CHAPITRE XI
Connexion des Fonctions,
CXCV. Les fonctions dont nous avons successivement fait connaître l'histoires'exécutent ensemble pendant la vie , et se tiennent dans une dépendance réciproque. Aussi , tandis que l'individualité pour les corps inorganiques réside dans leurs molécules intégrantes, elle résulte, pour les êtres organisés, de l'ensemble de leurs fonctions.
Les connexions qui lient les actions des divers appareils organiques les unes aux autres, peuvent être distinguées en mécaniques, fonctionnelles et sympathiques.
CXCVI Les premières, trés-fréquentes , proviennent du voisinage des organes et des changemens qui surviennent dans le volume , la direction, la position de quelques - uns d'entre eux. Ainsi , lorsque les muscles d'un membre se contractent, les .veines intermusculaires, comprimées, conduisent plus rapidement le sang qu'elles renferment, et par - là la circulation est accélérée. Quand la poitrine se dilate, l'entrée de l'afr dans cette cavité, but principal de la respiration, n'est pas le seul phénomène qui résulte de cette dilatation : le sang veineux s'y précipite également, et les mouvemens respiratoires concourent à l'accomplissement de la circulation. La secousse que les artères impri-
23o CONNEXION DES FONCTIONS.
ment aux organes paraît nécessaire à l'action de plusieurs. Bichat a démontré que leur suppression arrêtait de suite l'action du cerveau. Les changemens survenus dans la direction des muscles abdominaux et du diaphragme entraînent la pression des viscères renfermés dans le ventre; ceux-ci pressent à leur tour, avec énergie, sur la surface extérieure de la vessie, du rectum, de l'utérus; et cette pression mécanique favorise l'expulsion des parties renfermées dans l'intérieur de ces organes.
CXCVII. Les connexiojis fonctionnelles présentent un intérêt plus vif que les précédentes. C'est à l'étude de quelques-unes d'entre elles que Bichat doit son plus grand titre de gloire; et cette gloire a rejailli sur la médecine française. L'auteur immortel du Traité de la Vie et de la Mort a , dans cet ouvrage, exposé d'une manière admirable l'influence que le cerveau, le poumon et le cœur exercent réciproquement l'un sur l'autre. Nous allons jeter un coup-d'œil sur ce point de physiologie.
i*". Influence de la respiration. Quoique le terme asphyxie signifie seulement absence, du pouls, on donne ce nom à toute mort apparente, produite par une cause extérieure qui arrête la respiration , comme là submersion , l'étranglement, la désoxigénalion de Fair que l'on respire , etc. La seule différence qui existe entre la mort réelle et l'asphyxie, c'est que, dans -ce dernier état, le principe de la vie peut encore être ranimé, tandis que, dans le premier , il est complètement éteint.
CONNEXION DES FONCTIONS. 23l
Lorsque la respiration s'arrête, le sang aborde tous les organes, sans avoir les qualités propres à les nourrir et à entretenir leurs fonctions. Voici quels phénomènes on remarque pendant l'asphyxie: Il survient des vertiges, de la pesanteur de tète, de la faiblesse; la volonté faiblit et s'éteint; les sensations cessent d'être perçues; les mouvemens deviennent impossibles. Les autres fonctions continuent encore pendant quelque temps; mais bientôt le cœur cesse de battre, parce que le sang noir que lui ont apporté les artères coronaires, paraly^se son tissu. Après la mort, on trouvcles vaisseaux contenant une cjuantité de sang plus considérable qu'à l'ordinaire, noire et fluide : les muscles sont flasques.
Comment l'abord du sang noir dans les organes produit-il la mort? Est-ce parce qu'il est doué de propriétés négatives, ou produit-il un véritable empoisonnement? Bichat avait penché pour cette dernière opinion. M. Edwards est arri\:é à une conclusion directement opposée, en asphyxiant des grenouilles, dont les unes, privées du cœur, périssaient plus vite que celles qui n'avaient point été mutilées, ctxliez lesquelles les contractions du cœur continuaient à porter à tous les organes un sang que l'air n'oxigénait plus. Mais il faut le dire, M. Edwards n'a pas apporté dans cette expérience la rigueur et la sévérité qui lui sont habituelles. Quelle comparaison peut-on établir entre deux animaux, dont l'un est intact, et dont l'autre a subi une mutilation considérable? Celui-ci ne doit-il pas périr
le premier? On peut donc dire que la question n'est pas encore éclairée^ et le mécanisme de l'asphyxie est encore ignoré : car on* ne croit plus, avec les anciens, que la mort résulte de l'obstacle que le poumon, privé d'air, oppose au passage du sang; ni avec Godwin , que le cœur perde la faculté de se contracter par suite de Tabord du sang noir dans l'intérieur de ses cavités : fait dont Bichat a démontré la fausseté.
L'asphyxie ne se produit pas avec la même rapidité dans toutes les circonstances de la vie. On peut dire que cet accident', toujours promptement mortel chez l'homme, l'est d'autant plus, que l'animal privé d'air est plus élevé dans l'échelle animale, que la température est plus élevée, que la respiration est plus active. On a vu des crapauds , renfermés dans des crevasses de mur, y séjourner plusieurs années, peut-être même plusieurs siècles, entièrement privés d'air respirable, eten sortir pleins de vie, tandis qu'un oiseau eût trouvé la mort au bout d'une à deux minutes dans une pareille circonstance. L'asphyxie est, chez les animaux à sang chaij^, d'autant moins rapide, qu'ils se rapprochent davantage du moment de la naissance. C'est ce qu'ont démontré les expériences déjà citées de Buffon , Legallois, M. Edwards.
Jetons un coup-d'œil sur les principales espèces d'asphyxies.
L'asphyxie par submersion dépend toujours de ce que les poumons, privés d'air, n'impriment plus
au sang qui les traverse les qualités essentielles à l'entretien de la vie. L'eau n'entre point ou peu dans ces viscères lorsqu'un homme se fiole; le resserrement spasmodique de la glotte empêche que ce liquide ne pénètre dans les voies aériennes. On en trouve cependant une petite quantité dans les bronches des noyés, toujours écumeuses, parce que l'air s'est amalgamé avec elles dans les efforts qui précédent l'asphyxie. Si le corps reste longtemps submergé, l'état spasmodique de la glotte cesse, l'eau s'introduit dans la trachée-artère, et remplit le tissu pulmonaire. L'examen anatomique du cadavre d'un noyé présente les poumons affaissés et dans l'état d'expiration ; les cavités droites du cœur, les troncs veineux qui y aboutissent, et toutes les veines en général sont gorgés' de sang (i), tandis t|ue les cavités gauches et les artères sont presque entièrement vides. La vie s'est éteinte dans cette espèce d'asphyxie, parce que le cœur n'a plus envoyé aux autres organes, et surtout au cerveau, qu'un sang privé des principes nécessaires à leur action, et peut-être encore parce que le sang veineux, accumulé dans tous les tissus , les frappe par ses qualités stupéfiantes et mortifères. Aussi l'insuf- • flation mécanique d'un air pur dans les poumons
(i) De là vient la couleur noire et livide de la peau et de la conjonctive. Cette dernière membrane est fréquemment infiltrée d'un sang noirâtre; les veines si délicates du cerveau sont considérablement dilatées, et ce viscère est surchargé de sang veineux,
est-elle le meilleur moyen dont on puisse faire usage pour rappeler les noyés à la vie. On se sert pour cela d'un soufflet adapté à une canule introduite dans la narine. Au défaut d'un appareil convenable, une personne pourrait appliquer sa bouche à celle du submergé , ou souffler dans ses narines au moyen d'un tube; mais, comme l'air qu'il expire a déjà servi à la respiration , il est bien moins riche en oxigène, et moins propre à réveiller les battemens du cœur. Il esl encore plusieurs autres secours moins efficaces, tels que les frictions, la bronchotomie, les lavemens, fumigations et suppositoires, les errhins irritans, et spécialement l'ammoniaque ; les stimulans portés dans la bouche et dans l'estomac, la brûlure, les saignées, les bains, l'électricité et le galvanisme. •
La rougeur et la lividité de la face des personnes* qui meurent par le supplice de la corde avaient fait penser que les pendus mouraient d'apoplexie; mais il parait que , dans l'asphyxie par strangulation y comme dans celle par submicrsion , c'est à l'interception du passage de l'air que la mort doit être attribuée. Grégory tenta, pour le prouver, l'expérience suivante : Après avoir ouvert la trachée-artère à un chien , il passa un nœud coulant autour du cou, au-dessus de la plaie. L'animal, quoique suspendu, continua à vivre et à respirer : l'air entrait et sortait allcrnativement par la petite ouverture. Il mourut lorsqu'on exerça la constriction au-dessous d'elle. Un chirurgien dionc de foi
et qui a pratiqué son art dans les armées autrichiennes, m'a assuré avoir soustrait un soldat à la mort 5 en lui pratiquant la laryngotomie quelques heures avant qu'on le conduisît au supplice.
Néanmoins^ la mort des personnes suspendues peut tenir à fè luxation des vertèbres cervicales, et à la lésion de la -moelle épinière, qui en est la suite. On sait que Louis découvrit que, des deux bourreaux de Lyon et de Paris, l'un expédiait les coupables condamnés à la suspension en leur luxant la léte sur le cou, tandis que ceux qui périssaient par les mains de son confrère mouraient véritablement asphyxiés.
Parmi les moffettes ou gaz notfres pi râbles, il en est qui paraissent produire l'asphyxie, seulement en privant le poumon de l'air vital nécessaire à l'entretien de la vie, tandis que d'autres portent manifestement sur les organes, et dans le sang qui les remplît, un principe vénéneux et délétère: tels les gaz hydrogène, sulfuré, etc.
Parmi les premiers, on doit compter l'acide carbonique. Dans l'espèce d'asphyxie occasionnée par ce gaz , asphyxie qui de toutes est la plus fréquente, le sang conserve sa fluidité, les membres leur flexibilité, et le corps sa chaleur naturelle, ou même un plus grand degré de chaleur, durant quelques heures après la mort^ parce que ces sortes d'asphyxies survenant toujours dans un lieu fortement échauffé, le corps, privé de vie, se pénétre d'un
a36 CONNEXION DES FONCTIONS.
excès de calorique, à l'introduction duquel il eut résisté si les forces vitales n'eussent été engourdies. Du reste , dans cette asphyxie, comme dans les précédentes, les poumons restent intacts : les cavités droites du cœur et le systènie veineux sont gorgés d'un sang noir, mais fluide. Les accidens que produisent rhydrogène sulfuré, phosphore, etc., ou certaines vapeurs de nature peu connue , et qui s'exhalent des fosses d'aisance et des tombes où de nombreux cadavres se putréfient, doivent être rapportés aux empoisonnemens, et non à l'asphyxie. A la suite de ce genre de mort, souvent les poumons présentent des taches noires et gangreneuses, et la mort paraît l'effet d'un poison d'autant plus actif que ses parties, extrêmement divisées et réduites à l'état gazeux, sont plus pénétrantes, et frappent dans toute son étendue la surface nerveuse et sensible de l'organe pulmonaire.
Il est extrêmement rare que l'ivresse aille jusqu'à l'asphyxie; elle se borne le plus souvent à produire un assoupissement plus ou moins profond , toujours facile à distinguer de l'affection qui fait le sujet de cet article , aux battemens du pouls, toujours obscurs, etaux mouvemens de la respiration, quoique rares et peu marqués. Aussi M. Pinel , dans sa Noso^ graphie philosophique y a-t-il placé l'ivresse et les asphyxies dans deux genres séparés de la classe des névroses. On conçoit cependant que l'atteinte portée par les boissons spiritueus^s à l'irritabilité des
connp:xion des fonctions. 287
muscles, peut être si forte, que le diaphragme et le cœur cessent de se contracter : d'où suivrait nécessairement une véritable asphyxie.
L'ouverture de la glotte, que i'air atmosphérique doit traverser pour arriver dans les poumons , a si peu de largeur (vojez chap. IX) , qu'elle peut être Facilement bouchée, lorsque, l'épiglotte étant relevée à l'instant de la déglutition , le corps qu'on avale s'arrête à l'entrée du larynx : un grain de raisin peut produire cet effetj et c'est ainsi, dit-on , que mourut Anacréon , ce peintre aimable des grâces et de la volupté. Le poète Gilbert mourut par une cause analogue, après une langue et douloureuse agonie. Un homme d'un grand appétit, au milieu d'un festin , passa dans une chambre voisine, et n'en revint pas, au grand étonnement de tous les convives. On le trouva étendu sur le carreau , et ne donnant aucun signe de vie. Les secours que lui administrèrent des personnes peu éclairées furent inutiles : à l'ouverture de son corps , on trouva un morceau de chair de mouton arrêté à l'entrée du larynx^ et fermant tout passage à l'air dans cet organe.
Quelquefois un enfant vient au monde et ne donne aucun signe de vie. Quand les circonstances de l'accouchement font présumer qu'il n'a souffert aucune lésion organique décidément mortelle, on doit le regarder comme asphyxié par faiblesse , lui prodiguer tous les secours conseillés en pareil casj et 3Ui1iQUt pousser dç Tair dans les poumons
avec un chalumeau mis dans la bouche ou dans les narines. C'est ainsi que le propiiètc Elysée ressuscita le fils de laSunamite, comme il est dit dans le deuxième Lwre des Rois y au quatrième chapitre.
2°. Influence de la circulation. Quand le cœur cesse de battre, les organes, privés de sang, sus|3endent leur action. On donne à cet accident le nom de syncope , bien que celui d'asphyxie , qui signifie absence de pouls, lui convînt mieux. Quoique le résultat de la syncope paraisse devoir se rapprocher de celui de l'asphyxie^ on trouve cependant entre les deux une différence trèsmarquée, et qui donne une grande valeur à l'opinion de Bichat : h savoir que l'abord du sang noir dans nos tissus n'a pas un effet purement négatif. Que, dans la submersion, la circulation continue, et la mort arrivera en quelques minutes; mais que le submergé tombe en syncope , il pourra séjourner une demi-heure, une heure et plus sous Teau, et être au bout de ce temps rappelé à la vie, si l'on parvient à ranimer les battemens du cœur. La différence est encore importante à signaler en médecine légale, quoique assez souvent il soit difficile d'établir après la mort s'il y a eu asphyxie ou syncope.
Voici les phénomènes que l'on observe pendant la syncope : Si celle-ci est brusque, le défaillant tombe tout à coup comme frappé de la foudre ; mais le plus souvent la syncope vient progressive-
ment; le malade a la conscience de l'accident dont il est menacé ; il éprouve des bourdonnemens d''oreille,des éblouissemens ; sa peau se recouvre de sueurs et pâlit; les lèvres se décolorent, etc.; enfin , toutes les fonctions s'abolissent, et l'homme en syncope tombe dans un état qui simule la mort. Si cet état se prolonge , on peut croire h la mort réelle. On connaît le^ méprises célèbres de ce genre , qui ont failli devenir funestes aux personnes affectées de syncope.
Arrêtons-nous sur la liaison qui existe entre l'action du cœur et celle du cerveau.
Liaison entre Inaction du cenwaii et celle du cœur. On peut, comme l'avait expérimenté Galien , lier les deux carotides sur un animal vivant, sans qu'il en paraisse sensiblement affecté; mais si, comme personne ne l'a fait encore ^ on lie en même, temps les artères vertébrales , l'animal tombe à l'instant, et meurt au bout de quelques secondes. Pour faire cette expérience , il faut, après avoir lié les carotides sur un chien, enlever les parties molles qui couvrent les parties latérales du' cou , puis avec des aiguilles courbes,
demi-circulaires, enfoncées sur les côtés de l'arti-
culation des vertèbres cervicales, embrasser les artères qui montent le long de leurs apophyses transverses. La ligature du tronc même de l'aorte ascendante , sur un quadrupède herbivore , produit le même effet , c'est-à-dire la mort prompte de l'animal.
a^O CONNEXION DES FOîCCTIONS.
Ces expériences, plusieurs fois répétées, prouvent d'une manière décisive la nécessité de l'action du cœur sur le cerveau pour la conservation de la vie. Mais quel est le mode de cette action ? serait*elle purement mécanique? consisterait-elle seulement dans la pression légère que les .artères du cerveau exercent sur la substance de ce viscère ? ou bien est-ce plutôt à l'intercegtion du sang artériel, poussé vers le cerveau par les contractions du cœur, que la mort doit être attribuée? Cette dernière opinion me paraît la plus probable ; car si , h l'instant où l'on vient de lier les vertébrales , on ouvre les carotides , et qu'adaptant le tube d'une seringue, on y pousse un liquide quelconque , avec une force modérée et à des intervalles à peu près semblables à ceux de la circulation , l'animal ne revient pas à^la vie.
Le cœur et le cerveau sont donc unis l'un à l'autre par les liens d'une étroite dépendance. L'abord continuel du sang qui coule dans les artères céphaliques est donc absolument nécessaire à l'entretien de la vie; son interception momenlauée entraîne sûrement la mort de l'animal.
L'énergie du cerveau paraît assez généralement en rapport avec la quantité de sang artériel qu'il reçoit. Je connais un littérateur qui^ dans la chaleur de la composition, présente les symptômes évidens d'une sorte de fièvre cérébrale. La face est rouge et animée, les yeux sont étincelans, les carotides battent avec force, les veines jugulaires sont gon-
CONNEXION? DES FoNCtlONS. ^4^
fices : tout indique que le sang se porte au cerveau avec une abondance et une rapidité proportionnées h son degré d'excitement. Ce n'est mémo que dans cette espèce d'érection de l'organe ce» rébral que ses idées faciles coulent sans effort, et que son invagination féconde trace à son gré les plus rians tableaux. Rien ne favorise autant cet état que le coucher prolongé. Dans celte position horizontale 5 la détermination des humeurs vers la tête est d'autant plus facile , que les organes extérieurs, dans un parfait repos, n'en détournent point le cours : il suffît , pour l'établir , de fixer fortement son attention sur un objet. Le cerveau , qui est le siège de ce travail intellectuel, ne doit-il pas alors être considéré comme \în centre de fluxion? et le stimulant mental ne peutil pas être comparé, quant à ses effets, à tout autre stimulant chimique ou mécanique?
Un jeune homme, d'un tempérament sanguin, sujet aux fièvres inflammatoires, qtii toujours se terminent par un saignement de nez abondant, éprouve durant les paroxysmes une augmentation remarquable dans les forces de son intelligence et dans l'activité de son imagination. Plusieurs auteurs avaient déjà observé que , dans certaines affections fébriles , les malades d'un esprit fort ordinaire s'élevaient à des idées qui, dans l'état de santé , eussent dépassé les bornes de leur conception. Ne peut-on pas opposer ces faits à la théorie de Cullen , qui regarde la diminution de l'énergie du cer- 3. i6
venu comme le caractère essentiel de la fièvre?
On sait que la longueur différente du cou, et par conséquent la proximité plus ou moins grande du cœur et du cerveau, donnent assez bien la mesure de rintellis^ence des hommes et de l'instinct des animaux. La longueur démesurée du-coua été de tout temps regardée comme l'emblème de la stupidité.
Dans l'état actuel de nos connaissances , peuton déterminer de quelle manière le sang artériel agit sur le cerveau ? L'oxigène ou le calorique , dont il est le véhicule , élaborés par ce viscère , deviennent-ils le principe du sentiment et du mouvement? ou bien ne font-ils qu'entretenir l'organe dans le de§i'é de consistance nécessaire à l'exercice de ses fonctions? Que doit-on penser de l'opinion de quelques chimistes qui ne voient dans le cerveau qu'une masse albumineuse , concrétée par l'oxigène, et dont la consistance varie suivant l'âge, l'individu , le sexe , l'état de santé ou de maladie ; masse albumineuse électroscopique , ou , pour mieux dire, plus capable de modifier et de produire le principe élcctromotcur qu'aucune autre substance organisée ? Toute réponse à ces questions prématurées ne pourrait être qu'une simple conjecture, alaquelle il serait difficile de donner un certain degré de probabilité.
Théorie de la syncope. Si l'on réfléchit à l'importance de l'action que le cœur exerce sur le cerveau , on est naturellement conduit à en ad-
mettre la nécessite pour Pentreticn de la vie , et à déduire de sa suspension momentanée la théorie des affections syncopales. Déjà plusieurs auteurs ont essayé d'expliquer la manière d'agir de leur cause prochaine; mais aucun n'étant parti de faits démontrés par l'expérience , leurs explications ne sont nullement d'accord avec ce qu'apprend l'observation sur les phénomènes de ces maladies.
Pour se convaincre que la cessation instantanée de l'action du cœur sur l'organe cérébral doit être regardée comme la cause immédiate des syncopes, il suffît de lire avec attention le chapitre que Cullen, dans sa Nosologie ^ a consacré à ce genre d'affection ; on verra bientôt que leurs causes occasionnelles, dont les différences en déterminent les nombreuses espèces , sont ou inhérentes au cœur et aux gros vaisseaux , ou bien exercent leur action sur le centre épigastrique , et n'affectent jamais le cerveau que d'une manière consécutive. Ainsi les syncopes produites par les dilatations anévrismales du cœur et des gros vaisseaux , par des concrétions polypeuses formées dans ces conduits , par l'ossification de leurs parois ou de leurs valvules ; celles qu'occasionne l'hydropisie du péricarde ou l'adhérence du cœur à l'intérieur de ce sac membraneux , dépendent bien évidemment de l'affaiblissement extrême ou de la cessation entière de l'action du cœur et des artères. Leurs parois , ossifiées , dilatées , adhérentes aux parties voisines, ou comprimées par un liquide quelconque, n'a-
â44 CONNEXION DKS PONCTIONS.
gisseiil plus sur le sang avec une force suffisante ^ ou bien ce fluide est arrêté dans sa progression par un obstacle qui remplit l'intérieur de ses canaux ^ comme une concrétion polypeuse, une, valvule ossifiée et immobile dans l'abaissement. Cullen nomrne, avec raison^ ces syncopes idiopathiques ou cardiaques.
On peut en rapprocher la syncope pléthorique , qui dépend d'une congestion sanguine dans les cavités du cœur : les contractions de cet organe deviennent plus fréquentes; il redouble d'efforts pour se débarrasser de cette surcharge nuisible à l'exercice de ses fonctions ; mais bientôt à cet excitement inaccoutumé, par lequel la contractilité de ses fibres se trouve épuisée , succède une sorte de paralysie, dont la syncope est la suite nécessaire.
On doit y joindre encore les défaillances quNîccasionne une saignée copieuse : la prompte soustraction d'une certaine quantité de fluide vivifiant prive le cœur du stimulant nécessaire à l'entretien de son action. Le même effet résulte de l'évacuation des eaux qui remplissent l'abdomen dans une liydropisie ascite ; de nombreux vaisseaux cessent d'être comprimés; le sang, qu'auparavant ils refusaient d'admettre , s'y porte avec abondance ; la quantité que le cœur envoie au cerveau, proportionnellement diminuée, ne suffît plus à son excitement. Il faut encore rapporter aux syncopés idiopathiques celles qui signalent les derniers
temps du scorbut , dont le principal caractère est, comme on sait , une débilité excessive des muscles destinés -aux fonctions vitales et aux mouvemens volontaires ; enfin, les asphyxies par strangulation , par submersion , par les gaz non respirables , affections dans lesquelles, le sang étant privé du principe qui le rend propre h détermiiier les contractions du cœur, la circulation se trouve interrompue. On conçoit que , si le sang ne perd que peu à peu ses qualités stimulantes , l'action^ du cœur , graduellement affaiblie, pousse vers le cerveau un sang qui , par ses qualités , se rapproche du sang veineux^ et, comme ce dernier liquide , ne peut entretenir la masse cérébrale dans son économie naturelle. On pensait que l'injection de quelques bulles d'air dans la jugulaire d'un chien faisait tomber subitement l'animal en syncope , et même suffisait pour lui ôter la vie ; mais les expériences de Nysten ont prouvé que l'air atmosphérique produit ces fâcheux effets seulement lorsqu'il est injecté en quantité assez grande pour distendre à l'excès les cavités du cœur, ou qu'injecté par les artères, il va comprimer la masse cérébrale. Lorsqu'on en injecte seulement une certaine quantité , on voit le gaz dissous dans le sang veineux se porter avec lui aux poumons , puis être exhalé par cette voie. •
Un second ordre de causes occasionnelles se compose de celles qui , portant leur action sur le centre épigastrique , déterminent sympathique-
ment la cessation des battemens du cœur , et la syncope qui résulte inévitablement de cette cessalion ; telles que les affections vives de l'âme, comme une terreur profonde , une joie excessive, une aversion bien décidée pour certains alimens , l'effroi qui saisit à la vue inopinée d'un objet, l'impression désagréable que produisent certaines odeurs , etc. Dans tous ces cas , on éprouve vers la région du diaphragme le sentiment intérieur d'une commotion plus ou moins vive. Du plexus solaire du grand-sym^patliique , qui , suivant l'opinion assez généralement reçue , est regardé comme le siège de cette sensation, ses effets se propagent aux autres plexus abdominaux et thoraciques. Le cœur, dont presque tous les nerfs viennent du grand-sympathique , en est spécialement affecté. Tantôt son action en est seulement troublée, et d'autres fois entièrement suspendue. Le pouls devient insensible , le visage pâle , les extrémités froides , et la syncope se déclare. Les choses se passent de la même manière lorsqu'une substance narcotique ou vénéneuse a été introduite dans l'estomac , lorsque ce viscère est extrêmement affaibli , a la suite d'une longue abstinence , ou qu'il se trouve surchargé de sucs mal élaborés, dans les douleurs intestinales que l'on nomme coliques^ dans les accès hystériques , etc.
Ce dernier ordre de causes occasionnelles n'agit que consécutivement sur le cœur, et ne produit la syncope que d'une manière éloignée; mais le résul-
CONNEXION DES FONCTIONS. 2ï^'J
tat est toujours le même. Il arrive^ dans tous les cas, que les artères céphaliques ne recevant plus la quantité de sang qui s'y portait dans l'état naturel, la niasse cérébrale tombe dans une espèce de collapsus qui entraîne la cessation momentanée des facultés de l'entendementjdes fonctions vitalesetdes mouvemens volontaires.
Morgagni, en traitant des maladies suivant l'ordre anatomique, range les lipothymies au nombre des affections de la poitrine, parce que les viscères renfermes dans celte cavité offrent des traces de lésion plus ou moins graves chez les individus qui, pendant leur vie, étaient sujets à des lipothymies fréquentes. La compression de la masse cérébrale par un fluide épanché sur la dure-mère, à la suite des plaies de la tête, produit moins une syncope véritable qu'un assoupissement profond. Toutes les causes qui agissent de cette manière sur l'organe cérébral sont unesource féconde d'affections comateuses, carotiques,etméme apoplectiques. Un homme gravement offensé entre tout d'un coup en fureur; son visage se colore : il éprouve un vertige, et tombe sans connaissance : il n'y a point décoloration , absence de pouls ( presque toujours celui-ci bat avec plus de force ). Cet état n'est point la syncope : c'est un premier degré de l'apoplexie, occasionné par la pression mécanique du cerveau, vers lequel le sang s'est porté tout à coup avec trop d'abondance.
Je pourrais étayer cette théorie des affections syncopales,de nouvelles preuves tirées descirconstan-
ces qui favorisent l'action des causes qui les produisent. Ainsi, c'est presque toujours dans l'état de station que les syncopes se déclarent; et le coucher sur un plan horizontal est une précaution utile dans leur traitement. Les malades affaiblis par de longues maladies, tombent en défaillance au moment où ils veulent se lever : on les rappelle à la vie en leur donnant la position qu'ils avaientabandonnée. Or, comment expliquer cet effet de la station chez les sujets dont la masse des humeurs est appauvrie, et l'action organique extrêmement languissante? N'est-ce pas par le retour plus difficile du sang porté aux parties inférieures^ par l'ascension moins facile de celui que les contractions du cœur lancent vers les organes céphaliqucs?Alors les phénomènes delà circulation sont plus hydrauliques que dans l'état de santé; le solide vivant cède plus aisément à l'empire des lois physiques et mécaniques, et, suivant la sublime idée dû père de la médecine, notre nature particulière se rapproche davantage de la nature universelle.
3^*. Influence de V innervation. Nous pourrions rapporter ici tout ce que nous avons exposé dans plusieurs points de cet ouvrage, et montrer comment une lésion primitive de l'axe cérébro-spinal porte une atteinte plus ou moins rapide et profonde sur toutes les fonctions qu'il tient aous sa de'pendance. On verrait que la désorganisation des lobes cérébraux entrave les phénomènes de l'intelligence, de la sensibilité et de la myotilité, et que celle de lamoeîl§ alongëe produit, outre les troubles précé-
dens, un arrêt instantané dans les phénomènes vitaux de la respiration , et occasionne par-là tous les phénomènes de l'asphyxie.
Tel est ce fameux trépied de la vie , dont une des branches ne peut être lésée sans que les deux autres ne soient aussitôt atteintes. Si ces trois fonctions sont celles dont les connexions offrent le plus d'intérêt, les autres n'en sont pas pour cela indépendantes; car, pour qu'elles s'exécutent, il leur faut à toutes du sang artériel, fait qui suppose la respiration et la circulation ; il leur faut , de plus , l'influence du système nerveux : mais pour avoir du sang artériel, la digestion doit avoir fourni un chyle réparateur pris par les absorbans , transporté avec le sang vers le poumon, et, de plus, modifié et dépouillé de plusieurs de ses qualités par la nutrition , les sécrétions,
ctc Toute autre fonction prise au hasard nous
montrera la connexion d'un assez grand nombre d'autres d'un ordre différent. La digestion, par exemple, que Ton classe parmi les fonctions organiques, ne comprend-elle pas des sensations, telles que la faim, la soif, la satiété , le besoin de rendre les matières fécales, sensations qui appartiennent a la vie animale? n'est-ce pas la volonté qui choisit l'aliment, le prépare, le divise, préside au mouvement des mâchoires qui le broient? Le sens du goût n'estil pas en action? Il faut d'ailleurs des fluides sécrétés pour agir sur îa matière alimentaire : de là des sécrétions glandulaires, folliculaires, etc.... On le voit, l'enchaînement des fonctions fqrîïie un cercle qui
:^5o CONNEXION DES FONCTIONS.
n'a ni commencement ni fin. Les rapports fonctionnels sont d'autant plus tranchés et plus importans, que l'organisation animale est plus parfaite.
CXCVin. Les connexions sympathiques sont enveloppées de beaucoup plus d'obscurité que les précédentes. Barlhez a défini les sympathies une action d'organe consécutive à l'impression faite sur un autre organe, sans qu'il y ait entre les deux d'enchaînement naturel. D'après Bcclard , on doit entendre par sympathie la coexistence de deux actes, soit de formalion, de volition ou de sensation, dans deux parties différentes du corps , sous l'influence d'un excitant qui n'a frappé qu'une de ces parties. Prenons un exemple : qu'on titille la luette avec les barbes d'une plume, de suite on éprouve une envie de vomir, et le diaphragme est le siège de contractions violentes qui accompagnent le vomissement. Or, deux actes simultanés, la sensation produite sur la luette , et les contractions du diaphragme, survenus dans deux organes séparés, sous l'influence d'une excitation unique, la titillation de la luette, remplissent tous les élémens de la définition donnée par Béclard.
Il faut éliminer des sympathies des actes qui ont des rapports avec elles, et qui pourtant en sont entièrement distincts : ainsi, quand un coup de sabre a divisé trasvcrsalement tous les tissus qui recouvrent la partie inférieure de la face externe de l'humérus, on voit immédiatement survenir Finipossibilité d'étendre les doigts. Bien que nous ayons ici en apparence toutes les conditions de la défini-
COHNEXION DES FONCTIONS. 25l
lion d'une synrïpathie^, les phénomènes observés dans le cas précédent ne peuvent s'y rapporter , puisqu'ils s'expliquent naturellement par la section du nerf radial qui va se distribuer aux muscles extenseurs des doigts.
Il y a des actes qui se trouvent placés sur la limite des sympathies , et que Barlhez rapporte à la force dessyntergic : c'est ce que nous voyons quand la contraction instinctive de la plupart des muscles du corps se joint à la contraction des muscles du bras dans l'action de soulever un fardeau , quand , pendant l'accouchement, les muscles abdominaux unissent leur puissance, en dépit souvent de la volonté, aux contractions utérines.
Le nombre des sympathies est considérable; on peut même dire que chaque partie du corps peut sympathiser avec toutes les autres. Les unes s'accomplissent dans l'état de santé; d'autres seulement lorsque les organes sont altérés dans leurs fonctions. Quand un organe est passif dans la sympathie, c'est-à-dire , quand son action est consécutive à l'impression qu'un autre a éprouvée, il décèle son excitation , ainsi que Bichat l'a fait remarquer par l'accomplissement de la fonction qu'il est naturellement destiné à remplir : ainsi le muscle se contracte, la glande supprime, augmente ou modifie sa sécrétion, etc. Quelques sympathies entrent]dans le plan régulier des fonctions : telle est celle qui lie le mouvement de l'iris à l'éclat de la lumière qui affecte la rétine; d'autres, au contraire, que l'on
pourrait appeler sympathies par excellence, ne présentent pas de but appréciable: telle est la liaison qui existe entre l'utérus chargé du produit de la conception, et les fonctions de l'estomac.
On peut rapporter les sympathies à l'un des chefs suivans : i" celles qui existent entre deux points différens et éloi^jnés d'une même membrane. Les exemples en sont nombreux: ainsi, la titillation de la luette provoque le vomissement; un calcul dans la vessie produit des démangeaisons au bout du gland; des vers intestinaux l'accompagnent de picotement au bout du nez, etc. Hunter leur a donné le nom de sympathies par continuité. 2° Celles qui existent entres les différentes couches membraneuses d'un même organe, appelées sympathies par conliguité: ainsi, la sensation que l'aliment produit sur la muqueuse de l'estomac provoque la contraction des fibres musculaires de cet organe ; de même le sang sollicite l'action des ventricules du cœur, y Celles qui se montrent entre les diverses portions d'un même organe: ainsi, les sons qui affectent les nerfs de l'oreille entraînent la contraction des muscles tympaniques. 4° Celles qui lient plusieurs organes d'un même appareil: ainsi sympathisent l'utérus et. les mamelles. 5° Celles qu'on observe entre des organes d'une structure analogue, entre la peau et les muqueuses, entre les différentes synoviales, etc. 6° Entre des organes qui concourent h une même action: ainsi, la peau, le^ reins, les poumons sympathisent ensemble.
CONîfÉXiON DË« FONCTIONvS. 5^3
comme chargés de fonctions d'excrétion , pour raccomplissement desquelles ils sont supplémentaires. 7° Enfin il existe encore une foule de sympathies qui ne peuvent se rattacher à aucune des précédentes.
Quelle est la condition organique qui préside au développement des sympathies? Cette question est fort obscure. Le système vasculaire, le tissu cellulaire, ont été considérés comme pouvant rendre compte des phénomènes sympathiques; d'autres les ont attribués à la continuité des membranes: mais il est probable que le système nerveux sert d'intermédiaire entre les deux organes qui sympathisent, soit que tous les nerfs contribuent à cette fonction , soit que les filets du grand-sympathique concourent seuls à l'accomplir.
254 î>? ^^ GÉNÉRATION.