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RÉSUMÉ ET CONSÉQUENCES DES DONNÉES PHYSIOLOGIQUES QUI PRÉCÈDENT

Comme nous avons été obligés, dans la description des phénomènes physiologiques qui se rattachent à l’appareil dentaire , de nous livrer à quelques discussions et même parfois à des répétitions qui auraient pu jeter quelque incertitude dans l’esprit sur les principaux points de ces phénomènes , nous allons les résumer succinctement.

Or , nous avons vu que toutes les dents , aussi bien celles de la deuxième que celles de la première dentition, existent dans les mâchoires du fœtus; leur développement se fait dans l’ordre suivant :

1° Dès le troisième mois de la vie intra-utérine, les germes des dents de lait sont apparents et se présentent sous la forme d’un petit noyau pulpeux ou papille , qui semble n’être que l’épanouissement des vaisseaux et des

nerfs dentaires, et se trouve renfermé dans un sac, espèce de capsule qu’on nomme follicule. Cette membrane folliculaire , qu’on croit être de nature séreuse, est composée de deux feuillets : un externe qui se confond avec le périoste alvéolo-dentaire , un interne dont la surface extérieure est mouillée d’un liquide séro-muqueux.

Ces follicules, appendus à la membrane gengivale comme un fruit à une branche horizontale, ne se développent pas en même temps et n’offrent pas tous la même disposition. Vers le milieu du troisième mois on distin-

gue sur chaque moitié des deux mâchoires quatre sacs , deux en avant, deux en arrière, adossés par paires qui laissent entre elles un intervalle. Les premiers, plus petits, appartiennent aux incisives temporaires; les seconds aux molaires. L’intervalle qui les sépare ne tarde pas à laisser voir un cinquième sac pour la canine qui forme le nombre total des follicules des premières dents.

Les follicules ou germes des dents de la seconde den- U tion , suivant M. Serres , apparaissent dès la fin du quatrième mois : ceux qui appartiennent aux deux grosses premières molaires d’abord, et sur la même ligne que les germes des dents de lait; ensuite, mais seulement vers la fin du septième mois, se voient les follicules des incisives secondaires placés précisément derrière ceux des dents primitives auxquelles ils correspondent.

~ Peu après 1 apparition du follicule , la dent commence à sedévelopper dans son intérieur; c’est le sommet de la couronne qui paraît le premier. L eburnification

plus saillantes de la papille. Ensuite commence la production de la matière ossiformecalcaire, qui s’effectuepar une véritable sécrétion se déposant sous forme d’écailles très fines, emboîtant comme des chapiteaux les tubercules de la papille dont elles égalent le nombre.

On admet généralement que des deux substances , l’ivoire et l’émail, qui forment la portion dure de la dent, c’est l’ivoire qui est sécrété en premier lieu. Il se forme sur la surface de la papille en lignes circulaires représentant des cornets qui s’emboîtent de dehors en dedans à la manière des cornets d’oublies, et n’a de terme dans sa formation que le développement des racines. L’émail, au contraire, est sécrété par la face externe du feuillet intérieur de la membrane du follicule , et semble se déposer en cristaux sur la couronne; mais personne, à notre avis , n’a encore expliqué d’une manière incontestable pourquoi la couronne est la seule partie de la dent qui s’encroûte d’émail.

3° Quand le premier cornet éburné s’est formé autour de la papille et l’a enveloppée de tous les côtés, de nouvelles couches se forment à l’intérieur et embrassent celte dernière dans toute sa circonférence jusqu’à sa base. Alors la couronne est formée ; mais bientôt de nouvelles couches d’ivoire enveloppent inférieurement cette papille , entourent son pédicule, descendent jusqu’à son extrémité et forment la racine. Enfin quand la papille, étroitement serrée de toutesparts, ne peutplus remplir ses fonctions de sécrétion, l’accroissement de la dent est entièrement accompli etne peut jamais aller au delà, comme cela se remarque chez les rongeurs qui ont le canal central de leurs incisives extrêmement évasé à son entrée.

Ce n’est que sur la fin du dernier mois de la gestation que commence la solidification des dents permanentes, qui se fait par un point qu’on aperçoit sur la première grosse molaire. Dans les huit premiers mois de la naissance les incisives centrales et latérales , et les canines se solidifient successivement. La formation des petites molaires a rarement lieu avant la quatrième année; elles sont suivies de près par les secondes grosses molaires ; mais la dent de sagesse ne s’ossifie ordinairement qu à huit, neuf et meme dix ans.

4° Les dents de lait, au nombre de vingt, paraissent ordinairement du sixième au huitième mois de la naissance, rarement plus tôt, mais quelquefois plus tard ; leur sortie suit le même ordre que leur développement et leur solidification : ce sont ordinairement les incisives médianes inférieures qui ouvrent la marche. Toutes sont ordinairement sorties à trente mois. C’est au progrès même de leur accroissement, et à rien autre chose , qu elles doivent leur éruption des alvéoles qui ne peuvent plus les contenir; et si elles gagnent leur bord plutôt que leur fond, c est surtout parce qu elles y sont attirées par la disposition même du feuillet interne de la capsule qui, de la gencive, se rend au collet de la dent auquel il adhère fortement.

Quant à la chute des dents de lait, elle se fait simultanément avec la sortie des dents de remplacement. Ce double phénomène commence ordinairement à sept ans, toujours par les incisives centrales inférieures, et se termine ordinairement vers douze ans, par les deuxièmes petites molaires; mais il est précédé de quelques mois seu ement par les premières grosses molaires qui sont permanentes , et immédiatement suivi des deuxièmes

grosses molaires qui paraissent cinq, dix et quelquefois même quinze ans avant celles de sagesse.

Dès que les dents ont franchi les gencives , elles ont acquis le volume qu’elles auront pendant toute leur durée. Dans 1 intervalle qui sépare la sortie et la chute des dents de lait , le corps des os maxillaires s’agrandit nécessairement comme toutes les autres pièces du squelette , mais l’arc alvéolaire proprement dit n’éprouve aucun changement en longueur; aussi les dents restentelles toujours juxta- posées , ce qui n’aurait pas lieu dans le cas où cet espace s’agrandirait : elles laisseraient alors entre elles des vides. Mais, à la sortie de chaque dent de remplacement, l’arc, dilaté par elle, éprouve un accroissement proportionné au volume des nouvelles qu’il va recevoir et qui sont incontestablement plus grosses que celles de lait.

5° La durée des dents est très variable et dépend de 1 usage qu’on en fait , des soins qu’on en a, et des maladies auxquelles elles prennent part. Cependant on peut dire qu’en général elles portent de bonne heure les marques de l'usure, qui émousse d’abord les dentelures garnissant le bord tranchant des incisives , et emporte plus tard les tubercules dont est formé le sommet de la couronne des molaires. A leur chute, les alvéoles qu elles laissent vides diminuent, s’affaissent, et au bout de quelques années disparaissent complètement. Lne lois les mâchoires dégarnies , leur corps diminue de volume et retourne vers la forme circulaire qu elles avaient dans le jeune âge, en même temps que la face perd une partie de son diamètre vertical.

Tel est l’ensemble des diverses phases par lesquelles

passent successivement les dents depuis le moment de leur formation jusqu a leur chute , qui arrive malheureusement presque toujours avant que leur secours ait cessé de nous être utile ; tels sont les principaux faits physiologiques qui doivent servir de guide dans l’étude méthodique de leurs maladies. Mais quelle conséquence en déduirons-nous pour établir le degré de vitalité propre dont elles jouissent? faut-il , en un mot. leur accorder rang parmi les tissus organisés vivants, ou les reléguer dans la classe des productions inorganiques?

Examinons cette question sans prévention, et peutêtre parviendrons-nous à la résoudre uniquement en enlevant à chacune des deux opinions qui régnent à cet égard ce qu’elle peut avoir d’exagéré, et en prenant un terme moyen dans les conséquences auxquelles chacune d’elles a pu conduire comme règles en pathologie et en thérapeutique; règles qui ne s’accordent assurément pas toujours avec les données physiologiques qui leur servent de base.

Il était naturel que les dents , placées à l’entrée des voies digestives, destinées aux pénibles fonctions du broiement des aliments, exposées au choc des corps étrangers, au contact de l’air et aux mouvements quelquefois brusques et violents que les deux mâchoires exercent sur elles-mêmes, fussent les corps les plus durs et les plus compactes de tous ceux qui entrent dans notre organisation. A l’époque assez rapprochée de nous où elles étaient comptées parmi les pièces du squelette, on les considérait comme jouissant d’une vitalité égale à celle des os. Mais dès le moment où I on reconnut que celle de leurs parties ;» laquelle étaient dévolues leurs fonctions, leur couronne, était recouverte d’un enduit

calcaire d’une dureté pierreuse, qui, dans sa formation, ne passait par aucun des points intermédiaires par lesquels passe le tissus osseux et dans lequel on ne pouvait découvrir ni aréoles, ni cellules, on sentit que cette opinion avait besoin d’être modifiée , et on en vint de suite à attribuer à la dent tout entière des caractères négatifs qui n’appartiennent qu’à l’enveloppe superficielle de sa couronne , c’est à dire à regarder les dents comme des corps inorganiques.

C’est en vain que les partisans de la vitalité des dents, à la tête desquels se sont placés Mascagni , Blake , Fox, et dont MM. Duval , Delabarre et Toirac sont venus augmenter le nombre, alléguaient, pour démontrer la présence des vaisseaux et des nerfs dans leur partie ossiforme :

1° Que les dents saignent, que leur blessure est douloureuse quand elle a pénétré à une certaine piofondeur , et que les acides développent en elles une sensibilité particulière, ainsi que certaines caries et quelques plaies superficielles ;

2° Quelles se colorent quand on nourrit un animal avec de la garance, et que dans certaines maladies elles prennent une teinte, rouge dans le choléra et quelques cas d’asphyxie, jaunâtre dans l’ictère, noirâtre dans les fièvres adynamiques , laiteuse dans les maladies attribuées à la lymphe ;

3° Que leurs fractures ou solutions de continuité se cicatrisent parfaitement, et qu’elles s altéreraient aussi promptement que les dents artificielles si elles ne contenaient pas les éléments de l’organisation.

Les partisans de l’opinion contraire, s’étayant sur les recherches d’Eustachi , de Duverney et de Hunter,

auxquels l’illustre Cuvier a prêté l’appui de son nom, ont répondu :

1° « Que si les plaies profondes des dents fournissent du sang et développent de vives douleurs , celles-ci dépendent de ce que la papille a été intéressée; que le phénomène de l’agacement peut être expliqué par l’imbibition de la partie ossiforme ou des couches calcaires et par l’action directe de l’acide sur la papille , et que les plaies et les caries superficielles ne développent de la douleur qu’en produisant la destruction de la dent et en rendant leur enveloppe extérieure moins propre à préserver la papille contre les agents extérieurs ;

2° » Que la coloration des dents par la garance dépose bien plus contre que pour la vascularité des dents ; car si les expériences de Hunter ont établi que , dans ces cas, la matière colorante est déposée dans les parties de la dent qui se forment pendant le temps que dure l’expérience , elles ont prouvé aussi que les parties anciennement développées conservent leur couleur primitive; ce qui n’arrive pas aux os véritables qui , sous l’inlluence de la garance , se colorent en tout temps en rouge; quant à la couleur qu elles prennent dans cer-

taines maladies, elles la doivent à une simple imbibition dont les matériaux sont apportés dans la cavité dentaire par les vaisseaux nourriciers de la papille;

3° » Que si les fractures se cicatrisent , c’est toujours au moyen (rime production ossiforme nouvelle sécrétée en dedans par la papille; et que si le tissu des dents naturelles ne s’altère pas comme les dents artificielles animales , c'est par une raison analogue à celle qui fait que les ongles ne se dessèchent pas tant qu’ils restent adhérents a leur matrice, parce qu’ils sont entourés de

parties qui les abreuvent de sucs dont ils s’imbibent et qui les maintiennent dans leur état normal. »

Comme on le voit , si quelques unes des objections faites aux partisans de la vitalité des dents semblent fondées, d’autres aussi sont plus spécieuses que solides : par exemple, en les prenant dans l’ordre suivant lequel nous les avons exposées, nous sommes forcés de reconnaître que le phénomène de l’agacement est quelquefois trop prompt, et dépend dans quelques cas d’une cause trop légère, pour pouvoir être expliqué par l’imbibition de la partie ossiforme ou des deux couches calcaires des dents qui , à une époque avancée de la vie , forment presque toute l’épaisseur de la couronne.

Prétendre ensuite que c’est encore à l’imbibition qu’est due la coloration des dents dans certaines maladies, c’est reconnaître que leur tissu ossiforme est si perméable qu’il se laisse pénétrer par tous les liquides colorés avec lesquels on les met un certain temps en contact, ce qui n’est pas positif assurément, et ce qui n’expliquerait pas comment elles reprennent leur couleur normale à la guérison de la maladie dans le cours de laquelle elles se sont colorées; ou bien c’est admettre que les vaisseaux de la papille se continuent dans la partie ossiforme. Quant aux inductions qu’on croit pouvoir tirer de la manière dont, suivant Hunter, les dents se colorent sous l’influence

de la garance prise comme nourriture, nous avons déjà dit que M. Flôurens avait prouvé quelles reposaient suides faits mal observés.

Enfin, expliquer la cicatrisation des fractures des dents par la sécrétion d’une nouvelle substance ossiforme, c’est, d’une part , oublier qu’on a reconnu en principe que les fonctions sécrétoires delà papille cessaient entièrement

quand , par la formation complète de l ivoire , elle se trouvait réduite au cordon nervoso-vasculaire qui lorme son centre; etc est, d’autre part, assimiler les dents aux os dont les fractures se consolident aussi par une nouvelle production cellulo-calcaire. Quanta 1 insensibilité des dents dans l’état sain, on ne saurait rien en alléguer contre leur vitalité, car on rencontre dans 1 homme divers tissus blancs qui n’ont la propriété de sentir que lorsqu’ils se trouvent dans un état pathologique.

D’ailleurs , cette insensibilité des dents n est pas aussi absolue qu’on se plaît généralement à le croire; car, tout en reconnaissant que la perception très distincte du bruit d’une montre qu’on serre entre ses dents n’est que le résultat des vibrations sonores communiquées par les dents aux mâchoires , par celles-ci au crâne , au labyrinthe et de là au cerveau, on ne peut disconvenir cependant qu elles sont susceptibles de recevoir certaines impressions et de les transmettre au sensorium commune ; le froid et le chaud, portés à un certain degré , les affectent désagréablement ; enfin , elles nous font connaître jusqu’à un certain point les qualités des corps qui sont mis accidentellement en contact avec elles , ce que ne feraient assurément jamais des dents artificielles , de quelque nature qu’elles fussent.

Nous savons fort bien que pour expliquer les impressions du chaud et du froid , et les sensations résultant des actions mécaniques reçues au moyen des dents, on dit que les premières agissentsur les nerfs etles vaisseaux de la pulpe dentaire auxquels elles sont transmises à travers toute l’épaisseur de la couronne, et que les secondes sont communiquées par la membrane qui enveloppe toute la longueur et chaque division delà racine.

Mais celte explication , satisfaisante au premier abord , cesse d êtie valable quand on réfléchit à la ténuité de la pulpe dentaire, surtout à un âge avancé, et à l’épaisseur des deux couches calcaires de la couronne. Aussi Béclard, dans ces derniers temps (1), sentant l’insuffisance de cette explication, disait que « la couronne de la dent est foi niée d une matière animale organique qu'on peut supposer vasculaire. » Il était bien près , comme on le voit, d’admettre qu’elle est sensible.

Plus tard M. Blandin, reconnaissant que l’ostéide dentaire jouit dans ses couches superficielles d’une sensibilité particulière, se révélant surtout dans certaines caries commençantes (2), entre l’émail et l’ivoire, dans le limage, etc. , a pensé qu’il serait possible que cette sensibilité fût inhérente à la ligne grisâtre intermédiaire à l’ivoire et à lemail , que Cuvier croit formée par un prolongement de la lame interne du follicule, et dans laquelle il resterait quelques uns des nerfs que cette lame possédait avant d’avoir été prise entre les deux substances de la dent, au moment même de leur formation.

Certainement, s’il en était ainsi, l’instantanéité du phénomène de l’agacement se comprendrait plus facilement, puisque, dans cette manière de voir, l’acide qui le produit n’aurait besoin que d’imbiber l’émail , substance peu épaisse, et qu’ainsi il agirait presqu’au point

(1) Dictionnaire de Médecine ; tome 6, article dent.

(2) Ce fait se présente si souvent à l’observation que nous ne pouvons concevoir comment Lemaire a pu avancer que, dans les maladies des dents , la douleur ne se manifeste avec violence que quand une partie de la substance de la couronne, étant détruite jusqu’à la cavité, la pulpe est mise à découvert.

de contact. Mais cette explication est une pure hypothèse, car il est peu logique de reconnaître de la sensibilité à une membrane qui a depuis longtemps cessé d’être, et dont 1 ancienne existence n’est attestée que par une marque linéaire; ce serait déférer à l’ombre les propriétés inhérentes au corps qui la produit, en un mot réaliser une pure chimère.

N’est-il donc pas plus raisonnable, et plus conforme à ce que démontre l’observation journalière, d’admettre que, de toutes les parties de la dent, l’émail seul est privé de vie et par conséquent insensible; que l’ivoire, production essentielle de la papille , lui est uni par des rapports d origine et de contact trop intimes pour ne pas recevoir, sous une forme quelconque, inaccessible même à nos sens, une partie des agents de son excessive vitalité? Toute la question relative à la présence ou à l’absence des vaisseaux et des nerfs dans la partie ossiforme des dents se résume alors en ceci : il y a dans les dents trois choses distinctes : l’organe central ou la pulpe , qui est la partie essentiellement nervoso-vasculaire et par conséquent la plus vitale; l’ivoire qui protège cette pulpe et qui , quoique moins sensible, l’est assez cependant pour l’avertir de la présence des agents nuisibles; enfin lemail absolument inerte, qui n’est là que pour mettre les deux autres substances à l’abri de toute atteinte de la part des corps étrangers.

\oici, du reste, des nombreuses expériences que nous avons faites, celle qui nous paraît la plus concluante pour démontrer non seulement que l’ivoire n’est pas insensible, mais encore qu’il jouit d’une sensibilité assez marquée, et qui s’exerce même promptement. Qu’on introduise dans Ja cavité d’une dent fraîchement

extraite, intacte et pourvue d’un canal central encore très marqué , une petite tige de bois ou de fer enduite d’une couleur bleu-tournesol, et qu'on touche la couronne de cette dent avec un pinceau imprégné d’un acide quelconque : si l’agacement instantané qui suit l’application d’une substance acide sur les dents dépend, comme on le dit communément , et comme tout le monde l a cru jusqu’alors, de l’action sur la pulpe dentaire de cet acide qui imbibe subitement loute la partie ossiforme, cette action devra se faire sentir tout de suite sur la couleur bleue dont on a rempli le canal et la faire tourner au rouge. Eh bien , pas du tout ; ce n’est que longtemps après que cette couleur est attaquée par l’acide. Nous avons meme tenu plusieurs minutes plongées dans du vinaigre (acide acétique étendu d’eau) des couronnes de dents dont nous avions rempli le canal de sirop de violettes, sans que ce sirop tournât au rouge. Donc l’agacement a primitivement son siège dans une partie moins profondément située que la pulpe , et qui ne peut être que l’ivoire.

Notre opinion , comme on le voit , a le double avantage de rendre un compte satisfaisant des phénomènes physiologiques dont les dents sont le siège, et d’éviter la bizarre contradiction dans laquelle sont tombés la plupart des auteurs qui, après avoir impitoyablement refusé à l’ostéide dentaire toute trace d’organisation, se complaisent néanmoins à décrire les maladies dont il est si fréquemment affecté, et dont on ne peut, en bonne logique, expliquer le développement que par les lois de la vitalité générale.

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