DEUXIEME
( \vic cl XVIIe siècles. )
XVI* — Dans le tableau que nous venons d’esquisser des premiers travaux dont les dents ont été le sujet , nous n’avons rien rencontré, comme on a du le voir,
qui fut écrit spécialement à leur égard. Tout ce qui en a été dit, du moins de ce qui est parvenu jusqu’à nous, se trouve, pour ainsi dire, perdu dans les traités yénéraux. Ce ne fut que dans le \vie siècle qu’on commença à s’occuper d’une manière à part de leur structure et de leurs maladies.
Parmi les auteurs qui eurent le mérite d’ouvrir la voie, se présente, en France, Urbain Hémaud, chirurgien de Lyon, désigné à tort sous le nom de Stilmaud, dans le tome 3 du grand dictionn. des sc. méd. p. 397). Son ouvrage parut en 1582 sous ce litre : Recherche de la vraye anatomie des dents, nature cl propriété d'ieelles , où est amplement discouru de ce qu'elles ont de plus que les os, avec les maladies i/ui leur adeiennenl. Quand on se donne la peine de lire ce livre de si mince appa-
rence , dont ne parle aucun des auteurs qui ont écrit sur les dents, on est réellement étonné d’y rencontrer les excellentes choses qu’il renferme et qui donnent tout à la fois : 1° l’exposé le plus fidèle et l’appréciation la plus lumineuse des doctrines les plus controversées de nos jours, savoir, par exemple, si les dents sont de véritables os , ou , dans le cas contraire , en quoi elles en diffèrent ; 2° l’énumération la mieux raisonnée des causes au milieu desquelles les dents s’altèrent le plus promptement; 3° enfin, des moyens de traitement sans contredit aussi rationnels que ceux que bien des dentistes proposent de nos jours.
A peu près à la même époque que parut en France l’ouvrage d’Hémard, furent publiés quatre mémoires également spéciaux : deux en Allemagne, un en Espar gne et un en Suisse. Les deux premiers sont ceux de Ryff,G. H., le même que Lafaye et Garengeot présentèrent à tort comme l’auteur de la découverte de la circulation du sang , et de Adam Bodenstein, le fils du célèbre théologien qui fut le maître et l’ami de Luther. Le premier de ces deux mémoires, imprimé à Wurzbourg en 1548, a pour titre ; Nuzlicher Bericlit ivieman die augen Scliarfen an die Zahne frisch nnd fest erhalten soit (Instruction sur les moyens de fortifier les yeux et de conserver la fraîcheur et la solidité des dents) , et n’est au fond qu’un résumé de sentences banales et de formules vulgaires. Le second, publié en 1576 à Francfort, sous le titre de : Zahn Arzney (Médecine des dents), est loin d’être à la hauteur de celui d Hëmard , auquel il n’est antérieur que de six ans , et se sent des idées excentriques de Paracelse dont son auteur avait traduit et commenté les œuvres.
Quant aux deux autres mémoires , ils ont pour auteurs, l’un : F. M. Castrillo, imprimé à Madrid en 1557 sous le titre de : Colloquium de dentilione ; et l’autre, Eraste, imprimé à Bàle en 1595 sous ce titre : Disputatio de dentibus.
Sans vouloir diminuer en rien le mérite de ces diverses productions , il est pourtant important de faire remarquer quelles ont été la plupart précédées des travaux anatomiques 1° de Vésale , le fondateur de l’anatomie humaine , qui ( De corporis humani fabricâ , Bàle, 1543) donna des caractères extérieurs des dents une assez bonne description , mais qui crut, ainsi que Colombo, son disciple (De re anatomicâ, Paris, 1562), que les racines, servant de germes aux permanentes, ne devaient pas être arrachées ; 2° de Fallope ( Observatio nés anatomicœ , Venise, 1561 ), qui a minutieusement décrit ce que quelques auteurs modernes appellent le gubernaculum dentis , qu’il considère comme un prolongement du follicule dentaire à la gencive ; 3° de Coïter, Valcherus, qui le premier ( De ossibus et cartilaghiibus corporis humani tabulœ ; Bolog. , 1566) décrivit avec précision la pulpe dentaire et nota la différence qui existe entre l’ossification des dents et des os; 4° d’Eustachius, dont les recherches (voyez dans ses opuscules anatomiques le chapitre De dentibus , Venise 1574) eurent pour but de découvrir les germes des incisives et des canines, renversant ainsi l’opinion que Vésale avait émise, et qui s’est livré à de longues discussions pour démontrer que la fracture des dents ne se consolidait pas.
On connaît encore du même siècle quatre autres mémoires spéciaux: le premier de Jean Benedictus, médecin
allemand , qui rapporta, en 1552, des cas de dents survenues au palais ; le second de Pierre Monavius , imprimé sous le litre de : De dentium a/j'eclibus j Basil., 1578. Les deux autres ont pour auteurs Horstius et Ingolstetter, dont la plume s’exerça, en 1 595 , à décrire une dent d’or avec laquelle serait né un jeune enfant de la Silésie. Enfin, parmi les auteurs qui, dans des écrits généraux , ont alors parlé des dents, on doit citer Ambroise Paré qui (œuvres complètes imprimées en 1582) donna une description fort exacte de ces organes, parla delà transplantation dentaire, des pièces artificielles, et fit connaître plusieurs obturateurs palatins fort ingénieusement construits, sur lesquels un nommé A. Petronius (De morbo gallico, 1503) avait aussi appelé l’attention; ïngrassias, J. -P., qui, dans ses commentaires sur le livre de Galien De ossibus (imprimé à Venise en 1568), décrit assez bien les changements successifs par lesquels passent les dents dans le cours de leur développement ; Mercuriale, Jér., dit Mercurialis, qui avait soutenu, en 1580 environ, que, l’intention de la nature n’étant pas de créer des maladies, la dentition n’en pouvait être une ; Plater, dont l’opinion est (De corporis humant structurel, Bàle, 1583) que les dents sont des productions complètement inorganiques, et par conséquent incapables de sentir autrement que par la gencive dont elles sont entourées ; Trastus, Th., qui , dans une série de lettres publiées en 1595, en consacra une aux dents sous le titre de : Disputatio de dentibus.
XVIIe, — Le nombre des ouvrages écrits sur les dents augmente nécessairement à mesure que les lettres sont plus cultivées et que les sciences s’élèvent. Aussi le
xvue siècle en vil-il éclore un grand nombre, indépen damment de ce qu’en dirent, dans leurs traités généraux d’anatomie, Thomas Bartiiohn ( Anaiomia Bartholini , 1 641) ; — Hygmore, Natli., (Corporis humani disquisil . anat. , La Haye, 1051) qui décrivit le premier le sinus maxillaire auquel resta son nom ; — Dubois ou Del Boe, communément appelé Sylvius Opéra omnia , Amsterd., 1672) ; — Duverney, J. -G., qui , dans une excellente description des dents (publiée en 1683), reconnaît qu elles ont, dans leur développement et leur nourriture, une grande analogie avec les plumes , les ongles, les cornes et les poils; — Diemerbroeck, Isb., Opéra omnia analomica et medica , Utrecht, 1685), rapportant plusieurs cas fort remarquables d’anomalies dentaires, mais ayant commis la faute impardonnable, pour son époque, de soutenir que les dents ne se forment qu’après la naissance, et que les permanentes naissent des racines des dents de lait; — Abeille Scipion ( Histoire des os, ou Anatomie de la tète et de ses parties , Paris, 1685 ; — Gagliardi , l)om., Anatome ossium novis imr.ntis illustrala. Borne, 1689), qui décrivit le premier avec soin l’émail des dents, et en obtint des étincelles en les frappant avec de l’acier ; — Havers, Clopton , le même auquel on attribue la découverte des glandes synoviales, et qui ( Traité d'ostcoUxjie , 1691) établit très bien aussi la nature différentielle de l’émail et de l'ivoire, et assura avoir découvert dans cette dernière des traces de lilels nerveux; — Pli. Veriieyen, enfin ( Corporis humani anatomia , etc., cum labulis , 1693;, dont la croyance en une parfaite identité d’organisation des dents et des poils allait jusqu’à admettre que les premières devaient sans cesse croître cl s’allonger comme les seconds.
Ces ouvrages spéciaux, disons-nous, publiés dans
le xvne siècle, indépendamment des traités généraux
dont nous venons de parler, sont, dans l’ordre suivant :
1602, Foreest, De Ægritudinibus laborium gengivarum , dentium , etc. ; Leyde. — Heurnius, Tractatus de morbis oculorum , aurium et dentium; Leyd.
1620, Vigier, Tractatus de Catharr ho , rhumatismo , vitiis dentium ; Genève.
1622, Gilles, Arnaud, La fleur des remèdes contre le mal de dents; Paris.
1626, Liddelins^ Tractatus de dente aureo ; Hamb.
1627, Texier, Jean, Ergô quibus rariores dentes, b««xu6icütcooi ; in-4°, Paris.
1629, Sennertus, Dissertatio de dentium dolore ; Witeb.
1630, Strobelberger , J.-Stéph., Tractatus de dentium podagrâ sive de odontalgiâ , in quo dentium sine et cum ferro artificiosè extrahendorum varii modi theo ricè et praticè proponuntur , etc. ; Lips.
1631, Zeïdler, Dissertatio de dolore dentium , Leps.
1633 , Dupont , Remède contre le mal de dent. 11 consistait à extraire la dent malade et à lui en substituer une autre prise, au choix du patient, comme le disait l’auteur, sur un mort ou un vivant.
1639, Loesel, Jean, Dissertatio de dolore dentium. — Pauli, Dissertatio de dolore dentium; Hafniæ.
1642, Pallu , An dentium dolorem conférât tabacum ?
1645, Scardovi , Dissertatio de dentibus ; Argent.
1651, Strasburg, Dissert, sur l’odontalgie(engrec);Reg.
1656, Lambert, Commentaires sur lacarie et corruption des os; in-8, Marseil.
1660 , Bauhinus, Dissertatio de odontalgiâ.
1(361, Moebius, De odontalgiâ , seu de dentium statu naturali au\ue prœternaturali ; in -4°, Ienæ.
1663, Aarenius , Dissertatio de calarrho , cl ex eo des cendentibus , odontalgiâ , etc., Rostoch.
1 664 , Sebizius, Disputationes quatuor de denlibus. Stras. — Le môme, De denlibus , urina, et morbis conlagioniSy etc. ? Argent.
1669, Rolfinck, Dissertatio de odontalgiâ ; Iena.
1672, Conringius, Dissertatio de naturâ et dolore dentium.— Heye, Dissertatio de dolore dentium ; Iielms.
1675, Stisser, Dissertatio de odontalgiâ ; Lugd.
1678, Leiciiner, Richard, Dissert, de atrocissimo et tantum non intolerabili dentium dolore , Erfort. — Wedel, Dissertatio de denlitione infantium ; Jen.
1679, Martin, Dissertation sur les dents; Paris.
1681 , Crausius , Dissertatio de odontalgiâ, Iena. — Tysen, Observât, on tlie hoir, teeth and boues fourni in different parts of tlie bodg (Observations sur les cheveux, les dents et les os trouvés dans les diverses parties du corps).
1682, Fleurimon, Moyens de conserver les dents belles et bonnes ; Paris.
1683, Vater, Dissertatio de odontalgiâ ; Witeb.
1688, Trecurtii, Dissertatio de odontalgiâ ; liai. —
Streitlein, Dissert, de denlitione; Altd. — Goeckel, Eberb., Epitome theoriœ praticœ de odontalgiâ; Nordl.
1692, Frank, Dissertatio de odontalgiâ ; lenæ. — Brouwer, Dissertatio de odontalgiâ ; P]yd.
1693 , Myrrhen, Dissertatio de odontalgiâ ; Giess.
1694, Ortlob, Dissertatio de denlitione pucrorum difficili; Lieps. — Rau , Dissertatio de ortu et généra tione dentium; Lugd.
1695, Planer , Dissertatio de odontalgid; Tul. — Ziegler, Adrien , Dissertatio de odontalgid ; Uth.
1697, Brendel, Dissertatio de odontalgid. — Vesti, Dissertatio de odontalgid ; Erf.
1698, Hoffmann, Frédéric, De dentibus , eorumgue mordis et cura ; in-40, Halæ. Ce mémoire est imprimé dans scs oeuvres complètes.
1 099, Pestorf, Dissert, de dentitione diffîcili ; Ultr. — On trouve dans les Mém. de l’Acad. des Sc. de cette année une dissert, de Laiiire sur la structure des dents.
1700, Hoffmann (déjà cité), De Remediis antodontalgicis ; Mal. — Heslopp, Dissertatio de dentitione in fantium diffîcili et laboriosd ; Leid. — Sciielhammer , Dissertatio de odontalgid laetu sanandâ ; Kiel, et en 171 1 à Icna.