II. VEINES DES PAROIS DU CRANE ET VEINES DU COU
Veine jugulaire antérieure (Fig. 150, 9).
Cette veine est la moins volumineuse des veines jugulaires ; son diamètre est en général en raison inverse de celui de la veine jugulaire externe. Elle descend au devant du cou dans le sillon que forme le bord antérieur du muscle sternomastoïdien, recouverte par la peau, le peaucier, et l’aponévrose cervicale superficielle ; à peu de distance au-dessus de la fourchette du sternum elle s’infléchit en dehors et un peu en bas, passe derrière les deux chefs du tendon du muscle sterno-mastoïdien et vient s’ouvrir dans la veine sous-clavière entre l’embouchure de la jugulaire externe et celle de la jugulaire interne. Onia voit assez souvent s’unir à la jugulaire externe pour s’aboucher par un tronc commun dans la sous-clavière. Au devant du corps thyroïde, les deux jugulaires antérieures s’envoient une branche transversale d’anastomose, qui peut être plus ou moins longue et peut même , comme dans la Fig. 150, être assez courte pour constituer une réunion latérale des deux troncs veineux.
La jugulaire antérieure est souvent anastomosée avec les jugulaires externe et interne par des branches variables d’existence et de direction. Elle tire son origine tantôt de branches veineuses qui accompagnent l’artère sous-mentale, tantôt de branches cutanées et musculaires sous-hyoïdiennes; d’autres fois encore elle n’est qu’une branche de dérivation des veines linguale et faciale. Elle reçoit dans son trajet quelques veines cutanées ainsi que des veinules trachéales et thyroïdiennes.
Veine jugulaire externe (Fig. 153, 1).
Préparation. — L’injection se fera soit directement par la jugulaire externe au devant du sterno-mastoïdien , soit mieux par la jugulaire interne. Comme toutes les veines jugulaires communiquent ensemble, elles se rempliront toutes. La préparation est la même que pour le muscle sterno-mastoïdien. Il faut seulement avoir soin de ménager la jugulaire externe.
ANGÉI0L0G1E.
Comme toutes les veines jugulaires, la jugulaire externe varie beaucoup par ses origines; on peut cependant la considérer comme formée le plus habituellement par lti réunion de la veine temporale avec la maxillaire interne, souvent elle reçoit également la faciale, comme c’était le cas chez les sujets qui ont servi à dessiner les Fig. 153 et 154. La jugulaire externe s’étend du col du condyle de la mâchoire jusqu’à la veine sous-clavière, dans laquelle elle se jette au niveau de la partie moyenne de la clavicule, immédiatement en dehors de l’origine du tronc veineux brachio- céphalique. Elle est située au-dessous de la
peau et du peaucier et , à partir de l’angle de la mâchoire, au milieu de la glande parotide, qui l’entoure de tout côté. Elle se dirige de haut en bas et de dedans en dehors, en croisant par conséquent la face antérieure du sterno-mastoïdien. L’aponévrose cervicale la sépare de ce muscle, de l’omo-hyoïdien , de l’artère „ cervicale transverse et des nerfs du plexus brachial. En pénétrant dans le creux sus-claviculaire pour gagner la sous-clavière, elle perfore cette aponévrose.
La jugulaire externe reçoit dans son trajet :
4° Des veines anastomotiques avec la jugulaire antérieure.
2° La veine auriculaire postérieure, qui suit le trajet de l’artère du même nom.
3° Les veines scapulaires supérieure et postérieure , satellites des artères de ce nom (Fig. 150).
4° L’anastomose que nous avons signalée entre elle et la veine céphalique. Cette branche se rend fréquemment dans la sous-clavière.
Nous allons décrire ses branches d’origine, en faisant remarquer encore une fois qu’elles ne sont pas constantes quant à leur mode de réunion.
Veine temporale. — Elle suit l’artère temporale superficielle , pénètre ensuite dans la glande parotide et forme l’une des branches d’origine de la jugulaire externe. Dans la région temporale, cette veine communique par ses branches antérieures avec la préparate et par ses branches postérieures avec l’occipitale. Elle reçoit dans son trajet des rameaux correspondants à toutes les divisions de l’artère temporale superficielle qu’elles accompagnent.
Sur la Fig. 154 on voit une disposition assez rare : la temporale superficielle reçoit d’abord au-dessous de l’oreille la veine auriculaire postérieure ; puis , à sa partie inférieure , elle décrit un coude , s’enfonce dans la région sus-hyoïdienne et vient s’ouvrir dans la jugulaire interne. Chez ce sujet, au reste, la veine maxillaire interne se termine également dans la jugulaire interne, tandis que la faciale très-volumineuse constitue en majeure partie la jugulaire externe.
Veine maxillaire interne. — Elle représente à peu près le trajet de l’artère maxillaire interne et de ses branches, sauf les plus profondes et l’alvéolaire. Toutes ces différentes veinules se réunissent et forment le plexus ptérygoïdien situé dans l’intimité même du muscle ptérygoïdien externe , de telle façon que lorsqu’il est injecté, il est impossible d’isoler les vaisseaux d’avec les libres musculaires.
Ce plexus communique en avant avec le plexus alvéolaire, en haut, par des veines, émissaires avec les sinus crâniens et les veines de la dure-mère , et se termine en arrière par la veine maxillaire interne , qui croise la face interne du condyle de la mâchoire et se réunit à ce niveau à la veine temporale pour former la jugulaire externe.
DES VEINES EN PARTICULIER
Quoique la veine faciale se jette plus souvent dans la veine jugulaire interne que dans l’externe, comme sa disposition est variable, nous la décrirons ici.
Veine faciale. — Elle naît sur le sommet du front, sous le nom de veine préparate , et suit les divisions de l’artère frontale ; elle s’anastomose largement. par ses branches avec la veine temporale. Sa disposition est variable suivant les sujets, tantôt elle est double et tantôt unique. Au niveau de la racine dn nez elle communique avec celle du côté opposé en formant une arcade ;
Fig. 153. — Veines superficielles de la face el du cou (*).
quand elle est unique , elle se divise en deux branches, dont la disposition est la même. Elle reçoit la veine sus-orbitaire, qui longe l’arcade sourcillière, et communique à plein canal avec la veine ophthalmique. La veine préparate se continue alors le long du sillon nasal et prend le nom de veine angulaire , qu’elle conserve jusqu’au niveau de l’aile du nez. Elle reçoit dans ce trajet la (*)
(*) •)) Veine jugulaire externe. — 2) Veine jugulaire interne. — 3) Veine faciale constituant chez ce sujet la plus grosse branche d’origine de la jugulaire externe. — 4) Veine angulaire. — 5) Son anastomose avec la veine ophthalmique. — 6) Veine frontale ou préparate. — 7) Veine temporale. — £) Veine auriculaire postérieure. — 9) Veine occipitale.
ANGÉIOLOGTE.
veine palpébrale inférieure, et les veines de l’aile du nez au nombre de deux, réunies souvent à leur terminaison en un tronc unique. A partir de ce point, la veine angulaire devient la veine faciale proprement dite. Cette veine passe sous le grand zygomatique, puis sur la face externe du buccinateur, longe le bord antérieur du masséter, croise la branche horizontale de la mâchoire et se jette dans la jugulaire interne au-dessous de la glande sous-maxillaire. D’autres fois, comme sur la Fig. 153, elle continue son trajet et au devant du sterno-mastoïdien se jette dans la jugulaire externe. Outre les branches veineuses correspondantes aux branches de l’artère faciale , cette veine reçoit la veine alvéolaire, qui sort du plexus formé par les veines accompagnant les artères sous-orbitaire, alvéolaire et palatine supérieure.
Veine jugulaire Interne (Fig. 150, 4).
Préparation. — On injecte cette veine en la remplissant parla partie inférieure et de bas en haut. Pour la préparer on se sert du procédé indiqué pour l’artère carotide primitive et pour la carotide interne»
Elle naît, au niveau du trou déchiré postérieur, de la dilatation du sinus latéral connue sous le nom de golfe de la veine jugulaire (Fig. 152, 7), et se termine en se réunissant à la veine sous-clavière pour constituer le tronc veineux brachio- céphalique. Sa direction est verticale; son calibre, très-considérable, mais variable suivant les sujets, est en raison inverse de celui des jugulaires antérieure et externe. Cette veine est en rapport dans son tiers supérieur avec la carotide interne, et dans ses deux tiers inférieurs avec la carotide primitive. Elle est située en dehors et un peu en arrière de ces vaisseaux, et offre du reste les mêmes rapports qu’eux, soit avec les muscles soit avec les nerfs. L’on trouve toujours deux valvules à son embouchure.
Immédiatement après sa naissance , elle reçoit la veine condylienne antérieure, qui la fait communiquer avec les sinus vertébraux; au niveau de l’apophyse mastoïde ou un peu au-dessous, elle reçoit Ici veine occipitale, qui longe l’artère de ce nom, et communique avec le sinus latéral par la veine mastoïdienne. Cette veine s’ouvre quelquefois dans la jugulaire externe.
Au-dessous de l’angle de la mâchoire, la jugulaire interne reçoit la veine faciale et les veines linguales.
Veines linguales. — On doit les distinguer en veines dorsales, veines profondes et veines inférieures.
Les veines dorsales forment un plexus sous-muqueux, duquel partent une ou deux veines qui se portent en bas et en dehors , et vont s’ouvrir dans la faciale ou directement dans la jugulaire interne. Les veines profondes accompagnent l’artère linguale et s’ouvrent soit dans les veines dorsales soit dans la faciale ou la jugulaire interne. Les veines inférieures ou ranines se soient très-bien à travers la muqueuse sur les bords du frein, elles suivent le nerf hypoglosse et se terminent dans les veines dorsales ou la veine faciale.
Au niveau de l’os hyoïde, la jugulaire interne reçoit la veine pharyngienne, qui émane du plexus pharyngien formé par les veines ptérygo-palatine , vidienne et palatine ascendante.
DES VEINES EN PARTICULIER
Plus bas, la jugulaire interne reçoit la veine thyroïdienne supérieure , qui vient du corps thyroïde, remonte de bas en haut, croise la face antérieure de la carotide primitive au niveau de sa terminaison, et se jette dans la jugulaire interne ou dans la terminaison de la faciale. Cette veine est quelquefois double, sa branche inférieure porte alors le nom de thyroïdienne moyenne et s’ouvre dans la partie inférieure de la jugulaire interne. La thyroïdienne supérieure reçoit les veines linguales.
Fig. 154. — Veines profondes de la face et du cou (*).
Veine jugulaire postérieure.
Elle appartient à la série des veines du rachis dites extra-rcichidiennes. C’est Cruveilhier qui, le premier, a appelé l’attention sur cette veine. Située entre le grand complexus et le transversaire épineux, elle naît entre l’atlas et l’occipital , est très-flexueuse, se porte en bas et en dedans jusqu’à l’apophyse épineuse de l’axis, communique alors avec celle du côté opposé par une (*)
(*) 1) Veine jugulaire interne. — 2) Veine faciale. — 3) Veine angulaire. — 4) Veine préparate. !>) Veine temporale superficielle. — 6) Veine maxillaire interne venant du plexus ptérygoïdien. 7) \eine auriculaire postéiieure. — 8) Veine occipitale. — 9) Veine jugulaire postérieure, recevant les veines rachidiennes cervicales.
ANGÉIOLOGIE.
branche transversale , s’en écarte ensuite et se dirige en bas et un peu en dehors. Elle passe enfin entre l’apophyse transverse de la septième cervicale et la première côte pour s’ouvrir dans le tronc veineux brachio-céphalique derrière la veine vertébrale. Elle reçoit dans son trajet des branches régulières venues des sinus rachidiens en passant par les trous de conjugaison. Elle communique en haut avec la veine occipitale et dans sa partie moyenne, par des veinules, avec la jugulaire interne.
§ III. — Veines des parois du tronc et veines rachidiennes.
GRANDE VEINE AZYGOS (Fig. 161).
Préparation. — L’injection peut se faire par les veines des extrémités inférieures ou encore par les veines crurales. On remplit ainsi la veine cave inférieure, et la matière solidifiable passe également dans les azygos. Pour les préparer on ouvrira le corps comme pour l’étude de l’aorte descendante, et on enlèvera tous les viscères. On trouvera alors les veines azygos sur les côtés du rachis. Il faut avoir soin, dans la poitrine, d’enlever aussi l’œsophage.
La veine azygos (à privatif, Çuyoç, pair) est impaire et située sur le côté latéral droit des vertèbres lombaires et dorsales. Elle représente le tronc commun des veines intercostales droites. Elle naît, dans la région lombaire d’une veine située sur les côtés latéraux des apophyses transverses, la veine lombaire ascendante , qui s’anastomose en bas avec la veine iliaque primitive du même côté , et par suite avec la veine cave inférieure. La veine azygos traverse le diaphragme par l’ouverture aortique de ce muscle; arrivée au niveau de la troisième vertèbre dorsale, elle quitte la colonne vertébrale, se porte en avant, passe au-dessus de la bronche droite en formant une courbure à concavité inférieure et s’ouvre dans la veine cave supérieure (Fig. 114, 5).
La veine azygos reçoit dans son trajet toutes les veines intercostales droites, au devant desquelles elle passe. Au niveau de la huitième ou septième vertèbre dorsale, elle reçoit la veine demi-azygos, un peu plus haut le tronc commun des veines intercostales supérieures gauches , et auprès de son embouchure le tronc commun des intercostales supérieures droites, quand ce dernier ne s’ouvre par dans la veine cave ou le tronc veineux brachio-céphalique droit (Fig. 161).
VEINE DEMI-AZYGOS (Fig. 161).
Elle naît de la même manière que la veine azygos , mais des veines lombaires gauches, et réunit le sang des cinq ou six veines intercostales gauches inférieures, en remontant sur le côté correspondant du corps des vertèbres. Arrivée au niveau de la septième ou huitième dorsale, elle s’incline en avant et en dedans, croise le corps vertébral et s’ouvre dans la grande veine azygos.
Veines intercostales supérieures gauches (Fig. 161).
Elles se réunissent en un tronc commun, qui descend le long des corps vertébraux et vient s’unir soit à la veine demi-azygos, près de la terminaison de celle-ci, soit directement à la veine azygos et à une distance variable de la précédente.
DES VEINES EN PARTICULIER
Dans d’autres cas , la réunion du tronc commun des intercostales supérieures gauches avec la demi-azygos se fait à quelque distance de la terminaison de celle-ci; la veine azygos parait alors double et anastomosée par une branche transversale au devant de la septième vertèbre dorsale. L’intercostale gauche la plus élevée, celle du premier espace, s’ouvre habituellement isolément soit dans la veine vertébrale, soit dans le tronc brachio-céphalique gauche.
Veines intercostales supérieures droites.
Elles sont au nombre de trois ou quatre , se réunissent le plus souvent en deux troncs, qui s’ouvrent l’un dans l’azygos, au niveau de la courbure qu’elle décrit en passant au-dessus de la bronche droite, l’autre dans le tronc brachiocéphalique et même dans la veine cave.
Les veines intercostales et lombaires accompagnent exactement les artères correspondantes et ramènent également le sang des rameaux dorso- spinaux. Ces rameaux arrivés au niveau des vertèbres forment, par leur division régulière en branche ascendante et en branche descendante anastomosées avec celles qui sont au-dessus et au-dessous , un plexus remarquable , le -plexus extra -rachidien postérieur , étendu dans toute la longueur de la colonne rachidienne, et communiquant au niveau de chaque trou de conjugaison avec les veines intra-rachidiennes. Le plexus extra-rachidien postérieur présente un très-grand nombre de branches et de rameaux , qui enlacent les apophyses épineuses, les ligaments interépineux, les apophyses articulaires et transverses. A la région cervicale, ce plexus se déverse dans les veines jugulaires postérieures.
Les veines sacrées latérales et sacrée moyenne forment un plexus qui recouvre la face antérieure du sacrum. Elles sont anastomosées entre elles et reçoivent, par les trous sacrés, des rameaux qui les font communiquer avec les veines intra-rachidiennes .
PLEXUS INTRÂ-RACHIDIENS.
Toute la face interne du canal rachidien est tapissée par un plexus veineux très-développé, surtout à la partie antérieure. Les veines qui le constituent ont pris à tort le nom de sinus rachidiens ; elles ne sont pas creusées dans l’épaisseur de la dure-mère, mais situées entre cette membrane et la face interne des vertèbres.
A la face antérieure du canal existent deux troncs veineux principaux qui en occupent toute la longueur, veines longitudinales antérieures. Ces troncs veineux communiquent au niveau de chaque trou de conjugaison avec le plexus extra-rachidien, et reçoivent au niveau de la partie moyenne de chaque corps vertébral une branche transversale qui les fait communiquer l’un avec l’autre. Deux autres troncs longitudinaux, moins développés que les précédents, sont situés sur la face interne de la moitié postérieure du canal rachidien ; ils communiquent entre eux comme les précédents par des branches transversales, et avec les veines longitudinales antérieures par des branches latérales.
4*90 ANGÉIOLOGIE.
Chaque vertèbre contient dans son intérieur une ou plusieurs veines diploïques, anastomosées entre elles et venant s’ouvrir dans les branches transversales de réunion des veines longitudinales antérieures. Elles sortent de la vertèbre parle trou que l’on trouve toujours sur la face postérieure du corps de celle-ci. Les veines longitudinales antérieures s’anastomosent en haut avec la veine condylienne antérieure, qui passe par le trou de ce nom et s’ouvre dans la jugulaire interne.
Veines spinales.
Elles sont divisées en spinales antérieures et spinales postérieures, forment un plexus à mailles irrégulières, qui occupe toute la longueur des deux faces de la moelle, et émettent des veinules qui se dirigent de 'chaque côté entre les racines nerveuses antérieures et postérieures pour gagner le trou de conjugaison et se jeter clans les plexus extra-rachidiens.