‹ Nouveaux éléments complets de la science et de l'art du dentisteChapitre 23 sur 32 · PREMIERE EPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIERE EPOQUE

( D’Hippocrate au xvic siècle. )

Les connaissances qui servent de base à la science et à l’art du dentiste se perdent dans la nuit des temps : c’est un fait incontestable. S’il s’élevait quelques doutes à cet égard, il subirait d invoquer quelques uns des proverbes de Salomon , dans lesquels certaines substances nuisibles aux dents sont indiquées en termes formels ^ et de rappeler qu Homère, postérieur de deux siècles seulement au fils de David , parle des fonctions des dents en termes qui feraient honneur à un physiologiste moderne.

Quant à l’art en lui-méme, Hérodote, qui vivait près de cinq cents ans avant l’èrc chrétienne, affirme que, dès l’époque la plus reculée, chez les Égyptiens, cet art était cultivé par une caste particulière qui s’y livrait exclusivement ; mais si on trouve des traces irréfutables de son existence chez les peuples de la plus haute antiquité, on est obligé de reconnaître , avec M . Du val, que

ce que nous possédons de connaissances précises à son égard remonte seulement à Hippocrate.

Ce père de la médecine avait étudié les dents sous le triple point de vue de leur anatomie, de leur histoire physiologique et du traitement de leurs maladies. C’est ce que prouvent., pour l’anatomie, cette observation qu’il avait faite dans ses livres intitulés : De dentitione , de naturâ hominis , et de alimento , que leurs germes existent dans le fœtus, et le nom qu’il donne aux dernières grosses molaires, qu’il a le premier appelées dents de sagesse; pour la physiologie , ce passage de ses Aphorismes : le froid est nuisible aux os , mais la chaleur est très favorable aux dents ; enfin , pour la pathologie , ce qu’il dit dans son traité De morbis vulgaris, des maladies des gencives et de l’extraction des dents. Dioclès , son disciple, a donné la formule d’un remède odontalgique qu’on ne retrouve pas dans le seul de ses écrits qui soit parvenu jusqu’à nous, sa Lettre à Antigone, mais dont Galien a conservé la formule.

Dans le siècle suivant, c’est à dire 350 ans environ avant 1ère chrétienne, est venu Aristote {Opéra omnia , imprim. en 1527, à Florence, et en 1619, à Paris), qui, sans avoir traité des dents d’une manière irréfutable, a cependant établi les points précis de leur organisation. C’est ainsi que, bien que n’osant pas les séparer complètement du système osseux , il les considère cependant comme représentant le bec des oiseaux et comme analogues aux ongles et aux poils.

Dans le long espace de temps qui s’est écoulé d’Aristote à Galien (500 ans environ), l’histoire naturelle des dents semble n’avoir fait aucun progrès ; mais si on en juge par ce que dit Celse, qui vivait dans le milieu en-

viron do cet espace , sur leurs maladies et les opérations qui s’exécutent sur elles, on ne peut douter qu’on ne se soit sérieusement occupé de leur organisation. Enfin Pline , contemporain , à quelques années près, de Celse, n’a rien ajouté à ce qu’en avait dit Aristote; il reconnut toutefois l’influence de certaines eaux sur les dents. (Voy. les div. Iraduct. des 37 liv. qui composent son Histoire naturelle , entre autres celle queC. B. Gueroult a donnée en 1802, 3 vol. in-8°. )

Galien, qui écrivait en 150 de 1ère chrétienne, est , de tous les auteurs anciens, celui qui a donné des dents la description la plus exacte; il les considère comme de véritables os ; affirme qu elles se forment toutes pendant que l’enfant est encore dans le sein de sa mère, pour ne sortir de leurs alvéoles qu’après la naissance; reconnaît qu’elles ne sont pas des corps privés de sensibilité, et va jusqu’à dire que les canines sont nommées oculaires ( œillères), parce qu elles reçoivent des rameaux d’un nerf qui en donne aussi à l’œil (il a sans doute voulu dire le nerf dentaire antérieur qui traverse l’orbite pour se rendre aux racines des dents canines); entin il s’occupe de leurs maladies et dit être le premier qui ail appliqué sur elles la lime. (Voy. l’édition grecque latine qu’adonnée de ses oeuvres, en 1039-1679, B. Chartier, qui les a jointes à celles d’Hippocrate.)

Aetius , médecin arabe, postérieur de plus de 200 ans à Galien , puisqu’il vivait dans le iv° siècle , a ajouté aux données de ce dernier des détails très précis sur l’anatomie des dents. C’est ainsi qu’il découvrit au sommet de leurs racines de petits trous donnant passage à de petits tilets nerveux. Ses œuvres ont été traduites du grec en latin par Cornarius, en 1507.

Cælius Aurelianus, vivant , au rapport de Leclerc, dans le v8 siècle, a aussi parlé des dents ; mais ce qu’il nous importe de noter, c’est que sans lui on ignorerait qu’L rasistrate , petit-fds d Aristote , antérieur par conséquent de 300 ans à 1ère chrétienne, n’approuvait pas l’extraction des dents , et on n’aurait aucune connaissance de l’ instrument déposé dans le temple de Delphes, qui semblait n’ètre là que pour rappeler les principes de cette opération.

Paul d’Ëgine, qui écrivait dans le vu8 siècle, proposait déjàdedéchapeler les dents hors ligne, lorsqu’elles étaient adhérentes et qu’il pouvait y avoir danger à les arracher. (Voyez ses œuvr. chirurg., trad. du grec en latin, en 1539, par Tolet ; Lyon, in-12.)

Phases et Avicenne, médecins arabes, dont les véritables noms sont pour le premier Razi , et pour le second Abou-irn-Sina , et qui vivaient, l’un dans le ix* siècle, Pautre sur la lin du xe siècle, ont aussi parlé des dents, sans toutefois rien ajouter de bien important aux connaissances de leurs devanciers.

Mais si ces divers auteurs ont parlé de l’anatomie et de la pathologie dentaires, c’est Albucasis , autre médecin arabe, aussi connu sous le nom d’ÀBOUL-CACEM , et vivant dans le commencement du xn8 siècle, qui, le premier, a tracé des règles pour remplacer les dents perdues par d’autres dents, soit naturelles, soit faites avec des os de diversdrands mammifères. Ses œuvres sont généralement connues sous le nom de Méthode pratique, et ont été plusieurs fois traduites en latin. Les citations que nous avons faites de Martial, qui écrivait 1,100 ans avant lui, et celles que nous aurions pu faire d Ovi de , de Catulle, de Ti bulle, de Propeuce et de Juvé-

in al , prouvent néanmoins que cette partie, devenue aujourd’hui si importante, de notre art, était bien anciennement connue. En réfléchissant meme à la vie molle et efféminée que menèrent à certaines époques les peuples de Rome et d’Athènes, et le soin qu’ils mettaient à se procurer les plus petites commodités de la vie, on ne peut douter qu elle ne fut déjà portée chez eux à un haut degré de perfection.

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