U PRÉFACE
mes conclusions les plus logiques en apparence et les mieux fonde'es , je m'aperçus enfin qu'un fait physique, matériel, incontestable, s'opposait à la re'alisation de mes utopies, et que, pour être rationnelles, mes théories n'en étaient pas plus raisonnables.
Transporté dès-lors dans un nouvel ordre d'idées, je m'occupais de la rédaction de mon travail, lorsqu'est survenue cette révolution qui, après avoir changé en quelques jours les destinées de notre patrie, a étendu son influence sur toutes les contrées de l'Europe , ébranlant l'ordre politique, et menaçant jusqu'aux fondemens de l'organisation sociale : dès ce moment je me suis livré avec une nouvelle ardeur aux recherches que nécessite l'achèvement de mon ouvrage ; et tout ce que j'ai de loisirs a dû lui être exclusivement consacré. En cette occurence , j'ai été assez heureux pour que M. le professeur Bérard voulût bien se charger, pour la plus grande part, des soins qu'exigeait cette dixième édition des Nouveaux Elémens de Physiologie. Privé de la coopération de cet excellent collaborateur, il m'eût été difficile de tenir mes lec-
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teurs au courant des derniers progrès de îa science, en recueillant avec soin et en appréciant avec sagacité cette multitude de faits et de documens disséminés et comme éparpillés dans le grand nombre de publications mensuelles, hebdomadaires, quotidiennes , qui , sous les noms de journaux , d'archives, d'annales, de dictionnaires, de répertoires, etc., se disputent l'attention publique; genre de travail auquel j'étais peu propre d'ailleurs, par les habitudes de mon esprit devenues trop sceptiques peut-être et trop dédaigneuses.
Si cet ouvrage a franchi les limites des écoles, pour l'usage desquelles il fut d'abord composé, ce succès est dû principalement à l'avantage du sujet à la fois médical et philosophique. Hippocrate de Cos, Galien de Pergame, tous les médecins dont l'antiquité s'honore, joignirent constamment l'étude de la philosophie à celle de la médecine , et regardèrent ces deux sciences comme inséparables. Sans la philosophie, en effet, la médecine rentre presque tout entière dans le domaine de la comédie et de la satire , éternel et digne objet des plaisanteries les plus piquantes et des sarcasmes