ARTICLE III. — TEXTURE DU CŒUR
Le cœur est un organe musculaire , c’est un muscle creux. Quoiqu’il ne soit pas soumis à l’empire de la volition , il est formé de fibres musculaires striées, qui sont plus fines que celles des muscles ordinaires. Leur striation est plus manifeste dans le sens longitudinal que dans le sens transversal. Elles se laissent facilement séparer sous le microscope en petits disques. Le caractère spécial que présentent les fibrilles musculaires du cœur, c’est d’être ramifiées et anastomosées entre elles par de petites branches transversales ou obliques. Il est probable que cette disposition particulière est, comme on l’a dit, destinée à assurer une contraction plus instantanée, plus uniforme des fibres du cœur.
Fig. 107. — Anneaux fibro-cartilagineux auriculo-venlriculaires (d’après Parcliappe) (*).
Voilà donc un muscle qui présente la striation de ses fibrilles et sur lequel la volonté n’a pas de prise. Il s’éloigne ainsi de tous les autres muscles de l’économie. C’est que la contraction du cœur est rapide, sous l’influence de son excitant spécial. La striation n’est donc pas un caractère propre aux muscles volontaires; elle doit être rapportée à la nécessité de l’instantanéité de la contraction, quel que soit du reste l’excitant du muscle. La différence entre les muscles volontaires et involontaires ne saurait donc exister dans un caractère microscopique, mais bien plutôt dans leurs rapports différents avec le système nerveux.
Anneaux fibro-cartilagineux du cœur. — Avant d’étudier la marche et le trajet des fibres musculaires du cœur, il est indispensable de décrire les anneaux ou zones sur lesquels elles viennent s’implanter.
(*) 1) Artère pulmonaire. — 2) Bord supérieur de l’infundibulmn. — 3) Aorte. — 4) Valvules sigmoïdes. — b) Bosselures de l’aorte correspondantes aux valvules sigmoïdes. — 6) Orifice auriculo-ventriculaire gauche. — 7) Orifice auriculo-ventriculaire droit. — 8) Anneau fibi o-cartilagineUx gauche. — 0) Anneau fibro-cartilagineux droit. — 10) Adossement des deux anneaux sur la ligne médiane.
DU CŒUR
Fig. 103. — Fibres unitives antérieures (lu cœur, et libres de la face anterieure des oreillettes
(d’gnrès Baurgery) (*).
Dans le point d’adossement des zones auriculo-vcntriculaires et aortiques se trouve quelquefois un noyau incrusté de phosphate calcaire. Cette disposition normale chez les grands animaux a été désignée chez eux sous le nom d’os du cœur. (*)
(*) 1) Fibres unitives antérieures. — 2) Fibres de l’auricule gaucho. — 3) Fibres communes aux deux oreillettes. 4) Fibres propres de l’oreillette gauche. — b, 5) Fibres qui entourent les veines pulmonaires gauches. — C) Fibres de l’auricule droite. — 7) Fibres qui entourent la veine cave supérieure.
On trouve dans le cœur, à la base des ventricules, quatre anneaux fibro-cartilagineux, correspondant aux quatre orifices ventriculaires. Les deux anneaux artériels sont antérieurs, les deux anneaux auriculo -ventriculaires sont postérieurs. Ces deux derniers sont situés sur la même ligne transversale et adossés par leur partie moyenne. Dans l’angle curviligne antérieur qu’ils forment se trouve l’anneau aortique, au devant duquel et un peu à gauche , mais sur un plan plus élevé , on voit celui de l’artère pulmonaire. Ces anneaux fibro-cartilagineux envoient chacun des prolongements , qui pénètrent dans l’épaisseur des valvules auriculo-ventriculaires et sigmoïdes. Ces valvules s’y insèrent par leur bord adhérent.
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ANGEIOLOGIE.
L’étude du trajet et de la direction des fibres musculaires du cœur est fort difficile. Les travaux de Gerdy semblaient avoir fixé la science sur ce sujet: mais des études récentes, faites en Allemagne par Ludwig, Winckler, et en Angleterre par Pettigrew, remettent tout en question. J1 est donc nécessaire d’attendre de nouvelles recherches pour établir d une manière définitive ce point délicat des sciences anatomiques.
Nous décrirons d’abord les libres musculaires du cœur , d’après les travaux de Gerdy et de Gruveilliier , et pour terminer nous donnerons les conclusions du travail tle Winckler, sans nous prononcer entre les deux opinions.
Et d abord il tant remarquer que les libres musculaires qui constituent les oreillettes sont distinctes de celles des ventricules.
Fibres musculaires des ventricules. — Les anneaux fibro-cartilagineux que nous avons décrits plus haut doivent être considérés comme le squelette du cœur. Sur ces anneaux s’insèrent des fibres qui, par des trajets variés et compliqués, reviennent à leur point d’origine , soit directement , soit indirectement par l’intermédiaire des cordages tendineux fixés aux valvules tricuspide et mitrale. Nous avons vu, en effet, que ces valvules adhèrent aux anneaux par un de leurs bords.
On considère le cœur comme formé de deux poches musculaires accolées comme deux canons de fusils , réunies par un sac musculeux commun aux deux poches et les recouvrant en dehors et en dedans. Il y a donc ainsi dans le cœur des fibres propres à chaque ventricule et des fibres communes aux deux.
Les fibres propres à chaque ventricule s’insèrent par leurs deux extrémités sur les deux anneaux de ce ventricule et forment ainsi des anses emboîtées les unes dans les autres dans les parois de l’organe, «comme des cornets de papier d’inégalé «grandeur, dont les plus petits seraient régulièrement emboîtés dans les plus grands «et qu’on aurait aplatis en une lame triangulaire.»
Les fibres communes aux deux ventricules ont été désignées par Gerdy sous le nom de fibres unitives.
Les fibres unitives antérieures occupent toute la face sternale du cœur. Elles partent des orifices pulmonaire, aortique et mitral, descendent obliquement sur la face antérieure de l’organe et arrivent ainsi à la pointe du cœur.
Les fibres antérieures se réfléchissent alors et pénètrent par un trajet spiroïde dans l’intérieur du ventricule, pour revenir soit à leurs points d’origine en formant la partie interne du sac commun, soit en constituant les muscles papillaires. En se réfléchissant à la pointe du cœur, pour pénétrer dans l’intérieur de l’organe et en former la face interne, les libres musculaires se groupent, se serrent , se réunissent sous forme de tourbillon et décrivent ainsi un véritable huit de chiffre. Par l’anse inférieure du 8, qui est très-courte, elles circonscrivent une sorte de petit pertuis, de petit canal, par lequel on peut, avec un stylet lin, pénétrer dans l’intérieur du ventricule.
Les fibres unitives postérieures recouvrent la face diaphragmatique du cœur. Elles partent des anneaux fibreux auriculo-vcntriculaires et se dirigent obliquement vers (*)
Fig. 109. — Tourbillon de la pointe du cœur (d’après Bourgery) (*).
(*) I) Tourbillon cl pertuis de lu pointe. — 2) Auricule. — 0) Enlre-croiscnrcnt des libres unitives ar.lérieurcs cl postérieures.
DU CŒUR
le bord droit ou tranchant du ventricule. A ce niveau elles rencontrent les fibres unitives antérieures et s’engagent au-dessous d’elles (Fig. 109 , 3) , pour arriver les plus inférieures jusqu’au tourbillon de la pointe , tandis que les autres , de beaucoup les plus nombreuses , se réfléchissent en anses simples sur toute la longueur du bord droit du cœur. Comme les précédentes, les fibres unitives postérieures remontent jusqu’aux anneaux fibreux, ou bien elles vont former les muscles papillaires.
Fig. 110. — Fibres unitives postérieures du cœur et fibres de la face postérieure
des oreillettes (d’après Bourgery) (*).
D’après cette description, qui résume les idées de Gcrdy, il n’y a dans les fibres unitives que des fibres à anse et des fibres contournées en huit de chiffre. Elles ont toutes une moitié superficielle et une moitié profonde correspondant aux faces externe et interne des ventricules.
Dans leur trajet, les fibres à anse appartiennent par leurs deux moitiés à des ventricules différents et à des parois opposées. Une fibre qui par sa moitié superficielle appartient à la paroi antérieure du ventricule droit , servira par sa moitié profonde à former la paroi postérieure du ventricule gauche. (*)
(*) 1) Fibres unitives postérieures. — 2) Fibres de l’oreillette droite. — 3i Fibres de la veine cave inférieure.
Beaunis et' BouciiAfiü
ANGÉIOLOGIE.
Les fibres en huit de chiffre appartiennent par leurs deux moitiés à des ventricules différents , mais à des parois semblables ; ainsi une fibre de la paroi antérieure du ventricule gauche ira par sa moitié profonde dans la paroi antérieure du ventricule droit. La cloison des ventricules est formée par des fibres adossées et n’a pas d’existence propre.
Winckler vient, l’an dernier, de reprendre l’étude des fibres musculaires du cœur(1). Il admet :
1° Que les fibres unitives antérieures et postérieures ne forment qu’une couche assez mince , qui prend part au tourbillon et pénètre dans l’intérieur du ventricule gauche , où elles s’écartent et vont pour la plus grande partie se jeter dans les muscles papillaires de ce ventricule ; un très-petit nombre d’entre elles remontent le long de la paroi interne et arrivent jusqu’aux anneaux.
2° Que les fibres propres des ventricules ne forment pas une véritable couche moyenne distincte de la couche interne ; que ces fibres sont constituées comme toutes les autres fibres du cœur; qu’elles forment des anses, des spirales, dont les parties sont tantôt superficielles et tantôt profondes ; que ces anses ou spirales s’entre-croisent sous des angles extrêmement variés et constituent ainsi ce que l’on a désigné sous le nom de fibres propres clés ventricules. Il est impossible, d’après lui, de les séparer en couches , en lames distinctes à cause de leur entre-croisement.
Ces fibres ne prennent pas toutes part à la formation du tourbillon et , comme les précédentes, se jettent pour la plupart dans les muscles papillaires. La cloison est formée par des segments de ces anses ou spirales, qui suivent ce trajet avant d’arriver aux parois ventriculaires.
L’ancienne définition de Winslow, acceptée par tout le monde : Le cœur est composé de deux sacs musculeux renfermé dans un troisième musculeux également , n’est donc plus vraie d’après l’anatomiste allemand.
Quant au trajet des fibres musculaires, voici ses conclusions :
1° Fibres superficielles ou accessoires ( N ebenmusculatur ). — Elles partent des anneaux fibro-cartilagineux auriculo-ventriculaires, se dirigent vers la pointe , forment le tourbillon et pénètrent dans le ventricule gauche pour former les muscles papillaires. Elles décrivent à peu près un tour de spire.
2° Fibres profondes oit essentielles (Hauptmusculatur).
a) Première espèce. — Leur trajet est à peu près analogue à celui des précédentes, mais leur direction est plus oblique et elles décrivent à peu près deux tours de spire.
b) Deuxième espèce. — Elles partent du côté droit de l’anneau aortique , passent à travers la cloison, se dirigent en avant, apparaissent dans le sillon longitudinal antérieur, contournent le ventricule gauche, puis les deux ventricules par un ou deux tours de spire, et pénètrent dans le ventricule gauche par le tourbillon.
c) Troisième espèce. — Elles naissent du côté gauche de l’anneau aortique , longent le pourtour de l’ouverture auriculo-ventriculaire gauche, décrivent des anses qui entourent le ventricule gauche et se divisent dans le sillon longitudinal postérieur en deux branches , dont l’une pénètre dans le ventricule droit pour en former les muscles papillaires, tandis que l’autre se dirige vers la pointe pour prendre part au tourbillon.
d) Quatrième espèce. — Les deux extrémités de ces fibres se trouvent dans les muscles papillaires du ventricule gauche ; chacun des deux bouts de l’anse entoure alors le ventricule gauche et se dirige vers le ventricule droit , tandis que le som-
(') F. N. Winckler, Beitràge zur Kenntniss der Her&musculalur , in Archiv fur Anatomie, Physiologie, etc., von Reicliert und Dnbois-Reymond , 1865. Hcft II u. III (Mai u. Juni).
DU CŒUR
met de l’anse se trouve au bord de l’ouverture auriculo-ventriculaire gauche. Ce sont ces deux espèces de fibres c et d qui forment les anses de la base des ventricules.
e) Cinquième espèce. — Ces fibres proviennent de l’anneau aortique, décrivent un certain nombre de tours de spire autour du ventricule gauche en passant à travers la cloison, et pénètrent enfin dans ce ventricule par le tourbillon.
Fibres musculaires des oreillettes. — Sur la face antérieure des oreillettes on trouve une bande musculaire allant de l’oreillette droite à l’oreillette gauche et se jetant des deux côtés sur les auricules. Cette bande est donc commune aux deux oreillettes, dont elle constitue les fibres unitives (Fig. 108, 3).
Quant aux fibres propres à chaque oreillette, on peut les diviser : 1° en fibres qui entourent les orifices des veines ; 2° fibres intermédiaires aux auricules et aux ouvertures veineuses ; 3° fibres en anse autour des orifices auriculo-ventriculaires ; 4° fibres entre-croisées et formant la partie la plus profonde de la paroi des oreillettes. En s'adossant, ces fibres constituent la cloison dans laquelle on remarque surtout l’anneau de Yieussens, qui forme une espèce de sphincter. La majeure partie des fibres musculaires des oreillettes forment des anses simples embrassant ces cavités comme des écharpes. Il serait du reste nécessaire de voir surgir de nouveaux travaux sur ce sujet.
Vaisseaux du cœur. — Le cœur reçoit deux artères , dites coronaires ou cardiaques , qui forment deux cercles réciproquement perpendiculaires autour de lui. Elles seront décrites plus loin (Fig. 113). Les veines du cœur suivent cl’abord le trajet des artères , se réunissent plus tard en un seul tronc, la grayide veine coronaire , qui vient s’ouvrir à la face postérieure de l’oreillette droite, près de la ligne interauriculo-ventriculaire (Fig. 103, 6). Quelques veinules , venant du ventricule droit, ne s’abouchent pas dans ce tronc, mais s’ouvrent isolément dans l’oreillette droite; ce sont les veines cardiaques de Galien. Quant aux lymphatiques, on les voit suivre les artères et les veines et se jeter dans les ganglions bronchiques au-dessous de la bifurcation de la trachée.
Nerfs du cœur. — Les nerfs du cœur proviennent des pneumo-gastriques et des ganglions cervicaux du grand sympathique. Les filets nerveux partis de ces origines se réunissent au-dessous de la crosse de l’aorte pour constituer un plexus , qui d’autres fois est remplacé par un ganglion dit ganglion de Wrisberg. De là partent des branches nerveuses très-ténues , qui suivent les artères et gagnent la profondeur de l’organe. Mais outre ces nerfs , le cœur possède en lui-méme une chaîne de ganglions situés dans son épaisseur et lui formant ainsi un petit système nerveux spécial. Ces ganglions sont au nombre de trois. Le premier, ganglion du sinus de la veine cave, ganglion deRemak , est placé à l’embouchure de la veine cave inférieure. Le second, ganglion de Bidder ou ganglion ventriculaire , est adossé à la valvule auriculo-ventriculaire gauche. Le troisième, ganglion auriculaire ou ganglion de Ludwig , se trouve dans la paroi même de l’oreillette droite. En 1864, Lee décrivit un riche plexus ganglionnaire existant entre l’aorte et l’artère pulmonaire au-dessous du péricarde viscéral. Les filets des pneumo-gastriques et du sympathique viennent, d’après lui, se rendre dans ce plexus, duquel partent des branches nombreuses, qui se ramifient sur les ventricules et qui présentent sur leur trajet de nombreux renflements ganglionnaires. Ce travail a été très-vivement attaqué en Angleterre et n’a été jusqu’ici appuyé par aucun anatomiste. Quoi qu’il en soit, l’innervation du cœur ne nous est pas encore bien connue au point de vue anatomique. Quant à l’action physiologique des différents nerfs cardiaques , elle est encore soumise aux discussions des observateurs. Ce serait nous écarter de notre plan que de nous y arrêter ; nous nous bornons à recommander la lecture des articles de physiologie clinique de G. Sée , publiés sur ce sujet dans la Gazette des Hôpitaux , 1865, nos 7 et 8.
ANCÉIOLOGIE.
Le cœur est toujours plus ou moins chargé de tissu adipeux , dont la quantité varie avec le sexe et l’âge. La graisse se dépose principalement dans les sillons autour des vaisseaux et s’étend alors de proche en proche sur l’organe.