DEUXIEME ÉDITION
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LABÉ, LIBRAIRE, PLACE DE L’ÉCOLE-DE-MÉDECINE , h.
Quelle que soit la science à l’étude et à la culture de laquelle on se voue, on peut en favoriser les progrès et en faciliter l’étude de deux manières parfaitement distinctes.
L’une consiste à rechercher patiemment ce que certains points de cette science peuvent offrir de douteux; à le soumettre à une investigation nouvelle, éclairée par l’appréciation des
causes premières ; puis a en déduire des conséquences générales en harmonie avec le degré d’avancement auquel sont parvenues les autres parties de nos connaissances qui ont avec elle soit de simples analogies d’origine, soit des rap-
ports directs de but.
L autre consiste uniquement a. rassembler les faits que l’expérience a déclarés irrévocablement
acquis et définitivement résolus, à les lier entre eux et à établir tant sur leur rapprochement méthodique que sur leur enchaînement réciproque, des principes immédiatement applicables a la
pratique.
La première de ces deux manières, plus élevée, plus digne peut-être, constitue ce qu’on est convenu d’appeler l’étude philosophique, d’oîi découle la Théorie. L’autre, plus modeste, mais non moins utile, puiseju elle représente dans l ai- |,i' e de la science la branche qui porte le fruit, constitue l’étude d’application, d’où dérive lart proprement dit, ou ce que nous venons d’appeler la Pratique.
La médecine, quelle que soit l homogénéité fondamentale des parties qui la composent et la solidarité des principes qui lui servent de base, ne peut pas plus que les autres sciences se soustraire à ce double mode d etude et a cette division
dans son exercice.
Aussi, bien que la théorie et la pratique, loin de s’y exclure et d’y marcher isolément, doivent, plus que nulle autre part sans doute, s’éclairer réciproquement et se prêter en toutes circonstances un mutuel appui , il n en est pas moins vrai qu’il n’y a rien d’étonnant que parmi les hommes qui se vouent au soulagement des souffrances humaines, non seulement d y en
ni
ail mi grand nombre qui, acceptant la théorie pour ainsi dire toute faite, ne s’occupent que de ses applications 5 mais encore que, dans cette sphère déjà circonscrite, quelques uns se bornent même à un seul point, dont ils font l’objet d’une prédilection exclusive et le sujet d’une étude toute particulière.
Tels sont les Dentistes, les Oculistes, lesLithotomistes , les Accoucheurs , les Chirurgiens-her— niaires, les Orthopédistes ; tous ceux, en un mot, qui se livrent à ce qu on nomme communément
une SPÉCIALITÉ.
Cette admission des spécialités dans l’exercice de la médecine est-elle une chose avantageuse aux progrès de l’art, et, partant, aussi profitable a 1 humanité (|ue les parties intéressées l’ont généralement prétendu et ont surtout le désir de le faire croire ?
Sans vouloir approfondir la valeur des allégations par lesquelles chaque spécialiste cherche a justifier sa position exceptionnelle et à en faire ressortir les avantages comparatifs, nous pensons néanmoins que, s’il est permis de répondre par l’affirma tive à la question que nous venons de poser, ce doit être assurément pour la médecine H la chirurgie dentaires ; non pas, bien certainement, a cause de l’importance exceptionnelle
que nous pourrions supposer aux organes qui forment son domaine, car toutes les parties de l’économie sont à nos yeux importantes, puisqu’elles sont solidairement responsables de l’entretien de la vie et de la conservation de la santé ; mais parce que, s’il est démontré par une expérience journalière que toutes les opérations qui appartiennent aux autres spécialités sont exécutées avec une incontestable supériorité par des chirurgiens qui s’occupent de la généralité de l’art, il est évident aussi que la médecine dentaire non seulemen t exige les études variées et complètes qui sont indispensables à la pratique des autres branches de médecine, mais qu elle a encore cela de bien distinct qu’elle nécessite impérieusement des connaissances toutes particulières en mécanique.
Or, ces connaissances ne s’acquièrent que par des études qui , ne trouvant nulle autre part leur application, entraîneraient beaucoup trop loin celui qui se destine à la médecine générale , et même simplement à la chirurgie.
Aussi y eut-il, de temps immémorial, des hommes qui s’occupèrent exclusivement des maladies de la bouche, du traitement qui leur est spécialement applicable, et même des soins qu’exige, dans de bien fréquentes occasions, la réparation des pertes qu’éprouvent les diverses parties
qui la composent mais particulièrement les (lents. Les écrits d Hérodote et d Hippocrate, chez les Grecs ; de Celse, de Pline, de Martial et d Horace, chez les Romains, ne laissent, comme nous serons plus d’une toisa même de le prouver, aucun doute à cet égard.
Malheureusement dans ces temps reculés, et même jusqu’à un moment assez rapproché de nous, la chirurgie dentaire, comprise dans cet injuste dédain auquel le plus absurde des préjugés avait voué toute la médecine opératoire proprement dite, était la proie des empiriques, des charlatans et même des jongleurs, gentc ignare qui, suivant la judicieuse remarque de Théodore Zwi nger, n’ayant aucune réputation à risquer, aucune considération à compromettre, et surtout, aurait-il pu ajouter, aucune garantie à offrir, pouvait arracher impunément une dent et exercer, à cette occasion , sur la bouche toutes les mutilations possibles. Leur impéritie ne trouvait elle pas d ailleurs une excuse dans cette opinion assez généralement répandue et qu’entretenaient sans cesse leurs manœuvres irrationnelles, que 1’évulsion d’une dent ne pouvait être faite sans qu’on déchirât les gencives et qu’on brisât pour le moins les alvéoles !
Il était réservé à notre époque, si féconde d ail
leurs en reformes utiles et en institutions salutaires , d’efFacer un abus si contraire à la dignité de l’art , si peu conforme au bien de l’humanité, et contre lequel s’étaient inutilement élevés, avec toute la force de leur génie et la puissance de leur position, Ambroise Paré, Guy de Chauliac, Vigo, Dionis, qui furent à la fois les pères et la gloire de la chirurgie française.
La loi du \ 9 ventôse an xi, en refusant en effet à qui que ce soit le droit d’exercer une partie quelconque de l’art de guérir sans avoir obtenu , par des épreuves publiques, le grade de docteur en médecine ou le titre d’officier de santé, a implicitement reconnu, quoi qu’ait pu faire penser un arrêt de la cour de cassation du 25 février 1827 (arrêt qui constate une omission sans établir un principe), a reconnu, disons-nous, que la conservation d organes aussi précieux que les dents ne devait pas être abandonnée à la merci de la stupide et brutale ignorance des empiriques, dont le vandalisme destructeur pouvait, à chaque inslant, commettre les plus graves erreurs, et, partant, les plus déplorables accidents.
(( Aujourd’hui, dit avec raison un des chirurgiens les plus distingués de notre époque, M. Marjolin (1), dont la parole fera toujours autorité
(1) Nouveau Dictionnaire de Médecine , article Dent.
1 • 1 • • • quand il s agira de résoudre une question qui intéresse le bien de la science et la dignité de la profession j l exercice de l’art du dentiste demande des connaissances aussi étendues que multipl iées ; aussi conçoit- on qu’il est nécessaire qu’il soit pratiqué par des médecins qui en fassent Tunique objet de leurs études; car on n’est pas dentiste pour connaître les affections les plus évidentes d’une dent, et pour faire sur elle les opérations les plus simples et les plus grossières manœuvres ; il faut avoir les connaissances les plus précises de l’anatomie de la bouche, particulièrement celle des dents, et réunir des notions générales d’anatomie , de physiologie, de médecine , d’hygiène, de mécanique, et, de plus, celles d’un grand nombre d’opérations d’orfèvrerie. »
En publiant un nouveau traité de l’art du dentiste, art qu’aucun mot n’exprime directement dans notre langue, mais qu’on appelle odontologie ou odontechnie , quand il se borne à I étude des dents , et stomatonomie ^ quand il comprend toutes les parties qui composent la bouche, nous n’avons l’orgueilleuse prétention ni de reconstituer cette branche des sciences médicales sur des bases nouvelles, ni de nous placer au dessus de nos confrères.
Nous nous empressons, au contraire, do re-
connaître avant tout non seulement que ces bases ont été posées d une manière solide , il y a plus d’un siècle, par Fauchard, qu’on peut regarder avec raison comme le restaurateur, ou, pour mieux dire, le père de la chirurgie dentaire (1); mais nous reconnaissons encore que les développements que sont venus donner aux principes de ce praticien célèbre les ouvrages d Lécluse, de Bourdet , de Jourdain , de Gariot, et plus récemment ceux de MM. Duval et Delabarre, de Laforgue et même de Lemaire, forment , par lèur fusion , une doctrine qui a permis à cet art de marcher de pair avec toutes les autres 'parties de nos connaissances qui ont l’étude de l’homme pour moyen et la guérison de ses maladies pour fin.
Notre principal but, en écrivant, a été de réunir dans un même cadre tout ce que la science médicale , dans ses diverses branches , possède de plus immédiatement applicable à notre spécialité, et de faire servir à la rectification
(1) C’est par ordre de mérite, et non de date, que nous plaçons Fauchard à la tête des auteurs qui ont écrit sur la médecine dentaire; car ce praticien illustre, c’est le mot, n’a publié la première édition de son traité qu’en 1728, et dès 1582, c’est à dire près de cent cinquante ans avant lui, Urbain Hémard avait fait imprimer à Lyon, sur l’art du dentiste, un essai dans lequel quelques préceptes assez judicieux se trouvent déjà réunis en corps de doctrine.
d’un grand nombre de laits pratiques trop légèrement admis , et même, il faut le dire , au redressement de plusieurs erreurs, une expérience acquise au milieu des circonstances les plus favorables, expérience dont personne, nous le pensons du moins, ne pourrait, sans injustice, contester l’immense étendue, pour ce qui a trait surtout à fart proprement dit.
Car, il ne faut passe le dissimuler, nous sommes évidemment à une époque oii les progrès de la raison et du luxe, portant tout le monde à se débarrasser le plus tôt possible des douleurs quelquefois si pénibles qu’entraînent les maladies des dents, et à cacher les ravages que des accidents au dessus de toute prévision peuvent, à tout âge, faire â la bouche, forcent nécessairement le dentiste à laire de la partie opératoire et de la partie mécanique de son art, sinon son but exclusif, du moins son élément principal.
Vérité incontestable, dont tous nos confrères font aujourd’hui leur profit et la règle de leur conduite, mais que très peu ont le courage, pour ne pas dire la bonne foi , de reconnaître publiquement. Comme si notre ministère, quand il serait même réduit aux proportions d'un art mathématique, même purement mécanique, ne pouvait pas déjà, par les services immenses qu il est appelé a rendre dans ce seul cas, être
(ligne de l’étude la plus sérieuse et jeter quelque éclat sur la carrière de celui qui s’y vouerait d une manière absolue, sans qu i! eût jamais à craindre de passer pour un praticien borné et d’être confondu avec les artisans.
Sans doute nous aurions pu, en réduisant a son expression véritable tout ce qui nous appartient en propre dans ce travail , nous dispenser de reproduire, par la publication d’un traité complet sur la matière, des opinions qui sont dans le domaine public et sont devenues, par cette raison même, les éléments de notre art. Mais comme il est peu de points, dans la pratique surtout, que notre propre expérience ne nous ait démontrés susceptibles, sinon d’une refonte totale, du moins d’un examen critique, dont la conséquence pût être une modification dans les procédés opératoires , nous aurions eu de la peine à classer nos remarques qui , offertes isolées, auraient assurément perdu de leur importance; qui, au contraire, intercalées méthodiquement dans un travail complet, feront de cet ouvrage un précis exprimant le véritable état actuel de cette partie de la science, et pouvant servir de guide, jusqu’à nouvel ordre du moins, aux personnes qui voudront en avoir une connaissance exacte, et pour cela en faire une étude complète.
Ou nous objectera sans doute qu’il existe déjà plusieurs ouvrages didactiques écrits sur notre art, en ne parlant même que de ceux qu’a vus éclore notre époque. C est vrai, et nous sommes loin de l’ignorer , comme nous le prouverons suffisamment, et peut-être surabondamment pour bien des personnes, dans le cours de notre travail ; mais de ces ouvrages dont chacun, pris isolément, n’est la plupart du temps que la reproduction plus ou moins commentée de celui qui le précède, quels sont donc ceux qui peuvent être donnés comme des travaux complets?
Sont--ce ceux de M. Duval? Sans partager en aucune manière l’injuste dédain avec lequel Laforgue traite les productions de cet honorable maître, on ne peut cependant s’empêcher de reconnaître que si ces productions portent partout l’empreinte de l’homme éminemment érudit, du savant même, c’est le mot, elles n offrent pas toujours le cachet du praticien, et que la plupart des excellents préceptes qu’elles contiennent y sont ensevelis sous une foule de citations
et de traits d esprit, peu propres à faire ressortir ce qu elles ont d’essentiellement utile.
Le (ju on ne trouve pas dans les productions de M . Duval, ira-t-on le chercher dans le traité
sur
car
les dents de J.
cet ouvrage,
Lemaire? Non , assurément; d ailleurs très correcfemenl
écrit . 11e contient rien qui puisse guider l élève se destinant à la pratique, et voulant, en conséquence, voir dans les dents autre chose que le sujet d’une amplification de rhétorique. C’est par un défaut opposé que pèche celui de Laforgue, qui n’est qu’un aride assemblage de faits pratiques qui, bien que frappés souvent au coin d une sévère observation , ne se rattachent à aucune doctrine , et semblent plutôt dictés par le désir de déprécier que par celui d’instruire.
Restent donc les ouvrages de M. Delabarre et celui de Maury. Mais les premiers, bien qu’attestant 1 homme instruit et le praticien aussi sincèrement ami de son art que pénétré de la dignité de sa profession , ne forment cependant pas par leur réunion un traité complet, puisqu’ils ne sont consacrés qu’à certaines parties isolées ; et, nous le disons à regret, mais l’amour de la vérité exige de nous cet aveu., le plus important de ces ouvrages , celui qui porte le cachet le plus original , sa Mécanique dentaire , offre à qui veut l’étudier à fond l’étonnant contraste d’une théorie brillante et d’une pratique quelquefois si irrationnelle qu elle semble dictée par le plus aveugle empirisme. C’est ainsi qu’à côté d’une appréciation scientifique vraiment fort élevée des réacteurs (que le commun des praticiens croit pouvoir encore désigner sous le nom de ressorts)^ on