CCX. L'existence du fœtus est purement végé
tative; il pnise conlinuellcment dans les sucs que les vaisseaux de la mère envoient au placenta , ce qui doit servir à son accroissement et à sa nourriture. Il peut être considéré comme un nouvel organe, produit de la conception, participant h la vie générale, mais ayant sa vie particulière, et, jusqu'à un certain point , indépendante de celle de la mère. R.eplié sur lui-même de manière à n'occuper que le moindre espace possible, et s'accommoder à la figure ovoïde de l'utérus , il ne peut point être regardé comme un homme endormi ; car non-seulement les organes des sens et des mouvemens volontaires sont dans un parfait repos , mais encore plusieurs des fonctions assimilatrices ne s'exercent en aucune manière : telles la diluestion , la respiration et le plus grand nombre des sécrétions. Le fœtus exécute, au milieu des eaux de l'amnios , des mouvemens spontanés, que les accoucheurs re2:ardent avec raison comme le sienne le plus certain de la grossesse. On a voulu nier l'existence de ces phénomènes, et attribuer à un simple ballottement les déplacemens que le produit de la conception éprouve. On se fondait sur les connexions intimes qui existent entre la respiration et ie mouvement musculaire : l'on disait que le sang du fœtus , ne s'imprégnant point d'oxigène dans son passage à travers les poumons, ne pouvait entretenir la contractiiité. Mais, outre qu^un fait n'est pas moins certain ^ pour se prêter difficilement aux explications ^ on peut répondre
336 DE LA GÉNÉRATIOI<f*
que !a mère remplit cet office h l'cgard du fœtus ^ en envoyant au placenta un sang artériel, dont l'action sur celui du. fœtus est propre à déterminer la contraction des muscles.
Comme nous n'exerçons a^cun mouvement qu'en vertu d'impressions antérieurement reçues , et que les organes des sens du fœtus sont dans une inactivité complète , il parait difficile de dire pourquoi il agit dans le sein de sa mère. Mais le toucher s'exerce lorsqu'une partie quelconque de la surface de son corps vient heurter Tintérieur du sac qui le contient ; enfin, les impressions intérieures déterminent des mouvemens chez le fœtus comme chez l'adulte qui dort d'un profond sommeil.
Le fœtus se nourrit, comme tout autre organe, en s'appropriant ce qui lui convient dans le sang que lui apportent les vaisseaux de la matrice. Analogue aux plantes parasites , il se nourrit aux dépens du tronc sur lequel il est enté: il vit aux frais de la mère , comme l'un des membres de cette dernière , différant néanmoins do ceux-ci , en ce qu'il possède tous les organes nécessaires à son existence séparée , après qu'ils auront acquis un certain degré de développement et de force.
On demande si la liqueur de l'amnios sert à la nutrition du fœtus , dont la bouche est fermée , la tète penchée sur la poitrine, et le ^conduit intestinal plein d'un liquide différent de celui dans
DE tA GÉNÊftAflOÎÇ. ^i^
lequel son corps est plongé. L'enduit gras qui recouvre la surface de la peau ne s'oppose-t-il pas h l'absorption qui pourrait avoir lieu par la surface extérieure?
S'il était vrai que le cordon ombilical a manqué dans certaines occasions, on serait bien forcé d'admettre l'opinion de Boerhaave (i) , et de croire avec lui que le fœtus se nourrit des eaux de J'amnios; mais les auteurs qui prétendent avoir constaté l'absence du cordon ombilical ne méritent aucune confiance. Stalpart Vanderviel (2) , par exemple , curieux de recueillir des cas 7'ares^ rapporte une observation de défaut du cordon, faite sur un enfant de quinze mois. D'autres observalions semblables existent dans les journaux du dix-septième siècle, dans les Ephémérides des Cuvieux de la Nature^ collections périodiques^ alors comme aujourd'hui , dégoûtantes d'inepties et de mensonges. Deux observations plus récentes, faites par Osiaoder , et rapportées par M. Lobstein dans son Essai sur la nutrition du fœtus (3) , n'ont pas plus d'authenticité ; et Ton est surpris qu'un
esprit aussi judicieux leur ait accordé quelque
créance.
D'un autre coté , on a àQS faits avérés qui
(i) Institutiones inedicœ ^ §. 382,
(2) Ohservaîionum rariorum centiirla posterior , pars i, observât. 82.
(3) Essai sur ta nutrition du foetus. SU'asbourg, i8o2j page 100.
prouvent que des eufans sont venus au monde avec la bouche et les narines fermées, les autres absolument sans tète ; et cependant l'estomac et les intestins étaient remplis du méconium accoutumé. Des fœtus ont continué de vivre dans la matrice long-temps après l'écoulement des eaux de l'amnios. La doctrine d'Hippocrate , d'Aristote, de Galien , touchant la nutrition du fœtus par le cordon ombilical , est donc plus probable que l'opinion de Boerhaave.
Cependant, comme l'existence d'un sac membraneux rempli d'eau est constante dans les animaux à sang chaud , et même dans ceujf à sang froid , chez lesquels il n'existe ni placenta , ni cordon ombilical ; que la liqueur de l'amnios , abondante dans les premiers temps de la grossesse , diminue à mesure que le fœtus s'accroît ^ Haller , et avec lui plusieurs physiologistes , ont adopté une opinion mixte , et admis que le fœtus se nourrissait à la fois au moyen du cordon ombilical et des eaux de l'amnios. Le fœtus avale-t-il celle-ci par une véritable déglutition ; pénètret-ellc par la bouche dans les voies digestives; ou l'absorbe-t-il par sa surface extérieure ? On ne peut énoncer ici que de simples probabilités.
Les embryons se nourrissent à une époque où la bouche et les organes gastriques ne sont point encore formés. Plusieurs fœtus ont offert l'imperforation de la bouche et des narines. Heister a vu, l'eau de l'amnios étant gelée dans l'œuf de la
Dli: LA GÉNÉRATION. SBq
vache , un glaçon se continuer de la bouche jusqu'à l'estomac. On trouve dans le méconium des poils semblables à ceux que contient Tamnios : il est vrai que l'origine des poils étant inconnue , ils peuvent se former dans le méconium comme dans î'amnios. M. Béclard (i), pour prouver l'introduclion de l'eau dans les voies digestives ^ cite un fait qui me paraît entièrement opposé à cette opinion. « J'ai disséqué , dit-il , le cadavre d'un fœtus dont » l'intestin présentait une oblitération ; la partie )) supérieure contenait seule du méconium ; l'in- )) férieure , très-étroite, ne contenait qu'une mu- » cosité douceâtre, incolore. » Rien assurément n'établit moins Tintroduction de l'eau de l'àmnios. Cette liqueur douceâtre , qui remplissait la partie inférieure de l'intestin , était le résultat des sécrétions muqueuses plus abondantes chez le fœtus que chez l'adulte , comme l'a très-bien observé •M. Lobstein : elle ne différait du méconium contenu dans la partie supérieure , que parce que la bile n'avait pu s'y mêler.
Il paraît donc probable que c'est principalement par le moyen du cordon ombilical que s'opère la nutrition du fœtus : si l'eau de I'amnios y contribue, elle pénètre par voie d'absorption. La surface du corps est éminemment absorbante ; c'est seulement vers la fin de la grossesse qu'elle se couvre de cet enduit gras qui doit en boucher les pores.
(i) Thèse inaugumle.ViXvhj août i8i3.
34o DK LA GÉNÉRATION*
Cette matière caséeuse est formée par laa glandes sébacées de la peau, trôs-développées à cette époque de la vie.
L'eau de l'amnios peut, en certains cas , s'introduire dans le corps du fœtus , non que cela arrive aussi constamment- que l'ont pensé certains physiologistes. Lorsque l'on ouvre une chienne prête à mettre bas , on voit à travers la membrane de l'amnios , après avoir incisé l'utérus (i) , les petits fœtus respirer les eaux dans lesquelles ils sont plongés.
Mais cette introduction de l'eau de l'amnios , qui a certainement lieu lorsque la circulation avec la mère éprouve des obstacles , n'est point habituelle. Si ce phénomène existait , la respiration du fœtus ressemblerait, jusqu'à un certain point, à celle des
(i) Expériences faites à l'Ecole d'accoucliemens de Copenhague , par MM. liérold et Abilgaard, et à l'Ecole de Médecine de Paris.
Il est remarquable que ces observations aient été faites par Vésale, comme le prouve le passage suivant, trop curieux pour que le lecteur nous sache mauvais gré de l'avoir transcrit en son entier :
« Verùm in fœtuum vivâ administratione jucundum est specn tare, qualiter simulatque fœtus aërem ambientem contingit , » respirare nititur. Atque hîec sectio opportune in cane aut sue » obitur, quùni non multô post sus est paritura. Si enim ipsius » abdomen ad peritonei usque cavitalem diviseris, atque dum » uterum quoque in unius fœtus sede aperueris , ac secundina » ab utero liberata fœtum mensse imposueris, cernes per peilu- » cidas membranaceasque ipsius tunicas, qualiter is frustra res-
DE LA GÉNÉRATION. 34 l
poissons : il resterait à voir si les eaux cîc Tamnios contiennent un air assez riche en oxigénc pour agir sur le sang qui traverse les pâmons.
L'absence du cordon ombilical pendant les deux ou trois premières semaines de la vie intra-utérine, doit faire supposer l'existence de quelque organe destiné à fournir au fœtus les matériaux de la nutrition. Outre l'absorption du liquide de Tamnios qui pourrait remplir cet usage, on a encore admis que la vésicule ombilicale et l'allantoïde devaient y concourir. Relativement à cette dernière poche, les physiologistes sont d'avis partagé , et même le plus grand nombre est disposé à la regarder comme le réservoir de l'urine; fait douteux pour les mammilères , mais qui paraît démontré pour les oiseaux, d'après les travaux de M. Jacobson. Quant à la première poche, la vésicule ombilicale j
» pirare conalur^ et -veluti suffocatus moritur. Si verô foetus in- » volucra pertuderis, ipsîusque caput illis liberaveris, mox il- » lum veliiti reviviscere , et eleganter respirare cernes. Atque » quùm id in uno fœtu indagaveris, allium aggredieris : quem M ab utero non liberabis , yerùm apertum ex dicta jam foetus » administratione , uterum tantisper invertes , et prius factae sec- » tionis labia extrorsum reflectes, dum alterius proximique fœ- » tus infirma învolucrorum pars sedes-ve appareat, et hanc ad y> eam nsque regionem ab utero detegas, qnà is exteriori foetus » involucro connascitur : et quà ampla ea lienis substantiae si' » milis caro habetur, qufe vasa ex utero in exterius foetus invo- » lucrum intertexit. »
Andréas Versalius, de corporls humani fahricd ^ lib. vi? | sap. i^î çûi tituîus; de Vivomm secùonc nonnuHâs
tout porte à la considérer comme l'analogue de la membrane du jaune des oiseaux, et destinée, comme elle, à sécréter an fluide nourricier qui est versé
dans l'intestin rudimentaire du fœtus, et sert à son développement. M. Breschet pense que dans les premiers temps de la gestation les deux lames de la membrane caduque sont séparées l'une de l'autre par un liquide qui sert à la nutrition du fœtus.
On a long-temps pensé que le fœtus était dans une situation droite pendant#es premiers mois de sa vie , mais que vers la fin de la grossesse il la quittait pour prendre une position renversée, en faisant la culbute. Cette erreur , accréditée par son antiquité, et par la foi qu'y avaient ajoutée plusieurs physiologistes , se trouve victorieusement réfutée dans le Traité du professeur BeudelocquCj sur VArt des accouchemens. Il suffit, pour reconnaître l'absurdité d'une telle hypothèse, de faire attention que la tête de l'embryon , en étant toujours la partie la plus volumineuse et la plus pesante , doit nécessairement occuper l'endroit le plus déclive.
L'embonpoint , la force du fœtus, ne sont point relatifs à la vigueur de la mère. On voit des femmes grasses et puissantes donner le jour à des enfans chétifs 5 tandis que d'autres , maigres , épuisées , les mettent au monde gras et bien portans. Ce ne sont cependant que des exceptions à la règle, qui enseigne que, toutes choses égales d'ailleurs, le bon état du fœtus se mesure par celui de la mère. L'ai-
tération des liquides de celle-ci influe manifestement sur la santé du fœtus ; peut-être même est-ce la voie par laquelle se transmettent les maladies héréditaires , attribuées par d'autres à certaines altérations de la semence.
Le fœtus est sujet à des affections de diverses espèces, soit qu'elles naissent en lui-même, soit qu'il en reçoive le germe. Souvent on a vu des cicatrices qui prouvaient évidemment des solutions de continuité de diverses espèces. Assez fréquemment l'enfant qui vient au monde privé de quelque membre, l'a perdu à la suite d'une affection éprouvée dans le sein de sa mère. Hippocrate(i) fait mention de diverses espèces de luxations de la cuisse et du bras, qui peuvent survenir au fœtus dans le sein de sa mère. Le professeur Chaussier , appelé dans un cas de celte espèce^ trouva la m.ain et une portion de l'avant-bras au milieu des secondines.
On dait au même professeur deux observations curieuses sur les fractures survenues à des fœtus encore contenus dans la matrice, et faussement attribuées à l'imagination de la mère (^.). Dans le premier de ces deux cas, la grossesse ayant été heureuse et l'accouchement facile, le nouveau-né offrit quarante-trois fractures très-distinctes : les
(i) De articulis,
(2) Bulletin de' la Faculté de Médecine de Paris, 11^ 3. i8i3.
344 I>E ^^ GÉNÉRATiaif.
unes récentes, les autres dans un état de consolidation plus ou moins avancé. Dans le second cas, la mère étant également bien portante, et la grossesse n'ayant été traversée par aucun accident, l'accouchemeut a terme donna naissance à un enfant femelle qui mourut au bout de vingt-quatre heures, et dont le corps offrit cent treize fractures: les unes déjà consolidées, et les autres non réunies. Un esprit prévenu n'eût pas manqué, à l'exemple de Muys et d'Arnaud , de chercher la cause de cet accident dans l'influence prétendue de l'imagination de la mère; mais comme ces auteurs, notre savant collègue n'a point été séduit par l'autorité de Malebranche. Ce philosophe raconte dans son Traité de la Recherche de la vérité (i) ^ (( qu'il y a environ sept ou huit ans l'on » voyait aux Incurables un jeune homme qui était )) né fou^ et dont le corps était tout rompu dans )) les mêmes endroits dans lesquels on rompt les )) criminels; il a vécu plus de vingt ans en cet état; » plusieurs personnes l'y ont vu , et la feue reine- » mère étant allée visiter cet hospice, eut la cu- » riosité de le voir, et même de toucher les bras » et les jambes de ce jeune homme aux endroits » où était la Fracture. » Plus de quarante ans après, un médecin hollandais, Hartzoëker (2)^ en rapportant le cas de Malebranche, ajoute qu'une femme
f* I II ■ I I ■ I I III 11 iij I I I . la 11 II ,111 ».^piB.— —— ^»B
(i) LîF. n, chap. 7. Paris, 1674.
{i)\^uite des conjectures physiques. Arasterdara? 1708^
de qualité de Paris , ayant également assisté à l'exécution d'un criminel condamné au supplice de la roue , quelques mois après mit au monde une fille toute rompue. Cette fille vécut, mais demeurait couchée , et ne faisait autre chose que pousser de temps à autre une voix plaintive. La chose est sûre; l'auteur la tenait d'un laquais de la maison où cette fille était gardée, mais secrètement.
* Il est étonnant, comme l'observe M. Chaussier, que des faits semblables aient été admis sur de simples ouï-dire , et que dans le siècle éclairé où vivait Malebranche , temps où l'on avait tant de goût pour le merveilleux et tant de facilité pour écrire, aucun anatomiste ^ aucun médecin n'eût constaté d'une manière positive le cas qu'il ne fait qu'indiquer;, mais alors, comme aujourd'hui, le vulgaire crédule adoptait, sans examiner, les fables les plus absurdes. Les vrais savans dédaignaient de combattre àes impostures aussi grossières, et l'erreur, en vieillissant, devenait respectable. Quel savant, écrivant; et tenant pour certains tous les faits apocryphes dont les journaux bercent notre crédulité, n'exercerait point notre foi par des faits aussi invraisemblables que celui rapporté par Malebranche? Mais, grâce3 aux progrès de la raison humaine, aucun fait n'est maintenant admis dans la science sans avoir été d'abord soumis à l'examen d'une critique sévère; les gens du monde et les demi-sayans cpntinuent seuls à puiser leur ir^struc*
lion et leurs croyances dans ces archives de la sottise et du mensonge.
CCXL Des monstres. Comme il est utile d'étudier la nature jusque dans ses écarts, nous allons dire deux mots sur les monstres^ en les réduisant à quatre classes , d'après M. Breschet , qui nomme ceux de la première, monstres par défaut de force formatrice ouagenèses; ceux de la seconde, monstres par excès ou hypergenèses 5 ceux de la troisième, monstres par réunion des germes ou dîplogenèses, et met dans la quatrième^ hctérogenèses, ceux qui le sont par le renversement ou la fausse position des organes. Dans la première, se trouvent les enfans qui viennent au monde avec un bec-de-liévre , 0.U manquent d'une partie quelconque. Dans la seconde, on range ceux qui ont des membres ou des doigts surnuméraires. Dans la trqisième, ceux qui offrent deux corps unis ensemble de diverses manières. Enfin , on place parmi ceux de la quatrième, non-seulement les individus qui présentent une transposition générale des organes, de manière que le cœur, la rate et l'S illiaque du colon se trouvent à droite, tandis que le foie et le cœcum sont à gauche , mais encore ceux qui naissent avec des hernies de toute espèce. On doit joindre à cette dernière espèce de monstruosités les taches de la peau, dont la couleur est toujours celle de quelques-unes de nos humeurs, mais dont les formes extrêmement variées n'ont aucun motif, quoique, d'après un ancien préjugé , on s'efforce d'y trouver
des ressemblances plus ou moins frappantes avec les choses convoitées par les femmes enceintes livrées aux goûts bizarres et aux appétits déréglés qui accompagnent si souvent la grossesse.
Parmi ceux qui ont essayé de remonter aux causes . de ces conformations vicieuses , les uns , comme Malebranche , 'les ont attribuées au pouvoir de l'imagination de la mère sur le fœtus renfermé dans son sein ; les autres , comme Maupertuis , ont pensé que, les passions dont elle est agitée imprimant à ses humeurs des mouvemens désordonnés, cellesci heurtaient avec violence le corps si tendre et si délicat des embryons et des fœtus , et en dérangeaient la structure. Les maladies qui les affligent pendant la durée de leur séjour dans la matrice en sont des causes bien plus probables (i). En outre , comme la machine animale, au lieu d'être constituée, pour ainsi dire, d^m seul jet, se forme progressivement et s'organise , à proprement parler j pièce à pièce, le plus grand nombre des monstres sont des individus arrêtés dans leur développement normal, et présentant des êtres incomplets, dont on peut trouver les analogues dans les espèces inférieures. Le fœtus humain paraît parcourir toute l'échelle de l'animalité avant d'arriver au complément d'organisation qui l'élève au-dessus des embryons et des fœtus des autres espèces, comme si,
( i) Voyez Erreurs populaires relatives à la mddecinef ch. i, \ •in-8". Paris, 1 812. /
dans la production des êtres YÎvans , la nature partait toujours d'un point fondamental , duquel les différens animaux s'éloiofnent en subissant un nombre plus ou moins grand de métamorphoses successives.
L'observation attentive des monstruosités ou vices de conformation , que les enfans apportent en naissant, a, comme Fa très-bien faitobserver Béclard (i), contribué à faire découvrir une des lois les plus importantes du développement de l'organisation. Le plus souvent le vice de conformation offre la permanence d'un état temporaire : c'est ainsi que le bec-de-liévre, le spina-»bifida , etc. , résultent de la persistance de cette fente qui sépare les deux moitiés de l'individu dans les premiers temps de son existence. Les monstruosités dépendantes d'un retard dans l'organogénésie se rencontrent presque toujours sur la ligne médiane. C'est ainsi que les hernies du cervelet et du cerveau se voient le plus souvent vis-à-vis la partie moyenne de l'occiput, des pariétaux et du frontal, endroits par lesquels leur ossification s'achève. La conjonction des yeux , chez les fœtus cyclopes , tient au défaut de développement de l'ethmoïde. Le bec-delièvre, les fentes de la voûte palatine , de la luette, tiennent à la même cause. C'est sur la ligne médiane qu'existent les éventrations congéniales, la disjonc-» tion des parties , Fextrophie vésicale, l'hypospadias ^
(^) Elémens d'Jnatomic ^nêrale^ Ijitroduçlioiij p» 3t
DE tA GÉNÉRATION. 349
les fissures du périnée^ d'où naissent des apparences d'hermaphrodisme. C'est par la ligne médiane que l'évohition organique se termine; les deux moitiés du corps, par lesquelles le développement commence, se rapprochent : l'homme droit et l'homme gauche s'unissent. Voilà la raison par laquelle l'enfant qui naît avec un vice de conformation présente les parties latérales de son corps et de ses organes complètement développées, tandis que les parties occupant la ligne médiane sont à peine ébauchées ou manquent entièrement. Cette explication des \ices de conformation par arrêt de développement, ne rend pas compte de ceux de la seconde espèce, dont la théorie est encore inconnue. Quant à ceux de la troisième, elle est plus facile à saisir. En effet, si deux fœtus contenus dans le même œuf sont placés dos h dos, et ^ue les surfaces par lesquelles ils .se touchent viennent à s'enflammer, on conçoit comment s'effectuera leur union. Si l'on met dans un vase étroit les œufs fécondés d'une tanche ou de tout autre poisson, les petits nombreux qui en naissent, n'ayant point assez d'espace pour se développer, se collent les uns aux autres, et de là naissent des poissons vraiment monstrueux.
Lorsque, par l'effet d'une maladie ou par un vice de conformation primitive, le corps du fœtus manque de quelqu'une de ses parties , les autres se nourrissent mieux, et atteignent un développement plus considérable. C'est ainsi que, dans les acéphales, le manque de cerveau fait que le sang qui
35o DE LA GÉNÉRATION.
devrait se distribuera ce viscère se portant à la face, ceile-ci acquiert une grosseur renaarquable.
Parmi les monstruosités qui tiennent à un vice dans la réunion des germes^ il n'en est pas de plus curieuse que celle qui fut envoyée, il y a quelques années, par le ministre de l'intérieur, à l'École de Médecine de Paris.
Un jeune homme, âgé de treize ans , s'était plaint dès sa plus tendre enfance d'une douleur dans le côté gauche du bas-ventre. Ce côté s'était élevé, et avait présenté une tumeur dès les premières années de sa vie. A l'âge de treize ans, la fièvre le saisit tout à coup; sa tumeur augmenta de volume, et devint très-douloureuse. Quelquesjours après, il évacua par les selles des matières puriformes et fétides. Au bout de trois mois, réduit au marasme, il rendit par les selles un peloton de poils, et quelques semaines après il mourut dans un état de consomption trèsavancé.
A l'ouverture du corps , on trouva dans une poche adossée au colon transverse et communiquant avec lui, quelques pelotons de poils et une masse organisée. Le kyste, situé dans le mésocolon trans verse, au voisinage du colon et hors des voies de la digestion , communiquait avec l'intestin ; mais cette communication était récente,accidentelle,etron voyait manifestement les restes de la cloison qui séparait ces deux cavités. La masse organisée présentait dans ses formes un grand nombre de traits de ressemblance avec le fœtus humain. La dissection ne per-
mit pas de doutci* de sa nature : on y découvrit la trace de quelques organes des sens; un cerveau, une moelle de l'épine , des nerfs très-volumineux, des muscles dégénérés en une sorte de matière fibreuse; un squelette composé d'une colonne vertébrale, d'une tête, d'un bassin et de l'ébauche de presque tous les membres; enfin, da§s un cordon ombilical très-court, et inséré au mésocolon transverse, hors de la cavité de l'intestin , une artère et une veine ramifiées par chacune de leurs extrémités du côté du fœtus et du côté de l'individu au(]uel il tenait. Cela suffisait certainement pour établir l'individualité de cette masse organisée, quoique d'ailleurs elle fût dépourvue des organes de la digestion, de la lespiration j de la sécrétion des urines et de la génération ; seulement l'absence d'un grand nombre d'organes nécessaires à l'entretien de la vie devait la faire regarder comme un de ces fœîus monstrueux condamnés à périr au moment de leur naissance. Ce fœtus était évidemment contemporain de l'individu auquel il était'attaclîé; analogue au produit des conceptions extra-utérines, il vivait aux dépens de celui qu'on doit regarder comme son frère, et dont le germe avait primitivement enveloppé le sien. Pendant les treize premières années de la vie de Bissieu ( c'est ainsi que l'on nommait l'enfant qui offrait cet étrange phénomène ) , la masse organisée puisait dans le mésocolon , au moyen de vaisseaux propres, le sang nécessaire à son existence; ce sang, chassé par les organes de la circulation dans le corps du fœtus ,
35s DE LA GÉNÉRATION.
retournait ensuite au mésocolon de celuî qui lui a feî long-temps servi de mère. Enfin, îe terme marqué par la nature pour Texpuision étant arrivé, et cette expulsion ne pouvant avoir lieu, le kyste s'est enflammé; l'inflammation s'est étendue à l'intestin : la cloison qui séparait ces deux cavités a été détruite; le kyste a communiqtlé dans le colon ; du pus et des poils ont été rendus par les selles, et une véritable phthisie abdominale a fait périr le malade. Des dessins faits sur toutes les parties du corps du fœtus, par MM. Cuvieret Jadelot, ne laissent rien à désirer sur ce fait aussi rare qu'intéressant (i).
Il ne faut point ajouter une trop ferme croyance à tout ce que contiennent d'extraordinaire sur ce sujet les écrivains de l'antiquité, et même ceux des derniers siècles. En lisant les recueils périodiques publiés pendant le dix-septième , et mémo au commencement du dix -huitième siècle^ tels que les Ephémérides des Curieux de la nature , le Journal des Sa^ans ^ etc. , on est surpris de la quantité de choses extraordinaires qui s'y trouvent racontées. Dans l'un, c'est une fille venue au monde avec une tête de porc ; dans l'autre , c'est une femme accouchée d'un animal qui ne différait en rien d'un brochet. Il fut un temps , dit
(i) On trou-vera l'histou-e de deux faits du même genre , observés en Angleterre; elle est consignée dans le recueil intitulé : Transactions médico - chirur^cales ^ tome I. M. Lachaise, d'Angers, a rapporté un assez de grand nombre de faits analogues dans sa dissertation inaugurale.
h ce sujet un philosophe ^ où toute la philosophie consistait à ne voir dans la nature que des prodiges.
CCXII. Des enveloppes du fœtus. On donne le nom àH arriere-faix ou de délivre aux enveloppes du fœtus , parce qu'elles ne sont expulsées qu'après qu'il est sorti de la matrice , et que l'accouchement n*e3t terminé qu'après cette expulsion ^ nommée par les accoucheurs délivrance. Le sac ovoïde qui contient le fœtus est formé de deux membranes appliquées l'une à l'autre. On nomme chorion celle qui ^ par sa face externe, velue et, tomenteuse, adhèreà l'intérieur de l'utérus; l'autre membrane , concentrique à la première , moins épaisse qu'elle , et devant être regardée comme l'organe sécrétoire de la liqueur qui remplit l'œuf avec le fœtus, est connue sous le nom à^amnios. La troisième enveloppe, admise par Hunter,appelée parce physiologiste membrane caduque {decidua\ semble être un tissu lanugineux, que présente l'extérieur du chorion lorsqu'on a rompu la multitude des filamens celluleux et vasculaircs au moyen desquels l'œuf est attaché à la matrice. Le placenta est-il lui-même autre chose qu'une portion plus épaisse de ce tissu cotonneux dans laquelle les vaisseaux oiïîbilicaux se ramifient? La matrice est aussi plus épaisse dans l'endroit qui correspond à ce gâteau spongieux , parce que c'est là que la communication de la mère avec le fœtua est établie, 3, a5
La membrane caduque, véritable épichorlon ^ et c'eât ainsi que la nomme M. Chaussier, la membrane caduque est le résultat de l'orgasme générateur ; elle s'organise à la surface interne de l'utérus, irritée par l'acte d'imprégnation, etserth unir l'œuf avec l'intérieur de la poche qui doit le contenir; et lors même que cet œuf n'existe point, la membrane caduque ne se développe pas moins à l'intérieur de la matrice. C'est ce que l'on voit manifestement dans les grossesses extra-utérines.
De nouvelles recherches sur le tissu membraneux qui fait adhérer Pœuf humain a l'intérieur de la matrice, ont démontré à MM. les docteurs Moreau et Velpeau que la caduque de Hunter , appelée épichorionpsivM. le professeur Chaussier, était ^ quant à sa forme, une véritable membrane séreuse, contiguë à elie-raêmej et adhérant d'une part à l'intérieur de l'utérus, et d'un autre côté à l'extérieur du chorion, enveloppe du fœtus. Ces idées sur le moyen d'union entre le fœtus et la mère, d'après lesquelles l'œuf serait attaché dans la matrice de la même manière que les viscères dans l'abdomen, paraissent d'autant plus plausibles, qu'outre Panalogie , elles ont en leur faveur plusieurs observations authentiques sur l'existence d'une surface contiguë et humide dans l'épaisseur de la membrane caduque. M. le professeur Désormeaux les a de tout temps enseignées dans ses cours, en faisant la remarque que les belles planches de G. Hunter,
sur l'utérus dans Tétat de grossesse, expriment parfaitemen t cette disposition de la membrane caduque, contiguë à elle-même.
La liqueur que sécrète Vamnios est un fluide séreux, d'une odeur douce, d'une saveur fade, légèrement troublé par une matière lactescente qu'il tient en suspension , et un peu plus pesant que l'eau distillée , i ,004. Elle est presque entièrement aqueuse , puisque l'albumine , la soude , le muriate de soude et le phosphate de chaux qu'y ont trouvé MM. Buniva et Vauquelin, ne s'élèvent qu'à 0,012 delà masse totale. Elle verdit la teinture de violettes, et rougit cependant celle de tournesol ; ce qui est vraiment singulier ^ comme le remarquent les deux observateurs que je viens de citer , et indique la co-existence d'un alcali et d'un acide isolés. Celui-ci est peu abondant^ tellement volatil, et si facilement réductible dans l'eau de l'amnios de la femme, qu'on n'a point encore pu l'obtenir séparément , tandis qu'on trouve dans les eaux de l'amnios de la vache un acide particulier , nommé par MM. Buniva et Vauquelin acide am^ niotique. La quantité des eaux de l'amnios est d'autant plus considérable par rapport au fœtus , que celui-ci est plus voisin de l'instant de sa formation : elle est le produit de l'exhalation artérielle qui se fait à l'intérieur de la membrane séreuse. Ses matériaux viennent du sang qu'apportent les vaisseaux de la matrice. Ceci est non -seulement prouvé par l'analogie, mais encore par l'observation
356 DE tA ÛÉNÉftATlÔN.
lies rapporUqai existent entre les qualité.*; des eM% cie Tamnios et le régime que suit la mère. C'est ainsi qu'elles blaijchissaienllecuivrechez une femme qui avait fait des frictions mercurielles pendant la durée de sa grossesse.
Le sommet de la vessie, dans le fœtus mammifère , se continue avec un canal dont on trouve un rudiment chez l'homme , et qu'on nomme l'owraque. Ce canal se joint aux vaisseaux du cordon , sort avec eux par l'omiDilic, etVa se terminer à une pochemembraneuse placée entre le chorion et l'amnios; c'est l'allantoïde, facile à démontrer dans le fœtus de quelques animaux, mais peu marquée dans celui de l'homme. Plusieursanatomistesdisentavoir vu Touraque , ordinairement ligamenteux , qui s'élève de la vessie humaine , se terminer à une petite vésicule, que quelques-uns comparent à une graine de melon, tandis que d'autres soutiennent que son volume n'excède point celui d'un grain de chanvre Ou de millet. Une vésicule aussi petite , quand elle existe, ne peut certainement servir à aucun usage, Pouraque formant presque toujours un cordon solide , rarement creusé d'un canal très-étroit dans Sa portion la plus voisine du sommet de la vessie. L'existence de ces parties administre une nouvelle preuve de ce que nous avons dit en traitant des usages attribués à la valvule du cœcum, qu'il est dans le corps des animaux des organes qui ne sont d'aucune utilité , et qui n'existent que comme des témoignages du plan auquel la nature s'est assu-«
jélie dans la production des êtres , et des gradations qu'elle a constamment suivies en établissant la distinction des espèces (i).
De nouvelles recherches, entreprises et suivies avec autant de patience que de sagacité, ont fait découvrir à M. Dutrochet, l'un des élèves les plus distingués, sortis de l'Ecole de médecine de Paris ^ que les lois de développement du fœtus des mammifères, et probablement du fœtus humain , sont les mêmes que celles qui , chez les oiseaux et les reptiles , président à la formation de l'embryon et des membranes dont il est enveloppé. D'après ces recherches vérifiées avec soin par M. Cuvier, dans les premiers temps de la formation du nouvel être , la vessie urinaire , développée et sortie de l'abdomen , envelopperait extérieurement l'amnios, produirait le chorion et l'allantoïde; et cette poche extérieure finirait par n'avoir plus de communication avec le reste de l'organe renfermé dans le corps du fœtus , lorsque l'anneau ombilical , venant à se resserrer sur lui-même, étrangle l'ouraque. Ce canal subsiste, converti en ligament , com.me pour indiquer ce prolongement primitif de la vessie, et le mode de production des membranes extérieures du fœtus. L'allantoïde n'est , d'après la découverte de M. Dutrochet , que cette portion
(i) C'est dans la considération plus étendue de ces rudimens d'organes que M. Geoffroy de Saint-Hilaire a trouvé les bases de sa PhilQsophie anatornique. Voyez cet ouvrage.
de la vessie prolongée hors du corps du fœtus en- Yeloppant Famnios, et servant à la nutrition du nouvel être (i).
Il s'en faut bien , au reste , que l'on puisse recevoir comme des vérités palpables et rigoureusement démontrées tout ce que rapportent MM. Cuvier , Dutrochet , Lobstein , Oken, Fleisclimann , Mekel, Hœchstetter, Emmert , Pander et Bojanus, sur l'œuf humain et les premiers temps de l'embrvon. Seulement toutes les probabilités , et même toutes les preuves analogiques, se réunissent pour établir la ressemblance de tous les êtres vivans, d'autant plus grande, comme nous Tavons dit il y a bien long- temps (2), qu'on les observe à une époque plus voisine de leur première formation.
GCXIÏL Du terme naturel de la grossesse. \je fœtus peut se passer de l'influence maternelle , lorsqu'il s'est écoulé un intervalle de sept à huit mois 5 à compter de l'instant de la conception.
(i) Recherches sur les enveloppes du fœtus. Mémoires de la Société médicale d'émulation de Paris , tome VIII.
(2) Dans les Mémoires de la Société médicale d'émulation, année 1799, t. III, p. 176-177 , dix ans par conse'quent avant la publication de la Philosophie zoologie/ ue de M. le professeur Lamarck, laquelle a paru en 1809. Ce savant s'est, il est vrai, rendu propre celte idée par les heureux développemens qu'il lui a donnés. Quelque furet scientifique la trouverait peut-être dans les écrits des anciens, ou même dans ceux des modernes. Aussi suis-je bien loin d'attacher une grande importance à l'honneur de la priorité. Toutefois , comme le disait madame D acier : 3fa remarque subsiste.
Tous les accoucheurs s'accordent pour dire qu'il est viable à cette époque , et que s'il reste deux mois de plus dans l'utérus, c'est pour acque'rir plus de force, et résister mieux aux nouvelles impressions qu'il doit éprouver lorsqu'il viendra à la lumière. Lorsque l'œuf se détache avant ce temps de maturité, l'enfant naît mort, ou meurt en naissant. On en a cependant vu survivre dans des accouchemens prématurés, survenus pendant le sixième mois de la grossesse ; mais , en général, la vie de l'enfant est d'autant mieux assurée , que l'accouchement se fait à Tépoque accoutumée, environ la fin du neuvième mois solaire , ou le milieu du dixième lunaire. On observe que les enfans de sept mois, quelque robustes qu'ils doivent être par la suite, viennent au monde faibles, les yeux fermés, et qu'ils passent dans un état d'extrême débilité et de souffrance les deux mois qu'ils auraient dû rester dans le sein de leur mère : ce qui prouve bien la nécessité d'une gestation prolongée jusqu'à la fin du neuvième mois solaire.
Si le fœtus peut se détacher de sa mère et vivre avant le temps ordinaire, ne peut-il pas également rester plus Ion g-lea:ips, prendre dans l'utérus un accroissement moins rapide, et n'être expulsé que plusieurs jours, plusieurs semaines, et même quelques mois plus tard? Et alors, combien n'cst-il pas difficile d'assigner un terme précis au-delà duquel il ne soit plus permis de croire à la possibilité d^une naissance tardive?
36o DE LA génération/
On croit avoir des exemples certains d'enfans ncs plus de dix mois après l'acte de la fécondation; et cependant les lois, qui ne peuvent être établies sur des exceptions rares, ne prorogent point jusqu'à cette époque la légitimation des enfans nés après la dissolution civile du mariage,
CCXIV. De V accouchement. Lorsque le fœtus a séjourné assez long-temps dans le sein de sa mère pour acquérir le degré de force nécessaire à son existence isolée, il s'en sépare^ entraînant après lui les parties qui lui servaient d'enveloppes et l'unissaient à l'utérus. C'est à sa sortie de ce viscère que l'on a donné le nom ^accouchement. Rien de plus ridicule que ce qu'ont pensé plusieurs auteurs au sujet de ces causes déterminantes. Selon quelques-uns, Fabrice d'Aquapendentc, par exemple , c'est le besoin de se rafraîchir par la respiration qui le porte à briser ses membranes; suivant d'autres^ il y est déterminé par la nécessité de rendre le méconium, liqueur excrémentitielle qui remplit le conduit intestinal. On a dit encore qu'il y était sollicité par le besoin de nourriture , ou bien que l'accouchement dépendait de la vive réaction des fibres du corps de la matrice , qui , distendues outre mesure vers la fin de la grossesse, reviennent ser elles-mêmes, et surmontent la résistance du col aminci et dilaté par degrés. Mais , dans cette dernière hypothèse, la seule qui jouisse encore de quelque faveur, comment une femme , dont la matrice a une capacité déterminée , n'ac-
couche-t-clle pas à mi-terme, lorsque le part est double, c'est-à-dire lorsque les deux jumeaux, qui avec leurs eaux et leurs membranes remplissent la cavité de l'utérus, lui font éprouver, au milieu de la grossesse , le même degré d'extension que celui qui serait produit par un seul fœtos parvenu au terme naturel ?
Il est bien vrai que, durant quinze jours, et même un mois avant l'accouchement , la matrice semble se préparer à l'expulsion du fœtus. C'est au moins ce qu'on peut inférer de la saillie que le toucher du col de la matrice fait quelquefois reconnaître, saillie évidemment produite par la poche des eaux qui s'engage dans Torifice de l'utérus^ lorque cet organe se contracte, pour s'affaisser et disparaître lorsqu'il tombe dans le relâchement.
Il est, pour le produit de la conception, une époque de maturité, c'est-à-dire un terme auquel il peut exister séparé de sa mère. Lorsque cette époque est arrivée, l'œuf qui le renferme se détache de l'utérus par un mécanisme en tout semblable à celui par lequel le pétiole d'un fruit mûr abandonne le rameau auquel ce fruit est suspendu : alors probablement le fœtus refuse d'admettre le sang que lui apporte la veine ombilicale; le placenta s'engorge : cette stagnation des sucs s'étend de proche en proche h la matrice et aux parties voisines. Stimulés par leur présence , ces organes entrent en action; la femme ressent des douleurs qui, d'abord vagues, irrégulières ^ et semblables à des tranchées ( mouches ou
fausses douleurs)^ changent de caractère , deviennent plus vives, s'accompagnent d'un sentiment de constriction,se dirigent de haut en bas^ c'est-à-dire du fond vers le col de la matrice. Alors cette poche contractile, aidée par le diaphragme et par les muscles abdominaux , redouble d'efforts pour se débarrasser. Les douleurs deviennent plus vives et plus fréquentes; la face est rouge et animée, le pouls plein et rapide ; le corps entier paraît partager l'anxiété delà matrice, agitée par les secousses expulsives. La poche des eaux s'engage en manière de coin dans l'orifice de l'utérus, dont les bords sont prodigieusement affaiblis; les efforts redoublent, les membranes se déchirent^ l'eau de l'amnios s'écoule, la tête de l'enfant s'ens^as^e à son tour et franchit l'orilîce; les douleurs sont excessives : et le terme barbare de co nq lias s antes y^Qu% lequel les accoucheurs les désignent, en exprime toute l'atrocité.
Elles sont surtout intolérables lorsque le sacrum de la femme étant trop peu concave, les nerfs du plexus crural se trouvent violemment comprimés par la tête du fœtus. Cette partie de son corps se présente presque toujours la première; elle traverse le délroit supérieur du bassin dans une direction oblique^ c'est-à-dire l'occiput étant tourné en avant, et correspondant à l'une des cavités cotyloïdes, tandis que la face regarde en arrière, placée vis-à-vis l'une des symphyses sacro-iliaques : elle se présente ainsi au plus grand diamètre de ce passage; mais en descendant dans le petit bassin, elle exécute un mou-
vement d'arc de cercle, au moyen duquel elle traverse le détroit inférieur dans le sens de son plus grand diamètre, qui est l'antéro-postérieur. La téta descend à travers le vagin, paraît au dehors, et se dégage bientôt, suivie par les épaules et les autres parties du corps. C'est ainsi que la nature , après avoir opéré la fécondation par un acte de plaisir, en chasse le produit au milieu des douleurs.
Pour décrire les phénomènes de l'accouchement , nous avons supposé que l'enfant se présentait par la tête, l'occiput dirigé en avant et la face en arrière : c'est aussi le cas le plus ordinaire, puisque sur douze mille six cent trente-trois enfans nés à l'hospice de la Maternité depuis le ib décembre 1797 jusqu'au 3i juillet 1806 , c'est-à-dire dans l'intervalle d'à peu près dix années, douze mille cent vingt l'ont offert ; tandis que des cinq cent soixante-treize restans, soixante-trois sont à la vérité venus par la tète, mais la face tournée en avant; et des autres, cent quatrevingt dix-huit se sont présentés par le siège, cent quarante-sept par les pieds, trois par les genoux, et dans d'autres positions qui rendaient l'accouchement plus difficile (i).
CCXV. Les conduits qui transmettent le fœtus au dehors sont trop étroits, dans l'état ordinaire, pour que sa sortie puisse s'effei:tuer sans déchircmens, si, comme nous allons le voir, la nature n'a-
(i) Voyez VArt des Accouchemens , par J.-L. Baudelocque, quatrième édition , à la fin du second volume.
vait tout disposé pour rendre l'accouchemeilt facile. En effet, si d'un côté elle a formé le crâne du fœtus de pièces flexibles , séparées par des intervalles non ossifiés et membraneux 5 qui permettent aux os d'anticiper les uns sur les autres, et à la tête entière de se réduire et de se filer en quelque sorte à travers les détroits du bassin de la femme, elle a assemblé les os de cette dernière partie de manière que leurs articulations se relâcKent visiblement lorsque le terme de la grossesse approche. Pendant la durée de cet état, c'est vers le bassin et les organes qu'il renferme que se dirigent de toutes parts les humeurs de la mère : les symphyses ligamento-cartilagineuses du pubis, du sacrum et du coccix, abreuvées de sucs, gonflées par leur abord, unissent moins solidement les os entre lesquels elles sont placées. Ainsi ramollies et tuméfiées, elles ne les écartent pas à la manière d'un coin, pour agrandir tous les diamètres ;mais elles rendent leur diduction plus facile par la tête de l'enfant , qui fait effort contre eux en traversant les détroits du bassin. C'est sur le relâchement plus ou moins marqué des symphyses pelviennes,à l'époque de l'accouchement, qu'est fondée l'indication de la section de celle du pubis, opérée avec succès par Sigault et le professeur Alphonse Leroy. L'inductioni analogique, comme l'observe judicieusement Thouret, devait naturellement conduire à cette opération , de la même manière qu'on avait été porté à l'invention et à l'emploi du forceps, par î^ considération des moyens qu'avait employés
D^ U GÉNÉRATlOPf» 365
la natui'e pour diminuer le volume du crâne pendant raccouclicment; enfin l^enduitcaséeux dont esl couvert le corps du fœtus favorise sa sortie, en rendant le i^dissernent plus facile.
Les nombreux détracteurs de l'opération de la symphyse ont nié avec obstination ce ramollissement <\es symphyses chez les femmes enceintes; et feu le professeur Baudclocquo, partisan déclaré de l'opération césarienne, s'est constamment refusé à fadmettre. Dans le temps où j'enseignais l'anatomie h l'amphithéâtre de l'hôpital de la Charité, je lui montrai inutilement plusieurs exemples du ramollissement des symphyses, tirés des cadavres de femmes mortes en couches; il fut impossible de convaincre son incrédulité : c'était, disait-il, des cas morbifiques. Cependant il est aujourd'hui généralement reconnu que les symphyses du bassin sont relâchées et mobiles chez toutes les femmes vers la fin de la grossesse, et même quelquefois après l'accoucheinent. Ce ramollissement est moins utile chez la femme dont le bassin est bien conformé, que chez les femelles de certains animaux, dont les dimensions sont si peu proportionnées au volume du fœtus, que l'accouchement ne peut avoir lieu sans que les os du bassin n'éprouvent un écartement consi^ dérable : telle est la femelle du lapin et celle du cochon d'fnde ou cabiais,dont les os se disjoignent et deviennent très-mobiles au moment de l'accouchement. Les femmes qui accouchent en peu d'instans pt avec beaucoup de facilité, éprouvent vers le der-
nier temps de la grossesse un senliment douloureux dans l'articulatioD des pubis. Le doigt, porté sur celte région du corps, sent distinctement que l'espace qui sépare les épines des pubis est augmenté, et qu'en même temps le fîbro-cartilage est dans un état manifeste de ramollissement et de tuméfaction. Toutefois , ce ramollissement est véritablement morbifîque lorsqu'il est porté au-delà de certaines bornes.
La prévoyance de la nature ne s'est point bornée à rendre libre et facile le jeu des pièces osseuses du crâne des fœtus et du bassin de la mère; elle a étendu ses soins aux. parties molles de celle-ci^ abreuVées de mucosités qui relâchent leur tissu plusieurs jours avant l'accouchement, et tellement disposées, comme nous l'avons vu , qu'elles peuvent, sans tiraillemens, sans rupture, et par le simple dédoublement de leurs replis, se prêter à un élargissement considérable. Gomme l'expulsion du placenta et des membranes ne suit pas immédiatement la sortie du fœtus, on est dans l'usage de les séparer en coupant le cordon assez près de l'ombilic. îl est inutile de lier ce cordon du côté de la mère : toute communication est interceptée entre le placenta et la matrice, de façon qu'il ne peut couler par-là que le sang contenu dans l'arrière-faix. Il n'en est pas de même du côté du fœtus, quoique les changemens qui surviennent dans la circulation au moment où la poitrine se dilate et permet à l'air de gonfler le tissu pulmonaire, détournent le sang des vaisseaux
•ombilicaux. Cependant ces niulalions dans le mouvement des humeurs pourraient ne s'opérer que graduellement, à cause de la faiblesse du nouveauné; et il est toujours prudent de prévenir par la ligature une hémorrhagie qui l'affaiblirait encore davantage.
Il est bien rare, et toujours dangereux, que l'œuf humain se détache tout h la fois, c'est-à-dire que le fœtus soit chassé au-dehors avec ses eaux et ses membranes ; la sortie de celles-ci n'arrive naturellement qu'un quart - d'heure , une demiheure , une heure , ou même plus tard , après la sortie du fœtus. Le placenta se détache du corps de la matrice , revenue sur elle-même à la suite des grands efforts de contraction nécessaires à l'expulsion du fœtus. Cette séparation paraît être postérieure à la sortie de celui-ci ; car ce serait vainement qu'on essaierait de retirer le placenta aussiôt après , en exerçant des tractions sur le cordon ombilical; on courrait risque de rompre le cordon, ou même de produire un renversement de l'utérus. Cependant la matrice , fatiguée de la présence d'un corps qui lui est devenu étranger, entre en action; de nouvelles douleurs||indiquent le moment où l'on peut accomplir l'entière délivrance. La matrice s'étant complètement vidée, sa cavité s'efface par le rapprochement de ses parois ; l'organe se concentre derrière les pubis , son col se resserre. Ses parois , gorgées d*e sucs, sont encore plus épaisses que dans l'état naturel ; mais elles se dégorgent
peu à peu parrécoulement des lochies^ et reviennent à leur épaisseur accoutumée.
Lorsque l'accouchcnient est terminé ^ la matrice s'endort en quelque manière , et se repose d'un travail pénible. Les humeurs cessenC de se diriger sur cet organe, vers lequel aucune irritation ne les appelle, pour se porter vers les glandes mammaires, et fournir à la sécrétion de la liqueur qui doit alimenter le nouvel individu.
GCXVL Des jumeaux. Quoique le part soit le plus souvent simple dans l'espèce humaine , c'està-dire que chaque accouchement ne produise qu'un individu , il n'est pas rare de voir une femme donner naisf^ance à deux en fans à la fois : on a même calculé que la naissance de ces jumeaux était aux autres dans la proportion d'un h quatre-vingts. Bien plus^ on possède des exemples de femmes qui ont fait jusqu'à trois enfans. Haller estime que le nombre de ces dernières est à celui des femmes dont la gestation n'a qu'un produit , comme un est à sept mille. Celui des quadrijumeaux est moindre encore , et si les trijumeaux jouissent rarement d'une longue vie , ceux-ci , qui à leur naissance ont le volume d'un embr3JiiTi de cinq mois, ne sont point viables , et aucun d'eux n'a vécu : on ne possède qu'un ou deux exenxples d'un quintuple accouchement. Haller exagère donc visiblement lorsqu'il dit que ces cas sont le millionième des cas ordinaires. Je ne parle point de celles qui en gnt mis au monde un bien plus grand nombre j
DE LA GÉNÉRATION. 36g
parce que les observations qui le témoignent sont dépourvues d'authenticité. On sait que , dans les cas d'existence de jumeaux, chacun d'eux a son cordon ombilical , aboutissant tantôt à un placenta séparé, d'autres fois à un placenta unique. Un même chorion les enveloppe ; mais chacun d'eux a son amnios distinct, aussi bien que les eaux dans lesquelles il est plongé. Il serait curieux d'observer si 5 dans une femme qui a fait deux jumeaux , l'on trouverait , comme l'exemple des animaux doit le faire présumer ^ deux cicatricules ^ soit qu'elles existassent sur le môme ovaire j soit que chacun d'eux en offrît une. Les jumeaux ont ordinairement une grande ressemblance de mœurs, de traits et de caractère.
La multiplicité des fœtus dans la même grossesse lient à ce que quelques femmes ont à la fois plusieurs vésicules prêtes à se détacherdes ovaires, mures par conséquent pour la fécondation. Cette multiplicité sert peu à la multiplication de l'espèce , car les jumeaux sont en général moins forts, moins robustes, moins aptes à se reproduire; ils épuisent d'ailleurs les forces de la mère, et leur naissance lui est souvent funeste. Le nombre des cnfans auxquels la même femme peut donner le jour , si elle utilisait tout le temps qui s'écoule depuis la manifestation de la puberté jusqu'à la cessation des règles , serait bien plus considérable qu'il ne l'est le plus communément. On en a vu néanmoins qui comptaient vingt-quatre, trente j 3« 2/^
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trente-neuf, et même cinquante-trois cnfans. Une femme , qui mourut dans rAmérique septentrionale , avait eu cinq cents fils et petit-fils, dont deux cent cinq lui survécurent.
Il est aujourd'hui constant qu'à de légères exceptions prés, le nombre des petits garçons qui viennent au monde surpasse en général celui des pclites filles; l'excédant est, dans quelques pays , porlé à un vingt-dcuxicme , un quatorzième, un douzième, quelquefois même , mais très-rarement, jusqu'à un tiers. Dans tous les pays de la terre , la polygamie est donc une institution directement opposée au but de la nature et à la multiplication de l'espèce ; ce que l'expérience prouve d'une façon incontestable , par la dépopulation des pays où elle est établie. Les garçons , plus nombreux que les filles , dans le premier âge , appelés, dans les âges suivans, à supporter les périls de la guerre, les dangers des navigations , à se livrer aux travaux pénibles , à mener une vie plus laborieuse , plus agitée 5 meurent en plus grand nombre; l'équilibre est bientôt rétabli, et la portion la moins nombreuse de l'espèce humaine , prise au berceau , en forme près des deux tiers à l'époque de la vieillesse, puisqu'on voit constamment plus de femmes que d'hommes parvenir à un âge très-avancé.
CGXVIÎ. Des superfétatioJis. On doit retrancher du nombre des superfétations , pour les reporter parmi les conceptions jumelles, les cas de fœtus venus au monde avec des degrés de déve-
DE L/V GÉNÉRATION. 3jl
loppement inégaux. Ainsi de ce que , de deux ju» meaux , l'un est un fœtus parfaitonienl; à terme , tandis que l'autre est un embryon dont le volume n'indique qu'un mois d'existence , il ne s'ensuit pas que leur conception ait eu lieu h dos époques éloignées et différentes ; mais seulement que , par une cause quelconque^ l'un des germes n'a pu s'aocroître et se développer.
La question des superfétations se réduit à savoir si une femme qui n'a qu'un seul utérus peut concevoir deux mois après une copulation féconde. Haller pense que le col de la matrice reste toujours ouvert au passage de la semence ; mais comment celle-ci pourrait-elle se frayer un passage jusqu'aux trompes , h travers les adhérences du chorion à l'utérus ? La chose paraît plus facile dans les cas où les deux conceptions sont séparées par un court intervalle. C'est ainsi que cette Américaine dont parle Buffon , et qui , dans la même matinée , vit son mari et son esclave nègre , put mettre au jour deux en fans de diverses couleurs. C'est de cette manière que, de deux jumeaux, l'un est quelquefois, par les traits de son visage , le témoignage vivant d'un adultère.
On ne peut point appeler jumeaux deux enfans venus au monde à quelques mois de distance l'un de l'autre, quoiqu'ils aient existé ensemble pendant un certain temps dans'le sein de leur mère. La possibilité de ces superfétations est bien prouvée i on les attribue à l'existence des cloisons qui par-^
3n2 DE LA GÉNÉRATION.
tagcnt quelquelbis la matrice en deux cavités; seulen:ient parce que celte disposition explique jusqu'à un certain point comment deux conceptions peuvent avoir lieu à quelque distance l'une de l'autre; car on n'a jamais constaté, par l'inspection cadavérique, que les femmes qui ont offert l'exemple des superfétations eussent un double utérus.
CCXVIII. Allaitement. Piien n'est plus généralement connu en physiologie que l'étroite sympathie qui unit l'utérus aux mamelles; connexion in«time, en vertu de laquelle ces deux organes entrent en exercice à la même époque de la vie, se développent ensemble, et cessent en même temps leurs fonctions lorsque la femme devient incapable de concourir à la reproduction de l'espèce. Nous n'essaierons point d'expliquer cette sympathie par l'influence nerveuse, ni par l'anastomose des artères épigastriqucs avec les mammaires internes, communication qui n'existe point constamment entre ces ^'aisseaux (car fréquenmient ils se terminent, avant de se réunir^ dans l'épaisseur des muscles droits de l'abdomen), et qui, lors mènie qu'elle aurait lieu d'une façon aussi marquée qu'on le voit sur certains sujets, ne pourrait être apportée en preuve, puisque la matrice et les mamelles ne reçoivent point ou reçoivent seulement de très-petits rameaux des mammaires et des épigastriqucs. Les mamelles augmentent de volume pendant la grossesse; mais ja-
mais elles ne sont plus gonflées qu'après raccouchement.
L'enfant nouveau-né, rapproché de ces organes, applique sa bouche au mamelon qui les surmonte, et, retirant sa langue en même temps qu'avec ses lèvres il en embrasse exactement le contour^ il attire à lui le liquide, dont l'écoulement est facilité par le redressement des conduits mammaires. Ces canaux, au nombre de douze à quinze, non-seulement se déploient lorsque le mamelon, qui en est principalement formé, s'alonge par les tiraillemens que l'enfant exerce, mais encore, excités par ses attouchemens, ils entrent dans une véritable érection , se contractent et dardent au loin le liquide^ Cette excrétion, semblable à celle des autres glandes, est favorisée par les attouchemens et les secousses que les petites mains du nourrisson exercent sur le sein de la nourrice. Ces douces compressions ont bien moins pour usage d'exprimer mécaniquement les sucs laiteux, que de monter l'organe au ton convenable à leur excrétion.
L'irritation qu'exerce l'enfant sur le mamelon est la cause la plus puissante de la fluxion laiteuse sur les mamelles; cette irritation , ou toute autre de la même espèce, suffit pour provoquer la sécrétion du lait hors les temps marqués par la nature. C'est ainsi que des vierges ont pu allaiter l'enfant d'une autre mère; que des petites filles qui n'avaient pas ençorp atteint l'âge de la puberté, ont offert la sécré-^
tioïi du lait assez bien établie pour fournir une certaine quantité de cette liqueur. On a vu des hommes chez lesquels un chatouillement long-temps continué avait tellement déterminé l'abord des humeurs sur les rnamelles, que celles-ci laissaient suinter un hquide blanc, laiteux, sucré, et peu différent du lait de la femme. La succion qu'exerce le nouveauné esl nécessaire poUr entretenir l'abord du lait vers lés mamelles. Il cesse de s'y diriger lorsque l'enfant est confié aux soins d'une nourrice étrangère; les mamelles, d'abord gonflées, s'affaissent bientôt, surtout si l'on a la précaution de rappeler les humeurs vers les parties inférieures par l'administration répétée de doux minoratifs.
L'érection des mamelles par les chatouillemens «exercés siir le mamelon , leur action spasmodique et comme convulsive,quisuitce genre d'excitation^ peuvent être portées au point qu'elles lancent le li-^ quide par jets à une certaine distance. Pendant que son excrétion dure, les femmes éprouvent dans les seins une sensation qui nlest pas sans volupté : ces parties sont tendues et gonflées ;ellesseritent, disentelles, le lait monter; plusieurs éprouvent des tirail-* lemens qui s'étendent au creux des aisselles , aux bras et à là poitrine. Toute la masse cellulaire qui environne les mamelles et s'étend aux parties voisines, participe à leur activité.
Les mamelles sont elles-mêmes, en grande partie, formées parle tissu cellulaire; une couche gi^aisseuse et lymphatique plus ou uioins considérable recou-
Dli LA GÉNÉRATION. 'Ô'jS
vre la glande partagée en plusieurs lobes, et l'ensevelit en quelque sorte dans son épaisseur. Elles reçoivent assez de nerfs, mais infiniment peu de vaisseaux sanguins, si on les compare à leur volume.
Les mamelles renferment un grand nombre de vaisseaux lymphatiques; les vaisseaux de cette espèce, après s'être ramifiés dans les glandes voisines , et principalement dans celles qui remplissent le creux de Faisselle, viennent se rendre aux mamelles, où leur proportion, comparée à celle des vaisseaux sanguins, est comme 8 à i. Ces vaisseaux lymphatiques, qui, en quantité réellement prodigieuse, entrent dans la composition des mamelles, augmentent beaucoup de calibre chez les femmes qui allaitent.
Le lait a été long-temps regardé comme trèsanalogue au chyle, dont il a la blancheur, l'odeur suave et la saveur sucrée. Il est, avec lui, la liqueur animale la plus douce , celle que l'action organique a le moins dénaturée, et qui conserve le plus les qualités tranchantes des alimens qu'a pris la nourrice.
Ne sait- on pas que la médecine des en fans à la mamelle consiste le plus souvent à administrer aux nourrices les préparations qui doivent les rendre à la santé ; qu\iinsi le lait acquiert les qualités purgatives, et agit de cette manière sur les intestins du nourrisson , quand on a purgé la femme qui l'allaite, etc.? Le chyle n'est blanc et opaque que dans les animaux qui ont des mamelles^ et qui
allaitent leurs petits; dans les autres, il est aussi transparent que la lymphe. ( Cuvier. )
Enfin , si les artères apportaient aux mamelles les matériaux du lait , ces vaisseaux devraient augmenter de calibre, lorsqu'elles acquièrent un volume double, souvent triple, et quelquefois quadruple de leur grosseur naturelle, de la même manière que, dans les anciens cancers ulcérés , et autres affections semblables, où l'afflux du sang étant habituellement plus considérable dans une partie^ le calibre de ses vaisseaux doit s'y proportionner. Cependant rien de cela n'arrive; quelque énormes que deviennent les mamelles par l'affluence des sucs laiteux , leurs artères conservent leur ténuité presque capillaire, comme je m'en suis assuré par l'injection sur une femme âgée de vingtneuf ans, morte au deuxième mois de l'allaitement, dont le sein était remarquable par son volume, ainsi que par la quantité de lait qu'il pouvait fournir.
Nonobstant toutes ces raisons, qui m'ont fait partager long -temps l'opinion de ceux qui considèrent le lait comme un extrait immédiat du chyle, j'avoue qu'on ne peut la considérer que comme une hypothèse appuyée d'un certain degré de probabilité. L'impossibilité de démontrer anatomiquement les rameaux qui se porteraient du mésentère aux mamelles sans s'aboucher avec le canal tlîoracique, donne plus de vraisemblance à l'opinion généralement admise, et suivant laquelle le lait, compie toutes les humeurs sécrétées, à Tex*
ception do la bile, provient du sang apporté par les artères. Le passage des injections des artères dans les conduits lactileres, et réciproquement de ceux-ci dans les vaisseaux artériels; le sang pur que fournit une mamelle épuisée, quand le nourrisson continue à la sucer; l'analogie enfin ne permettent point de douter de la véritable source du fluide sécrété par les mamelles. « Quare nihil viis ege- )) mus quœ^ légitima Ijmphœ itineri contrariée y » à ductu chflifero admammas lac darent (i). » Le lait n'est point en tout semblable au chyle , quoiqu'il puisse être regardé comme un extrait des alimens (2) altéré dans la route qu'il a parcourue pour arriver jusqu'à la mamelle par les glandes qu'il a rencontrées sur son passage, et surtout par l'action propre de cet organe. Cette action est si marquée, que, comme Bordeu l'observe, « il y a » des femmes qui ne paraissent presque pas avoir » de lait dans leurs mamelles , qui sont flasques » et vides; mais dès que l'enfant les excite, elles se » bouffissent y et le lait vient de lui-même. » On sait encore, et le même auteur l'a bien fait sentir, que la femme, la vache , et les femelles des autres
(i) Haller, Elemenia physiologiœ , t. VII, lib. 28. Bien que, depuis en\iron \iiigt années, l'auteur soit revenu à l'opinion commune touchant la sécrétion du lait, personne n'écrit aujourd'liui sur cette matière sans se croire obligé de réfuter une théorie depuis long-temps abandonnée.
(2) « Lac utiiis alimenli est saperfluuin, » Gai. de TJsupart^ Jib. Y|i, ciip, 22,
animaux , se laissent plus volontiers tcter par tel nourrisson qui sait émouvoir leur sensibilité, agacer convenablement le mamelon , tandis qu'elles retiennent le lait lorsqu'il ne sait pas leur procurer la sensation dans laquelle elles semblent se complaire. On croit dans certains pays que les serpens savent très-bien chatouiller le pis des vaches, et que ces aliimaux, flattés par cet excitement , se laissent sucer avec complaisance par le reptile.
CCXIX. Propriétés physiques du lait; nature chimique de cette humeur. Sa quantité est généralement relative à celle des alimens, à leurs qualités plus ou moins nutritives, à leur nature a la fois humide et farineuse. Quoiqu'il fasse du tiers à la moitié du poids des alimens que prend la nourrice , il peut excéder ou rester en-deçà de cette proportion :sa pesanteur est même, dans la femme, dont le lait est le plus léger, supérieure à celle de l'eau distillée : elle est toujours proportionnée à sa consistance. Celle-ci, peu considérable dans la femme, va toujours en augmentant dans la vache, la chèvre, l^ jument -et la brebis. Sa fluidité lient le milieu entre celle dos liquides aqueux et huileux; sa couleur, son odeur, sa saveur, ont quelque chose qui n'appartient qu'à lui , et qui le fait aisément reconnaître; enfin , il n'c^i point exactement le même aux diverses époques de la même traite. C'est ce qu'ont prouvé MM. Deyeux et Parmentier dans leur ouvrage sur le lait, livre plein d'observations précieuses , et qui peut être
donne comme l'Instoirc complète cle cette liqueur animale. Ils ont vu que le lait sort d'abord séreux du pis de la vache , que sa consistance augmente graduellement, et qu'enfin le lait le plus gras est celui qui sort à la fin de la traite 5 comme si le liquide contenu dans les mamelles obéissait aux lois de la pesanteur.
Abandonné à lui-même, exposé dans un vase^ à l'air libre , le lait, comme le sang, se décompose et se sépare en trois parlies : le sérum^ la partie caséeuse^ et la partie grasse ou butireuse. Cette dernière, plus légère que les autres, est toujours placée à la surface du vase, et sa proportion relative dépend non-seulement de la bonté du lait, mais encore de l'étendue des surfaces par lesquelles il est en contact avec l'air ; ce qui prouve , comme Fourcroy l'a le premier fait apercevoir, que l'oxigéne atmosphérique n'est pas sans influence dans sa séparation. La partie caséeuse, spontanément concrescible, en est la partie la pluà ânimalisée. MM. Parmentier et Deyeux la regardent comme la cause de la coloration du lait et de Ses propriétés les plus caractéristiques. Enfin, le sérum, qui forme à lui seul la plus grande partie de ce liquide, contient, outre un acide particulier qui s'y développe quand on l'abandonne à lui - même (acide lactique) y un corps sucré que l'on en extrait par l'évaporation, et qui, cristallisé en paralléîipipédes rhomboidaux, forme le sucre du lait, plus OU moins pur, suivant les soins qu'on apporte à sa
préparation. Ce sucre de lait fournit, comme Scheéle Fa vu ie premier, en cherchant à le changer en acide oxalique par le nitrique , un acide particulier, blanc, pulvérulent et peu dissoluble, auquel il a donné le nom de sacchlactique. Le lait peut être considéré comme un des liquides animaux les plus composés, dont les qualités sont trés-variables, et dont les parties n'ont entre elles qu'une très-faible union; de sorte qu'il se décompose spontanément et avec la plus grande facilité. Cette espèce d'émulsion contient assez peu d'azote, de manière qu'elle conserve encore le caractère végétal. L'hydrogène , le carbone et l'oxigène y prédominent; enfin, on y trouve plusieurs sels, entre autres, le muriate de soude , le muriate de potasse et le phosphate de chaux.
Ce dernier sel , qui se trouve en moins vers les urines des nourrices, et se porte tout entier dans les mamelles , était indispensable dans la liqueur qui alimente le nouvel individu , pendant le temps où tous les os se durcissent et toutes les parties se solidifient.
Si maintenant nous voulons remonter aux causes qui rendent l'allaitement nécessaire, et soumettent l'enfant nouveau-né à ce mode particulier de nutrition , nous les trouvons dans la faiblesse générale de ses organes. Ceux de la digestion n'eussent pu extraire des alimens leur partie nutritive , ces substances n'ayant pas subi la trituration préliminaire, que le défaut de dents et la débilité des or^ ganes m^isticateurs rendent inpossible, Il fallait
donc que la mère fût chargée de ce premier travail^ et qu'elle lui transmît l'aliment tout digéré ( i ). Néanmoins, on ne doit point croire que le lait passe sans altération dans les vaisseaux de l'enfant; il le digère à sa manière; il en retire, en peu de temps et sans effort , une grande proportion de parties nutritives nécessaires à la rapidité de son accroisment.
Les liens qui unissent l'enfant a sa mère sont donc loin d'être rompus au moment de la naissance ; leurs rapports, pour être moins intimes, n'en sont pas moins indispensables. Avant qu'il vînt à la lumière 5 sa puissance vitale était si bornée, qu'il devait recevoir une liqueur tout anîmalisée, toute disposée à se prêter à l'action des forces nutritives et assimilatrices. Lorsqu'il a vu le jour, ses forces se sont accrues; il peut être chargé d^me phis grande part dans le travail ; il lui suffit que Taliment ait subi la première élaboration que lui fait éprouver l'appareil digestif ; mais ce n'est pas seulement pour la préparation de sa nourriture que l'enfant nouveau-né a besoin des secours de sa mère; ses poumons, délicats et imparfaitement développés , n'oxident point assez le sang qui les traverse; la chaleur animale serait au-dessous de ce qu'exigent les besoins de la vie , si la mère ne suppléait à ce défaut en lui trans-
(i) « Lac est cibiis e.vaclc confectus, Galenus, c?e Usa part, jiib. Yii, cap, 22,
K^eltant de sa propre clialcur. Elle le presse doucement contre son sein, le réchautïe de son haleine, et^ par cette sorte d'incubation maternelle, elle lui continue l'influence calorifique à laquelle elle le soumettait pleinement pendant le temps qu'il faisait encore partie d'elle-même. En outre, elle sent pour lui , l'éloigné de tous les dangers, devine ses besoins , se prête à son langage; et cette communication morale, si touchante, qui s'établit entre eux , supplée aux liens relâchés, et non pas détruits, de la communication physique. L'enfant ne se détache donc que par degrés de celle dont il tient le jour, puisque ce n'est qu'à mesure qu'il avance en âge qu'il acquiert les moyens de vivre dans l'indépendance.
L'abord du lait vers les mamelles peut être empêché par l'irritation de l'utérus. Si l'accouchement a été laborieux et difficile, que les parties de la femme aient souffert des lésions plus ou moins graves, l'irritation qu'elles éprouvent empêche les hupieurs de se diriger vers les mamelles. Aussi voit-on ces organes s'affaisser quand la fièvre puerpérale se développe; non point que le lait rentre dans la masse des humeurs et devienne la cause de la maladie , mais parce que l'inflammation de l'utérus empêche les humeurs de suivre leur direction naturelle.
Pendant les premiers jours qui suivent l'accouchement , les parois de la matrice se dégorgent par un flux d'abord sanguinolent, puis roussatre ,
et enfin miiqueux et blanchalre, auquel on donne le nom de lochies.
CCXX. L'ail' ne dilate point toutes les parties du poumon dans \gs premières inspirations que fait l'enfant après sa naissance. Fréquemment , quelques !obes plus durs, plus compactes, admettent plus tard ce fluide , quelquefois même refusent absolument de s'en laisser pénétrer. Un enfant mourut au vingtième jour : le professeur Boyer fut appelé pour en faire l'ouverture. L'examen des poumons lui fît voir que la partie postérieure de ces orofanes avait conservé toute la dureté, toute la compacité qu'elle présente dans le fœtus. La partie antérieure seule était gonflée, aérienne, crépitante et plus légère; elle surnageait à l'eau dans laquelle on la plongeait. On voulut voir si la structure du cœur était relative à cette différence qui tenait à la faiblesse des puissances respiratoires. On trouva le trou deBolal conservé, de manière que le sang pouvait passer des cavités droites du cœur dans ses cavités gauches, sans avoir besoin de traverser le tissu pulmonaire. L'enfitnt avait passé dans un état d'abattement et de langueur continuelle tout le temps de sa courte existense : sa peau était tantôt pâle , d'autres fois violette. On le réchauffait difficilement.
L'enfant de madame L mourut au neuvième
jour de sa naissance; elle avait offert les mêmes phénomènes. Je fis l'ouverture de la poitrine ; je trouvai le sommet des deux poumons dur et compacte; le
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trou (le Bolal s'était parfaitement conservé. Celte ouverture ne se ferme souvent que d'une manière imparfaite, en sorte qu'il reste toujours à la partie supérieure de la fosse ovale un pertuis plus ou moins considérable, par lequel une petite quantité de sang veineux pourrait passer de l'oreiilctlc droite dans la gauche, si ces deux cavités ne se contractaient pas simultanément, et si le liquide qui les remplit n'opposait pas de chaque côté une égale résistance. On possède plusieurs observations d'individus chez lesquels le trou de Botal s'était conservé, et qui néanmoins ne sont morts qu'à un âge assez avancé. Chez eux, le sang, coulant dans les deux oreillettes, se faisait mutuellement équilibre; en sorte que la valvule de Botal n'était point abaissée par le sang du côté de l'oreillette gauche; mais dans plusieurs autres individus, la communication étant largement établie entre les oreillettes , ou même entre les deux ventricules, la peau était bleuâtre et livide, le corps froid , toutes les facultés physiques et morales faibles et engourdies. Userait intéressant de constater, par l'ouverture des cadavres^, si les plongeurs les plus habiles, qui peuvent rester le plus long-temps sous les eaux sans venir respirer à leur surface, n'ont pas le trou de Botal imparfaitement fermé, ou s'il existe chez eux quelque ouverture de communication entre les ventiicules. La chose parait peu vraisemblable : ces vices de conformation sont reconnaissables à des signes extérieurs que ne présentent jamais les hommes en général forts et robustes, qui s'adou-
nent au mélicr pénible de plonger et de demeurer long-temps sous les eaux(i).
(i) De la Cyanose, ou Maladie bleue , Recherches analjti" qiics, par M. Gintrac; thèse inaugurale, présentée à la Faculté de médecine de Paris, le i8 août 1814. L'auteur de ce travail trèsbien fait, et en tout digne de l'école célèbre à laquelle il a été présenté , a recueilli quarante observations de cyanoses , la plupart avec ouverture des cadavres.