ARTICLE II. — CONFORMATION INTÉRIEURE DU CŒUR
Ventricule droit. — On a comparé la forme de sa cavité à une pyramide triangulaire, qui présenterait par conséquent trois faces, une base et un sommet.
Les faces de ce ventricule, sont concaves, sauf la face interne, qui est convexe et formée par la cloison interventriculaire. A. peu près lisses dans la partie la plus rapprochée de la base , ces faces sont au contraire , dans tout le reste de leur étendue , hérissées de saillies musculaires très-nombreuses. Ces saillies, connues sous le nom de colonnes charnues du cœur , ont été divisées en
DU CŒUR
trois classes; les unes, muscles papillaires , de forme conoïde, fixées par leur base sur les parois du ventricule, se terminent à leur sommet par de petites cordes tendineuses qui vont aboutir à la valvule tricuspide. Les colonnes de la deuxième classe adhèrent par leurs deux extrémités aux parois du ventricule, mais en sont détachées dans leur partie médiane ; celles de la troisième classe, au contraire, font saillie dans l’intérieur de la cavité, bien qu’elles soient fixées aux parois par toute leur longueur ; ces dernières sont les plus petites. Les colonnes charnues de deuxième et troisième ordres sont très-nom-
Fig. 10t. — Surface interne de l’oreillette et du ventricule droits (*).
breuses , surtout vers la pointe du cœur. Celles de premier ordre sont dans le ventricule droit, au nombre de quatre «à cinq , se divisent à leur sommet et fournissent autant de tendons distincts qu’il y a de divisions. (*)
(*) O Oreillette droite. — 2) Ventricule droit. — 3) Ouverture de la veine cave supérieure. — 4) Ouverture de la veine cave inférieure. — 5) Valvule d’Eustaclie. — 6) Fosse ovale limitée par l’anneau de Vieussens — 7) Ouverture de la grande veine coronaire. — 8) Valvule de Thébésius. — 9) Auricule. — 10 et 11) Valvule tricuspide avec les cordages tendineux qui s y fixent — 12) Infundibulum se prolongeant en liant et en avant. — 13) Artère pulmonaire. — 14) Aorte.
ANGÉIOLOGIE.
C’est par sa base que le ventricule droit communique avec l’oreillette d’une part et avec l’artère pulmonaire de l’autre, au moyen de deux ouvertures distinctes.
Orifice auriculo-ventriculaire. — Sappey a fait fort judicieusement remarquer que cet orifice, loin d’être elliptique, ainsi qu’on l’a dit, est circulaire comme toutes les autres ouvertures cardiaques , et que cette forme particulière n’est due qu’à la déformation et à l’affaissement du cœur à l’état de vacuité.
Aux bords de cet orifice est fixé un repli membraneux appelé valvule tricuspide {très, trois ; cuspis, pointe) ou triglochine (xpEïç, trois ; yAtoxlv , angle). Elle présente deux bords et deux faces ; le bord supérieur est fixé au pourtour de l’anneau fibro- cartilagineux auriculo -ventriculaire, le bord inférieur est libre et irrégulièrement festonné. Les anciens anatomistes n’avaient reconnu sur ce bord que trois festons principaux , d’où le nom qu’ils ont donné à cette valvule. En la détachant circulairement , on voit qu’elle présente quatre angles, dont un plus petit que les autres. Les deux faces de la valvule regardent l’une la cavité, l’autre la paroi du ventricule ; la première est lisse; c’est sur la seconde et sur le bord libre que viennent s’insérer les tendons provenant des 'colonnes charnues.
Orifice pulmonaire . — Tandis que l’ouverture précédente est située en arrière et à droite, l’orifice pulmonaire est en avant, à gauche et plus élevé. Plus petit que le précédent , il en est séparé par une saillie musculeuse qui affecte la forme d’un croissant à concavité inférieure. Cette saillie limite, à l’intérieur du ventricule droit, l’infundibulum , qui se porte en haut et à gauche pour aboutir à l’orifice pulmonaire.
Cet orifice est circulaire et présente trois valvules connues sous le nom de valvules sigmoïdes ; on les compare à des «nids de pigeons; elles présentent deux faces et deux bords. La face supérieure concave est dirigée vers l’artère, la face inférieure convexe vers l’infundibulum. Le bord inférieur ou adhérent est inséré sur l’anneau fibro -cartilagineux de cet orifice ; le bord supérieur est libre et contient à sa partie moyenne un petit nodule fibro-cartilagineux , désigné sous le nom de nodide de Morgcigni.
Ventricule gauche. — Les parois de ce ventricule sont beaucoup plus épaisses que celles du précédent; on les évalue à 0m,015. Cette épaisseur indique une force de propulsion plus grande et. en rapport avec la plus grande étendue du chemin à parcourir par le sang.
On a comparé la forme de ce ventricule à un ovoïde aplati de dehors en dedans. Les faces sont concaves et recouvertes par de nombreuses colonnes charnues des trois classes analogues à celles du ventricule droit. Dans le ventricule gauche il n’existe que deux colonnes de premier ordre ou muscles papillaires, naissant l’une sur la face antérieure , l’autre sur la face postérieure. Ces muscles se divisent en faisceaux secondaires, d’où partent un grand nombre de tendons, allant aux deux moitiés correspondantes de la valvule mitrale.
Orifice auriculo -ventriculaire gauche. — Il est arrondi et muni d’une valvule disposée comme celle du ventricule droit, mais dont le bord libre moins irrégulièrement découpé ne présente que deux valves distinctes, ce qui lui a
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fait donner le nom de bicuspide. On l’a encore comparée à une mitre d’évêque renversée, d’où le nom de valvule mitrale dont on se sert habituellement.
Les deux valves de cette valvule sont de dimensions inégales ; celle de droite est plus grande et plus longue que celle de gauche. La résistance de la mitrale parait plus forte que celle de la tricuspide.
Fig. 105. — Surface interne de l’oreillette et du ventricule fjauches (*).
Orifice aortique. — Tout à fait analogue à l’orifice pulmonaire du ventricule droit, il présente comme lui des valvules sigmoïdes disposées de la même façon et contenant chacune un nodule de Morgagni. Cet orifice n’est pas séparé de l’orifice auriculo-ventriculaire gauche par une saillie musculaire , comme nous l’avons vu pour le ventricule droit. Les deux orifices gauches sont (*)
(*) 1 ) Oreillette gauche. — 2) Ventricule gauche. — 3 , 3 , 4, 4) Ouvertures des veines pulmonaires. — h) Empreinte de la fosse ovale dans l’oreillette gauche (elle était mieux marquée sur le sujet qui a servi à la préparation qu elle ne 1 est d habitude). — G) Auricule gauche. — 7, 7) Valvule mitrale, — 8) Le ventricule se continue en dessous de la valvule mitrale pour aboutir à l’orifice aortique.
ANGÉIOLOGIE.
situés à la même hauteur et contigus ; la valvule mitrale s’adosse par la moitié droite de son bord adhérent à la valvule sigmoïde aortique correspondante; il su [fit de diviser la première pour arriver à l’orifice aortique.
Fig. 106. — Orifice aortique du ventricule gauche (*).
(La moitié droite de la valvule mitrale est divisée longitudinalement par le milieu.)
Oreillette droite (Fig. 104). — La cavité de l’oreillette droite est ovoïde, en faisant abstraction de l’auricule, dont la forme est triangulaire. On considère généralement à l’oreillette trois faces et deux extrémités. La face interne ou interauriculaire présente un peu au-dessous et en arrière de sa partie centrale une dépression connue sous le nom de fosse ovale. Elle est limitée à son pourtour par un anneau musculeux saillant, anneau de Vieassens. Cet anneau est incomplet et ordinairement interrompu en bas et en arrière. En avant et en bas, la fosse ovale se continue avec une saillie membraneuse, qui aboutit à la veine cave inférieure, c’est \a valvule d'Eustache. Nous y reviendrons tout à l’heure. A la partie supérieure et antérieure de la fosse ovale on peut , en glissant le manche d’un scalpel entre la saillie de l’anneau de Yieussens et la lame qui constitue le fosse ovale proprement dite, passer de l’oreillette droite dans l’oreillette gauche. Cette communication n’est pas constante, mais très fréquente. Elle ne saurait permettre au sang de suivre cette voie; les deux lames de la fissure s’aplatissent l’une contre l’autre dès que la pression augmente dans l’oreillette.
La fosse ovale est le vestige du trou de Botal, qui chez le fœtus fait communiquer largement les deux oreillettes. Vers la fin du deuxième mois de la vie intra -utérine , on voit s’élever de la partie inférieure et postérieure de ce trou une valvule à forme de croissant , qui augmente successivement d’étendue, de telle sorte qu’à la naissance elle arrive à fermer entièrement l’ouverture. La fissure que nous avons signalée plus haut est due à ce que la valvule s’est, incomplètement soudée à l’anneau musculeux qui limite le pourtour du trou de Botal et qui est l’anneau de Vieussens. (*)
(*) 1) Aorte ouverte. — 2) Ventricule gauche. — 3, 3) Valvo de la mitrale incisée sur la ligue médiane; les deux lambeaux sont rejetés pour montrer qu’elle seule sépare l’orifice auriculo-ventriculaire de l’orifice aortique. — 4) Valvule sigmoïde. — 5) Nodule de Morgagni.
DU CŒUR
La face antéro-inférieure présente l'orifice auriculo-ventriculaire.
La face externe est tapissée par lin assez grand nombre de colonnes charnues de troisième ordre. Elles sont entre-croisées dans différents sens ; celles de la partie la plus antérieure de la face externe se continuent avec les colonnes charnues que l'on trouve dans l’auricule.
L 'extrémité antérieure ou supérieure de l’oreillette présente à sa partie inférieure l’ouverture de l’auricule. Cet appendice , de forme triangulaire , à base dirigée dans l’oreillette , présente sur sa surface interne un grand nombre de colonnes charnues de troisième ordre entre-croisées en tout sens. Au-dessus de l’ouverture de l’auricule se trouve dans l’oreillette l’orifice de la veine cave supérieure, orifice très-large, dépourvu de valvule et dirigé presque directement en haut.
Sur Y extrémité inférieure ou postérieure on trouve également deux ouvertures ; l’une, plus externe et plus élevée, est l’orifice de la veine cave inférieure. Cette veine s’ouvre horizontalement dans l’oreillette, en se dilatant et constituant ainsi le sinus de la veine cave inférieure. La demi -circonférence inférieure est entourée d’une valvule, valvule d’Eustache , qui se dirige en dedans vers la cloison et s’y continue avec la partie inférieure et antérieure de l’anneau musculeux qui limite le trou de Botal. Cette valvule est semi-lunaire, son bord libre est concave et regarde en haut , son bord adhérent est convexe ; l’une de ses faces regarde la veine cave, l’autre l’oreillette. Très-développée chez le fœtus , où elle divise pour ainsi dire l’oreillette en deux cavités distinctes, elle s’atrophie petit à petit à mesure que le trou de Botal s’oblitère. Chez l’adulte cette valvule ne peut fermer que le tiers ou la moitié tout au plus de l’ouverture de la veine cave inférieure. Je n’insiste pas ici sur le rôle qu’elle joue dans la circulation fœtale; cette question sera traitée au chapitre de l’embryologie.
Tout auprès de la cloison interauriculaire et à peu de distance également du sillon interauriculo- ventriculaire, se trouve dans l’oreillette droite Y ouverture de la grande veine coronaire. Elle est garnie d’une valvule, valvule de Thébésius , qui peut fermer complètement la lumière du vaisseau pendant la contraction de l’oreillette , le sang ne saurait donc y refluer.
Oreillette gauche. — De forme cuboïde et de capacité un peu moindre que celle de l’oreillette droite, cette cavité cardiaque nous présente sur sa face inférieure Y orifice auriculo -ventriculaire gauche , qui est arrondi.
La face antérieure de l’oreillette gauche est lisse et convexe en dedans.
La face externe présente en avant l’ouverture de l’auricule gauche , dont la conformation est analogue à celle de l’auricule droite; elle est également hérissée de colonnes charnues de troisième ordre.
La face interne chez le fœtus présente l’ouverture du trou de Botal, et chez l’adulte le relief de la fosse ovale.
La face supérieure présente quatre ouvertures disposées deux à deux. Ce sont les orifices des veines pulmonaires. On n’y trouve pas de valvules. Celles du côté droit s’ouvrent dans l’oreillette gauche, très-près de la cloison interauriculaire.
ANGÉIOLOCJE.
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