CHAPITRE X
De la Voix et de la Parole,
CXCIl. La voix est un son appréciable ^résultant des vibrations que Tair j chassé des poumons , éprouve en traversant la glotle. De ce son^ articulé par les mouvemens de la langue, des lèvres et des autres parties de la bouche, naît la parole, que l'on peut définir la voix articulée.
Cette définition nous présente l'expiration comme une condition indispensable à la formation de la voix. Cependant on peut encore produire des sons pendant l'expiration, et quelques auteurs donnent simplement le nom de voix à la formation du son dans le larynx, sans tenir compte du temps de la respiration pendant lequel il se produit. Tel est Halier. Mais, nonobstant l'observation d'une vieille femme, qui parlait à haute voix pendant l'inspiration , fait rapporté par Halier d'après Ammann, et quelques autres faits de ce genre, nous n'en considérerons pas moins la production des sons pendant l'inspiration comme un phénomène anormal, puisque la dilatation et le relâchement de la glotte, états diamétralernent opposés à ce qu'on observe pendant la phonation , accompagnent toujours l'entrée de l'air dans la poitrine.
Tous les animaux pourvus d'un organe pulmo-
riaire et d'un larynx ont de la voix; car il suffît, pour la production de ce son, que l'air, accumulé dans un réceptacle quelconque , en soit chassé en masse, avec une certaine force, et rencontre sur son passage des parties élastiques et vibratiles. Les poissons, qui n'ont que des branchies, ne font entendre aucun son; mais ce désavantage, qui nuit sans doute à Fétendue et à la facilité de leurs relations, est en partie réparé par l'extrême vélocité de leurs mouvemens progressifs.
• On ne peut donner le nom de voix au bruit que produisent certains animaux pour exprimer leurs passions, en mettant en vibration des substances élastiques placées tout-à-fait en-dehors des voies respiratoires^ telles que les ébranlemens sonores que certaines sauterelles communiquent à une portion membraneuse en forme de peau de tambour, de chaque étui, en frottant intérieurement et avec rapidité ces parties l'une contre l'autre, ou à leurs élytres et leurs ailes, en raclant sur elles avec leurs cuisses postérieures , à la manière d'un archet de violon.
L'instrument de la voix est le larynx, espèce de boîte cartilagineuse, placée h la partie supérieure de la trachée-artère. Les cartilages minces et élastiques qui forment ses parois sont unis ensemble par des membranes, et mus les uns sur les autres par plusieurs petits muscles appelés intrinsèques du larjivx. Ces cinq cartilages paraissent concourir à la formation de la voix, et y contribuer chacun
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pour une part plus OU moins importante. I^'épigloUe elle-même sert à la production de ce phénomène ^ sans que pour cela ce cartilage doive être regardé comme absolument inutile dans le mécanisme de la déglutition. Si l'on raisonnait comme ceux qui ont avancé cette opinion, pour avoir vu la fonction s'accomplir sur des chiens auxquels ils avaient extirpé l'épiglotte^ on pourrait dire que ce fibro-cartiîage est parfaitement étranger aux modulations de la voix : le rossignol n'a point d'épiglotte.
Le cartilage cricoïde qui supporte les deux aryténoïdes et leur sert de base, n'est point immobile à la partie inférieure du larynx. La trachée-artère, à laquelle il est attaché par son bord inférieur, cède et s'alonge pour en permettre les mouvemens. Le thyroïde et les aryténoïdes complètent cet appareil de parties cartilagineuses, élastiques et éminemment vibratiles, qui sont mises en mouvement par neuf petits muscles (i), eux-mêmes animés par quatre branches de nerfs appelés laiyngés y et distingués en supérieurs et en inférieurs. Ces rameaux nerveux sont fournis par la huitième paire ou les nerfs pneumogastriques. Les nerfs laryngés inférieurs, appelés récurreiis d'après leur direction, sont depuis long-temps célèbres par Texpérience publique que fit sur eux Galien (2), pour prouver
(i) Crico-thyroïdiens, crico — aryténoïdiens postérieurs et latéraux , thyro-aryténoïdiens et aryténoïdif n.
(2) De HippocraU et Plat. Dceret. 1. 2, c. 6. JdmlnUira^ tîones çnatomicœ . l. SjC^ 5.
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que ranimai sur kquel on les coupe devient muet aussitôt. Parmi les modernes, plusieurs de ceux qui ont répété l'expérience de Galien ont trouvé que la voix ne s'éteignait point entièrement, soit que l'on coupât ces deux nerfs, soit que l'on en fît la ligature. Haller (i) attribue cette différence dans les résultats à plusieurs causes, au nombre desquelles il range la conservation des nerfs laryngés supérieurs, qui peuvent, dit-il , suffire à la production du son vocal. Le même physiologiste avait reconnu dans ses expériences [2) que la ligature de l'un des nerfs pneumogastriques éteint la moitié de la voix, et qu'en les liant tous les deux, entre autres phénomènes, on produit une aphonie complète.
Les nerfs laryngés concourent donc aussi bien que les récurrens à la production de la voix , qu'éteint la section des deux nerfs pneumogastriques, faite au-dessus de l'endroit où ils s'en détachent. Les nerfs récurrens se rendent principalement aux muscles crico-aryténoïdiens postérieurs et latéraux, ainsi qu'aux thyro-aryténoïdiens; le nerf laryngé^ au contraire, anime les muscles crico-thvroïdiens et ary ténoïdiens. D'après cette distribution des nerfs du larynx, on conçoit parfaitement comment, la section des récurrens étant faite, la glotte se resserre encore presque complètement par l'action des trois
(i) Aut demùm nervus laryngis naturœ sufjecit. Elément, phjsiolog. t. III, p. 409.
(2) Second mémoire sur les parties irritables et sensibles.
derniers muscles, agens principaux de son rétrécissement. Quoique les dissections de M. Blandin ^ celles de M. Malgaigne aient montre que cette distribution des nerfs n'est pas aussi régulière que Fa avancé M. Magendie, cependant on ne peut nier que le laryngé n'appartienne plus particulièrement aux constricteurs, et le récurrent auxdilatcurs de la glotte.
La glotte, longue de dix à onze lignes dans un homme adulte, et large de deux à trois vers Tendroit où elle a le plus de largeur, est la partie la plus essentielle du larynx; elle est véritablement l'organe de la voix, qui s'éteint tout à coup lorsqu'en ouvrant la trachée-artère ou le larynx audessous d'elle , on empêche l'air de la traverser. La parole seule est perdue lorsque la plaie est faite au-dessus de l'endroit qu'occupe la glotte; ce qui prouve que la voix et la parole sont deux phénomènes bien distincts, dont l'un se passe dans le larynx, tandis que l'autre résulte de l'action des diverses parties de la bouche , et surtout des lèvres. L'ouverture de la glotte, examinée sur un animal vivant , s'ouvre et se ferme , et ses mouvemens alternatifs sont parfaitement isochrones avec ceux de la respiration ; la glotte s'ouvre , l'air pénètre dans les poumons; la glotte se rétrécit pendant la sortie de l'air expiré. Au moment où l'expiration cesse, le relâchement s'achève. L'ouverture est la plus grande possible, l'inspiration commence. La voix est un phénomène expiratoire : pour le produire, les muscles
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intrinsèques du larynx se contraclcnt et niellent les cotés Je la glotte et cette ouverture elle-même dans des états diffcrens, suivant la diversité des sons. Tandis que l'ouverture de la glotte s'ouvre ou se ferme pour l'entrée et la sortie de l'air, ou pour imprimer au son vocal les diverses modifications dont il est susceptible^ l'ouverture supérieure du larynx, espace ovalaire circonscrit en avant par l'épiglotte, en arrière par les aryténoïdes, et sur les côtés par les replis de la membrane muqueuse qui se portent du sommet des cartilages arvténoïdes aux côtés de la hme épiglottique; l'entrée du larynx reste ouverte, béante, et comme passive par rapport aux phénomènes de la voix, ainsi qu'aux mouvemcns de la respiration (i).
Dans piesque tous les traités de physiologie , les auteurs se sont longuement étendus sur les théories de la voix , et ont négligé l'étude des phénomènes qui accompagnent la production desdifférens sons. La marche opposée est cependant beaucoup plus rationnelle, puisque les théories sont variables, susceptibles d'être remplacées les unes par les autres, tandis que les phénomènes dont la phona-