CHAPITRE m
De la Circulation.
XLVin. On appelle circulation ce mouvement par lequel le sang, partant du cœur, est continuellement porte dans toutes les parties du corps au moyen des artères, et revient par les veines au centre d'où il était parti.
Ce mouvement circulaire a pour usage de soumettre le fluide altéré par le mélange de !a lymphe et du chyle au contact de l'air dans les poumons {^respiration^ \ de le présenter à plusieurs viscères qui lui font subir divers degrés de dépuration ( sécrétion^ \ et de le pousser vers les organes dont la partie nutritive animalisée, perfectionnée par ces actes successifs, doit opérer l'accroissement ou réparer les pertes (^nutrition).
Les organes circulatoires servent moins à l'élaboration qu'au transport des humeurs. On peut, pour s'en former une juste idée, les comparer à ces manœuvres qui , dans une vaste manufacture d'où sortent des produits de toute espèce, sont employés à porter les matériaux aux ouvriers chargés de la fabrication; et de même que parmi ces derniers il en est qui perfectionnent , épurent les matières que d'autresiïiettcnt en œuvre, ainsi les poumons et les glandes sécrétoires sont incessamment appliqués à
séparer du sang tout ce qui est hétérogène à notre nature , pour s'identifier avec nos organes, s'assimiler à leur propre substance, ou les nourrir.
XLIX. Historique. Quand on étudie les anciens chirurgiens , voyant la crainte qu'ils avaient de l'hémorragie à la suite des amputations et des grandes opérations, on serait tenté de croire qu'ils possédaient une certaine nolion du mécanisme de la circulation : cependant il n'en estrien;etla lecture des ouvrages de physiologie antérieurs à Harvey prouve qu'ils étaient dans l'ignorance la plus complète au sujet du mécanisme de la circulation.
Hippocrate,le premier, a parlé de vaisseaux qu'il nomma veines.
Plus tard,Proxagoras vit d'autres vaisseaux vides, les artères, qu'il crut pleines d'air pendant la vie, et il les nomma artères. On croyait alors que les veines étaient les agens uniques de la circulation; que le sang, par des mouvemens oscillatoires, les parcourait du cœur aux extrémités et des extrémités au cœur.
Galien reconnut que les artères renfermaient du sang, qu'elles étaient agitées de batteniens; mais bien loin d'en conclure que ces battemens étaient k; résultat du choc que le sang faisait éprouver à leurs parois, il pensa que ces battemens étaient le résultat du mouvement que le cœur imprimait aux parois des artères de proche en proche; et pour le prouver il fit la fameuse expérience tant de fois objectée à Harvey, et qui pourtant était de nulle va-
/pô DE LA CIRCULATION.
leur, puisque Galien avait mal observé. Il coupa une artère, mit un tuyau de plume entre les deux bouts de l'artère, qu'il noua sur ce tuyau , et il prétendit que lesbattemens cessaient de se faire sentir au-delà du lieu où l'artère était coupée : fait complètement erroné, et qu'une seconde expérience eût sans doute rectifié, si elle eût été tentée. A l'époque où Vésale imprima une nouvelle impulsion à l'anatomie, on découvrit dans les veines un grand nombre de valvules; et si alors on eût étudié leur disposition etleurs usages, on eût découvert inévitablement le cours du sang dans ces vaisseaux. Mais il n'en fut pas de même : on ne connaissait pas les capillaires; en sorte que l'on admettait que le sang passait d'un ordre de vaisseaux dans l'autre au travers des porosités du cœur; et cette croyance était tellement établie, que les anatomistcs allemands et italiens tour^ naient en ridicule ceux qui paraissaient douter de l'existence de ces porosités dans l'épaisseur des cloisons du cœur.
Cependant Servet découvrit le petit cercle que parcourt le sang; il démontra que le sang allait du cœur au poumon par les artères pulmonaires, traversait celui-ci pour revenir de là au cœur par les veines pulmonaires. Comme il mourut jeune, sa doctrine, professée par des personnes qui voulurent se l'approprier, ne fit que peu de progrès. On trouve dans Sprengel un passage qui tend à prouver que Césalpin avait établi toute la théorie de la circulation. Quoi qu'il en soit, ces notions étaient à
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peu près perdues, quand Harvey, Anglais de naissance, étudiant l'anatomie en Italie sous le célèbre Fabrice d'Aquapendente, apprit l'existence des valvules. En 1602, il étudia et reconnut leurs usages, et soupçonna la théorie de la circulation. Il revint en Angleterre, et pendant dix-sept ans fit silencieusement des recherches et des expériences ^auT acquérir la certitude de sa découverte (i). C'est alors qu'il la publia; et pendant neuf ans encore il continua à l'étayer sur de nouveaux faits. Harvey fut en butte aux attaques les plus vives et les plus iniques; on chercha à déverser sur lui le ridicule et le mépris : c'était presque un terme avilissant que d'être nommé un circulateur. Cependant, avec la patience du sage et la ténacité de l'homme de génie, il soutint celte lutte acharnée, et en i652,
(i) Voici le jugement qu'en porte Hume, le célèbre historien de l'Angleterre (p. 243, t. IX, de la traduction française de Suard, édition publiée par M. Campenon ) : « Harvey pos- » sède la gloire d'être parvenu par le seul raisonnement, sans K aucun mélange de hasard, à faire une découverte essentielle » dans l'une des plus importantes parties des sciences. Il eut » aussi le bonheur d'établir en même temps sa théorie par les » preuves les plus solides et les plus convaincantes; et ceusc » qui sont venus après lui n'ont presque rien ajouté aux D argumens dont il n'eut l'obligation qu'à lui-même. D'ailleurs, » son traité de la circulation du sang est embelli par cette cha- » leur et cette noblesse qui accompagnent si naturellement le » génie d'invention.... On remarquera qu'aucun médecin en » Europe, parvenu à l'âge de quarante ans, n'adopta jamais, » pendant le reste de sa vie, la doctrine d'Harvey sur la circu-
c'est-à-dire cinquante ans après le premier moment de sa découverle, il eut la satisfaction de voir triompher sa doctrine. La défection d'un homme éminent qui l'avait combattu jusqu'alors, et qui embrassa publiquement son opinion, acheva de porterie dernier coup à ses adversaires, et fît admettre universellement la théorie de la circulation telle que nous la possédons encore aujourd'hui. Le nom d'Harvey acquit une célébrité qu'il a toujours conservée; et même, parmi les gens étrangers à la médecine, Ilarvey est connu par sa découverte comme Jenner par l'invention de la vaccine.
Harvey descendit dans la tombe avant que sa découverte de la circulation fût confirmée par l'inspection microscopique. Mais , en 16161, Malpighi publia ses observations faites avec une simple lentille sur les poumons, le mésentère, et la vessie
» lation du sang, et que la pratique de ce grand homme dans w la capitale diminua extrêmement par suite des reproches que » lui attira celte importante découverte : tant est lent le pro- » grès de la vérité daus toutes les sciences , lors même qu'il » n'est pas contrarié par des préventions de parti ou par la D superstition! Harvey mourut en 1657, âgé de 79 ans. » Je n'ai pu résister au plaisir de transcrire ce passage de l'un des trois historiens dont s'enorgueillit l'Angleterre. Hume, Robertson et Gibbon sont les seuls historiens que les modernes puissent opposer à l'antiquité. Voltaire les eût surpassés sans doute, s'il se fût borné à ce genre de composition, et s'il y eût employé , sans partage , toutes les forces de son prodigieux génie. Jusqu'à présent toutefois, il leur est seul, parmi nous, jusqu'à un certain point, comparable.
urinaire des grenouilles. En 1 688, Leuwenhoek contempla le même phénomène au moyen du microscope, et depuis lors une foule d'observateurs ont ajouté leur témoignage à celui des deu^i savans que nous venons de nommer. Parmi ces nombreux témoins de la circulation sanguine, il nous suffira de citer le laborieux Haller , qui , avec le secours d'une lentille ordinaire, a pu voir sur la queue de la loche de rivière, cobitis aculeata , la plus grande artère se recourber et revenir sous la forme de veine capable de donner passage à la fois à plusieurs globules de sang. Ses observations, que nous avons souvent vérifiées, méritent la plus grande confiance (i); il n'en est pas de même de celles que Guillaume Gowper dit avoir faites sur le mésentère d'un chien et l'épiploon d'un jeune chat. Haller avoue avec sa candeur ordinaire, qu'il n'a jamais été assez heureux pour voir sur les animaux à sang chaud la circulation, m même le simple mouvement du sang.
Il serait superflu, de nos jours, de s'attacher à démontrer l'exactitude de la découverte faite par Harvey ; aussi est-ce par le seul désir de ne faire au-
(i) Sed etiam , perindè ut Leuwenhœkius , vidi in sede caudae quse finis proxima est, majusculam arteriam ossiculi comitem, încurvatam, in venam reflecti, eamque multorum globorum capacem esse. Hsec -vidi , et microscopio solari adjutus , quod enormiter objecta auget, et vulgatioris lentis ope. Alii verô pisciculi aliis constantiùs extra aquas vivunt ; mi cobitis aculeata ad haec expérimenta aptior , et diutiùs superstes visa est. EL Phys. , lib. III , §. ii3 , p. a4o.
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cune omission , que je rappellerai ici qu'on s'est assuré que les choses se passent de la manière indiquée plus haut, par la disposition des valvules du cœur, des artères et des veines; par ce qui arrive lorsqu'on ouvre ces derniers vaisseaux, qu'on les comprime, qu'on les lie ou qu'on y injecte un fluide. Si l'on ouvre une artère , le sang qui jaillit de la plaie vient du côté du cœur; il vient au contraire des extrémités, si c'est une veine qu'on a blessée. La compression ou la ligature d'une artère suspend le cours du sang au-dessous de l'endroit où elle est exercée; le vaisseau se gonfle au-dessus : c'est au contraire au-dessous que les veines se dilatent lorsqu'on les lie ou qu'on les comprime. Enfin, une liqueur acide injectée dans les veines coagule le sang du côté du cœur.
L. Avant de suivre le trajet du sang dans les vaisseaux qui le renferment, il ne sera pas sans intérêt d'étudier la nature de ce liquide et les différences qu'il peut présenter, selon plusieurs circonstances, telles que l'âge, la constitution , les maladies.
Le sang est un liquide de couleur rouge dans les quatre classes d'animaux vertébrés : il est encore rouge dans les annélides; il est blanc ou blancbleuâtre dans les mollusques; il est blanc et offre la transparence de l'eau dans les insectes et les crustacés; enfin, il est jaunâtre dans les holothuries el quelques autres invertébrés; dans l'homme, la couleur du sang, plus ou moins foncée suivant qu'on l'examine retiré des veines ou des artères,
varie , quant à son intensité, suivant les divers états de faiblesse ou de force. Il est d'un rouge vif dans les individus pleins d'énergie et de vigueur, moins coloré chez les hydropiques, et dans tous les cas où la constitution est phis ou moins affaiblie. On peut, à sa couleur , juger de toutes ses autres propriétés : sa consistance visqueuse est d'autant plus grande, sa saveur salée d'autan t plus marquée , son odeur spécifique et flagrante d'autant plus forte, qu'il est plus coloré. Celte couleur est due à la présence d'un nombre prodigieux de molécules globulaires qui roulent et nagent dans un véhicule a(jueux et trèsfluide. Quand le sang pâlit, la quantité de ces molécules diminue : elles semblent se dissoudre dans les cachexies.
Pour se faire une idée exacte du sang, il faut penser que tous les matériaux qui entrent dans le corps des animaux traversent ce liquide avan t d'être assimilés aux organes, et que tout ce qui est rejeté au-dehors, sauf le détritus des alimens, transformé en matières fécales, a dû également en faire partie avant d'être expulsé.
Imaginez un courant rapide, un fleuve qui part du cœur, et va , en se distribuant par une foule de canaux, dans toutes les parties du corps, laissant dans chacune d'elles quelques-uns des élémens qui le constituent; puis supposez que par d'autres couloirs ce fleuve remonte vers sa source , et qu'en chemin il reçoive de nouveaux élémens, venus soit du dehors, soit du dedans.
On a essayé de rechercher quelle est la quantité de sang qui se trouve dans le corps d'un animal. Pour déterminer cette quantité, on prit un animal, un chien , un agneau , etc. , on le pesa , puis on lui ouvrit un gros vaisseau; on laissa couler le sang jusqu'à la mort de l'animal, et on pesa le liquide soigneusement recueilli. En employant ce moyen , Allen - Moulins , Lister, évaluèrent le rapport du poids du sang à celui du corps comme i est à 20. D'après cette estimation , la quantité de sang que renferme le corps d'un homme adulte devrait être de sept à huit livres. Plusieurs physiologistes ont recommencé ces expériences, et ils ont reconnu que le rapport trouvé précédemment était trop faible : ils annoncèrent que le sang formait la dixième partie du poids du corps.
Mais toutes ces estimations sont mensongères; car il reste toujours du sang dans les vaisseaux, quelque moyen que l'on emploie pour faire périr l'animal. Ainsi , nous nous sommes assurés par des expériences faites sur des chiens, dont les gros vaisseaux incisés étaient maintenus ouverts jusqu'à cessation complète d'écoulement sanguin, et par la dissection d'individus qui avaient subi le supplice delà guillotine, que, dans tous ces cas, les vaisseaux renfermaient encore une quantité assez considérable de sang.
Ces observations prouvent que les évaluations faites par les physiologistes cités plus haut , sont audessous de la quantité réelle de sang que renferme
le corps d'un animal. On a encore imaginé de mettre à profit certains écoulemens sanguins morbides observés sur î'homme. Il faut ici distinguer ceux qui se font en plusieurs ibis, à des intervalles assez éloignés; cas dans lesquels on a pu avoir «yS livres de sang en dix jours, 202 livres en un temps plus long, d'avec ces écoulemens rapides qui, en vingt-quatre heures, ont produit 10 livres et même 3o livres de sang. Dans le premier cas, en effet ^ la quantité obtenue ne donne pas la mesure de ce que contiennent les vaisseaux : car, comme nous le dirons plus loin , le sang se répare avec une extrême rapidité : il est même probable que, dans l'espace de vingt-quatre heures, il a dû y avoir une réparation de quelques livres chez ceux qui ont pu perdre pendant ce temps trente livres de sang. Estimons donc avec Quesnay et Fr. Hoffmann la quantité de sang d'un homme adulte à vingt-neuf ou trente livres; ce qui établit le rapport de i à 4 oti 5 avec le poids total du corps.
La quantité relative du sang varie, i° selon les âges; elle est plus considérable dans l'enfant que dans l'adulte. On trouve en effet chez l'enfant un nombre considérable de vaisseaux qui disparaissent avec le temps; cette quantité diminue encore plus chez les personnes avancées en âge. La plupart des capillaires artériels sont, ainsi que le démontrent les injections, tout-à-fait oblitérés chez les vieillards. 2° Selon la constitution , certains individus ont une quantité de sang beaucoup plus considérable I. 28
en proportion que d'autres ; ils ont alors ce qu'on nomme le tempérament sanguin.
Si on examine le sanor au microscope, on voit qu'il renferme des globules. Depuis Lewenhoeck, qui les a découverts, et Malpighi, qui les a vus en même temps, ces globules ont été aperçus par toutes les personnes qui les ont recherchés; ils ont été vus dans le liquide nourricier de tous les animaux.
Nombre. Ils sont plus nombreux dans le sang des oiseaux, puis des mammifères, puis des animaux à sang froid; ils sont plus nombreux aussi dans le sang artériel que dans le sang veineux.
Grosseu7\ Ils sont plus gros dans le sang des animaux à sang fioid que dans celui des animaux à sang chaud. Mais leur volume peut il être déterminé par l'inspection microscopique , seul moyen de les apercevoir? S'il faut en ci'oire sir Éverard Home, le diamètre d'une molécule de sang humain serait de 1/200 de millimètres ou de i/5ooo de pouce anglais. Les mêmes molécules dans les animaux à sang chaud ^ et surtout chez les animaux à sang froid , seraient en quelque sorîe plus grossières, s'il était vrai, comme l'aflirme le même auteur (i), que le diamètre d'une molécule de sang de souris fût de 1/180 de millimètre, et pour la raie seulement, de 1/70.
Forme. Quant à la forme des molécules sanguines, Leuwenhoek, qui a donné l'idée de leur
(i) Philôsophical Transactions f année iSi'^,
prodigieuse ténuité, en estimant leur volume à la millionième partie d'un pouce, les croyait sphériques. Hewson dit qu'elles sont annulaires et percées d'un trou central. D'autres les comparent à une lentille aplatie, qui, dans son milieu, présenterait une tache obscure. Il paraît que ces globules sont ovalairesdans le sang des animaux à sang froid, elliptiques dans les oiseaux; dans l'homme, ils sont arrondis : ils ne forment pas cependant une sphère parfaite; on aperçoit à leur surface un point lumineux que quelques anatomistes ont pris pour un trou. D'après Schmith,ils sont tout-à-fait ronds; mais Béclard, MM. Prévost et Dumas disent qu'ils sont déprimés et lenticulaires. Du reste, ils sont, selon ceux-ci , solides et formés d'un noyau ou point rouge, recouvert par une vésicule membraneuse qui parait se former et se détruire avec facilité; et, selon d'autres, Home^ par exemple, la matière colorante du sang ne pénètre point dans l'intérieur des molécules , mais les enveloppe simplement. Ces opinions furent généralement admises; cependant elles ont été récemment controversées.
Ainsi M. Denis admet les globules , mais il ne leur reconnaît pas de noyau central fîbrineux ; il pense que le globule est formé en entier de matière colorante, et que la fibrine du sang est dissoute dans ce liquide.
M. Raspail , qui est très-versé dans les études microscopiques, paraît avoir pris à tâche de renverser toutes les opinions précédemnaent émises
au sujet des globules sanguins : il prétend qu'on a mal observé ces globules, qu'ils n'ont ni forme ni volume déterminés, qu'ils ne sont point enduits de matière colorante, mais qu'ils sont incolores, semblables à des grains de fécule; il dit que ce sont des fragmens d'albumine coagulée qui se forment et se figurent par le mouvement du sang. Ils sont, dit-il , solubles dans l'eau, et ils disparaissent quand on étend d'eau le liquide dans lequel ils se trouvent. Dans son travail , M. Raspail , réclame la priorité de ces idées sur Hodgkin et Lyster, et il cite à l'appui des opinions qu'il soutient une assertion de M. Fodera, que voici; c'est que tout ce qui a été écrit sur les globules fourmille d'erreurs. Ces propositions ne sont pas restées sans réponse. M. Donné, qui s'est également beaucoup occupé de travaux microscopiques, a démontré que les globules ne sont nullement solubles ; que dans le cas même où M. Raspail disait ne plus les apercevoir, ils n'étaient cependant pas dissous. M. Donné pense que le globule est formé d'une partie centrale, fibrineuse, aréolaire, dans les mailles de laquelle s'arrêtent de l'albumine en petite quantité, et surtout de la matière colorante.
Outre les globules que je viens de décrire ;, il paraîtrait qu'il y en a d'autres plus petits. Hunter pense les avoir aperçus dans le sérum ^ Bauer dans un sac anévrismal. On leur adonné le nom de globules séreux. Leur existenceabesoin d'êlreconfirmée.
Il y a quelques physiologistes qui maintenant en-
core rejettentcompléteraent l'existence des globules. Ainsi, d'après Schultz, le sang est un liquide homogène, vivant, formé de parties qui se repoussent^ s'attirent^ se composent et se décomposent à chaque instant. Mais il a été réfuté par M. Dutrochct, qui a montré que ce physiologiste s'en était laissé imposer par des illusions microscopiques.
Le sang, étudié hors des vaisseaux, paraît visqueux, de saveur salée, alcaline; ce qui est remarquable, puisqu'il donne lieu à des sécrétions acides telles que celles du suc gastrique, de l'urine. Sa couleur est rouge; mais cette coloration est modifiée par le contact de différens gaz. Il laisse exhaler, en perdant sa chaleur, une vapeur aqueuse, fortement odorante, et, suivant quelques-uns (Moscati , Rosa, etc.), un gaz auquel il doit toutes ses propriétés vitales , et dont la perte le réduit à l'état de cadavre, ce qui fait que son analyse ne peut, selon ces médecins, fournir de données utiles et applicables à l'explication des phénomènes de la santé et des maladies.
Cette odeur , extrêmement forte dans les carnivores, est assez prononcée chez l'homme, surtout dans le sang des artères. Je me rappelle l'avoir conservée pendant tout un jour dans la gorge, après avoir levé un appareil, et arrêté une bémorrhagie qui dépendait du relâchement des ligatures , huit jours après l'opération de l'anévrisme à l'artère poplitée.
Le principe odorant du sang est analogue à celui
de la sueur de l'animal ; il peut être mis en liberté en versant sur lui de l'acide sulfuriquc. M. Barrueî , qui est l'auteur de cette découverte, a fort bien reconnu du sang de pigeon qu'on lui a présenté à l'Académie de médecine : cependant MM. Soubeiran et Denis disent que l'odeur qui se dégage alors est le résultat de l'action de l'acide sulfurique sur le sang; ce qu'il y a de certain, c'est qu'on n'a pu encore isoler ce principe odorant.
Si, en l'agitant, on ne prévient la coagulation du sang à mesure qu'il se refroidit, sa consistance augmente, et, livré au repos, il se sépare en deux parlies bien différentes, l'une aqueuse, presque sans couleur, plus pesante que l'eau commune, maniféslement salée : c'est le sérum, formé d'eau, qui tient en dissolution un grand nombre de Substances.
Quoique analogue au blanc d'œuf, le sérum en diffère, parce que, en se concrétant, il forme une masse moins homogène et moins solide. L'albumine y est souvent mêlée d'une portion de gélatine transparente et non coaguiable par la chaleur. L'avidité de l'albumine pour l'oxigène autorise à présumer qu'à travers les parois très -minces des vésicules aériennes des poumons , le sérum s'empare de ce principe, et donne au sang artériel l'état écumeux qui forme une de ses qualités distinctives. Cette oxidation , ainsi que la fixation du calorique qui l'accompagne, augmentent également sa consistance. Cependant l'albumine ne se concrète pas, parce qu'elle est perpétuellement battue et agitée par les
forces circulatoires, parce qu'une suffisante quantilc d'eau l'étend et la dciaie; parce que la chaleur animale, qui ne s'élève jamais au-dessus de Sa à 34 degrés, ne peut solidifier l'albumine, qui ne se prend qu'au 5o^ (thermomètre de Réaumur), et enfin parce que le sérum contenant une certaine quantité de soude à nu , qui lui donne la propriété de verdir les couleurs bleues végétales, cet alcali concourt à maintenir la dissolution de l'albumine, qu'il fluidifie lorsque les acides, l'alcool ou la chaleur Font concrétée.
Au milieu du sérum et à vsa surface flotte un g'àtcau rouge, spongieux, solide (insaia), formé de fibrine, qui emprisonne dans ses mailles de la matière colorante et de Falbumine. Si la coagulation se fait lentement, la fibrine monte à la surface du caillot, et forme celte couenne connue sous le nom de couenne inflammatoire. Sa production, plus facile dans le sang qui provient de personnes affectées d'inflammation , ne tient pas à ce que le sang, dans ces cas , contient une plus grande quantité de matière fibrineuse , niais bien à ce qu'alors la coagulation s'opère plus lentement que dans les cas ordinaires. Dans ces cas de coagulation lente, le caillot est beaucoup plus dur; il l'est aussi davantage chez les personnes très-sanguines. La surface supérieure du caillot est déprimée et cupuliforme.
Quelle est la cause de la formation du caillot? On a dû penser d'abord que c'est le refroidissement; mais plusieurs faits ne permettent pas d'admettre
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cette opinion. Eu effet, on a retiré de la nner un poisson dont le sang, dans ses vaisseaux, était audessous de la température de l'atmosphère : le sang qui s'est écoulé des vaisseaux, quoique placé dans un milieu plus chaud que le corps de l'animal d'où il provenait, ne s'en est pas moins coagulé. Bien plus, Hewson et autres ont fait geler du sang au moment où on venait de le recueillir de la veine, en le soumettant brusquement à une température extrêmement basse : ce sang ayant été dégelé et rendu liquide, s'est ensuite coagulé très-régulièrement. Ce n'est donc pas l'abaissement de température du sang qui produit le phénomène de la coagulation du sang. Est-ce le contact de l'air? Pas davantage; car la coagulation du sang s'opère même quand il séjourne dans les vaisseaux du cadavre, ou sous le récipient de la machine pneumatique. Est-ce le repos? Cette opinion parait au premier abord plus admissible; car, d'une part, le sang qui reste liquide dans nos vaisseaux y est toujours en mouvement; d'une autre part^ le sang sorti des vaisseaux et agité dans un vase, v reste liquide tant qu'il y est en mouvement ; mais cette liquidité n'est qu'apparente. Ainsi, il y a deux ans qu'à Édimboui'g on a constaté que, quoiqu'il n'y eût pas de caillot unique formé dans un sang long-temps agité, il s'était néanmoins produit une foule de petits caillots épars, isolés, qui, recueillis, offrirent la même composition que celle du caillot unique provenant de la coagulation paisible du sang.
La véritable cause de ce phénomène est la cessation de l'influence des parties vivantes sur le sang. On a vu , en effet , le sang épanché dans la tunique vaginale y séjourner pendant soixante jours, et cependant conserver toute sa fluidité; on sait que les bosses sanguines qui se forment à la suite des contusions du crâne peuvent rester, avant d'être résorbées, pendant un temps fort long, sans cependant perdre leur fluidité. Il y a plus, on a vu le sang sucé par une sangsue, et retiré un mois et demi après du corps de l'animai, se coaguler comme s'ii venait de sortir des vaisseaux qui l'avaient contenu d'abord. M. Denis considère le phénomène de la coagulation comme le résultat de la cessation de la vie dans le sang. La fibrine, qui selon lui est, pendant la vie, dissoute dans le sang par les forces vitales, redevient solide quand le sang a cessé de vivre. Celte opinion serait admissible, si la fibrine n'était déjà solide dans le sang contenu dans ses vaisseaux ; et l'immense majorité des physiologistes et des chimistes professe cette dernière opinion.
Il est des cas dans lesquels la coagulation du sang s'opère même pendant la vie : ainsi, le premier phénomène de l'inflammation d'une veine est la coagulation du sang qu'elle renferme. Dans le sphacèle^ le sang des artères qui traversent les parties gangrenées est inévitablement coagulé, et c'est un des moyens dont la nature se sert pour s'opposer h l'hémorrhagie c|ui suivrait la chute des escharres, si les artères n'étaient oblitérées. Ces caillots s'étcn-
^^a DE LA CIRCtILATION.
dent quelquefois fort loin. Thomson dit que dans un cas de sphacèle de la cuisse , le caillot remontait jusque dans l'aorte. Enfin , les cavitc's du cœur se remplissent de caillots que les anciens prenaient pour des polypes, que les modernes ont reconnu pour des caillots sanguins. La plupart de ces caillols se forment après la mort; mais quelques-uns, plus consislans, ont dû certainement s'organiser dans les dernières heures, ou même dans les derniers jours de l'existence.
En regard des circonstances où l'on voit le sang se coaguler, nous placerons des exemples dans lesquels le sang reste fluide, quoique placé hors de l'influence des parties vivantes. Hunter, Béclard, et une foule d'autres auteurs, ont constaté la fluidité du sang à la suite de ces morts violentes dans lesquelles le système nerveux a été vivement ébranlé, comme après l'action de la foudre, certains empoisonncmens, l'asphyxie, etc. Une expérience récente et cruelle nous a appris que le sang avait perdu la faculté de se coaguler chez les individus morts du choléra.
Se développe-t-il de la chaleur pendant le phénomène de la coagulation? Scudamore a répondu par l'affirmative; mais Davy et Denis ont constaté que ce dégagement n'existait pas.
Enfin, il se forme des gaz qui creusent l'intérieur du caillot, et y restent emprisormés de la même manière que le gaz acide carbonique creuse l'épaisseur du gluten pendant la fermentation panaire.
DE LA CmCULâTlON. 44^
Le caiilot du sang qui provient d'une saignée, présente une forn:ie et une épaisseur qui n'ont rien de constant, et qui peuvent varier selon que le sang appartient au commencement, au milieu ou à la fin de la saignée, qu'il sort en bavant ou par jet, qu'il est reçu dans un vase de telle ou telle forme^ etc. ; aussi les médecins ont-ils cessé d'attacher à Finspcclion an caillot l'importance que les anciens mettaient à cet examen.
Y a-t-il des gaz en circulation avec le san^? Girlanner prétend avoir vu se dégager de Toxigène du sang de brebis recueilli sous une cloche; mais les recherches ultérieures des chimistes n'ont pas confirme cette assertion. Quant à l'acide carbonique, il V a eu de nombreuses controverses. 3Ï. Brand, étudiant avec sir Éverard Home les modifications que le sang éprouve en se coagulant, a reconnu que îe sang artériel et le sang veineux renferment l'un et l'autre du gaz acide carbonique dans la proportion de deux pouces cubes de gaz pour chaque once de sang. Cet acide se dégage sur-le-champ, quand on place quelques gouttes du fluide encore chaud sous le récipient d'une machine pneumatique j). ^ ogel a reconnu la présence de cet acide dans le sang veineux; cependant J. Davya combattu celte opinion. Selon lui, le gaz acide carbonique qui se dégage du sang ne provient pas de ce liquide, mais de l'air atmosphéricjue , le sang très-avide de
(i; TramacLions philosophiques , année 1827, 2^ partie.
gaz acide carbonjque absorbant celui de l'air, pour le laisser dégager ensuite. En outre, le gaz qui se dégage peut avoir deux autres sources: l'une^ dans la combinaison directe de l'oxigène de l'air avec le carbone du sang; l'autre, dans l'altération cadavérique de ce liquide. Enfin, J. Davy prétend avoir fait bouillir du sang veineux sans obtenir de dégagement de gaz; et l'alcalinité du sang, que ne détruit pas l'addition d'une certaine quantité d'acide carbonique, lui paraît une dernière preuve que ce gaz n'est pas contenu à l'état libre dans le sang pendant la vie.
Mais M. Collard de Martigny, d'après une suite de recherches et expériences dont le résultat, s'il est exact, doit avoir des conséquences bien importantes en physiologie , pense qu'il se produit de l'acide carbonique dans l'épaisseur de tous les tissus pendant l'acte de la nutrition ; que cet acide circule avec le sang veineux, et est rejeté par le poumon. MM. Ortîla et Barruel ne mettent pas en doute l'existence de l'acide carbonique dans le sang; ils pensent qu'il n'y a rien à répliquer à l'expérience de Vogcl , qui recueillit du sang sous une cloche remplie de mercure et d'une certaine quantité d'eau de chaux, et qui aperçut des torrens de carbonate de chaux (c'est son expression) se former dans le haut du vase.
Le sang contient de l'eau en grande proportion , soixante-dix à quatre-vingt-six parties sur cent. Dans cette eau, il y a des substances en suspension et d'autres en dissolution.
Les substances en suspension sont la matière colorante, la fibrine, et peut-être le fer.
1° La malièrc colorante. Incinérée, après avoir donné beaucoupd'ammoniaquedanssa combustion, elle laisse des cendres qui ne font que la centième parlie environ de son poids ,et contiennent, suivant 'BerzéVïus (y^nnales de Chimie ,t. LXXXIII, p. 45), 55 parties d'oxide de fer, 8 parties et demie de phosphate de chaux, et un peu de magnésie; 17 parties et demie de chaux pure, et 16 parties et demi d'acide carbonique. Mais il est aujourd'hui démontré que le principe colorant du sang est un principe immédiat des animaux formé d'hydrogène, d'oxigène, d'azote et de carbone, et ne renfermant pas un atome de fer. La proportion de cette matière est fort abondante dans le sang : selon M. Lecanu il y en a o,i33, et de 4 à 22 centièmes selon M. Denis. Cette substance, quoique soluble dans l'eau , est en suspension dans le sang à cause des autres substances que renferme ce liquide, et qui empêchent sa dissolution : on l'a nommée globuline ou hématosine.
2°. Le fer. Si l'on traite le sang par le feu, qu'on le calcine, qu'on le pulvérise, et qu'on présente à cette substance ainsi porphyrisée une pierre d'aimant, l'attraction magnétique y démontre la présence du fer. Les auteurs sont peu d'accord sur la quantité de ce métnlque le sang peut contenir. Menghini pense qu'il en fait ia centième partie; d'autres soutiennent que sa proportion est de i à 5o3 : ce
qui porte à croire que ce principe conslituant du sang, comme les matériaux de tous nos liquides, peut varier en quantité, suivant une fouie de circonstances. Selon MM. Lecanu et Denis, ces variations seraient en rapport avec celles de la matière colorante, dont le fer suit toujours la proportion.
Blumenbach prétend que Ton ne trouve du fer que dans le sang calciné; qu'il n'en présente point si on l'abandonne à une lente dessiccation. Selon Fourcroy, le fer existerait dans le sang combiné avec l'acide phosphorique, et formerait avec cet acide un phosphate de fer avec excès de base. Ce sel se décompose par la calcination; le fer reste à nu et devient attirable à l'aimant. Les physiologistes regardaient alors le fer oxidé et existant dans le sang comme la cause de la coloration de ce liquide.
Le chimiste que nous venons de citer avait cru reconnaître que la couleur rouge du sang est due à la présence du phosphate de fer, qui, arrivé blanc dans ce liquide avec le chyle qui lui sert de véhicule, passerait dans les poumons à un état plus avancé d'oxidation. C'est dans l'oxidation du fer, et dans l'absorption de l'oxigène par l'albumine pendant l'acte respiratoire, que consisterait, dans cette hypothèse, Vhématose ou la sangidficatioji , dont les poumons sont les principaux organes. Cette théorie de Fourcroy, sur la cause à laquelle le sang doit sa couleur, depuis lui, combattue par plusieurs chimistes , est tout-à-fait abandonnée , depuis surtout que l'on a reconnu que la partie colorante
de ce fluide pouvait être obtenue isolément et toutà-fait exempte de fer. On ne sait du reste dans quelle espèce de combinaison le fer se trouve engage.
3". La fibrine. Substance solide qui, blanchie par des lotions multipliées, présente l'aspect d'un feutre dont les filamens entrecroisés sont extensibles et très- élastiques; elle est d'une nature semblable à la fibre musculaire, et, distillée, donne comme elle une grande quantité de carbonate ammoniacal. La fibrine existe-t-elle dans le sang sous sa forme solide; s'y trouve-t-elle fondue et mélcc aux autres parties constituantes du liquide, comme l'indique l'heureuse expression de chaû^ coulante dont Bordeu, en parlant du sang, s'est servi le premier?
Nous avons vu, en parlant de la formation du caillot, que le plus grand nombre des physiologistes et des chimistes se prononçait pour la première opinion.
Les corps que le sang renferme en dissolution sont :
i". L'albumine, substance fort abondante: son rapport est de /^ à 6 centièmes.
2°. Une matière grasse analogue à celle du cerveau. Déjà Hunter avait eu, pour ainsi dire, le pressentiment de son existence; car il dit , sans pouvoir le prouver, que le sang renferme une matière analogue à la matière nerveuse. Plus tard , M. Vauquelin a découvert dans ce fluide le phosphore. Enfin, M. Chevreul a trouvé une huile grasse, phosphorée, qui ressemble parfaitement à celle que renferme la
substance nerveuse. On lui a donné diffcrens noms. Sa composilion n'est pas celle des corps gras , puisque , avec l'oxigène, l'hydrogène et le carbone, elle renferme du phosphore et de l'azote : elle est soluble dans les sels de soude; c'est elle qui , selon M. Denis, colore le sérum en jaune.
3". M. Denis dit avoir trouvé une huile phosphorée blanche.
4°. De plus, il y a une matière qui est de l'osmazome selon M. Denis, et que M. Lecanu a nommée extractif.
5°. Enfin, on trouve différens sels, de l'hydrochlorate de soude et de potasse, des phosphates, carbonates et sulfates alcalins, du sous carbonaicde chaux et de magnésie, et des phosphates de même base.
Outre ces parties qu'on retrouve toujours dans le sang, il en est d'autres qui s'y rencontrent accidentellement. Ainsi, l'introduction de nitrate ou de prussiate de potasse dans l'estomac est suivie, au bout de quelque temps du passage de ces matières dans le sang. Le principe colorant de la rhubarbe , le principe odorant du camphre et autres substances se retrouvent dans le sang, après avoir été introduits dans les voies digestives.
Il y a des différences entre le sang artériel et le sang veineux : ainsi l'artériel contient moins d'eau, plus de globules, plus d'héraatosine; il est d'une couleur écariate ; enfin, il renferme un peu plus de fibrine et moins d'albumine. Le sang veineux
offre des qualités contraires ; de plus , sa couleur est d'un rouge foncé : enfin , il contient de l'acide carbonique. Ces différences sont peu nombreuses; les chimistes n'en peuvent signaler d'autres y et pourtant quelles différences immenses entre les propriétés de l'un et de l'autre pendant la vie!
Le sang des capillaires diffère-t-il de celui que nous venons d'étudier? Pallas l'a avancé, et il s'est appuyé sur les recherches qu'il a faites sur du sang qu'il recueillait du tube digestif des sangsues, après les avoir appliquées sur la peau de l'homme : il l'a trouvé plus riche en principes nutritifs; mais on peut penser que ce sang avait été altéré par son contact avec la surface vivante des organes digestifs des sangsues.
On s'est encore demandé si le sang était le même dans les diverses parties du corps , et cette question , qui n'est plus même posée aujourd'hui , a été longuement débattue par quelques physiologistes anciens. Ainsi, Nesbit avait prétendu que le sang lancé dans les parties sus-diaphragmatiques était plus chaud, plus aéré que l'autre; il soutenait que les organes agissaient à distance sur le sang de telle sorte, que celui qui arrivait aux glandes salivaires était plus écumeux, plus salé, etc. Quoiqu'il suffise d'exposer de pareilles théories pour les réfuter , Legallois a cru devoir, par des expériences, en démontrer la fausseté, et il a fait un long travail où il s'est attaché à prouver que le sang arrive avec la
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môme composition, les mêmes propriétés , dans toutes les parties du corps.
Le sang veineux est-il le même partout? Ici, je ravoue,je n'éprouve aucune répugnance à admettre que ce sang ne soit pas identiquement le même dans toutes les parties du corps : on ne peut douter que celui qui circule, chargé du produit de la digestion et des absorptions lymphatiques, ne soit pas le même que celui qui n*a encore subi aucun mélange avec le chyle et la lymphe; mais je crois de plus que le sang qui revient des intestins par les veines mésaraï(jues n'est pas le même que celui des veines sus-hépatiques; que celui-ci diffère du sang qui sort d'un muscle, etc. D'ailleurs, certains organes paraissent entièrement destinés à modifier le sang qui les pénèlre : telle est probablement la rate, tel est probablement le corj)s thyroïde; mais pour en être certain, il faudrait avoir recueilli le sang des veines thyroïdiennes inférieures et l'avoir comparé à celui des autres parties.
Y a-t-il des différences selon l'âge, les constitutions? M. Denis a fait à ce sujet des recherches qu'il a consignées dans un travail étendu et parfaitement fait; il en résulte que la proportion entre l'eau et l'albumine du sang ne change jamais; quel que soit d'ailleurs le rapport de ces substances aux autres parties qui entrent dans la composition du sang : dans toutes ses expériences, les plus grandes différences ont été de 4 à 6 centièmes.
Il en est de même à peu près de la fibrine et des
matières qui sont en dissolution dans le sang : ceci nous apprend à ne plus nous étonner du résultat des observations faites par Deyeux et Parraentier, où l'on a vu le sang de la douzième , de la quinzième, de la vingtième saignée , faites sur le même individu à intervalles trés-rapprochés, ne donner aucune différence dans les pliénomènes de sa coagulation et de la couenne qui recouvrait le caillot; où l'on a vu le sang des scorbutiques s'offrir encoi'e avec les mêmes qualités que celui des autres individus. Mais il n'en est pas de même du rapport de l'hématosine, matière qui est en si grande quantité dans le sang. M. Denis s'est assuré que chez un homme athlétique et bien nourri, il y avait vingt-deux parties d'hématosine contre soixante-dix d'eau , tandis que chez un homme maladif, soumis à des pertes abondantes^ et usant de peu de matériaux réparateurs, il n'y avait plus que six parties d'hématosine et quatre-vingt-dix parties d'eau. M. Denis a de plus i*ecoBnu que cette proportion ne variait pas en peu de jours chez le même individu; mais qu'il fallait plusieurs mois, plusieui's années de l'action continuée de la même cause fortifiante ou débilitante pour produire l'excès ou la diminution de rhématosine : voilà pourquoi l'on ne peutpromptement changer la constitution d'un individu. Mais si on retire du sang, le résultat est différent : ce fluide se répare avec rapidité dans tous ses élémens, sauf toutefois l'hématosine. Une conséquence facile à tirer se déduit de ce^ notions: c'est que la saignée,
surtout la saignée abondante, ne doit être faite qu'avec ménagement chez les individus faibles, puisque chez ceux-ci déjà l'hématosine est en petite quantité , et que sa proportion sera pour long-temps diminuée par l'effet de la saignée. Le fœtus dans le sein de sa mère renferme une proportion considérable d'hématosine, et pourtant, chose remarquable, le sang du fœtus ne contient pas beaucoup de fibrine. A la naissance, la proportion d'hématosine diminue, et l'eau devient prédominante pendant les premières années; un rapport inverse s'établit ensuite vers l'âge adulte. Enfin, chez le vieillard, le sang redevient plus aqueux, plus même qu'en toute autre époque de la vie. ïl résulte de là que le rapport de l'hématosine à l'eau est plus considérable avant la naissance qu'à toute autre époque, qu'ensuite vient l'âge adulte, puis l'enfance, puis enfin la vieillesse. ïl n'en faut pas conclure que le sang des vieillards soit nécessairement très-aqueux ; les personnes d'une bonne constitution et qui usent d'une alimentation très-riche, peuvent conserver jusqu'à un âge très-avancé la prédominance de l'hématosine sur les autres élémens du sang. On voit plusieurs vieillards qui sont obligés de recourir de temps en temps à la saignée, afin de lemédier aux accidens qui résulteraient d'un sang trop riche en hématosine, et par-là trop excitant.
Un sujet d'une haute portée physiogique consiste dans la recherche du rapport qui existe entre le
sang et les parties qui entrent dans ce liquide ou en sortent.
1°. Avec les parties qui entrent. L'hématosine n'est pas dans les alimens; il faut donc qu'elle soit fabriquée de toutes pièces; quant aux globules, on les retrouve déjà dans le chyle et la lymphe, sauf l'enveloppe de matière colorante. Nous verrons que cette matière colorante se produit dans l'acte de la respiration.
Du reste, on a trouvé dans les alimens la fibrine, l'albumine, la graisse phosphoréc, qui existe peutêtre ailleurs que dans la matière nerveuse des animaux qui nous servent d'alimens; tous les sels du sang. Je n'oserais cependant affirmer que ce soit la même fibrine, la même albumine des alimens qui soient plus tard en circulation dans le sang.
2". Avec les parties qui sortent. L'hématosine, quoique portée dans toutes les parties du corps, et quoique paraissant être l'agent excitateur de toutes les fonctions que sollicite l'abord du sang, n'abandonne nulle part ce liquide; de telle sorte qu'on ne peut la retrouver nulle part ailleurs que dans le sang. C'est ce qui explique peut-étie comment les personnes qu'incommode l'hématosine par son excès, ne peuvent être promptemenî soulagées que par la saignée. La fibrine se retrouve très-abondante dans nos muscles; mais on ne peut croire que ce soit une simple coagulation de proche en proche de la fibrine du sang qui produise la fibre musculaire,
quoique, dans la coagulation dii sang dans un vase, on voie le caillot prendre jusqu'à un certain point l'apparence de la fibre musculaire, et être agité de mouvemens, comme ceux qu'offre la surface dénudée d'un muscle encore vivant. L'albumine se retrouve dans la plupart des fluides sécrétés et dans beaucoup de nos tissus. Le fer ne se rencontre pas bien évidemment ailleurs que dans le sang; on ne sait quels usages il remplit : on pourrait croire qu'ils sont en rapport avec ceux de l'hémalosine, en voyant les préparations ferrugineuses procurer de§ résultats avantageux chez des personnes peu riches en hématosine, comme cela se remarque chez les femmes chlorotiques. La plupart des sels se retrouvent dans nos tissus; les os en contiennent un nombre et une proportion considérables.
Le cerveau recèle les matières grasses trouvées dans le sang. On peut donc dire que la plus grande partie des objets que renferme le sang se retrouvent soit dans nos tissus, soit dans les fluides sécrétés; mais ce serait trop généraliser ce fait, que de dire que nos tissus ou les fluides sécrétés ne contiennent autre chose que les principes du sang, et que la nutrition n'est que le passage et l'arrêt des matériaux du sang dans nos tissus, et le retour de ces mater riaux dans le sang après un temps plus ou moins long. Il est en effet une foule de principes qui n'ont pu être démontrés dans le sang, et qui se retrouvent dans les organes, comme la matière noire de la choroïde; ou dans les fluides sécrétés, comme la cho-
lestcrine, l'acide urique, la matière salivaire, etc.
Ll. Des altérations du sang. Non -seulement les humeurs s'altèrent^ changent de composition, de qualité et de nature, lorsque Paclion des solides éprouve elle-même quelque altération ; mais encore le système absorbant peut introduire dans la masse de nos liquides des piincipes hétérogènes, source évidente de plusieurs maladies. C'est de cette manière que se transmettent tous les principes de contagion , les virus de la petile-vcrole, de la svphilis, de la peste, etc. C'est ainsi qu'à la longue l'usage habituel des mêmes alimens produit dans nos humeurs une crdse , ou composition particiilièrc, laquelle a sur les solides organisés une influence qui peut s'étendre jusqu'au moral.
La dicte purement végétale porte dans le sang, selon Pylhagore^ des principes doux et tempérés; ce fluide excile modérément les organes; et celte mesui'e, dans l'excitation physique de l'individu, rend pour lui plus facile l'observation des lois de la tempérance, source j^remière de toutes les vertus. Ces observations de l'ancienne philosophie sur l'influence du régime ont sans doute conduit leurs auteurs à des résultats exagérés; mais on ne doit ^ point non plus les regarder comme tout-à-fait dépourvues de fondemens solides. Les espèces carnivores se distinguent par leur force, leur courage, leur turbulence, leur férocité; les peuples sauvages et chasseurs, qui se nourrissent de chairs crues, sanglantes et palpitantes, sont les plus féioces des
hommes; et parmi nous, au milieu de ces scènes d'horreur dont nous avons été long-temps témoins et victimes, on a remarqué que les bouchers figuraient comme principaux acteurs dans les massacres et dans tous les actes d'atrocité et de barbarie. Je sais bien qu'on a expliqué ce fait constant en disant que l'habitude du sang et du meurtre des animaux les avait accoutumés à verser le sang des hommes; mais, sans rejeter cette cause morale, qui est trèsréelle , je pense qu'on doit y ajouter, comme cause physique, l'usage journalier et abondant des substances animales , l'air chargé d'émanations de la même espèce, au milieu duquel ils vivent, qui les pénètre et contribue à leur donner un embonpoint quelquefois excessif.
La plasticité , la concrescibilité du sang diminuant dans toutes les maladies asthéniques ou par débilité , telles que les fièvres putrides^ le scorbut, deux causes doivent être assignées aux hémorrliagies qui surviennent dans ces maladies; savoir, le relâchement des vaisseaux et la dissolution du liquide. Dans le scorbut, le tissu des capillaires est relâché, ses mailles sont agrandies, le sang passe rouge dans ce.3 vaisseaux, transsude à travers leurs parois, et forme des taches scorbutiques. J'ai vu quelquefois ces ecchymoses ou transsudations sanguines cutanées s'étendre à la peau de tout le membre inférieur. Les pétéchies, dans la fièvre putride, se forment de la même manière , et dépendent également du relâchement des petits vaisseaux , et de la plus grande
liquéfaction du sang, dont les molécules sont moins cohérentes, et s'abandonnent à une disgrégation plus facile.
J'ai fait, dans l'été de l'an i8oî , l'amputation du bras à un vieillard sexagénaire, pour un ulcère rongeant et variqueux, qui depuis trente années^ occupait une partie de la surface de l'avant-bras, et se prolongeait jusqu'au coude. Tous les assistans remarquèrent que le liquide sortant des artères était bien moins rouge que celui que fournissaient les mêmes vaisseaux sur un jeune homme à qui la cuisse venait d'être amputée pour une carie scrophuleuse de la jambe ; et que le sang veineux était totalement dissous, violacé et semblable à une teinture légère de bois de Brésil. Ce sang ne se coagula point comme celui du jeune sujet; on le vit se liquéfier, et se résoudre en une sérosité chargée de quelques grumeaux peu colorés.
Ceux qui ont cherché dans les altérations du sang et des liquides la cause de toutes les maladies sont tombés dans des erreurs aussi graves que les solidistes outrés^ qui professent que toute maladie naît du dérangement d'action dans les solides, et que toute altération des humeurs est consécutive à ce dérangement. Les partisans de la médecine humorale ont certainement été trop loin; ils ont admis dans les liquides animaux des états d^acidite, d'al^ calescence, di' acrimonie , etc., dont rien ne peut prouver l'existence. Lessolidistesont été également au-delà de la vérité, en disant que toute altération
primitive des liquides était imaginaire , et que la métiecine humorale n'avait aucune base certaine. Stalil rapporte que le sang d'une jeune femme qu'on saigna pendant un paroxysme d'cpilepsie était absolument coagulé, comme si le liquide eût partagé la roideur des organes musculaires. Quelques auteurs disent avoir vérifié celte observation; mais je n'ai jamais pu apercevoir de différence sensible entre le sang d'un é[>ile[)tique et celui d'un autre individu du même tempérament , du même âge, soumis au même régime; et remarquez que, pour faire une coniparaison sûre de nos humeurs, il faut que tout, dans les individus qui les fournis-^ sent, soit semblable , à Texccplion de la différence que l'on veut apprécier. En effet, le sang n'a pas exactement le même aspect, ne se coagule point de la même manière, lorsqu'on le lire d'un enfant, d'une femme, d'un vieillard , d'un homme qui vit dans l'abstinence, d'un individu qui use d une nourriture abondante , etc.
Les altérations du sang sont néanmoins renfermées dans des limites plus étroites que celles des autres li(juides. La lymphe, les humeurs sécrétées se prêtent à des mélanges, el paraissent, dans certains cas^ presque entièrement différentes de ce qu'elles sont ordinairement. Le sang, au contraire, nm par un cours rapide et vivement agité, incessamment soumis au contact <]e Pair dans le tissu pulmonaire , élabore et rend semblables à lui-même les substances les plus hétérogènes , ou s'en débar-
rasse par divers émonctoires , lorsqu'il ne peut parvenir à les assimiler. On s'est assuré que Ton pouvait introduire dcns le sang des quantités énormes de bile, en injectant lentement et à plusieurs reprises deux onces de ce liquide chaque jour. Quelques minutes après cette injection, 1© sang retiré et soumis par M. Thénard à l'analyse chimique n'a pas offert un seul atome de bile. L'introduction de la bile provoquait un léger trouble dans l'action des organes sécrétoires. Le sang des vénériens, des hydrophobes et des pestiférés ne peut servir à l'inoculation de ces maladies; la lymphe et les humeurs sécrétées paraissent seules en contenir les germes, bientôt altérés par les organes circulatoires, ou rejetés lorsque la lymphe viciée les dépose dans la masse du sang.
LIL De la transfusion du sang. Au niilieu des disputes que fit naître la découverte de la circulation, quelques médecins conçurent l'idée de renouveler en entier la masse des humeurs dans les individus chez lesquels on les supposait ahérées, en remplissant leurs vaisseaux du sang d'un animal ou de celui d'une autre personne bien portante. Richard Lower, connu par son Traité du cœur, l'exécuta le premier sur des chiens en i665. Deux années plus tard, la transfusion fut faite à Paris sur des hommes; Ton en conçut d'abord la plus haute espérance : on crut que par ce procédé nouveau, auquel on donna le nom de chirurgie transjusoire , tous les remèdes allaient devenir inutiles^
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qu'il suffirait désormais, pour guérir les maux les plus graves et les plus invétérés, de faire passer le sang d'un homme vigoureux et sain dans les veines des malades : on alla même plus loin; et, réalisant en espoir la fontaine fabuleuse de Jouvence, on ne se promettait rien moins que de rajeunir les vieillards par le sang des jeunes^ et de perpétuer ainsi la durée de la vie. Toutes ces brillantes chimères ne tardèrent pas à s'évanouir. Quelques hommes soutinrentl'expériencesans en éprouver aucun bien reuiarquable; d'autres furent agités d'un délire furieux : un jeune garçon de quinze ans devint stupide après deux mois d'une fièvre aiguë. L'autorité publique intervint, et défendit ces entreprises dangereuses.
Les expérences relatives à la transfusion du sang furent répétées sans succès à l'Académie des sciences. Perrault y combattit cette nouvelle méthode, et prouva qu'il était bien difficile qu'un animal s'accommodât du sang d'un autre animal; que ce liquide, quoiqu'en apparence semblable à luimême dans deux individus du même âge, différait autant que les traits de leur- visage , leur caractère, etc. ; qu'ainsi on introduisait un liquide étranger, qui, portant aux organes une irritation à laquelle ils ne sont point accoutumés, devait susciter mille désordres dans leur action; que si l'on oppose, ajoute ce médecin judicieux , l'exemple des greffes, où le suc d'un arbre en nourrit un autre de différente espèce, il est aisé de répondre que la végéta-
DE LA CIRCULATIOX. 4^1
tlon ne dépend ni d'un si grand appareil de mécanique, ni d'une naécanique si fine que la nutrition des animaux, et qu'on peut bâtir une cabane avec toute sortes de pierres prises au hasard , au lieu que, pour un palais, il faut des pierres taillées exprès; de sorte qu'une pierre destinée aune voûte ne peut servir ni à un mur, ni même à une autre voûte ( t ).
En confirmation de ces remarques judicieuses viennent les expériences toutes récentes (1824) de MM. Dumas et Prévost de Genève. Comme les dimensions et la forme des globules du sang sont différentes dans chaque espèce, on tue l'animal chez lequel on infuse le sang d'une autre espèce; c'est ainsi qu'un quadrupède, dont le sang présente des globules circulaires, meurt en offrant tous les symptômes d'un empoisonnement^ si l'on injecte dans ses veines le sang d'un oiseau, dont les globules sont elliptiques.
On pourrait, au moyen d'un tube recourbé, faire passer avec facilité le sang artériel d'un animal dont on ouvrirait la carotide dans la veine saphène d'un homme, dans la jugulaire interne, ou dans quelqu'une des veines sous-cutanées de l'avant-bras; mais les expériences sur les animaux vivans fonl présumer qu'il serait extrêmement difficile de le pousser dans les artères. Ces vaisseaux, pleins de sang pendant la vie, résistent à une distension ultérieure. Les capillaires qui les terminent se crispent ,
(i) Académie royale des Sciences, 1667. Histoire, p. 37.
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se resserrent et refusent de se laisser pénétrer par un fluide qui ne les affecte pas suivant leur mode de sensibilité. C'est ce qu'a expérimenté le professeur Buniva. îl a vu que les vaisseaux d'un veau vivant n'admettent facilement le fluide qu'on y pousse qu'au moment où on tue l'animal , en déchirant la partie supérieure de la moelle épinière. On a cherché à utiliser les tentalives sur la transfusion , en réduisant ce procédé à l'injection des substances médicamenteuses dans les veines. îl est remarquable qu'au moment où l'on injecte un liquide dans les veines d'un animal, celui-ci exécute des mouvemens de déglutition, comme si la substance était prise par la bouche. Tous ces essais sont trop peu nombreux et trop peu authentiques pour qu'on puisse les étendre aux hommes; car tout porte à croire que, malgré les plus grands ménagemens, on exposerait la vie de ceux qui voudraient bien s'y soumettre. Il est donc à la fois humain et prudent de s'en abstenir (i).
LÏH. La circulation dans un animal parfait, dans l'homme, consiste dans le passage du sang du cœur
(ï) Les Archives générales de 1/eJea/ze renferment cependant plusieurs observations de transfusion du sang, faites avec succès dans des cas d'hémorrhagie utérine. Il est probable que celte opération serait exempte des dangers qui l'ont fait abanner, si on employait toujours du sang humain pour la faire , et si l'on pouvait éviter l'entrée de l'air dans les veines. Elle conviendrait surtout dans les cas où la vie est en danger par suite d'une perte de sang considérable.
au poumon , du poumon au cœur , de ce lieu à toutes les parties du corps, et de celles-ci de nouveau au cœur. Il y a donc deux cercles parcourus par ie sang : un petit dans la poitrine, un grand dans toute l'étendue du corps. Étudions les phénomènes qui se passent dans les parois des cavités successives dans lesquelles le sang circule, non pas suivant l'ordre du cours du sang dans ses couloirs : pour des raisons faciles à comprendre, nous examinerons séparément la circulation dans le cœur, dans les reines et dans les capillaires.
LIV. -.^c^/o/i c^ï^cœwr. Dans l'homme et dans tous les animaux à sang chaud, le cœur est un muscle creux dont l'intérieur est partagé en quatre grandes cavités qui communiquent ensemble, d'où partent les vaisseaux qui portent le sang dans toutes les parlies du corps, et auxquelles viennent'se rendre ceux qui le rapportent de toutes les parties.
Placé dans la poitrine ^ntre les deux poumons, au-dessus du diaphragme, dont il suit tous les mouvemens, il est enveloppé par le péricarde, membrane fibreuse, dense, peu extensible, intimement unie à la substance du diaphragme, recouvrant le cœur et les gros vaisseaux sans les contenir dans sa propre cavité, fournissant au cœur une enveloppe extérieure j et arrosant sa surface d'une sérosité qui, ne s'accumulant jamais, hors les cas de maladie, facilite ses mouvemens , et empêche son adhérence avec les parties voisines. Le principal usage du péricarde est d'assujétir le cœur dans le lieu qu'il oc*
cupe, de l'empêcher de se porter dans les diverses parties de la cavité thoracique; ce qui n'eût pu arriver sans que la circulation n'eût éprouvé de funestes dérangemens. Si, après avoir ouvert la poitrine d'un animal vivant, en détachant le sternum, on incise le péricarde, le cœur sort à travers l'ouverture faite à son sac , se porte à droite ou à gauche dans la poitrine, en se repliant sur l'origine des gros vaisseaux : alors le cours du sang se trouve intercepté, et l'animal soumis à l'expérience est menacé d'une prompte suffocation.
Une occasion s'est offerte en l'année 1818, de constater de nouveau la parfaite insensibilité du cœur et du péricarde, à la faveur d'une opération dans laquelle j'ai fait la résection de deux côtes, puis excisé un lambeau delà plèvre cancéreuse(i); rien n'avertit l'individu du contact des doigts doucement appliqués à ces organes. Ajoutons que dans l'état de vie, le péricarde, chez l'homme, jouit d'une transparence telle, que l'on aperçoit le cœur au travers de celte membrane comme s'il était sous une cloche de verre parfaitement diaphane : c'est au point que nous avons pu croire un instant qu'il y avait absence de l'enveloppe. Il s'en faut de beaucoup que l'on retrouve cette transparence parfaite du péricarde sur les cadavres; et, sous ce point de
(i) Rapport des travaux de l'Académie royale des Sciences, pendant l'année 1818 ; par G. Cuvier , l'un des secrétaires perpétuels de cette Académie,
vue, cette membrane me semble pouvoir être comparée au miroir de l'œil, qui devient terne et s'obscurcit aux approches de la mort.
Le cœur est placé, dans l'homme, à peu près vers l'union du tiers supérieur du corps avec ses deux tiers inférieurs ; il est donc plus rapproché des parties supérieures, il les tient sous une dépendance plus immédiate; et, comme cet organe entretient l'activité de tous les autres, en les excitant par le sang qu'il y envoie, les parties sus-diaphragmatiques sont plus vivantes que les parties inférieures. La peau de la partie supérieure du corps , et surtout , celle du visage, est plus colorée, plus chaude que celle des parties inférieures; les phénomènes des maladies se développent avec plus de rapidité dans jes parties supérieures; leurs affections prennent moins souvent le caractère chronique.
Le volume du cœur, comparé à celui des autres parties, est plus considérable chez le fœtus que dans l'enfant qui a vu la lumière; chez les sujets d'une petite taille, que dans ceux d'une haute stature. Le cœur est également plus gros, plus fort et plus robuste chez les animaux courageux , que dans les espèces faibles et timides.
Voici le premier exemple d'une qualité morale dépendante d'une disposition physique; c'est l'une des preuves les plus frappantes de l'influence du moral sur le physique de l'homme. Le courage naît du sentiment de la force , et celui-ci est relatif à la vivacité avec laquelle le cœur pousse le sang I, 3o
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vers tous les organes. Le tact intérieur que produit i'afflux du liquide est d'autant plus vif, d'autant mieux senti , que le cœur est plus robuste. C'est par cette raison que certaines passions, telles que la colère, augmentant l'activité des mouvemens du cœur, centuplent les forces et le courage, tandis que la peur produit un effet opposé. Tout être faible est craintif et fuit le danger^ parce qu'un sentiment intérieur l'avertit qu'il manque des forces nécessaires pour le repousser. On objectera peutêtre que certains animaux, tels que le coq-d'ïnde, l'autruche , sont moins courageux que le plus petit oiseau de proie; que le bœuf l'est moins que le lion et plusieurs autres carnivores. Il ne s'agit point ici du volume absolu du cœur, mais de sa grosseur relative. Or, quoique le cœur d'un épervier soit absolument moins gros que celui d'un coq-d'Inde, il l'est bien plus proportionnellement aux autres parties de l'animal. Ajoutez que l'oiseau de proie, comme tous les carnivores , puise encore son courage dans la bonté de ses armes offensives.
Une autre objection plus spécieuse, mais non mieux fondée , se tire du courage que manifestent dans certaines occasions les espèces animales les plus timides; de celui, par exemple, avec lequel la poule défend ses petits, de celui avec lequel d'autres animaux, pressés par les besoins de la faim ou de l'amour, bravent tous les obstacles, et surtout de la valeur poussée jusqu'à l'héroïsme chez les hommes les plus débiles. Tous ces faits ne sont
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cependant que des preuves de l'influence du moral sur îe physique. Dans l'homme en société, le préjugé du point d'honneur, les calculs de l'intérêt, et mille autres idées, dénaturent les inclinations naturelles, au point de rendre lâche l'homme que sa force porterait à affronter tous les périls, tandis qu'elles inspirent les actions les plus courageuses à ceux que leur organisation semblerait devoir rendre les plus timides. Mais toutes ces passions, tous ces sentimens moraux, n'agissent qu'en augmentant la force du cœur, en redoublant la rapidité et l'énergie de ses battemens ; de manière qu'il excite, par un sang plus abondant, soit le cerveau, soit les massés musculaires.
Le cœur n'est point exactement ovoïde dans l'homme, comme dans plusieurs animaux : il n'est point non plus parallèle à la colonne vertébrale, mais dirigé obliquement, et aplati vers le côté qui touche au diaphragme sur lequel le cœur repose.
Des quatre cavitéè qui le forment par leur assemblage , deux lui sont en quelque sorte accessoires : ce sont les oreillettes , petits sacs musculo-membraneux , adossés l'un à l'autre, recevant le sang de toutes les veinés, et versant ce fluide dans les ventricules, à la base desquels les oreillettes son t comme appliquées. Les ventricules sont deux sâc^ nAusculaires , séparés par une cloison de même nature , appartenant également à tous deux : ils forment la plus grande partie du cœur, et c'est d'eux que naissent les artères.
L'oreillette et le ventricule droits du cœur sont plus grands que l'oreillette et le ventricule gauches. Mais cette différence de grandeur tient autant à la manière dont le sang circule, aux approches de la mort, qu'à la conformation primitive de l'organe. Lorsqu'on est près de rendre le dernier soupir , les poumons ne se dilatent qu'avec peine, et le sang qu'y poussent les contractions du ventricule droit, ne pouvant les traverser, s'accumule dans cette cavité, reflue dans l'oreillette droite, à laquelle les veines ne cessent d'en apporter, en écarte les parois, les dilate outre mesure, et en augmente singulièrement l'ampleur. Le ventricule gauche du cœur présente j chez le fœtus, une capacité de beaucoup supérieure h celle du ventricule droit; à cet âge aussi les parois des deux ventricules ont la même épaisseur. Chez l'adulte, au contraire ^ les cavités droites du cœur, que l'on pourrait aussi nonimer ses cavités veineuses, ont des parois moins épaisses que ses cavités gauches ou artérielles ; et en cela , on observe la même différence que cellequi existe entre les parois des veines et celles des ar~ lères. Le ventricule droit, ne devant d'ailleurs faire parcourir au sang pulmonaire qu'un trajet trèscourt à travers un tissu facilement perméable, n'avait besoin de lui communiquer qu'une faible impulsion.
Comme nous le dirons au chapitre de la respiration , fonction qu'il est bien difficile de séparer de la circulation ^ dans son histoire physiologique ^ le
cœur peut encore être considéré comme formé de deux parties adossées: l'une droite ou veineuse, l'autre gauche ou artérielle. La juxta-position de ces deux moitiés du même organe n'empcche point qu'elles ne soient parfaitement distinctes , et qu'un sang bien différent ne remplisse les cavités de chacune. Ce fluide ne peut jamais, dans l'adulte, passer immédiatement de l'une dans l'autre; le cœur droit reçoit le sang de tout le corps, et le transmet au poumon; le cœur gauche le reçoit du poumon, et le transmet à tout le corps; de manière que, physiologiquement considéré, le poumon entre dans le cercle circulatoire; intermédiaire indispensable entre les deux moitiés du cœur, il n'en est pas, comme on le verra, la partie la moins importante.
S'il existait entre les deux ventricules une communication directe^ le sang veineux se mêlerait au sang rouge , et le mélange de ces deux liquides altérerait réciproquement leurs qualités. Des observations récentes ont fourni l'occasion d'apprécier les effets de cette communication entre les ventricules qui, supposée par les anciens, n'avait pas encore été constatée. Un homme, âgé de quarante-un ans, vint à l'hôpital de la Charité pour y subir l'opération de la taille. Il était remarquable par la lividité de son teint, la plénitude des vaisseaux de la conjonctive, et la grosseur de ses lèvres presque noires, comme le reste du visage. La respiration était difficile, les battemens du pouls irréguliers : il ne pouvait prononcer deux mots de suite sans reprendre
haleine , était obligé de dormir assis , et se faisait surtout remarquer par son extrême nonchalance. Celle paresse , jointe à une grande bonhomie , avait de tout temps été telle , qu'il avait toujours eu besoin , pour subsister, du travail de son épouse. Une petite saignée fut pratiquée; elle diminua la douleur en augmentant les difficultés de la respiralion ; des syncopes s'y joignirent : il mourut suffoqué. A l'ouverture du cadavre, le cœur s'offrit plein de sang : l'oreillette droite en était principalement distendue; l'artère pulmonaire anévrismatique était uniformément dilatée depuis le ventricule droit jusque vers l'endroit où elle se divise; aucune de ses tuniques n'était encore déchirée. Les ventricules du cœur présentaient à peu près une égale capacité, et l'épaisseur relative de leurs parois différait moins que dans l'état ordinaire. La cloison qui les sépare était percée d'une ouverture de communication , oblongue, ayant un demi-pouce environ d'étendue, obliquement dirigée de bas en haut j d'avant en arriére, et de gauche à droite; en sorte que, soit cette direction, soit une espèce de valvule formée dans le ventricule droit par une colonne charnue, et tellement disposée qu'elle s'op^ posait au retour du sang dans le ventricule gauche , tout indiquait clairement le passage du fluide de ce ventricule dans le ventricule droit et dans l'artère pulmonaire. Le canal artériel, conservé long d'un pouce, et assez large pour admettre une grosse plume d'oie, fournissait, comme chez les fœtus,
un libre passage au sang pour se porter de la pulmonaire dans l'aorte. Le trou de Botal était fermé.
Cette conformation singulière explique d'une manière satisfaisante, soit les phénomènes observés pendant la vie de l'individu, soit l'affection organique de l'artère pulmonaire. Il y avait nécessairement mélange de sang rouge et de sang noir dans ce vaisseau. Ce fluide empruntait, pour y être lancé, une partie de la force du ventricule aortique, et cette impulsion plus énergique rend bien raison de l'anévrisme. Le poumon recevait un sang déjà vivifié , et cet organe avait moins à faire pour en compléter l'oxidation; d'un autre côté, l'oreillette droite devait difficilement se vider dans le ventricule droit , en partie rempli du sang que le ventricule gauche y poussait avec beaucoup plus de force : de là l'embarras extrême de la circulation veineuse^ la lividité du teint, la couleur et le gonflement du visage, la torpeur habituelle et générale. Cet état de langueur et d'inertie pouvait également dépendre du sang veineux versé dans l'aorte par le canal artériel. Observons toutefois que le cerveau ne recevait point ce sang altéré, et qui n'eût point été capable d'y entretenir l'excitement vital. Les membres inférieurs étaient sans proportion avec les supérieurs; et cette inégalité, analogue à celle que l'on observe chez le fœtus, dépendait d'une cause semblable. La pièce anatomique a été déposée, par M. Deschamps, dans les cabinets de l'École de mé-
decinecle Paris, qui l'a fait modeler en cire. M. Beauchêne fils a enrichi le même cabinet d'une pièce semblable, trouvée sur un cadavre dans les salles de dissection. Il est assez difficile de se rendre compte de l'absence de cyanose, dans des cas où le cœur offrait un vice de conformation analogue à celui dont on vient de lire la description.
Plusieurs anatomîstes se sont exercés sur la structure du cœur; on a beaucoup disserté sur l'arrangement particulier des fibres musculaires qui entrent dans la composition de ses parois. Des fibres commun es et diversement entrecroisées forment les deux oreillettes; d'autres fibres, plus nombreuses, constituent les parois des ventricules, se prolongent de leur pointe vers leur base , se rendent dans la cloison qui les sépare , passent de l'un à l'autre , et se confondent dans certains endroits de leur substance. Elles sont extrêmement rouges, courtes, serrées, et réunies par un tissu cellulaire dans lequel il ne s'amasse presque jamais de graisse.
Fortement pressées les unes contre les autres, elles forment un tissu analogue au corps charnu de la langue, très-peu sensible, mais jouissant à un degré éminent de la propriété contractile. Des vaisseaux très-nombreux, si on les compare au volume du cœur, pénètrent ce tissu musculaire, dont la contraction, quelle que soit d'ailleurs la direction de chacune de ses fibres, tend à rapprocher du centre des cavités tous les points de leurs parois. Enfin, une membrane très-mince tapisse l'intérieur
de ces cavités, facilite le passage du aang, et prévient l'infiltration de ce fluide.
LV. En supposant un moment que toutes les cavités du cœur sont parfaitement vides de sang, et qu'elles se remplissent successivement , voici quel est lé mécanisme de la circulation cardiaque. Le sang, rapporté de toutes les parties du corps, et versé dans l'oreillette droite parles deux veinescaves et la veine coronaire, en écarte les parois et la dilate dans toutes ses dimensions. L'oreillette se contracte, le fluide incompressible reflue en partie dans les veines , mais passe en plus grande quantité dans le ventricule pulmonaire par une large ouverture , au moyen de laquelle l'oreillette droite communique avec lui. Après s'être ainsi débarrassée du sang qui la remplit , l'oreillette se relâche et se laisse dilater par Tabord d'un nouveau fluide qu'apportent sans cesse les veines qui s'v dégorgent. En passant de l'oreillette dans le ventricule , le sang ne traverse pas celui-ci du premier jet pour s'engager dans l'artère pulmonaire ; voici les causes qui s'y opposent ; D'abord, une des languettes de la valvule tricuspide , plus large que les deux au= très , partage en deux moitiés la cavité du ventricule droit. Cette languette , vue par Galien , qui lui a assigné l'usage que je viens d'indiquer, a été bien décrite parLieutaud , qui lui l'a nommée cloison valvulaire. Senac a prétendu qu'elle n'était pas assez grande pour remplir la fonction qu'on lui avait assignée j mais ii faut remarquer que, pendant la
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vie, les cavités' du cœur sont plus rétrécies par la contraction des fibres charnues. Une seconde cause^ qui n'est pas généralement connue, tient au prolongement charnu que le ventricule droit envoie autour de l'artère pulmonaire, et qui augmente la cavité secondaire du ventricule. Enfin, le dernier obstacle au passage du sang à travers la totalité du ventricule est formé par l'état d'abaissement où se trouvent alors les valvules sigmoïdes.
Cependant le ventricule droit, plein du sang qu'y a poussé l'oreillette , se contracte à son tour sur le liquide qu'il renferme, et tend, d'une part, à le repousser dans l'oreillette, et, d'autre part, à le faire passer dans l'artère pulmonaire. Le reflux dans l'oreillette est empêché par la valvule trlcuspide , anneau membraneux dont est garnie l'ouverture de^ communication , et dont le bord libre est découpé en trois languettes , auxquelles s'attachent les petits tendons par lesquels se terminent plusieurs des colonnes charnues du cœur. Appliquées contre les parois du ventricule , au moment où le sang passe dans sa cavité , elles s'en écartent lorsqu'il se contracte, et sont relevées vers l'ouverture auriculaire. Elles ne peuvent point être repoussées dans l'oreillclte , leur bord flottant et libre se trouvant assujéti par les colonnes charnues , qui doivent être regardées comme autant de petits muscles dont les tendons ont pour usage de retenir les bords libres des valvules auxquelles ils adhèrent , lorsque l'effort du
sang tend à chasser ces replis membraneux du côté des oreillettes. Néanmoins, les trois languettes de la valvule tricuspide, en se relevant vers l'ouverture auriculaire , repoussent dans l'oreillette tout le sang qui se trouve compris dans l'espèce de cône renversé qu'elles interceptent au moment de leur élévation: d'ailleurs, ces trois poitions de la valvule tricuspide ne bouchent point complètement l'ouverture autour de laquelle elles sont placées; leur substance est percée de plusieurs petits trous : une partie du sang revient donc dans l'oreillette; mais il passe en plus grande quantité dans l'artère pulmonaire. Ce vaisseau entre en action lorsque les parois du ventricule se relâchent, et refoulerait le sang, si tout à coup les trois valvules sigmoïdes , s'abaissant , ne lui opposaient un puissant obstacle. Soutenu par l'espèce de plancher que forment ces trois valvules abaissées , le sang traverse le tissu des poumons en parcourant toutes les divisions des vaisseaux pulmonaires , passe des artères dans les veines de ce nom, qui, au nombre de quatre , le versent dans l'oreillette gauche. Celle-ci se contracte , comme Favait fait l'oreillette droite : le sang est renvoyé dans le poumon, mais passe en plus grande quantité dans le ventricule gauche, qui le chasse par l'aorte dans toutes les parties du corps, d'où il revient au cœur par les veines. Le retour du sang dans l'oreillette gauche est empêché par la valvule mitrale ^ parfaitement analogue à la tricuspide^ et qui n'en
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diffère qu'en ce que son bord libre n'est divisé qu'en deux languettes. Arrivé dans l'aorte , ce vaisseau se contracte , ses valvules sigmoïdes s'abaivssent , et le sang est chassé dans toutes les parties du corps qu'arrosent les innombrables ramifications de la grande artère.
Dans l'état naturel , les choses ne se passent point comme on vient de le dire ; et l'on ne suppose l'action successive des quatre cavités du cœur que pour rendre plus intelligible le mécanisme de la circulation à travers cet organe. Si on le met à découvert sur un animal vivant, on observe que les deux oreillettes se contractent en même temps, que la contraction des ventricules est également simultanée ; de telle manière que, les oreillettes se resserrant pour expulser le sang qui les remplit, les ventricules se dilatent pour le recevoir.
Si l'on demande pourquoi les quatre cavités du cœur ne se contractent point à la fois, il est plus facile d'en donner la raison finale que d'en déterminer la cause prochaine. Si la contraction de ces cavités eût été simultanée , au lieu d'être succcs= sive, on sent aisément que les oreillettes n'eussent pu se vider dans les ventricules.
Les mouvemens du cœur sont de deux sortes : la dilatation et le resserrement. Les premiers se nomment diastole, les seconds systole. Les physiologistes se sont demandés dans lequel de ces mouvemens le cœur était actif. Drake et Gavet ont prétendu que c'était pendant la diastole; Haller
et le plus grand nombre des auteurs ont soutenu que c'était pendant la systole. Quelques-uns en= fin , tels que Péchlin et ïïamberger , voulant con= cilier les deux opinions, ont reproduit cette idée de Galien , que le cœur était actif dans l'un et l'autre mouvemens. Pour prouver que la diastole était due à la contraction des fibres charnues du cœur, on a dit que cette contraction était apparente chez les poissons ; que la dissection du cœur montrait des fibres disposées pour agrandir ses cavités 5 que cet organe, arraché du sein d'un animal vivant , palpite ; que ses parois se resserrent et se dilatent, quoique vides de sang; que la main la plus robuste ne peut empêcher ces mouvemens alternatifs, qui s'affaiblissent à mesure que le cœur perd de sa chaleur. Mais Haller a réfuté cette doctrine. Selon lui, les parois du cœur d'un animal à sang froid sont évidemment dans le relâchement pendant la diastole. L'arrangement des fibres charnues du cœur est tel , que l'on ne découvre aucun plan musculaire qui puisse opérer la dilatation de l'organe, fait d'anatomie que les travaux de Meckel ont confirmé. Enfin , c'est par erreur encore que l'on a pensé que le cœur^ hors du corps de l'animal , continuait à se dilater ; le moment où il augmente de volume est, au contraire, celui de sa contraction. La diastole du cœur ne reconnaît donc pas d'autre cause que la pression excentrique exercée par les ondes sanguines qui le remplissent. M, Barry pense que ,
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pendant l'inspiration , il s'y joint l'action de lu pression atmosphérique. Nous examinerons cette opinion en traitant de la respiration.
Les phénomènes qui accompagnent les mouvemens du cœur consistent dans des changemens de forme et de consistance de cet organe , dans un bruit particulier et un choc aux parois de la poitrine. Pendant la systole des ventricules, ceuxci deviennent plus durs; ils se rident et éprouvent une espèce de frémissement , de palpitation. La pointe du cœur se rapproche de la base et se recourbe en avant. Si on ouvre le cœur^ on voit la cloison éprouver le même mouvement , ainsi que la surface interne des ventricules et les piliers. D'après cela , il est évident que le cœur se raccourcit. Cependant des physiologistes ont soutenu le contraire : Vesale a nié le raccourcissement pendant la systole des ventricules, et son autorité imposante a entraîné dans la même erreur Riolan et Un grand nombre d'auteurs; et môme quelques-uns ont voulu prouver l'alongement du cœur pendant la systole , par la présence de fibres circulaires qui, en se contractant, devaient exprimer pour ainsi dire le tissu du cœur, et le forcer à s'alonger de sa base vers la pointe.
Quelques physiologistes, et Queye entre autres, ont dit que, pendant la systole, le cœur n'éprouvait ni alongement ni raccourcissement. Mais on ne peut aujourd'hui nier la diminution de longueur du cœur de sa base vers sa pointe; car, s'il s'alon-
géàit,les valvules tricuspide et mitrale ne pourraient remplir les usages auxquels elles sont destinées, puisque les colonnes charnues, dont les tendons s'attachent à leurs bords, les retiendraient appliquées contre les parois des ventricules : observation parfaitement juste, et faite par Bassuel le premier. D'ailleurs, Senac, Wolf, M. Gerdy,ont prouvé que le cœur était formé d'anses charnues, dont les extrémités sont dirigées vers la base et le milieu vers la pointe: d'où résulte nécessairement le raccourcissement de l'organe quand les fibres entrent en contraction. Les battemens qui se font sentir dans l'intervalle qui sépare les cartilages des cinquième et sixième vraies côtés gauches, dépendent de ce que , chaque fois que les ventricules se contractent, la pointe du cœur vient heurter les parois de la poitrine. Il n'est pas besoin , pour expliquer ce phénomène, d'admettre l'alongement du cœur pendant la .systole; il suffit de faire attention que sa base, endroit où se trouvent les deux oreillettes, est appuyée contre la colonne vertébrale, et que ces deux cavités se dilatant en même temps, et ne pouvant déprimer les os au-devant desquels elles sont situées, déplacent le cœur, et le poussent en bas et en avant. Ce mouvement dépend encore dé l'effort que fait le sang lancé dans l'aorte pour redresser la courbure parabolique de cette artère , qui réagit^ et porte en avant et en bas la masse entière du cœur, qui y est comme suspendue. Enfin, une dernière cause de ce choc est due au redresse-
48o DE LA CIRCULATION.
ment de la pointe du cœur , redressement vu par Ilaller etSenac sur un grand nombre d'animaux, et observé une fois sur l'homme par Harvey, dans un cas où la paroi antérieure de la poitrine avait été détruite par une maladie.
La quantité de sang que chaque contraction des ventricules pousse dans l'aorte et dans la pulmonaire ne peut guère excéder deux onces pour chacun de ces deux vaisseaux. Il faut le dire, cette estimation n'est qu'approximative, et l'on conçoit que la quantité de sang lancée par le cœur à chaque contraction doit varier, et selon les individus, et selon les diverses circonstances dans lesquelles se trouve le même homme.
La force avec laquelle le cœur agit sur le fluide qu'il y projette, n'est guère mieux connue, quelque nombreuses que soient les méthodes de calcul appliquées h la solution de ce problème physiologique. En effet, depuis Keii, qui n'estime la force du cœur qu'à quelques onces, jusqu'à Borelli-, qui la porte à cent quatre-vingt mille livres, on trouve les évaluations de Michelotti, Jurine, Robinson , Morgan, Haies, Sauvages, Cheselden, etc.; mais, comme Vicq-d'Azir l'observe, il n'est aucune de ces opinions dans laquelle il ne se soit glissé quelque erreur, soit d'anatomie, soit de calcul : d'où l'on peut conclure, avec Haller, que la force du cœur est grande, mais qu'il est peut-être impossible de l'estimer avec une précision mathématique. Si l'on ouvre la poitrine d'un animal vivant, qu'on en
perce le cœur, et que l'on introduise le doigt dans la blessure, on en sent l'extrémité assez vivement pressée pendant la contraction des ventricules. Le ventricule gauche, chargé de pousser le sang dans les parties du corps les plus éloignées du cœur , offre des parois plus épaisses que celles du ventricule droit; sa force de contraction doit de même lui être supérieure.
Ceux qui ont rigoureusement admis la doctrine d'Harvey, touchant la circulation du sang, pensant comme lui que le cœur en était l'agent unique, ont exagéré les forces de cet organe, afin de les proportionner à la longueur du trajet que le fluide doit parcourir, et à la multitude des obstacles qu'il rencontre sur sa route. Mais, ainsi que nous le dirons, les vaisseaux sanguins ne doivent point être considérés comme des tubes inertes, dans lesquels le sang coule seulement par l'impulsion que le cœur lui a communiquée.
Les parois du cœur expulsent-elles à chaque contraction la totalité du sang qu'elles renferment? Conséquent à sa doctrine de l'irritabilité, et considérant le sang comme le stimulant du cœur, Haller a résolu cette question par l'affirmative, et il a étayé son opinion d'expériences faites sur des grenouilles, sur déjeunes poulets, animaux dont le cœur offre des parois transparentes, au travers desquelles il était aisé de voir que le sang était entièrement expulsé pendant la systole. Mais l'opinion contraire, déjà soutenue par Senac et Bartholin , a générale-
ment prévalu, et l'on pense aujourd'hui que, à chaque contraction des ventricules, la moitié ou les deux tiers du sang qu'ils renferment restent dans leur cavité.
Ces diverses parties du cœur suivent dans leurs mouvemens un rhythme particulier, dont l'étude n'est pas moins importante pour le médecin que pleine d'intérêt pour le physiologiste. On peut considérer comme propositions incontestables , i " que les deuxoreilleltes se contractent simultanément; p.°que les deux ventricules se contractent simultanément ; 3° que la systole des oreillettes répond à la diastole des ventricules, et vice versa. Mais l'on a voulu pousser beaucoup plus loin la connaissance des battemens du cœur. Je ne ferai que rappeler une opinion soutenue par Boerhaave, dans laquelle on admettait l'existence d'un troisième temps consacré à la contraction du sinus de l'oreillette droite, temps dont la durée a paru inappréciable à Haller, qui a pensé qu'on n'en devait tenir aucun compte.
Lancisi a cru reconnaître qu'il y avait enjambement de la systple des oreillettes sur celle des ventricules, puis de la dyaslole des premières sur celle des seconds. Haller n'a pu éclaircir ce fait par la contemplation des contractions du cœur mis à découvert sur des animaux vivans; mais Morgagni, contemporain et ami de Lancisi ,a néanmoins combattu sa doctrine, et démontré par des observations fort exactes, qu'au lieu d'enjamber les unes sur les autres, les coxitractions des différentes cavités du
DE LA CmCULATION. 4^3
coepr étaient séparées l§s unes des autres par uu intervalle de temps très-marqué. C'est surtout à Laennec que l'on doit le perfectioojiement apporté à l'étude du rliythme des battemens du cœur. Si i'pn applique sur la région préçordiale l'oreille nue ou armée du stéthoscope, on entend, i" un bruit sourd et lent, accompagné d'un choc assez fort contre !a paroi antérieure de la poitrine; 2" ensuite un bruit plus éclatant et plus court; 3" à ce second bruit succède un repos complet qui est bientôt remplacé par la répétition du premier bruit. Partageant ce cercle complet en quatre parties égales, Laennec professa que les deux premières, pendant lesquelles s'accomplit le bruit long et sourd, répondaient à la contraction des ventricules; la troisième, à celle des oreillettes; la quatrième enfin , au repos de la totalité du cœur. Ainsi se trouve expliquée la permanence des contractions du cœur, permanence qui n'est qu'apparente, puisque les ventricules sont en repos dowze heures, et :les oreillettes dix-huit sur vingtquatre, intervalle de repos aussi long que celui dont jouissent les muscles de la vie volontaire.
M. Despine a récemment ajouté quelque chose à çequ'avait fait Laennec: il a reconnu l'existence d'un repos, court il est vrai, entre le premier et le second bruits, assez distinct cependant pour répondre exactement à la pulsation de toutes les artères du corps; pulsation qui, d'après M. Despine, n'est point isochrone. Quant aux causes des bruits du cœur, la gciencen'est point encore assez avancée pour en don-
ner une explication satisfaisante. La plupart des physiologistes les considèrent comme dus aux contractions du cœur. M. Pigeaux les croit le résultat de la percussion de la colonne de sang contre les parois des cavités dans lesquelles il est lancé; et cette opinion, en faveur de laquelle M. Pigeaux a rapporté des expériences intéressantes, a cependant besoin d'un nombre de preuves beaucoup plus considérable pour être admise, car elle bouleverse presque tout ce qui a été professé au sujet des contractions du cœur. Enfin, M. Despine a supposé que le premier bruit était produit par la contraction des ventricules, et le second par le choc du sang contre leur surface interne, au moment de leur dilatation, se servant ainsi tour à tour de l'une et l'autre doctrines précédemment exposées.
L'ensemble des deux contractions successives des parois du cœur avec l'intervalle qui les sépare ^ constitue un temps complet, une pulsation du cœur. Le nombre des pulsations ou battemens du cœur, dans l'espace d'une minute, est considérable ; il présente de nombreuses différences ; car, outre les modifications apportées par l'âge, il peut éprouver une foule de variations accidentelles. Voici les règles les plus générales des battemens du cœur : i° ils sont d'autant plus fréquens qu'on se rapproche davantage du moment de la formation du cœur : ainsi , avant la naissance, on compte i4o à i5o pulsations par minute; au moment de la naissance j i lo; chez l'adolescent, 95 ; 80 chez l'adulte, et enfin 65 ou
seulement 60 chez les vieillards; 1" ils sont plus fréquens chez les femmes que chez les hommes ; 3° chez les gens à petite stature que chez ceux d'une taille élevée; 4° chez les habitans des pays chauds que chez ceux des pays froids; 5" le soir que le matin; 6° quand on est debout que quand on est couché. Graves et Stockes , auteurs de cette dernière observation, ont remarqué qu'il y avait de 5 à 10 pulsations de différence par minute, et que l'excès devenait d'autant plus grand, que les battemens étaient eux-mêmes plus accélérés. On voit combien il est important de prescrire la position horizontale aux personnes qui ont un mouvement fébrile, et chez lesquelles l'accélération de la circulation pourrait accroître l'irritation de parties déjà enflammées.
On a vu des anomalies singulières dans le nombre des battemens du cœur. Je connais maintenant un vieillard âgé de 87 ans, dont le cœur ne bat que 29 fois par minute. Cet individu est cependant remarquable par son extrême vivacité, que son âge avancé n'a point encore amortie. Je rappellerai encore l'observation d'une dame dont parlent Graves et Stockes, et qui n'a jamais présenté plus de 38 pulsations par minute.
LVI. Du -principe des mouvemens du cœur. Quoique aujourd'hui il paraisse futile de rechercher quelle est la nature desmouvemens du cœur, il y eut une époque où l'on était loin d'avoir à ce sujet des idées exactes; etStahl, un des premiers, eut le mérite de dire que le cœur était un muscle, et qu'il se
/j86 DE LA CÎËCULAtioS.
contractait a la maniéré dès autres muselés du éorps. Stahl ayant placé la direction de toutes nos actions organiques sous la surveillance de l'âmé , fut embarrassé pourexpliquer comment le cœur était soustrait à l'influencé de ce principe bienveillant: il n'eut d'autre ressource qùë de dire que l'habitude d'agir avait peu à peu arrafché le cœur à la domination âe l'ànrié. Pour fortifier cette opinion, les sectateurs de Stahi rappelèrent ces anomalies non moins rares que surprenantes, dans lesquelles des personnes avaient conservé un empire direct de la volonté sut les mouvemens de leur cœur; ils citèrent l'observation universellement répandue du capitaine TownsTiend , devenu célèbre par la faculté de suspendre volontairement les coritrabtions de sôti Coeur. Mais ce fait et quelques autres de même nature ne purent, vu leur rareté et le peu d'authenticité de plusieurs d'entre eux, faire admettre l'opinion de Stahl, et l'on pensa généralement que l'homme n'avait aucune prise volontaire et directe sur l'organe central de la circulation, et qu'il ne pouvait modifier ses baltemens qu'en faisant naître certaines circonstances dans lesquelles le cœur accélérait ou ralentissait ses contractions.
Haller appliquant au cœur sa théorie de l'irritabilité, c'est-à-dire de la propriété inhérente aux muscles de se contracter sous l'influencé d'un excitant quelconque, rechercha quel était l'excitantdu cœur; et par de nombreuses expériences consignées en plusieurs écrits, il conclut que le sang qui pénètre
les cavités du cœur était l'excitant des contractions de cet organe. Mais une chose était à prouver, et c'était la plus importante : i! fallait dire d'où le cœur tirait son irrilabilitéj car dire siiiiplement que le cœur est irritable, c'est dire qu'il a la faculté de se contracter; et, malgré l'autorité de Haller qui a tant fait pour le prouver, un muscle n'est point iri'itable par lui-même : il lui faut l'influence du système nerveux pour jouir de cette propriété. Pourtant Haller, à l'appui de son opinion que le cœur était complètement hors de l'influence du svslème nerveux, citait l'exemple des décapités, dont le cœur continue à battre; des fœtus qui viennent au mondesans cerveau ni moelle cpinicre, et qui ont eu une circulation parfaite; il montrait l'indifférence complète du cœur au galvanisme, à Faction des substances narcotiques qui suspendent l'influence nerveuse, à la désorganisation du cerveau par une apoplexie. N©us allons voir tout à l'heure comment ces différens faits peuvent être expliqués.
D'autresphvsiologistes ont voulu forLificrropinion de Haller, en disant que le cœur devait éLre sou-^trait à l'influx nerveux, puisqu'il ne recevait pas de nei'f; mais prenez garde qu'ici, comme en beaucoup d'autres circonstances , lesprit humain tournait dans un cercle \icicux. Le cœur ne reçoit pas de nerfs, disaient les anafomi>te.s; car les phvi>iologistes nous apprennent qu'il est hors de l'influence du svstéme nerveux. Le cœur se contracte indépendamment de l'influence du syslème nerveux^ disaient les physio-
légistes, car les anatomistes nous apprennent qu'il ne reçoit pas de nerfs. C'était par une dissection attentive qu'il fallait résoudre une partie de cette double question : le cœur reçoit-il des nerfs? Sans aucun doute, des nerfs se rendent à cet organe, et personne ne l'a nié; mais ces nerfs, selon Sœmmering, Behrends et autres, seraient seulement destinés aux vaisseaux du cœur , sur les parois desquels ils viendraient se perdre. Au contraire, Scarpa, par des travaux auxquels il n'y a rien à répondre , a démontré victorieusement que les filets de nerfs se fondaient dans les fibres charnues du cœur , de la même manière que les nerfs destinés aux muscles des autres régions du corps.
Ceci prouvé , voyons quelle partie du système nerveux tient les battemens du cœur sous sa dépendance. Si on Ole le cerveau par couches, ou d'un seul morceau, si on coupe la moelle épinière au niveau de la première vertèbre cervicale, les battemens du cœur persistent jusqu'à la mort: le cœur est donc, comme l'ont avancé Haller, Brodie, Legaliois, hors de l'influence du cerveau. Est-ce le pneumo-gastrique?Dans toutes les expériences que nous avons citées de section du nerf pneumo-gastrique,nous avons vu que les battemens du cœur n'avaient jamais été interrompus: le cœur est donc aussi hors de l'influence de ce nerf; ce qui se conçoit aisément , le pneumô-gastrique ne concourant à la formation des plexus cardiaques que par un trèspetit filet.
Est-ce la moelle épinière? On pourrait croire qu'elle n'a pas plus d'influence que le cerveau, en considérant que d'ordinaire elle sert à conduire, a la manière d'un gros cordon nerveux, Finflux que lui transmet l'encéphale; mais Texpérience a appris que la moelle épinière a aussi une action propre. Il fallait donc détruire cet organe dans toute son étendue pour appre'cier son influence : or, c'est ce qu'a fait Legallois, en introduisant une lige d'acier par la partie inférieure du canal vertébral, et en labourant de bas en haut tout ce canal, de manière à désorganiser entièrement la moelle épinière. Legallois affirme qu'alors il a toujours vu cesser complètement et presque instantanément les contractions du cœur; il ne restait plus que quelques mouvemens faibles et irréguliers , analogues à ceux qu'on remarque quand le cœur est retiré du corps de l'animal. Legallois a de plus constaté que cette action de la moelle épinière était d'autant plus prononcée, que l'animal était plus avancé en âge. D'une ■autre part^ Tréviranus, Flourens, Philips, sur de jeunes mammifères , Clift sur des carpes, ont répété les expériences de Legallois, et ils ont obtenu un résultat différent. Les mouvemens du cœur ont continué, en sorte qu'ils ont conclu que la mort, dans les expériences de Legallois, avait été le résultat de la cessation de l'influx nerveux sur les capillaires; conclusion que l'on peut attaquer , mais qui ne nous importe guère en ce moment; acceptons seulement comme exactes, et les expériences
4gO DE LA CIRCULATION.
de Legallois sur des animaux avancés en âge, et celles de ses antagonistes sur de jeunes mammifères et des animaux à sang' Froid. J'ai déjà nommé Tréviranus, Philips et Clift; j'y adjoindrai un expérinnenlateur plus récent^ M. Brachet, qui a aussi constaté que le cœur des jeunes animaux continuait à battre après la destruction de la moelle épinière. Voyons si ces expériences sont contradictoires. Il est une loi générale et capitale dans l'histoire du système nerveux, et sur laquelle r.ous nous étendrons longuement quand nous traiterons des fonctions de ce système : c'est que les différentes branches du système nerveux sont d'autant moinsdépendanteslcsunesdesautresque l'animal est plusjeune, ou qu'il occupe une place moins élevée dans l'échelle des êtres. Si nous faisons une application de cette loi au cas qui nous occupe, nous comprenons de suite pourquoi les animaux à sang froid , les jeunes mammifères, ont le système nerveux du cœur toutà-fait indépendant de la moelle épinière; comment des fœtus ont vécu sans cerveau ni moelle épinière jusqu^à la naissance; comment le cœur des animaux à sang froid continue à battre après la destruction de la moelle épinière; comment enfin;, chez l'adulte à sang chaud, cette désorganisation paralyse de suite l'action du cœur.
Mais quelle est donc la partie du système nerveux qui, chez les fœtus de mammifères, les animaux à sang froid, influence directement les mouvemens du cœur, et qui, chez l'adulte, transmet au cœur
DÉ LA ClfeCÙLATIOÎ<r. 49 ^
l'attiôn de la moelle épinière? C'est le nerf grand- SYmpalhique,ôuson remplaçant dans les classes inférieures , le pneumo-gastrique. Pour s'en assurer, M. Dupuvtren avait tenté de lier les nerfs cardiaques, opération difficile, et qu'il avait abandonnée. M. Brachet a repris ces expériences : il voulut enlever les ganglions cervicaux moven et inférieur de chaque côté, et, après plusieurs tentatives, il finit par v réussir; alors les battemens du cœur cessèrent brusquement. Un petit mouvement persistait pourtant encore pendant quelque temps, et M. Brachet l'attribuant à l'action non encore éteinte des ganglions cardiaques, tenta d'enlever ceux-ci ; il y réussit encore , et pour lors le cœur tomba instantanément dans une immobilité complète. Mais, nous devons le dire, quelque confiance que nous inspire le dernier expérimentateur que nous venons de citer, l'opération qu'il a pratiquée est environnée de tant de difficultés^ le résultat en est si séduisant, que nous conserverons quelques doutes, jusqu'à ce que de nouvelles expériences, que nous appelons de tous nos vœux, et mises à fin parplusieurs physiologistes, soientvenues confirmer les travaux de M. Brachet.
hWl. Jlctiondes artères. Un^estpeul-êtrcaucune partie du corps dans laquelle le cœur n'envoie du sang au moyen des artères, puisqu'il est impossible d'enfoncer l'aiguille la plus fine et la mieux acérée dans le tissu de nos organes sans blesser plusieurs de ces vaisseaux, et occasionner l'effusion du li-
quide. On peut comparer le système artériel aortique à un arbre dont le tronc, figuré par l'aorte, ayant sa racine dans le ventricule gauche du cœur, étend au loin ses branches, et envoie partout de nombreux rameaux. La grosseur des artères diminue à mesure qu'elles s'éloignent du tronc qui leur a donné naissance. Leur forme n'est cependant point celle d'un cône : ce sont plutôt des cylindres partant les uns des autres, et qui diminuent successivement de grosseur. Comme les branches qu'un tronc produit , prises collectivement, présentent un calibre plus grand que celui du tronc lui-même, la capacité du système artériel augmente à mesure qu'on s'éloigne du cœur : d'où il suit que le sang, passant toujours d'un lieu plus étroit dans un endroit plus large, doit voir son cours ralenti. Leur direction est souvent flexueuse; et l'on observe que les artères qui se distri^Duent aux parois des viscères creux, comme l'estomac^ la nnatrice, la vessie, ou à d'autres .parties susceptibles de se resserrer, de s'étendre et de changer à chaque instant de dimension, comme les lèvres, sont celles qui présentent les courbures les plus grandes et les plus multipliées, sans doute afin qu'elles puissent s'accommoder, par l'effacement de ces contours , à l'extension des tissus dans lesquels elles se répandent. Enfin , les artères naissent les unes des autres, en formant, avec le tronc, la branche ou le rameau qui les produit, un angle dont la grandeur varie ^ mais qui est presque tou-
jours obtus du côté du cœur , et plus ou moins aigu vers le rameau.
Eq s'éloignent de leur origine, les artères communiquent ensemble, et ces anastomoses se font, tantôt par arcade, deux branches s'inclinant Tune vers l'autre, et se joignant bout à bout, comme on le voit dans les vaisseaux du mésentère ; tantôt deux branches qui marchent parallèlement se réunissent sous un angle très-aigu , pour former un seul tronc : c'est ainsi que les deux vertébrales s'unissent pour produire la basilaire. Il en est qui communiquent par des rameaux transverses qui vont de l'une à l'autre : c'est ce que l'on voit dans l'intérieur du crâne.
Dans les anastomoses de la première espèce, les colonnes de sang qui coulent en sens contraire dans les deux branches se heurtent à l'endroit de leur réunion , se repoussent mutuellement, confondent leurs molécules, et perdent une grande partie de leur mouvement dans ce choc réciproque. Après l'avoir éprouvé,lesangsuit une direction moyenne, et passe dans les rameaux qui s'élèvent de la convexité de ces arcades anastomotiques.
Lorsque deux branches se confondent pour produire une nouvelle artère d'un calibre plus consi= dérable que chacune d'elles prise séparément, mais moins grosse que toutes deux ensemble, le mouvement du sang est accéléré, parce qu'il passe d'un endroit plus large dans un lieu plus étroit , et que
/jg4 ^^ ï^^ CmCULâTION.
les forces qui dérerminaient sa progression se réunissent en une seule. Enfin, les anaslomoses transver^es sont très-propres à favoriser le passage du sang de l'une dans l'autre branche, et à prévenir l'engorgement des parties.
LVni. Plongées dans un tissu cellulaire plus ou moins abondant, presque toujours accompagnées par des veines, des vaisseaux lymphatiques et des nerfs, les artères ont des parois d'autant plus épaisses, relativement à leur calibre, que celui-ci est moins considérable. Les expériences de Clipton-Vintringham prouvent que la force des parois est plus considérable dans les petites que dans les grandes artères : aussi obscrve-t-on que leurs dilatations anévrism,atiques sont bien moins fréquentes. Ces parois ont assez de consistance pour ne point s'affaisser quand le tube artériel est vide. Trois tuniques entrent dansleurslructure. La plus extérieure, ceiluleuse, ircs-^e^tensible, estifprmée par le fapprochement intime de lames et de fibres du tissu cellulaire. La seconde, plus épaisse, plus dure, jaune et fibreuse, est regardée par plusieurs comme musculaire ([) et contractile, tandis^qué d'autres physiologistes ne lui accorden-t qu'une grande élasticité. Les fibres longitudinales , admises par quelques au-
(i) Si dans l'homme et dans le plus grand nombre des animaux , les fibres jaunes qui composent cette tunique diffèrent beaucoup des fibres musculaires, elles leur ressemblent exactement dans les artères de l'éléphant, comme j'ai pu m'en con-
teurs dans la texture rie celte seconde tunique, ne peuvent être aperçues: et pour expliquer la rétraction des artères suivant leur longueur, il n'est pas besoin d'en admettre l'existence. En effet, outre que cette réti'action pourrait dépendre de l'élasticité , elle peut aussi être l'effet de la contraction des fibres, qui ne sont ni entièrement circulaires, ni exactement transversales, mais forment plutôt des spirales qui entourent imparfaitement le vaisseau, et dont les extrémités s'entre-croiscnt de diverses manières. Cette tunique jaune, proportionnellement plus épaisse dans les rameaux que dans les branches, dans celles-ci que dans les troncs, est sèche, dure, peu extensible^ et se rompt par un effort auquel la tunique externe cède en s'alougeant. Enfin , une troisième tunique mince, épidermoïdo, revêt l'intérieur de ces vaisseaux ;, et parait moins destinée à augmenter la force de leurs parois, qu'à faciliter le coui^s du sang, en lui présentant une surface lisse, polie , glissante, et toujours humectée par une sérosité que laissent exhaler les parois artérielles.
Des trois tuniques dont sorjt for'mées les parois des artères, la fibreuse, quoique plus épaisse que les deux autres, est cependant la moins résistante.
vaincre en assistant à la dissection de celui qui est mort en l'an X, au Muséum d'Histoire naturelle. Je laisse aux esprits sages à décider si l'analogie est suffisante pour éta.bîir la nature musculaire de la fibre artérielle dans l'homme.
Si l'on prend la carotide primitive, qui dans un trajet assez considérable ne fournit aucun rameau, et que, liant une de ses extrémités, on y injecte avec force un liquide, la tunique interne et la moyenne se déchirent avant que la dilatation du vaisseau ait augmenté son calibre de moitié; la tunique externe résiste à la rupture, se dilate , s'étend en ampoule; et ce n'est qu'en employant une force plus considérable qu'on parvient à la déchirer. L'expérience faite avec l'air ou tout autre gaz réussit également. Dans les dilatations anévrismales des artères , les tuniques interne et fibreuse, et surtout cette dernière, se rompent dans les premiers temps de la maladie , qui , à cette époque , fait tout à coup de rapides progrès : à l'ouverture de la tumeur, on reconnaît que le sac anévrismal est entièrement formé par la tunique celluleuse dilatée. Prenez une artère d'un certain calibre, telle que les carotides primitives , la brachiale, etc.; entourez-la d'une ligature, et serrez avec un certain degré de force; détachez le vaisseau disséqué, puis , coupant le fil, examinez le point sur lequel il était appliqué , vous verrez. que, dans cet endroit, les parois amincies , transparentes, sont formées seulement par la tunique cellulaire, qui seule a résisté à la constriction. Tirez par les deux bouts en sens contraire un tube artériel isolé, puis examinez son intérieur, et vous trouverez la tunique interne déchirée^ gercée dans plusieurs points, et les parois visiblement affaiblies.
LVIII. Ce défaut d'extensibilité dans les parois des artères est la cause principale des anévrismes. C'est pour cela aussi que l'artère du jarret en est si fréquemment le siège. Placée derrière le genou, dont rien ne borne l'extension que la résistance des tendons et des ligamens postérieurs, cette artère participe au tiraillement qu'éprouvent toutes ces parties molles, lorsque la jambe est fortement étendue; et moins extensible qu'elles, sa tunique jaune se rompt, ou du moins s'affaiblit; d'où résulte un anévrisme dont les progrès sont toujours rapides. Sur dix tumeurs anévrismales de l'artère poplitée, que j'ai observées dans divers hôpitaux, huit reconnaissaient pour cause probable une distension violente du jarret. Que l'on parcoure les recueils publiés par les observateurs, et l'on verra qu'un grand nombre d'anévrismes de l'aorte ont été la suite d'une trop forte et trap subite extension du tronc pour soulever un fardeau considérable. Il faut avouer cependant que l'extension brusqued'uneartère n'occasionneguère d'anévrisme que dans le cas où la tunique moyenne est déjà le siège de quelque altération organique.
Quelquefois cependant la quantité de sang qui arrive dans un organe augmentant par suite d'une irritation qui s'y établit , le calibre des artères qui s'y distribuent s'accroît d'une manière remarquable. C'est ainsi que les artères de l'utérus, très-étroites dans l'état de vacuité de ce viscère, acquièrent vers la fin de la grossesse un calibre égal à celui I. 3a
de la radiale. Les artérioles qui portent le sang aux mamelles ne présentent rien de semblable, comme j'ai eu occasion de m'en assurer sur une nourrice morte au deuxième mois de la lactation : elles conservent leur ténuité presque capillaire; cequisemble favorable à l'hypothèse, d'ailleurs peu fondée, suivant laquelle les lymphatiques apporteraient à ces glandes les matériaux de leur sécrétion. Elles se dilatent manifestement dans le cancer ulcéré des mamelles. Les vaisseaux de la verge éprouvent dans les affections cancéreuses de celte partie une dilatation analogue; et c'est pour cette raison qu'il est alors indispensable d'en faire laligature, tandis qu'on peut négliger cette précaution quand on ampute dans un cas de gangrène. Cette dernière affection présente cela de particulier, que les artères voisines des parties qu'elle détruit^ se rétrécissent au point de s'oblitérer lorsque leur calibre est peu considérable.
La sécheresse, la fragilité de la tunique jaune ou fibreuse des artères , fait encore que les ligatures appliquées à ces vaisseaux en ont bientôt déchiré le tissu; il suffît de les serrer avec quelque force, pour rompre cette tunique, l'externe restant cependant intacte, pourvu que le degré de consiriction ne soit pas extrême. Pourquoi faut-il que le tissu artériel, qui est presque le seul sur lequel on doive placer des ligatures, soit de tous les tissus organiques le moins propre à les supporter? Heureusement la tunique cellulaire et externe du vais-
seau suffit à elle seule pour supporter l'effort du lien placé sur l'artère; elle y résiste tant que l'ulcération ne s'est point établie; et pendant ce temps la plaie intérieure , résultat de la rupture simultanée des tuniques moyenne et interne, se cicatrise : il y a obturation du vaisseau, et par conséquent obstacle à l'hémorragie.
Comme les artères sont les canaux qui portent dans tous nos organes les matériaux de leur accroissement et de leur réparation, elles sont proportionnellement plus grosses dans les enfans, chez lesquels la nutrition est plus active, et leur calibre est toujours relatif au développement naturel ou morbifique des organes: c'est pour cela que l'aorte descendante et les iliaques sont plus grosses dans la femme que chez l'homme; que la sous-clavière droite qui porte le sang à l'extrémité la plus volumineuse, la plus forte, parce qu'elle est la plus exercée , est plus grosse que la sous-clavière gauche. Mais, prenant l'effet pour la cause ;, ne croyez pas que l'extrémité supérieure droite doive sa supériorité au calibre plus grand de son artère. Dans l'enfant qui vient de naître, ce vaisseau n'est pas plus gros que la sous-clavière gauche; mais le bras droit étant plus souvent exercé, la distribution des humeurs s'y fait mieux, la nutrition y devient plus énergique; il acquiert un volume ainsi qu'une force prépondérante: l'artère sous-clavière droite y doit porter plus de sang par un canal plus dilaté. Si l'on employait l'extrémité gauche aux mêmes usages, et
que l'on condamnât l'extrémité droite à l'inaction, nul doute que la sous-clavière gauche ne l'emportât sur la droite. Deux faits autorisent cette conjecture. La dissection de deux hommes gauchers, comme dit le vulgaire, c'est-à-dire, qui se servaient plus habituellement de la main gauche que de la main droite, m'a fait voir dans les sous-clavières gauches l'excédant de volume que j'étais accoutumé à trouver dans les sous-clavières droites.
LÏX. Nous allons commencer par examiner les phénomènes de la circulation artérielle; puis nous rechercherons quelle part y prennent les organes dans lesquels elle s'accomplit.
Le sang circule dans les artères en sortant des cavitésdu cœur. Cesartèressont la pulmonaire,raorte et leurs branches. L'artère pulmonaire reçoit le sang qui sort du ventricule droit et le porte au poumon; l'artère aorte reçoit le sang qui sort du ventricule gauche, et le porte à toutes les parties du corps, sans en excepter le poumon, dans lequel les petites artères bronchiques apportent du sang provenant des cavités gauches du cœur.
Il ne faut pas s'étonner de voir du sang noir dans une artère, et réciproquement du sang rouge dans les veines pulmonaires, car l'organisation des artères et des veines n'est pas adaptée à la nature du sang qui doit les parcourir , mais bien à la part que chaque espèce de conduit doit prendre à la circulation. Or, nous verrons que l'organisation des artères est précisément celle qui convient pour rece-
DE LA CIRCULATION. 5o I
voir du cœur et porter au loin le sang qu'elles renferment j et qu'elles n'eussent pas été propres à rapporter au cœur le sang noir ou rouge de toutes ces parties du corps.
La circulation dans l'aorte et ses branches peut être considérée comme le type de la circulation artérielle; c'est celle sur laquelle on a le plus fait d'expériences; c'est à elle que s'appliqueront les détails dans lesquels nous allons entrer.
LX. Au moment où le ventricule gauche se contracte pour faire passer le sang dans l'aorte, les valvules sigmoides de cette artère, élevées , s'appliquent à ses parois, sans boucher pour cela l'orifice des coronaires qui se trouve placé au-dessus de leur bord libre, de manière que le sang y pénètre en même temps que dans les autres vaisseaux. Lorsque le ventricule cesse de se contracter, l'aorte réagit sur le sang qui la dilate, et le repousserait dans le ventricule, si tout à coup les valvules, en s'abaissant, ne lui présentaient un obstacle insurmontable, et ne devenaient le point sur lequel s'appuie l'action de toutes les artères. La petite quantité de sang qui se trouve au-dessous des valvules, au moment où elles s'abaissent, reflue seule vers le cœur, et rentre dans le ventricule.
En s'abaissant, les valvules sigmoïdes se touchent par leurs bords libres, qui cessent d'être convexes pour devenir angulaires; le sommet de chacun des angles occupe le centre de l'ouverture ventriculoaortique , et leur rencontre détermine d'autant
mieux rocclusion complètedu vaisseau, que chaque valvule est garnie en ce point d'un petit renflement connu sous le nom de tubercule d'Arantius.
Le sang qui remplit un tronc principal fournit à chacune des branches qui en partent des colonnes dont la grosseur est proportionnée à leur calibre. Cette division de la colonne principale est opérée par des espèces d'éperons dont sont garnis les orifices de chaque artère. Ces saillies intérieures en détachent les filets, qui passent d'autant plus aisément dans les branches, que, celles-ci naissant du tronc sous un angle plus aigu, l'éperon est plus saillant, et la déviation du liquide moins considérable. Si les branches se séparent sous un angle presque droit, l'orifice est presque dépourvu de cette saillie intérieure, et rien ne détermine le sang à y passer, que l'effort de pression latérale.
Le cours du sang n'est point intercepté dans les artères qui traversent des muscles, lorsque ceux-ci viennent à se contracter; car partout où les artères d'un certain calibre s'engagent dans leur épaisseur, elles sont environnées d'un cintre, ou d'un anneau tendineux qui s'agrandit lorsque le muscle se contractC;, tiraillé en tous sens par les fibres qui s'attachent à son contour. ïl est facile de s'assurer de cette disposition vraiment admirable, en découvrant l'aorte à son passage entre les piliers du diaphragme; les perforantes de la cuisse, au moment où elles passent à la partie postérieure de ce membre, en perçant ses adducteurs; la poplitée^
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iorsqu'elle traverse l'extrémité supérieure du muscle solaire , etc.
Si on place la main sur une artère, les doigts sont soulevés par des battemens qui sont d'autant plus forts, que l'artère est plus grosse, plus rapprochée du cœur, plus superficielle, qu'enfin elle repose sur des parties plus résistantes. Dans les cas contraires , les pulsations peuvent être faibles et même tout-à-fait nulles, à tel point, qu'une artère dénudée, même volumineuse, peut cesser, si elle n'est point comprimée, de présenter les battemens que nous venons d'indiquer.
Comme les artères sont toujours pleines durant la vie, et que le sang y coule avec d'autant moins de rapidité qu'elles sont plus éloignées du cœur, la portion de ce fluide, que les contractions du ventricule gauche poussent dans l'aorte, rencontrant les colonnes antécédentes, leur communique l'impulsion qu'il a reçue; mais, retardé dans sa marche directe par la résistance qu'elles lui opposent, il agit contre les parois des vaisseaux, et les écarte de leur axe. Cette action latérale , par laquelle les artères sont dilatées, dépend donc de ce que leurs cavités sont toujours remplies par un fluide qui résiste à celui que le cœur y projette.
Cette explication paraît tellement rationnelle, que l'on conçoit à peine qu'elle ait pu être contestée. Voici pourtant plusieurs objections qui ont été dirigées contre elle : i° Il faut un point d'appui solide sous l'artère pour que le battement soit sensible:
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ne serait-il pas possible alors que le sentiment des dilatations fût le résultat de l'obstacle que le doigt apporte au cours du sang, en aplatissant les parois de l'artère, d'où un effort, un choc du sang pour écarter cet obstacle? s^Pourquoi les artères se dilateraient-elles quand le sang entre dans une extrémité du système artériel, puisqu'il en sort au même instant une quantité égale à l'autre extrémité? 3<* Comment croire qu'un système aussi étendu que celui des artères puisse se dilater dans toutes ses parties d'une quantité notable, quand il entre unesi petite quantité de sang dans son intérieur à chaque moment où le battement est perçu? 4° Des physiologistes ont regardé une artère mise à nu , Davy est de ce nombre, et ils n'ont aperçu aucune dilatation. 5° Brème a lancé par saccades un liquide dans des tubes à parois minces et métalliques, et le doigt, appuyé surces parois inextensibles, a perçu à chaque saccade une pulsation analogue à celle du pouls. 6''Enfin^Parryafait un grand nombre d'expériences qu'il a variées de diverses manières , et il n'a jamais pu constater de dilatation.
^ Pour expliquer le pouls, d'autres physiologistes ont dit que le choc était dû à la locomotion et à l'alongement de l'artère : ainsi, dans les personnes maigres ou avancées en âge, on aperçoit très-distinctement, et à travers les tégumens, la locomotion et l'alongement des artères des lèvres et des temporales superficielles. Bichat, sur le mésentère d'animaux de différentes espèces, a parfaitement re-
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connu cet alongement et ce changement de place des artères mésentériques. Enfin, l'on voit les artères des vieillards, en quelques régions, conserver un alongement qu'elles ne perdent plus, et que l'on peut attribuer à la répétition des élongalions successives qu'elles ont éprouvées à chaque battementdu cœur. Tout le monde connaît les flexuosités de l'artère iliaque externe, de la carotide interne, et même de l'aorte descendante.
Cependant nous pensons, avec des auteurs dont le nom fait autorité, qu'il y a à la fois élargissement et alongement des artères dans la production des batteniens : des expériences faites sur le cordon ombilical qui n'était point encore coupé, ont permis d'observer et l'alongement et l'élargissement des artères ombilicales.
Les rapports du pouls avec les battemens du cœur sont invariables quant au nombre; il s'ensuit que ce nombre doit offrir les mêmes variétés selon l'âge, le sexe, les circonstances individuelles, etc., que celles que nous avons signalées en pariant des battemens du cœur. A quel moment d'un des quatre temps qui constituent une pulsation du cœur, correspond une pulsation artérielle? Dès que les battemens du cœur furent connus, on pensa généralement que la dilatation des artères coïncidait avec la contraction des ventricules, et c'est l'opinion qui est encore, pour ainsi dire^ universellement admise. Cependant M. Pigeaux , dont nous avons déjà exposé la théorie relative aux bruits du cœur, pour
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être conséquent à sa doctrine , a été obligé d'admettre que la diastole des artères répondait à celle des ventricules. D'une autre part , M. Despine, après avoir étudié très-minutieusement ce sujet, en faisant une foule d'expériences dont il a rendu témoins un grand nombre de personnes, a reconnu que le pouls artériel ne coïncidait avec aucun des bruits du cœur, mais qu'il s'effectuait pendant ce petit temps de repos qui, selon lui, sépare la contraction des ventricules de celle des oreillettes.
Les artères battent en môme temps dans toutes les parties du corps; leurs pulsations sont isochrones. Cependant M. Despine a encore contesté cette proposition. Selon lui, l'ébranleraent se communique de proche en proche aux artères ; de telle sorte que si on explore en même temps la carotide primitive, la radiale et la pédieuse, on perçoit la pulsation de la première immédiatement après le bruit qui répond à la contraction des ventricules; celle de la dernière, immédiatement avant le bruit qui accompagne la contraction des oreillettes; et enfin celle delà radiale, au milieu de l'intervalle qui sépare ces deux bruits : néanmoins cette différence est si petite qu'elle ne peut détruire cette proposition , à savoir, que les ventricules , par le sang qu'ils lancent dans les artères, ébranlent en même temps et à chaque contraction toutes les parties du système artériel.
Nous examinerons plus loin si la force du pouls est toujours en rapport avec la force de contraction
des parois du cœur. Depuis Galien , le pouls a fourni aux médecins un des principaux élémens de diagno.stic. La force, la régularité, l'égalité de ses battemens , opposées à leur faiblesse, leur inégalité, leur irrégularité, leur intermittence, font juger du genre et de la gravité d'une maladie, des forces de la nature pour opérer la guérison , de l'organe spécialement affecté , du temps ou période du mal , etc. Personne ne s'est occupé avec plus de succès que Bordeu de la doctrine du pouls considéré sous ces divers rapports. Ses modifications, indicatrices des périodes des maladies , établissent , suivant ce médecin célèbre , comme on peut le voir dans ses Recherches sur le pouls par rapport aux crises , les pouls de crudité , ^irritation et de coction. Certains caractères généraux indiquent si l'affection réside dans une partie placée au-dessus ou audessous du diaphragme; et de là se retire la distinction des pouls supérieur et inférieur. Enfin , des caractères individuels dénotent la lésion de tel ou tel organe; ce qui constitue le pouls Tias al ^ guttural ^pectoral , stomacal, hépatique, intestinal, rénal, utérin, etc.
Outre ces battemens sensibles qui constituent le phénomène du pouls dans les artères, il est un mouvement pulsatoire intérieur, obscur, par lequel toutes les parties du corps sont agitées chaque fois que les ventricules du cœur se contractent. Il existe une espèce d'antagonisme entre le cœur et les autres organes : ils cèdent à l'impulsion qu'il communique
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au sang, se dilatent par l'abord de ce fluide , et reviennent sur eux-mêmes quand l'effort de systole a cessé. Tout vibre, tout tremblotte^ tout palpite dans l'intérieur du corps; les mouvemens du cœur en ébranlent toute la masse, et ces frémissemens^ sensibles à l'extérieur,se manifestent surtout lorsque la circulation s'exécute avec plus de force et de rapidité. Dans certaines céphalalgies , les carotides cérébrales battent avec un tel degré de force, que non-seulement l'oreille entend le bruit qu'occasionne la colonne de sang en se brisant contre la courbure du canal osseux, mais qu'encore la tête est visiblement remuée, et comme soulevée à chaque pulsation. Si vous examinez le pied ou la main , le membre étant pendant et dans le plus parfait repos, ses extrémités vous offriront un léger mouvement isochrone aux battemens du cœur. Ce mouvement augmente, et va jusqu'à faire trembler la main, lorsque, par l'effet des passions ou d'un exercice fatigant, la circulation est accélérée. Dans toute agitation violente, nous sentons en nous-mêmes l'effort par lequel le sang, à chaque battement du pouls , pénètre tous les organes, épanouit tous les tissus; et c'est de ce tact intérieur que naît en grande partie le sentiment de l'existence; sentiment d'autant plus vif et d'autant plus intime, que l'effet dont nous parlons est plus marqué. C'est aussi dans l'observation de ce phénomène que plusieurs physiologistes ont puisé l'idée d'un double mouvement qui dilate ou condense, resserre ou épanouit alter-
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nativement tous les organes doués de la vie : ils ont tous \u que Teffet de dilatation prédomine dans la jeunesse, dans l'inflammation et dans l'érection, état dont toutes les parties sont susceptibles à divers degrés , suivant la diversité de leur structure.
Si on coupe une artère en travers, il s'échappe à l'instant un jet de sang qui sort par saccades intermittentes, d'autant plus fortes, que les artères sont elles-mêmes plus grosses et plus rapprochées du cœur. Le courant du liquide n'est point complètement interrompu entre chacune des saccades; seulement il sort avec plus de lenteur; en sorte qu'il y a un enchaînement successifde jets plus forts et moins forts ^ sans qu'un seul instant le liquide cesse de couler hors de l'artère divisée. Or, si on examine la lumière du vaisseau pendant l'écoulement de sang, on voit que l'artère est plus élargie au moment de la saccade; qu'elle se resserre dans l'intervalle, mais non au point d'être complètement oblitérée.
LX. Quelle est l'influence des artères sur le cours du sang? Nous connaissons l'action des ventricules pour pousser le sang dans les artères. Harvey n'a pas admis d'autre cause pour le cours du sang dans toute l'étendue du système artériel. Bichat, qui considère la circulation dans les vaisseaux capillaires comme étant entièrement hors de l'influence des contractions du cœur, a refusé aux artères une contraction active pour faire circuler le sang dans leur intérieur. Voici le précis des expériences qu'il a faites pour étayer son opinion :
1°. Si l'on irrite la face externe d'une artère dénudée avec la pointe d'un instrument, cette artère reste immobile.
2°. Si on irrite avec le même instrument la face interne d'une artère, elle reste encore immobile.
y. Si on touche l'une ou l'autre face avec un acide, l'artère reste immobile, à moins que l'acide, avide d'humidité, n'exerce une action chimique sur les parois du vaisseau , qui se recoquevillent, et ne reviennent plus à leur diamètre et à leur consistance primitifs.
4°. Si on coupe une artère en travers, on ne voit pas le renversement des bords, qui suit une pareille section de l'intestin.
5°. Si on coupe une artère tranche par tranche, on ne détermine pas de ces mouvemens de palpitation , comme on en remarque dans les chairs musculaires que l'on divise.
6°. Enfin , si sur l'artère d'un animal vivant on intercepte entre deux ligatures une certaine quantité de sang, et que sur une artère morte on place , entre deux ligatures également distinctes, une égale quantité de liquide, on observe, en piquant Tun et l'autre vaisseau, que le sang jaillit avec la même force à travers les deux ouvertures.
A côté de l'opinion de Bichat , nous placerons celle des physiologistes, qui n'accordent aux artères d'autre action que celle provenant de l'élasticité de leur tissu.
Une deuxième doctrine est soutenue par un
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5ii
grand Dombre d'auteurs reccnimandables . qui pensent que les arléres sont douées d'une contractilité propre vitale, analogue a la contractillté musculaire. On trouve déjà le? germes de cette opinion dan- le- écritt- ancien; d-^ {"athùlojie. Ainsi. Gortpr ëiablissant pour ainsi dire la transition entre les doctrines des mécaniciens et celle des vitali?te?. a dit que si le sanr s'ernbs'^ras-ait dans les capillaires lors de rinflamnjr-.ti jn . u'éuit parce que l'action d'une artère avait été ouî-mentée. "V^ ilson. dans un travail fort reraarrjuable sur binflanarnation . et Allen, attribuent la stase du -ar.^' di::= le- Ccpillaires à un défaut d'équilibre entre ia ior.:e contiactile des artères et Celle des capillaires.
Mais les premiers faits entrepris dans le but spécial de prouver cette contractilité sont dus au célèbi'^ Hunter. Je passe sou' silence quelques-uns de ses argurnens. qui sont faibles ou erronés: mais je rappellerai une de ses expériences, a laquelle il semble qu'il n'y ait rien a répondre. Si. sur un mammilere vivant, on ouvre une artère que Ton miaintient ouverte . pour que l'animal meure d"hémorraî:ie. et si on a préalablement, sur le même animal, mis à découvert et dénudé une autre artère, on remarque que Lelle-ci accommode son calibre a la quantité de san^ qui la parcourt, en sorte qu'elle devient déplus en plu- petite a mesure que le san^ coule, jusqu'à ce que la mort soit produite . et l'on voit alors Tartére dénudée reprendre peu a peu son premier diamètre, celui que réclame l'élasticité de ses parois.
5l2 DE LA CIRCULATION.
La cause qui a entraîné ce rétrécissement considérable de l'artère ne peut être son élasticité j puisqu'il a été au-delà de ce que permettait la force élastique de l'artère; ce ne peut être qu'une coarctation vitale ; et la preuve , c'est qu'elle a cessé avec la vie. Cette expérience remarquable a été répétée avec le même résultat par des hommes d'un esprit sévère, au nombre desquels je citerai Béclard. Malgré cela , des physiologistes dont l'autorité est d'un grand poids, refusent aux artères la propriété contractile que met en évidence l'expérience que je viens de rapporter. Pour nous, il nous est impossible de ne pas admettre la conclusion qui en découle; et nous trouvons dans plusieurs des observations suivantes des résultats qui prêtent un nouvel appui à notre opinion.
Ainsi, Zimmermann, Lorry et Verschuir, disent qu'en versant un acide sur une artère , on voit souvent les parois de celle-ci se contracter; et même il arrive que la contraction de l'artère s'étend à une partie assez longue de ses parois : et la preuve que ce n'est pas un effet chimique , c'est qu'on ne l'obtient pas toujours.
Hastings et Verschuir ont déterminé la contraction des artères, en irritant leur surface avec la pointe d'un scalpel.
Si on coupe une petite artère en travers, le calibre de celle-ci se ferme complètement.
Bikker et Van-den-Bosch ont vu des artères se contracter sous l'action de l'étincelle électrique.
Giulo et Rossi ont produit une contraction semblable avec le fluide galvanique.
Home , en plaçant un alcali sur les filets cervicaux du grand-sympathique d'un lapin, a vu l'artère carotide agitée de mouvemens comme convulsifs.
Ajoutons que Béclard a répété celte expérience de Bichat , dans laquelle du sang est enfermé entre deux ligatures placées sur deux artères, l'une vi-= vante , et l'autre morte, et il a reconnu que Bichat s'était trompé, et que le jet était constamment plus fort par la rétraction de la première artère que par celle de la seconde.
De quelle nature est cette contractililé? Elle n'est pas sous l'empire de la volonté; elle n'est pas non plus comparable aux contractions des muscles de la vie organique : nous devons la ranger parmi ces contractions qu'exécutent la plupart des conduits excréteurs , et certains réservoirs; cette faculté n'est pas le résultat de la présence du tissu jaune élastique, quoiqu'elle se rencontre dans presque tous les organes où se trouve ce tissu. La structure organique,quiestla condition de son existence, a la plus grande analogie, si même elle ne se confond entièrement, avec la structure du dartos.
La contraction des artères prend-elle part à l'accomplissement des deux temps du pouls, et quand l'artère est ouverte, à la saccade qui répond au choc et à la sortie plus lente du sang qui répond à l'intervalle de deux pulsations; ou bien cette contraction n'agit-elle que sur le deuxième temps, celui I, 33
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pendant lequel le sang sort sans saccade hors d'une artère ouverte? Nul doute que chez les animaux des classes inférieures , qui sont privés de cœur, les artères ne soient à la fois les agens de Yuxi et l'autre mouvemens; mais il n'en peut être de même dans les animaux plus parfaits, dans les mammifères. Cette opinion a cependant trou vé des fauteurs. Ainsi, i°Lamure a .dit que si on intercepte le cours du sang par une ligature sur une artère, les battemens continuent à se faire sentir au-delà du lieu où la ligature est appliquée; mais cette assertion est fausse dans le cas où d'autres artères ne peuvent transmettre le sang au-dessous du point lié. On peut pourtant encore, dans ce cas, apercevoir dés battemens à une petite distance du lieu de la ligature; mais, ainsi que Bichat l'a remarqué, ce battement s'opère par l'ébranlgment communiqué dé proche en proche aux parois artérielles, phénomène analogue à celui qu'on observe sur un moignon où le bout des artères bat encore, quoique la ligature soit placée souvent à six ou huit lignes de profondeur. 2° On a dit que le doigt introduit dans l'aorte y était alternativement serré et relâché. Bichat a répété cette expérience, et n'a pu constater ces resserremens et dilatations aîternalifs. 3° On ne peut ajouter une grande confiance à l'expérience de Housset, dans laquelle une artère hors du corps s ouvre et se resserre à plusieurs reprises. 4° Certains animaux n'ont pas de cœur, et pourtant ils offrent des mouvemens pulsatifs. Ainsi, à l'œil nu,
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on voit sur les holothuries des resserremens et des dilatations alternatifs des vaisseaux; mais il faut se donner de garde de conclure des vaisseaux des invertébrés à l'homme, puisque, d'après les recherches de Bonorden, l'on trouve dans les vaisseaux des premiers des fibres contractiles très-évidentes, et que ces vaisseaux remplissent les fonctions de cœur. 5^ Des fœtus anencéphales et sans cœur sont venus au monde très-bien nourris, et rien n'indiquait que la circulation eût souffert. Nous le croyons volontiers, et nous pensons que la ciixulation s'était produite de la même maniéré qu'elle s'opère chez lés animaux qui n'ont pas de coeur. 6° Chez des personnes affectées d'anévrisme de l'artère sousclaviére^ on dit qu'on a trouvé le pouls plus fréquent d'un côté que de l'autre; mais, sur tous les individus chez lesquels a existé cette anomalie apparente, et dont on a eu occasion de faire l'ouverture , on a constamment trouvé dans l'artère malade une disposition qui pouvait suspendre momentanément le cours du sang. 7° Hoffmann, Storer, Marshall, ont publié plusieurs observalions d'hé-' miplégiques, chez lesquels le pouls était beaucoup plus faible du côté paralysé que de l'autre : mais combien d'hémiplégies avec égalité de force et de fréquence du pouls des deux côtés! et, dans les cas cités, ne s'en est-on pas laissé imposer par la faiblesse congéniale du pouls, suite d'une anomalie dans la position et le volume de l'artère radiale? On sait en effet qu'il n'est pas rare qu'un
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très-pelit rameau de cette artère continue le trajet ordinaire de la radiale au-devant du radius, tandis que le tronc lui-même se dévie sur la face externe de cet os à quelques pouces au-dessus de l'articulation radio-carpienne.
Il n'y a donc aucun argument en faveur de cette opinion qui ne puisse être réfuté. Bichat en a rassemble un grand nombre pour prouver que le battement des artères était du en entier aux contractions du cœur; le résultat de ses expériences est tellement précis, qu'il ne sera pas inutile d'en donner ici une idée abrégée.
i". Les battemens artériels retentissent en même temps dans toute l'étendue du système artériel.
'2°. Si on coupe l'artère carotide d'un chien vivant^ qu'on l'adapte à l'artère du bras d'un cadavre, les artères de ce bras sont aussitôt agitées de mouvemens analogues à ceux du pouls ordinaire.
3°. Si on adapte l'extrémité de la même carotide à la veine jugulaire d'un autre cadavre , aussitôt la veine est agitée de bruissemens qui ne sont pas exactement des pulsations artérielles, à cause de la différence de structure des parois, mais qui ont avec elles la plus grande analogie.
4°. Si on adapte la veine d'un animal à la carotide d'un autre, les battemens cessent dans celle-ci, quoiqu'elle soit parcourue par du sang venant de la veine.
5". Si l'on adapte l'artère carotide d'un chien vivant à l'artère crurale d'un autre chien vivant,
celle-ci est prise de pulsations isochrones aux battenions des artères de l'autre chien, et non de celui dont elle fait partie.
6°. Si on place un tube creux entre les deux bouts coupés d'une artère, les pulsations se transmettent au-delà de la section.
7°. Chez les vieillards, les artères sont souvent ossifiées , et les batteraens n'en sont pas moins prononcés au-delà des parties malades.
8°. Si on place une ligature sur une artère, les battemens cessent au-dessous; mais ils se reproduisent lorsque, par les anastomoses, le sang est ramené en colonnes assez volumineuses pour transmettre à l'artère sa dilatation habituelle.
De tous ces faits, nous pouvons hardiment conclure que, dans l'état normal, le temps de la circulation artérielle qui répond au pouls, au jet avec saccade du sano' hors des artères, est entièrement sous la dépendance du cœur, et que les artères y sont complètement étrangères. Nous disons dans l'état normal, car il n'est pas prouvé que les singulières pulsations que l'on perçoit dans le ventre de quelques hvpocondriaques soient toujours isochrones au pouls, et l'on ne peut guère nier qu'elles ne soient dépendantes du jeu des artères abdominales. Le plexus solaire aurait-il de l'influence sur elles?
Le second temps de la circulation artérielle est pnlièrement sous la dépendance des artères. L'artère, alongée et élargie par l'entrée brusque du
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sang dans son intérieur, revient sur elle-même en vertu de l'élasticité de son tissu jaune. (Celte rétraction est aidée encore par la propriété contractile de Tartère : alors le sang, pressé dans l'ir térieur du vaisseau , tend à en soriir par ses dcqx extrémités; mais une d'elles est complètement close par les valvules sigmoïdes abaissées. Il faut donc que ce liquide s^écoule vers les capillaires : c'est pendant ce temps que le sang s'échappe sans saccade d'une artère ouverte.
A mesure qu'on s'éloigne du centre, plusieurs causes ralentisisent le cours du sang. De ce nombre sont l'augmentation de l'espace dans lequel il est contenu, la résistance que les courbures des vaisseaux lui opposent, les frottemens qu'il éprouve, et qui deviennent d'autant plus considérables, que, s'éloignant du cœur, les canaux dans lesquels il circule se multiplient davantage; enfin, les déviations qu'il subit en passant des troncs dans les branches qui , s'en détachant quelquefois sous des angles presque droits, le détournent de sa direction primitive.
On a encore donné comme causes du retard du sang la viscosité de ce fluide et sa tendance à Ta coagulation . Mais de ces deux obstacles le premier n'existe certainement pas, et le second est au moins trcs-problematique : aussi n'en tiendrons-nous aucun compte. Il n'en sera pas de môme des argumens précédens, malgré le.^ attaques que Bichat a dirigées contre eux. Cet auteur et plusieurs autres
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physiologistes ont révoqué en doute ce ralentissement progressif du sang artériel; et quelques-uns d'entre eux, quoique rejetant absolument toute application des sciences physiques à celle de l'économie animale , ont cependant appuyé leur opinion d'un fait emprunté de l'hydraulique : il faudrait, disent-ils, pour que tous les calculs sur la retardalion du sang artériel eussent quelque base certaine, que les artères fussent vides au moment où elles reçoivent l'ondée de sang qu'y lance chaque contraction des ventricules; mais il n'en est point ainsi : les artères sont toujours remplies, le sang coule dans toutes avec la même vélocité. Il en est du système de ces vaisseaux comme d'une seringue de laquelle s'élèveraient une multitude de tubes droits et contournés : chacun d'eux fournira le liquide avec une égale vitesse, lorsqu'on en déterminera la sortie en pressant sur le piston.
En réfutaijt cette doctrine, je ne puis m'empccher de relever une contradiction bien singulière entre la prétention hautement annoncée; d'exclure toute application des principes mécaniques à la physiologie , et l'emploi de ces mômes principes rigoureusement appliqués aux phénomènes de l'économie vivante; contradiction qui ne doit pas, au reste, surprendre davantage qqe celle dans laquelle sont tombés les auteurs qui déclament coîitre les nomenclatures modernes, et cependant s'empressent d'y ajouter, en recherchant avec soin toutes les parties qui ont échappe au zèle des nouveaux
(îénominateurs, pour leur assigner des dénominations nouvelles. Quelle parité peut-on raisonnablement établir entre une pompe foulante, dont les parois sont inflexibles, aussi bien que celles des tubes qu'on peut en faire partir, et l'aorte qui se dilate chaque fois que le sang y est projeté, entre des tubes qui décroissent en s'avançant vers leur extrémité ouverte, tandis que l'espace artériel , par les innombrables divisions des vaisseaux, augmente sans cesse? Puisqu'on s'accorde pour admettre que dans les vaisseaux capillaires le cours du sang est beaucoup ralenti, cette résistance, opposée au sang qui remplit la série des vaisseaux, depuis les capillaires jusqu^iu cœur, ne doit-elle pas se faire ressentir d'autant plus que l'on s'éloigne davantage de cet organe? etc., etc., etc. Sans cette résistance progressivement augmentée , à mesure que le sang artériel s'éloigne du cœur, ce fluide coulerait dans les artères comme dans les veines, sans produire des pulsations j car cette résistance, d'où naît l'effort latéral ou de dilatation que le sang exerce sur les parois des artères, est la cause principale du pouls offert exclusivement par ces derniers vaisseaux. On remarque une différence sensible entre la rapidité du sang qui coule dans les artères des orteils, et dans celles qui vont aux mamelles. Je m'en suis plusieurs fois assuré, en amputant les phalanges cariées des orteils et les mamelles cancéreuses: les artérioles de ces parties ont un calibre à peu près égal, et cependant le jet du sang est plus
rapide; le fluide est lancé à une plus grande distance, lorsqu'une artère des mamelles est ouverte. Quelle est la force avec laquelle le sang circule dans les artères? On conçoit de suite que celte force n'est pas uniforme, puisqu'on voit s'échapper d'une artère ouverte une colonne desangqui jaillit tantôtavec lenteur, tantôt avec force. M. Poiseuille, négligeant les moyens que Halle, Borelli et autres avaient employés pour mesurer la force du cœur , a inventé un instrument fort ingénieux pour apprécier avec quelle énergie le sang est mu dans les artères : il place dans un tube recourbé une certaine quantité de mercure que surmonte d'un côté une dissolution de sous-carbonate de soude, afin d'empéclier le sang de se coaguler; sur ce côté qui est droit, il engage l'extrémité d'une artère ouverte et lie l'artère sur le tube, en effaçant préalablement le calibre de l'artère par la pression des doigts; quand l'artère est liée sur le lube, il écarte les doigts, et alors le sang est lancé, d'abord dans la portion horizontale, puis dans la partie recourbée du tube, et ce liquide pressant, par l'intermédiaire du sous-carbonate de soude, sur le mercure, il le fait remonter dans la branche recourbée d'une quantité égale à l'impulsion qu'il a reçue dans l'artère. Cette hauteur est la mesure delà force avec laquelle le sang presse sur les parois des artères. Elle équivaut à trois ou quatre livres chez l'homme adulte; et, chose qui au premier abord peut paraître singulière , la pression est la même partout dans les artères d'un même
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animal, en sorte que le mercure est chassé avec la même force par le sang contenu dans une petite artère loin du cœur, que par le sang contenu dans une grosse artère et près du cœur: d'où l'on peut tirer cetaxiome, que la force qui meut les molécules du sang est la même dans toutes les parties du corps.
LXl. Circulation dans les capillaires. La circulation du sang dans le système capillaire est un des points les plus épineux de la fonction qui nous occupe : cette circulation fait actuellement le sujet de l'étude de la plupart des physiologistes allemands, et une partie de leurs travaux se trouve consignée dans \c Journal des progrès. En lisant ce que ces médecins allemands ont entrepris et fait pour éclairer l'histoire de la circulation du sang dans les capillaires, on voit que leurs opinions sont, les unes spéculatives, les autres appuyées sur des observations microscopiques.
Avant d'aborder ce point de physiologie, il convient de bien déterminer ce que l'un doit entendre par vaisseaux capillaires; car les physiologistes n'ont pas toujours connu les va'sseaux capillaires; et de nos jours, ils sont loin d'être tous d'accord sur ce qu'ils veulent désigner par ces mots.
Autrefois, avant de connaître la circulation, on admettait que le sang était versé dans la trame des organes, qu'il stagnait dans celte trame, à laquelle on donnait le nom de parenchyme, pour y fournir la substance nécessaire à leur nutrition. Quand
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plus tard on connut le mécanisme de la circulation , on fut obligé d'admettre un moyen de communication entre les artères et les veines; mais comme on n'avait pas aperçu de vaisseaux capillaires, on admit des porosités aux parois des ventricules, porosités par lesquelles le sang passait des veines dans les artères. Cependant Servel découvrit que le sang passait parle poumon pour revenir au cœur, et il reconnut la nécessité de vaisseaux de passage dans l'épaisseur du poumon, établissant la communication entre les artères et les veines : il n'y avait plus qu'à faire l'application de cette donnée aux caîpillaires généraux. Or, quand Harvey, pour prouver le cours du sang, eut mis une ligature sur une artère qui empêchait l'arrivée du sang dans les capillaires, et une autre ligature sur une veine qui faisait staçrnerle san^ entre le lieu de la liorature et
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les capillaires, il conclut à la nécessité de capillaires généraux, qui permettaient le passage du sang des artères dans les veines. Mais ces vaisseaux étaient difliciîes à déniontrer. Nous avons vu déjà comment ils furent mis en évidence par les injectiona et les travaux microscopiques : ainsi, Ent, poussant une injection pénétrante par les artères, la vit revenir par les veines. Beaucoup d'anatomistes répétèrent avec le môme résultat les injections de Ent. EnQn, nous avons dit comment Malpighi, le premier, puis Leuwenhoek, virent avec le microscope le sang traverser les vaisseaux capillaires sur des animaux vivans à sang froid \ comment Cooper les
aperçut sur le mésentère d'animaux à sang chaud; comment on les a vus au travers de la transparence de l'aile des chauve-souris. C'est donc un point au* jourd'hui démontré d'une manière péremptoire, et Ton a lieu de s'étonner que des physiologistes modernes nient encore l'existence de ces vaisseaux. Ainsi, Wilbrand, cité par Béclard, prétend que le sang des arlères,en pénétrant dans nos tissus, est entièrement solidilic, et transformé immédiatement en substance analogue à celle de l'organe dans lequel le sang est versé, pendant qu'une autre portion des tissus est à l'instant fluidifiée, et revient par les veines transformée en sang noir. Ainsi M. Tognot soutient que le sang artériel est versé dans des cellules, et qu'il passe de celles-ci dans les veines par le mécanisme de l'endosmose et de l'exosmose. Mais si ces opinions étaient l'expression de la vérité, comment les injections pourraient-elles passer avec tant de facilité des artères dans les veines?
Il y a deux grands systèmes capillaires : l'un se trouve à l'endroit où toutes les divisions de l'artère aorte se continuent avec les origines de toutes les veines qui se rendent aux veines-caves; l'autre existe aux extrémités des artères pulmonaires et à l'origine des veines pulmonaires. Quoique plus petit, ce système n'en est pas moins îrès-étendu et parcouru, en un temps donné, par une quantilé de sang égale à celle qui traverse le premier système capillaire. Dans l'intérieur du premier, le sang perd ses qualités de sang rouge ou artériel , pour devenir
veineux ou noir; dans l'autre, le sang éprouve un changement inverse.
Les artères se continuent avec les veines de plusieurs façons différentes : i° Tantôt une artère devenue très-ténue se recourbe en anse, et rencontre l'extrémité très-mince d'une veine; 2° tantôt deux branches très-fines, artérielles et veineuses, marchent parallèlement l'une à l'autre, et s'envoient dans ce trajet une foule de rameaux de communication; 3" tantôt, enfin, et c'est le plus fréquent, Tartère se termine en se partageant en une foule de branches anastomosées ensemble, d'où résulte un lacis capillaire inextricable, et d'où reviennent les radicules des veines.
Quel est le diamètre des vaisseaux capillaires? Ce diamètre est tellement petit que les vaisseaux ne peuvent jamais être aperçus h l'œil nu , quoiqu'on puisse le croire, en voyant les figures que certains anatoraistes ont données de ces vaisseaux. Il en résulte qu'ils ne peuvent jamais donner passage qu'à un globule de sang à la fois, excepté dans les animaux à sang froid , où ils peuvent en admettre plusieurs.
Quelle est la quantité de ces vaisseaux dans les différons tissus? C'est par des injections très-fines que l'on peut en prendre une idée; et quoique Bichat ait voulu répudier ce secours des injections pour rechercher la structure intime des organes, nous admettrons avec Bcclard que c'est un moyen souvent utile, et ici indispensable, pour arriver à
la connaissance delà vascularité capillaire cfes tissus; connaissance bien importante à acquérir, puisque c'est dans l'intérieur des vaisseaux capillaires que se passent probablement la plupart des phénomènes de la vie, tels que la nutrition , les sécrétions, etc. ^ et que se produisent presque toutes les maladies. Les injections si parfaites deRuisch, Albinus, Prochaska, Bleuland , ont fait naître l'idée, soutenue par Ruisch et quelques autres anatomistes, que la structure intime de tous nos organes n'était qu'un composé de vaisseaux.
Mais Albinus à fait une première réfutation de cette opinion, en disant que si tous nos organes n'étaient qu'un amas de vaisseaux, ceux-ci étant de iTiême nature, nos tissus devraient être partout identiques; ajoutons que même après les injections lés plus fines, on trouve dans l'organe quelque chose de solide qui n'a pu être injecté, et qui par conséquent reste en dehors des vaisseaux.
Les tissus qui sont imperméables au sang sont l'épiderme et les cheveux. Si dans cette maladie connue sous le nom de pllque polonaise /on a vu s'écouler du sang de l'intérieur des cheveux cbùpés près de la lele, c'est que par l'effet de la maladie le bulbe du poil s'était prolongé dans la base du poil implanté sur lui : c'est ainsi qu'en coupant les pi lioiés des jeunes oiseaux, on voit s'écouler du sang qui sort du bulbe vivant et organisé comniie le bulbe du poil, et qui à cet âge se prolongé au travers dé la peau, dans la base dé là jplume. Le tissu cellulaire,
traversé en tous sens par des vaisseaux, ne paraît pas en recevoir; les injections les plus fines n'en font apercevoir aucun arrêté dans son épaisseur. Il n'en est pas de même du tissu adipeux: Malpighi, Béclard et autres ont aperçu de très-jolis réseaux vasculaires répandus dans la surface membraneuse qui forme les parois de l'utricule dans laquelle la graisse est logée; de même le tissu médullaire des os reçoit un assez grand nombre de vaisseaux. Les tendons sont peu vasculaires; ils ne laissent pas écouler de sang quand on les coupe. Les membranes fibreuses sont un peu plus vasculaires; quelques-unes reçoivent des vaisseaux très-apparens : ainsi le péfiostCj ainsi la dure-mère. Les cartilages articulaires ne paraissent pas renfermer de vaisseaux. Quand on pousse une injection très-fine, on voit celle-ci se prolonger quelquefois à la surface du cartilage; mais en y regardant bien , on voit que les vaisseaux sont sous la membrane qui recouvre le cartilage, et non dans celui-ci; mais les cartilages d'ossification se pénètrent de vaisseaux au moment où ils se transforment en os. Les os renferment des vaisseaux, mais en petite quantité. Les membranes séreuses sontelles vasculaires? Il est certain que l'on ne peut découvrir aucune trace de vaisseau ni par les injections artificielles, ni par les injections naturelles, à la surface Libre de ces membranes; mais au-dessous de celte surface, du côté de la portion adhérente, il y a un réseau vasculaire extraordinairement abondant, et qui est probablement relatif aux sécrétions et ab-
sorptions dont la surface libre des séreuses est le siège. Cependant on ne peut découvrir de cooinriunication vasculaire entre celte surface et les vaisseaux sous-jacens; ce qui pourrait porter à croire qu'ici les fonctions dont je parlais se font par des phénomènes d'imbibilion.
La plupart des tissus prccédens ne reçoivent que la quantité de sang nécessaire à leur nutrition. Mais dans les organes qui, outre la nutrition, ont une action élaboratricedu sang à accomplir, les vaisseaux sont bien plus abondans : ainsi les membranes tégumentaires internes et externes qui sont le siège d'une exhalation fort active, toutes les glandes, reçoivent une énorme quantité de vaisseaux. Les muscles en reçoivent aussi une quantité considérable ; et M. Cuvier pense que pendant leur contraction il y a consommation de quelque principe apporté par le sang.
Le nombre des vaisseaux capillaires que renferment les organes varie selon les âges : considérable dans le fœtus et l'enfance, il diminue chez l'adulte , et encore plus chez le vieillard. Aussi les injections sont de moins en moins faciles et pénétrantes à mesure qu'on les fait sur des personnes plus avancées en âge.
Les vaisseaux capillaires dont nous nous occupons contiennent tous des globules sanguins. Mais n'y a-t-il que cette espèce de vaisseaux faisant suite aux artères, ou bien celles-ci, arrivées à leur dernier degré de division, ne se continuent-elles pas aussi
DE LA CIRCULATION. ^2g
avec des vaisseaux d'un autre ordre, qui, au lieu d'admettre le sang en totalité, n'admettraient que certaines portions du sang, la partie séreuse, par exemple? en un mot, n'y a-t-il pas des vaisseaux blancs ou séreux?
Leuwenhoek, se servant du microscope, crut voir dans le sang des globules de plusieurs grandeurs; et Boerhaave, partant de cette notion, imagina des vaisseaux décroissans de volume qui étaient destinés à admettre les globules proportionnés à leur calibre : de là naquit la fameuse théorie de l'inflammation , donnée par Boerhaave, dans laquelle les accidens de l'inflammation sont attribués au passage maladroit d'un globule trop gros dans un vaisseau trop petit : erreur de lieu qui entraînait un embarras dans la circulation. Haller a admis ces vaisseaux séreux; mais personne plus que Bichat n'a accumulé de preuves et de raisonnemens en faveur de leur existence. Un de ses principaux argumens se tire de la coloration en rouge de certaines parties ordinairement blanches, mais qui, irritées, rougissent, parce que le sang, dit-il, passe par des vaisseaux séreux qui ne le renfermaient pas auparavant. Ainsi rougit la conjonctive enflammée ; et on peut ajouter aux preuves données par Bichat un fait que ni lui ni plusieurs des partisans de sa doctrine ne paraissent avoir connu, et qui est dû à Bleuland. Cet anatomiste a poussé dans une artère mésentérique une injection composée de plusieurs substances différemment colorées et d'une pénétration également différente ; I. 34
B3o DE lA CIRCULÀTiOSf.
au premier aspect, toute l'épaisseur des parois intestinales lui parut rouge; mais, après une inspection plus minutieuse, aidée du microserpe, il s'aperçut que la surface péritonéale était parcourue seulement par des vaisseaux remplis précisément de la substance la plus pénétrante, qui était blanche, naissant des plus petites artérioles rouges, et tout-à-fait différens des vaisseaux que Ton remplit par l'injection ordinaire. Bleuland n'hésita pas à rapporter ces vascules blancs, microscopiques, aux vaisseaux séreux.
On peut cependant révoquer en doute l'existence de ces vaisseaux ; d'abord , avec le microscope qui grossit les objets au point que les globules du sang paraissent extrêmement gros , on ne voit pas de ces vaisseaux plus petits dans lesquels il n'y aurait pas de globules; ensuite, si certains tissus enflammes et auparavant blancs, rougissent, c'est que leurs vaisseaux, parcourus autrefois par une quantité de sang si petite que la couleur cesse d'en être sensible, sont, pendant le temps de l'inflammation, traversés par des quantités de sangassez considérables pour que la couleur de ce liquide soit mise en évidence, îl faut en effet que les corps aient un certain volume pour réfléchir les rayons de la lumière sous un angle assez ouvert, de manière que l'œil puisse en apercevoir la couleur. On sait que les grains de sable porphyrisés et réduits à une finesse extrême paraissent incolores quand on les regarde séparés , et ne montrent leur couleur que dans l'état d'agré-
ÊË tA diftctiLAïlôN. ' 'éii
gation j que des lames très-minces, détachées d'une feuille de substance cornée, semblent transparentes^ quoique la feuille de laquelle on les détache soit rouge ou bleue ; mais , si l'on applique l'une à l'autre plusieurs de ces lames transparentes, la couleur rouge paraît d'autant plus foncée, que l'on en réunit un plus grand nombre.
Il n'est pas non plus nécessaire de discuter ici l'opinion de M. Magendie, qui pense que les artères se continuent avec les vaisseaux lymphatiques; car personne n'a vu ces petits conduits que traverserait la partie séreuse du sang pour revenir par les lymphatiques. Enfin, nous rejeterons comme une pure fiction les vaisseaux exhalans et absorbans de Bichat, car ils n'ont pas plus été vus que les précédens. Quant aux vaisseaux des nutritions, nous nous en occuperons en parlant de la nutrition.
Quelle est la cause du cours du sang dans les capillaires ? Suivant Harvey , le sang est mu dans les capillaires par la seule force de contraction du ventricule gauche du cœur, et les vaisseaux ne lui ajoutent aucune nouvelle source d'impulsion^
Rapprochons de cette première opinion exclusive une autre opinion tout aussi exclusive et qui lui est diamétralement opposée, à savoir^ que le sang dans les capillaires est entièrement soustrait à l'action du cœur, et qu'il circule dalns ces vaisseaux par la seule impulsion que lui communiquent leurs parois. Bordeu a le premier imaginé cette doctrine, et personne plus que Bichat ne s'est efforcé de la dé-
montrer. Commenf, dit-il, expliquer par un agent unique ces variations que la circulation éprouve dans les vaiseaux capillaires? Sur un même individu ici la peau est rouge et chaude; là, elle est pâle et froide; l'inflammation , les passions sollicitent en certaines parties des changemens brusques et trèsprononcés dans la circulation , tandis que les autres régions n'éprouvent aucune modification appréciable.
Nous pensons que la vérité se trouve dans une t^èisième opinion qui concilie les deux précédentes: nous admettons que le cours du sang dans les capillaires est à la fois sous l'influence de l'impulsion que ce liquide reçoit d'un côté de la part du cœur et des artères; de l'autre, delà part des parois mêmes des vaisseaux capillaires. Nous nous bornons à consigner ici la première proposition ; car , en décrivant la circulation veineuse, nous démontrerons jusqu'à l'évidence que le sang y est encore sous l'influence des contractions du cœur et des artères: donc^ à JbrtioT'i^ il doit ressentir la même influence dans les capillaires. Quant à la seconde proposition, il suffit, pour être convaincu de son exactitude, de considérer que dans plusieurs circonstances le sang circule dans les capillaires en sens inverse de la direction que tendent à lui imprimer les actions réunies du cœur et des artères.
Il est de la plus haute importance de démontrer une pareille proposition : i" Dœllinger a répété les expériences microscopiques de Spallanzani, Le-
wenhoek, et il a remarqué qu'il y a des variations dans le cours du sang dans les capillaires. 11 est des courans qui vont lentement; d'autres, au contraire, vont assez vite; quelquefois une série de globules se ralentit, semble s'arrêter, puis, rencontrant une autre série qui va plus vite , les globules se remettent en marche avec plus d'activité et dépassent ceux qui les ont devancés. Quelquefois deux courans se rendent à un même vaisseau, et là ils y entrent globule à globule, l'un après l'autre, dans chaque série ; leur mouvement s'accélère , et les globules trop gros s'aplatissent pour passer dans un vaisseau plus petit.
2°. Si l'on pique la surface d'une membrane, aussitôt la direction des courans environnans est changée; de toutes parts le sang se dirige vers le lieu piqué , que ce soit ou non le sens dans lefjuel le cœur tende à le faire voyager; ce qui a fait dire: ubi stimulus , ibijluxus.
3°. Thomson examine au microscope , et avec beaucoup de soin , la circulation capillaire dans l'état normal, puis il place sur les mêmes tissus des substances irritantes , telles que différens sels , de l'ammoniaque, de l'alcool; et, selon la substance employée, il remarque la dilatation ou le resserrement des capillaires, l'accélération ou le retard dans les courans. Ces observations ont été faites aussi par Hastings, par M. Gendrin, et elles ont donné heu aux mêmes résultats.
4°. Kaltenbrunner a poussé plus loin encore
ces recherches à propos des plaies et des parties enflammées j et il a vu que dans le premier temps de l'inflammation, il y a afflux de globules sanguins, puis congestion et circulation plus lente dans le centre, et enfin stase complète des globules au milieu de la partie enflammée, tandis qu'il y a toujours des courans aux environs. Terminons en disant que, malgré l'ablation du cœur, le sang continue encore à circuler dans l'intérieur des vaisseaux capillaires.
L'action des parois, des vaisseaux capillaires, étant bien établie, recherchons quels en sont les agens. Il y a àce sujet quatre opinions principales: i° contraction des parois; 2° attraction exercée par nos tissus; 3° action électrique; 4° mouvement spontané du sang.
1°. Contraction des parois. Bichat n'admet pas d'autre cause. Les capillaires, selon lui, se dilatent et se rétrécissent spontanément à la manière de petits cœurs. On a poussé une injection d'un liquide non irritant dans les vaisseaux d'un animal vivant, et elle a passé aisément; tandis qu'une autre, aussi fluide, mais irritante, n'a traversé les capillaires qu'avec difficulté : de plus, l'on voit la contraciilité des artères aller en augmentant des gros troncs vers les branches, de celles-ci vers les radicules. Enfin le froid excite la contraction des vaisseaux qui chassent le sang de leur intérieur, d'où la pâleur qui alors se manifeste, tandis que la chaleur produit un effet inverse.
L*action des parois sur le sang a été révoquée en doute , et l'on a même cherché récemment a tourner en ridicule une semblable croyance. Dœllinger prétend que les artères arrivées dans le parenchyme des organes, se dépouillent de leurs parois, et que le sang circule à nu dans des canaux dont les parois ne sont autres que la trame elle-même de l'organe. Que devient alors , dit-il , cette action des parois dés vaisseaux sur le sang? Mais Wedmeyer, élève de Dœllinger, a réfuté son maître, en prouvant que les vaisseaux capillaires avaient des canaux propres. Béclard a admis que la membrane interne des vaisseaux au moins pénètre dans le parenchyme des organes, et continue à former les parois des capillaires. Mais que nous importe , pour la circulation, qu'il y ait ou non une membrane propre, ou que le sang soit à nu dans des canaux creusés dans l'épaisseur de l'organe, pourvu que les parois de ces canaux soient contractiles? C'est tout ce dont nous avons besoin pour comprendre leur action.
2*. Cette puissance ne suffit pas pour expliquer toute la circulation capillaire. La seconde force invoquée par les physiologistes est l'attraction exercée par nos tissus sur le sang ; attraction prouvée par les phénomènes qui suivent à l'instant l'irritation d'une partie par une piqûre, un corps étranger. Ce qui prouve encore cette attraction , c'est l'aflflux du sang vers les parties qui sont en mouvement; vers l'utérus, quand le produit dé la conception le remplit et le rend un foyer d'excitation ;
536 i)E LA CIRCULATION.
vers les mamelles, quand s'opère la sécrétion du lait; vers la papille, sur laquelle doit pousser le bois du cerf, qui à cette époque devient extrêmement vasculaire : c'est enfin le raptus du sang vers l'extrémité d'un membre dont l'artère principale est liée, et qui sollicite Tabord du sang avec plus d'énergie par les canaux qui d'ordinaire n'en renfermaient qu'une petite quantité. On ignore comment s'exerce cette attraction. Hodge a fait un mémoire pour prouver que c'était le résultat d'une propriété vitale de nos tissus, à laquelle il a donné le nom (Tejcpansibilité.
D'autres ont dit que l'attraction exercée par nos organes était le résultat de leur nutrition qui absorbait une certaine quantité de sang, et entraînait la nécessité de sa réparation,
3°. Bonorden a émis une troisième opinion sur la cause d'impulsion du sang dans les capillaires , à laquelle il n'y a à reprocher qu'une absence complète de preuves des faits sur lesquels elle repose. Il dit que le sang artériel et nos tissus sont électrisés en sens inverse, d'où attraction de l'un vers les autres; qu'une foison contact, les électricités se saturent; le sang et les organes sont électrisés de la même façon , et maintenant le sang est repoussé de l'organe et chassé dans les veines. Avec cette explication, il n'y aurait presque pas besoin de cœur. Mais, je le répète, il n'y a plus que les électricités de nature inverse et semblable à démontrer, pour que l'opinion de Bonorden soit de quelque valeur.
4". Enfin, des physiologistes ont admis le mouvement spontané du sang. Harvey, Glisson,Bonn et plusieurs autres ont dit que le sang était un fluide vivant et susceptible de mouvement par lui-même. Hunter a aussi longuement discuté pour prouver la vitalité du sang: son état liquide n'est point, ainsi qu'il le fait remarquer, un obstacle à sa vitalité. Mais de ce que le sang est vivant , s'ensuit-il qu'il soit capable de mouvement par lui-même? A la tête de ceux qui professent cette doctrine, je placerai Walther, qui n'a pas craint de soutenir que le sang était l'auteur, l'agent unique de son mouvement dans tous les vaisseaux qui le contiennent; que le cœur, les artères, les veines et les capillaires, n'étaient qu'un vaste théâtre dans lequel s'opérait la circulation, sans qu'aucune de ces parties y prît d'autre part que celle de former des parois de canal. Kook professe une opinion un peu moins extravagante; mais il pousse encore beaucoup trop loin le pouvoir inhérent au sang de se mouvoir; il avance qu'après une amputation ce n'est pas la peine de poser des ligatures sur les vaisseaux : le membre étant retranché, le sang, dont l'abord est devenu inutile, n'ira pas au-delà du lieu de la section. Il est pourtant vrai de dire que l'hémorragie est moins à craindre après une amputation que quand un vaisseau est divisé dans la continuité du membre.
Heïdmanna vu au microscopedesglobulesse mouvoir dans une goutte de sang sortie de ses vaisseaux. Treviranus a vu aussi des mouvemens de deux espé-
ces : un de tourbillonncmenl,etun autre de contraction lente dans du sangqui se coagule; mais ces mouvemens peuvent bien n'être que le résultat de la vitalité de la fibrine du sang qui se prend en réseau.
Si on examine un œuf incubé, on voit qu'il y a du sang et des vaisseaux capillaires dans lesquels le liquidesemeutavantqu'ilyait un cœur. WolfHaller, ont vu un phénomène semblable sur des mammifères; mais les travaux les plus convaincans sont ceux de Kaltenbrunner. Cet auteura découvert aux environs des plaies, à une certaine période de leur durée, des vaisseaux disposés en croissant, sans parois distinctes, et dans l'intérieur de ces cavités des globules qui oscillent, alongent peu à peu les extrémités du croissant, jusqu'à ce qu'ils rencontrent l'orifice d'un vaisseau capillaire, dans lequel ils finissent par s'ouvrir. On a constaté que tel était . le mécanisme du développement de tous les vaisseaux de nouvelle formation. Kaltenbrunner a coupé en travers une anastomose des mésenlériques, et observant au microscope ce qui se passait, il a vu manifestement les globules du sang arriver jusqu'aux bords de la section, puis rebrousser chemin pour rentrer dans l'intérieur du vaisseau divisé; et s'il y avait une branche à quelque distance du lieu coupé, le sang y entrait bientôt de manière à ne plus pénétrer dans toute la partie de l'artère qui ne conduisait qu'à la plaie extérieure; et si par malheur un globule se trompait et entrait dans cette portion, vite, comme s'il eût commis une faute, il
rentrait dans le centre du courant sanguin pour enfiler la voie de dérivation.
De ces faits il est permis de conclure à la vitalité du sang, et peut-être à un mouvement spontané de ce fluide dans nos vaisseaux.
LXIf. Action des veines. Ces vaisseaux , chargés de rapporter au cœur le sang que les artères ont distribué à tous les organes , sont en bien plus grand nombre qu'elles. On observe, en effet, que les artères d'une moyenne grandeur^ telles que celles de la jambe et de l'avant-bras, ont chacune deux veines correspondantes, dont le calibre est au moins égal au leur, et qu'en outre il est un ordre de veines superficielles, placées entre la peau des membres et les aponévroses qui environnent leurs muscles, lesquelles n'ont point d'artères analogues. L'espace dans lequel le sang veineux est contenu est donc plus considérable que celui qui renferme le sang artériel. Aussi eslime-t-on que, de vingthuit à trente livres de ce fluide, qui fait à peu près le cinquième du poids total du corps dans un homme adulte, neuf parties se trouvent dans les veines, et quatre seulement dans les artères. Lorsqu'on fait cette évaluation , on doit regarder comme sang artériel celui que contiennent les veines pulmonaires et les cavités gauches du cœur; tandis que celui qui remplit ses cavités droites et l'artère pulmonaire fait véritablement partie du sang veineux^ dont il offre tous les caractères.
Quoique les veines accompagnent généralement
54o DE LA CIRCULATION.
les artères et leur soient unies par un tissu cellulaire qui leur fournit une gaine commune, ceci souffre de nombreuses exceptions. Les veines qui rapportent le sang du foie ne suivent nullement la direction des branches de l'artère hépatique ; les sinus de la dure-mère offrent une disposition bien différente de celle des artères cérébrales; les veines des os surtout, bien plus nombreuses et d'un plus grand calibre que les artères des mêmes parties, à raison de la lenteur avec laquelle la circulation s'y opère, ne suivent point, pour la plupart, la direction de ces artères, et sortent isolées de leur substance, à l'exception néanmoins de celles que loge le canal de la partie moyenne, et auxquelles donne issue le trou nourricier de l'os. Enfin, un grand nombre de veines se remarquent dans plusieurs parties du corps où l'on ne trouve pas d'artères correspondantes : telles sont les veines sous-cutanées des membres, celles qui portent le nom de veines rachidiennes, etc. Non-seulement les veines sont en plus grand nombre, elles sont aussi plus amples et plus dilatables ; ce qui était nécessité par la lenteur avec laquelle le sang y coule, et la facilité avec laquelle il s'arrête et y séjourne lorsque le moindre obstacle gêne sa circulation (i). La force qui fait
(i) Les artères contiennent toujours à peu près la même quantité de sang. La pléthore s'établit toujours dans les veines , parce que la stagnation du sang y est plus facile; et cet état n'occasionne la fièvre inflammatoire ( qui n'est autre chose que
couler le sang dans les canaux artériels est si grande, que la nature semble avoir négligé les avantages mécaniques qui eussent pu en favoriser le cours. Au contraire, les puissances circulatoires qui déterminent la progression du sang veineux ont si peu d'énergie, qu'elle a écarté avec soin tous les obstacles qui se seraient opposés à son retour.
Les veines suivent une direction presque droite; au moins leurs contours ne sont-ils pas aussi nombreux et aussi prononcés que ceux des artères. La force qui y fait couler le sang n'est donc point employée à redresser les courbures : les anastomoses sont aussi plus fréquentes; les veines profondes des membres communiquent fréquemment avec les veines superficielles; les veines rachidiennes sont largement anastomosées avec les hypogastriques , les veines-caves, l'azygos, etc. Enfin, l'intérieur des veines, comme celui des vaisseaux lymphatiques, est garni de replis valvulaires formés par la duplicature de leur tunique intérieure. Ces valvules, rarement solitaires, presque toujours disposées par paires, ne se trouvent ni dans les veinules, ni dans
l'action augmentée du système -vasculaire , ainsi que l'exprime la dénomination d'angéiolénique que lui a imposée le professeur Plnel), que lorsque , la congestion sanguine étant portée à un très-haut degré dans les veines , le sang ne passe plus que difficilement des artères dans ces vaisseaux. Alors le cœur et les artères redoublent d'effort pour se débarrasser du fluide qui les surcharge , etc.
les gros troncs, ni dans les veines qui rapportent le sang des viscères renfermés dans les grandes cavités. Lorsqu'elles sont abaissées, elles ferment complètement le canal , rompent la continuité de la colonne de sang qui revient au cœur, la partagent en un nombre de petites colonnes égal à celui des espaces intervalvulaires , dont la hauteur est mesurée par la distance qui sépare ces replis j de manière que les puissances motrices du sang veineux , qui ne pourraient en faire couler toute la masse, s'appliquent avec avantage à chacune des petites portions en lesquelles elle se trouve divisée.
Les parois des veines, beaucoup plus minces que celles des artères, sont environnées, comme elles, par la gaîne celluleuse commune à tous les vaisseaux. Trois tuniques entrent également dans leur structure. La tunique interne, aussi mince ^ mais plus extensible que celle des artères, adhère plus intimement aux autres tuniques. Le tissu cellulaire qui l'unit à la tunique moyenne est moins abondant : aussi le phosphate de chaux ne s'y dépose guère, comme il arrive dans les artères, qui s'ossifient fréquemment par les progrès de l'âge. Cette tunique intérieure n'est autre chose qu'un prolongement de celle qui tapisse les cavités du cœur ; et comme Torigine de la tunique interne des artères est la même, il existe une continuité non interrompue dans la membrane qui tapisse^ l'intérieur de tous les canaux circulatoires. La tunique interne est la seule tunique essentielle aux vaisseaux vei-
i)É LA CIRCULATIOlSf. 54^
heux : elle seule constitue les veines intérieures des os, les sinus de la dure-mère, les veines hépatiques simples, en un mot, toutes les veines dont l'extérieur adhère si fortement aux parties où elles se trouvent, que le sang y coule comme dans des conduits inertes, par la presque impossibilité dans laquelle sont leurs parois de se rapprocher.
Aux endroits où les veines traversent des muscles, elles sont, comme les artères, protégées par des anneaux ou cintres aponévroliques. Aucun n'est plus remarquable que celui dont est garni le contour de l'ouverture du diaphragme, par laquelle la veine-cave ascendante passe du bas-ventre dans la poitrine. Ce vaisseau n'éprouve donc aucune compression de la part du muscle, dans le moment où celui-ci se contracte pour l'inspiration.
Tandis que dans les capillaires le cours du sang était caché à nos regards, et que nous étions obligés de nous aider d'instrumens d'optique pour saisir quelques-uns des phénomènes de la circulation capillaire, ici comme dans les artères, comme dans le cœur, tout devient apparent, facile à constater, et l'on peut dire que l'on possède sur la circulation veineuse des connaissances précises, satisfaisantes, et dont plusieurs points ont une application heureuse à l'étiologie de quelques maladies, et à la pratique de certaines opérations chirurgicales.
Nous avons vu le sang lancé par le cœur dans toutes les parties du corps à l'aide de deux gros vaisseaux , l'artère pulmonaire et l'aorte j sept veines
principales rapportent dans les oreillettes du cœur le sang qu'elles ont reçu des capillaires; trois dont nous avons déjà parlé s'abouchent dans l'oreillette droite : ce sont les veines-caves supérieure et inférieure, plus la coronaire du cœur ; quatre s'ouvrent dans l'oreillette gauche: ce sont les veines pulmonaires. Les premières apportent au cœur le sang des capillaires généraux : il est noir; les secondes transportent le sang des capillaires du poumon, qui a été vivifié par la respiration : ce sang est rouge.
Nous suivrons dans l'exposition de la circulation veineuse le même ordre que nous avons adopté pour l'étude de la circulation dans les artères; nous commencerons par indiquer les phénomènes de la circulation dans les veines, et nous rechercherons ensuite quels sont les agens de cette circulation. La première partie de cette description est pour ainsi dire une énumération en sens inverse des faits que nous avons notés à propos du cours du sang dans les artères. Voici ce que ce parallèle apprend : 1° Dans les veines, le sang marche de la périphérie vers le centre, des radicules veineuses dans les branches , de celles-ci dans les troncs, et de ceuxci dans les troncs principaux; dans les artères, le sang coulait des troncs dans les branches, les rameaux, les capillaires. 2° Dans presque toute l'étendue du cours du sang dans les veines, on n'aperçoit aucun battement sur le trajet du vaisseau; si on le comprime , le doigt n'est pas soulevé par des pulsations isochrones aux pulsations du cœur ; les ar-
tères présentaient ces batteraens et ces pulsations, 3° Pendant que l'on comprime une veine ^ on voit sa portion comprise entre le lieu comprimé et les capillaires se remplir de sang, et se gonfler déplus en plus, tandis que la portion opposée se vide presque complètement du sang qu'elle renferme : une artère comprimée présente des phénomènes inverses. 4° Si on ouvre les parois d'une veine, le sang coule, en formant un jet continu, à peu prés uniforme : le jet était fortement saccadé en s'échappant des artères. 5" Le sang qui sort par une veine ouverte s'en échappe avec moins de rapidité que d'une artère du même volume, et qui a une plaie du même diamètre. On peut s'en assurer en ouvrant dans un membre l'artère, et dans le correspondant une veine satellite de la même artère et d'égal vo'' lume. Il ne faudrait pas faire cette expérience sur les deux vaisseaux d'un même membre, parce qu'on pourrait objecter, et avec raison, que si le cours du sang est plus rapide dans l'artère que dans la veine, c'est parce qn'il y a eu soustraction d'une partie du sang qui revient ordinairement par ce dernier vaisseau, puisque l'on a ouvert une voie de dérivation sur l'artère qui lui correspond. 6° Le cours du sang augmente de rapidité dans les veines de l'origine de ce système vers sa terminaison. Nous avons vu qu'il allait en diminuant dans le même sens dans les artères : la cause de cette accélération est soumise à la même loi que celle dii retard du cours du sang dans les artères. Le système veineux I, 35
54(î DE LA CIRCULATION.
a plus de capacité à son origine que dans son milieu, plus à son milieu qu'à sa terminaison; il doit donc être parcouru par le sang avec plus de rapidité dans les parties rétrécies que dans les parties dilatées du même système. On peut généraliser ce fait en disant que plus un vaisseau artériel ou veineux est gros et rapproché du cœur , plus le sang qu'il contient le parcourt avec rapidité; proposition qui n'implique pas contradiction avec la précédente, puisque dans les artères le sang va des troncs vers les branches, et que dans les veines il va des branches vers les troncs.
11 y a quelques variations dans la rapidité du cours du sang dans les veines, que je dois faire connaître ici. A la suite de certaines saignées du bras , vers la fin de l'opération , on observe que le sang sort rouge, écumeux , presque rutilant et avec saccades , surtout chez une personne robuste, et dont le cours du sang est accéléré par un mouvement fébrile. D'une autre part, les veines du cou sont agitées de mouvemens qui s'accompagnent de battemens parfois assez prononcés. C'est ce qu'on a nommé le pouls veineux, pouls connu dès la plus haute antiquité, car Hippocrate a parlé de ces mouvemens avec pulsation que présentent les vaisseaux du cou. Il est vrai que Gavet cherche à faire entendre qu'Hippocrate pourrait bien n'avoir voulu parler que des battemens des carotides; car, à cette époque, l'on ne distinguait pas lesartères des veines; iet Hippocrate n'ayant parlé que des veines du cou,
sans indiquer exactement leur place, il se pourrait que, selon l'observation de Gavet, il n'ait voulu indiquer que les pulsations des artères. Mais Galien , qui avait su parfaitement distinguer les artères des veines, exprime positivement le phénomène du pouls veineux , en parlant de battemens qu'il avait observés dans la veine jugulaire externe : ce pouls a depuis été étudié avec soin par Valsalva, Morgagni. Nous reviendrons ailleurs sur les causes du pouls veineux, dont nous pourrons mieux comprendre le mécanisme. 7° Enfin , on ne trouve pas dans la circulation des veines la même uniformité que dans celle des artères, puisquesur le même individu, et dans le même moment, certaines veines sont dilatées , tandis que d'autres sont presque complètement resserrées.
Quel est l'agent du cours du sang dansles veines? Quand le sang arrive dans les origines du système veineux, il y arrive^ mu par l'action du cœur, des artères et des capillaires. Est-il alors simplement déposé dans les radicules des veines, ou conservet-il une partie de la force d'impulsion qu'il a reçue des agens précédens? Si nous prouvons qu'alors même que ce fluide est dans les veines, il est encore sous l'influence du cœur, non-seulement à l'origine du système veineux, mais encore dans les troncs principaux , nous aurons prouvé par-là même qu'il peut aussi être mis en circulation par la force additionnelle des artères et des capillaires; car s'il reçoit une cause de l'agent le plus éloigné ; à fortiori
devra-t-il en conserver de ceux qui sont plus rapprochés des nouveaux conduits dans lesquels il s'est engagé. Harvey, en établissant sa théorie de la circulation^ a professé que le sang dans les veines circulait par la seule force d'impulsion du cœur; que cet organe suffisait à lui seul pour faire faire au sangle tour complet du cercle circulatoire. Cette doctrine fut admise sans contestation , et personne, avant Bordeu et Bichat, ne chercha à les contredire; mais ces deux physiologistes ayant soutenu que le sang^ dans les capillaires, était entièrement hors de l'influence du cœur, furent obligés de conclure que cet organe ne pouvait être pour rien dans la circulation veineuse.
Cependant M. Magendie reprit l'opinion de Harvey , et il fit une expérience qui démontra sans réplique que le cœur avait une action puissante sur le cours du sang veineux. Il mit à découvert l'artère et la veine principales d'un membre , ouvrit la veine, et comprimant l'artère médiocrement, il vit qu'il diminuait le cours du sang dans la veine : il comprima plus exactement , et le cours du sang diminua davantage ; enfin , il intercepta complètement le passage du sang dans l'artèi'e , et alors non-seulement le sang cessa de sortir par la veine, mais celle-ci ne se débarrassa même pas du sang qu'elle renfermait à son intérieur: la compression ayant été suspendue, aussitôt le liquide se remit en mouvement. Que manquait-il donc à ce sang pour circuler, quand l'artère était comprimée? Evidem-
ment c'était l'action du cœur, puisque toutes les autres causes qui peuvent foire voyager le sang dans les veines étaient laissées intactes.
Ajoutons à cette expérience le phénomène saccadé de la saignée, qui dénote encore d'une manière incontestable l'action du cœur sur le sang que renferment les veines. Il est vrai que M. Coudret , qui a fait de cet objet la matière de sa disser= tation inaugurale, a publié que la sortie en jet saccadé du sang hors d'une veine, n'était pas due à l'action du cœur, mais à celle des artères, puisqu'elle se produisait pendant la systole desartères, et non pendant celle des ventricules. Mais si nous rappelons ici que les pulsations des artères elles-mêmes ne sont pas parfaitement isochrones aux contractions du cœui-, et qu'elles s'opèrent à un intervalle d'autant plus long qu'elles sont elles-mêmes plus éloignées du cœur^ fait qui a été bien constaté par M. Despinc, nous comprendrons aisément comment la saccade dans la veine peut être consécutive au pouls artériel, et cependant reconnaître encore pour cause l'impulsion directe communiquée au sang par les mouvemens du cœur.
Nous ne voulons pas nier pour cela l'action des artères sur le cours du sang veineux 5 nou.^ pensons au contraire que cette action est assez proiioncée, et que son énergie est proportionnelle à la force élastique et à la contractiliié propre de leurs parois.
Quant aux capillaires, bien que la nature de leur contraction soit peu connue, on ne peut douter
55o DE LA CIRCULATION.
qu'ils n'ajoutent quelque chose à l'impulsion que le sang a reçue du cœur et des artères. Le resserrement qu'ils éprouvent tend plutôt à chasser le sang vers les veines que vers les artères, puisque celles-ci sont moins extensibles , et que d'ailleurs elles sont parcourues par ce fluide de manière à empêcher tout reflux des capillaires vers leur propre cavité.
Les veines n'étant pas extensibles indéfiniment, et recevant toujours de nouvelles quantités de sang par leurs radicules, la circulation veineuse pourrait à la rigueur être expliquée par les agens que nous venons d'examiner ; mais ce vis à tergo n'est pas la seule cause du cours du sang dans les veines.
I*. Ces vaisseaux renferment des fibres longitudinales de tissu jaune , élastique , moins épaisses que dans les artères , et qui sont plus prononcées dans les veines superficielles que dans les profondes. Nul doute que le tissu élastique ne remplisse ici les mêmes usages que dans les artères, et qu'il ne tende à ramener à son calibre ordinaire une veine distendue par trop de sang,
2°. Quelques physiologistes admettent une contractilité analogue à celle des artères, et p.^ jt-être même plus prononcée, car il existe des fibres musculaires dans l'épaisseur des parois de plusieurs veines : ces fibres sont très-apparentes dans la veinecave inférieure de l'homme. Pour prouver la contractilité des parois des veines, Béclard a fait une expérience semblable à celle qu'il avait faite sur les artères. Ainsi, sur deux veines appartenant l'une
à un animal mort, l'autre à un animal vivant, il a intercepté une certaine quantité de sang entre deux ligatures; puis, ayant fait une ouvertui'e aux deux vaisseaux , il a remarqué que le sang s'élançait avec plus de force de la seconde que de la première, et que la veine vivante se vidait plus complètement que l'autre. Meckel dit aussi avoir vu , dans certaines expériences, les veines agitées de mouvemens contractiles très-évidens.
3°. La compression exercée sur les parois des veines par les organes voisins concourt à faciliter la progression du sang dans ces vaisseaux. Ainsi, la peau presse par son élasticité sur les veines souscutanées; son action est aidée dans quelques cas par des moyens artificiels^ tels que des bandes, des bas lacés. Ainsi, les aponévroses d'enveloppe compriment passivemiCnt les veines profondes; les contractions des muscles v joignent par intervalles une compression active. On professe généralement que celte compression met un obstacle au cours du sansT dans les veines profondes et intermusculaires, et force ce liquide à refluer vers les veines superficielles. Nous pensons au contraire que pendant ce temps la circulation veineuse est accélérée à la fois dans les unes et les autres. Du reste, la présence des valvules permet très-bien de se rendre compte de l'influence de la compression sur la circulation dans les veines. Nous ne reviendrons pas ici sur l'explication de ce fait, que nous avons déjà donnée à propos du cours de la lymphe dans ses vaisseaux; nous ferons seu-
lement remarquer que la grande quantité de valvules dont sont garnies les veines profondes des membres, et que, dans de nombreuses recherches, nous avons reconnu être au moins aussi abondantes que celles des veines superficielles , vient à l'appui de l'opinion que nous venons d'émettre, que la contraction musculaire, et la compression qui en résulte, n'entravent point le cours du sang dans ces veines profondes. Lesvalvulesremplissentun second usage non moins important, et que nous avons fait connaître en parlant de la structure anatomique du système veineux.
Les valvules se rencontrent d'ordinaire là où deux veines s'abouchent ensemble, ou dans le lieu d'insertion d'une petite sur une grosse. Il y a cependant des points du système veineux dans lesquels on ne trouve pas de valvules. Ainsi, la veine-porte, la veine-cave inférieure ^ en sont dépourvues; l'azygos également, quoiqu'on ait dit qu'elle en renfermait une ou deux; il n'y en a pas non plus dans les veinés rachidiennes, les veines du crâne, celles du cerveau, les canaux veineux des os, les veines des reins, du poumon. Mayer dit que les valvules des veines pulmonaires sont nombreuses et faciles à voir, et il s'étonne qu'on ne les ait pas encore décrites; mais M. Bérard , qui s'est livré à quelques recherches à ce sujet , n'a jamais vu autre chose qu'un éperon assez saillant au lieu où deux veines se réunissent : c'est là sans doute ce qui en a imposé à M. Mayer. il y a quelques différences relatives au
sexe pour certaines veines : ainsi, les valvules des veines spermatiques sont plus abondantes que celles des veines correspondantes de la femme, etc.
4°- Le cours du sang est encore favorisé par les anastomoses, non comme pouvant donner une impulsion plus forte au cours du sang veineux, mais comme fournissant une voie de dérivation facile à ce liquide, lorsqu'un obstacle se trouve situé sur le trajet de la veine dans laquelle il circule. La plus remarquable de ces anastomoses est sans contredit celle qui existe entre la veine-cave supérieure et l'inférieure par l'intermédiaire de l'azygos , qui s'abouche en bas, soit dans la veine-cave directement, soit indirectement par la veine rénale, ou une veine lombaire.
Les obstructions si fréquentes de l'organe hépatique eussent opposé un obstacle funeste au retour du sang qui vient des parties inférieures par la veine-cave ascendante , si ce gros tronc veineux n'entretenait, par le moyen de la veine azygos, une communication large et facile avec !a veinecave descendante ou supérieure. Cette anastomose des deux grandes veines, au moyen de l'azygos, a bien évidemment pour usage de faciliter le passage du sang de l'une dans l'autre de ces veines , lorsque l'une d'elles, et surtout l'inférieure, se dégorge difficilement dans l'oreillette droite. Aussi l'azygos est-elle à la fois et très-dilatable, et complètement dépourvue de valvules. Remplie de sang, son volume égale celui du petit doigt sur le cadavre d'un
homme ouvert aujourd'hui sous mes yeux , et dont le foie engorgé présente un volume double du naturel 5 ses terminaisons en bas dans la veine rénale droite, et en haut dans la veine-cave supérieure, près de l'endroit où elle s'ouvre dans l'oreillette, sont on ne peut plus marquées ; et soit qu'on la comprime en promenant le doigt sur elle de haut en bas , ou de bas en haut, on fait passer le liquide dans l'un ou dans l'autre de ces deux vaisseaux. Ajoutons que la science possède déjà un assez bon nombre de cas, dans lesquels on a trouvé la veinecave inférieure entièrement oblitérée. Alors l'azygos était aussi grosse que l'est d'ordinaire la veine-cave inférieure; les veines rachidiennes, et quelques tégumenteuses abdominales doivent, dans ces cas, prendre une part assez grande au rétablissement de la circulation.
5°. Mais la cause la plus influente du mouvement du sang dans un certain nombre de veines que nous allons connaître, est due aux mouvemens de la respiration; c'est un point fort important de la circulation veineuse, sur lequel nous devons nous arrêter quelque temps. Les premiers faits relatifs à celte question ont été publiés par Valsava. En faisant sur un chien des expériences dans lesquelles la veine jugulaire était à découvert , il s'aperçut qu'à chaque inspiration la veine s'affaissait, et que ses parois s'aplatissaient; il mit son doigt sur la veine tuméfiée, et, pendant l'inspiration, ses parois s'affaissèrent encore au-dessous de la compression , quoique
l'impulsion a tergo fut interceptée par son doigt: il en conclut que l'inspiration avait pour résultat de faciliter l'entrée du sang dans la poitrine. Morgagnî fit les mêmes expériences, et obtint les mêmes résultats, excepté dans un cas où il lui sembla voir un phénomène inverse.
Haller a fait aussi des expériences à ce sujet, et il a vu que, pendant l'inspiration, les veines du cou pâlissaient, et qu'elles étaient traversées plus rapidement par le sang. M. Magendie a rais un tube dans la veine jugulaire d'un animal , et il a vu l'air s'introduire par ce tube jusque dans la cavité de la veine. Ces faits en étaien t restés là , et , pour les expliquer, on admettait que pendant l'inspiration les vaisseaux du poumon étant déplissés, le sang traversait cet organe avec plus de facilité , en sorte que les cavités droites du cœur se vidant plus librement, admettaient aussi avec plus d'abondance le sang des veines environnantes, lorsque M. Barry, physiologiste anglais, reprit ces travaux et découvrit qu'on avait donné une explication fautive de cette expérience, et que l'inspiration avait sur le cours du sang une action plus énergique que celle qu'on lui avait jusqu'alors attribuée. M. Barry démontra que l'action de la poitrine était une action d'aspiration sur le sang; qu'ainsi il n'y avait pas seulement obstacle levé au cours du sang pendant l'inspiration , mais encore attraction exercée sur ce liquide. Pour le prouver, il engage un tube dans la veine jugulaire d'un chien , et fait plonger l'autre
extrémité du tube dans une cuve d'eau , et bientôt il s'aperçoit que pendant l'inspiration le liquide monte dans ce tube contre son propre poids: il est bien évident que l'inspiration doit avoir un pareil effet sur le sang contenu dans les veines. Voici comment M. Barry explique ce phénomène : la poitrine, en se dilatant, sollicite non-seulement l'entrée de l'air dans sa cavité , mais encore celle de tout fluide qui par des conduits ouverts peut passer de l'extérieur à l'intérieur de la poitrine. Or, dit M. Barry, les deux lames du médiastin dans lesquelles le cœur est logé font l'effet d'un soufflet qui s'agrandit de haut en bas par l'abaissement du diaphragme, et d'avant en arriére par la projection en avant du sternum pendant l'inspiration : ce soufflet a pour canal d'aspiration les deux veines-caves, et pour canal de décharge l'artère pulmonaire et l'aorte.
On a fait à celte théorie des objections; mais, avant de les discuter, faisons remarquer que le fait de l'aspiration est prouvé par l'ascension du liquide dans le tube; chose principale dans la question qui nous occupe, puisque nous recherchons l'influence de l'inspiration sur le cours du sang dans les veines: aussi ces objections ne peuvent s'adresser qu'à l'explication du mécanisme de l'aspiration. Cependant on a voulu nier le fait, et l'on a dit que si le sang était aspiré pendant l'inspiration , l'oreillette ne pourrait se contracter deux ou trois fois pendant chaque mouvement rcpiratoire , car les contractions ne s'accorderaient pas avec Taction expansive
du soufflet aspirateur. Mais d'abord, l'action aspiratricedu.médiastin ne peut être révoquée en doute, puisqu'en mettant un tube dans le médiastin, et plaçant l'autre extrémité du tube dans l'eau , on voit pendant Tinspiratiou l'eau s'élever dans le tube à une certaine hauteur; en outre, les contractions de l'oreillette sont peu apparentes; de plus, le sang peut s'accumuler dans le sinus qui sépare ou réunit les deux veines-caves, et dans la portion de ces veines placées dans le médiastin. On a objecté encore que le fœtus sans respiration ne pouvait participer d'une pareille cause de circulation ; mais si la circulation veineuse du fœtus est privée de cet auxiliaire, cela ne prouve pas son inefficacité chez l'adulte ; la seule conclusion à en tirer, c'est que les causes précédemment examinées de la circulation veineuse suffisent pour que celle-ci s'accomplisse chez le fœtus.
Mais M. Barry s'est trompé quand il a prétendu que cette action d'aspiration s'étendait jusqu'aux extrémités du système veineux, et même dans les capillaires; en sorte qu'une ventouse, par exemple, ne s'opposerait à la circulation capillaire et à l'absorption que parce qu'elle soustrairait à l'action de la pression atmosphérique les liquides dont l'aspiration est sollicitée par la dilatation du médiastin: la plus simple notion de physique suffit pour faire reconnaître cette erreur. On sait en effet que si on aspire le liquide contenu dans des tubes à parois molles, l'aspiration ne s'étendra qu'à une petite distance dans ces tubes, parce que la pression at-
mosphérique aura tout autant de tendance à appliquer les parois dépressibles du tube les unes aux autres, qu'à faire circuler le liquide à leur intérieur. Or, ce cas est toul-à-fait applicable aux veines qui constituent des tubes à parois dépressibles. M. Poiseuille, qui a répété les expériences de M. Barry, et a de nouveau constaté l'action d'aspiration de la poitrine pendant l'inspiration, a bien démontré que cette aspiration ne s'étendait pas fort loin de la poitrine: ainsi, en plaçant ce même instrument dont il s'est servi pour mesurer la force d'impulsion du sang artériel dans plusieurs veines, il a reconnu que le liquide montait beaucoup dans le tube placé dans la veine-cave supérieure; qu'il montait moins, le tube étant dans la veine jugulaire; qu'il montait moins encore quand le tube était dans une veine de la tète; qu'enfin il n'y avait plus aucune action aspirante dans la veine crurale.
Mais personne avant M. Bérard aîné (i) n'avait recherché le rapport qui existe entre la disposition anatomique de certaines veines, et l'action aspirante de la poitrine; il a démontré que beaucoup déveines des environs de la poitrine, et même de parties assez éloignées, étaient transformées en tubes à parois non dépressibles, par l'adhérence de leur surface externe à des parties qui ne peuvent se laisser déprimer. Ainsi, la jugulaire est fixée sur la première côte, et derrière le sternum et la clavicule; ainsi ,
(i) Voir Arch. gén. de Mêd., juin i83o.
DE LA CIRCULATION. SSg
l'asillaire, jusque dans le creux de l'aisselle, est tendue en tous sens par des plans fibreux qui rattachent aux côtes et à la clavicule; ainsi, la jugulaire ne se peut affaisser, à cause des feuillets de l'aponévrose cervicale; ainsi, les veines sus-hépatiques adhèrent intimement au parenchyme solide du foie^ etc. , etc. Quelle conclusion tirer de pareille disposition? C'est que les veines qui s'abouchent directement dans les veines-caves , semblables à des tubes incompressibles, ne peuvent être affaissées complètement au moins par la pression atmosphérique, quand le vide se fait dans la poitrine; qu'ainsi, ellesdoivent transmettre à unedistance assez grande du cœur l'action aspirante qu'exerce sur le sang veineux la dilatation du médiaslin.
M. Bérard jeune a substitué à l'explication dé M.Brîrry, sur la dilatation du médiastin , une autre théorie égalementempruntée aux lois de la physique, et qui repose sur une base plus large que la précédente. La voici : la poitrine, en se dilatant pendant l'inspiration, tend à faire le vide dans son intérieur; mais cette cavité communique avec l'extérieur par plusieurs ouvertures que traversent des conduits à parois toujours écartées. Ainsi , nous trouvons des ouvertures de communication par la trachée, les veines-caves, ouvertures parcourues par des fluides sur lesquels la pression atmosphérique peut exer^ cer son action. Il en résulte que, pendant la dilatation de la poitrine, la pression atmosphérique fera entrer dans cette cavité, d'une part, de l'air par le
56o DE LA CIRCULATION^.
conduit de la trachée-artère, de l'autre, du sang par les veines-caves supérieure et inférieure; et la proportion de ces deux fluides sera en rapport avec la facilité que les organes dans lesquels ils seront introduits auront à se laisser eux-mêmes distendre. Ces organes, danslesquels ces fluides s'introduisent, sont, d'une part, le poumon; de l'autre, la por= tion thoracique des veines-caves, deî'azygos et l'oreillette droite. Or, nous verrons combien le poumon est doué d'élasticité; combien , par conséquent, il doit résister à cette pression excentrique de l'air pendant l'inspiration : au contraire, les parois des vaisseaux dont je viens de parler sont facilement extensibles. La pression atmosphérique devra donc faire entrer pendant l'inspiration le sang veineux dans ces cavités avec plus de facilité encore que n'en a l'air extérieur à pénétrer dans le poumon.
Quelle est l'influence de l'expiration sur la circulation veineuse? M. Magendie pense que l'expira= tion, en accélérant le cours du sang artériel par la pression que la diminution de la poitrine exerce sur les artères , doit accélérer le cours du sang veineux : une expérience bien simple lui sert à en faire la démonstration. Qu'on lie, dit-il, une veine du cou, le sang s'accumule au-dessus de la ligature , et l'on voit la veine se gonfler sensiblement pendant l'expiration. M. Poiseuille admet que pendant l'expiration le sang renfermé dans les veines de la poitrine , comprimé par le resserrement de cette cavité , et soutenu à l'extérieur par d'autres colonnes de sang
jusqu*aux valvules, doit passer en plus grande quantité par roreillctte. Cette opinion est tout-à-fait admissible; elle est à cette partie de la circulation l'application de ce que nous avons dit au sujet de la compression sur les veines et les lymphatiques profonds des membres.
LXIII. Faisons à plusieurs points de physiologie et de pathologie l'application des données que nous venons d'acquérir.
1°. Causes du pouls veineux. Elles tiennent, les unes, aux contractions du cœur, les autres, aux mouvemens de la poitrine. A chaque resserrement de l'oreillette droite, une partie du sang qu'elle contient est refoulée dans les veines qui s'y dégorgent; la dilatation s'étend à plusieurs veines superiicielles, et devient parfois très-apparente; elle est immédiatement suivie d'une diminution dans le calibre de la veine , au moment où l'oreillette se dilate pour se reproduire à une nouvelle contraction : aussi compte-t-on autant de pulsations veineuses qu'il y a de contractions du cœur. La diminution de grandeur de la poitrine, qui correspond à l'expiration, entraîne la tuméfaction des veines voisines du cœur : d'une part, à cause du passage plus rapide du sang des artères dans les veines; de l'autre^ parce que l'action d'aspiration exercée par les pajl^is de la poitrine est alors suspendue. ]Le gonflement de la veine est d'autant plus marqué que l'expiration est plus longue : on conçoit que rinspiration doit le faire disparaître, et que les puU I. 36
sations veineuses sont ici en rapport avec ie nombre des mouvemens respiratoires.
2°. Mouvemens de Taxe cérébro-rachidien.
En 1755, un homme célèbre, Schilliting aperçut les mouvemeus du cerveau. Ces mouvemens furent d'abord attribués à une propriété contractile de la dure-mère ; plus tard , on reconnut qu'ils avaient du rapport avec les battemens artériels, lorsque, songeant aune expérience de Valsalva, on s'aperçut qu'ils étaient en rapport avec les mouvemens de la respiration , et l'on n'admit bientôt que cette dernière cause des mouvemens du cerveau. Aujourd'hui , on sait qu'ils sont de deux espèces : les uns isochrones aux battemens du cœur; les autres isochrones aux mouvemens respiratoires. Le choc des artères à la base du cerveau produit les premiers; les seconds sont dus à la stase du sang veineux dans la boîte du crâne pendant l'expiration; d'où la turgescence du cerveau , qui s'affaisse par la déplétion des vaisseaux dans l'inspiration. Ces mouvemens, très-marqués aux fontanelles de l'enfant, dans les cas de trépan, de fracture du crâne , avec séparation des fragmenS;, de tumeurs fongueuses de la duremère, existent-ils quand la boîte osseuse du crâne est complète? On peut le penser, et alors, à chaque expansion de la masse encéphalique, il doit y avoir reflux du liquide céphalo-rachidien de l'intérieur du crâne dans le rachis, et expression de tout le sang que contiennent les sinus de la dure-mère. Bes mouvemens analogues ont été observés sur la
moelle épinière; ils reconnaissent les mêmes causes. On peut voir dans l'ouvrage de M. Oilivier des cas de spina-bifîda, de dénudation de la moelle, dans les expériences j pendant lesquels la moelle ou la tumeur étaient agitées de mouvemens d'élévation et d'abaissement isochrones, les uns à ceux du pouls, les autres à ceux de la respiration.
3°. Itijluence sur les opérations. Si on ouvre une veine, et que la respiration soit gênée ^ le sans;sort en abondance par l'ouverture de la veine. Depuis long-temps les chirurgiens ont remarqué que les mouvemens réguliers de la respiration sont le meilleur moyen pour diminuer, et même supprimer une hémorrhagie fournie par des veines dont il est difficile ou dangereux de faire la ligature. On sait encore que quand on fait la trachéotomie, les veines du cou sont énormes 5 car la cause qui réclame cette opération est ordinairement un obstacle à la respiration; que les plus légères entailles des veines donnent lieu à une hémorrhagie abondante, mais qu'aussitôt le but de l'opération atteint, l'écoulement du sang cesse avec le retour de la liberté de la respiration.
Enfin, certaines opérations pratiquées aux environs de la poitrine ont quelquefois été suivies d'une mort si prompte que le chirurgien n'a pas même eu le temps d'atteindre le but qu'il s'était proposé. La cause d'un si terrible accident consiste dans l'introduction de l'air extérieur dans les veines : il suffit alors de quelques bulles d'air pour entraîner la
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mort. Ce n'est pas ici le lieu de rechercher comment ce fluide élastique mêlé au sang veineux peut à l'instant suspendre les batteraens du cœur; ce qui nous importe de faire connaître, c'est le mécanisme de l'entrée de l'air dans certaines veines. Deux conditions sont pour cela nécessaires : i° l'aspiration exercée par la dilatation de la poitrine; i° l'adhérence de la veine blessée aux parties qui l'environnent ç et qui maintient les lèvres de la plaie béantes : alors on comprend que l'air atmosphérique a tout autant de tendance à se précipiter par cette ouverture et le canal veineux qui lui fait suite , jusque dans la poitrine , qu'à y descendre par ses voies naturelles. On pourra, pour plus de détails, consulter à ce sujet un traité de M. Bérard , ayant pour titre : Mémoire sur un point d'anatomie et de pathologie du système veineux. {Archives générales de Médecine. Juin , i83o.)
Aux causes de la circulation dans les veines que nous avons fait connaître, il faut encore ajouter la pesanteur qui, dans certains points, sollicite le retour du sang vers le cœur : c'est ce qui existe pour la plupart des veines de la tête et du cou dans la position verticale. Celte action ne peut être mise en doute; car il suffit d'examiner les veines sous-cutanées du membre supérieur dans plusieurs positions différentes, pour la constater.
M. Carson a voulu nier l'influence de la pesanteur, en disant que si le sang remonte dans une veine, il descend dans l'artère correspondante; ce qui neu-
tralise l'action delà pesanteur. Cette proposition, qui serait vraie si les tubes vasculaires étaient comme des tubes inertes et solides, est complètement fausse quand il s'agit des artères et des veines; et d'ailleurs^, que peuvent ces raisonnemens contre les faits qui chaque jour démontrent que le sang circule lentement, péniblement, quand il revient dans les veines contre les lois de la pesanteur.
LXIV. Arrêtons-nous un moment sur les deux cercles que parcourt le sang dans son double trajet au travers des capillaires du poumon , et de ceux de tout le reste du corps. Ces cercles se distinguent en grand cercle qui comprend le ventricule droit, l'aorte, les capillaires généraux, les veines et l'oreillette droite ; et en petit cerclequi comprend le ventri-" cule droit, l'artère pulmonaire, les capillaires pulmonaires, les veines pulmonaires et l'oreillette gauche. Ils diffèrent l'un de l'autre à plusieurs égards. i°Dans le grand cercle, presque partout, les veines sont plus grosses, soit absolument, soit par leur nombre, que les artères auxquelles elles correspondent. Il n'en est pas de même du petit cercle. Les uns ont dit que les veines pulmonaires étaient moins grosses, d'autres plus grosses, d'autres de même calibre que les artères pulmonaires; cela nous prouve que la différence de capacité doit être faible : d'où il résulte que le sang circule avec plus de rapidité et d'uniformité dans les veines pulmonaires que dans les divisions des veines-caves. 2° Dans le grand cercle, les capillaires varient en quantité et en forme dans
chaque organe, comme nous le dirons en parlant de la nutrition; dans le poumon, au contraire, les capillaires sont disséminés d'une manière uniforme. Du reste, il y passe autant de sang dans un temps donné que dans les capillaires généraux; d'où l'on a conclu à tort qu'ils renfermaient autant de sang que ces derniers; car c'est comme si l'on disait qu'une section de l'origine de l'aorte, que dans un temps donné traverse une certaine quantité de sang, était aussi capace qu'une section d'égale longueur des divisions de l'aorte que traverse dans le même temps une égale quantité de liquide. Mais si ces capillaires ont moins d'étendue que ceux du reste du corps , le sang doit les parcourir avec plus de rapidité. On conçoit difficilement que cette proposition ait pu être contestée par des physiologistes recommandabîes et versés dans les connaissances physiques s c'est dans ces deux systèmes capillaires que le sang éprouve les changemens remarquables que nous avons indiqués. 3° La respiration exerce une action bien évidente sur le. cours du sang artériel et veineux de la grande circulation. A-t-elle quelque influence sur celui du petit cercle? Des physiologistes Font pensé; ils ont dit que pendant l'inspiration les vaisseaux du poumon étaient déplissés, et qu'alors ils étaient plus facilement traversés par le sang; d'où résultait une circulation plus active de tout le petit cercle. M. Defermon , loin de considérer l'inspiration comme favorable au passage du sang au travers des capillaires du poumon,
prétend au contraire avoir constaté, par des expériences, que le sang stagne dans ces capillaires pendant le temps de la respiration ; et le but de ce retard est , selon lui, de faciliter le contact prolongé de l'air atmosphérique avec le sang, afin que celui-ci soit mieux hématose.
Au double cercle que nous venons d'examiner Bichat en a opposé un seul : il fait remarquer que le système des vaisseaux du poumon , en y joignant même les cavités du cœur qui en dépendent, ne représente pas un cercle entier; que ce n'est qu'un segment, ou mieux un arc dans le grand cercle de la circulation générale. En parcourant la circonférence de ce grand cercle, le sang rencontre tous les organes placés, comme autant d'intersections, leîong des vaisseaux qui le constituent. Pour simplifier l'idée qu'on doit s'en former, on peut réduire ces intersections a deux principales : l'une d'elles répond aux poumons , l'autre à tout le reste du corps. Les veines, les cavités droites du cœur, et l'artère pulmonaire avec ses divisions, forment la moitié de la figure circulaire; les veines pulmonaires, les cavités gauches du cœur, l'aorte et toutes ses branches, en figurent l'autre moitié. Les vaisseaux capillaires du poumon en occupent l'un des points d'intersection, et les capillaires de tous les autres organes remplissent l'autre point, en unissant ensemble les artères et les veines de tout le corps, comme ceux des poumons établissent la jonction entre les artères et les veines de ces organes.
Quel temps faut-il pour qu'une molécule de sang fasse le tour des cercles circulatoires dont nous avons parlé ? La solution d'une pareille question est difficile à donner. Ce qu'il y a de certain , c'est que ce double tour n'est pas accompli dans le même temps par toutes les molécules du sang h la fois. Pour la grande circulation^ en effet j il y a des cercles de toutes grandeurs : les plus grands sont formés par les vaisseaux qui du cœur se rendent à l'extrémité du gros orteil , et de ce lieu reviennent au cœur; les plus petits comprennent les premières branches artérielles qui se détachent de l'aorte pour entrer dans les parois du cœur, cercle complété par les veines qui des parois du cœur reviennent à l'oreille ttedroite : entre ces deux extrêmes on trouve tous les cercles intermédiaires. Or, il est évident que les molécules du sang engagées dans ces différens cercles reviendront d'autant plus tôt au cœur qu*elles parcourront des cercles plus petits. Les cercles de la petite circulation ayant au contraire tous la même longueur ou à peu près, les molécules du sang qui les parcourent doivent achever ce circuit dans le même espace de temps. Les expériences faites par différens physiologistes qui ont placé dans le sang d'une veine une substance facile à reconnaître par des réactifs chimiques, ont en outre prouvé que le double circuit parcouru par le sang devait être promptement accompli, puisqu'ils ont, au bout d'un temps fort court, re-
trouvé les substances dans le sang d'autres veines et dans les urines de l'animal.
Outre la circulation générale dont nous venons d'exposer les lois et de décrire les phénomènes, on peut dire que chaque partie a sa circulation particulière plus ou moins lente ou rapide, suivant la disposition et la structure de ses vaisseaux. Chacune de ces circulations particulières forme autant de rouages compris dans le grand cercle de la circulation générale, et dans lesquels le cours du sang se fait d'une manière différente, peut être accéléré ou retardé, sans que la grande circulation s'en ressente. La circulation ne se fait point dans le cerveau comme dans les poumons, dans ceux-ci comme dans les viscères du bas-ventre.
LXV. Quels sont les usages de la circulation? Comme nous l'avons rappelé en commençant l'histoire de la circulation, ses organes sont spécialement destinés au transport mécanique des humeurs : les changemens,les altérations que le sang éprouve en parcourant les organes, il ne les subit qu'au moment où, pénétrant leur tissL],il se répand dans les vaisseaux capillaires qui s'y distribuent. Alors ses colonnes sont assez déliées pour que l'action vitale puisse modifier sa nature. Jusque-là elles avaient trop d'épaisseur , et résistaient, si l'on peut ainsi dire ^ par leur masse, aux changemens de composition. C^estdonc dans les vaisseaux capillaires que le sang reçoit ou dépose les principes nécessaires; et pour voir com-
ment la lymphe liomTicière, déposée par îe canal thoracique dans la veine sous-clavière gauche j éprouve, en parcourant le système des vaisseaux sanguins, les transformations qui doivent la rendre semblable à notre propre substance , il est nécessaire de la suivre dans le sang veineux auquel elle se mêle , jusqu'au cœur dont elle traverse la moitié droite, pour aller dans le poumon se combiner avec l'air atmosphérique, au sein duquel nous puisons sans cesse un autre aliment indispensable à la vie; puis examiner comment, modifiée et portée avec le sang rouge du poumon dans tout le corps, elle sert aux sécrétions et à la nourriture de toutes les parties.
En étudiant ainsi le mouvement circulaire du sang , sous ie rapport des changemens qu'il éprouve dans les organes qu'il doit traverser pour décrire ce mouvement, nous verrons ce fluide, enrichi par le mélange de la lymphe et du chyle, se dépouiller, dans le poumon , de quelques-uns de ses principes, en même temps qu'il s'imprègne de la portion vitale de l'atmosphère , qui change tout à coup sa couleur et ses autres propriétés; couler ensuite dans toutes les parties pour leur disséminer la calorification , entretenir leur énergie, réveiller leur action^ et leur fournir les matériaux des humeurs qu'elles préparent , ou les molécules à l'aide desquelles elles doivent se réparer ou s'accroître ; de manière qu'en arrosant ainsi tous les organes, le sang perd toutes les qualités qu'il avait acquises par le mélange du
DE LA CIRCULATION. 5']l
chyle et de l'air vital , se dépouille des principes auxquels il devait sa couleur, et revient noir, pour se réparer de nouveau par le mélange de la lymphe et par l'absorption de la partie vitale de l'air atmosphérique, phénomène principal de la fonction qui va faire le sujet du quatrième chapitre.