DE l'absorption
à cette couche qu'un cadavre doit de rester humide^ malgré la sécheresse de l'air ambiant; c'est à cette couche qu'est due l'accumulation de sérosité entre l'épiderme et la peau à la suite de l'application d'un \ésicatoire. Mais ces faits prouvent seulement que l'épiderme ne se laisse pas pénétrer de dedans en dehors. En est-il donc de même pour la perméabilité de l'épiderme en sens inverse, et ce corps oppose-t-il une barrière à Tabsorption cutanée? Ces premières réflexions rapprochées de celles qui ont été faites à l'occasion des absorptions accidentelles par des surfaces morbides des plaies, nous permettent d'éliminer de la question toutes les observations d'absorption dans lesquelles l'épiderme a été intéressé, puisqu'alors ce n'était plus sur une surface cutanée saine, mais sur une surface morbide, que les substances étaient placées; et l'on pressent qu'alors l'absorption devait en être facile. Les partisans de l'absorption ne peuvent donc plus invoquer l'inoculation du vaccin , celle du venin de la vipère par une plaie si peu profonde, qu'elle ne fournissait pas même de sang, les frictions faites rudement et avec des corps rugueux, etc.
Cependant il est certain qu'on guérit des maladies en appliquant sur la peau saine et revêtue de son épidémie, des médicamens qui ne peuvent agir qu'après avoir été absorbés. De là la médecine iatraleptique, sur laquelle MM.Brera^ Chrestien, Chiarenti , etc. , ont lu des mémoires à l'Institut. MM. Duméril et Alibert ont constaté l'exactitude des faits
DE l'arsorption, 385
indiqués par ces médecins. Mais ces médicamens, en contact avec l'épiderme, ne paraissent être ab- ^sorbés qu'après avoir altéré celui-ci; et en effet, Seguin a fait des expériences avee des substances différentes qu'il plaçait en petite quantité à la surface de la peau sous des verres de montre , et il a remarqué , par la diminution du poids , que ces substances étaient absorbées en proportion de leur action altérante sur l'épiderme. On en peut dire autant des expériences faites par Lebkuchnerj à la suite desquelles on retrouvait dans les couches profondes de la peau, et quelquefois au-dessous, les substances avec lesquelles on avait frotté la peau; car les substances employées à ces frictions étaient irritantes et devaient altérer l'épiderme. Nous conclurons de - là que la médecine iatraleptique, médecine très-efficace comme moyen d'introduction des médicamens, sans agir directement sur les viscères intérieurs, médecine que favorisent les frictions faites avec des corps gras, n'éclaire en aucune façon le point de physiologie qui nous occupe , pas plus que les inoculations qui résultent de l'application d'une substance sur la surface de la peau dépouillée de son épidémie.
Seguin s'applique encore à combattre les conclusions favorables à l'absorption cutanée , tirées des faits suivans : i° Simson dit avoir mis ses pieds dans l'eau , et avoir vu diminuer promptement le niveau. 2° Mascagni, ayant également mis ses pieds dans l'eau, a senti, au bout de peu de temps, les gan-
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glions de l'aine sensiblement tuméfiés. 3° Certaines personnes augmentent très-rapidement de volume dans un air humide, ù^ Enfin on dit avoir calmé la soif, à bord d'un navire où l'on manquait d'eau potable, en couvrant le corps avec des linges humides. Quoique plusieurs de ces faits soient peu probans, Seguin est peut-être trop exclusif en les considérant tous comme de nulle valeur. C'est à tort aussi qu'il conclut h la non-absorption , en voyant le poids du corps n'être ni augmenté ni diminué par le bain. Seguin a raisonné d'après celte idée, que les sécrétions sont suspendues pendant le bain , chose complètement fausse, car l'exhalation cutanée est souvent fort active dans le bain. Il à donc pu y avoir absorption ; et s'il était permis de conclure des animaux inférieurs à l'homme, je dirais que celte absorption est démontrée, puisqu'elle s'est manifestée de la manière la plus active sur des grenouilles, des îézards, des couleuvres, dans des expériencçs parfaitement faites par M. Edwards. Il esldonc probable que la peau absorbe accidentellement certains fluides, sans que son épidémie soit alléré.
Y a t-il absorption de gaz par la peau? L'odeur de violette que contractent les urines d'un individu qui a traversé un appartement peint récemment avec l'huile essentielle de térébenthine, prouve que les substances gazeuzes sont absorbées par la peau aussi bien que les fluides, et peut-être avec encore plus de promptitude et de facilité. On s'assure que ce n'est point par la surface d'où s'exhale la transpira-
DE l'absorption. 887
tion pulmonaire, que rabsorptionalieu,ense tenant quelque temps dans un appartement fraîchement peint, et en respirant l'air du dehors au moyen d'un tuyau qui passe au travers de l'une des croisées fermées avec exactitude, de manière qu'il n'y ait point de communication entre l'air extérieur et celui de la chambre close de toutes parts.
Des observations de même nature ont été faites par Bichat et Chaussier. Le premier, en séjournant dans un laboratoire d'anatomie rempli de miasmes et d'émanations de cadavres, mais respirant exclusivement l'air du dehors par le moyen d'un tube, s'est assuré que les gaz intestinaux qu'il rendait au bout de. quelques heures, avaient contracté une odeur miasmatique de même nature que celle du milieu dans lequel il avait séjourné. Le second a fait périr plusieurs animaux, en les plaçant dans des gaz délétères, pendant qu'il leur faisait sortir la tète hors du vase dans lequel ils étaient situés.
XLIV. La fonction d'absorption , envisagée d'une manière générale, comprend plusieurs phénomènes qui peuvent être regardés comme des plus intéressans et des plus délicats de la physiologie.
La première question qui se présente est celle-ci: La substance absorbée éprouve-t-elle, de la part de l'agent qui opère l'absorption , une modification appréciable , toujours la même pour chaque espèce d'absorption ;, dentelle sorte que, quelle que soit la matière absorbée, le produit recueilli dans le vaia-
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seau absorbant soit d'une nature identique ou à peu près identique, étant toujours le résultat d'un travail accompli par les mêmes organes? ou bien celte matière absorbée n'a-t-elle fait que traverser les organes de l'absorption en partie ou en totalité, mais sans y éprouver aucune altération? Il faut le dire, ce point de physiologie offre, en quelques cas, une grande obscurité, et c'est le côté faible que les vitalistes exclusifs , partisans delà première opinion, offrent à leurs adversaires. Nul doute, en effet, qu'une grande partie des absorptions, toutes celles qui sont éventuelles, consistent dans le simple passage des substances absorbées de l'extérieur à l'intérieur des vaisseaux.
Mais, dans les absorptions non éventuelles, les faits sont bien difficiles à reconnaître. Certains physiologistes avancent que les liquides absorbés, se présentant toujours les mêmes dans les mêmes vaisseaux , il faut qu'ils soient le produit de l'action des agens de l'absorption.
Leurs adversaires répondent qu'on retrouve dans le sang les mêmes sels que ceux ingérés dans l'estomac; que les matériaux de la bile, de l'urine, arrêtés dans leurs couloirs, sont résorbés ainsi que le pus, et que ces matériaux se retrouvent alors dans le sang: mais ici on a affaire à des absorptions éventuelles, pour lesquelles la question est déjà résolue. Mais, si nous exceptons les cas où MM. Leuret et Lassaigne disent avoir trouvé du chyle en nature, avec leurs globules caractéristiques; à la surface
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des intestins, et ceux moins probans , où les villosités ont paru turgescentes de chvle déjà formé, nous restons dans une ignorance complète sur ce qui se passe dans les autres absorptions naturelles.
La seconde question qui se présente est celle du mécanisme de l'absorption. A l'époque où les lymphatiques furent reconnus comme étant les organes des absorptions j on imagina que ces vaisseaux s'ouvraient sur les surfaces d'absorption par des orifices particuliers^ doués d'une organisation spéciale, afin d'accomplir la fonction qui leur était dévolue. Celte idée fut fécondée par Bichat, l'ingénieux créateur des propriétés vitales de la sensibilité organique insensible, et de la contractilité de même nature. Cette théorie , publiée avec la chaleur de conception, l'élégance et la facilité d'élocution qui distinguaient Bichat , fut généralement admise, et les physiologistes se complurent à décrire la forme des orifices des lymphatiques , qu'ils comparèrent à un suçoir, ou à la bouche d'une sangsue. On disait que chaque orifice, doué d'une sensibilité et d'une force contractile particulière, se dilatait ou se resserrait , absorbait ou rejetait, suivant la manière dont il était affecté par les substances qui lui étaient appliquées. Chaque suçoir lymphatique, lorsqu'il se disposait à l'absorption, s'érigeait sur lui-même, entraîi^ait et soulevait les parties membraneuses qui l'environnent, formant ainsi un petit tubercule analogue à ceux des points lacrymaux, etc.
Mais avant de rechercher la forme des orifices ,
3do de l'aesorption.
les physiologistes eussent dû constater et démontrer Texistence de ces orificeS: Commençons par les rechercher dans le tube digestif. AseUi, le premier, imagina aux extrémités des vaisseaux chylifèrcs de petites têtes spongieuses destinées à pomper le chyle; Liebe. kiihn , le plus habile des anatomistes qui se sont occupés des villosités intestinales, admet que la surface de celles-ci présente un grand nombre d'ampoules spongieuses, ouvertes à leur sommet d'un orifice unique béant dans l'intestin , et percées à leur base de plusieurs trous, où viennent s'aboucher à la fois les extrémités des artères^ des veines et des lymphatiques. Hewson a vainement cherché la structure cellulaire et spongieuse décrite par Lieberkiihn ; mais il prétend avoir vu sur les villosités de plusieurs animaux, tels que des oiseaux, des grenouilles, etc., des vaisseaux lymphatiques, qui dans leur trajet offraient une ou plusieurs ouvertures dans l'intestin. Cruikshank a trouvé sur une femme morte cinq heures après un repas assez copieux^ le chyle gonflant les orifices nombreux des lymphatiques, et il les fit voir à Hunter. Meckel et Bleuland prétendent également avoir reconnu ces orifices.
Cependant Ruisch, dont les injections étaient si parfaites, regarde comme une prétention insoutenable la démonstration des orifices des lymphatiques. Rudolphi, Béclard, en rejettent fort loin l'existence. Meckel Je frère de l'auteur du Traité d'Jnatomie générale ^ descriptive et patholo-
DE l'absorption. Sgi
gique ^ ne Içs admet pas non plus; M. Cruveilhier a reconnu, ainsi qu'Hewson, le trajet des lymphatiques dans les viilosilés; mais il n'a pu découvrir manifestement leurs oi'ifices.
De toutes ces observations, il est permi's de conclure que le fait matciiei sur lequel repose l'absorption par des bouches absorbantes est au moins problématique, et ce, dans les lieux où il devrait être le plus facile de les apercevoir. Aijssi serait-ce bien vainement que l'on en chercherait ailleurs la présen ce, etCruikshanka-t-il complètement échoué dans des tentatives de ce genre qu'il a faites sur la muqueuse de la bouche et du pharynx. Nous ne pouvons considérer comme étant de quelque valeur les faits notés par Mascagni et par Cruikshank, ]e veux dire l'injection poussée par les lymphatiques du foie, et exprimée de ceux-ci par la pression du doigt, de manière à faire pleuvoir le mercure à la surface du foie , et le passage d'une injection des artères dans les lymphatiques. Donc , si l'orifice dm lymphatique ne peut être démontré, on doit considérer comme de pures fictions les suçoirs, qui prennent spontanément les matériaux de l'absorption , les portent au-dessus d'une valvule qui se soulève, et soutient ensuite cette première colonne absorbée, etc.
Relativement aux orifices veineux , il est certain que les injections que l'on pousse à l'intérieur dçs veines pleuvent avec facilité à la surface des intestins ; mais pas plus pour ces vaisseaux que pour les
Sga DE l'absorption.
lymphatiques, on n'a pu constater ni la forme ni la structure des orifices de communication.
II faut donc s'en tenir, dans l'état actuel de la science, à l'admission d'ouvertures de communications entre la surface sur laquelle l'absorption s'exerce^ et la cavité des vaisseaux dans lesquels se trouvent les substances absorbées (car autrement celles-ci ne pourraient y arriver^ la matière étant impénétrable); et il faut avouer en même temps que la disposition de ces ouvertures nous est complètement inconnue.
En examinant les moisissures aquatiques dont se couvrent certains végétaux, et qui sont sous forme d'ampoules pleines d'un liquide, M. Dutrochet s'aperçut qu'il y avait un mouvement continuel du liquide contenu à l'intérieur, pour se porter à l'extérieur au travers de la pellicule de l'ampoule, en même temps qu'un mouvement en sens inverse s'opérait pour le liquide placé à la surface externe de l'ampoule. Le même physiologiste examinant le prépuce imperforé des limaces rempli de sperme et placé dans l'eau, vit de noiiveau un double mouvement du sperme à l'extérieur du prépuce, et de l'eau à l'intérieur de celui-ci. Dans les deux cas, le passage de l'intérieur à l'extérieur fut moins abondant que le mouvement inverse. M. Dutrochet pensa que ce phénomène, qui s'accomplissait au travers des porosités des membranes, pouvait s'appliquer à tous ceux d'absorption et de sécrétion qui se passent dans les corps des animaux; il donna le nom d'endosmose à
DE l'absorption. SqS
l'imbibition du dehors au dedans, et celui d'exosmose au phénomène opposé, et remarquant qu'il n'y avait jamais équiUbre parfait entre les deux , il indiqua celui qui se faisait avec le plus d'activité, en donnant aux deux phénomènes le nom de celui qui l'emportait sur l'autre. Il y avait donc eu endosmose dans les deux cas précédens. D'une autre part, le liquide le plus dense était à l'intérieur. M, Dutrochet soupçonna que ce pouvait être une loi générale que le mouvement le plus actif se fît toujours du liquide le moins dense vers le plus dense. Pour s'en assurer^ il fit plusieurs expériences: il plaça le cœcum à moitié plein de lait d'un oiseau dans l'eau , et ayant pesé le cœcum au bout de quelque temps, il reconnut qu'il y avait eu endosmose. Il fit alors la contre-épreuve et plaça le liquide le moins dense, l'eau, à l'intérieur du cœcum, et le liquide le plus dense, le lait, à l'extérieur: le phénomène de l'endosmose cessa de se produire, et celui de l'exosmose eut lieu. M. Tognot, médecin de Philadelphie, qui a répété avec soin toutes les expériences de M. Dutrochet, a vérifié l'exactitude de cette loi de l'endosmose en mettant alternativement à l'intérieur et à l'extérieur de différentes substances, telles que le cœcum, le jabot des oiseaux, etc., une dissolution de gomme arabique d'un côté, et de l'eau pure moins dense de l'autre, et l'excès du courant eut toujours lieu vers le milieu le plus dense.
M. Dutrochet constata que la densité n'était pas
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la seule cause de l'endosiriose, mais que la composition chimique des substances l'influençait aussi. Un acide et un alcali placés dans les ciiconstances précédentes ;,ont donné pour résultat constant l'endosmose de l'acide vers l'alcali^ en sorte que le premier répond au milieu le moins dense^ et le second au plus dense. M. Tognot a répété ces expériences et a obtenu les mêmes résultats : il a vu aussi qu'une eau chargée de matière animale passait avec plus d abondance jusqu'à ce qu'elle fût altérée, cas auquel l'inverse avait lieu; ce qui tenait, selon M. Tognot, à ce que la putréfaction l'avait rendue alcaline.
M. Dutrochet a varié les substances intermédiaires, en employant des lames de carbonate de chaux , d'ardoise, etc. , et il a vu que les unes permettaient avec facilité, et que d'autres empêchaient complètement le phénomène.
Quelle est la condition physique des phénomènes dendosmose? Est-ce la puissance électrique? est-ce celle de la capillarité? M. Dutrochet a cru que cette condition était la puissance électrique: il a comparé le corps intermédiaire à la bouteille de Leyde. Le contact de deux matières de nature différente l'une avec l'autre, au travers des porosités de la substance intermédiaire, développe l'électricité- et ici comme dans une pile voltaïque, on doit voir se produire deux courans,run rapide du pôle positif vers le négatif, l'autre lent en sens contraire.
M. Dutrochet a cité une observation de M. Porrett, qui semble confirmer cette manière de voir.
DE l'absorption. 3g5
M. Porrett a imaginé un cylindre partagé en deux par un diaphi'agme perméable: il a placé de l'eau dans les deux comparLimens, et il a fait passer un courant électrique au travers du vase^ de telle sorte, que le courant positif marchait d'un des compartimens du cvlindre qui était plein d'eau, vers l'autre qui n'était qu'à moitié rempli; et de suite les phénomènes d'endosmose se produisirentde telle sorte, que le courant le plus rapide passait du pôle positif vers le pôle négatif.
Pour donner plus de valeur à cette expérience, M. Tognot a fait remarquer que dans la production spontanée des phénomènes avec l'eau albumiiieuse et l'eau pure, cas dans lesquels il y a endo'-mose, fà l'eau albumineuse est à l'intérieur de Tampoule, la surface interne du cœcum de l'oiseau se recouvre d'un e couche m in ce d'à IbumineconcréléeduC;, selon lui, au courant électrique qui, comme on lésait, coagule l'albumine liquide.
M. Hollard , qui admet aussi la production de l'électricilé^ croit que ce phénomène résulte directement de l'action de chacun des corps sur la membrane intermédiaire , en sorte qu'il est produit avant que les substances aient traversé les pures de la membrane pour se mettre elles-mêmes en contact.
Cependant M. Dutrochet vient, dans un dernier mémoire lu cette année à flnstitut, de rejeter toutà-fait l'intervention de l'électricité dans lesohénomènes de l'endosmose, pour tout attribuer à la seule force de la capillarité. L'intensité de cette
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force est en raison inverse de la densité des liquides ; en sorte qne, plus un liquide sera dense, moins il passera aisément au travers de la membrane intermédiaire. M. Dutrocheta vérifié, à l'aide d'uninstrument que l'on pourrait nommer endosmomètre ^ que cette loi ne souffrait pas d'exception. L'expérience de M. Porrett, en apparence si forte contre cette nouvelle théorie , s'y range cependant comme toutes les autres avec la plus grande facilité. On sait en effet que, par un courant électrique, l'eau est décomposée, que l'oxigène se porte au pôle négatif et l'hydrogène au pôle positif. Mais ces deux gaz qui restent en partie dissous dans l'eau, sont loin d'avoir la même densité; il n'est donc plus étonnant que le milieu qui renfermait l'oxigène ait été celui vers lequel l'endosmose s'est faite, puisqu'il était en même temps le plus dense.
Quoi qu'il en soit desexplications,les phénomènes endosmotiques et exosmotiques ne peuvent être niés; et si , comme le pense M. Dutrochct, ils sont dus à la capillarité, voilà encore cette puissance invoquée cent fois pour expliquer plusieurs des actes de la vie, et cent fois repoussée avec succès; la voilà de nouveau reproduite avec un cachet d'originalité, et environnée de faits singulièrement propres à lui donner une grande valeur. Par elle, en effet, M. Dutrochet explique comment les cellules des végétaux, pleines de différens liquides, absorbent de l'extérieur à l'intérieur les fluides moins denses que ceux des cellules; comment, en
d'autres temps, un mouvement en sens inverse s'opère toujours sous l'influence de la même cause. Le même naturaliste explique aussi comment, dans les animaux, des phénomènes analogues doivent s'opérer , puisque , dit-il, les fluides sont renfermés dans des cavités closes comme dans les cellules des végétaux, à savoir dans les artères et les veines partout abouchées ensemble, et qui n'ont d'ailleurs aucune autre ouverture de communication par des suçoirs ou autres orifices, à la surface des parties sur lesquelles les absorptions s'opèrent. Mais où sont les preuves qui pourraient ici nous apporter la conviction que les choses se passent ainsi dans nos tissus pendant la vie? Trouvons-nous dans ces simples transitions endosmotiques ces élaboralions qui modifient entièrement la nature des produits de l'absorption? Il y a plus, c'est que dans les cas qui paraissent favorables à la production des phénomènes endosmotiques, on ne voit point ceux-ci s'opérer. Le péritoine, distendu par une quantité énorme de fluide, de densité médiocre, ne laisse pas pénétrer dans l'intestin ou la vessie le fluide qui le remplit. Et qu'on ne dise pas que les membranes sont trop épaisses pour être traversées: M. Tognot a vu les phénomènes endosmotiques se produire au travers d'une peau de rat. Dans d'autres cas, au contraire, la matière de l'ascite va subitement disparaître, en même temps que le malade rendra par les urines une quantité considérable de fluide albumineux. Où est ici la modification de capillarité et
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de densité des fluides qui s'est prêtée à une absorption si rapide?
Il est pourtant probable que quelques absorptions morbides s'accomplissent d'après les lois de l'endosmose et de l'exosmose. On peut en effet considérer comme telles quelques-unes de celles qui se sont opérées dans les circonstances suivantes, et qui ont été attribuées à l'imbibition, phénomène bien voisin peut-être de celui dont je viens de parler, et qui comme lui paraît résulter de la capillarité des tissus. Voici les expériences qui démontrent ce genre d'absorption morbide : 1° M. Magendie a produit un courant d'eau dans la veine jugulaire, détachée d'un animal, et plongée par sa face externe dans un milieu acide, et bientôt l'eau qui traversait la veine montra des traces d'acidité. 2° Le même physiologiste dénuda la veine jugulaire d'un jeune animal, la mit sur une carte, et la couvrit de poison dans le lieu dénudé. Au bout de quelque temps, les symptômes de l'empoisonnement se manifestèrent. 3°. La même expérience, faite sur un animal plus âgé, dont les veines étaient plus épaisses, donna lieu au môme résultat , mais un peu plus tard. 4° La même expérience, faite sur une artère, fut encore suivie d'empoisonnement, mais au bout d'un temps beaucoup plus long. 5° Enfin, M. Magendie a démontré que l'absorption ne se faisait pas seulement au travers des gros vaisseaux , mais encore dans l'épaisseur des capillaires : en faisant passer un courant d'eau dans les vaisseaux du cœur de l'artère
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cbrotiaire vers la veine, pendant que la surface externe du cœur plongeait dans un milieu acide, l'eau qui sortait de la veine coronaire devint acide au bout d'un certain temps.
A ces faits, M. Fodera en a ajouté quelques autres qui, pour la plupart, se rangent sous la même loi. Ainsi, 1° il met une veine à découvert, et voit le sang sourdre à la surface; 2° il lie les deux extrémités de la veine dénudée , et le sang sourde plus vite encore; 3° il place du poison dans une artère liée aux deux extrémités, et néanmoins l'empoisonnement survient; 4° >' place un sel particulier dans la vessie, un autre dans le péritoine, et les deux ne taident pas à se combiner; 5° il fait une expérience semblable sur l'intestin, en mettant à l'intérieur de l'hydrocyanate de potasse, et à l'extérieur du sulfate de fer; et la production du bleu de Prusse indique que les sels ont passé au travers des membranes de l'intestin. 6° L'apparence du même bleu de Prusse dénote le passage des sels précédens, placés dans le péritoine et la plèvre au travers du diaphragme, doublé de ses deux couches séreuses.
Je pourrais rappeler ici les expériences déjà citées de Lebkuchner, à la suite desquelles on a retrouvé à la surface profonde de la peau des substances acides qui avaient été placées à sa surface externe.
Mais que prouvent tous ces faits? Ils nous démontrent qu'accidentellement et dans de certaines
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circonstances, nos tissus sont susceptibles de s'imbiber, d'être traversés comme les membranes au travers desquelles M. Dutrochet a vu s'opérer les actions d'endosmose et d'exosmose; mais il y a loin de là à l'accomplissement des absorptions normales, où nous trouvons une règle uniforme'ment suivie, tellement que des physiologistes modernes, d'un mérite extrême , n'hésitent pas à placer ces absorptions normales uniquement sous l'influence de la vie, en sorte que celle-ci éteinte, ces fonctions cessent avec elle.
Ajoutons encore que, s'il y avait imbibition dans les cas ordinaires, il devrait y avoir un passage perpétuel des fluides les uns dans les autres, et dans les tissus ambians, ainsi que cela se remarque dans les vaisseaux sous-cutanés d'un cadavre, où la peau qui les recouvre est fortement colorée d'un rouge foncé disposé en lignes qui correspondent exactement aux vaisseaux; aux environs de la vésicule biliaire, où tout est teint en jaune; à la surface de la cornée, où il se fait une couche humide provenant de la transsudation des humeurs de l'œil, d'où la perte de l'éclat de l'œil et la diminution de tension de son enveloppe extérieure. Or, rien de pareil ne s'observe pendant la vie. Il est vrai que M. Magendie avance que, pour être inaperçus, ces phénomènes n'en sont pas moins réels, mais qu'ils disparaissent à mesure, les matières ainsi extravasées étant incessamment entraînées et reprises par les courans sanguins qui ont lieu dans les petits vaisseaux voisins.
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Mais , d'une part, le passage des liquides dans ces couransest hypothétique, et s'ils existent avec une pareille destination, n'y a-t-il pas de quoi être effrayé du chaos qui doit résulter d'un tel mélange d'humeurs les plus hétérogènes? L'introduction d'une petite quantité de pus dans un vaisseau serait-elle un phénomène si grave , si le sang recevait à chaque instant le produit de la transsudation de la bile, de l'urine , des fluides séreux , graisseux, etc. ? D'ailleurs, si ces courans avaient cet usage, pourquoi n'enleveraient-ils pas avec facilité une petite quantité de sang épanchée sous la peau , par suite de contusion, au lieu de laisser ces quelques gouttes de sang s'étendre, s'infiltrer au loin, former une ecchymose souvent îente à disparaître?
Doit-on rechercher quels sont les agens des absorptions éventuelles ? D'après la remarque de M. HoUard , c'est une question moins importante que par le passé; car tous nos tissus étant susceptibles d'exercer une absorption accidentelle, il est évident par-là même qu'il n'y a aucun agent spécial de ce genre d'absorption. Si les agens des absorptions éventuelles sont multiples , les vaisseaux dans lesquels circulent les substances ainsi absorbées sont aussi de plusieurs espèces. On a retrouvé ces substances soit dans les lymphatiques, soit dans les veines, ainsi que je vais le dire bientôt.
On s'est encore demandé quels étaient les agens des absorptions nutritives dans les parties du corps autres que le tube digestif?
4oâ M L*ÀËSOilt>TÎOtf.
Ceux quî prétendent que ce sont les lymphàthiques , s'appuient sur ce que les lymphatiques dès autres parties |du corps ont la même structure que ceux des intestins, que ces lymphatiques ont été vus pleins de pus (celui-ci, il est vrai, pouvait y avoir été sécrété), pleins de sang (^ Mascagni , Cruikshank , Ludwig) ^ pleins de bile, de lait^ etc. On objecte que les lymphatiques n'existent ni dans tous les animaux , ni dans toutes les parties du corps de l'homme; mais autant vaudrait dire que les lymphatiques intestinaux n'absorbent pas, parce qu'un mollusque, une huître accomplit l'absorption intestinale sans conduits chylifères.
M. Magendie a fait une expérience qui, au premier abord, semble prouver que ce senties veines qui absorbent : il a placé dans la patte d'un animal un poison ^ après avoir complètement séparé le membre empoisonné du reste du corps, en y maintenant toutefois la circulation à l'aide d'un tube qui faisait suite aux deux bouts de l'artère principale du membre, et d'un autre tube qui était étendu entre les deux bouts de la veine correspondante •, l'absorption du poison s'effectua , et M. Magendie en conclut que les veines sont les agens de l'absorption. Mais ses antagonistes lui ont répondu qu'en faisant une plaie pour introduire le poison, il divisait nécessairement les orifices de quelques veinules , et qu'ainsi le poison pouvait passer directement et sans absorption dans l'intérieur de celles-ci. Nous ajouterons que dans cette exjpérience, ainsi que dans les faits invoqués
i)È l'absorption. 4^0
par les partisans de l'absorption par les lymplialiques, les phénomènes observés rentraient dans le domaine des absorptions éventuelles, de telle sorte que la question reste dans la plus grande obscurité relativement aux absorptions normales, celles précisément dont il s'agit de déterminer les agens.
XLV. Avant de passer à l'étude de la circulation des liquides dans les vaisseaux lymphatiques, et des altérations qu'ils peuvent éprouver dans leur trajet, jetons un coup-d'œil sur la nature de ces liquides, dont l'un, le chyle, nous est déjà connu, mais dont l'autre, la lymphe, n'a encore été qu'indiqué. Quoique circulant dans un système de vaisseaux identiques, en apparence au moins, et probablement en réalité, il existe une différence d'aspect bien tranchée entre la lymphe et le chyle.
Avant d'aller plus loin, il faut ici bien entendre ce que nous désignons du nom de lymphe : c'est tout simplement le liquide renfermé dans les vaisseaux lymphatiques , et non , comme le disaient les anciens, et comme le disent encore aujourd'hui bon nombre de pathologistes, une humeur séreuse particulière, semblable au sérum du sang, et épanchée ou infiltrée dans une partie quelconque du corps.
Quelle est la source de la lymphe? D'après l'opinion vers laquelle nous penchons sur les usages des lymphatiques^ nous devons admettre que la source de la formation de la lymphe existe dans tous nos organes^ que cette liqueur est le produit de l'action absorbante exercée par les Jymphatiques sur les
solides ou fluides du corps entier. Si telle n'est pas l'origine de la lymphe , d'où vient-elle donc? M. Magendie,qui refuse aux lymphatiques la faculté d'absorber, pense que le liquide qui circule dans ces vaisseaux provient de la partie la plus séreuse du sang, qui , arrivée dans les capillaires artériels, revient par les radicules des lymphatiques. Mais on peut objecter à M. Magendie que ce passage est une hypothèse que l'on doit être d'autant moins porté à admettre , qu'elle n'est pas susceptible de démonstration; que, loin de là, le sérum du sang et la lymphe n'ont que des rapports fort éloignés^ et qu'enfin les injections ne passent que rarement et avec la plus grande difficulté des artères dans les lymphatiques.
Les lymphatiques sont si petits, que l'on ne peut se procurer de lymphe qu'en ouvrant l'aboutissant commun de ces vaisseaux, c'est-à-dire le canal thorachique; etcommecelui-ci rapporte à la fois le chyle et la lymphe, il faut ne l'ouvrir qu'après avoir soumis l'animal à une diète assez longue pour que l'on soit certain qu'il n'y a plus de chyle dans les lymphatiques intestinaux; peut-être encore ces vaisseaux rapportent-ils un fluide particulier qui se mêle à la lymphe et l'altère. On a recueilli cependant de la lymphe pure dans le cas où M. Rigot, vétérinaire distingué, découvrit et incisa un lymphatique du cou d'un cheval, et dans un cas rapporté par Sœmmering,où l'on ouvrit sur un homme les lymphatiques du dos du pied , qui étaient tellement tuméfiés qu'ils
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formaient un relief sensible sons la peau. Est-il besoin de dire que ce n'est pas de la h'mphe, même impure, qui a été retirée des ulcères scrofuleux, des ganglions lymphatiques du cou, de l'aisselle, de Taine? etc.
Composition de la lymphe. La plupart des physiologistes, et Ilaller lui-même, ont confondu cette liqueur avec le sérum du sang ; d'autres , et l'erreur est plus grossière, avec la sérosité des épanchemens dans les cavités séreuses ou des infiltrations du tissu cellulaire: de là même est venue la dénomination de tempérament lymphatique affectée à ceux qui présentaient une disposition, soit à l'anasarque, soit aux collections d'eau dans les cavités séreuses, dénomination absurde , dont on commence à faire justice ; car qu'y a-l-il de commun entre ces épanchemens ou infiltrations séreux et le liquide des vaisseaux lymphatiques?
Etudiée, ainsi quele chyle, à l'aidedu microscope, de l'analyse spontanée, des réactifs chimiques, la lymphe présente les propriétés suivantes : i" le microscope permet d'y apercevoir des globules analogues à ceux du chyle, analogues par conséquent à ceux du sang, moins l'enveloppe de matière colorante qui dislingue ceux-ci. 2° Par l'analyse spontanée ou le repos, on voit la lymphe d'abord sous forme d'un liquide tenu ordinairement transparent^ quelquefois offrant une coloration rougeâlre, opaline ou d'une autre nuance^ se partager en deux portions, l'une liquide, lautre coagulée; le caillot
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se recouvré d'une pellicule arborisée comme la fibrine du sang; les acides ramollissent et dissolvent ce caillot comme ils le feraient à l'égard de la fibrine: ce qui prouve que ce caillot est bien fibrineux. En laissant reposer un temps plus long la partie liquide dépouillée de son caillot, on voit de nouveau se former un autre caillot analogue au premier, mais moins abondant. 3° Les réactifs chimiques démontrent dans la lymphe 3/ioo à peu près de fibrine, une proportion bien plus considérable d'albumine, du sérum , et la plupart des sels qui se trouvent dans le sang, et que nous dirons plus loin. Chose remarquable! L'analyse faite par M. Chevreul sur de la lymphe provenant d'un chien, et l'analyse faite par MM. Leuret et Lassaigne sur la lymphe, recueillie! par M. Kigot sur un cheval, ont donné à peu près le même résultat.
La lymphe, au bout d'un certain temps d'abstinence, devient plus foncée et d'aspect sanguinolent.
La quantité de ce liquide ne paraît pas grande, si l'on en juge par le résultat d'une expérience faite par M. Magendie, qui n'a pu en recueillir qu'une once et demie d'un chien de forte taille auquel il avait ouvert le canal thorachique; mais la lenteur de sa circulation rend encore plus difficile que pour le sang l'estimation exacte de la quantité totale de lymphe contenue dans les vaisseaux lymphatiques.
XLYL Usages de la lymphe. Quelque opinion que l'on partage sur le mode d'origine de la lymphe^
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on doil admettre que ce liquide contribue à la formation du sangj avec lequel il se mélange : probablement il en augmente les qualités nutritives; car, pendant le jeûne, lorsque le sang n'est plus réparé par l'arrivée du chvle, l'absorption de la graisse, et même de plusieurs autres parties du corps, se fait avec plus d'activité ; d'où résulte probablement une lymphe plus abondante , et qui en quelque sorte supplée à l'absence du chvle.
XLVÏI. Cours de la lymphe et du chyle. Ces liquidc-s marchent constamment de la périphérie au centre , convergent des radicules des Ivmphatiques vers les troncs, de manière à venir tous les deux se rendre dans un vaisseau unique, le canal thorachique qui les verse dans la veine sous-clavière gauche. Il peut paraître superflu de démontrer la réalité de cette opinion : mais en physiologie le nombre des objets bien connus n'est pas extrêmement considérable, et si l'on reste long-temps à discuter sur des points obscurs ou ignorés, on peut bien s'arrêter un instant sur les faits qui ont été mieux constates. Voici donc ce qui démontre le sens dans lequel s'opère la circulation de la ivmphe : i° Quand on divise un vaisseau lymphatique pendant la vie, on voit le fluide couler, en comprimant le bout qui répond au canal thorachique \ on suspend au contraire l'effusion en faisant la compression sur le bout qui répond aux capillaires. 2.° Si on agit de la même manière sur le canal thorachique, on obtient le même résultat. 3° La surface interne des lymphatiques est garnie de val-
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villes disposées de telle sorte qu'elles permettent le passage des liquides, des capillaires vers les troncs, et qu'elles s'opposent à ce passage dans le sens inverse ; ce dont on s'assure par les injections qui ne peuvent être poussées du canal thorachique vers les lymphatiques^ à moins que la putréfaction n'ait altéré la résistance des valvules, mais qui passent avec la plus granee facilité des radicules vers le canal thorachique.
Désigner le mouvement des fluides dans le système absorbant par les noms de circulation lymphatique^ serait en donner une fausse idée : la lymphe, en effet, ne présente point, comme le sang, un cours circulaire, mais une simple progression du liquide porté de toutes parts de la circonférence vers un centre. Ce mouvement général des sucs lymphatiques n'a point non plus la régularité que. présente le cours du sang dans les veines ou dans les artères. Ici nous voyons un mouvement uniforme et régulièrement gradué, soit dans son accélération , soit dans son retardement : le mouvement du fluide, comme le calibre des vaisseaux, suit une progression croissante ou décroissante. La lymphe^ au contraire , quoiqu'elle s'avance généralement des extrémités vers le centre, éprouve dans sa marche de nombreuses irrégularités: tantôt accélérée, et d'autres fois ralentie, ici le fluide stagne un moment, et paraît osciller, toutefois sans éprouver jamais une véritable rétrogradation , à laquelle s'opposent les valvules dont est garni l'intérieur des
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vaisseaux. Les élargissemens et les rétrécissemens alternatifs de ces vaisseaux attestent assez cette marche variable et comme anromale du fluide.
Quelles sont les causes de la progression de la lymphe et du chvle ?
1°. Il faut d'abord noter la permanence de la force qui a fait entrer la première colonne de liquide dans le vaisseau lymphatique; que ce soit une force électrique, une force capillaire; que l'entrée de la lymphe se fasse par le passage du sérum du sang artériel dans les lymphatiques, cas auquel ce passage serait dû à la force musculaire du cœur; que ce soit enfin une force vitale ,il est certain que cette force 5 en sollicitant l'entrée d'une nouvelle colonne de liquide dans le vaisseau, pousse la colonne qui la précède. C'est le vis à tergo^ dont personne ne peut nier raisonnablement l'existence.
2*^. Les parois des vaisseaux lymphatiques se contractent, et en se resserrant sollicitent le mouvement du fluide qu'ils renferment. Il n'y a point, il est vrai, de fibres charnues qui produisent, comme dans le cœur, comme dans les intestins, ces mouvemens brusques et apparens qui constituent l'irritabilité de Haller; mais il v a une contractilité d'un autre genre, contractilité analogue à celle de la vésicule du fiel, des vésicules spermatiques ; contractilité démontrée par plusieurs expériences : ainsi, Lauth, en ouvrant le péritoine d'un animal dont les chylifères étaient énormément distendus par le chyle, a vu ce liquide disparaître pour ainsi
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dire tout à coup par l'influence de l'action irritante de l'air sur les parois des vaisseaux lymphatiques, et ce n'a été qu'au bout d'un certain temps que ces vaisseaux sont redevenus apparens, probablement parce que la continuité d'action de l'air avait affaibli son influence sur la contractilité des vaisseaux lymphatiques. D'une autre part, Béclard a reconnu qu'en ouvrant le canal thorachiquetrés-distendu, ce canal se vidait plus complètement sur un animal vivant que sur un mort.
3°. Le cours est favorisé par la contraction des muscles voisins. 11 est facile de se rendre compte de cet auxiliaire de la circulation lymphatique. La pression que les muscles, en se contractant et se tuméfiant, exerce sur les parois des lymphatiques, tend à aplatir celles-ci , et à chasser le liquide qu'elles renferment; mais le cours de la lymphe ne peut rétrograder dans le sens des radicules à cause des valvules qui s'abaissent comme des soupapes sous le poids de l'eau dans les pompes foulantes : cette lymphe n'a donc d'autre voie que celle qui permet son passage vers le canal thorachique.
4°. On a pensé que les ganglions lymphatiques activaient le cours de la lymphe en agissant comme de petits cœurs. Malpighi crut découvrir dans leur intérieur des fibres charnues. Nuck fit les mêmes observations; mais l'existence de ces fibres musculaires est tout-à-fait une création imaginaire , et cette cause ne peut être ajoutée aux précédentes.
5°. Quant à la pesanteur, elle est favorable au
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cours de la Ivmphe dans certaines parties, comme à la tête et au cou , et elle est désavantageuse dans les autres points du système lymphatique.
Les vaisseaux lymphatiques des membres inférieurs et du bassin se réunissent dans la cavité abdominale, au-devant de la deuxième ou troisième vertèbre lombaire, aux lymphatiques intestinaux. Ces canaux ne s'ouvrent pas, comme on l'a dît, dans une citerne, sorte de réservoir que l'on crovait formé souvent de plusieurs loges 5 ces différens vaisseaux , élargis et renfermés dans une gaine commune qui offre une surface multiloculaire , se continuent ensemble pour former le canal thorachique, mais sans s'ouvrir dans une cavité commune , le réservoir de Pecquet n'existant pas dans l'espèce humaine. Le canal thorachique étant moindre dans ses diamètres que la somme des diamètres des lymphatiques et chvlifères, desquels il provient, il doit y avoir accéléra-/ tien du liquide dans son intérieur, et cette accélération est d'ailleurs variable, selon le temps pendant lequel s'accomplit le transport du chyle. On conçoit qu'elle doit être plus grande quand le chyle arrive au canal thorachique que dans les autres momens. Le canal monte ensuite par l'ouverture aortique du diaphragme, entre le pilier droit et la colonne vertébrale : il en résulte que, dans ce point, le canal étant comprimé pendant l'inspiration, le cours du chyle doit être accéléré. Haller a bien note celte cause du cours du chyle pendant l'inspiration 5 mais la compression par le pilier droit n'est pas l'unique
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cause qui fasse circuler le chyle au moment de l'inspiralion ; il s'y joint une compression générale de toutes les parties situées dans l'abdomen par suite de l'abaissement du diaphragme; et de plus, une action aspirante vers la cavité de la poitrine, exercée sur toutes les parties qui communiquent avec l'intérieur de cette cavité, où , par suite de son agrandissement, ii y a tendance à la formation du vide.
Le canal monte dans la poitrine adroite de l'aorte; les battemens de cette artère peuvent encore accélérer le cours du chyle par la pression que sa dilatation exerce sur les parois du canal thorachique.il en est de même au momeut où il passe derrière l'aorte; il arrive enfin à la partie inférieure gauche du cou , où il s'abouche dans le lieu de jonction de la veine jugulaire interne avec la soiis-clavière gauche de haut en bas, après avoir remonté d'un pouce à un pouce et demi au-dessus de son insertion terminale. Cette courbure a fait penser que le chyle, par son poids, faisait ouvrir la valvule qui existe au niveau de la terminaison du canal thorachique dans la sous-clavière. Cruikshanka vu avec plus de raison, dans cette disposition anatomique, un moyen de favoriser l'insertion des lymphatiques qui viennent des paities supérieures du corps.
On peut se demander pourquoi le canal thorachique parcourt un trajet aussi long et aussi oblique dans la poitrine? pourquoi il ne s'ouvre ni dans la veine-cave inférieure , ni dans la supérieure , ni dans la sous-clavière droite?
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Relativement à la terminaison dans la veine-cave inférieure, Morgagni don ne cette raison futile, que le chyle,ajouté au poids du sang veineux, aurait chargé cetteveine, déjà trop distendue par la masse de sang qui y circule contre les lois de la pesanteur. Pour les deux autres terminaisons, on pense que le reflux sanguin qui s'opère à chaque contraction du cœur, aurait empêché la libre entrée du chyle et de la lymphe, si le lieu de cette entrée eût existé dans une partie des veines trop voisine du cœur, et où par conséquent le reflux doit avoir plus de violence; on croit enfin, et c'est peut-être là l'opinion la mieux fondée, que le chyle et la lymphe éprouvent , avant d'arriver au cœur, un mélange plus complet avec le sang, par suite de cette terminaison.
Nous avons déjà parlé de la valvule qui est à l'orifice du canal dans la veine sous-clavière. Arrivet-il quelquefois que cette valvule, dont l'usage est d'empêcher le reflux du sang veineux dans le canal thorachique, remplisse mal son office? Il est certain que, dans plusieurs cas recueillis par Sœmmering, on a vu le canal thorachique et les lymphatiques pleins de sang : il n'y a pas plus de deux ans qu'un fait pareil a été présenté à la Société hippocratique. Un de nous, M. Bérard, chargé d'en rendre compte, a pensé que, dans ce cas et dans ceux du même genre rapportés par Sœmmering, le passage du sang de la sous-clavière dans le canal thorachique avait eu véritablement lieu, mais non pendant la vie; que
J^t^ BË l'aBSO&PTÎON.
cette circulation anormale était un résultat dVli commencement de putréfaction , ainsi que plusieurs autres phénomènes bien connus de la circulation des liquides , après la mort, par l'effet de la putréfaction.
La valvule aurait encore , selon Blumenbach , un autre usage, celui d'empêcher une entrée trop brusque du chyle et de la lymphe dans la veine sous-claviére, d'où aurait résulté un mélange incomplet de ces fluides avec le sang, et l'irritation de la membrane interne du cœur.
Rapidité du cours de la lymphe. Le cours de la lymphe est fort lent. Dans le cas déjà cité, où Sœmmering ouvrit un lymphatique dilaté du dos du pied , il dit que le liquide sortit d'abord avec un petit jet, et qu'il vint ensuite en bavant. Quand on ouvre des lymphatiques sur des animaux vivans, on s'aperçoit que le liquide sort avec beaucoup de lenteur. Cette lenteur forme une objection assez forte à la théorie de M. Magendie sur l'origine de la lymphe; car si la lymphe provenait du sang artériel , elle devrait avoir une marche analogue à celle du sang veineux. La lymphe va plus vite dans le canal thorachique. Sœmmering a voulu calculer cette vitesse, qu'il estime à quatre pouces par seconde ; mais on conçoit que cette estimation est impossible à faire. Ce qu'il y a de certain , c'est que le cours est lent; que, dans certains lymphatiques, il n'y a peut-être aucun liquide en circulation; que, dans aucun cas enfin , il n'y a un cours rétrograde.
bt L^ABSOftPïlOîf. 4*^
et que c'est une théorie erronée que celle longtemps admise, et que nous avons nous-mêmes professée, dans laquelle on prétend que le lait est sécrété aux dépens des fluides que les lymphatiques apportent à la mamelle. C'est encore à tort que Diemerbroeck, et d'autres depuis, ont prétendu qu'il y avait des lymphatiques qui portaient directement les boissons de l'estomac à la vessie.
La lymphe et le chyle éprouvent-ils une élaboration particulière dans leur trajet ?
Il est probable qu'il n'y a aucune altération des liquides lymphatiques pendant leur trajet dans les vaisseaux ; mais aucun vaisseau ne se rend au canal thorachique avant d'avoir traverséau moins un ganglion lymphatique, et ce rapport ne consiste pas en lin simple passage: il y a décomposition du vaisseau à son entrée dans le ganglion, et recomposition du vaisseau qui en sort. Il y a des vaisseaux afférens et désefférens séparés par le ganglion ; comment communiquent-ils ensemble dans son intérieur? Les uns ont pensé qu'il y avait un simple entrelacement des vaisseaux; d'autres, qu'il y avait des cellules dans lesquelles les deux ordres de vaisseaux s'ouvraient. Cruikshank admet ces deux dispositions. Béclard, sur des ganglions provenant d'une femme morte après la gestation , a vu dans ceux-ci des dilatations en ampoule et des réseaux vasculaires. Ce xju'il faut noter, c'est qu'il y a une quantité considérable de vaisseaux sanguins ramifiés dans l'intérieur des ganglions.
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En traversant un ganglion ,1e chyle ou la lymphe sont probablement modifiés par lui, soit que ces fluides se trouvent dépouillés de quelques-uns de leurs principes, soit que de nouvelles parties, se- . crctées par le ganglion, s'ajoutent aux liquides lymphatiques pour en augmenter l'animalisation.
On peut dire en faveur de la première opinion , i" que le pus , qui parfois circule avec la lymphe , disparaît constamment au-delà du premier ganglion traversé par le lymphatique qui le renferme; à moins toutefois que le vaisseau ne soit malade au-delà du ganglion, et ne puisse alors sécréter une nouvelle quantité de pus ; 2° que dans le mésentère du cheval , MM. Leuret et Lassaigne ont vu l'apparence graisseuse du chyle disparaître audelà des ganglions mésenlériques ; 3° qu'il y a accumulation de matière noire dans les ganglions situés sur le trajet des lymphatiques qui reviennent du poumon j et rapportent probablementavec la lymphe la matière noire dont l'air que nous respirons dans nos habitations est chargé.
La deuxième opinion , qui d'ailleurs n'exclut pas la première, n'est guère qu'une simple supposition. MM. Tiedemann et Gmelin pensent que la grande quantité desang dont le ganglion est pénétré, a pour but de favoriser la sécrétion d'un fluide qui se mêle à la lymphe et en augmente l'animalisation ; mais on n'a pas analysé assez souvent d'une manière comparative la lymphe avant et après son entrée dans le ganglion , pour juger cette question. Quant à la
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simple inspection, elle ne présente aucune différence appréciable entre ces liquides.
On peut donc regarder comme loul-à-fait probable, que dans l'absorption lymphatique il y a élaboration du fluide absorbé, soit dans les vaisseaux, soit surtout dans les pelotons vasculaires ou ganglions lymphatiques; tandis que l'absorption veineuse consiste dans un simple et rapide transport de la matière absorbée mêlée au sang, et portée avec ce liquide vers le centre circulatoire. Sans cela, pourquoi deux systèmes d'organes seraient-ils chargés de l'accomplissement d'une même fonction? la nature aurait-elle inutilement compliqué l'organisation animale, en y ajoutant un rouage superflu? avare de causes , prodigue d'effets , se serait-elle, en cette occasion, démentie? Cette objection paraîtra si puissante à tout homme qui a réfléchi sur les principes de la philosophie naturelle, qu'il n'hésitera point à partager notre opinion, tout en répétant avec Sénèque, malgré les immenses progrès de l'esprit humain depuis l'époque où vivait ce philosophe : adhuc multum restât operis , multiunque restabit , etc.!
C'est ici le lieu de parler des usages de la rate considérée comme un ganglion lymphatique. Cette opinion^ émise tout récemment par MM. Tiedemann et Gmelin , présente quelques circonstances qui rendent vraisemblable , non pas Tanalogic parfaite entre la rate et un ganglion lymphatique, mais une altération notable de la lymphe à l'aide du liquide
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que la rate verse dans le canal thoracique par ses vaisseaux lymphatiques. Ainsi , MM. Tiederaann et Gmelin font remarquer que la loi qui préside à rexistehcedeîa rate dans les espèces animales, n'est pas en rapport avec la sécrétion biliaire, puisque dans les animaux invertébrés îa rate disparaît, quoique beaucoup d'invertébrés aient évidemment un organe sécréteur de la bile; mais que celte loi est en rapport avec la coexistence des vaisseaux lymphatiques , en sorte que l'on Toit la rate cesser d'exister en même temps que les lymphatiques disparaissent dans les invertébrés.
De plus, ces physiologistes ont vu sur la tortue d'énormes lymphatiques se rendre à la rate, et d'autres aller de la rate au canal thoracique, en même temps que le chyle était plus animalisé, plus globuleux, au-dessus de l'insertion qu'au-dessous.
Ils ont extirpé la rate sur des animaux, et ont reconnu avec beaucoup de physiologistes, que la bile n'en recevait aucune altération , tandis que le chyle était plus clair qu'auparavant.
Enfin la rate offre, disent-ils, la même structure que celle des ganglions lymphatiques. Mais une seule remarque suffît pour battre en brèche tout ce système: c'est que la rate ne se trouve pas placée sur le trajet des lymphatiques, de manière à avoir des vaisseaux afférens et efférens , si ce n'est peutêtre dans les tortues; elle ne communique avec le canal thoracique qu'à l'aide de ses propres vaisseaux disposés comme ceux des autres organes : donc, si
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la rate modifie la lymphe, ce n'est pas en élaborant celle qui la traverse, mais en fabriquant un fluide qui^ mêlé au chyle, peut contribuer, ce- qui est probable, à son animalisation. Nous verrons d'ailleurs que cette animalisation s'opère d'une manière plus complète dans une autre partie du corps, à savoir les poumons , pendant l'acte de la respiration. Nous allons terminer cette longue et intéressante histoire de l'absorption par quelques remarques sur les circonstances qui peuvent modifier cette fonction.
L'absorption est trés-active chez les enfans, quoique à cet âge la nutrition soit des plus actives, dans la femme, durant le sommeil, le matin , lorsque le corps est délassé par le repos de la nuit; l'état de faiblesse augmente-l-il ou diminue-t-il cette activité? On sait qu'il est des hommes robustes, qui fréquentent impunément les femmes les plus infectées par le virus siphilitique , et qui reçoivent la contagion lorsqu'ils s'y exposent affaiblis par quelque excès. Un esprit exempt de crainte et d'inquiétude a toujours été regardé comme un préservatif contre la peste d'Orient. Un chien mordu à l'improvistc par une vipère l'est bien moins dangereusement, toutes choses égales d'ailleurs, que lorsqu'il a fixé pendant quelque temps ses regards sur le reptile , dont l'aspect l'a frappé d'une terreur plus ou moins profonde, etc. Mais^ dans toutes ces circonstarices,la faiblesse favorise-t-elle l'introduction des principes contagieux, en augmentant la force
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absorbante; ou bien, ce qui est plus probable, cette faiblesse , introduite dans le système nerveux, ne fait-elle que le rendre plus susceptible d'être affecte par les dispositions déictères? La perméabilité des tissus influe sur l'absorption, dont l'énergie est en rapport avec le degré de perméabilité des organes.
Ainsi Edwards s'est assuré que les batraciens absorbaient beaucoup plus par la face inférieure de leur ventre, où la peau est plus mince, que parles autres parties du corps. On a vu que dans les expériences faites par M. Magendie, l'imbibition était plus rapide sur les parois des veines des jeunes animaux que sur celles des vieux, sur celles-ci que sur les artères, etc. On voit les médecins conseiller les frictions dans les lieux où la peau présente le moins d'épaisseur; on a remarqué que l'absorption se faisait quelquefois très-activement sur les parties recouvertes d'un grand nombre de poils; ce qui tient sans doute à ce que la matière absorbée s'introduisait le long des poils dans le fond des petits sacs appliqués sur le bulbe, et qui sont d'une extrême ténuité. Les variétés observées dans les expériences sur l'endosmose et l'exosmose par M. Dutrochet, s'expliquent sans doute par la perméabilité différente des tissus absorbans.
L'état de plénitude ou de vacuité des vaisseaux a sur l'absorption une influence que l'on a pu apprécier en agissant avec des poisons dont l'action est certaine et se manifeste toujours dans un inter-
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valle de temps bien connu. Or, M. Magendie s'est assuré qu'on pouvait accélérer ou retarder le moment de l'empoisonnement en vidant ou en remplissant les vaisseaux de l'animal soumis à l'expérience. Dans ce dernier cas, on ne peut dire que l'eau mêlée au sang a délayé et affaibli l'action du poison, puisque M. Magendie a injecté dans les veines de l'animal empoisonné du sang tiré des veines d'un autre animal, et que le résultat a été le même. Celte vacuité des vaisseaux, accélérant l'absorption^ explique pourquoi l'abstinence est une cause si prompte d'amaigrissement. On se rappelle que Granier qui , avant de jeûner , avait un poids et un embonpoint ordinaires, ne pesait plus que cinquante-deux livres au moment de sa mort: pendant l'abstinence, en effet, l'amaigrissement est le résultat à la fois et de l'absorption augmentée et du défaut d'ingestion de substances réparatrices.
Pression atmosphérique. M. Barry pense que c'est par la pression atmosphérique que les sub= stances placées aux extrémités béantes des veines sont poussées à leur intérieur , l'air pressant sur ces orifices, sollicité par l'action de pompe aspirante qu'accomplit la poitrine en se dilatant. Mais pour que cette cause pût avoir l'action qu'on lui attribue, il faudrait que les parois des veines fussent incompressibles dans toute leur étendue; autrement la pression atmosphérique aplatirait le vaisseau , au lieu de faire entrer les fluides à son intérieur. Cependant on ne peut nier que la pression atmosphérique
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ne soit utile pour l'accomplissement de l'absorp^ tion , car cette fonction s'affaiblit ou même cesse entièrement à mesure que l'on diminue ou que l'on suspend complètement la pression de l'air. Delà une application heureuse faite au traitement de plusieurs empoisonnemens , de l'infection de venins ou virus. Ainsi, M. Pravaz a empêché l'absorption du virus de la rage en faisant le vide à la surface des plaies dans lesquelles il venait d'être déposé.
La pression mécanique. Toute pression exercée sur une partie a pour résultat d'augmenter l'absorption dans les tissus comprimés : ainsi une tumeur anévrismale détermine par sa pression excentrique l'absorption de toutes les parties qui l'environnent ; ainsi, à l'aide d'instrumens particuliers, on peut susciter la résorption de tumeurs de diverses natures, peut-être même de masses cancéreuses.
L'électricité augmente lesabsorptions, au moins celles qui se font éventuellement. M. Fodéra s'est assuré que les sels qu'il plaçait dans la plèvre et le péritoine se combinaient beaucoup plus promptement quand il établissait un courant électrique d'un sel vers l'autre.
^nûn ^rinjlammation. Lorsque celle-ci est trèsvive, l'absorption est suspendue, et l'on voit au contraire se produire certaines sécrétions anormales. Mais quand l'inflammation est légère, elle paraît activer le phénomène de l'absorption. C'est sous l'influence de l'inflammation légère que s'opé-
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rent la plupart des résolutions des parties engorgées.
Un jardinier, sourd et muet de naissance, portait depuis long- temps une hydrocèle pour laquelle on lui faisait une ponction tous les six mois. Lorsque je pratiquai la dernière, le testicule se trouvait gonflé, dur, et son volume élait triple du naturel, sans que toutefois le malade se plaignît d'y ressentir aucune douleur. Une sérosité roussâtrc sortit en abondance : au bout de deux jours, l'inflammation se déclara dans la tunique vaginale , les bourses se tuméfièrent : ces parties furent couvertes de cataplasmes émolliens. Au vingtième, le testicule avait considérablement diminué; il adhérait à l'intérieur de sa tunique: la guérison fut jugée radic<jle. Elle l'était réellement; car, depuis quinze années , la collection aqueuse n'a point reparu, et le malade se livre aux travaux pénibles de sa profession. Je le rencontre fréquemment, et chaque fois, par des sons inarticulés et des gestes de satisfaction , il m'exprime sa reconnaissance. Cette résolution est ordinairement favorable; mais si elle va trop loin, elle peut, ainsi que nous en avons rapporté un exemple d'après ^I. Marjolin, entraîner la disparition entière de l'organe sur lequel elle s'exerce.