partie antérieure et moyenne de chaque arcade dentaire
Cette classe de dents est à son maximum de développement chez les rongeurs, comme le lapin, le castor, etc.
Caractères généraux des incisives. Leur couronne est comprimée d’avant en arrière en forme de coin , un peu convexe en avant et concave en arrière, plane et triangulaire sur les côtés. Sa base est épaisse, continue à la racine; son tranchant libre, un peu plus large que la base et taillé obliquement aux dépens de la face postérieure pour les incisives supérieures , et aux dépens de la face antérieure pour les inférieures.
Lorsque les dents incisives ne sont pas encore usées par le frottement, elles présentent au bord tranchant
trois petites dentelures inégales, la moyenne étant un peu plus élevée que les latérales (1). Quant à leur racine, elle est simple, conoïde , aplatie latéralement, un peu plus épaisse en avant qu en arrière, et quelquefois marquée d’un petit sillon longitudinal sur les côtés; nous avons même vu ce sillon pénétrer assez profondément pour bifurquer le sommet et même la totalité de la racine, ce qui doit être pris en considération pour le placement des pièces à pivot.
Caractères différentiels des incisives . Les incisives supérieures sont beaucoup plus grosses que les inférieures; elles ont même un volume presque double. Les centrales ou moyennes du haut sont aussi beaucoup plus fortes que les latérales; mais un caractère important à signaler et que cependant les anatomistes les plus minutieux, même
(1) pans l’espèce canine ccttc disposition est très manifeste; elle donne à la dent la forme d’une fleur de Iis, qui est d’autant plus prononcée que 1 animal est plus jeune et que les dents aussi se renconu eut moins, comme nous le verrons en parlant de l’usure.
M, Cruveilhier, que nous avons cependant jusqu’à présent pris pour guide dans nos descriptions, ont omis, c'est que les moyennes ont leur bord tranchant tout-àfait droit, tandis que sur les latérales ce bord est coupé obliquement de dedans en dehors : de telle sorte que les quatre incisives réunies forment par leur bord libre une ligne droite à son milieu, mais légèrement recourbée
vers ses extrémités.
A la mâchoire inférieure, au contraire, les incisives latérales l’emportent sur les centrales pour la grosseur ; mais cette différence est peu sensible. Quant à leur bord tranchant, il est, comme en haut, droit dans les centrales et un peu oblique dans les latérales.
Denis canines ou laniaires.
Ces dents ( conoides de Chaussier), nommées canines parce qu elles sont très prononcées chez le chien, et laniaires parce qu’elles servent principalement à déchirer, sont en tout au nombre de quatre: deux à chaque mâchoire. Situées en dehors des incisives , elles sont par conséquent plus rapprochées du point d’appui et de la puissance qui fait mouvoir la mâchoire inférieure , et peuvent par cela morne vaincre de plus fortes résistances que les incisives qui sont à l’extrémité du levier.
Hunter a nommé ces dents uni-cuspidées à cause de leur sommet en pointe unique. Elles sont à leur maximum de développement chez les carnassiers. La défense du sanglier , celle même de l’éléphant , appartiennent à leur ordre (1). Dans certains poissons , le cachalot, par
(1) Telle n’était pas cependant l’opinion d’Aristote et de Pline, qui disaient que ï éléphant a deux grandes dents outre celles gui lui scr-
exemple, ces dénis sont renversées en arrière sous forme de crochets, et servent non point à déchirer, mais à arrêter la proie engloutie.
Caractères généraux des canines. Ce sont les plus longues de toutes les dents; aussi débordent-elles un peu les incisives, ce qu’on remarque surtout pour les canines supérieures. Leur couronne est conoïde, très convexe antérieurement, un peu concave et inégale postérieurement et terminée par un sommet pointu , mais le plus ordinairement tuberculeux, qui dépasse très souvent le niveau des autres dents.
Leur racine est simple comme celle des incisives, mais beaucoup plus longue et plus volumineuse; aussi i alvéole qui la renferme fait-il en avant une saillie en relief très prononcée. Son extrémité est quelquefois séparée en deux , mais ordinairement marquée d’un sillon qui annonce deux branches réunies en une seule, aplatie sur les côtés. Le collet des dents canines décrit en avant et en arrière deux courbes très prononcées.
Caractères différentiels des canines. Les canines supérieures l’emportent sur les inférieures en longueur et en épaisseur; mais à la mâchoire inférieure le collet de la canine et les parties voisines de sa couronne et de sa racine font une légère saillie hors de la courbe parabolique de l’arcade dentaire; c’est le commencement du relief que nous avons signalé plus haut.
vcm a manger , et qui regardaient ces deux dents comme étant d’une nature 1<)Utc particulière. M. Durai a vainement cherché à donner quelque crédit à cette opinion dans une notice insérée dans le tome VU des Mémoires de l' Académie royale de médecine; l’avis de Dau henton, corroboré des recherches de Cuvier, a prévalu.
Les racines des canines supérieures répondent à l’apophyse montante de Los sus-maxillaire et se prolongent même jusqu’à la base de cette apophyse chez certains sujets. Comme ces racines se dirigent vers la fosse orbitaire , le vulgaire a supposé qu’elles avaient des rapports avec l’œil , et les a en conséquence nommées œillères. C’est une erreur que nous osons à peine combattre, tant elle est évidente; remarquons seulement que la longueur de leurs racines , implantées comme de véritables chevilles , explique la difficulté qu’on rencontre quelquefois dans leur extraction et les accidents qui peuvent en être la conséquence.
Dents molaires.
Les dents molaires ont une couronne cuboïde dont l’extrémité libre est munie de tubercules destinés à broyer à la manière d’une meule. Hunter les a nommées multicuspidées ; mais les petites, pourvues de deux mamelons seulement, sont désignées sous le nom de bi-cuspidées .
Les molaires sont au nombre de vingt : dix à chaque mâchoire, cinq de chaque côté, dont trois grosses et deux petites. Elles occupent les cinq derniers alvéoles de chaque moitié d’arcade dentaire et se trouvent par conséquent plus rapprochées du point d’appui que toutes les autres dents ; ce qui leur donne , comme nous le démontrerons plus tard, une disposition très avantageuse pour exercer une puissante pression sur les corps que nous voulons écraser entre elles.
Les dents de cette espèce ont pour caractères géné- , raux* d’abord un aplatissement du sommet de leur couronne, et , par conséquent , une étendue de la face tri tu-
rante beaucoup plus grande que celle des deux espèces précédemment décrites. Leurs faces sont parallèles, c est à dire ne se rapprochent pas pour former un bord tranchant ou anguleux. Leur surface triturante est iné-
gale et bosselée. Leur couronne est arrondie , même un peu quadrilatère, et courte dans son sens vertical. Leurs racines sont multiples.
Caractères généraux des petites molaires ( bi-cuspidées). Nous savons déjà quelles sont au nombre de huit, quatre à chaque mâchoire, deux de chaque côté et occupant l’intervalle que laissent entre elles les canines et les grosses molaires, de telle sorte qu’une ligne qui couperait l’orbite en deux parties égales tomberait dans l’interstice qui sépare la seconde petite molaire de la premicie des trois grosses. Leur couronne est cylindrique, a peu près large comme celle de la canine, comprimée sui\ant le diamètre qui répond à la courbe parabolique des arcades dentaires; les faces antérieure et postérieure sont planes ; les deux autres, c’est à dire l’interne et l’ex-
terne , sont convexes.
L extrémité libre de cette couronne offre deux tubercules conoïdes, courts, l’un externe, un peu plus gros, l'autre interne, séparés par un sillon qui suit la direction de l'arcade. Quant à la racine, elle est unique ou bifide ; mais, dans le premier cas, elle est profondément sillonnée dans le sens de sa longueur.
Caractères différentiels. Les petites molaires inférieures sont moins fortes que les supérieures, dont elles diffèrent encore par la direction de la couronne qui est egerement déjetée en dedans et par l’usure du tubercule externe. La pi entière, un peu plus petite que la seconde, nollrc souvent qu’un seul tubercule qui est l’externe;
disposition qui lui donne quelque ressemblance avec la canine qu elle touche.
Les tubercules des petites molaires supérieures sont séparés par un sillon plus prononcé que celui qui divise les tubercules des inférieures. Dans ces dernières ils sont quelquefois réunis. La seconde d’en haut présente, dans la majorité des cas, deux racines, ce qui la différencie des autres.
Trouver, comme l a fait un auteur moderne (1), la raison de cette double racine des petites molaires supérieures dans la crainte qu’a eue la nature qu’elles ne tombassent, est en vérité une subtilité que bien des personnes s’étonneront de rencontrer dans un ouvrage donné comme un travail sérieux.
Caractères généraux des grosses molaires ( multi-cus pidées). Au nombre de douze, six à chaque mâchoire, trois d’un côté et trois de l’autre, elles occupent la partie la plus reculée de l'arcade alvéolaire. La dernière a reçu le nom de dent de sagesse à cause de son apparition tardive. Leur couronne est beaucoup plus grosse que celle des précédentes qu’elles débordent même sensiblement en dehors de l’arcade dentaire; sa forme est cylindrique , un peu aplatie sur les deux côtés par lesquels elles se correspondent, mais arrondie et convexe sur les faces externe et interne. Leur surface libre ou triturante est garnie de quatre, quelquefois même de cinq tubercules inégaux , taillés à facettes , séparés par un sillon crucial et souvent par de petites fossettes.
Leur racine est toujours multiple, double ou triple, et, dans ce cas , l’une des branches offre un sillon longitu-
(1) Lefoulon ; Nouveau Traite de t ai't du Dentiste , page 29.
dînai qui indique la réunion de deux en une. Quelquelois elle est quadruple ou quintuple, mais variable pour la longueur et la direction. Ces racines sont tantôt divergentes, tantôt parallèles ; quelquefois, après s’être écartées, elles se rapprochent et se recourbent en forme* de crochet qui embrasse une plus ou moins grande portion de l’os maxillaire. Quand les dents présentent cette; disposition, ce qui n’est pas très rare, on les appelle dents barrées; leur extraction ne peut se faire sans celle de la portion osseuse qu elles embrassent. Toute prétention contraire serait une absurdité.
Caractères différentiels. La couronne des grosses inolaiics inférieures est un peu déjetée en dedans, celle des supérieures est tout-à-fait verticale. Les grosses molaires inférieures sont les seules dents qui aient une couronne plus volumineuse que leurs correspondantes d en haut. Il est lacile de distinguer les supérieures des inférieures en tenant compte de la disposition de leurs racines; ainsi, dans les inférieures, les racines sont au nombre de deux, une en avant, l’autre en arrière. Ces racines sont très fortes, larges, aplaties aussi d’arrière <*n avant, assez profondément sillonnées suivant leur longueur, bifurquées à leur sommet. Les supérieures ont ordinairement trois racines, deux externes souvent
réunies, et une interne le plus communément très divergente.
La première grosse molaire se distingue des deux au- Ues par son volume qui est généralement plus considérable. Sa couronne a ordinairement quatre et quelqueo's cinq tubercules, deux en dedans et trois en dehors.
’ pou moins volumineuse que la première, st munie à la mâchoire inférieure de quatre tubercules
séparés par une rainure cruciale qui est moins régulière à la supérieure dont le corps a une forme rhomboïdale.
Quant à la troisième grosse molaire ou dent de sagesse, elle se distingue de la première et de la seconde par son volume qui est sensiblement moindre, par sa couronne qui n’a généralement que trois tubercules , par son axe qui est fortement dirigé en dedans , et pai ses racines qui sont quelquefois plus ou moins complètement réunies en une seule. Mais dans ce cas on ne manque
jamais d’y trouver les traces du caractère propre aux molaires, c’est à dire les vestiges de trois racines réunies en une pour celle d’en haut et en deux pour celle du bas. Au reste, la dent de sagesse est celle qui offre le plus de variétés ; c’est ainsi qu’au lieu de se diriger perpendiculairement, elle affecte très souvent une direction oblique en dedans ou en dehors , et qu’au lieu d’ofTrir trois ou quatre tubercules elle n’en présente que deux ou même qu'un seul; tandis que, dans quelques cas, on a vu sa couronne divisée en six , huit et même dix tubercules rangés sur deux lignes et séparés par un sillon ou des dépressions assez profondes (1). 11 n’est même pas rare de ne pas la rencontrer sur quelques individus chez lesquels elle est restée ensevelie dans 1 épaisseur de la lubérosité maxillaire.
Structure des dents.
Il est peu départies de l’organisation humaine dont la structure ait exercé les anatomistes autant que celle des
(i) m Lemaire rapporte, dans son Traité sur les dents , un exemple fort curieux de ce dernier genre; nous en possédons également
plusieurs.
dents. Si nous induisons uux don nées les plus précises ce cju on a écrit à leur sujet, nous reconnaissons qu’elles sont essentiellement composées de deux substances: 1 une extérieure, dure ou corticale, n’offrant que de faibles traces d’organisation, que sa ressemblance avec le tissu général des os a fait nommer ostéidc , et qui se divise elle-même en émaU et ivoire; l'autre intérieure, molle ou pulpeuse, profondément organisée, appelée pulpe ou noyau de ta déni ( pulpe centrale de Cuvier).
On voit, d’après cela, que les dents ne sont pas pleines, mais creusées d une cavité située au niveau du collet et jusqu au centre de la couronne. Cette cavité présente à peu près la forme de la dent sur laquelle on l'examine; elle est généralement d’autant plus considérable que I individu est moins avancé en âge; on la trouve souvent même oblitérée chez l’adulte. Fermée du côté de la couronne, elle se prolonge en se rétrécissant de plus en plus vers le sommet de la racine et s’j ouvre, suivant le nombre des racines, par un ou plusieurs trous par ou passent une artère, une veine et un filet nerveux. File logo la pulpe ou papille dentaire.
1" La portion dure ou corticale est elle-même aussi composée de deux substances, comme l’avait déjà parfaitement démontré Eustachi (1) ; l’une qui revêt d’une couche peu épaisse la couronne, mais la couronne seulement (2) , cl finit en s’amincissant au collet: on l’a appelée email a cause de sa ressemblance avec la couche vitreuse de la porcelaine; l’autre, qui forme toute la racine
(1) Küstaciii. De Dent, bus. Vide opuscul. anatomi.,\ 57Zi. In-4».
s’éLL cependant que l’émail
lame «tr«mement mince sur toute la surface de la uciue, mais rien assurément n'autorise cette assertion.
et la partie profonde de la .couronne, est l'ivoire , qu’on a aussi improprement nommé os dentaire.
L’émail est une substance particulière, sans analogue dans l’économie , demi-transparente, surtout dans les dents de première dentition , variable de couleur non seulement sur le même individu , mais dans la même rangée de dents, depuis le blanc de perle laiteux ou bleuâtre jusqu’au jaune foncé tirant même sur le brun. Sa texture est éminemment fibreuse; disposition qui est très manifeste quand on l’étudie sur des fragments de couronne, où 1 on aperçoit distinctement que l émail se compose de fibres courtes, sortes d’aiguilles cristallines fortement pressées les unes contre les autres et s élevant, non pas tout-à-fait perpendiculairement, mais un peu obliquement de la surface extérieure de 1 ivoire. Quand on frappe fortement sur la couronne d’une dent de quelque grand mammifère, comme le cheval ou le bœuf, on fait aisément sauter l’émail qui s’enlève alors par longs éclats précisément à son insertion au noyau osseux qu il recouvre.
Plusieurs auteurs modernes semblent donner cette texture fibreuse de l’émail comme un fait anatomique dont la découverte leur appartient. Ils se trompent, car cette texture est très anciennement connue; nous n’en citerons, pour preuve , que le passage suivant d un mémoire de Lahire , publié il y a près de cent cinquante ans (1) : « La substance de l’émail est composée d’une infinité de petits filets qui sont attachés sur la partie interne de la dent par leurs racines, à peu près comme les poils et les ongles le sont sur les parties auxquelles
(1) Mémoires de l’Académie royale des sciences, de 1699.
ils s attachent. Ou voit très facilement cette composition sur une dent rompue, où l’on remarque que tous ces lilets sont toi t inclinés à celte partie et presque perpendiculaires sur la base de la dent : par ce moyen, ces filets résistent davantage à l'effort qu’ils sont obligés de faire à cet endroit. »
L’émail est excessivement dur, et celte qualité est pour lui un puissant élément d’inaltérabilité : tant que les dents en sont revêtues, elles résistent à la plupart des causes d’altération provenant des corps avec lesquels elles sont ordinairement en rapport; mais aussitôt que I ivoire est mis à nu, elles se détériorent avec la plus grande facilité (1). Dans les anciens squelettes , lorsque toutes les autres parties de la dent sont déjà réduites en poussière, l’émail conserve encore sa consistance et sa solidité. Par une triste compensation, celte extrême du iete lait que 1 émail est assez fragile; aussi la percussion brusque d un corps dur peut-elle le briser, ou en détacher des éclats.
L épaisseur de 1 émail est extrêmement variable; chez quelques personnes il forme une grande partie de la couronne des dents, tandis que chez d’autres, au eontiaire, il n est disposé que par enfiches très minces. Tou jours plus épais chez l’adulte que chez l’enfant , dans les grosses molaires que dans les canines, et dans celles ci que dans les incisives, il est plus prononcé à l'extrémité triturante de la dent, s’y use avec le temps par
l’effet du frottement et y disparaît presque entièrement chez les vieillards.
(D Cotte assertion no doit cependant pas être prise dans un sens absolu connue nous le verrons dans la partie consacrée à la pathologie, <mi traitant de la cane, de Y usure, etc.
Bien que Mascagni (1) ait regardé la substance émailleuse comme entièrement formée de vaisseaux absorbants, il a cependant été jusqu ici tout-à-fait impossible d’y démontrer la moindre trace de vaisseaux. Les injections ne la pénètrent jamais , l’usage de la garance ne la colore point en rouge. Soumise à l’action du feu, elle se sépare de l’ivoire, noircit d’abord un peu, puis se ternit, se fendille et devient friable après avoir résisté pourtant plus longtemps que l’ivoire dont nous allons bientôt parler. Si on plonge l’émail dans l’acide nitrique légèrement étendu d’eau, il se dissout, devient floconneux et prend une couleur blanchâtre. Gratté avec un instrument tranchant, il se réduit en poussière, ce qui le distingue encore de l'ivoire qui se divise en lames extrêmement minces et forme des espèces de copeaux semblables à ceux qu’on obtient en rabotant le bois à fibre droite.
L’analyse chimique de l’émail a été faite plusieurs fois ; mais on regarde généralement la suivante, qui est de Berzélius, comme la plus satisfaisante; il contient, d’après ce savant :
Phosphate de chaux 85 3
Carbonate de chaux 8 0
Phosphate de magnésie 1 5
Matière animale et eau 0 20
Les résultats obtenus par Pépys diffèrent peu de ceuxci ; seulement ce chimiste prétend avec M. HatchefT, et contradictoirement aux analyses de Fourcroy et Vauquelin, que cette substance ne contient pas de tissu cellulaire ou cartilagineux. On est porté à admettre cette
(1) Vasorum iymphaticorum corporis humant kistoria f etc.
dernière opinion parce quelle est fondée sur l’aspccl lout-à-fait inorganique de l’émail.
L’ivoire constitue à lui seul presque toute la dent dont il forme la racine en totalité et le corps en très grande partie. Sa dureté et sa fragilité sont beaucoup moindres que celles de l’émail. Sa couleur est d’un blanc jaunâtre
comme satiné, sa texture extrêmement dense. On n’y distingue ni libres, ni cellules, mais on y reconnaît une disposition lamellouse, surtout dans la couronne qui parait <;n effet assez évidemment être formée de couches concentriques , de cornets emboîtés les uns dans les autres et parallèles à la surface extérieure de la dent. La ra-
cine ne présente pas distinctement cette disposition; sa cassure a ordinairement un aspect soyeux et chatoyant.
Celte partie de la dent se compose de matières calcaiics et animales , comme le démontre 1 analyse que nous allons bientôt en rapporter; mais le point sur lequel on a le plus discuté, c’est de savoir si elle possédait des vaisseaux ou si elle en était privée. Blake(l) et Fox, s<* fondant sur la tuméfaction et le ramollissement qu’on a observés quelquefois à la racine, ainsi que la soudure qu’ils ont cru remarquer à cette partie avec l’alvéole, en ont conclu qu ou devait y admettre des vaisseaux. Mais
les arguments qui portent a une opinion contraire sont forts et nombreux ; ainsi, il est évident que l’injection ne l,i pénétré pas; une lois formée, elle s use par le frottement à la manière d’un corps inorganique, sans qu’elle
so réPare et sans que rien y atteste la présence d’un mouvement nutritif.
Beclard , ne voulant pas admettre une communication vasculaire entre l’ivoire de la couronne et la pulpe den-
I) Disseriaiio de dentium formatwne , etc.
Edimbourg. 1708.
ÏU —
taire, pense cependant que l’ivoire reçoit de cette dernière continuellement un liquide par imbibition ; qu’il est par conséquent , à l’égard de la pulpe , dans la même condition que les poils, les ongles, les cornes en général, à l’égard de la partie vasculaire de la peau. Quant à l’ivoire des racines , nous pensons que sa texture, l’action organique et les altérations morbides qui se développent en elles , sans y mettre en évidence des vaisseaux continus avec ceux de l’organisme général , autorisent du moins à regarder la question comme résolue en faveur de leur présence.
Quoi qu’il en soit de l’organisation de l’ivoire , il résiste beaucoup à l’air , et si on le soumet à 1 action de l’acide nitrique affaibli , il se comporte comme le tissu des os, c’est à dire que sa substance calcaire est dissoute, etqu’il reste un parenchyme tenace, iïexible, sans aspect fibreux ni alvéolaire; quand au contraire on le soumet à l’action du feu, il brûle en répandant une odeur animalisée qui dépend de la présence de la gélatine, devient noir, et laisse, à parfaite combustion, un résidu blanc , dur et friable.
Berzélius a trouvé dans la substance éburnée, sur
100 parties :
Phosphate de chaux.
Fluate de chaux
Phosphate de magnésie. . .
Carbonate de magnésie. . .
Soude et chlorure de sodium.
Matière animale et eau. .
i,ao
D’après Pépys, les racines sont formées sur 100 parties de
Phosphate de chaux 58,0
Carbonate de chaux Ml
Matière animale 28,0
Eau et perte
Voulant avoir une analyse plus récente des parties constitutives du tissu osseux de la dent , nous avons prié M. le docteur Foy, professeur de chimie médicale, et aujourd’hui pharmacien en chef de l'hôpital Saint-Louis, de vouloir bien la faire. Cet honorable chimiste a obtenu les résultats suivants.
Pour la matière éburnée delà couronne privée d’émail :
Phosphate de chaux 61,93
Fluate de chaux 2,12
Phosphate de magnésie. . . . 1,05
Carbonate de magnésie 5,29
Soude et chlorure de sodium. . 1,51
Matière animale et eau. . . . 28,00
Pour la racine :
Phosphate de chaux 58, 0
Carbonate de chaux 6, 0
Matière animale 9, 0
Eau et perte 11, 0
L’ivoire diffère donc beaucoup de l’émail, car il contient un peu de matière animale analogue à celle des os, ainsi que le démontrent ces analyses et ainsi qu’on peut le voir sur plusieurs préparations déposées dans les collections de la Faculté, tandis que l’émail est presque entièrement calcaire. Celte présence d’une matière cartilagineuse dans 1 ivoire et sa manière de se comporter a 1 égard du calorique qui agit sur lui absolument comme sur les os , bien qu’insuffisantes pour établir une similitude entre l’ivoire et ces derniers, sont cependant invoquées tous les jours, le seront même bientôt par nous pour expliquer certaines maladies des dents qui ont, quoi que nous puissions dire, avec celles du système osseux, la plus frappante analogie.
Quant ,i 1 union de 1 émail et de 1 ivoire. Cuvier Q)
IJ Ltuclcs et recherches sur les
ossements fossiles.
prétend qu il existe entre ces deux substances une ligne venant se terminer au collet et se continuant avec la lame de la paroi du follicule qui adhère à la racine de la dent, Ce savant anatomiste regarde même cette ligne comme indiquant l’existence d’une membrane très fine qui , lorsqu’il n’y a encore aucune partie de l’ivoire de transsudée, enveloppe immédiatement la papille. A mesure que cette papille s'éloigne de l’ivoire, elle se retire en dedans et s’éloigne aussi de la membrane qui lui sert toujours de tunique commune à elle et à la matière qu'elle a transsudée par dessous. L’émail, de son côté, est déposé sur cette tunique par les productions de la lame interne de la capsule, et il la comprime tellement que bientôt elle devient imperceptible dans la portion durcie de la dent , ou du moins qu elle n’y paraît sur la coupe que comme une ligne grisâtre fine qui sépare l’émail de la substance interne.
M. Duval a beaucoup insisté, dans ces derniers temps, sur l’importance de cette ligne, et M. Blandin (1) dit positivement avoir trouvé et annoncé dans ses cours la membrane qu’elle représente. Ce dernier va même jusqu’à comparer la disposition relative de l’ivoire et de l’émail des dents à celle des extrémités osseuses et des cartilages des articulations, et regarde la membrane dont nous parlons comme remplissant les fonctions de la synoviale interposée à l’os et au cartilage.
2° La portion molle ou pulpe dentaire occupe la cavité dont nous savons que le corps de la dent est creusé et dont elle représente parfaitement la forme. C’est, dit
(\) Anatomie du système dentaire , considérée dans i’ homme et les animaux. Paris, 1836, page 75.
M. J. Cloquet (1), une espèce de ganglion, d'une sensibilité exquise, se continuant avec le pédicule vasculaire et nerveux qui entre par la racine, et dont il ne semble être qu’un épanouissement. Ayant une couleur grisâtre et la mollesse des fongosités muqueuses , elle est en effet intimement unie aux vaisseaux et aux nerfs dentaires au moyen d’un pédicule vasculaire et nerveux, qui pénètre la racine des dénis par l’ouverture dont est percé son sommet. Son volume est généralement en raison inverse de l’âge.
M. Blandin ne considère la pulpe ou le noyau dentaire que comme une continuation des follicules dentaires; voici comment il s’exprime à cet égard : « Les follicules dentaires sont placés dans les alvéoles en nombre égal aux dents ; ce sont de petits sacs formés par des dépressions de la membrane muqueuse au niveau du collet de la dent. A l’extérieur, ils sont unis intimement au périoste alvéolaire et s'enfoncent dans toutes les anfractuosités des alvéoles; à l’intérieur, le follicule sorti de l’alvéole est rempli par la racine de la dent à laquelle d adhère fortement; son goulot ou ouverture buccale embrasse le collet et s y fixe; son fond donne naissance a la papille ou noyau pulpeux. »
Nous insistons sur cette opinion parce qu’elle confirme ce que nous avons établi précédemment, savoir qu’il existe une grande analogie entre le follicule dentaire et celui despoils et des plumes, ou, pour parler en termes plus explicites, entre le tissu des dents et celui des diverses productionsépidermiques. Les deux follicules sont en effet formés par un repli d une membrane tégumen-
1) Anatomie acscnpnve, avec planches.
taire; tous deux, comme le dit M. Blandin, sont principalement unis aux parties voisines par un pédicule nerveux et vasculaire; tous deux ont un goulot rétréci adhérant à l’organe qu’ils produisent et entouré d’un cercle folliculaire; tous deux donnent naissance à une papille dans leur fond; tous deux enfin tiennent renfermés, celui-ci la dent, celui-là le poil ou la plume.
Les seules différences bien sensibles , continue le même anatomiste, qui séparent les deux follicules, consistent en ce que le dentaire est muqueux, tandis que le pilifère ou pennifère est presque toujours cutané; en ce que le premier est enfoncé dans l’alvéole, tandis que l’autre est plongé dans le tissu cellulaire général; et enfin en ce que la papille du follicule dentaire est pédiculée, tandis que celle du follicule pilifère en particulier est sessile ou tubulosée. Celte dernière différence explique laccroissement borné de la dent et le développement indéfini du poil, ainsi que nous le verrons en traitant spécialement du follicule dentaire dans le chapitre consacré à l’histoire physiologique des dents.
A tout ce que nous venons de dire ajoutons seulement que le rendement qui forme la pulpe dentaire est pénétré par un grand nombre de vaisseaux sanguins et de filets nerveux. La présence de ces derniers explique l’ excessive sensibilité de cette pulpe à l irritabilité de laquelle la plupart des auteurs n’ont pas hésité a rapporter les diverses douleurs dentaires, et même tout ce qui a été écrit sur la sensibilité et la vitalité des dents. Cuvier va jusqu’à la regarder comme presque aussi délicate que la substance gélatineuse du labyrinthe de l’oreille.
Enfin, dans une excellente dissertation publiée en
1817, M. Serres (1), dont les recherches à cel égard ont en partie servi de guide à ceux qui se sont depuis occupés de l’ appareil dentaire, a décrit une série de petits corps qu’il a appelés glandes dentaires et qui sont disposés en cercle sur les bords alvéolaires, autour du goulot du follicule (2). Ces corps sont cux-mémes de petits follicules qui sécrètent une matière destinée à lubréfier le bord alvéolaire avant la sortie des dents, et qui, suivant lui, formerait plus tard le tartre.
Celte dernière supposition tombe malheureusement d’elle -même devant les observations de M. Em. Rousseau (3), qui, tout en reconnaissant l’existence de ces glandes, a néanmoins prouvé qu’elles disparaissaient après l’éruption des dents. Ces corps existent effecli veinent, nous en avons acquis nous-mêmes la certitude; mais nous pensons avec M. Blandin qu’ils sont absolument étrangers au tartre, comme nous aurons occasion de le dire encore plus tard, et nous croyons qu’ils sont plutôt analogues à ces follicules qu’on rencontre autour du goulot de la matricule des poils : ce qui confirmerait de plus en plus l’opinion assez généralement admise aujourd’hui sur la nature des dents. M. Delabarre reconnaît également leur existence; mais il pense qu’ils appartiennent à l’appareil muqueux et salivaire, et qu’ils sécrètent une partie du fluide destiné à enlretonir la flaccidité et l’élasticité des gencives.
(1) Essai sur l’Anatomie et la Physiologie des dents. In-8°.
(2) Pour être justes, il faut cependant reconnaître que M. Hippolyte Cloquet les avait décrits avant M. Serres : voyez son Traite d’ Anatomie descriptive.
(.V) Anatomie comparée du système dentaire chez l’homme et les principaux animaux. Paris, 1827, grand iu-8°, avec trente planches.
Des dents de première dentition.
Les caractères anatomiques que nous venons de décrire appartiennent exclusivement aux dents d’adultes, c’est à dire à celles de la deuxième dentition. Mais chez l’enfant de trois à quatre ans il existe des dents assez différentes pour que nous soyons obligés de les examiner séparément. Sur la connaissance exacte des caractères qui leur sont propres sont établis des faits de pratique de la plus haute importance.
On appelle ces dents infantiles ou dents de lait , parce qu’elles appartiennent à l’enfant et que leur apparition se fait ordinairement dans le moment où il est encore à la mamelle. On les nomme aussi dents temporaires, par opposition à celles que nous avons décrites et qu’on appelle permanentes.
Les dents de lait sont au nombre de vingt , dix à chaque mâchoire. Désignons seulement les caractères généraux par lesquels elles se distinguent des permanentes.
Leur couleur, au lieu d’être d’un blanc d’ivoire ou d’un jaune clair, est d’un blanc bleuâtre ou azuré. Les incisives et les canines se distinguent toujours des incisives et des canines permanentes par un volume moindre et par la brièveté de leurs racines qui , maintes lois, sont même entièrement détruites, ainsi que nous l’expliquerons plus tard en traitant du phénomène physiologique en vertu duquel se succèdent les deux espèces
de dents.
Les deux molaires , qui sont les petites , diffèrent beaucoup des mêmes dents de l’adulte; elles se rappro-
client davantage des grosses molaires, dont cependant elles se distinguent par le peu de hauteur de leur couronne qui est cylindroïde et présente cinq tubercules à la face triturante, dont trois en dehors et deux en dedans. Les petites molaires de l'adulte n’ont ordinairement que deux tubercules et les grosses quatre, comme nous l’avons dit précédemment.
Envisagées sous le point de vue de leur volume et sous le rapport de leur disposition générale, les dents infantiles offrent encore les deux caractères suivants : de même que 1rs permanentes , elles sont aussi plus fortes à la mâchoire supérieure qu’à la mâchoire inférieure; mais elles ne forment pas par leur réunion,, comme les permanentes, des rangées paraboliques , ou mieux deux courbes ovales s’emboîtant, mais deux arcades qui ressemblent à des arcs de cercle et diffèrent assez peu l’une de l’autre.
L’analyse chimique comparative des dents des deux dentitions a aussi démontré que celles de la première contiennent un peu moins de phosphate de chaux que
celles de la seconde. C’est à cette quantité moindre de sels qu il faut attribuer la transparence ou l’aspect laiteux, et surtout la plus grande altérabilité des dents de lait ; aussi sont-elles fréquemment trappées de carie quand elles tombent pour faire place à celles qui doivent leur succéder.
Enfin, pour compléter l’histoire des dents de l’homme considérées aux différents âges, nous donnons ci-contre I analyse qu en a faite M. Lassaigne, professeur de chimie a 1 école vétérinaire d’Alfort :
Objets soumis \ à l’analyse.
Matière animale \ sur 100 parties.
Phosphate de \ chaux
\ sur 100 parties.
Carbonate de chaux
sur 100 parties
Dents ,
De l’homme à 81 ans. i
D’adulte |
D’un enfant de 6 ans. f
D’un enfant de 2 ans. \
D’un enfant de 1 jour,''
De momie d’Égypte. 1
Cartilage gengival 1
D’un enf. de 1 jour.
Pulpe dentaire
D’un enf. de 1 jour.
Sac dentaire
D’un enf. de 1 jour./
Variétés et anomalies des dents.
Parfaitement identiques dans les deux sexes, les dents présentent de nombreuses variétés et quelquefois de bien curieuses anomalies. M. Blandin (1) rapporte ces variétés à trois circonstances : l’âge, la race et les individus ; mais comme il est obligé de reconnaître que les races n’impriment aux dents que d’insignifiantes variétés, et comme les recherches auxquelles nous nous sommes longtemps livrés pour rendre notre collection une des plus complètes nous ont convaincus que les différences qu’offrent quelquefois les dents de certains peuples sont moins la conséquence positive de caractères naturels que le résultat de certaines habitudes, nous n’admettrons que deux ordres de variétés : celles qui dépendent de l âge et celles qui sont relatives aux individus.
1° Variétés des dents suivant les âges.
Nous avons déjà tracé quelques-uns des caractères que les progrès de la vie impriment aux dents; il nous reste les considérations suivantes à présenter :
(t) Ouvrage cité.
La racine des dents est toujours développée en raison inverse de la couronne. Chez l’enfant très jeune, cette racine n’existe pas, à proprement parler, mais la couronne , au contraire, a déjà presque acquis la grosseur qu elle doit avoir plus tard. Dans un âge un peu plus avancé, la racine est bien loin d’avoir atteint toute sa longueur, et pourtant la couronne commence à s’user à son extrémité. Chez l adulte , déjà quelques dents ont perdu, par l’usure, les saillies dont le sommet de leur couronne est garni, et depuis long-temps leurs racines ont cessé de s’accroître. Enfin, chez le vieillard, la couronne est quelquefois complètement détruite, alors que la racine est encore tou t-à-fai t intacte; de telle sorte que leur destruction naturelle se fait dans l’ordre meme de leur développement.
Comparées entre elles, les dents suivent aussi pour l’usure la marche qu elles ont suivie pour leur apparition. Ainsi, ce prélude de la destruction commence par les incisives. Est-ce parce que, développées les premières, elles servent avant les autres? C’est une raison, sans doute, mais la ténuité du sommet de leur corps ot la fréquence de leur emploi chez l’homme sont aussi deux raisons parfaitement admissibles; l’émail d’ailleurs estmoinsépais à leur extrémité que sur lesaulres dents.
Au bout d’un temps qui varie suivant une foule de circonstances , mais particulièrement d’après le genre
devieet l’état dans lequel se sont trouvées les dents après leur lormation, les petits mamelons dont se trouve garni le sommet de la couronne ont disparu, et avec eux tout l’émail qui revêtait ce sommet. C’est cet étal qu’on \ eut exprimer en disant que la dent est rasée. Dans cette circonstance, le centre de la surface triturante présente
une teinte jaunâtre , et sa circonférence est entourée d’une ligne d’un blanc mat. La tache est l’ivoire qui se trouve à nu , et la ligne , la trace de l'émail qui lui sert d’étui ; émail dont on trouve encore quelques petits points dans le fond des dépressions du sommet de la couronne.
À mesure qu’un individu avance en âge, l’usure de ses dents fait des progrès. Chez les vieillards, elle envahit quelquefois toute la couronne, sans cependant que la cavité dentaire soit même ouverte ; ce qui dépend , comme nous le verrons plus tard , d’un nouveau dépôt de matière ossiforme (osselet) qui vient se présenter comme un bouchon pour protéger cette cavité.
Il résulte nécessairement de ce qui précède, que le degré d’usure des dents devrait fournir des données assez positives pour la détermination des âges. Cela peut être exact pour les animaux qui ont une nourriture et un genre de vie uniformes; mais il ne saurait en être de même chez l’homme dont les aliments sont variés comme les goûts, et aux dents duquel les habitudes et les maladies impriment souvent des altérations qui en modifient la composition et en rendent l’usure plus prompte. Toutefois , en tenant compte de ces circonstances, on peut encore quelquefois obtenir des résultats approximatifs d’une assez haute importance. Nous reviendrons plus loin sur cette question.
2° Variétés des dents suivant les individus.
Il n’est assurément aucun organe qui, suivant les individus, offre autant de variétés que les dents. Pour nous conformer à l’ordre généralement adopté à cet égard.
nous rapporterons ces variétés à cinq chefs principaux :
au nombre , à la forme , à la direction, à la position , enfin à la structure.
Variétés dans le nombre. Ce sont on des variétés par défaut, ou des variétés par excès. Les premières consistent, soit dans l’absence totale de dents, ainsi (pie Fox, Borelli , Sabatier et Baumes en ont cité des exemples ; soit dans l’absence d’un grand nombre, comme chez un sujet que nous avons connu , qui ne présentait à chaque mâchoire que quatre incisives, et comme l’ont aussi observé Schmilt ctFauchard; soit enfin, ce qui est infiniment plus commun, dans l’absence d’une ou de deux dehts seulement, vice de conformation qui paraît même être héréditaire dans quelques familles; tantôt c’est une canine, et tantôt c’est une incisive qui n’a point paru.
Il n’est pas rare non plus de trouver des sujets, ce sont darticulièrement des femmes, chez lesquels les dents de sagesse ne paraissent jamais , surtout en bas. Mais le plus ordinairement, dans ce cas, la dent est restée cachée dans son alvéole ou dans l’épaisseur de la branche de la mâchoire et aurait fini par sortir; car nous pensons qu’une dent tardive est sinon l’agent, du moins le motif d’un travail d expulsion qui ne cesse qu’à sa sortie.
Nous ferons remarquer que l’anomalie dans le développement des dents, qui va jusqu’à laisser les mâchoires entièrement dégarnies, est extrêmement rare ; nous ne 1 avons personnellement jamais rencontrée.
Quant à 1 absence d’une ou de plusieurs dents, on l’observe assez souvent pour les grosses molaires, et dans quelques cas, nous le répétons, ieur défaut n’est qu’apparent et dépend uniquement de ce quelles sont restées renfermées dans leurs alvéoles au delà du temps vers lequel elles paraissent ordinairement. Ledocteur De-
vaut (1) rapporte 1 exemple d’un de ses condisciples mort à dix-huit ans, à Paris, avec cinq dents de moins à la mâchoire inférieure, trois molaires du côté droit et deux du côté gauche ; ses gencives étaient larges et gonflées , sans doute par les germes qu elles contenaient , et ne présentaient nullement le rebord tranchant qu’otïïe la gencive du nouveau-né ; il ne se rappelait pas avoir eu de dent à cet endroit, et jamais on ne lui en avait arraché. On dit aussi qu un magistrat de Frédérikstadt (2) n avait jamais eu que des molaires, mais point de canines ni d’incisives.
Fauchard nous a aussi laissé l’observation curieuse d’un enfant de cinq à six ans, chez lequel la plus grande partie des dents n’avait jamais paru. Brouset, dans son excellent Traité de l'éducation médicale des enfants (3), parle également d’un sujet de douze ans qui n’avait que la moitié de ses dents, et dont les bords alvéolaires avaient acquis la consistance des gencives du vieillard.
Du reste, il n’est aucune dent dont l’absence, soit isolément, soit conjointement avec d autres, n ait été quelquefois observée. La diminution du nombre des dents, parce que deux d’entre elles ou un plus grand nombre sont réunies, est une anomalie assez rare; mais nous pensons qu’on la croit à tort moins fréquente que leur absence absolue , car nous en avons rencontré plusieurs exemples ; nous possédons entre autres deux incisives du même côté tellement réunies , qu elles n en forment véritablement qu’une. Ce qui est difficile a admettie, c’est la réunion de toutes les dents d’une même mâ-
r\ j Essai sur la nature et la formation des Dents ; Thèse inaugurale. Paris, 1826.
(2) Voyez les Ephcmérides des curieux de la nature.
(3) Tome premier.
choire : les exemples de ce genre rapportés par Pline, Plutarque , Bartholin, Mélanthon et quelques autres auteurs, historiens ou naturalistes, ne sont très probablement que des faits mal observés.
Quant à la réunion de deux dents en une seule, elle se fait ou par la couronne ou par la racine, ou erdin par les deux à la fois. Le premier cas est plus commun pour les incisives, et le second pourles molaires; et, en examinai]! attentivement les exemples de ce dernier cas, on est force de reconnaître qu’il y a presque toujours, non pas adhésion directe, primitive, mais seulement aecolement par l entremise du périoste alvéolo-dentaire ossilié; c est à dire que c’est une espèce d’ankylose formée par l’union des racines des deux dents à travers la cloison inter-alvéolaire, détruite à la suite d’une inflammation du périoste alvéolo-dentaire.
L union des couronnes, au contraire, est une véritable lusion de deux dents, dans laquelle les substances éburnées sont communes à l une et à l’autre. Elle a lieu lorsque les dents sont encore a l étal embryonnaire * doux germes se sont trouvés très voisins l'un de l'autre, la cloison intermédiaire ne s’est pas développée; ils sont alors restés dans le même alvéole, leurs deux papilles se sont confondues, et les couches calcaires , après s’être étendues à tout le pourtour de cette double papille, se sont séparées pour former les deux racines des dents confondues. Si nous en jugeons par les cas qui se sont présentés à notre observation, l’union «le la canine et de l’incisive latérale serait un des plus fréquents, ce qui s explique très bien par la forte pression que la canine exerce toujours sur ! incisive latérale lors de sa formation.
L’excès en nombre des dents dépend presque toujours de la persistance de celles de première dentition. Aussi , ces dents, qu’on appelle surnuméraires , soit qu’elles paraissent isolément, soit qu’elles forment une série complète, se montrent-elles presque toujours en arrière des autres. 11 y a cependant des circonstances où l'on est forcé d’admettre l’existence, dans les mâchoires, de troisièmes germes. Tels étaient sans doute le cas du fils de l’ anatomiste Columbus et celui rapporté par M. Serres (1), d’une domestique de M. Geoffroy, médecin de l’Hôtel-Dieu , qui avait une double rangée dentaire, et qu’on avait nommée quarante clents. On est fréquemment trompé sur l’existence des dents surnuméraires. Plusieurs fois nous avons, par l’inspection de la bouche, prouvé à des personnes qui pensaient avoir plus de trentedeux dents, quelles s’en étaient laissé imposer par la simple apparence.
Enfin , une variété de dents qui se rapporte à ce genre, c’est l’existence intérieure de dents surnuméraires. Nous en avons plusieurs exemples dans notre collection : dans l’un , la dent est arrêtée entre les racines d’une grosse molaire ; elle est représentée dans la planche VIII de l’ouvrage de Maury , auquel nous l’avions confiée; dans l’autre cas, elle s est développée dans la cavité même d une autre dent qu elle a fait fendre; dans un troisième, on en voit une logée dans l’épaisseur du maxillaire supérieur , immédiatement au dessous de 1 épine nasale, sur la ligne même de séparation des deux os maxillaires , plus une autre petite appliquée en avant de la crête qui sépare
(1) Mémoire cité, pai^e 134.
les alvéoles des deux incisives supérieures de gauche. Si , dans les deux premiers cas, les dents étaient véritablement en sus du nombre normal, ce que nous ne pourrions alïirmer que si nous avions connu les sujets, elles ne pouvaient certainement pas être des dents de première dentition.
Nous avons encore sur une mâchoire d’adulte garnie de ses trente-deux dents, une petite molaire couchée d avant en arrière sur le plancher de la fosse nasale gauche, la couronne regardant en arrière. Une pièce, déposée dans les cabinets de la Faculté de médecine de Paris, par M. Marjolin , laisse également voir deux incisives surnuméraires qui sont restées dans l’épaisseur de 1 os sus-maxillaire , ayant même la couronne tournée en haut. Maury dit en posséder une semblable qu’il tient de M. I)entz, dentiste du roi de Hollande.
Variétés dans la forme des dents. Il est rationnel de legai der la plupart des variétés de forme que peuvent ollrir les dents, comme des résultats d’un état morbide qui les a frappées dans quelqu’une des périodes de leur développement. Mais on pourrait aussi admettre qu’une simple gêne ait pu déterminer quelques-unes des formes variées et souvent bizarres quelles offrent dans bien des cas.
lantôt ce sont des dents d’une grosseur monstrueuse ou d’une petitesse extraordinaire; tantôt on rencontre des incisives supérieures recourbées en haut en forme de crochet, ou bien ayant une double racine. On en voit aussi dont la divergence de la couronne et de la racine, vers le collet, est telle, qu elles atlectent la forme d un Z, tandis que d autres se courbent en C.'On trouve encore les couronnas surmontées d’une fient avortée qui est
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comme entée sur elles; enlin des couronnes absolument dépourvues de racines, et des racines privées en tout ou en partie de leur couronne. Mais en énumérant toutes les variétés de forme que nous avons en notre possession, nous sommes obligés de reconnaître que le rapprochement extrême et l’excessive divergence des racines des grosses molaires sont, sinon les plus remarquables, du moins les plus communes; car survingtdents de cet ordre on n’en rencontre quelquefois pas quatre qui aient à cet égard la même forme. Nous devons faire observer que ces variétés de racines se rencontrent rarement, pour ne pas dire jamais , sur les dents de lait.
Enfin , une variété de forme assez commune, et qu’aucun auteur cependant n’a signalée, c’est la dépression , en forme de cornet , de la face postérieure des dents antérieures , du haut surtout , et dont 1 émail a parfaitement suivi les contours.
Variétés dans la direction des dents. Comme ces variétés sont des états fréquemment accessibles aux moyens de l’art, nous y reviendrons nécessairement plus lard. En attendant, remarquons ici que les auteurs se trompent étrangement en disant que ces anomalies de direction sont assez rares; car depuis la simple obliquité jusqu’à l’inversion complète, il existe une foule de directions vicieuses qu’il est utile de connaître dans leur cause et qu’il est possible de corriger.
Variétés dans la position des dents. Les annales de la médecine renferment des exemples fort remarquables de transposition de dents ; ils sont assurément intéressants à connaître pour le chirurgien-dentiste, car ils peuvent être pour lui des guides dans l’appréciation d’une tumeur développée dans le voisinage des aicades dentaires.
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Ce genre de variétés consiste quelquefois en une simple déviation de remplacement qu’occupe naturellement une dent, mais, quelquefois aussi, il y a transposition complète, véritable erreur de lieu. Le premier cas s’explique très bien par les directions vicieuses que peuvent prendre les dents, celles surtout de la mâchoire supérieure, qui abandonnent quelquefois le bord alvéolaire , au point, soit de se porter du côté du palais ou dans toute autre direction, soit même de se placer tout-à-lait en travers de l’alvéole. Mais les cas de transposition complète sont difficiles à expliquer, ou plutôt ils ne s’expliquent pas; ils s’observent et se notent. Voici le détail sommaire des pièces anatomiques les plus remarquables en ce genre que renferme notre collection :
1° Une canine de droite, chez un adulte , qui se trouve placée en travers de la voûte palatine, adossée aux cloisons des alvéoles qui contiennent les deux incisives et la première petite canine, mais sans aucune com-
munication avec ces alvéoles. Un dentiste du siècle dernier (t) a trouvé un cas à peu près analogue sur un organiste de Payerne ; mais la dent, au lieu d’être une canine,
était une molaire, et, au lieu d’être adossée à la cloison alvéolaire, elle occupait le milieu même de la voûte palatine.
-° Une canine aussi de droite et également de deuxième dentition, qui est restée dans son alvéole, mais a continué a s accroître vers les ailes du nez dans l’épaisseur de 1 apophyse montante de l’os sus-maxillaire, et ayant, par le développement de sa couronne, lait éclater la cloi-
(1) Colondie; voyez : Essai sur les plus fréquentes maladies des / ents9 et les moyens propres à les prévenir et à les guérir. 1781.
son alvéolaire aux dépens de laquelle elle fait saillie.
3° Une canine qui s’est couchée, comme dans la première pièce, en travers de la partie antérieure de la voûte palatine à droite, adossée à l’arcade alvéolaire dont elle a détruit toute la lame interne dans une étendue de près de trois centimètres.
4° Deux dents de sagesse, dont l’une, entièrement renfermée dans l’épaisseur de la branche de l’os maxillaire, en a fait éclater la paroi externe ; l’autre ne montrant qu’une partie légère de la couronne dans l’épaisseur de la base de l’apophyse coronoïde, mais se dirigeant d’arrière en avant , et non pas de bas en haut.
5° Une petite molaire ayant complètement perforé le corps de la mâchoire inférieure, au dessus du trou mentonnier, ayant sa couronne parfaitement conformée et saillante en avant, et sa racine également saillante, mais recourbée en arrière.
Variétés de la structure des dents. Ces variétés, dont les auteurs se contentent d’annoncer la possibilité sans en fournir un seul exemple , sont assez nombreuses et dépendent , il est vrai , souvent de causes morbides. Le
plus curieux que nous en possédions est l’incrustation d’une racine d’incisive par une couche d’émail ; puis le dépôt, sur dilTérents points des racines de plusieurs molaires, de petites gouttelettes d’émail qui semblent s’être échappées d’un pinceau chargé d’enduire la couronne de ce vernis vitreux ; le docteur Devaut (1) dit avoir vu un exemple de ce dernier cas chez M. Dumoutier , aidepréparateur à la Faculté de Paris.
On doit mettre dans ce genre de variétés, non seule-
(1 ) Thèse citée.
ment cette inégale distribution de l’émail qui présente souvent des épaisseurs anormales, des stries, des trous, des arêtes, ou vient se montrer là où on ne le rencontre pas ordinairement ; mais encore les exostoses qui se développent si souvent sur les racines, l’oblitération complète du canal dentaire, la formation de l’osselet qui prévient l’ouverture de cette cavité, dans le cas d’usure de la couronne, etc. ; enfin la transformation d’une dent en un tissu cartilagineux, comme nous en possédons plusieurs, etc.