de sable ; avec Swammerdam , de Heyde, Cowper, Ruisch et Borelli, que cette fibre primitive est formée d'une suite de molécules globuleuses, rhomboidales ou noueuses* avec Lecat, que sa nature est absolument nerveuse; avec Wieussens et'Willis, qu'elle n'est autre chose que les dernières ramifications des artères: avec d'autrès, qu'elle est cellulaire, tomenteuse, etc.? Comment énoncer quelque chose de positif sur la nature des parties d'un tout que sa ténuité soustrait à nos plus scrupuleuses recherches ? Pour expliquer les phénomènes de l'action musculaire, il suffit de concevoir chaque fibre comme formée d'une série de molécules d'une nature particulière, réunies ensemble par un moyen inconnu; que ce soit le gluten , l'huile, ou tout autre substance, mais dont la cohésion, la mutuelle adhérence est manifestement entretenue par la force vitale, puisque les muscles se déchirent, sur les cadavres, par des efforts auxquels ils auraient résisté pendant la vie, et que, dans ce dernier état, leur résistance est si grande, que rien n'est plus rare que leur rupture.

Ces fibres qui possèdent au plus haut degré la propriété de se raccourcir, de se contracter lorsqu'on les irrite , quelque degré de finesse et de té-

nuitë qu'on leur suppose, reçoivent des nerfs et des vaisseaux. En effet, quoique leur nature ne usoit ni vasculaire ni nerveuse, ce dont il est facile de se convaincre en comparant le volume des vaisseaux et des nerfs qui entrent dans la structure des muscles, avec celui de ces organes, et en réfléchissant à la différence de leurs propriétés, chaque fibre tient le pouvoir de se contracter du sang que lui apportent les artères, et du fluide que le cerveau y projette par le moyen des nerfs. Une gaine cellulaire environne ces fibrilles (et peut-être les nerfs et les vaisseaux se terminent-ils dans son épaisseur); d'autres les unissent ensemble ; des gaines communes entourent les faisceaux; ceux-ci, réunis de la même manière, forment des paquets plus ou moins considérables ; et de l'assemblage de ces derniers résulte le corps des muscles. Il s'amasse rarement de la graisse dans le tissu cellulaire qui unit ensemble les plus petits faisceaux; elle s'accumule en petite quantité dans les interstices des paquets plus considérables^ enfin , elle est un peu plus abondante autour du muscle lui-même. Une vapeur lymphatique et aqueuse remplit ces cellules^ entretient la souplesse du tissu, et favorise l'action de l'organe, qu'eût gêné une humeur plus consistante.

La plupart des muscles se terminent par des corps ordinairement arrondis, d'une blancheur éclatante , et qui tranche sur la couleur rouge de la chair musculaire , dans l'épaisseur de laquelle une

de leurs extrémités se prolonge, tandis que l'autre extrémité est attachée aux os, et semble se confondre avec le périoste qui recouvre ceux-ci^ quoique les tendons ( c'est ainsi qu'on nomme les corps par lesquels les muscles se terminent) en soient parfaitement distincts. Les tendons sont formés d'un assemblage de fibres longitudinales et parallèles; leur structure est plus serrée que celle des muscles; ils sont plus durs, ne reçoivent pour la plupart ni nerfs ni vaisseaux apparens, n'ont par conséquent qu'un bien faible degré de vie : aussi se rompent-ils souvent par l'effort de traction que les muscles exercent sur eux. Les fibres musculaires s'implantent à la surface des cordes tendineuses, sans $e continuer avec les filamens qui forment ces dernières : elles s'y rendent d'une manière différente, et s'y ^ insèrent vsous des angles plus ou moins ouverts.

Les tendons , en pénétrant dans le corps charnu des muscles , s'élargissent en diminuant d'épaisseur , et forment ainsi les aponévroses intérieures. Les aponévroses extérieures sont indépendantes des tendons, quoique leur structure soit la même, e!i qu'elles n'en diffèrent qu'en ce que les fibres dont elles sont composées forment àes plans minces et étendus en largeur : tantôt elles recouvrent une portion de la surface du muscle auquel elles appartiennent; d'autres fois elles enveloppent îa totalité d'un membre, fournissent des points d'attache aux muscles qui le composent, préviennent le déplacement de ces muscles et des cordes tendineuses

6 H^S MOUVJeMENS.

qui les terminent, dirigent en quelque sorte leur action, et accroissent leur force de la même manière qu'une ceinture médiocrement serrée augmente la vigueur d'un athlète.

On ne peut admettre avec fouleau que les muscles des membres, quoique retenus contre les os qui en forment le centre , par les enveloppes aponévrotiques, puissent se déplacer et faire hernie. Lorsqu'on les contracte dans une position fausse ou vicieuse , quelques fibrilles se déchirent , et de là nais'sent la plupart de ces douleurs instantanées, souvent très-vives, que l'on connaît sous le nom de crampes. J'ai actuellement sous mes yeux l'exemple d'une petite fille dont l'aponévrose de la jambe , mise à découvert par suite d'une large ulcération , s'est exfoliée depuis la partie moyenne et antérieure du membre jusqu'au' coudepied. CeUe exfoliation a été suivie du déplacement du muscle j^mbier antérieur, et de celui des extenseurs des orteils; la jambe s'est déformée, les mouvemens d'extension du pied et des orteils sont difficiles , et deviendront bientôt impossibles, lorsque l'exfoliation des tendons suivra celle de l'aponévrose qui les garantissait du contact de l'air.

CL VIII. Lorsqu^un muscle se contracte , ses fibres se rident, se plissent en travers; leurs extrémités se rapprochent , puis s'éloignent pour se rapprocher de nouveau. A ces oscillations ondulatoires qui sont très-rapides, succède une moindre agitation; le corps du muscle, gonflé, durci en se rac-

DES MOUVEMENS. «y

courcissant, a exercé un effort de traction sur le tendon qui le termine; l'os auquel celui-ci s'attache a été remué, si d'autres puissances plus fortes que le muscle qui agit ne l'ont empêché d'obéir à cette action. Tels sont les phénomènes que présentent les muscles mis à découvert sur un animal vivant ou sur l'homme, lorsqu^on en provoque les contractions par l'application d'un stimulus. Mais ces contractions par cause extérieure n'ont jamais la force^ l'instantanéité de celles que la volonté détermine d'une manière puissante et soudaine. Examinez un athlète maigri par une maladie, au moment où il contracte le biceps brachial pour fléchir fortement l'avant-bras : on voit ce muscle se grossir tout à coup, se roidir, et persister immobile dans cette contraction pendant tout le temps que dure l'influx cérébral ou l'acte de la volonté qui le détermine.

Quoique les muscles se gonflent manifestement lorsqu'ils se contractent , et que les membres auxquels ils appartiennent se trouvent gênés par les liens que l'on passe autour d'eux (i), néanmoins le volume total de l'organe contractile reste le même; il perd en longueur autant à peu près qu'il acquiert en grosseur. Il s'en faut que les physiolo-

(i) Tout le monde connaît cet Hercule de l'antiquité, qui pour montrer sa force, se faisait entourer la tcte d'un bandeau de fer, qu'il brisait en serrant les mâchoires; phénomène du à l'épaisseur accrue deis muscles temporaux pendant leur contraction.

gistes aient été d'accord à ce sujet : les uns^ ont soutenu qu'il y avait augmentation ; les autres, diminution du volume absolu du muscle contracté.

Borelli, qui s'est prononcé pour la première opinion, a voulu prouver cette augmentation par la gène que les muscles du bras éprouvent lorsqu'ils sont placés dans un instrument qui les entoure exactement, et qu'on veut ensuite les contracter; mais il n'a pas tenu compte du raccourcissement. Glisson imagina de mettre le bras dans l'eau , de le contracter, et de voir si le niveau ne montait pas; et il crut s'être assuré qu'il y avait abaissement du liquide au moment de la contraction. Carlisle fit une expérience du même genre, mais bien plus régulière : il fit placer le bras dans un vase plein d'eau , et il luta l'extrémité supérieure du vase sur le bras; un tube était en communication avec l'eau du vase, et l'eau qu'il contenait servait à marquer les variations de volume du bras par son ascension ou sa descente dans le tube. Or, il remarqua qu'au moment de la contraction le liquide montait dans le tube, ce qui annonçait l'augmentation de volume du bras. Ce résultat était opposé à celui de Glisson. Mais on peut objecter à toutes ces expériences, que Ton a'a pas agi seulement sur le muscle, mais sur toutes les parties vasculaires du membre, lesquelles peuvent éprouver quelques variations dans la quantité de sang qu'elles renferment à l'occasion des contractions des muscles. C'est à peu près la même objection que l'on peut adresser à Swammnerdam,

qui mit un cœur de grenouille dans l'eau, et y'it le liquide baisser pendant sa contraction , et à Ej^mann , qui obtint un résultat semblable avec un tronçon entier d'anguille. Ces résultats opposés tendent à établir qu'il n'y a pas de changement dans le volume du muscle, proposition que justifient les expériences suivantes. Blane mit une masse musculaire d'anguille dans un liquide, sollicita ses contractions en l'excitant avec la pointe d'un styl et , et le liquide resta immobile pendant la contraction. Barzelotti avait fait l'expérience d'une manière plus délicate, en ne plaçant aucun autre corps étranger dans le liquide, mais en sollicitant par un courant galvanique les contractions des muscles du train de derrière d'une grenouille. Son résultat fut le même; il n'y eut pas de mouvement dans le niveau du liquide. Enfin, MM. Prévost et Dumas, Mayo et plusieurs autres, ont, par des expériences semblables, confirmé l'opinion qu'il y a compensation entre le raccourcissement et l'épaississement du muscle^ d'où résulte son identité de volume.

Le muscle contracté devient élastique ; c'est par suite de cette élasticité que certaines parties du corps peuvent vibrer: l'air frapperait en vain les bords des cordes vocales, si la paralysie des muscles thyro-arythénoïdiens les privait de leur faculté contractile, il ne pourrait plus leur imprimer ces vibra-^ tions d'où résulte la voix.

La couleur du muscle ne subit aucune altération. On a pensé autrefois que le muscle était coloré

tO DES MOUVliMEWS.

par le sang dont il était rempli, qu'en se contractant, ilichassait ce sang et perdait sa couleur. Cette opinion était appuyée sur la pâleur que présente un cœur de grenouille au moment de sa systole. Mais on sait aujourd'hui que la coloration du muscle liii est inhérente, et l'on explique très-bien la pâleur du cœur de la grenouille par la transparence de ses parois, qui laisse voir le sang pendant la diastole, et donne par-là un aspect plus rouge au cœur que lors de l'expulsion de ce liquide.

Le muscle éprouve une suite de contractions et de relâchemens alternatifs rapprochés. Wollaston a découvert ces oscillations : en portant le doigt dans l'oreille , il se produit alors un tremblement, un frémissement à peu près semblable à un bruit lointain de roue. M. Gerdy révoque en doute ces oscillations, en donnant une autre explication du bruit dont je viens de parler : il croit la contraction permanente. Cependant le stéthoscope appliqué sur un muscle en contraction fait entendre le même bruit que celui qui se produit quand le doigt est dans l'oreille, et que Wollaston attribue à la suite des contractions qu'exécutent les muscles du bras pour maintenir le doigt dans cette position. Au reste ^ Haller avait déjà noté qu'un certain bruit répondait à la formation des rides d'un muscle contracté^ mais que cela n'avait pas lieu dans les muscles de la vie organique, dont les contractions sont lentes, sauf toutefois celles du cœur.

Barthez a décrit une modification active des

DES MOUVEMENS. I ï

muscles, dans laquelle ils s'alongent: c'est ce qu'il a nommé la force d'élongation. Béclard a réfuté les faits^ qu'il donne à l'appui de cette force d'élongation , et il n'a point regardé comme convaincans les raison nemens qu'Autenrieth et Meckel ont donnés en faveur de cette élongation. Ainsi, l'alongement de la trompe de l'éléphant, celui de la langue , se peuvent expliquer par la présence de fibres circulaires , ou du moins transversales^ qui, par leur raccourcissement joint à leur augmentation d'épaisseur, doivent opérer cet alongement. On ne peut non plus admettre avec Barthez ce qu'il a nomrné une force de situation fixe dans les muscles. Voici ce qu'il entend par-là : si un homme A^igoureux tient dans sa main une boule fragile qu il pourrait aisément briser en rapprochant les doigts, et qu'on essaie de lui enlever cette boule de la main , il pourra serrer les doigts de manière à lutter contre l'effort que vous emploierez pour les luiécarter, et néanmoins ne pas les presser au point de rompre la boule fragile qu'ils contiennent. Or, cette force qui fait que ni les extenseurs ni les fléchisseurs ne dépassent les lin\ites de leur contraction ou de leur relâchement actuel, est ce que Barthez nomme force de situation fixe, sur laquelle il s'étend longuement , et qu'il s'applaudit d'avoir introduite dans le domaine de la physiologie. Mais ces idées n'ont point été admises, et les auteurs n'ont vu dans l'expérience dont parle Barthez ,

qu'une compensation exacte entre Faction des muscles fléchisseurs et celle des extenseurs.

En voyant la différence qui existe entre les hommes sous le rapport de la force, on peut se demander si cela tient à ce que les fibres musculaires sont plus nombreuses ou plus grosses chez l'un que chez l'autre. La dernière hypothèse est la plus pro- . bable, parce que, d'une part, la surface extérieure d'un muscle d'un homme faible est lisse, unie; ses faisceaux sont excessivement minces. Cette surface, au contraire, est inégale, à faisceaux prononcés, chez l'athlète; d'une autre part, le même homme peut être très-vigoureux j et quelque temps après très-faible, et que, dans ce cas, on ne peut guère s'empêcher de croire qu'il y a eu amaigrissement des muscles plutôt que diminution du nombre des

fibres.

Les mâles sont d'ordinaire plus forts que les femelles; les Européens faisant usage d'une alimentation substantielle, plus que les Sauvages qui vivent pauvrement. C'est ce dont le capitaine Pérou s'est assuré en faisant des expériences comparatives avec le dynamomètre sur des Européens et des Sauvages de la Nouvelle-Hollande et de la terre de Van- Diémen.

L'intégrité des vaisseaux et des nerfs qui se distribuent aux muscles est une condition indispensable à leur contraction. Il suffit d'empêcher l'abord du sang ou du fluide nerveux par la ligature des

DBS MOUVEMENS. iS^

artères ou des nerfs; d'empêcher," par celle des veines, le retour du fluide qu'elles rapportent au cœur, pour que les muscles soient complètement paralysés. La section ou Ta ligature des nerfs empêche subitement l'action des muscles auxquels ils se distribuent. L'interception du cours du sang artériel produit le même effet, quoique d'une manière moins prompte et moins instantanée;*et il est bien remarquable que l'intégrité des veines est presque aussi essentielle à l'action musculaire que celle des artères. Boerhaave a expérimenté que la ligature de la veine-cave au-dessus de la naissance des iliaques entraînait la perte du mouvement dans les extrémités postérieures, auSsi bien que celle de l'aorte, pratiquée par Sténon à la même hauteur; ce qui prouve de plus en plus ce que nous avons dit ailleurs delà propriété stupéfiante du sang qui coule dans les veines.

La contractilité des muscles destinés aux mouvemens volontaires est en raison directe du nombre et de la grosseur des nerfs et des artères qui se répandent dans leur tissu. La langue qui, de tous les organes contractiles, est celui qui reçoit le plus de nerfs cérébraux, est aussi celui de tous ceux qui sont soumis à l'empire de la volonté, dont les mouvemens sont les plus étendus, les plus libres, les plus variés (i). Les muscles du larynx, lesinter-

(i) Il n'est pas besoin de répéter <Jue nous ne parlons point ici des mouveraens plus ou moins inyolontaires q[u'exécutent

î4 . DES MoUVËMENS.

costaux j n'en reçoivent guère moins , si on les compare au petit volume de ces parties, etc.

II faut soigneusement distinguer dans les muscles l'aptitude de ces organes à se contracter, de là force avec laquelle ils se contractent. Les muscles débiles d'une femme vaporeuse se contractent avec une telle facilité, que souvent leur contraction paraît involontaire, tandis que les mucles puissans d|un athlète n'entrent en action qu'autant qu'ils y sont portés par des stimulans énergiques, ou par une volonté bien déterminée.

L'action d'un excitant est nécessaire à la contraction de la fibre musculaire. L'excitani ordinaire des muscles de la vie de relation est la volonté. Je veux, et à l'instant le mouvement que j'ai conçu est exécuté. Cet excitant n'est pas le seul; il y a des contractions qui se font pour ainsi dire à l'insu de la volonté, et d'autres qui s'y soustraient, comme chez les épileptiques, où la volonté n'exerce |)lus aucun empire. Enfin, l'irritation directe de la moelle épinière, d'un nerf, le fluide électrique traversant un muscle immédiatement ou médiatement par

les muscles qui reçoivent leurs nerfs, en partie ou en totalité des grands sympathiques. Quoique la nature particulière de ces nerfs ait une grande influence sur les facultés des organes dans le tissu desquels ils se répandent, on voit cependant que la règle générale souffre peu d'exceptions, puisque le cœur et le diaphragme , ces organjes qui tiennent le premier rang parmi les parties contractiles, reçoivent beaucoup de vaisseaux et beaucoup de nerfs.

ÔES MOUVEMENS. t5

l'intermédiaire d'un nerf, sont encore des excitans de la contraction musculaire. Pour les muscles de la vie organique, il y a des excitans variés. En général , l'excitant est dû à la présence d'un liquide séparé de la surface interne du muscle par une couche membraneuse peu épaisse : tel est le sang pour le cœur, l'urine pour la vessie, la pâte alimentaire pour le tube digestif.

Revenons sur Tintervention de la volonté. Quel est le point de l'encéphale qui répond s^cet acte de l'intelligence? Si l'on coupe un nerf ou la moelle épinière depuis la partie inférieure successivement jusqu'à la supérieure, on produit la paralysie des muscles qui reçoivent leurs nerfs des portions de moelle placées au-dessous de la section , et cependant la volonté se produit encore : c'est donc dans le crâne qu'elle surgit. On a fait à cette proposition plusieurs objections, dont quelques-unes sont assez extraordinaires. Ainsi^ Perrault dit avoir coupé la tête d'une vipère qui continua à s'enfuir : or, ses mouvemens bien coordonnés étaient indubitablement dirigés par la volonté. Redi et Fontana ont fait des expériences semblables. L^empereur Commode, dans ses divertissemes, faisait courir une autruche à laquelle il abattait subitement la tête, et l'animal mutilé continuait à courir encore quelques pas; Kaw Boerhaave rapporte un fait semblable au sujet d'un coq auquel on avait jeté des alimens. Les fœtus qui viennent au monde acéphales et anen-

ï6 DES MOU^EMENS.

céphales, ont, pendant leur vie intrâ-utérine, exécuté des mouvemens volontaires.

Enfin, on a raconté des faits plus extraordinaires: une femme décapitée a pu marcher la longueur • d'une aune; un homme décapité s'est ensuite poignardé. Si nous voulons apprécier ces différens faits , nous dirons que les derniers sont faux , et qu'une stupîde crédulité peut seule les admettre. Quant aux reptiles^ on ne peut nier les faits énoncés plus haut^ non plus que celui dont M.' Duméril a été témoin : ce savant a enlevé la tête d'une salamandre , a obtenu la cicatrisation de la plaie du tronc, et la salamandre a vécu pendant un an, accomplissant des mouvemens très-réguliers. Mais nous avons déjà expliqué ces faits en disant que dans les animaux inférieurs, et pendant la vie embryonnaire, les fonctions du système nerveux n'étaient pas centralisées, que loin de là, elles paraissaient complètement indépendantes les unes des autres.

Quant aux oiseaux, ils n'ont pas couru longtemps; on peut dire qu'une fois lancés, la forme de leurs articulations a favorisé la continuation de la marche : d'ailleurs, les mouvemens étant conçus par la volonté, celle-ci peut être suspendue sans que pour cela les autres s'arrêtent subitement , attendu qu'ils ont été pour ainsi dire coordonnés à l'avance.

Nous pouvons conclure que dans les mammifères le siège de la volonté est dans l'encéphale, et pro-

DES MOUVEMENS. \in

bablemeht dans les lobes cérébraux. Les animaux sur lesquels MM. Magendie, Flourens, Piolando les ont détruits, pouvaient encore remuer; mais il n'y avait plus d'apparence de mouvement volontaire. L'intelligence transmet au muscle la volonté de se mouvoir à l'aide d'un agent particulier; et les mêmes organes, qui des parties sensibles avaient conduit les impressions jusqu'au lieu de l'encéphale où s'en opère la perception, servent h transmettre cet agent de la locomotion jusqu'aux organes contractiles.

Rolando a placé le siège de la sécrétion de cet agent dans le cervelet, qu'il considère comme une pile voltaïque, analogue à l'appareil des torpilles; chaque lamelle du cervelet formant les élémens de la pile. Ce physiologiste a ^ d/un seul coup, tranché deux questions : la première, relative à l'organe sécréteur de l'agent, le cervelet; la seconde, relative à la nature de l'agent, le fluide électrique. Mais la première hypothèse est erronée, car on peut enlever le cervelet, et les animaux accomplissent encore des mouvemens volontaires. D'autres pensent que c'est dans la moelle alongée et la moelle vertébrale que se produit l'excitant, et il y a quelques raisons de le croire; car, si on enlève le cerveau et qu'on irrite la moelle, on produit des mouvemens; et de plus, la moelle suit, dans tous les animaux, le développement de leur système musculaire, en sorte que, plus l'animal est vigoureux, plus sa moelle épinière est grosse, tandis que le cerveau

l8 DES MOUVEMENS.

est principalement en rapport avec l'intelligence.

Enfin, M. Fodera a expérimenté que si on enlève une portion d'arc des vertèbres, de manière à mettre à nu la moelle épinière, et qu'on jette ensuite l'animal dans les convulsions par la strychnine j on pourra , en comprimant la moelle découverte , suspendre les convulsions dans les muscles qui reçoivent leurs nerfs dans la partie comprimée , tandis qu'au-dessus et au-dessous les convulsions seront tout aussi violentes. Legallois dit avoir obtenu de pareils résultats.

Nos mouvemens sont parfaitement réguliers, quelque soit le nombre des muscles employés à les accomplir. Le système nerveux possède la faculté de coordonner les contractions musculaires, de manière à produire cette harmonie. Rolando est le premier qui ait considéré le cervelet comme le régulateur des mouvemens ; ses travaux ont été depuis continués par M. Flourens, qui, de même que Rolando, a enlevé les lobes cérébelleux, et M.Bouillaud qui les a brûlés; et ces expérimentateurs ont remarqué que les animaux dont le cervelet est détruit, ne peuvent que vouloir et remuer, mais sans coordonner leurs contractions : d'où résultent des mouvemens tout-à-fait bizarres.

M. Magendie a obtenu des résultats un peu différens; il a constaté un antagonisme parfait entre l'action du cervelet et des corps striés : le premier poussant irrésistiblement l'animal aux mouvemens en avant, et l'autre aux mouvemens en arrière.

M. Magendie a de plus remarqué que , si l'on coupe le pédoncule du cervelet d'un seul côté , l'animal tourne sur lui-même autour de son axe , et quelquefois avec une telle rapidité ^ qu'il fait plus de soixante révolutions dans une minute.

Il résulte de toutes ces expériences , quoique plusieurs d'entre elles soient assez disparates, que le cervelet ne peut être considéré comme agent de sensibilité (exclusivement au moins), qu'il a une influence certaine sur les mouvemens. Une solution plus positive ne peut -être donnée dans l'état actuel de la science. On a tenté de rechercher le siège de la volonté qui préside aux mouvemens de la langue, M. Bouillaud le place dans les lobes antérieurs du cerveau; M. Récamier, dans une portion du centre ovalde Wieussens; M.Foville,dans la corne d'Ammon.Gesdeuxdernièresopinionsnesontpoint prouvées. Quant à la première^ nous ne saurions l'admettre^ puisque des observations authentiques ont démontré que l'absence de lobes antérieurs, ou leur destruction par uu cancer, n'avaient apporté aucune gêne dans les mouvemens de la langue.

La moelle épinière joue deux rôles dans les conditions des contractions musculaires : elle sert comme organe conducteur et comme organe formateur de l'agent d'excitation qui , transmis par les nerfs , provoque la contraction des libres charnues. On pourrait ici rechercher si la moelle accomplit cette double fonction par sa portion centrale ou par sa périphérie , par ses cordons aiv

50 DES MOUVfeMENS.

teneurs ou par ses cordons postérieurs ^ par sa substance grise ou par sa. substance blanche» Mais 5 en nous occupant des fonctions de la moelle sous le rapport de la sensibilité , nous avons procédé par voie d'exclusion , et fait connaître d'avance que les cordons antérieurs étaient supposés répondre aux contractions musculaires. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit à ce sujet ; nous ajouterons seulement que , d'après M. Bellingeri, les cordons antérieurs de la moelle président, ainsi que les postérieurs, aux contractions musculaires , tandis que la substance grise conduit la sensibilité, que les cordons postérieurs sont affectés à la contraction des muscles extenseurs , du sphincter de l'anus, et au relâchement des muscles de la vessie destinés à retenir l'urine ; que les cordons antérieurs, au contraire , sont affectés aux muscles fléchisseurs , à ceux qui retiennent l'urine, et au relâchement des sphincters de l'anus. Il y a dans cette théorie une idée ingénieuse qu'on retrouve déjà dans Hunter : c'est celle d'avoir doué les centres nerveux de deux actions : l'une qui produit la contraction , l'autre le relâchement des muscles. Bellingeri est allé plus loin qu'Hunter en localisant cette double propriété. Il y a encore dans l'opinion de Bellingeri une autre considération intéressante : c'est qu^elle permet d'expliquer quelques maladies qui ne portent que sur un ordre de muscles : le tétanos^ par exemple j dans lequel les extenseurs seuls sont affectés. f

Quoi qu'il en soit , on peut dire que les usages de la moelle sont moins bien connus que ceux des racines des nerfs spinaux ; mais on possède une notion exacte et précieuse relativement à l'influence que les côtés de l'encéphale exercent sur la sensibilité et la myotilité des moitiés droite ou gauche du corps. L'action croisée de l'encéphale pour ces deux fonctions est universellement admise. Déjà Hippocrate avait dit que ceux qui étaient frappés à la tête du côté droit étaient paralysés à gauche , et vice versa. Ce fut par l'observation des malades, et non par l'ouverture des cadavres , qu'Hippocrate arriva à cette connaissance; mais peut-être supposait-il que les accidens étaient dus à la compression du cerveau par un épanchement du côté du lieu frappé. Les médecins qui suivirent Hippocrate ayant eu occasion d'observer plusieurs cas dans lesquels la paralysie occupait le même côté du corps que celui de la blessure du crâne, révoquèrent en doute l'assertion d'Hippocrate , et nièrent l'effet croisé du cerveau ; mais plus tard on reconnut que j dans ces cas , la lésion du cerveau s'était produite du côté opposé à la blessure extérieure , en sorte que l'effet croisé du cerveau fut de nouveau admis. En effet , il n'v a à cette proposition qu'un très-petit nombre d'exceptions . que nous ferons bientôt connaître. On a tenté d'expliquer l'action croisée du cerveau à l'aide de connaissances anatomiques. Entrevue par quelques auteurs, cotte explication a surtout été donnée

par Gall. Elle repose sur rentrecroisement des cordons antérieurs de la moelle, au-dessous des éminences pyramidales de la moelle. Presque tous les auteurs ont admis cette raison ; et sur cent médecins instruits, on en trouve quatre-vingt-dixneuf qui l'adoptent et s'en contentent. Cependant on peut lui adresser plusieurs objections que depuis long-temps nous avons pressenties, et qui ont été dirigées contre elle par un élève fort distingué de l'Ecole de médecine. Si^ en effet, l'entrecroisement au-dessous des pyramides pouvait rendre compte de l'action croisée du cerveau, tout nerf né au-dessus de l'entrecroisemen't devrait présenter une paralysie directe quand il y a lésion de l'encéphale; et pourtant dans l'hémiplégie, €|uand la face est paralysée^ elle Test du même côté que le reste du corps , quoiqu'elle reçoive ses nerfs d'une portion du bulbe rachidien supérieure à l'entrecroisement. Quant aux cas, excessivement rares , dans lesquels on a trouvé la lésion du cerveau du même côté que la paralysie , il y a deux explications différentes qui en ont été données : i*' D'après MM. Gall, Spuizheim et Blandin, il n'y a pas effet croisé lorsque le mal a son siège dans cette portion du cerveau qui reçoit les fibres de la moelle qui ne sont pas croisées : telles sont celles de l'olive. 2"" D'après Valsalva et Morgagni , d'après notre savant confrère M. Boyer, à l'opinion duquel nous ajoutons la nôtre propre, ce n'est pas la lésion

du coté paralysé qui produit rhémiplégie -, mais il existe conjointement avec elle une altération plus grave dans le côté opposé du cerveau , et c'est cette dernière qui produit les accidens. Si les phénomènes morbides démontrent un effet croisé , nul doute qu'il en scit ainsi pour l'accomplissement des fonctions normales de l'encéphale.

La moelle a-t-elle une action croisée ? Galien a déjà connu le résultat d'une section latérale de cet organe. Quand on coupe, dit-il, une moitié gauche ou droite de la moelle , l'animal est paralysé du même côté. Cette assertion a été vérifiée par tous les expérimentateurs. M. Fodera est le seul qui ait attribué à la moelle une action directe et une action croisée; mais le résultat de ses expériences est tellement extraordinaire, que , pour être admis, il a besoin de faits nouveaux qui confirment les siens. Quant au cervelet, avant de rechercher s'il a une action directe ou croisée , il faudrait être d'abord bien certain de la part qu'il prend aux mouvemens. Néanmoins^ quelques physiologistes ont parlé de l'entrecroisement; M. Serres l'admet. D'autre part, on a communiqué à l'Académie de médecine une observation qui lui est opposée. MM. Rolando , Fodera et Magendie disent avoir remarqué une action directe et non croisée du cervelet; enfin, M. Andral a fait le relevé d'un nombre considérable de cas pathologiques dans lesquels une moitié

2 4 DES MO¥VEMKINS.

latérale de cet organe était affectée ; et il n'a pu en tirer aucune loi générale , tant ils étaient différens les uns des autres.

La paralysie a quelquefois son siège dans le brasj d'autres fois dans la jambe. On a recherché si les mouvemens de ces deux appendices étaient dirigés par une portion différente du cerveau. M. Boyer, s'appuyant sur des expériences et des faits pathologiques (tiré probablement du Mémoire de Saucerotte , quoiqu'il ne le nomme pas), a établi que l'altération du lobe antérieur du cerveau pai'alysait le bras, celle du lobe postérieur la jambe; qu'enfin celle d'une portion moyenne un peu grande entraînait l'hémiplégie complète. On a pendant long - temps adopté cette explication , et cette opinion est encore celle du plus grand nombre , quoique, dans ces derniers temps, des observateurs aient avancé, à la même époque , et s'accusant mutuellement de plagiat , que le corps strié présidait aux mouvemens de la jambe , et la couche optique à ceux du bras : théorie à laquelle les faits pathologiques ne sont pas favorables, puisque le bras est plus souvent paralysé que la jambe ^ tandis que rhémorrhagie cérébrale a plus fréquemment son siège dans le corps strie que dans la couche optique.

Les nerfs transmettent au muscle l'ordre de se contracter. Peut-être ont-ils, outre la faculté d'être des organes conducteurs , une certaine puissance comme agcns de création de l'excitant

DKS MOtJVEMENS. ^5

qui fait contracter le muscle. En effet, leur volume est proportionnel à celui des muscles qu'ils pénètrent, et l'irritation d'un nerf coupé en travers entraîne les contractions du muscle dans lequel il se rend.

Disons quelques mots d'une question qui a été bien longuement débattue , sur laquelle on a écrit des volumes sans s'entendre, et qui divisera peut-être toujours les physiologistes : c'est celle de l'irritabilité musculaire. A la tête d'une école on doit mettre Haller , qui place dans le muscle la force contractile, propriété inhérente à la fibre charnue, qui, pour entrer en action, n'exige l'intervention d'aucun nerf, et n'a besoin que d'un excitant de nature différente, nerveux, sanguin ou autre. Haller a fondé son opinion sur ce qu'un cœur arraché de la poitrine continue h se contracter^ quoiqu'il n'ait plus de nerfs pour l'exciter au mouvement; sur ce qu'un muscle se» contracte sans que la volonté intervienne , dans le cas où il est a découvert , comme après une amputation, et qu'on l'excite avec la pointe d'un stylet; enfin, sur ce qu'un nerf coupé ne présente aucuns mouvemens contractiles , et qu'ainsi il ne peut donner au muscle une faculté qu'il n'a pas lui-même. A la tête de l'autre école, on doit mettre Legaliois , non qu'il ait le premier soutenu la nécessité des nerfs dans les contractions musculaires , mais parce qu'il a été le plus vigoureux champion de cette opinion, Voici les

argumens qu'il a fait valoir |contre l'irritabilité hallérienne : Il n'y a pas de muscle, soit de la vie animale 5 soit de la vie organique, qui ne reçoive des nerfs, or, il est probable que ceux-ci ne se rendent pas en vain dans les muscles; si un muscle isolé se contracte , c'est qu'il a encore en lui des portions de nerfs qui entretiennent son irritabilité; si on irrite une fibre charnue isolée , on entraîne !a contraction du muscle entier^ cependant les fibres ne sont pas entremêlées les unes aux autres; il faut donc que le nerf ait transmis l'irritation à toutes. Henri de Manchester a repris les raisonnemens de Legallois, et y a joint une nouvelle expérience qui confirme encore cette doctrine. Enfin, Tiedemann professe une troisième opinion qui lui paraît une opinion mixte ^ tandis qu'elle n'est, à la rigueur, que celle soutenue par Legallois. Il pense qu'on est allé trop loin de part et d'autre , que le muscle a la faculté de se contracter , et qu'un nerf est nécessaire pour que îa contraction se produise. Mais nous ne resterons pas plus long-temps dans cette discussion , car sa solution est, pour ainsi dire, subordonnée à la connaissance du mécanisme de la contraction 5 dont nous allons maintenant nous occuper.

CLÏX. Parmi les hypothèses imaginées pour exprimer les phénomènes de la contraction musculaire, celle qui la fait dépendre des combinaisons de l'hydrogène, du carbone, de Fazote et des autres substances conibuslibles qui se trouvent dans le

corps charnu du muscle,avecroxigène qu'apporte le sang des artères^ n'est pas sans probabilités aux yeux de plusieurs physiologistes.

Pour que cette combinaison s^opère,il faut, nonseulement que le sang artériel arrose la chair musculaire, et que l'oxigéne se mette en contact avec les substances qu'il doit oxider; il faut encore qu'un courant nerveux traverse le tissu du muscle, et détermine les compositions qui s'opèrent, comme le passage de l'étincelle électrique donne naissance à l'eau par la combinaison des deux gaz dont elle est formée. Selon cette théorie , due à Girtanner, tous les changemens qui arrivent à un muscle qui se contracte, le gonflement, le raccourcissement, le durcissement de son tissu, le changement de température, tiennent à cette action réciproque des élémens de la fibre musculaire et de l'oxigéne du sang artériel.

Voici les raisons qu'il allègue en faveur de son opinion : la chair musculaire est d'autant plus dure, plus ferme ^ plus brûlée, que l'animal se meut davantage : on sait quelle différence existe entre la chair des bêtes fauves et celle de nos animaux domestiques, entre la viande des volailles de bassecour et celle des oiseaux de haut vol : autant elle est, chez les premiers, blanche^ douce, tendre et délicate, autant elle est chez les autres dure, fibreuse, coriace, noire, charbonnée.et fortement odorante, La respiration, dont le principal usage est, dans cette doctrine, d'imprégner le sang arté-

riel de l'oxigéne nécessaire aux contractions de la fibre musculaire, est d'autant plus complète, altère une quantité d'autant plus grande d'air atmosphérique , que les animaux son t par leur nature destinés à plus de mouvemens. Les oiseaux, obligés de se soutenir dans les airs par des mouvemens forts et pressés, sont aussi ceux qui respirent davantage. Les athlètes, qui nous étonnent par le développement de leur organe musculaire et la grandeur des efforts dont ils sont capables, ont tous une poitrine fort ample, une voix forte, les poumons d'une grande capacité (i). Les coureurs, qui consomment une grande quantité du principe moteur, halètent^ c'est-à-dire respirent précipitamment, afin d'oxider le plus possible le sang qui doit entretenir les contractions nécessaires à la course.

L'électricité a été considérée par un grand nombre de physiologistes comme étant essentielle à la contraction : c'est déjà ce qui est exprimé dans la théorie de Girtanner. La découverte du galvanisme, dont je parlerai plus loin , a surtout mis celte opinion en

(i) Je n'ai jamais vu d'homme très-fort qui n'eut de larges épaules; ce qui indique un grand développement de la cavité respiratoire. S'il est des individus qui paraissent se soustraire à cette loi générale, c'est que, par un fréquent exercice, par une vie laborieuse, ils ont augmenté la force naturelle de leurs muscles. Cet accroissement est rarement général, mais presque toujours borné à certaines parties qui ont été les plus exercées, les bras^ les Jambes ou les épaules.

DES MOUVEMENS. 2g

faveur. Les physiologistes cités plus bas en ont tiré un parti très-iiigénieux.

Les expériences récentes (i823) de MM. Prévost et Dumas apprennent qu'au moment ou l'influx nerveux détermine une contraction musculaire, chaque fibre du muscle se fléchit en zig-zags. A chaque point de flexion répond un filament nerveux, dont la direction est perpendiculaire à celle de la fibre musculaire, qu'il embrasse par une anse; car, après avoir coupé à angle droit la direction des fibres musculaires, les filets des nerfs reviennent sur eux-mêmes, et rejoignent la branche qui les a produits. Cela posé, le phénomène de contraction musculaire a lieu par l'influence du double courant électrique en sens parallèle , dont les nerfs sont les conducteurs. A la faveur de ce double courant, des attractions et des répulsions alternatives, toutes les fibres musculaires sont pliées en zig-zags; il y a raccourcissement sans que le volume du muscle augmente, au moins d'une manière appréciable. Pour étudier ces phénomènes, MM. Prévost et Dumas placent sous le microscope un muscle assez mince pour conserver sa transparence.

Quelque ingénieuse et satisfaisante que soit cette explication , il lui manque, pour être démonstrative , iMa réalité de la disposition anatomique des nerfs , qu'eux seuls ont vu traverser le muscle sans s'y arrêter; 2° la présence du fluide électrique en circulation dans les nerfs , qui n'est qu'une hypothèse dont rien ne démontre

3ô DES MOUVEMENS.

l'exactitude, comme nous le verrons. On peut encore objecter qu'il est difficile de comprendre comment des fîlamens nerveux peuvent exercer une action assez puissante sur les muscles pour les rendre aussi durs et aussi forts qu'ils le sont au moment de leur contraction.

M. Dutrochet a aussi voulu expliquer le mécanisme de la contraction musculaire par l'influence de l'électricité. Il admet d'abord que l'action électrique peut à elle seule créer des fibres musculaires ; il rappelle les travaux de MM. Prévost et Dumas, qui, à l'aide de la pile, ont déterminé • la formation de globules dans de l'albumine , globules qui se retrouvent également dans la fibrine. Il ajoute que si on fait une émulsion avec du jaune d'œuf, et qu'on dirige au travers un cou? rant électrique , on voit se former deux ondes électrisées en sens inverse dans le liquide; que ces ondes marchent à la rencontre l'une de l'autre; que l'une est alcaline et l'autre acide; et que quand elles se sont rencontrées , il se produit dans toute leur étendue une ligne de fibrine qui est une fibre charnue susceptible de se contracter , qui ne diffère de celle des muscles que par sa couleur^ et qui serait identique à la fibre musculaire , si , au lieu de jaune d'œuf, on avait employé du sang à sa fabrication. Cette fibre charnue forme des flexuosités comme celles décrites par MM. Prévost et Dumas. Les propriétés dont €llc jouit sur une d^ ses faces sont opposées à

DES MOUVEMENS. 3i

celles de la face opposée ; ce qu'on reconnaît en arrosant ces surfaces ^ soit avec un acide , soit avec un alcali ^ d'où résulte une incurvation dans un sens ou dans l'autre de la fibre musculaire. Nous n'avons pas eu occasion de vérifier les faits énonces par M. Dutrochet; mais ils nous paraissent difficiles à admettre ; et nous craignons que ce savant n'ait été abusé par le désir 5 si grand aujourd'hui , de tout expliquer par l'électricité.]

CLX. Prépondérance des muscles fléchis^ seurs sur les extenseurs (i). Les muscles extenseurs sont généralement plus faibles que les fléchisseurs; aussi la situation la plus naturelle ^ celle dans laquelle toutes les forces se font mutuellement équilibre, celle que nos membres prennent durant le sommeil, lorsque la volonté cesse de déterminer l'influx vital dans les muscles soumis à son empire, celle que nous conservons le plus long-temps sans fatigue, est un état moyen entre la flexion et l'eilension , une véritabe demi-flexion.

On a voulu remonter aux causes de cette prépondérance des muscles fléchisseurs sur leurs antagonistes. Selon Borelli, les fléchisseurs de la même articulation étant moins longs que les extenseurs,

(i) La théorie de la prépondérance des muscles flécliisseurs sur les extenseurs m'appartient exclusivement ; je l'ai, le premier, proposée dans le /Jecwe// des Mémoires de la Société médicale de Paris , pour l'm yii de h république ( 1799 ).

et |tous se contractant également (i), les premiers doivent faire parcourir aux membres un espace plus considérable^ et les déterminer de leur côté. Mais, outre qu'il n'est point vrai que les fléchisseurs soient plus courts que les extenseurs, si l'on veut estimer par la longueur d'un muscle l'étendue des mouvemens que son action peut produire^ on ne doit ni mesurer la longueur totale du corps charnu, ni comprendre dans l'évaluation la corde tendineuse qui le termine, mais avoir égard à la longueur particulière des fibres qui le composent, et de laquelle dépend en entier l'étendue des mouvemens que ses contractions déterminent.

Le degré de raccourcissement dont un muscle est susceptible est toujours relatif à la longueur de ses fibres charnues, comme !a force avec laquelle il se contracte est en raison de leur nombre. Or, si les fibres des fléchisseurs sont plus nombreuses que celles des extenseurs, une conséquence nécessaire, c'est que les membres seront entraînés dans la flexion lorsque le principe du mouvement se distribuera en égale quantité; et lors même que le nombre des fibres serait égal dans les fléchisseurs et les extenseurs, les membres seraient encore fléchis, si les fibres des premiers étant plus longues, ils peuvent faire parcourir aux parties de plus grands espaces.

(i) Muscull jiexores ejusdem ariicuU breviores snnt extensoribus, et u trique œque co/itrahimtur. Prop. i-3o, de Motu animalium.

Si l'on examine les diverses régions du corps, les articulations des membres, et surtout celle du genou, dont la connaissance est la plus importante pour bien entendre la théorie de la station , on verra que les muscles fléchisseurs l'emportent de beaucoup sur les extenseurs pour le nombre et la longueur de leurs fibres charnues. Si l'on compare le biceps crural, le demi-tendineux, le demi-membraneux, le droit interne, le couturier^ les jumeaux, le plantaire grêle et le poplité, qui tous concourent à la flexion de la jambe sur la cuisse , au triceps crural et au droit antérieur, qui en opèrent l'extension , on verra bientôt que les fibres de ceux-ci sont bien plus courtes et moins nombreuses. Celles du couturier et du droit interne sont les plus longues de toutes celles des muscles employés aux mouvemens volontaires : les fibres des muscles postérieurs du membre ne le cèdent point pour la longueur à celle des autres muscles antérieurs.

D'un autre côté, les muscles fléchisseurs s'insèrent aux os qu'ils doivent mouvoir plus loin du centre de leurs mouvemens. En effet, si l'insertion du demi-membraneux se fait à peu près à la même hauteur, le couturier, le droit interne, le demitendineux, le biceps et le poplité s'attachent plus bas que les extenseurs de la jambe. Mais cette différence est surtout marquée relativement au plantaire grêle et aux jumeaux, qui se terminent le plus loin possible du centre des mouvemens, et agissent par un bras de levier qui a une longueur considé- 3, 3

rable (i); enfin , le plus grand nombre de ces muscles s'écartent bien plus que les extenseurs du parallélisme avec les os de la jambe. On sait quel contour font les trois muscles couturier, droit interne et demi-tendineux 5 pour rendre plus avantageux l'angle sous lequel ils s'y insèrent.

Les muscles fléchisseurs, presque parallèles aux leviers qu'ils doivent mouvoir au moment où ils entrent en action , tendent à leur devenir perpendiculaires , à mesure que le mouvement de flexion s'exécute. Ainsi , le brachial antérieur, le biceps brachial et le long supinateur, dont la ligne moyenne de direction est presque parallèle à celle des os de l'avant-bras, lorsque la flexion de ce membre commence, deviennent obliques , puis perpendiculaires Il ces os, et finissent par les rencontrer sous l'angle le plus avantageux à l'efficacité de leur action. Il en est de même des fléchisseurs de la jambe. L'angle de leur insertion s'agrandit à mesure qu'elle se flx3chit sur la cuisse. Les muscles extenseurs , au contraire, sont dans les dispositions les plus favorables au moment où leur contraction commence :

(i) On peut, sous ce rapport, comparer les muscles jumeaux au long supinateur , dont l'usage n'est point borné , ainsi que l'a fait voir Heister , à opérer la supination de la main , mais qui fléchit encore l'avant-bras sur le bras avec une force d'autant plus grande, que son attache inférieure est à une distance plus considérable de l'articulation du coude , et que ses fibres sont les plus longues de toutes celles des muscles de l'extrémité supérieure.

DES M0UVEMEN3. 00

à mesure que l'extension s'opère, ils tendent à devenir parallèles aux leviers qu'ils meuvent; leur action est même neutralisée avant que le parallélisme soit exact 5 au coude, par la résistance qu'oppose l'apophyse olécrane , et au genou , par les ligamens nombreux, et par les tendons placés vers la partie postérieure de Tarticulation.

Les muscles fléchisseurs ont donc des fibres pius nombreuses et plus longues que les extenseurs. Leur insertion se fait aux os, plus loin du centre, de leurs mouvemens, sous un angle plus ouvert, et qui s'agrapdit encore à mesure que les membres se fléchissent. C'est à ces causes réunies que les fléchisseurs doivent la supériorité dont ils jouissent; c'est à la plus grande étendue des mouvemens que ces muscles déterminent, que doit être attribuée la disposition des surfaces articulaires, presque loutes inclinées du côté de la flexion.

Cette prépondérance des muscles fléchisseurs varie suivant les périodes des âges. Dans le fœtus, toutes les parties, repliées sur elles-mêmes, sont fléchies outre mesure : cette convolution du nouvel individu sur lui-même peut être aperçue dès les premiers temps de la gestation, lorsque, semblable à une fève de haricot, et supendu par le cordon ombilical au milieu des eaux de l'amnios , l'embryon flotte dans Une cavité où il se trouve de plus en plus resserré à mesure qu'il s'approche du terme de sa naissance. Cette flexion outrée des parties, îiécessaire pour que le produit de la conception s'ac-

commode à la forme ellipsoïde de l'utérus, concourt à donner aux muscles qui Topèrent la supériorité dont ils jouissent durant le reste de la vie.

L'enfant nouveau -né conserve d'une manière remarquable les habitudes de la gestation; mais à mesure qu'il prend de l'accroissement, il se redresse sur lui-même; des pandiculations fréquentes annoncent qu'une juste proportion tend à s'établir entre les puissances musculaires. Lorsque l'enfant devient capable de se tenir debout, abandonné à ses propres forces , toutes ses parties sont à demi fléchies, sa démarche est chancelante; il vacille sans cesse sur son point d'appui. Vers le milieu de la vie y la prépondérance des fléchisseurs sur les extenseurs devient moins apparente; l'homme jouit du plein et entier exercice de sa faculté locomotrice; mais à mesure qu'il avance en âge, cette vigueur l'abandonne, les muscles extenseurs redescendent par degrés à cet état de débilité relative qu'ils avaient dans l'enfance^ et deviennent incapables d'assurer la station d'une manière fixe et durable.

CLXIIL L'état de nos membres pendant le sommeil se rapproche de celui du fœtus, qui, suivant la remarque de Buffon, peut être considéré comme profondément endormi. Sa cessation est suivie, chez l'homme ainsi que chez la plupart des animaux , de fréquentes pandiculations. Nous étendons fortement nos membres pour donner aux extenseurs le ton nécessaire aux fonctions qu'ils doivent

remplir pendant l'état de veille (i). Barthez rapporte à une semblable utilité les chants et les agitations des ailes par lesquels le coq annonce son réveil.

Il peut arriver que, par une direction vicieuse de l'influx vital, nos parties persistent dans l'extension durant le sommeil. Aussi Hippocrate recommande-t- il d'observer soigneusement l'état des membres tandis que le malade dort; car, ajoute-t-il, plus cet état s'éloigne du naturel , plus il y a à craindre pour la vie. Dans certaines maladies nerveuses, caractérisées par une aberration manifeste dans la distribution des forces vitales, l'extension soutenue doit être regardée comme un sinistre présage. J'ai eu plusieurs fois occasion d'observer que^ dans les plaies qui se compliquent de convulsions et de tétanos, ces accidens terribles sont annoncés par l'extension persévérante des membres durant le sommeil , avant que la difficulté des mouvemens de la mâchoire puisse les faire pressentir.

Les maladies .( les excès de tous genres introduisent dans les muscles extenseurs une faiblesse relative bien remarquable. Aussi voit-on les convalescens, et ceux qui ont multiplié leurs jouissances,

(i) Haller pense que ces extensions ont pour but de faire cesser la sensation incommode que produit la flexion prolongée. « Nunc qiiidem hommes et animalia extendunt arlus , « qubd iis fere conflexis donniant , et, ex eo perpeluo situ , » in muscuiis sensus inconirnodus oriatur ., qiiem extensione » tollunt. » {Pkœnomena expergiscentium , Elemenîa pliysio- /o^iVç, tome V, p. 621.)

marcher les genoux fléchis, d'autant plus que leur débilité est plus grande, et que la force des extenseurs est plus radicalement énervée. Alors la flexion des genoux a pour terme cet état dans lequel le tendon des extenseurs de la jambe rencontre le tibia sous un angle dont la grandeur compense la diminution de leur énergie. FI est un état de l'économie animale dans lequel tous les organes musculaires paraissent las d'agir , et les membres indifférens à toute espèce de situation : dans cet état , toujours Irès-fâcheux, parce qu'il indique un défaut presque absolu d'action dans un système d'organes dont l'exercice est essentiel à la vie, état que les médecins sont convenus de désigner sous le nom de prostration (i)^ les membres abandonnés à eux-

(i) Dans le traitement des maladies, c'est de l'appréciation de l'état des forces que le médecin tire ses indications les plus lumineuses et les plus fécondes. Il me semble qu'on devrait s'attacher à caractériser par des termes spécifiques les divers éfats de la dynamique animale , considérée dans les différentes maladies. Notre langue, moins riche en images que les langues anciennes, offrira difficilement ces dénominations caractéristiques, si utiles dans une science qui doit peindre les objets sous les couleurs les plus vraies , sous les termes les plus voisins de la nature. Il faudra donc recourir aux langues grecque et latine, et préférer peut-être cette dernière, généralement connue par ceux qui s'occupent de l'art de guérir. L'application de ce principe aux différens ordres de fièvres prouvera son utilité , et engagera sans doute à l'étendre à toutes les classes de dérangemens morbifiques :

In febre inflammatoriâ seu synocho sim-

plici (angeiotenicâ) Oppressio virium.

DES MOUVEMENS. Sq

mêmes, tombent de tout leur poids, comme s'ils étaient paralysés; le corps immobile demeure renversé sur le dos. Le malade ne peut changer d'attitude; cédant à sa pesanteur, il glisse sur le plan incliné que le lit lui présente, et paraît extrêmement lourd à ceux qui le soulèvent, parce que, s'abandonnant entièrement à leurs efforts, ils doivent le remuer comme un corps absolument inerte.

CLXI V. Force des muscles , manière de Vesti^ mery déchets qu'elle éprouK^e. La force effective des muscles est immense , semble croître en raison des résistances qu'on lui oppose; et ne pourra jamais être évaluée que d'une manière approximative. Borelli est tombé dans de graves erreurs en esti-

In febre biliosa seu ardente ( gastritis

aucta Broussais) Fractura viriiim.

In febre pituitosâ seu morbo mucoso

(enteritis B.) Languor vinum.

In febre putridâ (adynamicâ) Prostrado viràim.

In febribus maîignis seu atactis Ataxia virium.

In febre pestilentiaîi (adeno-nervosâ). . . Syderado virium.

Le premier terme, très-susceptible d'être rendu en français , exprime avec précision cet état dans lequel le système vivant, loin de manquer de forces, est embarrassé de leur excès, est opprimé sous sa propre puissance. On pourrait l'appliquer, avec de légères modifications, à tous les genres de phlegmasies et d'hémorragies actives.

La seconde dénomination , plus difficile à traduire , rend ce sentiment de contusion générale et de brisement que les malades affectés de fièvre bilieuse ou de gastrite suivant M. Broussais, éprouvent dans tous les membres.

Cette douleur contusive se fait, à la vérité, ressentir dans la.

4o DES MOUVEMENS.

mant la force d'un muscle d'après son poids, comparé à celui d'un autre muscle; car^ du tissu cellulaire, de la graisse, des parties tendineuses cl aponévrotiques peuvent les surcharger, sans pour cela leur donner plus de force. Cette propriété est toujours relative au nombre des fibres charnues qui entrent dans leur composition : aussi la nature a-t-elle multiplié ces fibres dans les muscles qui doivent surmonter de grandes résistances. Et pour que cette multiplication ne donnât point aux membres un volume trop considérable , elle les a rendues plus courtes, en rapprochant leurs points d'insertion, qui se font toujours à des surfaces très-étendues, soit aponévrotiques, soit osseuses. On peut.

fièvre pituiteuse ou entérite ; mais celle-ci est plus particulièrement caractérisée par la langueur , l'abattement des forces. Un grand nombre de maladies lymphatiques présentent le même phénomène.

La prostration , qui caractérise si éminemment les lièvres putrides^ et leur a mérité le nom à'adjnaîniques , se reconnaît aisément à la presque cessation ou à la lésion notable de toutes les fonctions confiées à des organes musculaires , comme le mouvement volontaire, la respiration, la circulation, la digestion , l'excrétion des urines , etc.

Le désordre introduit dans l'exercice des forces caractérise les ataxiques. Tout est irrégulier dans ces fièvres , et se succède d'une manière anomale. On pourrait en rapprocher, sous ce point de vue , plusieurs genres de maladies nerveuses.

Enfin, le mot sydération me paraît exprimer avec force cette stupeur subite et profonde qui atterre en quelque sorte les malades que frappe la^peste d'Orient,

DES MOUVEMENS. /^ l

en général,, juger de la forec d'un muscle par l'étendue des surfaces auxquelles s'implantent ses fibres charnues : c'est ainsi que les jumeaux et le soléaire ont des fibres courtes, pressées, et disposées obliquement entre deux larges aponévroses.

Si la force avec laquelle un muscle se contracte est en raison du nombre de ses fibres, le degré de raccourcissement dont il est susceptible, et par conséquent l'étendue des mouvemens qu'il peut imprimer aux membres, sont relatifs à la longueur des mêmes fibres. Ainsi, le muscle couturier, qui, de tous ceux du corps humain , a les fibres les plus longues, est aussi celui dont la contraction est la plus étendue, et qui imprime des mouvemens plus considérables à la jambe. On ne peut assigner de limites précises au raccourcissement de chaque fibre musculaire en particulier, Bernouilli et Keil l'ont évalué au tiers de la longueur totale de la fibre charnue; Dumas la croit plus considérable encore: cependant MM. Prévost et Dumas, de Genève, après de nombreuses recherches à ce sujet, ne l'ont estimé que le quart environ de la longueur de la fibre musculaire : on peut penser avec Haller qu'il y a, sous ce rapport, de la différence entre les muscles de la vie de relation et ceux de la vie organique; car, si la plupart des muscles longs des membres ne perdent guère que le tiers ou le quart de leiir longueur en se contractant, les fibres circulaires de l'estomac^ qui, dans l'état de dilatation extrême de cet organe, représentent des cercles de près

d'un pied de diamètre, peuvent se resserrer à tel point, lorsqu'il reste long -temps vide, qu'elles forment des anneaux qui n'aient qu'un pouce de circonférence. Dans ces cas d'alongement ou de constriction extrêmes , sont-ce les molécules dont la série forme la fibrille musculaire , ou la substance qui leur sert de moyen d'union , qui ressentent le changement? ou bien celui-ci sepasse-t-il à la fois dans les unes et dans l'autre?

Quelle que soit la force des muscles, une grande partie de cette force est rendue inutile par la disposition défavorable des organes de nos mouvemens; presque toujours parallèles aux os qu'elles doivent mouvoir, les puissances musculaires agissent avec d'autant moins d'efficacité sur ces leviers, que la ligne moyenne de leur direction est plus éloignée de la perpendiculaire^ et s'approche davantage du parallélisme par rapport à eux.

La plupart des muscles s'implantent d'ailleurs aux os, très-près de leurs articulations ou du centre cle leurs mouvemens, et les meuvent à la manière des leviers du troisième genre, dans lesquels la puissance se trouve toujours placée entre le point d'appui et la résistance. En multipliant ainsi , dans la machine animale, les leviers du troisième genre, la nature a diminué les forces en augmentant les vitesses; car, dans ce genre de levier, la puissance n'a besoin que de parcourir de très-petits espaces pour en faire parcourir de très-grands à la résistance. En outre, les fibres charnues n'exercent

point, en se raccourcissant, une traction directe sur le tendon par lequel le muscle se termine; presque toujours ces fibres se rendent obliquement à l'expansion aponcvrotique que forme la corde tendineuse en se prolongeant dans l'épaisseur du corps charnu : or, leur action s' exerçant suivant cette ligne plus ou moins oblique, se trouve décomposée^ et il n'y a d'utilement employée que la partie qui s'exerce suivant la direction du tendon. Les muscles passant souvent sur plusieurs articulations pour arriver à l'os qu'ils doivent mouvoir, une partie de leur force se perd dans le jeu plus ou moins libre qu'exécutent les unes sur les autres les diverses pièces sur lesquelles s'appuie l'os auquel ils s'insèrent. Toutes ces iiuperfections organiques entraînent un déchet énorme dans les forces, et en rendent inutile la plus grande portion. On a calculé que le muscle deltoïde emploie une force équivalente à 2,568 livres pour vaincre une résistance de 5o. Il ne faut pas croire néanmoins qu'il y ait une perte de 2,5 1 8 livres; car le deltoïde, agissant sur l'épaule et sur le bras, emploie à peu prés la moitié de sa force sur chacune de ces deux parties: ce qui a fait dire que, pour estimer la force totale d'un muscle, on doit doubler l'effet de sa contraction , son action se passant en même temps et sur le poids qu'il soulève ou la résistance qu'il surmonte, et sur le point fixe auquel s'attache son extrémité opposée.

Si les muscles étaient exactement parallèles aux

OS, ils ne pourraient les mouvoir en aucun sens. Aussi la nature en a-t-elle, autant qu'elle a pu, corrigé le parallélisme, en écartant, comme nous le verrons en étudiant le système osseux, les tendons de la ligne moyenne de direction des os, et en agrandissant les angles sous lesquels ils s'y insèrent; soit qu'elle ait placé sur leur trajet des os qui en changent la direction , comme le font la rotule et les sésamoides; soit que, pour produire le même effet, elle ait donné aux extrémités articulaires des os plus de volumequ'à leur partie moyenne; soit qu'elle ait établi, ,dans certains endroits, des poulies de renvoi, sur lesquelles les tendons ou les muscles eux-mêmes se réfléchissent d'une manière plus ou moins complète, comme on peut le voir dans les contournés du voile du palais, les obturateurs internes , etc.

La nature n'a donc point autant négligé les avantages mécaniques qu'on pourrait le croire, en se contentant d'un examen superficiel des organes moteurs. Et si l'on fait attention que dans les diverses conditions de la vie nous aTons moins besoin de force que d'agilité; que les forces pouvaient être augmentées par la multiplication des fibres, tandis qu'il n'existait d'autre moyen de gagner en vitesse que l'emploi mécanique de telle ou telle espèce de levier; et qu'enfin , pour que nos membres eussent les formes les plus avantageuses , il fallait que les muscles fussent couchés sur les os, on conviendra que, dans la disposition de ces organes, la nature.

en sacrifiant fréquemment la force a la vitesse, a concilié, autant qu'il était possible, ces deux élémens presque inconciliables.

Quoique le levier du troisième genre se trouve le plus fréquemment employé dans l'économie animale, les deux autres leviers n'en sont point entièrement bannis; il est même des membres qui représentent des leviers différens, suivant les muscles qui les mettent en mouvement: ainsi, prenant le pied pour exemple, cette partie nous présente des leviers de toute espèce. Le pied, détaché du sol, suspendu en l'air, est-il étendu sur la jambe, il forme un levier du premier genre; le point d'appui est dans l'articulation , et sépare la puissance qui se trouve au talon de la résistance qui existe dans la pointe du pied abaissée : cette pointe appuie-t-elle sur le sol , et nous tenons-nous debout sur la pointe des pieds, ils sont transformés en levier du second genre; la puissance reste bien au talon , mais le point d'appui est transporté à l'autre extrémité du levier, et la résistance au milieu, résistance qui est trèsconsidérable , puisque le poids entier du corps pèse sur l'articulation du pied avec la jambe. Dans la station sur la pointe des pieds, les muscles du mollet se fatiguent prodigieusement, quoique leur action se trouveaidée(i)par l'emploi dulevierle plus avan-

(i)Des leviers à bras inégaux, celui du second genre est le plus favorable , puisque constamment le bras de la puissance est plus iQng que celui de la résistance.

tageuxj accommodé à la résistance la plus grande que la nature se soit opposée à elle-même. Enfin, le pied est mu à la manière d'un levier du troisième genre, lorsque^ sans que le talon quitte le sol , nous soulevons la pointe du pied chargée d'un poids plus ou moins considérable.

CLXV. Ce que l'on nomme point fixe dans l'action des organes musculaires ne mérite pas toujours ce nom. Ainsi, quoique l'on dise avec raison que la plupart des muscles de la cuisse ont leur point fixe dans les os du bassin , auxquels s'attache leur extrémité supérieure, et qu'ils meuvent le fémur sur l'os des îles ^ moins mobile que lui , lorsque la cuisse est fixée par l'action d'autres muscles, ceux-ci meuvent le bassin sur elle, et leur point fixe devient leur point mobile. Il en est de même de tous les muscles du corps; de manière que le point fixe est seulement celui qui ^ dans le plus grand nombre des cas, fournit un point d'appui à Faction musculaire. Cette fixation nécessaire des os auxquels s'attache l'une des extrémités d'un muscle que nous voulons contracter, fait que le moindre mouvement exige l'action de plusieurs muscles , et suppose un mécanisme assez compliqué. Rien n'est plus aisé que d'en administrer la preuve. Supposez un homme étendu par terre ou couché sur le dos; s'il veut relever sa tête, il faudra que la poitrine devienne le point fixe de l'action des muscles sterno-cléido-rriastoïdiens, principalement chargés de ce mouvement. Or, pour que les pièces dont l'assemblage forme cette char-

pente osseuse restent immobiles, il faut que la poitrine elle-même soit fixée par Taction des muscles du bas-ventre, qui de leur côté prennent sur le bassin le point fixe de leur action; celui-ci ne cède point, retenu parla contraction des fessiers, etc. , etc. C'est d'après cette observation que Winslow^ a le premier donné le précepte de faire coucher les malades dont on veut réduire les hernies, sur un plan parfaitement horizontal , en leur recommandant de ne point lever la tête, afin que, les muscles de l'abdomen restant relâchés , leurs diverses ouvertures se prêtent à une réduction plus facile.

Les deux points opposés auxquels les extrémités d'un muscle s'attachent sont-ils également mobiles , la contraction les rapproche l'un de l'autre, en leur faisant parcourir des espaces égaux. Les espaces parcourus seraient inégaux , si la mobilité était différente. Chaque muscle a son antagoniste, c'est-àdire un autre muscle dont l'action lui est directement opposée. Ainsi , les fléchisseurs balancent l'action des extenseurs, les abducteurs impriment des inouvemens opposés à ceux que font exécuter les adducteurs. Lorsque deux muscles antagonistes d'égale force agissent en même temps sur une partie également mobile dans tous les sens, les forces opposées se détruisent réciproquement, et la partie reste immobile. Si nous les contractons à divers degrés, la partie se dirige vers le muscle dont la contraction est la plus forte; si l'antagonisme n'est pas direct , elle suit une direction moyenne entre

celle des deux puissances qui la meuvent. Ainsi, le muscle droit externe de l'œil n'est point l'antagoniste du droit inférieur de cet organe : aussi ces deux muscles venant à se contracter simultanément, Fœil ne se trouve porté ni en bas ni en dehors, mais en bas et en dehors en même temps : on dit alors qu'il se meut suivant la diagonale d'un parallélogramme, dont les deux muscles qui agissent formeraient les côtés.

CLXVI. Nature de la chair musculaire. Nous ne parlerons point ici de la manière dont les muscles se nourrissent, en retenant dans les mailles de leur tissu la fibrine que le sang leur apporte en si grande abondance , que Bordeu a nommé ce liquide chair coulante^ expression énergique et vraie , puisque tous les organes se réparent et s'accroissent en solidifiant ses diverses parties. Haller a le premier fait observer que la plupart des artères musculaires se recourbent sur elles-mêmes d'une façon remarquable, en pénétrant dans les muscles. Cette disposition, qui doit ralentir beaucoup le cours du sang, favorise la formation et la sécrétion de l'élément fibreux, dont le muscle s'empare pour l'approprier à sa substance, avec laquelle il a déjà une si frappante conformité. Le mouvement influe sur cette sécrétion nutritive d'une manière bien remarquable. Les muscles les plus exercés sont constamment ceux qui acquièrent le plus de force et de volume. Pour les atrophier et les réduire à des lames très-minces, en faisant cesser la sécrétion du prin-

cipe fibrineux, il suffît de les condamner à une entière inaction. Le mouvement musculaire favorise puissamment le cours et la distribution de toutes les humeurs. L'écoulement du sang vqineux, à la suite de l'opération de la saignée, n'est jamais considérable, si Ton n'a pas l'attention défaire contracter les muscles de l'avant-bras, en plaçant le lancetier dans la main du malade, et en lui recommandant de*le tourner sans cesse.

La nature chimique du muscle est la même , à peu de chose près ^ que celle de la fibrine retirée du sang (i). Comme cette dernière, il contient beaucoup d'azote , est par conséquent très-animalisé et éminemment putréfîable. C'est de la chair musculaire que Berthollet a retiré, en grande proportion , l'acide particulier des animaux , que ce chimiste nomme ac/cfe^ooTz/^i^e. Un principe analogue, retiré abondamment de la chair musculaire, a été désigné sous le nom à^osmazome par nos nouveaux chimistes; c'est une espèce (ï extrait animal ^hinnâtre, aromatique, éminemment restaurant; c'est à lui que le bouillon doit sa saveur; le jus de viande

(i) Rien ne prouve mieux les différences essentielles qui existent entre la portion charnue des muscles et leurs parties ten-» dîneuses et aponévrotiques , que l'analyse chimique de ces organes. Les tendons et les aponévroses se résolvent complètement en gélatine par une ébuUition prolongée, qui dessècue, au contraire, la chair musculaire , en mettant la fibrine à nu par la fusion de la graisse, du tissu cellulaire, et 4es sucs,albumineux dont elle est enveloppée.

5o DES MOUVEMENS.

en est presque entièrement formé. Quoique Fosmazome soit un produit animal, on le trouve, par l'analyse, dans quelques espèces de champignons. Enfin , l'élément du sang à l'aide duquel se répare la chair musculaire, la fibrine est déjà empreinte des propriétés vitales , lorsqu'elle coule encore mêlée aux autres parties du liquide. On voit cette fibrine, retirée du sang et soumise à l'influence galvanique , frémir évidemment et se contracter sous cette influence. Quel est l'instant où cette substance acquiert la faculté contractile? C'est sans doute au moment où elle s'organise en passant à l'état solide. Quel rapport existe entre l'organisation de la matière et les propriétés vitales dont elle est douée? Question insoluble dans l'état actuel de la physiologie.

CLXYÏI. Qahanisme, Un professeur d'anatomie à l'université de Bologne, Galvani, faisait un jour des expériences sur l'électricité. Dans son laboratoire^ et non loin de la machine , se trouvaient des grenouilles écorchées, dont les membres entraieni^n convulsion chaque fois que l'on soutirait une étincelle. Surpris de ce phénomène , Galvanî en fit le sujet de ses recherches, et reconnut que des métaux appliqués aux nerfs et aux muscles de ces animaux déterminaient des contractions fortes et rapides, lorsqu'on les disposait d'une certaine manière. Il a donné le nom ^électricité animale à cet ordre de nouveaux phénomènes , d'après l'analogie qu'il crut apercevoir entre ses effets et ceux que

DES MOUVEMENS. 5l

produit Pélectricilé. Cette découverte fut annoncée; plusieurs savans, et principalement ceux d'Italie, parmi lesquels on distingue Volta, s'empressèrent d'ajouter aux travaux de l'inventeur. La Société de Médecine d'Edimbourg crut devoir faire de ce point de physiologie le sujet d'un des prix qu'elle distribue chaque année, et couronna l'ouvrage du professeur Crève , de Mayence, dans lequel le terme à! irritation métallique ( irritamentum métallomm) se trouve substitué à celui d^ électricité ani^ maie. Cette nouvelle dénomination est essentiellement mauvaise, puisqu'elle tend à faire croire que l'irritation par les métaux peut seule déterminer les phénomènes galvaniques, tandis que le charbon, l'eau et beaucoup d'autres substances peuvent également les produire. On a également renoncé au nom d^ électricité animale^ malgré l'identité reconnue entre les effets de l'électricité et ceux du galvanisme, pour employer de préférence ce dernier terme , qui, pouvant s'appliquer à la généralité des phénomènes, éternise la mémoire de leur premier observateur (i).

(i) Sulzer, dans les Mémoires de l'Académie de Berlin, et dans sa Théorie générale du plaisir ^ ouvrage publié en i']S'j^ et inséré, en 1769, dans un recueil imprimé à Bouillon, sous le titre de Temple du bonheur, tome III, p. 124, avait annoncé que , deux lames de différens métaux étant placées l'une en dessus et l'autre en dessous de la langue , et inclinées l'une vers l'autre par leurs extrémités au moment où elles se toucîieut , on

Pour donner naissance aux effets galvaniques, il faut établir une communication entre deux points, d'une série d'organes nerveux et musculaires. De cette manière, on forme un cercle dont un arc est composé par les parties animales que l'on soumet à l'expérience , tandis que l'autre arc est figuré par les instrumens excitateurs , qui consistent le plus souvent en plusieurs pièces, dont les unes, placées sous les parties animales, se nomment supports ; tandis que d'autres, destinées à établir communication entre ces derniers, sont appelées communicateurs.

Pour former un cercle galvanique complet , prenez une cuisse de grenouille dépouillée de sa-peau; détachez le nerf crural jusqu'au genou, appliquezle sur une plaque de zinc; faites reposer sur une plaque d'argent les muscles de la jambe , puis ache-

éprouve une saveur piquante , assez souvent accompagnée d'une espèce de lueur qui passe devant les yeux.

Cotugno rapporte , dans le Journal encyclopédique de Bologne^ 17S6, no 8, qu'un élève en médecine, disséquant une souris vivante , fut fort surpris d'éprouver dans la main une commotion électrique en touchant avec son scalpel l'un des nerfs de l'animal.

Ce fut seulement en 1789 que Galvani commença ses expériences. Il n'en est pas moins regardé comme inventeur , parce qu'en supposant qu'il connût les expériences précédentes , leurs auteurs n'en avaient tiré aucune conséquence , tandis qu'au contraire, Galvani, les répétant , les variant, les multipliant, reconnut, le premier, l'existence d'une sorte d'électricité dans l'économie animale.

vez Varc excitateur^ et complétez le cercle galvanique, en établissant communication entre les deux supports au moyen d'un fil de fer , de cuivre^ d'étain ou de plomb : au moment où le communicateur touchera les deux supports , une partie de Varc animal^ formée par les muscles de la jambe, entrera en convulsion. Quoique cette disposition des parties animales et des instrumens galvaniques soit la plus favorable au développement de ces phénomènes, on peut varier beaucoup la composition de l'arc animal et de l'arc excitateur. Ainsi, l'on obtient des contractions en plaçant les deux supports sous le nerf, et en laissant les muscles hors du cercle galvanique; ce qui prouve que les nerfs constituent essentiellement l'arc animal. Enfin le cercle galvanique peut être entièrement animal : pour cela, prenez une grenouille bien vive, c'està-dire jouissant d'une forte contractilité : après avoir isolé le paquet des nerfs lombaires, présentez ces jierfs à la cuisse de la grenouille; au moment du contact , le membre entrera en convulsion. Le professeur Aldini est le premier auteur de cette expé^ rience, qui est vraiment une des plus curieuses, en ce qu'elle nous conduit plus directement à expliquer l'influence des nerfs sur les organes musculaires.

Il n'est pas nécessaire que les nerfs soient intacts pour que les contractions aient lieu; elles s'observent^ soit que ces organes aient été liés, soit qu'ils aient été coupés, pourvu qu'il y ait simple conti-

54 DES MOUVÉMENS.

guité entre les deux bouts r,ésultâns de cette section. Ceci prouve qu'on ne peut rigoureusement conclure de ce qui arrive dans les phénomènes galvaniques à ce qui s'opère dans Faction musculaire ^ puisqu'il suffit qu'un nerf, dans l'homme, soit coupé ou serré par une ligature, pour que les muscles auxquels il se distribue perdent la faculté dé se mouvoir. J'ai cependant observé qu'en désorganisant par une forte contusion le nerf qui forme la totalité, ou seulement une partie de l'arc animal, on interrompt ou au moins l'on rend plus difficile le courant galvanique.

L'épiderme est un obstacle au développement des effets galvaniques; ils se manifestent toujours faiblement dans les parties qui en sont recouvertes. Lorsqu'il est humide, mince et délicat, il ne les interrompt pas tout-à-fait; et de là on déduit la possibilité de faire sur soi-même les expériences suivantes :

Mettez sous la langue une plaque de zinc; appliquez une plaque d'argent à la face supérieure de cet organe; faites4es toucher l'une et l'autre, et vous percevrez une saveur acerbe, accompagnée d'un léger frémissement. Appliquez sur les yeux deux pièces métalliques hétérogènes, puis faites-les communiquer, et vous apercevrez des étincelles. Placez un morceau d'argent dans la bouche; introduisez dans l'anus un gland d'étain , de cuivre ou de tout autre métal; établissez communication avec un fil de fer : ce long muscle creux, qui de la

bouche s'étend jusqu'à l'anus en formant la base du canal digestif, éprouve une secousse marquée : on est parvenu ainsi à purger doucement, en occasionnant des coliques légères. Humboldt, après avoir détaché l'épiderme de la nuque et du dos au moyen de deux vésicatoires , fit appliquer des métaux sur les parties découvertes, et ressentit dans chacune de vifs picotemens, accompagnés d'une excrétion séro-sanguinolente , au moment où Ton établit la communication.

On peut construire Varc excitateur avec trois, deux, ou même un seul métal; avec des alliages, des amalgames ou autres combinaisons métalliques et minérales; avec des substances charbonneuses, etc. (i) : et l'on observe que les métaux, qui sont en général les excitateurs les plus puissans, sollicitent avec d'autant plus d'avantage les contractions qu'ils offrent une plus large surface. Les métaux sont plus ou moins excitateurs: ainsi, l'on observe que le zinc, l'or, l'argent, l'étain, tiennent le premier rang, puis le cuivre, le plomb, le nikel , l'antimoine, etc., sans qu'on puisse trouver aucun rapport entre ces divers degrés de puissance excitante et leurs propriétés physiques, comme leur pesanteur, leur malléabilité, etc.

CLXYIlï. Il en est de la susceptibilité galvanique

(i) Je me suis servi avec succès, pendant l'hiver de 1800, de glaçons employés , soit comme supports ou armatures , soit comme communicateurs.

comme de Firritabilité musculaire : elle s'épuise par un exercice trop prolongé^ et se répare lorsqu'on laisse quelque temps les parties en repos. L'immersion des nerfs et des muscles dans l'alcool et les dissolutions opiacées affaiblit et va même jusqu'à éteindre cette susceptibilité , de la même manière sans doute que, dans l'homme vivant, l'usage immodéré de ces substances engourdit et paralyse l'action musculaire. L'immersion dans l'acide hydrochlorique redonne aux parties fatiguées le pouvoir de répondre aux stimulus. Humboldt a observé que la saison du printemps , comme la jeunesse des grenouilles, favorisait la naissance des phénomènes, et que les pâtes antérieures de ces reptiles , avec lesquelles le mâle se cramponne sur le dos de la femelle en serrant ses côtés, sont plus excitables que ses pâtes postérieures ; tandis que , dans l'autre sexe, ces dernières sont, au contraire, celles qui jouissent de la plus grande susceptibilité. Halle s'est assuré, par des expériences faites à l'École de médecine de Paris, que les muscles des animaux tués par des décharges répétées d'une batterie électrique, éprouvent un accroissement de susceptibilité galvanique; que ciette propriété subsiste sans altération , dans les animaux asphyxiés , par la submersion dans le mercure, par le gaz hydrogène pur, hydrogène carboné , acide hydrochlorique et acide sulfureux, par la strangulation , par la privation d'air dans la machine pneumatique; qu'elle est affaibUe après les asphyxies par suljïiicrsion , par les gaz hydrogène

sulfuré , azotCj ammoniac , et qu'enfin elle est absolument anéantie dans les animaux que suffoque la vapeur du charbon. Le printemps est la saison pendant laquelle les expériences galvaniques réussissent le mieux; un surcroît de vie semble alors animer tous les êtres ; c'est aussi vers cette époque que le plus grand nombre travaille à la reproduction des espèces.

CLXIX. La susceptibilité galvanique s'étein t dans les muscles des animaux à sang chaud à mesure que la chaleur vitale se dissipe. Quelquefois même, lorsque la vie de ces animaux s'est terminée par des mouvemens convulsifs, la contractilité ne peut plus être mise en action , quoique la chaleur ne soit point complètement éteinte, comme si cette propriété vitale se consumait par les convulsions au milieu desquelles ces animaux rendent les derniers soupirs. Dans ceux à sang froid, au contraire, la susceptibilité est plus durable : long-temps après avoir été séparées de tout, et même jusqu'au moment où la putréfaction s'en em.pare, des cuisses de grenouilles répondent aux stimulans galvaniques, sans doute parce que, chez ces animaux, la contractilité est liée d'une manière moins intime à la respiration , que la vie est moins une, qu'elle est plus partagée en différens organes qui ont moins besoin d'agir les uns sur les autres pour l'exécution de ses phénomènes.

La contractilité est donc , comme je l'ai prouvé dans un autre ouvrage, trop peu durable chez

l'homme pour que les expériences galvaniques tentées après sa mort puissent fournir quelques lumières sur l'affaiblissement plus ou nioins considérable de cette propriété vitale dans les diverses maladies. Les auteurs qui ont avancé que la susceptibilité galvanique est plutôt éteinte dans les cadavres des personnes mortes d'affections scorbutiques que dans ceux qui ont succombé à des maladies inflammatoires, ont donc hasardé une conjecture assez probable, mais qui ne peut être confirmée par l'expérience.

Nysten a recherché dans quel ordre l'excitabilité des muscles par l'électricité s'éteignait en eux. Il a reconnu que cette faculté disparaissait successivement dans le ventricule gauche , le gros intestin , le grêle , l'estomac , la vessie , le ventricule droit 5 l'œsophage , l'iris , les muscles de la vie de relation , l'oreillette gauche , et enfin la droite ; de telle sorte que le cœur ne fût plus que par une portion de son étendue Vultimum moriens.

CLXX. Appareil de f^olta ou pile galvU" nique. Curieux de déterminer les rapports soupçonnés par plusieurs physiciens entre l'électricité et le galvanisme, Volta a imaginé l'appareil suivant , qui se trouve décrit, aussi bien que les effets qu'il produit , dans un mémoire présenté par ce savant à la Société royale de Londres. Ces effets prouvent la plus frappante analogie entre ces deux ordres de phénomènes , comme on va le voir par leur expose succinct. Élevez une pile , en posant

DBS MOUVEMENS. Sg

successivement une plaque de zinc , une plaque de carton mouillé (i), une plaque d'argent, puis une seconde plaque de zinc^ etc., jusqu'à ce que la pile ait plusieurs pieds d'élévation , car les effets qu'elle produit sont d'autant plus marqués qu'elle est plus élevée ; puis touchez à la fois les deux extrémités de la pile avec un même fil de fer : au moment du contact il s'excite une étincelle aux extrémités de la pile , et souvent on aperçoit en même temps des points lumineux , k différentes hauteurs , aux endroits où le zinc et l'argent se touchent. Éprouvée par l'électromètre de Coulomb , l'extrémité de la pile qui répond au zinc paraît électrisée positivement ; celle qui est formée par l'argent donne , au contraire , les signes d'électricité négative ou résineuse.

Si , après avoir mouillé les deux mains , en les trempant dans l'eau , ou mieux encore dans une

(i) Les expériences de MM. Traill, Cuinming et Marsh (philosophical Magazine, november iSaî) -viennent de prouver ^que la chaleur peut tenir la place de l'humidité, en sorte qu'il suffit d'échauffer un appareil électro-galvanique pour que l'électricité s'y développe par le simple contact des métaux hétérogènes , et sans interposition d'un corps humide. Ces expériences ont fait découvrir de nouveaux rapports entre le magnétisme et l'électricité , en manifestant l'influence d'un circuit thermo- électrique sur l'aiguille aimantée. La chaleur , la lumière, l'électricité, tous ces agens que nous nommons impondérables, ne seraient-ils que des modifications du même principe, ou mieux des propriétés de ce que les anciens philosophes appelaient Vdme du monde ?

6o DES MOUVÈMBNS.

dissolution saline , on touche les deux extrémités de la pile , on ressent dans les articulations des doigts et des coudes une commotion suivie d'un picotement incommode.

Cet effet peut être ressenti par plusieurs personnes qui se tiennent par la main , comme dans l'expérience de Leyde; il est d'autant plus sensible, la composition de la pile étant d'ailleurs la même, que la chaîne est composée d'un plus petit nombre d'individus , et qu'ils sont mieux isolés.

La pile de Volta s'électrise constamment d'ellemême ; ses effets paraissent augmenter à mesure qu'on les sollicite , et se renouvellent bientôt avec plus de force, lorsqu'on les a affaiblis par de puissantes décharges, tandis qu'une bouteille de Leyde , une fois déchargée , a besoin d'être électrisée de nouveau. Celle-ci perd d'ailleurs, par l'humidité , ses propriétés électriques, tandis que celles de la pile restent les mêmes , quoique l'eau ruisselle de tous, côtés, et ne s'éteignent que par l'immersion entière dans ce liquide. Par la découverte de sa pile 5 Volta a donc rendu un service immense à cette partie de la physique qui traite de l'électricité.

Si l'on introduit dans un tube rempli d'eau , et hermétiquement fermé par deux bouchons de liège , les extrémités de deux fils d'un même métal , qui , par l'autre extrémité , sont en contact, l'un avec le sommet, l'autre avec la base de la pile galvanique, ces deux bouts, rapprochés à la distance

BES MOUVEMENS. 6l

de quelques lignes, éprouvent des cbangemens manifestes au moment où l'on touche les extrémités de la pile. Le fil, en contact avec l'extrémité de la pile qui répond au zinc , se couvre de bulles de gaz hydrogène ; celui qui touche l'extrémité formée par l'argent s*oxide. Si l'on rapproche les bouts de fil qui plongent dans l'eau , et qu'on les fasse se toucher , tout effet cessa : il ne se fait plus ni dégagement de bulles d'une part , ni oxidation de l'autre. Les plaques de zinc et d'argent s'oxident également dans la pile , mais seulement par les surfaces qui touchent le carton mouillé , et très-peu, ou point du tout, par la surface opposée , etc. *

Les propriétés de la pile de Volta et de tous les appareils électriques analogues , tels que la couronne à tasses , tiennent à celle qu'ont deux métaux hétérogènes en contact de se constituer dans deux états d'électricité différente, l'une positive, et l'autre négative. D'autres corps dans la nature jouissent de la même propriété de se mettre , par le simple contact, dans un état électrique, c'est-à-dire de produire la plupart des phénomènes qui dénotent l'accumulation de l'électricité, telles que des secousses, des irritations, des étincelles. Le nouvel appareil électrique est devenu , entre les mains des chimistes , le plus puissant moyen d'analyse. (( On a trouvé , dit M. Davy (i), que divers corps

(i) Eléments of chemical philos ophy , by sir Hiimpliry Davy. Xiondon, 1812 , p, 1 , v. i,

)) composés étaient susceptibles de décomposition )) par l'électricité; et des expériences que j'ai eu » le bonheur de faire ont prouvé que plusieurs » substances qui , dans tous les procédés auxquels )) elles avaient été soumises n'avaient jamais subi » de transformation , étaient susceptibles d'ana- )) lyse par les forces électriques : ainsi on a montré » que les alcalis fixes et h plupart des terres w étaient des métaux combinas avec l'oxigène. Di- » vers agens nouveaux ont été ainsi procurés à la » chimie , et ils ont fait découvrir plusieurs résul- » tatsqui^, en même temps qu'ils ont confirmé » quelques-unes des doctrines de l'école de Lavoi- » sier, en ont renversé d'autres, et ont prouvé » que les idées générales des philoiophes antiphlo- )) gisticiens n'avaient pas anticipé sur la masse » entière des découvertes. «

Les êtres organisés , et spécmlement le corps de l'homme, composés par l'assemblage d'un grand nombre de substances hétérogènes en contact, nous présentent de véritables appareils électriques compliqués, dans lesquels le principe dont les nerfs sont les conducteurs, semble agir d'une manière analogue à celle de l'électricité. Depuis long -temps on avait reconnu dans certains poissons le pouvoir d'engourdir la main qui les touche , ou même d'exercer, à une certaine distance, cette faculté torporifique , de /manière à paralyser les animaux dont ils font leur proie, et à les empêcher de fuir. Redi et plusieurs physiciens avaient vainement

DES MÔUVEMENS. 63

cherché à expliquer ce phénomène, lorsque Valsh, membre de la Société royale de Londres, démontra l'identité de la vertu de la torpille et de l'action du fluide électrique (i). L'anguille de Surinam (gfjnnotas electricus) jouit de la même propriété que la raie torpille; trois autres espèces de poissons sont douées du même pouvoir^ mais à un degré plus faible (2). John Hunter a le premier fait connaître l'organe dans lequel réside cette singulière propriété. Aux deux côtés du crâne et de la poitrine de la torpille existe un appareil membraneux, formé de lames et de tuyaux multipliés, dont l'intérieur est partagé lui-même par un grand nombre de cloisons sur lesquelles beaucoup de nerfs se répandent. L'animal paraît doué de la faculté de développer l'électricité par le frottement et le contact mutuel de cette multitude de surfaces humides; il produit une quantité de fluide électrique tellement surabondante, qu'il peut décharger à plusieurs reprises cet appareil fulminant, engourdir ainsi la main du pêcheur qui veut le saisir, et frapper de stupeur les poissons qui se trouvent à sa portée. Les organes torporifiques de l'anguille de Surinam sont encore plus puissans. Les surfaces humides que présentent ces organes, au nombre de quatre, offrent une étendue plus considérable : aussi ce

(i) Of die electrlc propérty ofthe torpédo. London , 1774* (2) Ce sont un tétrodon, un trichiure et un silure. Voyez Lacépède, Histoire naturelle des poissons.

64 DES MÔUYEMENS.

gymnote peut-il engourdir et tuer de grands animaux, des chevaux et des mulets, par exemple (i). Tel est l'appareil particulier auquel certains êtres doivent la propriété singulière de développer unt3 somme d'électricité supérieure à celle qu'exigent les besoins de la vie.

Galvani s'aperçut bientôt de Tanalogie des phénomènes offerts parla torpille, avec ceux que le hasard lui avait fait découvrir; il fît voir qu'une grande quantité de nerfs se rendent aux surfaces multipliées des organes électriques : l'ablation du cerveau et de la moelle épinière , la section des nerfs, ôtent à la torpille sa vertu engourdissante; de sorte qu'ici, comme dans tous les animaux, les nerfs jouent le rôle principal dans la production de l'électricité animale. Sans leur influence, les appareils électriques que possèdent naturellement certains animaux ne pourraient donner naissance aux phénomènes que produit, sans le concours d'aucune force étrangère, une suite de métaux hétérogènes séparés par des corps humides.

Dans l'état actuel de la science, le galvanisme appartient davantage aux sciences physico-chimiques qu'à celle de l'économie animale : ses effets sur nos organes sont analogues à ceux de l'électricité. Cependant les expériences faites par Halle et Thillaye prouvent que les effets de la pile pénètrent et affectent les organes nerveux et musculaires plus

(i) Humboldt, Voyage aux régions équinoxiales, , etc.

profondément que les appareils électriques ordinaires; qu'ils provoquent de vives contractions, des sensations fortes de picotement et de brûlure dans les parties que leur état maladif rend insensibles aux étincelles , et même aux commotions électriques. Un homme dont tous les muscles du côté gauche de la face étaient paralysés, n'éprouvait aucun effet de la commotion électrique. On le soumit à l'action galvanique d'une pile de cinquante étages, en faisant communiquer, au moyen de chaînes et d'excitateurs métalliques , les deux extrémités de la pile avec différons points de la joue malade : au moment du contact , tous les muscles de la face entrèrent en convulsion, avec chaleur, douleur, etc. Ces essais^ répétés pendant plus de six mois, ont à peu près ramené les parties à l'état naturel.

Le professeur Alibert a appliqué le galvanisme, avec un succès encore plus marqué, sur un prêtre frappé d'hémiplégie. Ce malade, couché dans les salles de l'hôpital Saint-Louis, a recouvré le mouvement du côté paralysé d'une manière assez marquée pour pouvoir marcher presque sans aide, et se servir de son bras droit pour satisfaire à ses besoins. Le traitement a duré plusieurs mois. La pile dont on a fait usage était composée de cinquante étages, zinc et cuivre. J'ai employé le même appareil sur un officier suédois qui a réclamé mes soins pour une surdité incomplète, jusqu'alors rebelle à tous les moyens connus , administrés dans divers pays d'Allemagne. De fortes commotions électriques, 3. 5

conseillées par Hufeland, avaient dissipé en grande partie la dureté de l'ouïe ; mais cette amélioration n'était que temporaire : elle a cessé avec l'administration de l'électricité. Dès la première épreuve galvanique , j'ai obtenu le même effet. L'extrémité d'un conducteur étant mise dans le conduit auditif externe du côté droit (mouillé avec une dissolution de muriate d'ammoniaque, aussi bien que les rondelles d'étoffe qui entrent dans la composition de la pile ) , la main gauche , trempée dans la même liqueur, touche un conducteur placé au pôle cuivre; aussitôt une irritation, suivie de picotemens douloureux, s'établit dans l'oreille, dont le pavillon rougit d'une manière remarquable. L'organe cérébral participe à l'excitement; les yeux entrevoient des bluettes 5 et l'effet est tel , qu'après être resté quelques minutes dans le cercle galvanique fermé , le malade éprouve une sorte d'ivresse. J'ai porté, comme on l'a fait à Berlin, une irritation encore plus directe sur l'oreille droite , qui est la plus dure, en introduisant derrière le voile du palais , sur l'orifice guttural de la trompe d'Eustache, le bouton qui termine le conducteur du pôle zinc; j'ai encore fait répondre cette extrémité à une surface dénudée par le vésicatoire derrière cette oreille malade.

Pour employer le galvanisme dans la paralysie de la vessie, il faudrait placer le conducteur du pôle zinc dans le rectum, celui de l'autre pôle devant répondre à un vésicatoire appliqué au-dessus du pubis, ou bien à la partie supérieure de la cuisse,

Dans la femme, on devrait préférer le vagin au rectum; les parties molles qui font l'office de conducteurs humides remplissant d'autant mieux cette destination qu'elles ont moins d'épaisseur. Le galvanisme est donc un stimulant énergique des forces vitales : on peut l'employer avec beaucoup d'avantage dans toutes les paralysies du sentiment et du mouvement. Il agit comme irritant; il rubéfie la peau à laquelle on l'applique, en y déterminant l'abord du sang et un développement plus considérable de chaleur. Monro se procurait à volojité une hémorrhagie nasale en l'appliquant à la membrane pituitaire. J'ai fait diverses expériences qui ont pour but de constater l'efficacité du galvanisme dans les tumeurs blanches des articulations, et dans les ulcères qui pèchent par défaut de ton , tels que ceux qui ont le scorbut pour complication ou pour cause , etc. : dans tous ces cas , il agit comme résolutif et comme tonique. Les asphyxies sont les cas dans lesquels on peut se promettre les plus grands avantages du galvanisme , pourvu qu'on en fasse l'application avant que toute la chaleur vitale soit éteinte.

La cause productrice des phénomènes galvaniques n'est-elle autre chose que le principe vital lui-même; ou plutôt la vie et ses propriétés, dans les êtres qui en sont doués ^ sont-ils un produit de cette modification de l'électricité à laquelle on donne le nom de galvanisme ? Les médecins allemands ne se contentent pas de proposer cette opinion

comme une simple conjecture; selon eux , tous les phénomènes que les corps organisés présentent tiennent à la diversité de leurs organes, au mélange de leurs parties , miscellœ partium (i). Tout dans l'homme, comme dans le reste de la nature , existe sous l'empire de deux forces opposées; tout est attraction ou répulsion , dilatation ou condensation ; le magnétisme, l'électricité, la lumière, la chaleur, le son, le galvanisme, lOus ces élémens impondérables présentent ces deux forces opposées, attirent ou repoussent , sont dans un état positif ou négatif. Ces élémens impondérables, plus ou moins adhérens à nos organes, en déterminent l'action différente, suivant que, par leur nature diverse, nos parties jouissent d'une propriété conductrice ou isolante de ces agens de la nature. Les phénomènes magnétiques, électriques, galvaniques, ont en effet de nombreuses ressemblances avec les phénomènes de la vie. Leurs principes ne sont pas soumis aux lois ordinaires de la matière , ne gravitent point vers le centre de la terre , ont une action qui , en s'exerçant, ne tend point essentiellement à s'épuiser et à s'affaiblir comme toutes les actions chimiques et mécaniques; en outre ^ les substances impondérables agissent à des distances plus ou moins grandes, tandis que toute action chimique ou mécanique suppose le contact immédiat; elles agissent avec

(i) Prochaska , Sprengel , Ritter , Hildebrandt , Autenrielhi etc.

une rapidité presque incommensurable, pénètrent les corps sans obstacle , et se propagent sans confusion dans des directions infiniment variées, et souvent opposées. Le son, la chaleur, la lumière, offrent à cet égard des propriétés analogues à celles du fluide électrique; les rayons lumineux, comme les rayons sonores, se croisent sans confusion, se divisent et se multiplient à l'infini, etc., etc. La pensée , ce résultat merveilleux de l'organisation , n'offre rien de plus rapide, rien de plus compliqué, rien de plus inconcevable dans ses phénomènes que les singulières actions du magnétisme , de l'électricité et du galvanisme.

Les dernières recherches des physiciens viennent d'établir que le principe des phénomènes du magnétisme est identique avec l'électricité. Qui pourrait assurer que la lumière et la chaleur ne sont pas elles-mêmes des modifications de ce principe universel, dont le soleil, centre de notre système , serait alors le vaste réservoir ? Masse opaque, immense, auprès de laquelle la terre paraît un atome , tournant sur lui-même avec une extrême rapidité , environné d'une atmosphère beaucoup plus dense que la nôtre (Newton); atmosphère que terminent des nuages phosphorescens ou lumineux (Herschell) (i), le soleil ne

(i) L'existence de cett« atmosphère incandescente parait confirmée par les phénomènes de la polarisation de la lumière. (Arago, 1824.)

produit -il point, en vertu de son mouvement giratoire et des énormes frottemens qui en résultent, une continuelle émission de chaleur et de lumière , par un mécanisme analogue à celui qui dans les machines électriques donne naissance aux étincelles ? Enfin , les révolutions des planètes , comme la vie des corps qui existent à leur surface, ne dépendraient-elles point de cette cause unique ? Si les progrès des sciences donnent jamais à ces probabilités la certitude d'une démonstration mathématique, le système du monde, auquel appartient la terre, serait enfin expliqué. Alors, de cette connaissance sublime l'homme pourrait s'élever peutêtre à l'étude plus difficile et plus vaste encore du mécanisme de l'univers, tout infini pour l'intelligence humaine, et dont notre monde n'est visi^ blement que l'une des innombrables parties. A la vue d'un aussi grand spectacle , l'esprit humain s'étonne et demeure comme anéanti. Toutefois, si nous portons les yeux sur la route déjà parcourue, le sentiment de notre faiblesse diminue, et les connaissances acquises servant de base, l'on conçoit l'espoir raisonnable de s'élever par degrés aiix vérités de l'ordre le plus élevé. L'homme en serait moins éloigné sans doute, s'il n'avait été détourné de cette recherche par la multitude de systèmes ridicules dont fut bercée l'enfance de notre espèce; systèmes dont les auteurs ignorans et vains se firent, sans hésiter, le centre de l'univers, en cela semblables à ces misérables habitans de quelque îlot

DES MOUVEMENS. «jl

perdu dans les vastes espaces de l'Océan , et qui , ne connaissant rien au-delà de leur horizon , s'imaginent que c'est pour eux seuls qu'existe tout ce qu'ils sont capables d'apercevoir.

Un même principe répandu dans toute la nature est donc très-probablement la source ou la cause première de l'existence, et tous les êtres n'en sont que des modifications diverses. Cet agent, ou plutôt ce principe universel , représente ce que les anciens philosophes avaient appelé l'âme du monde, anima mundiy cause active de tous les mouvemens que nous présentent la matière inerte et les êtres organisés; esprit subtil qui, pénétrant tous les corps en se mêlant à leur substance, donne naissance à des phénomènes variés comme leur composition (i). Ainsi que les philosophes platoniciens le pensaient, ce principe n'est point séparé de la matière, et celle-ci ne peut pas être considérée comme com-

(i) Tous les progrès des sciences physiques chez les modernes nous ramènent, comme on voit, à la doctrine de Pythagore , adoptée par l'école du Portique. Seulement les découvertes des modernes tendent à substituer à ces aperçus vagues , quoique sublimes , de l'ancienne philosophie une théorie appuyée sur des faits observés avec précision. En traitant de semblables matières, qui ne se rappelle ces beaux vers où le chantre d'Enée expose les idées reçues de son temps ?

Principio ccelum

Spiritus intus alit , totamque infusa perartus , Mens agitât molem , et magno se corpore miscet.

^ueidos, lia. vx, v. 724*

•yS DES MOUVEMENS.

plétement inerte; essentiellement active, clouée de forces toujours agissantes, et d'une constante énergie, elle renferme en soi la raison suffisante des phénomènes. Mais tous ces phénomènes sont -ils les résultats mathématiques d'un petit nombre de lois générales, comme on n'a pas craint de l'affirmer récemment (i); et ces lois générales régissent-elles à la fois les élres vivans et les corps non organisés, malgré les prodigieuses différences qui existent entre eux?

Y a-t-il une analogie parfaite entre le fluide électrique et le galvanisme? Peut-il rendre compte dé* tous les phénomènes de la vie? C'est une question aujourd'hui d'un grand intérêt; et nous allons la résumer, car ses élémens se retrouvent disséminés dans plusieurs parties de cet ouvrage. Voici tous les argumens que l'on a fait valoir en faveur de l'identité des fluides nerveux et électriques:

1°. L'expérience de Suizer. L'application de deux lames métalliques sur la langue donne une sensation particulière, quand, par leur rencontre, elles ont opéré un courant électrique au travers de cet organe.

2°. Les expériences dans lesquelles on h\t naitrc la sensation de la lumière, en plaçant l'œil dans un courant électrique, à l'aide d'aiguilles enfoncées audessus et au-dessous de lui.

(i) La Place, Considérations sur la théorie des -phénomènes capillaires ^ mémoire lu à l'Académie des sciences le i3 septembre 1819.

3°. Les faits observés par Galvani et son neveu Aldini , mnllipliés par Volta, et depuis reproduits par tous les physiologistes sur des animaux vivans ou sur des suppliciés. L'application d'un pôle électrique et celle de Tautre pôle sur un muscle auquel le nerf se rend, produisent des contractions violentes qui, au dire de Ure de Glascow, ont sur des suppliciés quelque chose d'effrayant. Quoique Galvani, Aldini , Volta et autres aient varié dans l'explication qu'ils ont donnée de ce phénomène^ tous se sont accordés néanmoins pour reconnaître que les contractions musculaires résultaient du courant électrique dont le nerf était le siège.

4°. Aldini a remarqué que le contact d'un nerf sur un muscle dénudé, contact qui dégage de l'électricité , était suivi de la contraction du muscle.

5**. On sait que l'électricité suit la surface des corps, et non leur intérieur. Or, M. Desmoulins affirme que l'innervation est transmise par la surface des nerfs et de la moelle.

6"' La puissance électrique est en raison de l'étendue de surface des corps électrisés; il en est de même de la puissance nerveuse dont l'énergie est toujours proportionnée à l'étendue de la surface des organes nerveux.

7°. Plusieurs animaux présentent des phénomènes bien favorables à cette doctrine : ainsi, la torpille, l'anguille de Surinam , etc. , produisent, quand on les touche, une secousse violente semblable à une décharge électrique. Ces animaux ont un ap-

pareil composé de lamelles juxta-posées, extrêmement nombreuses , que baigne un liquide particulier 5 et qui représente une pile voltaïque. Dans cet appareil, viennent se rendre des nerfs excessivement nombreux et trè^-volumineux. Pour compléter l'analogie entre cet appareil et un appareil électrique, les secousses ne peuvent se reproduire plusieurs fois de suite : si on approche l'animal et qu'on le touche avec un corps isolant, on se met à l'abri de toute commotion ; si^ au contraire, le contact est immédiat, ou par l'intermédiaire de substances qui conduisent bien l'électricité, la décharge s'opère j et si plusieurs personnes se tiennent par la main et forment la chaîne, elle éprouvent toutes une secousse analogue à celle que produit la décharge électrique.

8"". On croit avoir constaté des courans électriques dans les nerfs de l'homme. Béclard, en plaçant des aiguilles dans les nerfs d'un homme vivant, a vu qu'elles s'aimantaient. Or, en faisant l'application delà loi découverte par OErsted, que les courans électriques sur des lames de fer finissent par les aimanter, on en a conclu que si l'aiguille plongée dans le nerf s'aimantait, c'est que le nerf était traversé par un courant électrique.

9°. M. David a fait une thèse sur l'analogie du fluide nerveux avec le fluide électrique, et il a consigné dans cette thèse le résultat d'expériences nombreuses qui lui ont démontré que si on mettait deux aiguilles à une certaine distance sur

DES MOUVEMENS. "yS

le trajet d'un nerf, et que l'on adaptât les extrémités de ces aiguilles au multiplicateur électrique de Shweiger 5 l'aiguille donnait dessignes très-sensibles de mouvement quand l'animal opérait des mouvemens , et que les variations de l'aiguille étaient d'autant plus prononcées , que les mouvemens étaient plus étendus.

Quelques physiologistes ont été plus loin , et ont tenté de retrouver dans certaines parties de l'encéphale le lieu d'origine du fluide électrique. Ainsi, M. Rolando a vu dans les lamelles du cervelet tous les élémens de la pile^ et pour lui les autres parties du système nerveux ne seraient que des cordons conducteurs. M. David pense aussi que les nerfs ne sont que de simples conducteurs , qui cessent d'agir quand leur communication avec les centres électriques est interceptée. D'après lui, le siège du dégagement d'électricité est aussi dans l'encéphale; mais il ne désigne pas plus le cervelet que toute autre partie du cerveau. Dans cette hypothèse, les nerfs sont des conducteurs qui, pour accomplir leurs fonctions, doivent être parfaitement isolés.

Des physiologistes ont fait de ces connaissances des applications, les unes partielles, les autres générales, à l'accomplissement des fonctions. Au nombre des -premiers, nous trouvons, i* MM. Prévost et Dumas, qui ont, comme nous l'avons vu, tenté d'expliquer les contractions musculaires à l'aide des

courans électriques, parallèles, dans les nerfs perpendiculaires à la direction des fibres charnues.

2". M. Wilson Philip, qui, à propos de la digestion , a démontré que le pneumo-gastrique coupé , la chimifîcation cessait, pour recommencer quand on mettait le bout inférieur du nerf et l'estomac dans un courant galvanique.

3°. Pour les sécrétions, plusieurs physiologistes ont prétendu qu'elles résultaient d'un état particulier d'électricité dans lequel se trouvait la glande et le sang qui la pénétrait. M. Fodéra a tenté de démontrer aussi l'influence électrique dans les combinaisons de nos tissus, en opérant une union plus prompte de deux sels, dont l'un était dans le ventre et l'autre dans la poitrine, quand tous les deux étaient compris dans le même cercle galvanique.

Quant à ceux qui ont voulu tout expliquer par l'électricité, il y a deux hypothèses principales : la première est celle de M. Dutrochet, dont nous avons déjà parlé, en traitant de sa doctrine de l'endosmose et de l'exosmose.

La deuxième est celle de M. Bachoué de Vialer; elle repose sur le principe suivant, dont la découverte est due à M. Becquerel. Lorsque deux corps exercent une action chimique sur une substance commune, et qu'ils sont réunis par un conducteur, il s'établit un courant de l'un à l'autre, et le sens du courant est déterminé par la prédominance d'action d'un des corps sur l'autre. Faisant de cela une application aux phénomènes de la vie, M. Bachoué de

Vialer examine le cerveau et un organe des sens: ce sont deux corps en communication par un conducteur intermédiaire, le nerf, et exerçant une action commune sur un fluide qui va de l'un à l'autre, le sang. Si maintenant une excitation est portée sur le sens, de suite celui-ci a une prédominance d'action sur le cerveau, et le courant s'établit de l'organe impressionné vers le cerveau, d'où la perception d'un agent extérieur; si, au contraire, le cerveau et le muscle étant placés dans les mêmes circonstances, il y a une détermination delà volonté, celle-ci donne à l'encéphale une prédominance d'action , et l'action est transmise au muscle qui se contracte. On peut faire une application de ces données à toutes les autres fonctions.

Enfin, la rapidité d'action du fluide nerveux est une preuve à ajouter aux précédentes, qu'il est de même nature que l'électrique.

Malgré cette série imposante de faits, nous ne pouvons admettre comme prouvée l'idenlité entre ces deux fluides, ni même l'analogie; et c'est ce que nous espérons démontrer. i° Comment pourrait-on concevoir qu'un fluide, toujours le même, pût être le véhicule d'effets si différens ? et pourtant il n'est pas douteux que les nerfs ne soient doués de facultés entièrement diverses: l'un conduit la lumière, l'autre le son; celui-ci la volonté, celui-là la sensibilité; par cet autre nous digérons : un fluide électrique pourrait-il, quoique identique, suffire à des actions si hétérogènes? 2° Des expé-

riences très-bien faites par M. Person ont démontré que ia faculté conductrice des nerfs était peu prononcée. 3° Si les nerfs conduisaient le fluide électrique, ils ne devraient pas laisser échapper ce fluide dans leur trajet. Or, dans d'autres expériences , M. Person s'est encore assuré que le courant électrique ne parcourt pas exclusivement le nerf, mais qu'il est bientôt disséminé dans toutes les parties ambiantes. Ce résultat renverse complètement la théorie électrique de MM. Prévost et Dumas, appliquée aux contractions musculaires. 4° Dans bien des circonstances on n'a point fait un arc galvanique complet, dans lequel étaient compris à la fois le nerf et l'organe sur lequel il transmet son action; souvent on a simplement appliqué au bout du nerf divisé un fil en communication avec un courant électrique , ou même on a irrité cette extrémité avec la pointe d'un instrument, une substance irritante, et dans tous les cas on a obtenu des résultats analogues à ceux que détermine l'irritabilité nerveuse normale ou le courant électrique; ce qui prouve qu'il suffit d'une excitation quelconque, substituée à l'excitation physiologique, pour que le nerf transmette son influx accoutumé. Il est vrai que les partisans de l'électricité prétendent que dans ces cas le contact d'un instrument quelconque avec le nerf dégage du fluide électrique. 5°. M. Nobili de Reggio a fait une expérience qui produisit grande sensation et fut bien favorablement accueillie par les partisans de l'électricité

Ï)ÊS MOUVËMENS, 79

vitale. Quand on établit un courant électrique d'un nerf vers un muscle, celui-ci entre en contraction; si le courant se dirige du nerf vers le cerveau, il y a une sensation de produite, et les mouvemens, s'ils surviennent, sont consécutifs à la sensation perçue. Mais M. Person a découvert ultérieurement que les courans, quelle que soit leur direction, peuvent entraîner des contractions musculaires aussi prononcées dans un cas que dans l'autre : résultat qui renverse les conclusions tirées des expériences de M. Nobili. 6" Quand on commence le courant électrique sur un nerf et un muscle, celuici se contracte; si le courant conitnue avec la même énergie, la contraction diminue et cesse. Or, cette cessation d'action, dans la théorie surtout de MM. Prévost et Dumas , ne devrait pas avoir lieu si le courant électrique produisait la contraction: ajoutons qu'au moment où le courant cesse, la contraction se reproduit. Ce phénomène nous prouve que c'est une modification inconnue dans la nature du nerf , et non le courant électrique , qui entraînent la contraction du muscle.

D'après ce qui précède, nous ne pouvons admettre que les nerfs soient, pendant la vie, parcourus par des courans électriques , sources des mouvemens, des sensations, des nutritions, sécrétions, calorifîcations, etc.

CLXXI. Considération générale du système osseux. L'homme, comme tous les animaux à sang tôuge (mammifères, oiseaux j reptiles qï poissons)^

8o DES MOUVEMENS.

a un squelette intérieur formé d'un grand nombre d'os articulés, et mis en mouvement par les muscles qui les recouvrent. Les animaux à sang blanc n'ont point d'os à l'intérieur : des parties dures, écailleuses on pierre uses, les enveloppent et forment ce que l'on nomme leur squelette extérieur. Enfin , il est des animaux absolument dépourvus de parties dures: ce sont les zoophytes , plusieurs vers et quelques insectes. La composition intime de la substance des os est à peu près la même dans tous les animaux, de la gélatine et des sels à base calcaire. Le squelette extérieur des animaux à sang blanc ressemble bien plus à l'épiderme de ceux à sang rouge qu'à leur système osseux. Comme l'épiderme, il se détruit et se renouvelle: c'est ainsi que la coquille de l'écrevisse éclate chaque année, lorsque le corps de ce crustacé augmente de volume, et se remplace par une nouvelle envelope . qui, d'abord trèsmolle, acquiert par degrés la même consistance que la première. Enfin, le squelette des oiseaux diffère de celui de tous les autres animaux, en ce que ses principales pièces sont percées de conduits communiquant avec les poumons, et toujours remplis d'un air raréfié par la chaleur vitale; ce qui concourt puissamment à leur donner la légèreté spécifique, si nécessaire à leur mode particulier d'existence.

Le système osseux sert de fondement à la machine animée, prête un appui solide à toutes ses parties , détermine la grandeur du corps, ses pro-

DES MOUVEMENS. 8l

portions , sa forme et son altitude. Sans les os , le corps n'aurait point de forme constante , et ne pourrait que difficilement changer de place. Lorsque, par la perte du sel calcaire, auquel ils doivent leur dureté caractéristique , ces organes se ramollissent, les membres se déforment, la station et les divers mouvemens progressifs finissent même par devenir impossibles. Tels sont les effets du rachitis , maladie dont la nature est aujourd'hui bien connue , sans que pour cela on soit plus éclairé sur la manière d'agir des causes qui la produisent , et sur les remèdes qu'il convient de lui appliquer.

La colonne vertébrale forme la partie vraiment essentielle et fondamentale du squelette ; on peut la regarder comme la base de l'édifice osseux, comme l'aboutissant de tous les efforts, comme le centre sur lequel les os s'appuient dans leurs divers mouvemens , puisque tous les ébranlemens , toutes les secousses un peu considérables viennent s'y faire ressentir. De plus, elle renferme dans le conduit dont elle est percée la masse, nerveuse de laquelle émanent le plus grand nombre des nerfs du corps.

Pour servir de soutien à toutes les parties , protéger en même temps l'organe délicat qu'elle loge dans son épaisseur (i), et se prêter aux attitudes

* (i) Le mode de développement des vertèbres est lui-même accommodé à la délicatesse de la moelle épinière. Long-temp^ 3. 6

variées qu'exigent les besoins de la vie , la colonne vertébrale devait réunir k une extrême solidité une mobilité assez grande : elle possède ces deux avantages , et tient le premier de la largeur des surfaces par lesquelles sont articulés les os qui la composent, du volume, de la longueur, de la direction, de la force de leurs apophyses, et de la multitude des muscles et des ligamens qui s'y attachent , et vont de l'un à l'autre ; tandis qu'elle doit le second au grand nombre de pièces osseuses qui entrent dans sa formation. Chaque vertèbre est peu mobile ; mais toutes pouvant se mouvoir à la fois , leurs mouvemens s'ajoutent les uns aux autres : il en résulte un mouvement total , considérable ; mouvement général, que l'on évalue en multipliant les mouvemens partiels par le nombre des vertèbres.

Le centre des mouvemens par lesquels la colonne vertébrale s'étend ou se ploie , en s'incîinant en arrière ou en avant, ne se trouve ni dans l'articulation des apophyses obliques de chaque

formée de plusieurs pièces , que des cartilages séparçnt , la circonférence de la large ouverture dont ces os sont percés peut s'agrandir à mesure que la moelle de l'épine grossit avec l'âge. Le contour du trou de l'occipital et celui de la première vertèbre, os qui correspondent aux parties les plus épaisses de cette moelle, sont, à cause de cela, formés de quatre pièces distinctes , séparées par des cartilages dans le premier de ces os , et de trois dans le second , qui ne se réunissent que fort tard.

vertèbre, comme Ta dit Winslow , dans les Mémoires de VAcadémie des sciences pour l'année 1730, ni dans la symphyse cartilagineuse qui unit leurs corps. L'extension et .la flexion des vertèbres ne s'exécutent point non plus sur deux centres de mouvement, dont l'un serait dans cette symphyse , et l'autre dans les articulations des apophyses articulaires^ comme l'ont pensé Cheseiden et Barthez, mais plutôt sur un axe qui traverserait l'os entre son corps et sa grande ouverture. La partie antérieure de l'os et son apophyse épineuse exécutent autour de cet axe imaginaire des mouvemens d'arc de cercle , qui , pour être peu étendus , n'en sont pas moins marqués ; et dans ces mouvemens, tantôt les surfaces articulaires que sépare le cartilage intervertébral se rapprochent antérieurement, et cette substance se trouve comprimée , tandis que les apophyses obliques glissent l'une sur l'autre et tendent à s'abandonner: c'est ce qui arrive dans la flexion du tronc, tandis que, dans son redressement, les parties antérieures des surfaces s'éloignent , les postérieures se rapyprochent, et finissent par se toucher, quand l'extension du tronc est poussée aussi loin que le permettent les apophyses épineuses.

L'usage de cette rangée d'éminences qui s'élèvent de la partie postérieure des vertèbres est de mettre des bornes au renversement du tronc en arrière , et de faire que les muscles qui le redressent agissent par un bras de levier plus a van ta

geux. Lorsque, par l'habitude d'une position habituellement redressée, on a empêché ces apophyses de se développer suivant leur direction , le tronc peut être tellement renversé en arrière , que le corps figure dans ce sens un plus ou moins grand arc de cercle. C'est ainsi que, dès la plus tendre enfance, l'on exerce les bateleurs, qui nous étonnent par la prodigieuse souplesse de leurs reins , à se renverser sur eux-mêmes , de manière à changer la direction naturelle des apophyses épineuses.

Il était important que les mouvemens de la colonne vertébrale s'exécutassent dans un grand nombre d'articulations à la fois ; par-là les inflexions sont plus légères , et l'organisation de la moelle de l'épine , qui avait besoin de si grands ménagemens , n'est point altérée. Les pièces fibrocartilagineuses, qui unissent ensemble les corps des vertèbres entre lesquelles elles sont placées, douées d'une grande élasticité , comme tous les corps de cette nature, soutiennent avec avantage le poids du corps. Lorsque la pression qu'elles éprouvent est long-temps continuée , ailles s'af-^ faissent un peu , leur épaisseur diminue , et cet effet se passant à la fois dans toutes les lames intervertébrales , notre stature s'abaisse sensiblement. Le corps est, à cause de cela, toujours plus petit le soir que le matin 5 et celte différence de grandeur peut être portée assez loin, comme Buffon en rapporte des exemples. Le fils de l'un

de SCS plus zélés collaborateurs (M. Guéneau de Montbeillard , auquel est due la plus grande partie de l'histoire des oiseaux), jeune homme d'une taille élevée (cinq pieds neuf pouces), arrive au terme de son accroissement , avait perdu dixhuit lignes , après avoir passé toute une nuit au bal. Cette différence de grandeur lient en même temps à l'affaissement du tissu cellulaire graisseux qui se trouve au talon , et forme, dans toute l'étendue de la plante du pied , une semelle assez épaisse.

Le fémur est plus long dans l'homme que dans les quadrupèdes, et cette grandeur proportionnelle de h cuisse lui donne l'avantage exclusif de pouvoir reposer son corps en s'assejant.

Des deux os de la jambe, le tibia seul sert de colonne d'appui. Le péroné, 'placé à son coté externe, trop mince et trop grêle pour soutenir le poids du corps , n'a que des usages relatifs à l'articulation du pied, au côlé externe de laquelle il est placé. Il soutient cette partie ^ et empêche son renversement en dehors par une abduction trop forte. Dans ce mouvement , le pied fait effort contre le péroné ^ qui se trouve d'autant plus courbé en dehors (i), que l'individu, étant plus

(i) Cette courbure, très-prononcée dans les chefs-d'œuvre de la sculpture antique , donne au bas de la jambe des plus belles statues une grosseur qui ne s'accorde guère avec nos idées actuelles sur l'élégance des formes j ce qui prouve , ce me

86 DES MOUVEMEMS.

avancé en âge, a exercé davantage cette force de résistance. Les animaux grimpeurs , l'écureuil , la fouine, etc.^ dont les pattes sont dans une abduction continuelle, ont aussi un péroné très-gros et fortement courbé.

La multiplicité des pièces dont les pieds sont composés^ outre qu'elle donne à ces parties une solidité plus grande, est encore utile pour que le corps ne soit point ébranlé avec trop de force par la percussion du sol dans nos divers mouvemens progressifs. Celui qui saute d'un lieu élevé cherche à tomber sur la pointe des pieds, afin que les mouvernens s'affaiblissent , en se transmettant dans les nombreuses articulations du tarse et du métatarse, et n'impriment pas au tronc et à la tète une secousse pénible et souvent dangereuse. On sait qu'il suffit, dans une chute, que ia plante des pieds porte tout entière, pour qu'il arrive des fractures aux cols des fémurs, des commotions au cerveau et dans les autres organes.

semble , que le beau n'est pas invariable , comme l'ont dit bien des philosophes , et que celte perfection idéale n'est point exactement la même dans tous les siècles , chez les nations également civilisées. Il est facile de vérifier cette observation sur l'Apollon du Belvédère : ses genoux sont assez gros et rapprochés; le pied est déjeté en dehors , parce que le genou l'est en dedans; et cette forme est la plus belle expression de la nature, qui , donnant au fémur une direction oblique en dedans, ne fait ni des genoux parfaitement droits , ni des jambes dans lesquelles il existe, entre le bas et le mollet, une disproportion excessive.

CLXXII. Structure des os. Quelque différence que présente au premier aspect un os comparé ' avec un autre organe, sa composition est ]a même; des parties absolument* semblables entrent dans sa structure, à l'exception d'une matière saline inorganique , qui , déposée dans les'celluîes de son tissu, lui donné sa dureté, sa solidité, principal caractère qui le distingue des parties molles. On sépare cet élément salino-terreux en tenant l'os plongé dans l'acide nitrique, étendu d'une suffisante quantité d'eau. On reconnaît alors que c'est un phosphate de chaux qui se décompose, en cédant à Facide nitrique sa base calcaire. L'os, ainsi dépouillé du principe auquel il doit sa consistance, se ramollit, devient souple, flexible , et présente l'apparence d'un cartilage qui se résout enfin par une longue macération en un tissu cellulaire semblable à celui des autres parties. Dans ce tissu se répandent, même en assez grand nombre , des artères, des veines (i) et. des vaisseaux lymphatiques. Les os sont donc des parenchymes ceîluleux, dont les aréoles contiennent une matière saline cristallisée, qu'ils séparent du sang, et dont ils s'encroûtent par une force inhérente et particulière à leur tissu. On arrive au même résultat en en faisant uheanalvse inverse. Si on soumet un os à une ébullrtîôn de quelques

(i) Il me semble que mieux vaut laisser à ces veines le nom sous lequel elles sont connues depuis plus de deux mille ans, que de leur substituer celui de conduits veineux des os.

heures dans la machine de Papin , tout ce qu'il contient d'organique se dissout, entre en fusion, et fournit une gélatine abondante ; après quoi il ne reste qu'une concrétion salin (ï, inorganique, que l'on peut également obtenir séparée en calcinant les parties dures. Les proportions respectives de la partie saline avec la portion organisée varietit beaucoup aux diverses époques de la vie. Les os de l'embryon sont d'abord entièrement gélatineux. A l'époque de la naissance^ et dans les premières années de la vie, la partie organique est en plus grande proportion : les os sont aussi moins cassans , plus flexibles^ plus vivaces, et leurs fractures se consolident avec plus de promptitude et de facilité. Dans la jeunesse, la quantité des deux parties constituantes est à peu près égale. Il en est de même chez les adultes et chez les vieillards, quoique l'on ait long-temps pensé le contraire. C'est donc moins à la pi^dominance du phosphate calcaire (i) qu'à l'affaiblissement général , au ralentissement des mouvemens organiques^ qu'est due la difficulté avec laquelle les fractures se consolident chez les personnes d'un âge avancé. L'énergie des facultés vitales

(3) Les analyses chimiques des os y ont démontré la présence de plusieurs autres matières salines mêlées au phosphate de chaux ; mais ce sel forme à lui seul la plus grande partie de la substance à laquelle les os doivent leur dureté. D'après Berzélius , les autres sels des os sont le carbonate de chaux j i i,3o ; le fluate de chaux, 2,0; le phosphate de magnésie, ï,i6j de la soude et de l'hydrochlorate de soude, i,ao.

des os 5 leur flexibilité, leur élasticité , leur aptitude à se consolider quand leur continuité est détruite par un accident quelconque, sont dans un rapport absolument inverse des années.

Les anatomistes distinguent dans les os trois substances, qu'ils distinguent par les noms de compacte^ de spongieuse et de réticulaire. La première^ qui est la plus dure, accumulée au centre des os longs, endroits où viennent aboutir les efforts qui s'exercent sur leurs extrémités^ donne à cette partie moyenne la solidité dont elle avait besoin pour y résister. On a diversement expliqué sa formation : les uns ont prétendu qu'elle n'était si dure que parce que les deux extrémités des os, en se développant , s'appuyaient sur la partie moyenne, comme la tige et les racines s'appuient sur le collet d'une plante. Haller dit qu'elle est formée par les battemens des artères nourricières qui pénètrent dans les os longs par la partie moyenne de ces os ; mais alors pourquoi ne s'en trouve-t-il pas autant vers leurs extrémités , qui reçoivent des artères aussi grosses et en plus grand nombre? Dans le travail de l'ossification, cette substance paraît la première à la partie moyenne des os lougs ; ce qui confirme l'assertion de Kerkringius, qui dit que nos os commencent à se durcir dans les endroits où ils doivent siqDporter les plus grands efforts.

La substance spongieuse est placée dans l'épaisseur des os courts et dans les extrémités des os longs, où son accumulation présente deux avan-

go DBS MOUVEMENS.

tages: celui de donner à l'os^ sans augmenter sa pesanteur, une grosseur considérable, au moyen de laquelle il s'articule avec les os voisins par de larges surfaces, ce qui était nécessaire à la solidité de leurs connexions; et celui d'écarter de la ligne parallèle les tendons qui passent autour des articulations, d'agrandir l'angle sous lequel ils se rendent aux os auxquels ils vont s'implanter, et d'augmenter ainsi l'efficacité de l'action musculaire. Les hypothèses mécaniques, proposées par Haller et par Duhamel, sur la formation de cette substance spongieuse , outre qu'elles sont peu satisfaisantes, paraîtront inutiles, si l'on fait attention que, dans les os gélatineux de Tembryon , les places que doit occuper la substance spongieuse, c'est-à-dire les extrémités des os longs dont on aperçoit les linéamens, paraissent plus volumineuses que le reste. Toutes les cellules de cette substance spongieuse communiquent ensemble; elles sont tapissées par une membrane très-fine^ et remplies par le suc médullaire. Les lames qui, en s'entrecroisant de diverses manières, forment les parois des cellules, deviennent plus rares , plus minces ; le tissu spongieux s'épanouit en s'approchant de la partie moyenne des os, et forme dans le canal rriédullaire de la substance compacte un tissu réticulaire, dont l'usage est de soutenir le tuyau membraneux qui contiei^t la moelle.

Ces trois substances, malgré leur inégale densité , ne sont réellement qu'une seule et même

substance différemment modifiée. La réliculaire et la spongieuse ne différent de la compacte qu'en ce qu'elles contiennent moins de phosphate de chaux, que leur tissu est plus rare et plus épanoui. Du reste 5 les altérations du tissu osseux j qui constituent les exostoses laminées et éburnées 5 la conversion des os , par les acides, en un cartilage flexible que la macération rédifit en tissu cellulaire , prouvent que ces trois substances sont vraiment identiques , et ne diffèrent que par leur texture plus ou moins serrée , et la quantité de phosphate calcaire déposée dans les mailles de leur tissu.

On pense que la substance compacte est formée par un assemblage de lames concentriques , fortement unies les unes aux autres , et formées de fibres placées de champ, ou juxta-posées et dirigées suivant la longueur des os. On cite en preuve de cette opinion l'exfoliation des os soumis au contact de l'air; mais ces lames , qui se détachent dans un os qui s'exfolie, ne prouvent autre chose que la manière dont agit la cause destructive. L^air , la chaleur , ou tout autre agent , s'appliquant successivement à divers plans osseux , établissent entre eux une distinction qui n'existait pas dans l'état naturel ^ et en déterminent la chute successive. Certaines parties, dans lesquelles on n'admet point une structure lanielîeuse , peuvent offrir ce mode de décomposition. Ainsi^ de Lassone a vu un lambeau de peau humaine long-temps conservé

gf2 DES MOUVEMENS.

dans un caveau, se détacher par écailles d'une extrême ténuité.

La vie, qui existe h un moindre degré dans les os que dans beaucoup d'autres parties , paraît animer plus ou moins leurs diverses substances. Proportionne'e à la quantité des vaisseaux qui s'y répandent , eîie est plus active dans la substance spongieuse : aussi des bourgeons charnus s'en élèvent-ils plus promptement dans les fractures, et la formation du cal s'y effectue-t-elîe avec promptitude. La carie y fait également des progrès plus rapides , et il est bien plus difficile d'arrêter son mouvement propagateur.

CLXXIIL Usages du périoste et des sucs médullaires. Quelles que soient leur situation, leur grandeur, leur figure et leur composition, tous les os sont enveloppés par le périoste , membrane blanchâtre, fibreuse-, dense et serrée, que traversent les vaisseaux qui pénétrent dans leur propre substance. Le périoste est une membrane parfaitement distincte des autres parties molles , et de l'os luimême , à la surface duquel il adhère par le mf)yen des vaisseaux et dCi tissu cellulaire qui passent de l'un à l'autre d'une manière d'autant plus intime que l'on est plus avancé en âge. Les libres celluîeuses et vasculaires qui traversent la substance de l'os établissent un commerce sympathique trèsétroit entre son périoste et la membrane trèsmince qui tapisse ses cavités intérieures , sécrète la moelle, et a reçu le noin Aq périoste interne.

DES MOUVEMENS. g3

La membrane médullaire , étant détruite par l'introduction d'un stylet dans le canal intérieur, les couches extérieures de l'os se gonflent,- se séparent des couches intéiieures , et forment comme un nouvelles autour du séquestre. Le nouvel os n'est point formé par le périoste ossifié , comme l'avait avancé Troja. Cette membrane reste aussi étrangère à la formation du nouvel os dans les nécroses profondes qu'à la formation du cal dans les fractures. Le périoste dont est couvert l'os. affecté de nécrose n'acquiert ni une épaisseur, ni une consistance plus grandes, de même qu'il ne forme point autour des bouts des os fracturés une virole qui les maintienne réunis , comme c'était le sentiment de Duhamel, récemment enseigné dans un ouvrage où l'auteur semble se complaire à reproduire des erreurs réfutées depuis plusieurs siècles. Privé de nourriture , mort et desséché dans cette nécrose artificielle, l'os séquestré se remue au centre du canal osseux formé par les couches extérieures gonflées, d'où on l'extrait après une térébration préliminaire. C'est en vertu de la même sympathie que les douleurs ostéocopes sourdes , profondes et nocturnes , qui tourmentent les malades échauffés par la chaleur du lit dans les dernières périodes de l'affection vénérienne, douleurs qui paraissent avoir leur siège dans le centre des os longs , occasionnent le gonflement de ces os et du périoste.

Le périoste a pour principal usage de régulariser la distribution des sucs jiourriciers des os ,

gi DES MOUVEMEI^S.

puisque, dès qu'on l'enlève y il se forme à l'endroit dénudé des végétations plus ou moins irrégulières. Cette propriété est d'ailleurs commune à toutes les membranes fibreuses dont la destruction est suivie d'excroissances qui s'élèvent des prganes qu'elles enveloppent. Un phénomène absolument semblable se passe après l'écorcement partiel des arbres. On a cru à tort que le périoste y comme l'écorce des végétaux , contribuait à l'accroissement des- os en grosseur , par le durcissement successif de ses lames intérieures.

La moelle qui remplit la cavité centrale des os longs , et les sucs médullaires contenus dans les cellules de la substance spongieuse , ont avec la graisse la plus grande analogie par leur nature chimique , et sans doute aussi par leurs usages ( CV). La proportion de ces deux humeurs est constamment relative. Dans les personnes très-maigres, les os ne contiennent qu'une moelle aqueuse, très-fluide; et quoique cette liqueur remplisse toujours les cavités intérieures de ces organes, dont les parois solides ne peuvent s'affaisser sur elles-mêmes, elle contient bien moins de particules sous le même volume, et sa quantité, comme celle de la graisse, est véritablement diminuée. Elle est le produit de l'exhalation artérielle , et ne sert point à la nutrition immédiate de l'os, comme le pensaient les anciens, au moins d'une manière exclusive, puisque, dans la classe nombreuse des volatiles, la plupart des os longs, percés par des conduits aériens, sont dé-

pourvus de cette humeur. Il est très-difficile d'assigner les usages de la moelle et du suc médullaire: n'existeraient-ils que pour remplir les cavités dont la nature a creusé les parties dures ^ afin de les rendre plus légères? Une partie de ces liquides peut-elle transsuder à travers l'épaisseur des cartilages articulaires, et venir, au moins dans les grandes articulations, se mêler à la synovie, en augmenter la quantité, en la rendant {5lus onctueuse, plus glissante , et plus propre à adoucir les frottemens des surfaces articulaires? Si cette transsudation peut avoir lieu après la mort, pourquoi^ a-t-on dit, ne s'opérerait-elle pas lorsque toutes les parties sont dans l'état de chaleur et* d'expansion vitale? Mais c'est précisément l'état de vie qui, par la diversité et les propriétés différentes dont soTit animés les tissus , s'oppose à ce que l'effet physique de la transsudation s'accomplisse, et contient chaque humeur dans ses limites.

CLXXI V. Articulations y cartilages et ligamens articulaires , humeur synoviale. Les articulations des différentes pièces du squelette ne sont pas toutes disposées à permettre des mouvemens; plusieurs, telles que les sutures par engrenure réciproque, par juxta-position harmonique ou écailleuse, la gomphose , ou la jonction par implantation, sont absolument immobiles, et se nomment, à cause de cela , sjnarthroses. Toutes les autres articulations, soit que les os se touchent immédiatement ((f/ar^Aro^ei* de cojitiguité) , soit qu'une substance interposée

96 Dl« MOtfVEMElfS.

entre leurs extrémités les unisse (dlarthroses de continuité ou amphiarthroses)^ sont douées d'une plus ou moins grande mobilité. Nous ne parlerons ici que des articulations mobiles , soit qu'elles permettent des mouvemens étendus et dans toutes les directions (^diarthroses orbiculaires^^ soit que les os ne se meuvent que dans deux sens opposés (^diarthroses alternatives ou ginglymes) , en formant un angle {ginglyrrle angulaire), ou en exécutant l'un sur l'autre des mouvemens de rotation (^ginglyme latéral^.

Dans toutes les articulations , les surfaces osseuses sont recouvertes par des lames d'une substance moins dure que celle de l'os. Ce sont les cartilages articulaires qui remplissent le double usage de donner aux extrémités des os le poli nécessaire à leur glissement facile , et de favoriser les mouvemens par la grande élasticité dont ils sont doués. Morgagni a fait voir que, de toutes les substances animales, les cartilages étaient les plus élastiques ; leur structure est bien différente de celle des os , lors même que ceux-ci sont encore cartilagineux , puisque les cartilages articulaires ne s'ossifient pas dans les personnes les plus âgées (i). Ils sont formés de fibres très-courtes, dirigées dans le sens de la longueur de l'os, fortement pressées les unes contre les au-

(i) Quelquefois néanmoins ces cartilages se détruisent : alors l'os dénudé se polit par les frottemens , et contracte la dureté de l'ivoire.

très, et rëunies par d'autres fibres transversales. Cette direction verticale du plus grand nontibre des fibres cartilagineuses, démontrée par de Lassonne, est très-favorable à leur réaction élastique. Le ligament capsulaire se réfléchit sur eux, en s'amincissant beaucoup, et se confond avec leur périchondre comme l'ont enseigné Bonn, Nesbith et plusieurs autres anatomistes.

Outre les cartilages qui enveloppent les extrémités des os, on trouve, dans certaines articulations, des lames fibro- cartilagineuses placées entre les surfaces articulaires. Ces pièces intermédiaires se rencontrent dans les articulations de la mâchoire inférieure avec les temporaux, dans celle du fémur avec le tibia, dans celle du sternum avec la clavicule; et remarquez que toutes ces articulations exécutent beaucoup de mouvemens, comme celles de la mâchoire, ou souffrent des pressions considérables, comme celles du genou et du sternum. Cette dernière, peu mobile, étant le point auquel viennent aboutir tous les efforts qu'exerce Textrémité supérieure , avait besoin de cet appareil , très-propre à en amortir l'effet par rapport au tronc, le mouvement imprimé s'éteignant en partie dans le jeu du cartilage inter-articulaire.

Nous ne reviendrons point sur ce que nous avons dit de la sécrétion de l'humeur, qui lubrifie les surfaces articulaires, facilite leurs mouvemens et entretient leuç contiguïté. Sa quantité est en raison directe de l'étendue de ces surfaces , et 3, 7

9^ DES MOUvisMENS.

de h capsule membraneuse dont elles sont enveloppées; elle est également proportionnée à la fréquence des mouvemens que chaque articulation peut permettre.

On nomme sjnovle cette liqueur sécrétée par les capsules membraneuses qui environnent les articulations j et se réfléchissent sur les extrémités articulaires des os dont elles recouvrent les cartilages; de manière que, comme Bonn Ta très-bien vu et expliqué vers le miheu du dernier siècle, ces extrémités ne se trouvent pas plus contenues dans la propre cavité de la capsule fermée de toutes parts, que les viscères abdominaux ne le sont dans celle du péritoine. La synovie est plus pesante que l'eau commune 5 parfaitement incolore, et plus visqueuse qu'aucun autre liquide animal. On y trouve une grande proportion d'albumine, qui existe, comme l'a observé M. Margueron, qui a donné le premier une analyse un peu exacte de la synovie, dans un état particulier, et très-disposée à se concréter en filamens par l'addition des acides. En outre, elle contient du muriate, du carbonate de soude, du phosphate de chaux, le tout dissous dans l'eau , qui forme environ les trois quarts de son poids.

CLXXV. Théorie de Vankjlose (i). Le mouvement peut être considéré comme le stimulant

(i) Les bases fondamentales de celte théorie sont exposées à la fin d'un mémoire sur les fractures de la rotule , que j'ai inséré parmi ceux de la société médicale pour l'an yii (1799),

DES MOUVEMENS. 9g

propre de la sécrétion synoviale; et une articulation qui se meut doit, ainsi que Tobserve judicieusement Grimaud^étre regardée comme un centre de fluxion vers lequel les humeurs affluent de toutes parts, attirées par l'irritation que les frottemens déterminent. Si l'articulation est tenue long-temps immobile, la synovie se sécrète en moins grande abondance, sa quantité diminue graduellement; il peut même arriver que les surfaces articulaires , long-temps maintenues dans une absolue immobilité , se dessèchent , et , d^épourvues de la liqueur qui doit les lubrifier, s'irritent mutuellement, et contractent une inflammation adhésive, soit que les vaisseaux du périchondre se développent , soit que le repli que, selon Nesbith^ Bonn et plusieurs autres, la membrane capsulaire envoie sur les cartilages , devienne le siège de cette inflammation.

C'est ainsi que se forme la maladie connue sous le nom ô^ankflose; affection mal à propos attribuée à l'engorgement des parties molles, et surtout des ligamens qui environnent les articulations. En effet , si dans une fracture de la cuisse ou de la jambe, vers le milieu de la longueur de l'un ou de l'autre de ces membres, et par conséquent le plus loin possible du genou, les circonstances exigent que l'on laisse long-temps le malade dans l'appareil contentif, cette jointure perd sa mobilité, et ne la recouvre qu'avec peine; quelquefois même elle la perd à jamais. J'ai actuellement sous les yeux l'exemple d'un homme chez lequel une affection

ÏOO DES MOUVEMENS.

scorbutique a tellement retardé la consolidation dans une fracture simple du fémur ^ vers le milieu de cet os, qu'on a été obligé de continuer pendant sept mois l'usage des attelles contentives. Durant un si long repos ^ les parties molles ont perdu toute hal)itude de mouvement, et le genou a été frappé d'une ankylose presque complète.

Toutes les fois qu'à l'occasion d'une maladie quelconque, on reste long-temps alité, les premiers mouvemens sont rudes, difficiles, et accompagnés d'une crépitation marquée dans les genoux , bruit qui annonce évidemment le défaut de synovie. D'un autre côté, si l'on examine cette articulation sur un individu qui, avant sa mort, est resté long-temps immobile , les surfaces articulaires ont perdu leur poli, sont sèches et raboteuses; elles offrent les traces d'une phlogose évidente. Flajani rapporte l'observation d'un malade qui mourut après avoir passé trois mois au lit dans une immobilité presque complète : les genoux n'offraient à Textérieur aucune trace de lésion , et cependant il était impossible de fléchir la jambe sur la cuisse. L'articulation ouverte , on trouva que les surfaces contiguës avaient contracté des adhérences ; la face postérieure de la rotule était collée à la poulie articulaire des condyles du fémur , et l'on fut obligé d'employer le scalpel pour l'en détacher. J'ai fréquemment observé le même phénomène en disséquant les genoux des malades morts avec des tumeurs blanches ou lymphatiques, avec ou sans altération. L'anky-

DES MOUVEMÉNS. 101

iose , suite inévitable de cette affection, provient évidemment du repos absolu auquel elle condamne l'articulation qui en est attaquée.

L'ankylose, par suite de l'immobilité, et conséquemment par défaut de synovie, n'est pas toujours partielle et bornée à une seule ou à deux articulations ; quelquefois elle en frappe plusieurs à la fois, comme chez l'individu dont M. Larrey a tracé l'observation , et déposé le squelette dans le Muséum anatomique de l'Ecole de Médecine de Paris. Mais l'art ne possède aucun exemple plus remarquable de cette soudure générale des pièces du squelette, que l'histoire communiquée par M. le professeur Percy à l'Institut national de France : elle a pour sujet un ancien capitaine de cavalerie, qui, tourmenté par des accès de goutte vague, dont la syphilis était une des causes probables, vit peu à peu toutes ses articulations, et même celle de la mâchoire inférieure, se roidir et perdre complètement leur mobilité, au point que, dans les derniers temps de sa misérable existence, on ne pouvait le remuer et le déplacer sans lui faire ressentir dans les articulations ankylosées des ébranlemens. douloureux.

On conçoit, d'après cette théorie, l'utilité des mouvemeriS que l'on fait exécuter aux membres inférieurs lorsque leurs os fracturés ont acquis assez de solidité pour qu'on n'ait plus â craindre d'en déranger les l^agmens. Ces mouvemens^ indispensables dans toutes les fractures du fémur, du tibia,

et surtout dans celles de la rotule , sont bien plus propres à dissiper la fausse ankylose, et à pvévenir la*soudure complète , que les diverses applications résolutives et fondantes (^emplâtres de savon, de cigué\ de Vigo ^ de diabotanum , de diachflon gommé, douches, bains , fumigation s , etc.), que l'on doit cependant joindre à l'exercice gradué du membre, afin d'en assurer le succès.

La goutte se manifeste aux articulations qui exécutent le plus de mouvemens et éprouvent les plus fortes pressions. Ses premiers accès, comme Sydenham l'observe, se font ressentir dans celle du gros orteil avec le premier os du métatarse, articulation qui supporte le poids de tout le corps , et travaille le plus dans les divers mouvemens progressifs.

Les muscles qui passent autour des articulations les affermissent bien mieux que les ligamens placés sur leurs côtés. En effet, si ces muscles se paralysent, le membre, abandonné à son propre poids, tiraille les ligamens, qui cèdent, s'aîongent, et permettent à la tète de l'os d'abandonner la cavité qu'elle occupe. C'est de cette manière que la perte des mouvemens et Fatrophie du muscle deltoïde entraînent la luxation consécutive de Fhumérus; le ligament orbiculaire de l'articulation de cet os avec l'omoplate ne suffisant point pour retenir sa tète appliquée contre la cavité glénoïde. La colonne vertébrale, disséquée et réduite à ses rÉoyens d'union ligamenteuse, se rompt sous un poids bien infé-

DES MOUVEMENS. Io3

rieur à celui qu'elle eût supporté avant d'être dépouillée des muscles qui y prennent les attaches.

CLXXVL De l'effort. On donne le nom d'effort à une contraction musculaire, d'une intensité considérable, prolongée ordinairement pendant un certain temps, et destinée à surmonter une résistance extérieure, ou à favoriser l'accomplissement d'une fonction naturellement difficile, telle que l'accouchement, ou qui peut le devenir accidentellement, telle que la défécation, la miction dans les cas de constipation ou de rétention d'urine.

Si on examine une personne qui fait un effort, on remarque que sa poitrine, d'abord dilatée, devient immobile; le ventre est dur et resserré; il y a un sentiment de constriction à la gorge , la partie inférieure du cou est tuméfiée , les veines de la face et du cou sont gonflées, la face entière, dont: les capillaires se remplissent, d'un sang mal hématose , est d'abord rouge , puis violette. De temps à autre on entend un petit bruit qui se produit dans le larynx, et il s'échappe quelques bulles d'air. Quelquefois il s'opère une expiration brusque, à laquelle succède une inspiration également soudaine. Si cet état se prolonge, il peut y avoir émission involontaire de l'urine et des vents. 'Pour bien apprécier ces divers phénomènes de l'effort, il faut se rappeler que quand un muscle se contracte, il tend à rapprocher sqs deux extrémités, et que le plus souvent cependant le mouvement exécuté réclame l'immobilité d'un des leviers sur lequel le

ïo4 DES MOUVEMENS.

muscle en contraction s'implante, afin que l'autre seule soit déplacée, immobilité qui nécessite la contraction d'autres muscles; rappelons en outre que dans certains mouvemens il y a , outre la contraction des muscles qui doivent les accomplir, une contraction simultanée et involontaire d'un grand nombre d'autres, en vertu de cette synergie d'action sur laquelle Barthez a tant écrit.

MM. Bourdon et J. Cloquet ont, dans plusieurs mémoires, établi que les principaux phénomènes de l'effort consistaient dans un changement des actes de la respiration , et que le but d'un pareil changement était de fournir un point d'insertion solide aux muscles, qui de la poitrine se rendent soit au tronc, soit aux membres supérieurs. Or, voici quel est le mécanisme d'après lequel la poitrine €st rendue immobile. Quand l'air a pénétré dans cette cavité , la glotte se resserre spasmodiquement; les muscles des parois abdominales entrent en contraction ; ils refoulent les viscères dans la cavité de la poitrine et les appliquent sur le diaphragme; la saillie de celui-ci est bientôt bornée par la résistance Cjuc lui oppose Tair qui distend les poumons^ et que la contraction spasmodique de la glotte maintient emprisonné. L'occlusion de la glotte étant un point fondamental de la théorie de MM. J. Cloquet et Bourdon , voici les argumens nombreux que ces auteurs ont fait valoir en faveur de leur doctrine : i"* c'est au gosier que l'on éprouve un sentiment de constriction pendant qus l'on fait un effort; 2° si

l'effort se prolonge , on ne larde pas à ressentir dans cette partie une fatigue pénible; 3° le petit bruit, accompagné de la sortie de quelques bulles d'air , annonce que momentanément la contraction des muscles constricteurs de la glotte a été vaincue; 4° si on provoque l'effort en faisant vomir un animal avec l'émétique , et qu'on découvre sa glotte, on s'aperçoit qu'elle se resserre à chaque vomissement; 5° si on met son doigt dans le larynx au moment où l'on accomplit un effort , on sent que le larynx est fermé ( il nous paraît douteux que M. Bourdon ait pu introduire son doigt jusque dans la cavité du larynx ; il est probable que dans cette expérience la constriction aura été opérée par le resserrement des bords de l'isthme du gosier); 6° si on fait une plaie à la trachée-artère, et qu'on laisse une canule creuse dans son intérieur, l'animal ne peut plus faire d'effort de vomissement; et si c'est un cheval, il n'est plus aussi propre à la course ni au trait. Si on bouche la voie de dérivation faite à la trachée-artère, les facultés de l'animal reviennent à l'instant et avec autant d'énergie qu'à l'ordinaire; 7° la paralysie des muscles du larynx s'oppose à l'accomplissement de l'effort; 8° M. Bourdon a placé une canule dans son larynx , et il a éprouvé les mêmes phénomènes que ceux des animaux dont la trachée était ouverte; 9° l'action de rire, de tousser, en permettant la sortie de l'air hors de la poitrine, ôte à Tinstant la faculté de faire des efforts; 10° enfin , les lèvres et le voile du

I06 DES BIOUVEMENS.

palais ne peuvent dans ce cas remplacer la glotte; car 5 comme l'a expérimenté M. Cloquetj on peut, en exerçant un effort , faire sortir par le nez la fumée dont on a auparavant rempli sa bouche.

On a adressé plusieurs objections à cette théorie. M. Fodéra a prétendu que la glotte ne se fermait pas pendant l'effort, à moins que celui-ci ne fût considérable , et qu'il s'échappait toujours une petite quantité d'air; expiration lente et graduée qu'il ne faut pas confondre avec les mouvemens brusques et interrompus d'inspiration et d'expiration dont nous avons parlé, et qui paraissent destinés à vivifier le sang trop long-temps privé d'air. M. Magendie a de plus fait remarquer que les chevaux corneurs dont on ouvre la trachée n'en étaient pas moins bons pour le trait, quoiqu'ils conservassent une canule débouchée dans la plaie. M. Kergaradec a fait des expériences sur lui-même, en produisant des efforts pendant lesquels il suspendait et accomplissait alternativement les mouvemens de la respiration ; il a remarqué que le résultat était à peu près le même relativement à la violence de l'effort : il y avait cependant une légère différence, qui était à l'avantage des contractions opérées pendant la suspension complète des mouvemens de la respiration. On peut dire que ces expériences de M. Kergaradec démontrent qu'avec un peu d'attention on peut se livrer à des efforts pendant que les phénomènes de la respiration s'accomplissent; mais elles ne prouvent pas que dans l'état ordinaire la glotte reste ouverte

chez une personne dont l'esprit n'est pas dirigé vers ce but.

On peut encore ajouter que dans cette théorie le diaphragme n'est considéré que comme servant à faire entrer l'air dans la poitrine par l'inspiration qui précède l'effort, et plus tard comme faisant l'office d'une soupape qui eq^ipéche les viscères d'être enfoncés dans la poitrine , tandis qu'il remplit encore un usage qui a été inconnu par la plupart des auteurs , et que Bichat a exprimé brièvement. Le diaphragme est l'antagoniste des muscles qui s'implantent sur la paroi externe de la poitrine, et par l'énergie de sa contraction il s'oppose à ce que les côtes soient entraînées en dehors, sens dans lequel les muscles extérieurs tendent à les porter. Il est sans doute aidé dans cette action par une série de muscles dont la contraction lutte contre celle des grands et petits pectoraux, grands dentelés, etc., je veux dire les deux plans de muscles intercostaux.

Il est facile de se rendre compte des différens phénomènes de l'effort. La tuméfaction de la gorge tient à la dilatation de la trachée-artère pressée excentriquement par l'air que renferme la poitrine; la réplétion des vaisseaux veineux est due à ce que les muscles en contraction expriment le sang qu'ils renferment et celui des veines intermusculaires; à ce que la suspension des mouvemens respiratoires arrête l'action aspirante de la poitrine sur le sang des veines; à ce que le cœur accélère ses baltemens, et pousse ainsi une plus grande quantité de sang

dans le système veineux. L'essoufflement qui suit des efforts long-temps prolongés a pour but de redonnerau sang les qualités artérielles altérées dans ce liquide par suite des troubles de la respiration.

Plusieurs accidens peuvent se produire pendant l'effort : la rate s'est quelquefois déchirée pendant le vomissement; la rupture du diaphragme a été vue un grand nombre de fois sur les chevaux, M. Percy, qui a décrit cet accident à l'article Diaphragme 5 du Dictionnaire des Sciences médi" cales j a observé un cas pareil chez un homme : dans tous les cas, la rupture du diaphragme est promptement mortelle; l'hémorrhagie cérébrale est assez fréquente; elle peut tenir à la stase du sang dans les vaisseaux du cerveau , et à l'accélération du cours du sang; la trachée-artère, distendue outre mesure, s'est éraillée , et l'air s'échappant par cette fissure a donné lieu à l'emphysème : c'est du moins la seule explication que l'on puisse donner du gonflement emphysémateux que l'on observe parfois au cou des femmes qui accouchent avec des efforts trop violens; la formation des hernies, ou leur étranglement, est l'accident le plus fréquent, l'explication en est trop simple pour que nous nous arrêtions à la donner.

Quoique le plus souvent les contractions musculaires d'où résulte l'effort se produisent sous l'empire de la volonté, il est des cas où elles paraissent entièrement s'y soustraire. C'est ce qu'on observe dans l'accouchement, dans certaines opé-

rations de taille ou de lithotritie, où l'on voit les contractions de l'utérus ou de la vessie entraîner irrésistiblement dans leur action celles des muscles des parois abdominales, du diaphragme , etc. Peut-on penser, avec Ch. Bell , que ces muscles qui se contractent ainsi convulsivement pendant l'effort, sont ceux qui reçoivent leurs nerfs du système des nerfs respiratoires?

L'innervation joue un grand rôle dans l'accomplissement des efforts; il ne diffère point , du reste, de celui que nous lui avons assigné en parlant des contractions musculaires ; seulement il doit y avoir une dépense plus grande de l'influx nerveux; car si nous prolongeons les efforts au-delà d'un certain temps ^ nous tombons bientôt dans un état d'épuisement considérable, et que le repos seul peut faire disparaître.

CLXXVII. De la station. Le corps des animaux renferme une suite de leviers mobiles les uns sur les autres , et qui seraient entraînés par les lois de la gravitation , s'ils n'étaient retenus par les puissances musculaires qui maintiennent le corps dans l'immobilité. C'est à cette immobilité que l'on donne le nom de station. Or, pour l'homme, il existe diverses positions qui constituent autant de stations différentes : telles sont la station debout ou verticale , la station horizontale ou le décubitus sur le dos , le ventre ou le côté ; la station sur les ischions ou assise ; la station à genoux , celle sur les mains. La station debout est celle dont

ÎÎO DES MOtrVÈMENS.

les physiologistes ont le plus étudié le mécanisme. Dans cette position redressée de toutes nos parties , la ligne perpendiculaire, passant par le centre de gravité du corps, doit tomber sur un point de l'espace que mesurent les plantes des pieds. La station est la mieux assurée possible , quand la ligne prolongée du centre de gravité (i) du corps tombe dans sa base de sustentation (c'est ainsi qu'on nomme l'espace circonscrit par les pieds, quel que soit leur degré d'écartement); mais cette ligne peut tendre à la dépasser ^ sans que pour cela la chute ait lieu, l'action musculaire rétablissant bientôt l'équilibre dérangé par son changement. S'il devient tel que l'extrémité inférieure de la ligne prolongée dépasse les limites de la base de sustentation , la chute est inévitable du côté vers lequel cette ligne est inclinée (2). Et c'est bien à tort que Willis a regardé comme une pré-

(1) Ce centre de gravité est placé, dans l'homme adulte, entre le sacrum et le pubis.

(2) a Quotiescumque linea propensionis corporis humani y> cadit extra iinius pedis innixi plantam , aut extra quadri- » laterunij comprehensum a duahus plantis pedum ^ impediri ■» ruina , à quocumque musculorum conatu , non potest. » Borelli, prop. 140.

La solidité de la station dépend donc , en partie , de la largeur des pieds et de leur écartement. Aussi est-elle bien plus vacillante lorsque nous nous soutenons sur un seul pied, et sommes-nous, dans cette circonstance, obligés à des efforts continuels pour que le centre de gravité ne dépasse point les limites étroites de sa base de sustentation.

DES MOUVËMENS. îtt

rogative des animaux de pouvoir se tenir debout dans cette circonstance.

Si le corps s'incline en arrière , et que la chute sur l'occiput devienne imminente , les muscles extenseurs de la jambe se contractent fortement, afin de prévenir la flexion de la cuisse , tandis que d'autres puissances ramènent en avant les parties supérieures , et redonnent à la ligne prolongée du centre de gravité une autre direction ; et si , à mesure que les extenseurs de la jambe entrent en action , son inclinaison augmente au point que rien ne soit capable de retenir le corps , que son propre poids entraîne vers le solj par un mouvement qu'accélère la vitesse de la chute, ces muscles redoubleront d'efforts pour la prévenir , et pourront , dans cette violente contraction, rompre en travers la rotule , comme je l'ai expliqué dans un mémoire sur les fractures de cet os.

Je crois utile d'insister sur le mécanisme de la station plus qu'on ne l'a fait jusqu'ici , parce que la connaissance exacte de ce mécanisme rend trèsfacile l'explication des mouvemens progressifs. La marche, la course, etc., exigent que le corps soit debout pour être exécutées : or, lorsqu'on saura par quelles forces le centre de gravité du corps se maintient droit sur le plan qui le soutient, on entendra aisément les manières différentes dont il change de place , en se transportant d'un lieu dans un autre.

CLXXVIII. La station serait pour l'homme un

IlO DES MOUVEMENS.

état de repos, si sa tête était dans un équilibre parfait sur la colonne vertébrale; si celle-ci, formant l'axe du corps, et supportant également dans tous les sens le poids des viscères abdoniinaux et thoraciques, tombait perpendiculairement sur le bassin horizontal , et eniin si les os des extrémités inférieures formaient des col<?nnes exactement superposées; mais aucune de ces conditions n'existe dans la machine humaine : l'articulation de la tête ne correspond point à son centre de gravité; les viscères thoraciques et abdominaux, les parois des cavités qui les contiennent pèsent presque exclusivement sur la partie antérieure de la colonne vertébrale , celle-ci repose sur une base oblique, et les os des extrémités inférieures, qui se touchent par des surfaces convexes et glissantes^ sont plus ou moins inclinés les uns sur les autres. Il faut donc qu'une puissance active (i) veille sans cesse à prévenir les chutes dans les-

(i) La station n'est pas, pour certains animaux, un état de travail et d'effort, comme pour l'homme. C'est ce que prouve le fait suivant, acquis par l'observation de M. Duméril.

Les oiseaux de rivage , et surtout les échassiers [grallœ , L.), comme les hérons , les cigognes , forcés de vivre au milieu des marais fangeux et des eaux bourbeuses , où se trouvent les reptiles et les poissons dont ils se nourrissent , ont depuis longtemps étonné les naturalistes par la longue immobilité dont ils sont capables dans l'état de station. Cette faculté singulière , si nécessaire à des êtres obligés d'attendre leur proie bien plus du hasard que de leur industrie , ils la doivent à une dispo-

DES MOUVEMENS. 1 ï3

quelles les entraîneraient leur poids et leur dî-^ rection.

Cette puissance réside dans les muscles extenseurs qui maintiennent nos parties dans une extension d'autant plus parfaite, et assurent d'autant mieux la station , qu'ils sont animés d'une force d'antagonisme plus considérable, et que nos organes, par leur disposition mécanique^ ont moins de tendance à se fléchir. La tète, dont le centre de gravité passe au-devant de son articulation avec la colonne vertébrale, est maintenue en équilibre par les puissances placées en arrière de cette articulation; elle représente donc un levier du premier genre. Les muscles qui l'empêchent de se fléchir sur la poitrine sont nombreux et puissans; ils constituent la masse charnue de la nuque. Insérés perpendiculairement sur le levier de la puissance, depuis le contour du trou occipital jusqu'à la protubérance de cet os, et à une distance assez grande du point d'appui, ils offrent les conditions les plus

sillon parliculicre de rarticulation de la jambe avec la cuisse. La facette du fémur, comme l'a vu M. Duméril sur les pâtes d'une cigogne ( ardea ciconia , L. ) , présente vers son milieu un creux dans lequel s'enfonce une saillie du tibia. Pour que la jambe se fléchisse , il faut que cette éminence se dégage de la cavité qui la reçoit ; ce qu'elle ne peut faire sans tirailler plusieurs ligamens , qui maintiennent ainsi la jambe étendue dans la station, le vol et les autres mouvemens progressifs , sans que les muscles extenseurs aient besoin d'y eon" tribuer.

Ïl4 BES MOUVEMENS.

favorables à leur action. Les muscles qui remplissent les gouttières vertébraies maintiennent à leur tour le rachis immobile sur le bassin. Ils sont aidés dans cette action par le long-dorsal et le sacro-lombaire, qui transmet médiatement son action aux vertèbres h l'aide des côtes, dont la projection en arrière, au niveau de l'attache de chacun des tendons du sacrolombaire, augmente le bras du levier de la puissance. Tous ces muscles agissent avec d'autant plus d'énergie, qu'ils sont insérés perpendiculairement sur les os, et que la longueur des apophyses épineuses transporte leur action plus loin du point d'appui.

La résistance que supporte la colonne vertébrale est considérable, puisqu'elle suspend, non-seulement la plupart des viscères thoraciques et abdominaux, mais encore les membres supérieurs : aussi la puissance^est-elie énorme. Les lombes renferment des masses charnues qui l'emportent en volume sur celles de tous les autres animaux; mais, malgré ces puissances actives, la station deviendrait bientôt insupportable, s'il n'existait pas une puissance passive, mais énergique, qui ^ à la manière d'un ressort élastique, opposât une action continue et toujours égale à l'action pareillement égale et continue de la résistance. Or, cette puissance, nous la trouvons dans la série des ligamens jaunes interposés aux lames des vertèbres. La station de la colonne vertébrale sur le bassin est semblable à celle des vertèbres les unes sur les autres 5 eu conséquence,

DES MOUVEMENS. I l5

nous n'avons pas à nous occuper de son mécanisme.

Si le bassin était partagé en deux parties latérales, chaque moitié formerait sur le fémur un levier du premier genre; les deux moitiés réunies forment donc un double levier du premier genre, et c'est à tort que plusieurs auteurs ont prétendu le contraire. En considérant que les articulations coxo-fémorales sont plus près du plan antérieur du bassin que du postérieur, et que c'est dans le centre de ces articulations qu'est le point d'appui, ce qui donne un bras de levier en apparence plus long en arrière qu'en avant; considérant, en outre, que la colonne vertébrale repose sur la partie la plus reculée du bassin, quelques personnes ont pensé que le tronc tendait à basculer en arrière sur le fémur, et qu'il était retenu par les muscles psoas iliaques , etc. ; d'autres, au contraire^ ayant égard à la grande obliquité du bassin, à ce que le poids des viscères abdominaux pèse principalement sur la partie antérieure de cette ceinture osseuse; considérant enfin ^ avec M. Magendie, que le bassin est tiré en haut par tous les muscles extenseurs de la colonne vertébrale qui, en dernière analyse, viennent prendre leur point d'insertion solide sur la partie postérieure ont pensé que, loin de tendre, de basculer en arrière, le bassin devait, avec le reste du tronc, être entraîné en devant , c'est pour prévenir cette flexion qu'existent les puissans muscles fessiers et ceux des tubérosités ischiatiques. On peut dire que toutes

n6 DES MOUVEMENS.

ces puissances musculaires servent à maintenir le bassin en équilibre sur le fémur, en ramenant à sa rectitude naturelle le centre de gravité que la plus légère inclinaison du tronc, soit en avant, soit en arrière, peut entraîner au-delà de la base de sustentation. On peut en dire autant des muscles qui environnent l'articulation du genou, et qui maintiennent le fémur sur le tibia. Cependant l'angle, saillant en avant, que forment ces deux os par leur rencontre, tendrait à s'accroître, si les extenseurs n'exerçaient une action beaucoup plus puissante que celle des fléchisseurs.

Le tibia, articulé avec la partie postérieure du pied auquel il transmet le poids de tout le corps, serait entraîné en avant sans l'action puissante des muscles du mollet. La projection en arrière du calcanéuni accroît leur énergie en augmentant la longueur du bras du levier sur lequel ils agissent. L'astragale transmet médiatement au sol le poids dont il est chargé par le calcanéum, le cuboïde , les deux derniers métatarsiens et les deux derniers orteils; d'un côté et de l'autre, par le scaphoïde, les trois cunéiformes, les trois premiers métatarsieus et les trois premiers orteils. îl n'est plus ici besoin d'aucune puissance musculaire pour assurer la station , puisque la ligne de gravité passe par un point quelconque du plan intercepté par les deux pieds. Cet exposé de l'application successive des puissances à chaque section du squelette, nous montre combien les auteurs se sont trompéS; quand

DES MOUVEMENS. un

ils ont placé presque partout des leviers du troisième genre , tandis que d^ns la station les os représentent des leviers du premiergenre,dontquelquesuns, ceux de la jambe et de la cuisse, par exemple, ont, ainsi que M. Gerdy l'a fait observer, une hauteur considérable et peu de longueur.

Dans les premiers temps de la vie, toutes nos parties sont peu favorablement disposées pour l'action des puissances qui opèrent la station; et de plus, comme nous l'avons vu(CLXV), ces puissances manquent d'un degré suifisant d'énergie pour équilibrer celles dont l'action leur est directement opposée.

La faiblesse relative des miuscles extenseurs n'est point le seul obstacle qui s'oppose à la station , dans les premiers temps de la vie : d'autres causes, dans l'examen desquelles nous allons entrer, concourent à priver le nouvel individu de l'exercice de cette faculté.

• L'articulation de la tête avec la colonne vertébrale étant plus prés de l'occiput que du menton, et ne correspondant point à son centre de gravité, il suffit de l'abandonner à son propre poids pour qu'elle soit entraînée sur la partie supérieure de la poitrine. Elle a d'autant plus de tendance à se fléchir, que son volume est plus considérable; et comme elle est, dans un enfant nouveau-né, très-grosse, proportionnellement aux autres parties du corps, et que ses muscles extenseurs partagent la débilité de tous les muscles de cette espèce, elle tombe sur la

Ïl8 DES MOUVEMENS.

partie antérieure du thorax , et entraîne le corps dans sa chute. Le poids des viscères thoraciques et abdominaux tend à produire le même effet.

L'accroissement procède des parties supérieures vers les parties inférieures. On pressent quels effets doivent résulter de cet accroissement inégal des parties relativement à la station. Les membres inférieurs, qui servent de base à tout l'édifice, étant très-peu développés à l'époque de la naissance, les parties supérieures, assises sur ces fondemens ruineux^ doivent tomber et les entraîner dans leur chute.

Le poids relatif de la tête, des viscères thoraciques et abdominaux, tend donc à entraîner en avant la ligne suivant laquelle toutes les parties du corps pèsent sur le plan qui le soutient, ligne qui doit tomber sur ce plan pour que la station soit parfaite. Le fait suivant vient à l'appui de cette assertion. J'ai observé que les enfans dont la tête est très-volumineuse, le ventre saillant et les viscères surchargés de sraisse, s'accoutument difficilement à se tenir debout; ce n'est guère qu'à la fin de leur deuxième année qu'ils osent s'abandonner à leurs propres forces ; ils restent exposés à des chutes fréquentes , et ont une tendance naturelle à reprendre l'état de quadrupède.

La colonne vertébrale, dans l'enfant, ne décrit point, comme dans l'adulte, trois courbures alternativement disposées en sens contraire. Presque droite, elle offre néanmoins, dans le sens de sa

longueur, une courbure légère, dont la concavité regarde en avant. Cette incurvation, qui ne peut être attribuée qu'à la flexion du tronc pendant la grossesse , est aussi d'autant plus marquée, que l'enfant est plus prés de l'époque de sa naissance.

La disposition de laseuie courbure qui existe favorise la flexion du tronc, et par conséquent l'inclinaison du 'centre en avant p et la chute dans ce sens. Cette inflexion de la colonne vertébrale, dans le fœtus et dans l'enfant, est analogue à celle que présente la même colonne chez plusieurs quadrupèdes (i).

Le désavantage qui résulte du défaut de courbures alternatives dans la colonne vertébrale de l'enfant, est rendu plus grand encore par le manque absolu d'apophyses épineuses. On sait que la principale utilité de ces éminences est d'écarter la puissance du centre des mouvemens des vertèbres, d'agrandir le bras de levier par lequel elle agit sur le tronc pour le redresser, et de rendre par-là son action plus

(i) Cette coTirbure est très-fortement prononcée dans le cochon. Le dos de cet animal présente une convexité tres-saillante; et cette disposition, nécessaire pour que la colonne -vertébrale puisse supporter le poids énorme de ses viscères abdominaux, a la plus grande influence sur le mécanisme de ses mouvemens progressifs. Lorsque quelque bruit l'jeffraie , il saute en bondissant j et i\ est facile de s'apercevoir qu'à chaque saut, la colonne épinière s'arque, puis se redresse, et qu'il hâte principalement sa course par la tension et le relâchement alternatifs de son arc vertébral.

efficace. A l'époque de la naissance, les vertèbres sont absolarnenldépourvues d'apophyses épineuses; elles s'élèveront par la suite de l'endroit où les lames de ces os sont unies au moyen d'une portion cartilagineuse qui complète postérieurement le canal vertébral. Les muscles érecteurs du tronc, affaiblis par sa flexion constante durant la gestation, perdent donc encore la plus grande partie de leur force par la manière défavorable dont ils s'appliquent à la partie sur laquelle ils doivent agir.

La flexion de la tête dépend non-seulement de son poids considérable, mais encore du défaut d'apophyses épineuses dans les vertèbres du cou , puisque les grands mou vemens de cette partie se passent bien moins dans son articulation avec l'atlas, que dans celles de toutes les autres vertèbres cervicales.

Le bassin de l'enfant est peu développé, son détroit supérieur très-oblique. Les viscères qui seront par la suite renfermés dans sa cavité se trouvent en grande partie au-dessus d'elle. Cette obliquité du bassin nécessiterait le redressement continueWe la colonne vertébrale, pour que la ligne prolongée du centre de gravité n'obéît point à la tendance naturelle qui l'incline en avant. D'un autre coté, la colonne vertébrale, reposant sur un bassin peu large, est établie d'une manière moins stable, et peut être plus facilement entraînée au-delà des limites de la base de sustentation. Enfin, le peu d'étendue du bassin , joint à son obliquité, fait que les viscères du bas-ventre, mal soutenus, tombent siir la partie

antérieure et inférieiire de ses parois, et favorisent la chute du corps dans le même sens.

La rotule, qui a le double usage d'affermir le genou au-devant duquel elle est placée, et d'augmenter la force effective des muscles de la jambe, en les écartant du centre des mouvemens de cette articulation , et en agrandissant l'angle sous lequel ils s'insèrent au tibia, n^existe point encore chez les cnfans nouveau-nés. La portion du tendon des extenseurs de la jambe, dans laquelle cet os doit se développer, est seulement d'un tissu plus serré, et présente une dureté cartilagineuse.

Du défaut de point d'appui résulte , pour la jambe, une tendance continuelle à se fléchir sur la' cuisse , et du parallélism.e de ses muscles extenseurs la perte complète de leur force effective. Alors leurs antagonistes entraînent ce membre dans une flexion d'autant plus considérable , qu'elle n'est qu'imparfaitement limitée par la portion tendineuse qui se trouve à la partie antérieure du genou.

La longueur du calcanéum, l'étendue par laquelle il dépasse postérieurement l'extrémité inférieure des os de la jambe, concourt à assurer la station, en alongeant le bras de levier par lequel les extenseurs du pied portent leur action sur cette partie; et comme, dans l'enfant qui vient d|^ naître, cet os plus court se prolonge moins en arrière, la force de ces muscles , dont l'insertion se fait très-prés du centre des mouvemens de l'articulation du pied, est considérablement diminuée,

La solidité de îa station est favorisée par plusieurs circonstances inhérentes au volume et à Tarrangement des leviers superposés. La colonne vertébrale est formée d'une série d'os, dont le corps va en augmentant de volume de la partie supérieure à l'inférieure; de telle sorte ^ que îa force de cette colonne va en augmentant à mesure que le poids de nouvelles parties s'ajoute à celui qu'elle supporte déjà. On peut signaler dans le rachis deux autres conditions de solidité. La première est due aux courbures qu'il présente, et qui lui assurent une résistance aux pressions verticales seize fois plus grande que s'il était rectiligoe; car il est démontré qu'une colonne élastique, courbée alternativement^ acquiert par-là une résistance égale au carré du nombre des courbures plus un . Cette loi doit trouver son application dans la colonne vertébrale, à laquelle les disques intervertébraux donnent^ par leur superposition , les caractères d'un ressort élastique.

La seconde condition de solidité est le résultat de la présence du canal vertébral; de la même manière que les canaux médullaires, à quantité de matière osseuse égale , augmentent la force des os longs. •

Le sacrum reçoit le poids des parties supérieures. Enchâssé entre les os des îles, on l'a comparé#la clef d'une voûte. Les puissans ligamens sacro-iliaques s'opposent à la disjonction des os du bassin. Épais dans sa partie supérieure , qui transmet le poids

du corps aux os des îles, le sacrum s'effile en bas, où il cesse de servir à cet usage.

La pression est transmise du sacrum au fémur par l'os des îles : elle se trouve décomposée en deux parties égales, d'où suit une solidité plus grande dans chaque os des îles qui ne supporte que la moitié du poids total : c'est le long du détroit supérieur que celui-ci est conduit au fémur ; c'est aussi la partie la plus dure, celle où le tissu compacte a le plus d'épaisseur. Le fémur reçoit le poids du corps par sa tête entourée d'une capsule fibreuse extrêmement épaisse; puis, son col, partie la plus faible de l'os, mais dont la résistance est accrue par une épaisseur plus grande dans le sens vertical, et par la disposition des lames osseuses qui le constituent, ainsi que l'ont démontré les différentes coupes faites par M. Bourgery.

L'épaisseur des os dans l'articulation fémorotibiale, la force des ligamens assurent la solidité de la station dans le genou. Le tibia transmet seul le poids du corps au pied. Sa résistance est très-grande; car il contient une grande quantité de substance compacte, et de plus, il est fortement prismatique, ce qui lui donne une solidité égale à celle d'un cylindre dans lequel les arêtes de ses plans seraient inscrites. Dans le pied , se rencontrent toutes les conditions qui peuvent assurer la solidité de la station : volume considérable des os, étendue des surfaces articulaires, force des ligamens; tout décèle dans cette extrémité de nos membres inférieurs

l'usage qui lui est confié de servir de support au reste de l'édifice.

L'homme a les pieds plus larges qu'aucun autre animal ^ et c'est à cette étendue plus considérable de sa base de sustentation qu'il doit, en grande partie, l'avantage de n'avoir besoin que d'un seul ou de deux de ses membres pour soutenir le poids de son corps dans la station et dans ses divers mouvemens progressifs, tandis que les autres mammifères ne peuvent se soutenir, au moins pendant un certain temps , qu'en s'appuyant sur trois de leurs extrémités. Lorsque je dis qu'à raison de l'étendue de ses pieds, l'homme est, de tous les animaux , celui dont le corps repose sur la base la plus large, je fais abstraction de l'espace que ces parties peuvent embrasser par leur écartement. En effet , cet espace , que les pieds peuvent circonscrire, est bien plus considérable pour les quadrupèdes que pour l'homme. La nature a compensé le désavantage qui naissait de la petitesse de leurs pieds par l'écartement de ces parties; et si, par cette disposition, elle a rendu chez eux la station bipède impossible , elle a convenablement assuré le mode de station qui leur est particulier.

Les pieds de l'orang-outang , qui , par la disposition générale de ses organes , présente avec l'espèce humaine une si frappante conformité, ressemblent a une main grossièrement organisée, plus faite pour s'accrocher aux arbres sur lesquels cet animal va chercher sa nourriture, que propre aux

usages que l'homme sait tirer de la sienne. Aussi la station sur deux pieds, qu'il affecte dans certaines occasions, n'est-elle pour lui ni la plus commode, ni la plus naturelle; et comme le dit un philosophe, d'après le témoignage de plusieurs voyageurs, si un danger pressant l'oblige à fuir ou à sauter, en retombant sur ses quatre pattes , il décèle bientôt sa véritable origine; il est réduit à sa juste mesure, en quittant cette contenance étrangère qui en imposait; et l'on ne voit plus en lui qu'un animal à qui son masque spécieux, ainsi qu'à beaucoup d'hommes , n'ajoute aucune vertu de plus.

Les pieds sont, de toutes les parties de l'enfant qui vient de naître, celles qui sont le moins développées : son corps est mal affermi sur cette base étroite; la ligne prolongée de son centre de gravité, que tant d'autres causes tendent à porter audelà de cette base, la dépasse d'autant plus aisément qu'elle a moins d'étendue.

La plupart des différences que nous venons d'examiner tiennent à la manière dont se fait la distribution des sucs nourriciers dans le fœtus. Les artères ombilicales rapportent à la mère le sang que l'aorte pousse vers les parties inférieures, et n'envoient au bassin et aux membres qui en naissent que de faibles rameaux. Aussi le développement, presque toujours proportionnel à la quantité du sang que reçoivent les organes, est-il très-peu avancé dans ces parties au moment de la naissance,

tandis que le développement de la tête, du tronc et des extrémités supérieures, est fort avancé.

L'enfant nouveau-né est donc analogue aux quadrupèdes par la disposition physique de ses organes. Cette analogie est d'autant plus marquée , que l'embryon est plus voisin de l'époque de sa formation ; et il me semble qu'on pourrait émettre comme une proposition générale, que les êtres organisés se ressemblent d'autant plus , qu'on les observe plus près de l'instant où ils ont commencé d'exister : les différences qui les caractérisent se prononçant à mesure qu'ils se développent, et devenant de plus en plus tranchées , à mesure que les actes de la vie se répètent dans les organes qu'elle anime.

La force inégalement répartie dans les puissances musculaires, et la disposition défavorable des parties auxquelles ces puissances s'appliquent, mettent donc l'enfant nouveau-né dans l'impossibilité de se maintenir debout, c'est-à-dire, de retenir la ligne moyenne de direction de son corps dans une situation rapprochée de la perpendiculaire par rapport au plan qui le soutient. Mais à mesure qu'il avance en âge, la prépondérance des muscles fléchisseurs sur les extenseurs cesse d'être excessive; le volume proportionnel de la tête, celui des viscères abdominaux et thoraciques diminue; les courbures de la colonne vertébrale se prononcent; les apophyses épineuses des os qui la composent se développent ; le bassin augmente de largeur et diminue d'obli-

qulté; la rotule s'ossifie; l'os du talon se prolonge davantage en arrière; la petitesse relative des pieds disparaît; l'enfant devient par degrés capable de se tenir debout, en ne touchant le sol sur lequel il appuie que par deux ou même un seul de ses membres; les yeux naturellement dirigés vers le ciel, noble prérogative dont , s'il fallait en croire Ovide (i), l'homme jouirait seul entre tous les animaux.

De tous les animaux, l'homme est le seul qui puisse se tenir debout et marcher dans cette attitude, lorsque ses organes sont suffisamment développés. Indiquons quelques-unes des principales causes qui lui assurent ce privilège.

CLXXÏX. Quoique l'articulation de la tête avec la colonne cervicale ne corresponde ni à son centre de grandeur, ni à son centre de gravité, qu'elle soit plus rapprochée de l'occiput que du menton , son éloignement de cette dernière partie est bien moindre chez l'homme que dans le singe et les autres animaux, dont le trou occipital, suivant la remarque de Daubenton , s'approche d'autant plus de l'extrémité postérieure de la tête, qu'ils nous ressemblent

(i) Os homini sublime dédit, cœlumqiie tueri

Jussit, et erectos ad sidéra tollere 'vultus.

Ces vers s'appliquent encore mieux au poisson désigné par les naturalistes sous le nom à'uranoscope. Ses yeux , dii'igés en haut, restent constamment tournés vers ie ciel, ou, pour mieux dire, vers le plan supérieur ; car le ciel des antipodes est sous nos pieds.

moins. Il s'en faut donc de bien peu que la tête ne soit en équilibre sur la colonne qui la soutient; au moins il n'est besoin , pour l'assurer dans sa position ^ que de puissances bien moins considérables, tandis que la tête du quadrupède, qui tend sans cesse à s'incliner vers la terre, devait être retenue par une cause capable d'une grande et continuelle résistance. Cette cause, on la trouve dans le ligament cervical postérieur, si remarquable chez ces animaux, s'attachant aux apophyses épineuses des vertèbres du cou , et à la crête occipitale externe, bien plus saillante chez eux que dans l'espèce humaine, où le ligament cervical postérieur se trouve remplacé par une simple ligne cellulaire qui sépare les deux moitiés symétriques de la nuque.

Les courbures alternatives de la colonne vertébrale, la largeur du bassin et des pieds, la force considérable des extenseurs du pied et de la cuisse (i), etc., toutes ces conditions favorables que réunit l'homme manquent aux animaux; mais, de même que chez ces derniers tout concourt à rendre la station sur deux pieds impossible, de même tout dans l'homme est disposé de manière à rendre très-difficile l'appui sur les quatre membres. En effet, indépendamment de la grande inégalité qui existe entre les membres supérieurs et infé-

(i) Ces muscles forment le mollet et la fesse; chez aucun animal, ces masses charnues ne sont plus saUlanles que chez l'homme.

rieurs, différence de longueur qui-^ étant d'autant moins sensible que Ton est moins avancé en âge, rend, chez les enfans, la marche sur les mains et les pieds moins incommode : ces quatre membres sont loin de fournir au corps un appui également solide. Les yeux, naturellement tournés en avant, se trouvent dirigés vers la terre, et ne peuvent plus embrasser une assez grande étendue, etc.

Il est donc impossible d'admettre avec Barthez que l'enfant soit naturellement quadrupède dans l'enfance, puisqu'il n'est alors qu'un bipède imparfait, ni qu'il puisse marcher à quatre pattes pendant toute sa vie, si l'on ne corrige cette habitude qu'il contracte pendant ses premières années (i).

(i) Est-11 nécessaire de réfuter sérieusement les sophismes qu'un grand nombre de philosophes, complètement étrangers aux connaissances anatomiques , ont fait valoir contre la destination de l'homme à la station bipède ? La structure des organes locomoteurs, ainsi que nous l'avons vu, qui s'accommode si admirablement avec cette position, deviendrait absurde dans la station sur quatre membres. Faut-il ajouter qne les yeux dirigés vers le sol cesseraient de nous faire connaître les corps placés devant nous, même à une petite distance; que les odeurs s'élevant de la terre, ne rencontreraient pas favoiàablement l'orifice des fosses nasales; que l'ouverture de la bouche , tournée en bas, laisserait échapper les alimens contenus dans son intérieur, etc. Ne poussons pas plus loin cette discussion futile : quand les habitudes de tous les temps et de tous les lieux concordent avec l'organisation , il faut croire qu'elles sont na '. turelles , et non le fruit de l'éducation,

l3o DES MOUVEMENS.

CLXXX. On a peu ajouté à ce qu'a dit Galien, dans son admirable ouvrage sur la structure des parties, concernant les avantages respectifs qui sont attachés à la conformation et à la structure particulière des membres supérieurs et inférieurs. Il est très-facile de voir qu'en conciliant , autant qu'il était possible j les élémens de la force et de la mobilité , îa nature a fait prédominer la première dans la structure des extrémités inférieures , tandis qu'elle a sacrifié la force à la facilité, à la précision , à l'étendue et à la promptitude des mouvemens dans la construction des extrémités supérieures.

Pour s'en convaincre^ il suffit de comparer sous les deux rapports (i)^ de la résistance dont ils sont capables j et des mouvemens qu'ils peuvent permettre, le bassin à l'épaule, le fémur à l'humérus , la jambe à l'avanî-bras, et le pied à la main.

Vus lorsque leurs os sont recouverts par les parlies molles, les membres inférieurs présentent un cône, ou une pyramide renversée, ce qui paraît d'abord contraire au but que s'est proposé la nature : mais, si l'on dépouille les parties osseuses des chairs qui les entourent, on s'aperçoit que ces appuis solides figurent une pyramide dont la base est en bas formée par le pied, et qui diminue de largeur à

(i) Voyez les considérations anatomiques sur le col du fémur , que j'ai placées dans ma îlièse inaugurale : Dissertation anatomico- chirurgicale sur la fracture du col du fémur. Paris, 1779.

DES MOUVEMENS. l3l

mesure qu'on s'élève tie la jambe ^ formée par l'assemblage de deux os, à la cuisse qui n'en contienî: qu'un seul.

Si l'on recherche pourquoi les extrémités infé- \ Heures sont formées de plusieurs pièces détachées et superposées , on trouve qu'elles sont par-lk bien plus solides que si elles étaient faites d'un seul os; car, d'après un théorème démontré par Euler(i), deux colonnes de même substance et de même diamètre ont des solidités qui sont en raison inverse des carrés de leur hauteur, c'est-à-dire que, de deux colonnes de même substance, de même diamètre et d'inégale hautem^, la plus petite est la plus forte.

Les os longs, dont l'assemblage constitue l'extrémité inférieure , sont intérieurement creusés

(i) Methodus invenieîidi lineas curvas.

Aussi la nature a-t-elle multiplié ces colonnes dans les extrcmitcs des quadrupèdes , en relevant leur talon et les diverses parties du pied , dont elle a alongé les os pour en faire autant de jambes secondaires. Ces colonnes nombreuses , placées les unes au-dessus des autres , sont alternativement inclinées , et habituellement fléchies chez les quadrupèdes légers à la course, et dans les sauteurs, le lièvre, l'écureuil, par exemple j tandis que dans le bœuf, et surtout dans l'éléphant, elles sont toutes sur la même ligne verticale , de manière que la masse énorme du dernier de «ces animaux se trouve supportée sur quatre piliers, dont les pièces, peu longues, sont si peu mobiles les unes sur les autres , que , comme l'observe Barthez , saint Basile a partagé l'erreur de PJine, d'Élien et de plusieurs écrivains de l'antiquité , qui disent qu'il n'y a point d'articulation dans les jambes de ce monstrueux animal.

\?)2 DË5 MOUTEMENS.

(l'un canal qui augmente encore leur solidité; car, suivant un aolre théorème expliqué par Galilée (i) , deux colonnes creuses, de mÔQie substance, de même poids et de .môme longueur, ont des forces qui sont entre elles comme les diamètres de leurs excavations intérieures.

La largeur des surfaces par lesquelles se correspondent les os des extrémités inférieures^, concourt puissamment à les affermir, lorsque, dans l'état de station , ces os sont verticalement redressés. Aucune articulation ne se fait par des surfaces plus étendues que celle du fémur avec le tibia et la rotule; aucune, parmi les orbiculaires ^ ne présente entre les os àes points de contact plus multipliés que l'articulation de l'os de la cuisse avec ceux du bassin. Le professeur Barthez dit que, le corps étant debout, la tête à\x fémur et la cavité cotyloïde de l'os innominé, qui reçoit cette tête, ne se touchent que par des surfaces peu étendues. Mais je pense, au contraire, que , dans aucune situation possible , le contact mutuel àes deux os n'est plus complet : la ligne moyenne de direction de la partie supérieure du fémur est alors exactement perpendiculaire à la surface de la cavité cotyloïde , qui embrasse et touche par tous ses points l'éminence presque sphérique de cet os.

CLXXXL L'état de station ne suppose pas une

(i) Opéra, tome II.

DBS MOUVEMENT. l33

immobilité parfaite; il s'accompagne, au contraire, de mouvemens de Yacillation d'autant plus marqués j que l'individu a moins de force et de vigueur. Ces agitations continuelles, quoique peu sensibles dans un homme qui se tient debout, dépendent de ce que les extenseurs , ne pouvant long-temps persévérer dans une contraction soutenue, se relâchent momentanément ; et les instans de repos des extenseurs sont d^autant plus fréquens que l'individu est plus faible.

Quelques physiologistes ont donné de la station une idée fort inexacte, en la faisant dépendre de l'effort général des muscles : les extenseurs seuls sont véritablement actifs ; les fléchisseurs , bien loin d'y contribuer , tendent , au contraire , à déranger le rapport nécessaire entre les os pour que cet état soit permanent et durable. Ceci explique pourquoi la station entraine bien plus de fatigue que la marche, qui exerce et laisse alternativement en repos les muscles extenseurs et fléchisseurs des membres.

On peut cependant dire que, pour l'assurer mieux, nous contractons quelquefois à un degré modéré les fléchisseurs eux-mêmes ; alors cette grande partie de la force réelle des muscles, qui agit suivant la direction même des leviers qu'ils doivent mouvoir , et qui est complètement perdue dans les divers mouvemens qu'ils impri^ient , se trouve utilement employée pour rapprocher \os extrémités articulaires, les serrer

i34 , BES MOUVEMENS.

fortement les unes contre les autres, et maintenir leur superposition exacte , nécessaire à la rectitude du corps. Personne 5 que je sache, n'avait encore parlé de cet emploi de la portion la plus considérable des forces musculaires ^ que l'on croyait complètement perdue par la disposition défavorable des organes progressifs.

La ligne suivant laquelle toutes les parties du corps pèsent sur le plan qui le soutient a plus de tendance à s'incliner en avant qu'en arrière (î), et les chutes sur le plan antérieur sont les plus communes et les plus faciles. Aussi le pied offre-t-il une projection en avant considérable pour agrandir dans ce sens la base de sustentation , et la nature a-t-elie dirigé de ce côté les mouvemens des mains , que nous portons en avant pour graduer les chutes, prévenir les chocs trop violens, et en affaiblir l'effet. En même temps elle a multiplié les moyens protecteurs vers les côtés que les mains ne peuvent garantir. Ainsi, elle a donné plus d'épaisseur à la partie postérieure du crâne ; la peau

(i) Cette tendance est bien moins marquée dans les hommes maigres et de liaute stature. On observe que la plupart de ces individus marchent courbés, ou le dos en voûte, moins encore en vertu de l'habitude qu'ils contractent de se baisser, que pour empêcher le centre de gravité de se porter en arrière. Les femmes enceintes , les hydropiques , toutes les personnes qui ont beaucoup d'embonpoint, s'inclinent, au contraire, dans ce dernier sens par une raison diamétralement opposée et facile à expliquer.

DES MOUVEMENT. l35

qui recouvre la nuque et le dos a une densité bien plus grande que celles des parties antérieures^ L'omoplate s'ajoute aux côtes , et défend la partie postérieure de la poitrine ; la colonne épinière régne dans toute la longueur du dos; les os du bassin déploient en arrière toute leur largeur , etc.

Les chutes sont d'autant plus graves , que les articulations sont, au moment où elles arrivent , dans un état d'extension plus parfaite ; celles de l'enfant, qui tient ses membres dans un état de flexion habituelle , sont bien moins dangereuses que celles d'un adulte fort et robuste, dont le corps tombe tout d'une pièce y si je puis me servir de cette expression. Celle que font les patineurs en courant sur la glace sont souvent mortelles , par la fracture du crâne , qui , placé à l'extrémité d'un long levier formé par tout le corps, dont les articulations sont étendues , va frapper le plancher glissant et solide avec une quantité de mouvement qu'augmente encore la vitesse de la chute.

Nous avons vu plus haut que les échassiers se tiennent long-temps debout , sans efforts , au moyen d'une mécanique particulière à l'articulation du tibia avec le fémur 5 mais tous les autres oiseaux ont besoin d'employfr l'action musculaire pour se maintenir dans l'état de station , si toutefois l'on en excepte le temps de leur sommeil. La plupart, comme on sait, dorment perchés sur une branche, que les doigts de leurs pattes serrent avec force : or, cette constriction , par laquelle ils de-

ï36 XiES MO¥VÊMENS.

meurent accrochés à leur support, est un résultat nécessaire de la manière dont les tendons des fléchisseurs des doigts descendent le long des pattes. Ces tendons passent derrière l'articulation du talon ; un muscle , qui vient du pubis , se joint à eux en passant au-devant du genou, en sorte qu'il suffit que l'oiseau s'abandonne à son poids pour que learticulatîons , devenant saillantes du côté vers les quel les tendons sont placés, écartent ceux-ci de la direction verticale, les tiraillent^ les^ alongent , les forcent d'agir sur les pattes, dont les doigts serrent mécaniquement, et embrassent étroitement la branche sur laquelle il est perché. Borelli est le premier qui ait vu clairement et raisonnablement expliqué ce phénomène (i.).

GLXXXIL Quoique la station sur deux pieds soit la plus naturelle à l'homme, il peut se tenir debout sur un seul. Dans cette position, le poids du corps n'étant plus transmis qu'à un seul fémur , le bassin tend à basculer du côté non soutenu; les muscles petit et moyen fessier et tenseur de l'aponévrose crural s'opposent à ce mouvement, et leur contraction est d'autant plus énergique , que le col du fémur accroît en dehors l'étendue du bras de levier sur lecynel agissent les deux premiers. Cette situation est toujours fatigante par l'inclinaison

(i) De motu animalium , Prop. i5o. Quœritur quare aves stando , ramis arborum comprehensis , quiescunt et dormiunt absque ruina, Tab. ji , fig. 7.

DBê MOUTBMENS. l37

forcée du corps du côté du membre qui appuie sur le sol, et l'effort de contraction nécessaire pour maintenir cette inflexion latérale. La difficulté devient plus grande, si, au lieu d'appuyer ♦ toute la largeur de la plante d'un seul pied , nous voulons nous soutenir sur son talon ou sur sa pointe; la base de sustentation est alors tellement étroite , que tous les efforts ne peuvent maintenir long-temps le centre de gravité dans la situation requise.

Quant au degré d'écartement et à la direction des pieds dans lesquels la station est la plus assurée possible, les physiologistes ne sont pas d'accord à ce sujet. Parent prétend qu'ils doivent avoir leur pointe dirigée en dehors, Barthez en dedans; Bichat dit qu'ils doivent être parallèles: nous pensons que cette position est en effet la meilleure. Ainsi, lorsque les pieds circonscrivent un carré parfait, c'est-à-dire, lorsque leur longueur étant supposée de neuf pouces ^ chaque côté de la figure quadrilatère a cette étendue, la station est la plus ferme qu'on puisse concevoir. Cependant nous sommes loin de garder ou de prendre cette position pour prévenir les chutes. Le lutteur qui veut terrasser son adversaire écarte les pieds bien davantage; mais alors il perd d'un côté ce qu'il gagne dans un autre sens ; et supposant qu'il écarte les pieds de. trente-six pouces , suivant une ligne transversale , il faudra employer beaucoup plus de force pour le renverser sur le

l38 DES MOUVEMENS.

côté; mais il en faudra beaucoup moins pour le faire tomber en avant ou en arrière. Aussi un des grands principes de cet art gymnastique est de ramener les pieds médiocrement écartés dans la ligne de l'effort prévu , auquel il s'agit de résister. ,

On peut rapprocher de la station l'attitude sur les genoux et l'attitude assise.

Dans la première , le poids du corps porte sur les genoux , et nous sommes forcés de ramener le tronc en arrière , afin de reporter le centre de gravité sur le milieu des jambes . Aussi , lorsque nous manquons d'un appui antérieur 5 cette posture est-elle extrêmement pénible^ et ne pouvons-nousla garder longtemps. Nous avons dit, dans un autre ouvrage, que la génuflexion rendait les moines très-sujets aux hernies, les viscères abdominaux se trouvant poussés contre la partie antérieure et inférieure de l'abdomen par le renversement du corps en arrière (i).

Dans l'attitude assise, le poids du corps portant sur les tubérosités ischiatiques , il faut bien moins d'efforts que dans la station sur deux pieds. La base de sustentation est très-agrandie 3 et quand le dos est appuyé, presque tous les muscles extenseurs employés à la station se trouvent inactifs.

CLXXXill. Du coucher, cubitus. Tous les auteurs qui, à l'exemple de Borelli, onttraité ex prO' fesso de la mécanique animale, tous les physiologist es qui, comme Haller,ont exposé avec une certaine

(i) Nosographie et Thérapeutique chirurgicales.

DES MOUVEMENS. iSg

étendue le mécanisme de la station et des mouvemens progressifs, ont complètement négligé la considération statique du corps cLe l'homm'e en repos j abandonné à son propre poids dans le coucher sur un plan horizontal. L'objet des considérations suivantes est de remplir cette lacune. Rappelons d'abord que le coucher sur un pian horizontal est la seule attitude dans laquelle tous les muscles locomoteurs réparent le principe de leur contractilité épuisé par l'exercice; la station immobile n'a que l'apparence du repos, et les contractions persévérantes qu'elle exige fatiguent davantage les organes musculaires que les contractions alternatives par lesquelles s'exécutent les divers mouvemens progressifs.

Le corps de l'homme, étendu sur un plan horizontal, repose dans quatre positions, suivant qu'il porte sur le dos, sur le ventre ou sur l'un des deux côtés. Les Latins exprimaient les deux premières situations par les termes de supination et de pro" nation(^i). Ils n'avaient aucun mot particulier pour indiquer le coucher sur les côtés (2).

Le coucher sur le côté droit est la position la plus ordinaire , celle que nous gardons pendant le sommeil, et dans laquelle nous le goûtons le plus longtemps et le plus volontiers. Un très-petit nombre

(ï) Cubitus supinus y Plin., cubitus prorius ; Cicér. , cubare infaciem; Juvén. , supinus -vel pronus jacere.

{2)Dextro vel lœvo latere cubare f cubitus in latus, PlinCr

l4o DE« MÛUVEMENS.

d'hommes, à moins que rhabîtude ne les y porte, se couchent sur l'autre côté. La préférence que nous accordons généralement au côté droit se fonde sur deux motifs. Lorsque le corps repose sur le côté opposé, le foie, viscère volumineux, très-lourd et mal assujéti dans Fhypocondre droit , pèse de tout son poids sur l'estomac et entraîne le diaphragme : de là résulte une gêne et des tiraillemens qui empêchent de garder long-temps la même posture, ou troublent le sommeil par des songes pénibles; ensuite l'estomac de l'homme offre un canal dans lequel le cours des matières est obliquement dirigé de haut en bas et de gauche à droite^ l'orifice droit ou pylorique de l'estomac est beaucoup moins élevé que son orifice gauche ou cardiaque: le coucher sur le côté droit favorise donc la descente des alimens, qui^ pour passer dans les intestins, ne sont pas obhgés de remonter contre leur propre pesanteur , comme il arriverait si l'on était couché sur le côté gauche. Cesdeux causes anatomiques exercent leur influence sur le plus grand nombre des hommes; et s'il en est qui contractent l'habitude de se coucher sur le côté gauche, on est fondé à soupçonner l'existence de quelque vice organique ou d'une cause accidentelle qui les engage comme par instinct à choisir cette position.

Supposons un épanchement sanguin , aqueux ou purulent, formé dans le sac de la plèvre du côté gauche/Le malade se couche sur ce côté afin que le poids de son corps ne s'oppose pas à la dilatation du

DEfl MOUVEMENS. I^F

côté .sain de la poitrine. Les parois de cette cavité ne s'éloignent point également de son axe; la pression que ie corps exerce sur le plan de sustentation empêche l'écartement des cotes^soit comme obstacle mécanique au déplacement de ces os, soit en engourdissant la contractilitédes muscles inspirateurs, tous plus ou moins comprimés. Or, comme le poumon sain doit suppléer au poumon malade, rien ne serait plus contraire que de produire de ce côté, par une mauvaise position , une gêne égale à celle qu'occasionne la maladie du côté opposé.

On a cru long-temps, et l'on enseigne encore que, dans les épanchemens thoraciques, les malades se couchent sur le côté même de l'épanchement, pour empêcher que le liquide épanché ne pèse sur le médiastin, et ne le pousse sur le poumon opposé, dont il empêcherait le développement. Les expériences suivantes démontrent assez la fausseté d'une telle supposition.

J'ai produit des hydrothot\ix artificiels en injectant d'eau la poitrine de plusieurs cadavres, au moyen .d'une plaie faite à l'un de ses côtés. Cette expérience ne peut se. faire que sur les cadavres dont les poumons sont libres d'adhérence avec les parois de la poitrine; et le nombre en est plus petit qu'on ne l'imagine. L'on fait entrer ainsi depuis une jusqu'à trois et quatre pintes de liquide. J'ouvrais ensuite avec précaution le côté opposé de la poitrine : les côtes enlevées et le poumon déplacé permettaient de voir dislinctement la cloison du médinstin tendue

î42 DES MOUVEMENS.

de la colonnevertébrale au sternum 5 etsupportant, sans céder, le poids du iiquide, quelle que fût la position dans laquelle les cadavres fussent placés.

C'est donc bien évidemment pour ne pas empêcher la dilatation de la portion saine de l'appareil respiratoire, dont une partie est déjà condamnée à l'inaction , que les malades, dans les épanchemens thoraciques, se couchent toujours sur le côté même de l'épanchement : c'est pour la même raison , à laquelle s'ajoute le motif de ne point augmenter la douleur par le tiraillement de la plèvre enflammée, que les pleurétiques se couchent sur le côté douloureux. La même chose s'observe dans les péripneumonies , en un mot, dans toutes les affections douloureuses des poumons et des parois de la poitrine.

Le coucher sur le dos, peu ordinaire dans l'état de santé, est naturel dans plusieurs maladies. ïl indique généralement une faiblesse plus ou moins grande des muscles inspirateurs. Les puissances contractiles qui président à la dilatation de la poitrine, frappées d'adynamie dans les fièvres de mauvais caractère ou par suite d'une fatigue excessive , n'effectuent qu'incomplètement cette dilatation. Cependant une quantité déterminée d'air atmosphérique doit être admise à chaque instant dans les poumons, et la faiblesse générale serait augmentée , si la respiration n'imprégnait pas le sang d'une quantité suffisante d'oxigène : les malades choisissent donc la position dans laquelle la dilatation de la poitrine est

DES MOUVEMENS. , l43

plus facile pour ses muscles affaiblis. La paroi postérieure^ sur laquelle le corps repose dans le coucher sur le dos, est presque inutile à l'ampliation de la cavité. Les côtes , dont le centre des mouvemens est dans l'articulation avec la colonne vertébrale, sont presque immobiles en arrière, et la mobilité de ces os augmente avec la longueur du levier qu'ils représentent; de sorte que nulle part elle n'est plus grande qu'à l'extrémité antérieure, terminée au sternum. Ainsi le coucher sur le dos offre le double avantage de ne gêner aucun des muscles inspirateurs, et de ne s'opposer au mouvement des côtes que dans la portion où ces os ont le moins de mobilité. Le coucher en supination {decubitus supinus) est un des symptômes caractéristiques de la fièvre putride ou adynamique, du scorbut, et de toutes les maladies dont la débilité des parties contractiles forme le principal caractère. Les personnes fatiguées par une longue marche ou par tout autre exercice se couchent dans cette position , et ne la quittent qu'au moment où le sommeil a suffisamment réparé la perte de la contractilité.

Le coucher sur le ventre a des effets diamétralement opposés. La dilatation de la poitrine se trouve empêchée dans le lieu où la charpente osseuse est douée de la mobilité la plus grande; les viscères abdominaux sont d'ailleurs refoulés vers le diaphragme, dont ils gênent l'abaissement : aussi cette position est-elle peu ordinaire. La possibilité 'de la conserver pendant le sommeil n'existe que

l44 I^ES MOUVEMENS.

pourlcs personnes très-fortes; et iors même qu'elles S'endorment dans cette position , elles se réveillent bientôt d'un sommeil troublé par des songes pénibles, éprouvant ce sentiment d'angoisses connu sous le nom àHncube. Nous prenons quelquefois cette position lorsque nous voulons restreindre l'étendue de la respiration, et par conséquent diminuer l'excitation intérieure durant l'ardeur d'un accès fébrile, par exemple.

Les diverses positions du coucher étant principalement relatives à la plus ou moins grande facilité de la respiration, les enfans très-jeunes et les personnes avancées en âge préfèrent le coucher sur le dos, situation qui, comme nous l'avons vu précédemment , est la plus favorable aux mouvemens respiratoires. La respiration, comme toutes les autres fonctions de l'économie animale, à l'exception de la circulation et des phénomènes qui lui sont immédiatement subordonnés; la respiration, dis-je, a besoin d'une sorte d'éducation; elle ne s'exécute que faiblement dans les premiers temps de la vie; ce n'est qu'au bout d'un certain nombre d'années, et lorsque les muscles respirateurs, d'abord minces et débiles, se sont fortifiés par l'effet même de leur action , que la poitrine se dilate avec facilité, et que le poumon jouit du plein exercice de ses facultés. Jusque-là l'agrandissement de la cavité, l'amplialion du poumon ne s'effectuait que d'une manière incomplète; l'enfant ne pouvait pas même se débarrasser, par la sputation, àes matières •

tïiUqlieuses dont ses bronches sont sujettes a s'emplir, et qui rendent ie catarrhe puhniODaire si grave dans le premier âge de la vie. De même, chez le vieillard, les muscles, affaiblis et revenus à cette débilite relative de l'enfance, font de vains efforts pour désobstruer les voies aériennes des mucosités dont elles s'engouent dans le catarrhe suffocant. Les phénomènes mécaniques de la respiration sont donc également difficiles chez l'enfant, par la faiblesse des muscles, long-temps inactifs j chez le vieillard , par l'affaiblissement des mêmes organes et le durcissement des cartilages : aussi le coucher sur le dos est-il la position la plus familière à ces deux termes éloignés de la vie, mais avec une différence assez remarquable qu'il s'agit maintenant d'apprécier.

Dans les considérations précédentes, nous avons toujours supposé le corps de l'homme étendu sur un plan parfaitement horizontal. îl est cependant rare que l'on repose sur un plan ainsi dirigé; presque tous les hommes, et surtout les personnes avancées en âge, ont besoin que le plan offre une certaine inclinaison, et que la tète soit plus ou moins élevée, sans quoi^le cerveau deviendrait le siège d'une congestion sanguine mortelle. Les enfans, au contraire, négligent cette précaution sans danger, soit parce que chez eux les propriétés vitales, plus énergiques, balancent mieux l'empire des lois physiques, en s'opposa«t plus invinciblement aux effets de la gravitation , soit par la raison 3. ^ 10

l46 PES MOUVEMENS.

que les parois des artères intérieures du crâne ont, chez les enfans très-jeunes, une épaisseur relative, et par conséquent une force plus considérable. L'extrême disproportion qui existe chez les adultes, pour l'épaisseur des parois, entre les artères cérébrales et celles d'un calibre égal, observées dans les autres parties du corps, est peu de chose dans l'enfance; et cette différence anatomique, que j'ai plusieurs fois reconnue dans les dissections, n'estelïe pas une des principales causes qui décident dans la vieillesse l'apoplexie, à laquelle l'enfant n'est point sujet?

L'on sait que l'agrandissement de la poitrine s'opérant surtout par l'abaissement du diaphragme, les personnes qui ont fait un repas très-copieux, les hydropiqaes, les femmes enceintes, ne peuvent goûter le repos qu'à la faveur d'un plan incliné; de sorte que, la poitrine étant très-relevée, et l'individu comme assis^ le poids des viscères abdominaux les entraîne contre la paroi inférieure, et fait que leur masse ne s'oppose point à l'abaissement du diaphragme.

Il nous resterait maintenant à examiner quelle est la posture dans laquelle le corps repose avec la moindre fatigue. Cette étude, peu importante pour le médecin, serait d'un grand prix pour les arts qui ont pour objet la nature imitée. C'est pour l'avoir négligée que, dans les productions de nos peintres, de nos sculpteurs, nous voyons souvent des figures qui , livrées au repos, sont posées dans

DES MOUYEMENS. l47

des attitudes si fausses ou tcllemenl pénibles, que, pour les conserve!', eiles devraient essuyer la plus grande fatigue et faire les plus grands efforts.

CLXXXIV. Mouvemens progressifs de la marche. La marche , la course et le' saut sont liés par beaucoup de nuances intermédiaires, de façon qu'il est difficile de les distinguer. Il est en effet trés-peu de différence entre marcher d'une certaine manière ou courir; et la course s'effectue, le plus souvent, par le mécanisme compliqué de la marché et du saat. Dans le marcher le plus naturel, nous mettons premièrement le corps en équilibre sur l'un des deux pieds, en l'inclinant de ce côté; puis, fléchissant le pied opposé sur la jambe, celle-ci sur la cuisse et la cuisse sur le bassin , nous raccourcissons cette extrémité; nous la portons en même temps en avant; nous étendons ses articulations fléchies; nous inclinons le corps en avant^ et le pied vient s'appuyer solidement sur le sol du talon vers la pointe; nous reportons le centre de gravité dans cette direction : la jambe restée en arrière est détachée du sol par la contraction ùqs muscles du mollet; le pied se relève, en faisant un demi-cercle du talon vers la pointe , et dans ce mouvement il presse le sol de manière à pousser le tronc en avant: si le sol est glissant, le pied fuit en arriére à la surface, et nous marchons difficilement. Quand cette jambe est soulevée , nous la rapportons sous le bassin; puis, faisant exécuter les mêmes mouvemens à ce membre, nous mesurons l'espace d'autant

i48 ÊÎ^S MOUYEMENS*

plas 'vîté^ en y employant d^àllieurs des fôi'oeë égales^ que ies leviers sur lesquels le centre de gravité se trouve alternativement porté, ont une longueur plus considérable. Il en est ici du poids du corps relativement aux membres inférieurs comme de celui d'un char qui passe successivement sur les divers rayons de ses roues.

Le centre de gravité ne se meut point suivant ime ligne droite , mais entre deux parallèles, dans l'intervalle desquelles il décrit des obliques qui Tont de l'une à l'autre, en formant de Véritables zîg-zags. La direction oblique du col des fémurs explique les vacillations latérales du corps pendant la marche; les bras, qui se meuvent en sens contraire des membres inférieurs, font l'office de balanciers, conservent l'équilibre, et corrigent les ■vacillations, qui seraient bien plus marquées, si les cols des fémurs, au lieu d'être obliques, avaient une direction horizontale. Les impulsions qu'ils communiquent au tronc se contre-balancent réciproquement, et celui-ci se meut dans la diagonale d'un parallélogramme dont il formerait les côtés. Cette rectitude de direction dans la marche est constamment altérée; et si la vue ne nous faisait apercevoir de loin le but auquel nous devons tendre , nous nous en éloignerions considépablement. Un homme dont on bande les yeux, placé au milieu d'un champ vaste et carré^ croit, pour en sortir, marcher en ligne droite , et va gagner un des angles. C'est presque constamment du côté gauche

DES MOUYEMENS. l/jQ

que l'on dévie, l'extrémité inférieure droite, plus forte , poussant le poids du corps sur le côté opposé. Les boiteux s'écartent bien davantage de la direction droite, en déviant du côté de la jambe raccourcie. Toutes ces agitations, qui rendent leur démarche si remarquable, tiennent au besoin qu'ils ont de travailler beaucoup et sans relâche pour empêcher le corps d'obéir à son poids et h îa force de l'extrémité saine qui le pousse sur le côté malade. Le corps éprouve à chaque pas un mouvement d'élévation et d'abaissement : le premier répond au moment où le pied se détache du sol ; il est facile de s'en assurer en voyant les mouvemens de l'ombre d'une personne qui marche le long d'un mur.

La largeur des pieds, un degré médiocre d'écartement de ces parties, assurent îa marche, en offrant un support plus étendu au centre de gravité. Aussi, lorsque nous marchons sur un plancher mobile et peu sûr, écartons-nous ces supports, afin d'embrasser une plus grande base de sustentation. Les hommes qui ont long-temps navigué , contractent même tellement l'habitude de cet écartement des pieds, nécessaire pour se soutenir au milieu du roulis des vaisseaux, qu'ils ne peuvent s'en défaire lorsqu'ils sont à terre, et sont faciles h reconnaître par leur démarche. Un matelot n'est capable d'un service actif que lorsqu'il a y comme disent les gens de mer^ le pied marin, c'est-à-dire, lorsqu'il s'est habitué à marcher avec assurance sur le pont mobile d^un navire battu par la tempête.

l5o DES MOUVEMENS.

La femme , dont les pieds sont naturellement plus petits , a par cela même la démarche moins sûre; mais doit-on en conclure, avec l'écrivain le plus éloquent du dix-huitième siècle, que chez elle la petitesse du pied se rapporte au besoin qu'elle a de fuir pour être atteinte? La forme concave de la plante des pieds, en faisant qu'ils s'accommodent mieux aux inégalités du sol^ contribue à affermir le corps dans la marche et les autres mouvemens progressifs. Il est dans la marche un moment intermédiaire entre le commencement et la fin du pas, pendant lequel le centre de gravité ne passe pas par la base de sustentation; il dure depuis l'instant où ce centre abandonne le pied laissé en arriére, jusqu'à celui où il se trouve ramené sur l'autre pied, porté en avant.

La marche se modifie suivant qu'on l'exécute sur un plan horizoïHal ou sur des plans inclinés : dans ce dernier cas, elle se nomme montée ou descente, et fatigue beaucoup plus. Pour expliquer l'action de monter, supposons un homme placé au bas d'un escalier qu'il doit gravir : il commence par fléchir les articulations de l'extrémité qu'il veut porter en avant; Il l'élève ainsi en laVacourcissant pour l'avancer; et lorsque le pied à demi-étendu repose , il étend les articulations de l'extrémité laissée en arrière, pousse ainsi le corps en haut, dans une direction verticale, et il achève ce premier pas en contractant les extenseurs de la jambe antérieure, afin qu'ils entraînent en avant et repor-

DES MOUVEMENS. l5l

tent sur elle le centre de gravité, auquel la jambe postérieure, dont le pied est étendu , a imprimé un mouvement vertical d'élévation. Voilù pourquoi la montée fatigue îesmoliels et les genoux, mais surtout ces derniers; car l'effort par lequel les extenseurs de la jambe antérieure ramènent sur elle le centre de gravité, est plus grand que celui par lequel les jumeaux et le soléaire lui impriment, en étendant le pied laissé en arrière, un mouvement d'élévation vertical.

Pour soulager les extenseurs de la jambe, nous inclinons le corps en avant le plus qu'il nous est possible; nous le renversons^ au contraire, en arrière lorsque nous descendons une montée d'escalier, ou bien une pente rapide, afin de retarder le mouvement par lequel le corps, obéissant à sa propre pesanteur, tombe sur la jambe portée en avant.

Au moment où le centre de gravité abandonne le point de sustentation par l'élévation de la jambe laissée en arrière, toutes les forces se réunissent pour l'empêcher d'être porté trop en avant. Les fessiers maintiennent le bassin, redressent la cuisse; les muscles des lombes étendent le tronc sur le bassin : voilà la raison pour laquelle la descente fatigue surtout les reins. La descente, lorsque le plan sur lequel on l'exécute est uîédiocrement déclive, est moins fatigante que la montée, la force de gravitation, ou la pesanteur du corps aidant beaucoup au mouvement vertical descendant. La

l52 DES MOUVËMKNS.

marche à grands pas ressemble à la monlée, en ce que le corps, étant abaissé à chaque écartement considérable des jambes , a besoin d'être élevé chaque fois sur celle qui a été portée en avant.

A chaque pas que nous faisons, Tarticulalion du pied avec la jambe est le siège principal d'un effort, sur lequel l'attention des physiologistes ne s'est point encore arrêtée. Le poids entier du corps est soulevé par Faction des muscles releveurs du talon, et l'astragale supporte ce poids, plus ou moins lourd, suivant l'embonpoint des individus et les fardeaux dont ils peuvent être chargés. Le poids d'un homme adulte, de taille moyenne, et d'un embonpoint médiocre, évalué à i5o livres, peut aller, par l'obésité, depuis 4oo jusqu'à 600 livres. La charge ordinaire, égale au poids du corps, peut être quadruplée, et même portée plus loin , puisque l'on a vu des hommes très-forts transporter des fardeaux pesant plus d'un millier de livres. Ainsi donc , en ajoutant à la pesanteur du corps celle des fardeaux dont il peut être chargé, on voit sans peine^ quels efforts prodigieux s'exercent, pour ainsi dire, à notre insu, dans l'articulation du pied avec la jambe. Mais combien la nature s'est ménagé de ressources pour vaincre cette résistance considérable ! combien de circonstances se trouvent heureusement réunies pour la surmonter sans fatigue î D'abord, le pied, dans cette action , représente un levier du second genre, et ce levier est, comme on sait, le plus avantageux, la résistance s*y trou-

DES MOyVEMENS. 1 53

vant toujours plus rapprochée du point d'appui que la puissance, et le bras par lequel celle-ci agit consistant dans toute la longueur du'levier. ttudiez le mécanisme des diverses pièces du squelette, et vous ne trouverez nulle part, d'une façon aussi marquée, l'emploi d'un levier aussi avantageux. Le calcanéum, en prolongeant le pied derrière son articulation avec la jambe , étend aussi le bras du levier par lequel agit la puissance; sa longueur influe sur la vigueur du sujet, sur l'aptitude à faire sans fatigue de longues marches, ou à se livrer à des exercices qui exigent une grande énergie musculaire de la part des membres inférieurs. Les nègres, qui excellent à la course, et qui se distinguent par une grande prestesse dans la danse et dans tous les exercices de la gymnastique, m'ont toujours offert le calcanéum plus long , plus saillant en arrière que les individus de la race européenne. Les meilleurs danseurs sont ceux qui ont le tendon d'Achille bien détaché, c'est-à-dire saillant, et le plus éloigné possible de l'axe de la jambe; ce qui suppose que son attache inférieure est reculée par le prolongement du calcanéum.

Ceux dont le talon est court ont le pied long et aplati; cette conformation, vicieuse lorsqu'elle est bien décidée, non-seulement nuit à la beauté des formes, mais encore porte un notable préjudice à la force du membre, ainsi qu'à la facilité de ses mouvemens. Les hommes 3i pieds plats sont constamment de mauvais marcheurs : aussi l'aplatisse-

l54 DES M0UVE31ENS.

ment extrême est-il regarde comme un cas de dispense pour le service militaire : enfin les termes qui expriment cette imperfection physique sont une injure dans plusieurs idiomes, comme dans la langue française. Mais poursuivons l'examen des avantages que présente l'articulation 'du pied avec la jambe pour l'exercice facile de la marche et des divers mouvemens progressifs.

Nous avons vu que les tendons s'insèrent généralement, sous des angles très-aigus, aux os sur lesquels ils agissent. Ici, au contraire, cette insertion se fait à angle droit \ le tendon , commun aux muscles du mollet , rencontre le calcanéum sous l'angle le plus favorable à l'efficacité de leur action. Si l'on excepte les muscles qui meuvent la tête et la mâchoire inférieure, il n'en est point qui nous présentent cette disposition d'une façon aussi marquée. La nature ne s'est pas contentée de disposer le pied de manière qu'il présente le levier le plus avantageux auquel les puissances motrices s'insèrent le plus loin possible du point d'appui, et sous l'angle le plus favorable à leur action ; elle a encore augmenté l'efficacité de cette action, en multipliant à l'infini le nombre des fibres musculaires. ïl, n'est pas de muscle plus fort que le soléaire, dont les fibres courtes et obliques, entre les deux larges aponévroses qui recouvrent ses faces antérieure et postérieure, sont plus muUiplices que dans aucun autre muscle, comme on peut s'en faire une idée en réfléchissant à la grande étendue do« surfaces

DBS MOUYEMENS. l55

auxquelles se fait leur implantation. En outre, le tendon d'Achille est maintenu dans la rectitude nécessaire par le feuillet de l'aponévrose de la jambe, qui passe derrière lui.

Tout, dans les puissances comme dans les leviers, est donc conformé de manière à surmonter sans peine les résistances, c'est-à-dire à soulever le poids du corps par l'extension du pied, dont le bout appuie sur le sol dans chacun de nos mouvemens progressifs.

Cette force immense avec laquelle les muscles des mollets agissent pour relever le talon, et soulever le poids entier du corps qui pèse sur l'astragale, explique la possibilité des fractures transversales du calcanéum, celle des ruptures du tendon d'Achille, malgré son épaisseur considérable; elle doit encore engager à ne permettre aux malades de marcher librement que plusieurs mois après ces accidens, la substance à l'aide de laquelle s'opère la réunion des parties divisées pouvant se rompre aisément par un effort prématuré, comme on en a plusieurs exemples. Les mêmes dispositions rendent également raison d'un accident sur les causes duquel les pathologistes ont long-temps pVoposé une théorie invraisem.biable.

Il arrive assez fréquemment que les seuls efforts de la marche occasionnent le déchirement de quelques fibres dans les jumeaux ou dans le soléaire, rupture ([) à l'occasion de laquelle survient de la

(i) J'observerai, en passant, que l'on s'étonnerait à tort de

ï56 DKS MOUVKMENS,

douleur, le gonûement des muscles, ainsi qu'une ecchymose plus ou moins large, produite par le sang qui s'infiltre et se résout. Les pathologistes attribuent ces symptômes à la rupture du plantaire gréie^ rupture supposée, que l'autopsie n'a jamais constatée, et dont les signes sont aussi vains qu'illusoires.

Je pourrais rapporter ici, si c'en était le lieu, plusieurs exemples de cette affection : dans tous les cas que j'ai moi-même observés, l'usage des bains, des cataplasmes émolliens^ rendus un peu narcotiques, mais surtout la compression et le repos continués jusqu'à l'entière disparition des symptômes, m'ont paru les remèdes les plus opportuns.

GLXXXV. De la Course. Dans la course, le pied laissé en arriére abandonnant le sol avant que celui qu'on porte en avant soit solidement appuyé, le centre de gravité reste un moment suspendu; il se meut alors en l'air, poussé par la force de projection , dont l'exercice opère principalement le saut.

Le mécanisme de la course se compose de celui de la marche et de celui du saut; elle ressemble davantage au derçiier qu'au premier de ces mouvemens, c'est pourquoi des auteurs l'ont définie une

la rareté des ruptures de la fibre musculaire ; la faculté contractile dont cette partie de l'organisation est douée leur est directement'opposée; et, pour que le déchirement s'opère, sa cause a non>seulement à vaincre la force de cohésion , mais encore une faculté vitale dans son plus haut degré de developpemeîît et ^'énergie.

DES MOtîVÉMËNS* ïS^

Suite d(3 saut3 bas. Ses pas ne sont pas plu^ grande que ceux de la marche, mais seulement se succèdent avec plus de vitesse. Le centre de gravité se transporte plus rapidement de l'une à l'autre jambe ^ et les chutes sont bien plus faciles. La prompte répétition des mêmes mouvemens pendant la course exige une contractiiilé très-vive dans les muscles qui meuvent les extrémités; et comme l'énergie de cette propriété vitale est proportionnée à l'étendue de la respiration^ à la quantité du principe aérien dont le sang s'est chargé en traversant les poumons, les coureurs halètent ou respirent fréquemment et à de courts intervalles, sans cependant qu'à chaque fois la poitrine se trouve beaucoup dilatée. îl était nécessaire que les parois de celte cavité eussent pendant la course une grande fixité; car elle devient le point sur lequel s'appuient les puissances qui retiennent le bassin et les lombes, et empêchent que ces parties ne présentent une base vacillante aux membres inférieurs. Les meilleurs coureurs sont ceux qui ont la plus grande /or^e d'haleine y c'est-à-dire qui peuvent assurer à la poitrine un degré plus considérable de dilatation permanente. On les voie, lorsqu'ils disputent le prix de la course, jeter la tête et les épaules en arriére, non-seulement pour corriger la propension qu'a la ligne de gravité pour s'incliner vers le pian an. térieur, mais encore pour que la colonne cervicale, les omoplates, les clavicules et les humérus, rate-

nus immobiles, fouruisGent un point fixe à l'action des muscles auxiliaires de la respiration.

La course serait extraordinairement ralentie, si l'on appuyait sur la totalité de la plante du pied , soit par le temps qu'exigerait cette application , soit par les frottemens qu'elle occasionnerait: aussi les coureurs n'emploient-ils que la pointe des pieds. La course la plus rapide s'effectue le pied restant étendu sur la jambe , qui est mue avec célérité par les extenseurs du genou. On voit, d'après cela, pour quelle raison les chutes pendant la course sont si faciles et si fréquentes, le centre de gravité obéissant à des impulsions qui se succèdent avec promptitude, et ne reposant jamais que sur une base de peu d'étendue. Une autre raison pour laquelle la moindre inégalité du sol devient une cause d'achoppement pour le coureur agile, c'est que la vitesse imprimée à son corps par les extensions subites et instantanées de l'extrémité postérieure, augmente à chaque pas, de manière qu'il lui est impossible de s'arrêter tout à coup, et sans avoir auparavant ralenti sa course, et modéré la force impulsive à laquelle tout son corps obéit.

Comme c'est surtout en avant que les chutes sont faciles, les coureurs jettent constamment la tète en arrière, et se servent de leurs bras comme de balanciers; ils les disposent de manière qu'ils soient, avec les jambes, dans une opposition constante, c'està-dire que l'extrémité inférieure droite, par exemple.

DES MOUVEMENS. t Sq

étant portée en avant, le bras gauche soit balancé dans le même sens.

Il est très -peu d'animaux plus favorablement construits que l'homme pour exécuter des courses rapides : ses membres inférieurs ont la moitié de la longueur totale de son corps , et les muscles qui les meuvent sont doués d'une grande force : aussi le Sauvage exercé poursuit et atteint le gibier dont'il fait sa proie; et même en Europe, on voit des coureurs de profession qui égalent en vitesse le cheval le plus agile. Cet animal , comme tous les quadrupèdes très-vites à la course, Texccuterait bien plus lentement que l'homme, à raison de la multiplicité des colonnes de sustentation , s'il- n'avait la faculté de les mouvoir par paires, et de réduire ainsi ses quatre jambes à deux seulement, comme il le fait dans ce que les écuyers uomvnenl galop forcé,

CLXXXVI. Du Saut. Le saut dépend principalement, chez l'homme, de l'extension subite des membres inférieurs^ dont toutes les articulations ont été préliminairement réfléchies. Les angles alternatifs du pied, du genou, de la hanche, s'effacent, et les muscles extenseurs se contractent d'une manière presque convulsive , lorsque le corps abandonne le plan qui le soutient. Ce redressement de toutes les parties ne se borne point aux membres inférieurs , si le saut est violent; il a encore lieu dans la colonne vertébrale, qui agit alors à la manière d'un arc qui se détend. La flexion de toutes les articulations détermine l'abaissement du centre de

i(jO DES MOÛVEMENS.

gravité (la corps; la contraction forte et rapide des extenseurs 5 qui agissent tous en même temps, a pour effet de reporter en haut ce centre de gravité; et comme l'impulsion qu'il a reçue est beaucoup plus grande. que celle qui pourrait le reporter au point où il se trouve ordinairement dans la station verticale; que, d'ailleurs, elle est supérieure à la tendance au mouvement vers la terre, que la gravitation imprime au corps, il en résulte que celle-ci est vaincue et que le corps s'élève à une hauteur variable , proportionnelle h l'intensité de mouvement de bas en haut que les extenseurs lui ont communiquée. Cette explication si simple du saut, qui a été exposée avec plus ou moins de lucidité par Borelli , Mavow et autres, a été attaquée par Barthcz, qui lui en a substitué une complètement inintelligible. C'est à tort également que ce physiologiste regarde comme imaginaire toute répulsion delà part du sol. Cette réaction, admise par Hamberger et par Haller^ a bien manifestement lieu lorsqu'on s'exerce à la saUation sur un plancher élastique; c'est par son moyen que les bateleurs s'élèvent, sans faire de grands efforts, sur la corde qui les supporte. Mais si tous les physiologistes ne conviennent point que le sol réagit pour opérer le saut , tous admettent qu'i doit offrir une cei'taine résistance : en effet, un sable mouvant qui céderait à la pression que le corps exerce, finirait, en s'affaissant beaucoup, par rendre le saut impossible. La contraction instantanée des muscles extenseurs est si forte pour étendre les mem-

DES 3\tOUVEMENft. ifij^

hves inférieurs 5 et imprimer au corps la force de projection qui Téiéve, que souvent 5 dans cet effort, îé^ tendons de ces muscles, ou même les os auxquels ils s'insèrent , se rompent en travers : c'est pour cela que les danseurs sont très-exposés aux fractures de la rotule; elle.^ arrivent au moment où, détachant leur corps du soi , ils s'élancent avec force à une certaine hauteur.

Si le saut consiste uniquement dans le déploiement subit des extrémités inférieures, dont les articulations sont pliées en sens alternatif, il doit être d'autant plus considérable que celles-ci auront plus de longueur, seront davantage inclinées les unes sur les autres^ et que les muscles qui les redressent se contracteront avec plus d'énergie. Aussi les animaux sauteurs, tels que le lièvre, Fécureuil, là gerboise, etc., ont-ils les extrémités postérieures très-longues par rapport au train antérieur : leurs diverses parties sont d'ailleurs susceptibles d'une plus grande flexion. Tous ces animaux ne peuvent ni marcher, ni courir, strictement pariant; leur course et leur marche consistent dans une suite de sauts et de bonds plus ou moins précipités. Quelques-uns néanmoins, tels que le lapin, le lièvre, peuvr^nt courir lorsqu'ils gravissent une pente rapide, l'inclinaison du sol modérant alors l'effet de l'impulsion communiquée par le déploiement des membres postérieurs; impulsion qui, à raison de la force et de la longueur de ces extrémités, jette le poids entier du corps sur les pattes antérieures, plus 3. II

]^6:^ DES MOlîVtMENS.

faibles et plus courtes, avec une telle puissance, que l'animal est obligé de les roicîir, et de les maintenir étendues et redressées, pour ne point heurter le SqI avec la tête lorsqu'il saute sur un plan horizontal. Les grenouilles, mais surtout les sauterelles et Jes puces, chez lesquelles il existe, entre le train postérieur et le reste du corps p une disproportion excessive , nous étonnent par la grandeur de l'espace qu'elltîs peuvent franchir par i'effetd'un sant unique; mais toutétonnement cesse lorsqu'on réfléchit que les forces impriment aux «masses des vitesses égales^ lorsqu'elles leur sont proporlionnelies. Or, les espaces parcourus dépendant entiércmentdes vitesses, puisque le corps sautant perd , par une gradation que rien ne peut ralentir, celle qu'il avait acquise, ces espaces doivent être, à peu de chose près, les ipêmes pour les petits animaux et poup les grands, Swammerdam dit, dans sa Bible de la nature^ que la hauteur à laquelle les sauterelles s'élèvent par leur saut est à la longueur de leur corps comme 200 : i. La puce saute encore ^et plus loin et plus vite (i).

(i) Barthez nous apprend, dans sa Mécanique^ que les Arabes appellent ce petit insecte le père du saut, et que Roberval , plivsicien très-estimable, avait composé une dissertation sur le saut de la puce , de sallu pulicis. Un pareil sujet, qu-e le vulgaire croirait ne fournir matière qu'à une oiseuse et stérile contemplation , peut offrir des résultats infiniment cuyieux, quand un savant physicien entrepreud de le traiter : in tenui Icbor.

DES MOUVEMENS. ' l63

La larve de mouche, connue sous le nom de ver du fromage, se contourne en cercle, en contractant, le plus qu'elle le peut, ses fibres musculaires ventrales. Après avoir ainsi ramené sa tête vers sa queue, elle se débande subitement par la contraction des fibres dorsales, se redresse et s'élance à une distance considérable. C'est par un mécanisme tout semblable que le saumon, la truite et d'autres poissons remontent les courans rapides interrompus par des cataractes. Ils ploient fortement leur corps, le redressent avec énergie, et sautent par^ dessus l'obstacle qui s'oppose à leur progression. Je pense que, dans ce cas particulier, le saut ne dépend pas uniquement du redressement subit de la courbe élastique, comme le disent les auteurs, mais qu'il est encore dû à la résistance qu'oppose Teau à la quei^ qui la frappe avec force au moment où elle achève de se redresser : de. la même manière qu'on voit , dans les mers du Nord, la baleine énorme frapper l'eau d'un coup de sa queue , si violent et si soudain , qu'elle en emprunte un appui fixe, et s'élève jusqu'à quinze et vingt pieds de haut^ comme le racontent les navigateurs. Les écrevisses sautent en déployant avec force leur queue, arc élastique et contractile, qu'elles ont auparavant recourbée sous leur corps.

Cette théorie du saut semblerait contredite par le fait singulier que rapporte le professeur Dumas, d'un sauteur absolument dépourvu de cuisses, et qui néanmoins étonnait par son adresse et par son

l64 SES MOUVEMENS. ■

agilité. Mais le bassin, la colonne vertébrale, et surtout la portion lombaire de cette colonne^ ne pouvait-elle point, dans ce cas particulier, sup^ pléer, psr une mobilité plus grande, au défaut du plus long des trois leviers dont Textrémité inférieure se compose?

Dans l'aclion de sauter, le corps, qui a reçu l'impulsion subite , peut s'élever de 'deux manières i perpendiculairement à l'horizon, ce qui constitue le saut vertical; ou bien suivant, une ligne plus ou Tïioins oblique. Le saut vertical a toujours moins d'éterî.due que celui qui se fait dans la direction d'une ligne inclinée, et ce dernier est toujours plus grand quand il a été précédé par 'la course. Lorsqu'un coureur va sauter, il a déjà acquis une impulsion qui s'ajoute à celle que le mécanisme du saut peut produire. ^

Pour nous convaincre de la réalité de cette force additionnelle, rappelons-nous combien il est difficile de s'arrêter tout à coup au milieu des élans de la course, si on n'en a point progressivement diminué la vitesse. Cette impulsion est une des causes qui font que les coureurs tombent en avant, lorsque le moindre obstacle se rencontre sous leurs pas; mais quelles que soient la force, la direction du saut, et les puissances qui l'opèrent, le corps qui l'exécute doit être considéré comme un véritable projectile jouissant d'un mouvement com» muniqué, contre lequel la force de gravitation s'exerce. Quels que soient les mouvemens qu'on se

donne, tout dépend de l'impulsion primitive; une fois que les pieds ont abandonné le plan de sustentation, il n'est plus en notre pouvoir d'augmenter la force du saut ou sa vitesse. Le danseur qui bat des entrechats n'excelle dans cet exercice qu'autant qu'il est capable de s'élever à une certaine hauteur. J'ai constamment observé que les artistes les plus renommés en ce ge'nre ont le tronc , surtout les membres inférieurs, très-bien musclés; les mollets, les fesses et le dos indiquent par leur volume une grande énergie dans les extenseurs, auxquels le saut est principalement confié.

Le sauteur qui s'élève verticalement retombe à terre lorsque sa propre pesanteur l'emporte sur l'impulsion qui l'anime; sa chute ressemble à celle d'im projectile lancé verticalement; elle se fait sui^ vant une ligne descendante absolument semblable, pour la direction et pour la hauteur» à \^ i-^rr.- --—

cendante.

La même chose a lieu dans le saut oblique, excepté toutefois que le corps, comme la bombe lancée par l'explosion du salpêtre, décrit une courbe parabolique, ascendante tant que la force d'impulsion l'emporte sur la force de gravité, descendante quand cette dernière , qui va toujours en gagnant davantage à mesure que le saut s'exécute, se trouve égaie à la force d'impulsion. Ceci a lieu quand le corps a parcouru une courbe qui Représente la moitié d'une parabole; dès ce moment, la gravitatioa va toujours prédominant, et

l66 DES MOUTBMEMS*

le corps descend par une courbe analogue à la première (i).

CLXXXYII. De la Nage. Il est peu d'animaux qui se soutiennent plus difficilement que l'homme à la surface d'un liquide. La pesanteur spécifique de son corps ne surpasse pas cependant de beaucoup celle d'un égale volume d'eau; quelquefois même, lorsqu'il est surchargé de graisse, celte pesanteur est la même : aussi observe-t-on que les personnes qui ont beaucoup d'embonpoint ont moins d'efforts à faire pour surnager; mais ce poids n'est point également réparti sur tous les points du fluide qui ie supporte. La léte, dont la pesanteur relative est très-considérable , est le principal obstacle à la facilité de la natation; et ce n'est point sans efforts qu'on la lient soulevée, afin de conserver à l'air, par la bouche et par les narines, une libre entrée dans les poumons. Les membres supérieurs et inférieurs agissent alternativement, et ramassent les eaux, qu'ils abaissent en s'appuyant sur elles. Dans ces divers mouvemens, il y a flexion, extension, abduction et adduction successives des extrémités; la plupart des muscles du corps. travaillent et prennent le point fixe de leur effort |dans les parois de la poitrine, que le nageur maintient dilatée, en retenant, par )a cons-

(i) In sallu ad horizontem obliquo , motus fit per lineam, parabolicom projcimh. (Boreîli, Op. cit. prop. 178. /^o y. Ga-" lUée, sur le mouvement des projectiles. )

triction de la glotte, une grande masse d'atr danà le tissu pulmonaire. La dilatation soutenue de la poitrine a encore cet autre avantage , qu'elle rend le corps spcciBquement plus léger. La force avec laquelle le nageur est obligé de frapper l'eau, la rapidité avec laquelle les mouvemens doivent se succéder pour que le liquide lui prête un point d'appui suffisant, rendent raison de la fatigue qui résulte bientôt de cet exercice.

Les poissons ont une structure appropriée à la nature de Félémcnt qu'ils habitent. La forme de leur corps, terminé de toutes parts par des angles saillans, est très-avantageuse pour opérer la sépa-* ration des colonnes d'un liquide. Une vessie pleine d'azote, dont elle se vidé au gvé de l'an-imal, rend leur légèreté spécifique plus ou moins supérieure à celle de l'eau , suivant la quantité de gaz qu'elle contient; enfin leur queue, mue par des muscles très'forts, peut étrje regardée comme un avironf puissant, dont les coups redoublés font avancer le poisson, tandis que les nageoires, comme au^ tant de rames secondaires , facilitent et dirigent ses mouvemens.

La vessie natatoire des poissons donne à leur dos assez de légèreté pour qu'il demeure en haut; sans cela, cette partie du corps, qui en est la plu^ pesante, entraînerait le reste, et le poisson renversé ne pourrait exécuter aucun mouvement progressif: c'est ce qui arrive quand On crève la vessie cm qu'on la perce. Des muscles compresseurs

l68 DE« MOUVEMBNS.

expulsent le gaz qu'elle rcnferine, et le font passer, au moyen d'un canal, dans l'estomac ou dans l'œsophage, lorsque le poisson veut s'enfoncer et descendre. Celte expulsion est im{)ossible, si le gaz, animé par la chaleur d'une force d'expansion considérable^ résiste aux puissances compressives. C'est pour cette raison qu'au temps àiifrai, les poissons, après avoir resté long-temps à la surface de l'eau, exposés aux rayons d'un soleil ardent, ne peuvent plus redescendre, et deviennent si facilement la proie du pêcheur.

Comme le poisson est absolument environné par un milieu qui offre de toutes parts une résistance égale, la vitesse qu'il aurait acquise en frappant le fluide en arrière avec sa queue, serait consumée par la résistance de l'eau qu'il serait obligé de déplacer en avant, si, immédiatement après qu'il a donné le coup, il ne ramenait sa queue à la ligne droite, de manière à ne présenter au liquide que la largeur peu considérable de son corps : la vitesse avec laquelle il avance est d'ailleurs* bien inférieure à celle avec laquelle il déploie sa queue. Cette partie étant ramenée à la ligne droite, le poisson la serre et la rétrécit en même temps qu'il l'incline de l'autre côté; puis il l'élargit, la déploie et frappe le liquide en sens contraire, de manière à suivre une direction droite entre les deux impulsions obliques que les deux coups communiquent. Le poisson tourne horizontalement, et se dirige vers le sens qu'il pré-»

fére, en frappant plus vite ou plus fort cVun coté que de l'autre, ou en ne frappant que d'un seul côté.

Les poissons dépourvus de vessie natatoire sont condamnés à vivre au fond des courans, dont ils sillonnent la vase, à moins que, pourvus d'un corps aplati et de nageoires horizontales, ils ne frappent l'eau par de larges surfaces et avec une grande force, comme le font toutes les raies, dont les grandes nageoires ont, à juste titre, reçu le nom à^ ailes y puisque la manière dont ces poissons se meuvent dans l'eau ressemble exactement à celle dont les oiseaux volent dans les airs, et qu'il n'y a de différence que dans la densité différente des milieux, comme nous allons le voir en traitant desmouvemens progressifs particuliers à rcUe classe d'animaux. •

La ressemblance est encore plus frappante dans les poissons volans. L'exocet des tropiques , ejroccetus volitans y pourvu d'une vessie natatoire énorme qui occupe plus de la moitié de son volume, n'est guère plus pesant qu'un oiseau de même grosseur; ses nageoires pectorales offrent à l'air une surface très-étendue. M. de Humboldt a reconnu, par la dissection, que les neuf cordons de nerfs qui vont aux douze rayons de ces nageoires, sont presque trois fois plus gros que les nerfs des nageoires ventrales , et qu'excités par l'électricité galvanique, ils déterminent des mouvein^ns cinq fois plqs forts: aussi ce poisson est-il

170 DES BÎOUVËMEKS*

capable de s*élancer horizontalemenl h vingt pieds de distance, étendant et fermant alternativement ses nageoires pectorales pour franchir un tel espace (i).

CLXXX Vill. Du Fol. Un oiseau qui s'élève ou se meut dans les airs, a besoin d'employer une force et une vitesse plus grandes que celles exigées pour le nager de la part des poissons, il n'a point, comme ceux-ci, le pouvoir de se mettre en équilibre avec le milieu qu'il doit parcourir , au moyen d'un organe intérieur qui rende sa pesanteur spécifique égale à celle de ce milieu. Ce milieu d'ailleurs présente bien moins de résistance aux puissances qui doivent le frapper pour y trouver un appui.

Si les oiseaux ne peuvent point se rendre aussi légers que l'air, il est cependant en leur pouvoir de se procurer un« pesanteur spécifique qui ne soit pas de beaucoup supérieure à celle de ce fluide. La nature leur a accordé une légèreté très-grande, en leur attribuant un vaste poumon , extrêmement dilatable par" la grande mobilité des .parois du thorax, et en étendant ce poumon dans l'abdomen par des sacs membraneux 5 et, dans les principales pièces^ du squelette, par des canaux qui font communiquer ces sacs abdominaux et ces^ conduits aériens osseux avec l'organe pulmonaire; de manière que tout le

[1) Voyez A. de Humboldi;, Voyage aux régions équlnoxiales du nouveau Continent, tome II, page 17, in-8'', Paris, 1816.

DBS MOUVEMENS. I-yi

corps, gonflé d'un air raréfié par une chaleur bien grande, puisqu'elle est de dix degrés supérieure à celle des autres animaux h sang chaud, revêtu par des plumes presque aussi légères que l'air lui-même, a peu de forces à employer pour s'y soutenir. D'un autre côté, lorsque les ailes sont déployées, elles présentent au fluide une surface très-étendue : les muscles pectoraux qui les mettent en mouvement sont d'ailleurs assez puissans pour le frapper avec une force , et réitérer cette percussion avec une rapidité et une persévérance dont aucun autre animal ne serait capable. On sait combien sont foris (i) les muscles de l'aile, même sur les volailles de nos basses-cours, qui les exercent si peu. Enfin, la contractilité dont sont animés ces muscles si robustes est supérieure, dans l'oiseau, à ce qu'elle est dans aucun autre animal; nul n'est doué d'autant de force sous un égal volume. Quel quadrupède du poids de l'aigle pourrait porter avec ses pattes des coups aussi Vîolens que le fait cet oiseau , lorsque, pour étourdir

(i) Les oiseaux ont trois muscles pectoraux : le grand, qui est attaché à leur énorme sternum, et pèse plus lui seul que tous les autres muscles de Foiseau pris ensemble; le moyen f dont le tendon se contourne sur une espèce de poulie , et s'attache à la tête de l'humérus, qu'il relève : au moyen de cette disposition, la nature a pu placer un releveur en bas, et donner ainsi plus de pesanteur à la partie inférieure du corps de Toiseau, qui, sans cette espèce de lest, eût pu chavirer dans l'espace; le troisième pectoral , ou le petit, est destiné à rapprocher l'humérus du corps.

sa proie ou se défendre contre un agresseur, il le frappe des coups redoublés de son aile? Cette énergie musculaire est sans doute liée à l'étendue de la respiration , aux qualités vivement stimulantes d'un sang plus chaud, plus oxidé, plus concrescible, plus artériel en un mot, que celui de tous les autres animaux.

Voyons comme l'oiseau exécute le vol , avec des circonstances d'organisation si favorables à ce mouvement. Il commence par s'élancer dans l'air, en sautant de terre ou en se précipitant de quelque hauteur : s'il est à terre, et que ses ailes soient trop grandes pour être librement déployées dans toute leur largeur, il s'élève difficilement; il doit, dans ce cas, marcher \ers une butte isolée, alîn de s'en élancer, et de trouver un espace suffisant pour étendre ses ailes , et frapper l'air du premier coup qui doit l'élever. Les ailes se déploient horizontalement, l'humérus, qui en est la partie principale, étant élevé et écarté du corps; puis elles s'abaissent brusquement; et comme l'air résiste à l'effort subit qui tend à le déprimer^, le corps de l'oiseau est élevé par une sorte de réaction élastique^ analogue au saut de l'homme et au nager des poissons; l'impulsion donnée, l'oiseau plie l'aile, se fait le plus petit possible, afin que cette impulsion soit presque entièrement employée à le faire monter, et ne soit pas neutralisée par la résistance que l'air oppose à son ascension. Cette résistance, mais surtout son poids, sijrnîantent bientôt la vitesse acquise, et il redes^

DEfl MOUVKMRNS. ^ 1^3

tiendrait) si do nouveaux coups d'aîles no luî împtMniaient une nouveîle vitesse ascendante* Le secotid coup est-il donné avant que toute Timpulsion communiquée par le premier soit détruite, l'oiseau s'élève par un mouvement accéléré; est-il retardé, au contraire, l'oiseau descend: s'il ne se laisse tomber ^qu'à la hauteur du point de départ, il peut, par une ^uite de vibrations égales^ se maintenir à la même élévation. Quelquefois l'oiseau supprime tout-à-fàit les battemens de ses ailes; il les ploie contre son corps , et tombe , par un mouvement accéléré, comme tout corps g'ravcf. On appelle ^^ic/re, ou descente foudroyante, cette chute soudaine par laquelle les oiseaux chasseurs fondent sur leur proie. On voit quelquefois un faucon qui, planantau milieu des airs, s'abat tout à coup sur une basse-cour: si, près d'arriver à terre, il aperçoit quelque danger, îi déploie aussitôt ses ailes, et prévient ainsi sa chute; car quelle que soit la vitesse qu'il ait acquise dans Ce mouvement accéléré, la résistance de l'air augmente toujours comme le carré des vitesses; puis il s'élève de nouveau, et fuit, en attendant une occasion plus heureuse. On donne le nom de ressource à cette action particulière.

Les mouvemens obliques diffèrent du mouvement vertical que nous venons de décrire , en ce que l'oiseau monte par une suite de courbes, d'autant plus surbaissées ou plus petites, que le mouvement horizontal l'emporte davantage sur le mouvement vertical. A raison de la force parti-

culiére de leurs ailes, les oiseaux de proie ont un mouvement horizontal très-grand; de manière que, dans le planer, les courbes décrites sont si peu prononcées, que le mouvement parait entièrement jdirigé vers l'horizon.

JPour beaucoup d'oiseaux, la nage est un mode de progression plus naturel que le vol lui-même; ces oiseaux très-légers ont le corps couvert d'un duvet et de plumes sur lesquelles l'eau glisse avec une grande facilité; leur corps aplati repose sur le liquide par une grande surface; leur bassin évasé est taillé en carène; enfii> les doigts de leurs pattes^ réunis par des membranes^ frappent Peau par une large surface, etc. Cest ce qu'on observe dans Ja nombreuse tribu des oiseaux palmipèdes oti aquatiques.

Ceux qui ont cru à la possibilité que l'homme se soutint au milieu- des airs, en le rendant spécifiquement très-léger, n'ont point fait attention qu'il était impossible de donner aux muscles qui meuvent les bras assez de force pour remuer les machines qu'on y adapte. Aussi tous ceux qui ont essayé d'en faire usage ont péri victimes dç q^,mr sais téméraires.

CLXXXIX. De la Reptation, Tous les mouvemens progressifs dont l'homme et les animaux sont capables peuvent se rallier à la théorie du levier de la troisième espèce. Le corps, dans le saut comme dans la marche , peut être comparé à une courbe élastique ., puisque le point d'appui est dans

u^l , ^oy Y E^^ EN s , 175

le sol. In force, le ressort ou la puissance, dans les muscles extenseurs, et la résistance dans le poids du corps. La course est-elle autre chose qu'une suite de sauts raccourcis? et son mécanisme ne lient-ii pas le milieu entre ceux de la marche et du saut? Le vol et la natation ne sont-ils pas des sauts véritables, dans lesquels le corps de l'animal se ploie et se déploie par mouvemens alternatifs, en s'appuyant sur des milieux bien moins résistans que la terre, sur laquelle la marche^ la course et ie saut ordinaire s'exécutent? Le mode de progression particulier aux serpens et-aux reptiles nous va fournir une nouvelle application de la théorie du troisième levier. La couleuvre, cjui fuit en roulant son corps en ondulations horizontales, établit dans sa. longueur une série d'arcs qui ae courbent et se redressent d'une manière successive, en procédant de la tête vers la queue; mais quelquefois aussi de la queue vers la tête, chez ces serpens que i'{^)u désigne par le nom âiamphisbœncs ou de doubles marcheurs ^ parce que la disposition des plaques écailleuses qui garnissent le dessous de leur ventre est aussi avantageuse pour reculer que pour avancer. ..fiji.

Le ramper des serpens est favorisé par la forme alongée de leur corps, le poli de leurs écailles, la force immense de leurs muscles, et la flexibilité de leur colonne vertébrale. Les os qui forment cette partie du squelette sont articulés par arthrodrie, lâchement unis, de manière qu'il suffit d'une per-

176 DES MOHVEMENS.

eusslon légère pour détruire îeuê assemblage î âUâsî les serpens les plus monstrueux peuvent-ils être tués d'un seul coup de baguette, lorsqu'on les frappe sur le dos. Les inflexions latérales de cette Colonne sont très-étendues; l'extension est bornée par les apophyses épineuses, quelquefois très-développées, comme dans le serpent à sonnettes. Aussi , quoi qu'en aient dit plusieurs auteurs, quoique les peintres représentent, dans leurs tableaux, le serpent recourbé en arcs verticaux, sa progression s'effectue, dans le plus grand nombre de cas, par ondulations horiziontales.

Lorsque le serpent veut nager, il est obligé d'accélérer la formation et le déploiement àes ondes ou courbures sinueuses qu'il décrit; nager n'est pour lui autre chose que ramper plus vite et se mouvoir sur un plan moins résistant.

Les mouvemens des 'reptiles, dans la natation, doivent l'emporter, autant. par la force et par la rapidité, sur ceux des reptiles qui rampent à terre , que celle-ci surpasse l'eau par la fixité du point d'appui. Si le serpent veut sauter, il détend rapidement et à la fois tous ses arcs, en s'appuyant sur l'extrémité de celui qui est le plus voisin de la queue : alors^ comme je l'ai observé plusieurs fois, il en décrit le plus petit nombre possible, se recourbe seulement en trois ou quatre ares plus étendus que de coutume, mais jamais en un seul, quelle que soit la longueur de son

cor

ps.

DES MOUVEMEKS. inh

Les tortues, les grenouilles, les lézards, les salamandres^ tous les repliles à pattes se traînent plutôt sur le ventre, en se soutenant mal sur leurs pattes débiles et trop disproportionnées au volume de leur corps, qu'ils ne rampent par un mécanisme comparable à celui que nous venons d'expliquer.

Le mode de progressbn particulier à la chenille et aux vers est un ramper analogue à celui des serpens. Les pattes de la chenille, trop faibles pour la soutenir ou servir seules à sa progression, sont employées par elle pour s'accrocher aux plans sur lesquels elle s'avance, courbant en arcs, le plus souvent verticaux, les parties de son coï^ps qui se trouvent entre les pattes, disposées par paires plus ou moins éloignées. Les chenilles revêtues d'une enveloppe écailleuse rampent mieux à raison de l'élasticité des plaques qui s'ajoutent à l'action contractile de leurs fibres musculaires. Les vers de terre s'avancent ^ tantôt par ondulations ^ comme la couleuvre, tantôt en se trainant à la manière des limaces sans coquille. Cette dernière variété de la reptation consiste en ce qu'au Heu d'arcs étendus et fortement prononcés , les fibres contractiles du reptile se raccourcissent de la tête fixée vers la queue mobile, et ne font décrire au corps de l'animal que des inflexions légères. On peut établir un point de comparaison entre le mouvement par lequel l'homme couché à platventre sur un plan horizontal s'avance en entrai- 3* 1%

lyB DES IVOUVEMENS.

iianl tout le corps vers ses bras étendus et accrochés à une résistance quelconque, et le mode de ramper particulier à quelques reptiles. Le colimaçon se déplace presque entièrement à la faveur de ce mécanisme.

Cette limace, chargée de sa coquille, adhère au plan qui la soutient par un liquide visqueux et gluant, qui se coagule, et forme sur ses traces un vernis brillant. Elle s'y fixe encore en faisant le vide avec la portion de son corps sur lequel elle rampe, portion élargie , à bords frangés, et très-propre à former une ventouse. C'est par ce double moyen d'un suc visqueux et gluant, et d'«n suçoir contractile, que le colimaçon fixe la partie antérieure de son corps, et attire ensuite vers celte partie fixée le reste du corps chargé de son habitation calcaire. Cette partie de la limace à coquille, par laquelle elle s'attache au sol sur lequel elle rampe , a une certaine analogie avec les tentacules qui servent à la progression de la sèche et de tous les autres mollusques céphalopodes.

CXG. Mouvemens partiels , exécutés par' les membres supérieurs. Ces mouvemens vont nous offrir de nouveaux exemples de la courbe élastique ou du troisième levier, à la théorie duquel peuvent se ramener presque tous les mouvemens des animaux et de l'homme. Cette idée simplifie et facilite singulièrement l'étude de la mécanique animale; elle peut être regardée comme une f©rmule générale, à l'aide de laquelle on obtient la solution de tous les problèmes que renferme cette intéressante

DEft MOUVEMENS. I79

partie de la physique. C'est par son emploi que ce que nous a.vons dit des mouvemens se distingue surtout de ce qui avait été dit jusqu'à ce jour.

Les extrémités supérieures de l'homme ne servent pas ordinairement à ses mouvemens progressifs , si l'on en excepte certains cas, celui, par exemple, où, les membres étant étendus et les mains accrochées à un corps, l'action des grands pectoraux entraine le corps entier, suspendu ou couché à plat-ventre sur un plan horizontal.

Nous grimpons difficilement, parce que les mains seules sont propres à saisir les corps sur lesquels ce mode de progression peut s'effectuer, tandis que les quatre extrémités des quadrumanes, les ongles aigus des chats, ceux des oiseaux grimpans, rendent pour ces animaux le grimper extrêmement naturel et facile.

Trop de disproportion existe, pour la longueur et pour la force , entre les extrémités supérieures et inférieures , pour que le marcher sur les mains soit un mode de progression naturel à l'espèce humaine : d'ailleurs 5 comme Daubenton l'a observé, la position du grand trou occipital rend cette attitude extrêmement embarrassée. La situation de cette ouverture près le centre de la base du crâne, dans un plan presque horizontal, empêche de relever la tète assez haut pour tourner le visage en avant et voir devant soi; et si l'on veut l'abaisser jusqu'à terre, on ne peut la toucher qu'avec le front ou le

iSo DES MOUVEMENS*

sommet de la tète, etc. (i). Mais si les membres supérieurs ou thoraciques ne servent point à nous transporter où nos besoins l'exigent^ils sont presque exclusivement destinés aux mouvemens par lesquels nous agissons sur les objets dont nous sommes rapprochés.

Voulons-nous pousser ou attirer vers nous, porter ou lancer au loin un corps mobile , le comprimer, le lever ou l'abaisser, etc. , les membres supérieurs, presque seuls^ servent à ces usages. Voici de quelle manière :

Dans \e pousseryVhomme se porte entre l'obstacle et le sol; il se plie entre ces deux points par la flexion de toutes ses parties, après quoi il se redresse ; tout son corps représente un ressort qui se débande, et dont les deux extrémités rencontrant deux obstacles, le sol et le corps auquel on veut communiquer une impulsion, exercent leur action contre le plus mobile; la force est égale à la contraction des extenseurs qui alongent le corps raccourci, et font avancer l'obstacle mobile, de toute la différence qui existe, pour la longueur, entre riiomme dont le corps et les membres sont fléchis, et l'homme dont toutes ces parties sont étendues. C'est de la même manière, et par un mécanisme en tout semblable, que le batelier qui appuie son aviron contre le rivage en éloigne sa barque : la

(i) Dictionnaire d'histoire naturelle de l'Encyclopédie rné" tliodicjiien InU'oduction , pag. 21 et suiv.

DBS MOUVEMENS. l8l

colonne vertébrale représente une courbe élastique qui se redresse entre les pieds fixés au bateau uiobile, et l'extrémité de la perche ou de l'aviron appuyée contre le rivage ou le fond du fleuve.

Voulons-nous, au contraire, attirer à nous un corps, nous le saisissons avec nos bras étendus, puis nous fléchissons ceux-ci avec force. Ici le ressort tendu se raccourcit, l'effort est tout entier du côté des fléchisseurs; il est moins fixe et moins durable que celui des extenseurs, parce que les axes des os ne se correspondent pas en ligne droite, et que la traction est le plus souvent partielle.

Nous pouvons lancer au loin un corps mobile, ou bien le bras étant pendant, et effectuant de simples oscillations, ou bien le bras exécutant des mouvemens de circumduction ou en fronde. Dans ce dernier mode, on agit avec beaucoup plus de force, parce que tous les muscles, qui du tronc vont à l'extrémité supérieure, concourent à l'action. Dans le premier, les oscillations préliminaires donnent au bras un mouvement propre qui s'ajoute à la force de contraction musculaire et en augmente l'effet.

Le professeur Barthez a très -bien vu que les mouvemens par lesquels l'extrémité supérieure se roidit et s'étend pour lancer au loin un mobile, ou pour repousser une résistance qui lui est opposée, sont parfaitement semblables au saut, et présentent, comme lui, un déploiement subit d'articulations fléchies. Dans les mouvemens contre une résistance

l82 DES MÛtfYEMENS.

insurmontable^ le corps n'est point repoussé avec la force que lui imprime , dans le saut, la brusque extension des membres inférieurs. L'omoplate est trop mobile par rapport au tronc; son articulation avec l'humérus est trop peu solide, et l'axe de cet os n'est point dirigé, par rapport à l'épaule, d'une manière assez favorable pour que, lors même que les forces seraient égales (et elles sont loin d'être les mêmes), l'impulsion communiquée fût aussi grande. Dans toute répulsion et dans toute attraction^ soit que nous rapprochions de nous ou que nous en éloignions un objet, en agissant sur lui avec les membres supérieurs, ces membres figurent un arc élasliquc qui se courbe ou se redresse par l'action de ses fléchisseurs ou de ses extenseurs; et ces mouvemens, comme le plus grand nombre de ceux que nous avons étudiés jusqu'ici, offrent une application précise de la théorie du levier de la troisième espèce.

L'action de saisir un corps avec la main est facilitée, 1° par la rotation du radius sur le cubitus, qui opère la pronation et la supination, mouvemens exclusivement attribués aux mains , et dont les pieds ne sont point capables; i"" par la mobilité du poignet, qui, à proprement parier, se fléchit et s'étend en deux sens; car l'extension de la main ne se borne point à la ramener au parallélisme avec l'axe du membre, mais va jusqu'à la renverser sur la lace postérieure de l'avant-bras, phénomène qu'aucune autre aiticuiation ne présente; 3*" par les glisscmens

DBS MOUVEMENS. | 83

obscurs des os du carpe , glissemens à la faveur desquels la paume de la main est rendue plus concave; 4" par les mouvemens d'opposition et de circumduction du pouce et du petit doigt; 5° par la multiplicité des phalanges : tout, dans cette dernière partie des membres supérieurs , semble en prouver l'excellence, et justifie les philosophes et les naturalistes qui ont longuement disserté sur les avantages de sa structure.

Pour effectuer une pression, celle, par exemple, à l'aide de laquelle on imprime un cachet, on porte le poids presque entier du corps sur l'une des extrémités supérieures, fortement étendue, en ayant soin que l'épaule soit penchée sur le bras de telle manière que la cavité glénoïde de l'omoplate devienne perpendiculaire à la tête de l'humérus.

Il serait superflu d'entreprendre la description de tous les mouvemens que nos parties peuvent exécuter; ces mouvemens partiels sont exposés dans les traités d'anatomie^ à l'article des muscles, de l'action desquels ils dépendent : qu'il nous suffise d'avoir parcouru les principaux phénomènes de la mécanique animale , considérés principalement chez l'homme. Des détails plus étendus sur la mécanique des animaux seraient déplacés dans cet ouvrage; on les trouve dans les irnhés ea: professa (i)

(i) Consultez J.-A. Barelli , de Moiu animalium , in-4". Les erreurs que renferme eet ouvrage tiennent à ce que son auteur était bien plus mathématicien qu'anatomiste.

P.-J. Barlhez , Nouvelle Mécanique des mouvemens de r homme et des animaux^

l84 DES MOUVEMENS.

sur cette partie importante de la physiologie, la seule dans laquelle on puisse porter les divers objets de démonstration à ce degré d'évidence et de certitude mathématique que recherche avec avidité tout homme dont l'esprit est exact , le raisonnement solide et le jugement sévère.

CXCI. Les mouvemens partiels peuvent encore être étudiés comme signes expressifs des idées; ils composent ce que l'on nomme langage d'action , et suppléent à la parole : le langage des gestes, perfectionné, suffit même pour exprimer les idées les plus fines, les senlimens les plus délicats, dans les scènes muettes connues sous le nom de pantomimes. Les gestes dont l'homme le plus calme accompagne ses discours sont une langue sur-ajoutée à la langue parlée; ils contribuent à expliquer sa pensée. Mais combien, dans l'homme passionné, les gestes n'ajoutent-ils point de force à l'e?^pression , et de puissance au langage ! Cette éloquence du geste, si souvent employée pour émouvoir profondément et entraîner la multitude assemblée dans les places publiques de Rome et d'Athènes, était familière aux orateurs des anciennes républiques; et le moment où Marc-Antoine découvre et montre au peuple romain le corps sanglant du premier des Césars, n'est pas l'endroit le moins éloquent de sa harangue.

Ainsi , quoique l'organe de la voix soit celui qui nous offre le plus de ressources pour exprimer nos idées, pour communiquer avec nos semblables; quoique rpuje soi(: le sens auquel nous devons nous

DES MOeVEMENS. l85

adresser pour produire en eux des impressions variées 5 distinctes et durables, cependant nous nous adressons encore à leur tact et à leur vue lorsque nous voulons les ébranler fortement, en leur expliquant énergiquement nos désirs. Ces trois divers langages sont simultanément employés lorsque nous entraînons un homme vers un but, et qu'en même temps nous lui montrons ce but et lui disons d'y aller : ici l'attouchement et le geste servent d'auxiliaires à la parole, et attestent dans celui qui les emploie une volonté ferme et décidée. Les mouvemens des yeux, des sourcils, des paupières, des lèvres, et en général de toutes les parties du visage; ceux des membres supérieurs , et du tronc luimême, servent à exprimer nos passions comme nos idées, suppléent à la langue conventionnelle; et ces signes naturels la trahissent souvent, en disant le contraire de ce qu'elle exprime. L'étude des gestes, des mouvemens et des attitudes, considérés comme signes des idées et des passions, est du ressort des métaphysiciens, des peintres, des sculpteurs et des physiognomonistes (i).

(i) Condillac, Essai sur l'origine des connaissances humaines'^ BuffoUy Histoire naturelle de Vhotmne ; Winkelmann, Traité de Z'^r?;Lavater, Essai de physiognomonie.

l86 DE LA VOIX

Page 1