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LIVRE PREMIER

OSTÉOLOGIE

Fig. 4. — Squelette de l'homme (*).

*) o) Os frontal. — b) os pariétal. — r) orbite. — d ) os temporal. — e ) mâchoire inférieure. — f) vertèbres cervicales. — g) omoplate. — /i) clavicule. — i ) humérus, — 4) vertèbres lombaires. — /) os iliaque. — m) cubitus. — «) radius. — o ) os du carpe. — //) os du métacarpe. — rj) phalanges. — r) fémur. — s) rotule — r) tibia . — //) péroné . — v) tarse . — .r) métatarse. — jr) phalanges.

OSTÉOLOGIE

PREMIÈRE SECTION

DES OS EN GÉNÉRAL

Préparation. — Pour obtenir les os secs et complètement débarrassés de leurs parties molles, on emploie la macération prolongée. Pour cela, on choisit un sujet adulte, maigre et bien conformé; on enlève grossièrement les parties molles en désarticulant les principaux segments du corps et en prenant soin de ne pas endommager les surfaces articulaires; on dépose alors les os dans une cuve à macération remplie d’eau ; cette eau sera renouvelée le plus souvent possible surtout dans les premiers jours ; quand les ligaments et les tendons commencent à se détacher facilement des os, on achève de débarrasser ceux-ci de toutes les parties molles encore adhérentes, en les frottant avec une brosse ou un linge rude, et au besoin avec une rugine ; enfin, pour avoir les os complètement blancs, on les expose au grand air et à la rosée. Le sternum doit être enlevé avec les cartilages costaux, ruginé avec soin et mis à macérer à part et beaucoup moins longtemps. Toutes ces opérations peuvent durer de trois à huit mois, suivant les sujets. On peut obtenir les os décharnés d’une façon beaucoup plus expéditive par l’ébullition : après les avoir fait dégorger quelques jours dans l’eau ordinaire, on les fait bouillir dans de l’eau additionnée de sous-carbonate de potasse (un kilogramme pour 200 litres). On appelle squelette naturel celui dans lequel les ligaments sont conservés; squelette artificiel, celui dans lequel ils sont remplacés par des liens artificiels, laiton, cuivre etc.

Le squelette (fig. 4), lorsqu’il a atteint son développement complet, ce qui a lieu de 25 à 30 ans environ , se compose de 203 os répartis de la façon suivante (*) :

Tronc : Tête : Crâne

» » Face

« Colonne vertébrale

» Sacrum et coccyx

» Côtes et sternum

» Os hyoïde

Membres : supérieur. ......

» Inférieur (y compris la rotule)

Total. .

Le nombre des pièces osseuses distinctes est beaucoup plus grand pendant la période du développement, car chaque os se compose alors de plusieurs pièces qui se soudent ensemble plus tard ; mais tout ce qui concerne l’histoire des os à cette époque, sera renvoyé au chapitre du développement, et toutes nos descriptions d’ostéologie, comme du reste celles des autres chapitres, ne porteront que sur l’état adulte.

Caractères physiques des os. — Les os à l’état sec ont une couleur blanc mat si la macération p. été complète; cette couleur est jaunâtre sur les parties de l’os qui étaient recouvertes par du cartilage et constituaient des surfaces articulaires ; le cartilage, en se desséchant, forme une sorte de vernis lisse sur la surface articulaire

(') Le nombre des os varie suivant les auteurs, selon qu’ils y rangent ou non les dents, les os sésamoïdes, les rotules, selon qu’ils font de l’occipital et du sphénoïde un seul os ou deux os distincts etc. Dans le chiffre de 203 os adopté ici, on a compris la rotule; on a compté le coccyx comme formé de quatre pièces séparées, et l’occipital et le sphénoïde comme deux os distincts; les dents et les os sésamoïdes n’y sont pas compris.

DES OS EN GÉNÉRAL

dont ou peut ainsi reconnaître facilement l’étendue et les limites, tandis que le reste de la surface osseuse est rugueuse et parsemée de sillons superficiels visibles à l’œil nu. A l’état frais, le périoste et le cartilage qui les recouvrent et le sang qu’ils contiennent donnent aux os un tout autre aspect.

Leur dureté est caractéristique et leur permet d’être des agents de support et de protection pour les parties molles , et des leviers rigides se déplaçant les uns sur les autres sous la traction des muscles. Cette iuflexibilité n’est pas absolue; quelquesuns d’entre eux, les côtes par exemple, présentent une certaine élasticité, en rapport avec les phénomènes mécaniques du thorax dans la respiration. Chez les enfants ils sont plus flexibles ; ils deviennent au contraire plus durs et plus fragiles chez le vieillard.

Le poids du squelette entier desséché est de 4800 à 6400 grammes chez l’homme , 3200 à 4800 chez la femme. La moitié droite est plus pesante que la moitié gauche, et la partie sus-ombilicale égale en poids la partie sous-ombilicale du squelette (de Luca). Le poids spécifique des os est d’environ 1 ,87 et diminue chez le vieillard.

Comjjosition chimique des os. — Toutes les analyses des os pèchent en ce qu’on ne peut isoler exactement le tissu osseux de la moelle, des vaisseaux etc., ce qui fausse les résultats obtenus. Les os se composent chimiquement de deux ordres de substances : des substances organiques , osséine , graisse (provenant de la moelle) , et des substances minérales , phosphate de chaux tribasique , phosphate de magnésie , carbonate de chaux , fluorure de calcium et des traces de chlorures , de carbonates alcalins et de fer. On peut isoler ces deux ordres de substances ; en traitant l’os par l’acide chlorhydrique affaibli, on enlève peu à peu les principes minéraux, et la matière organique reste seule en conservant la forme primitive de l’os ; on a alors le cartilage osseux à l’état frais; il est élastique, flexible et jaunâtre; il se transforme en glutine et donne de la colle par l’ébullition. Par la calcination, au contraire, on peut obtenir l’os complètement privé de matière organique et réduit à ses principes minéraux.

Les proportions des principes les plus importants des os sont les suivantes :

Matière organique . .j Oss^ne

| Graisse

i Phosphate de chaux. .

Substances minérales . Carbonate de chaux. .

( Phosphate de magnésie

Total 100

Les os longs sont en général plus riches en principes minéraux que les os courts. Les os frais contiennent pour la substance spongieuse 12 à 30 pour 100 d’eau, pour la substance compacte 3 à 7 pour 100. L’osséine et le phosphate de chaux paraissent exister dans les os à l’état de composé chimique défini et non à l’état de simple mélange.

Configuration des os. — Les os, outre leur volume qui varie et les a fait diviser en grands, petits et moyens, présentent une forme générale plus ou moins comparable pour la plupart aux formes géométriques. On les a divisés sous ce rapport en trois classes, suivant la prédominance de leurs diamètres. Dans les os longs, un seul diamètre 1 emporte sur les deux autres; dans les os plats, deux des diamètres prédominent; dans les os courts, aucun des diamètres ne l’emporte sur les autres d’une façon notable. Enfin , il est certains os irréguliers dont la forme ne se prête pas à cette division.

OSTÉ0L0G1E

Dans les os situés sur la ligne médiane du corps, les deux moitiés de l’os, par rapport au plan médian, se répètent symétriquement ; pour les os situés latéralement, il n’en est plus de même , mais ils sont symétriques par rapport à ceux du côté opposé.

Les os pouvant être comparés à des solides géométriques , on peut admettre aussi pour eux des laces, des arêtes ou bords et des angles. On divise ainsi l’os en un certain nombre de régions , dont on étudie successivement les particularités de configuration extérieure. Ces particularités se réduisent à trois : la forme générale, les saillies, les cavités. Au point de vue de la forme générale , telle face peut être plane ou courbe, triangulaire ou polygonale, tel bord rectiligne ou sinueux, tel angle obtus ou aigu etc.

Les saillies ou apophyses («tto , de; cpuGiç, croissance; ex-croissance) sont les unes articulaires et correspondent à des cavités articulaires d’un autre os , les autres non articulaires et affectent la forme de lignes, empreintes, crêtes, tubérosités, épines, plus ou moins saillantes qui servent à des insertions musculaires (éminences d’insertion), ou se moulent sur la configuration des parties molles (éminences d’impression).

Les cavités sont aussi articulaires ou non articulaires. Les cavités non articulaires servent à donner attache aux muscles (cavités d’insertion), à loger des organes (cavités de réception) , au passage de vaisseaux , de nerfs ou de tendons (cavités de transmission) , ou enfin forment des espaces vides dans l’intérieur des os ( sinus ou cellules ). Ces cavités présentent des formes très- variables , simples dépressions superficielles, fosses profondes, gouttières, cavités anfractueuses, et peuvent être constituées par un seul ou par le concours de plusieurs os.

Les trous ou canaux qui traversent les os sont de deux ordres : les uns, canaux de transmission, servent au passage de nerfs ou de vaisseaux qui ne font que traverser l’os; les autres, canaux de nutrition, contiennent les vaisseaux qui servent à la nutrition de l’os, et sont tantôt assez volumineux, tantôt presque invisibles à l’œil nu.

Rapports des os. — Les os ont avec les parties molles des rapports de continuité et des rapports de contiguité. Les muscles, les tendons, les ligaments constituent avec les os un tout continu, de façon que, grâce à ces connexions, l’appareil locomoteur (actif et passif) forme un ensemble de pièces réunies sans interruption les unes avec les autres. Les rapports de contiguité des os peuvent avoir lieu avec tous les organes possibles, muscles, tendons, vaisseaux , nerfs, muqueuses , peau , viscères, et ces rapports , par leurs conséquences pratiques , sont de la plus haute importance pour le médecin.

Division des os. — Les os se divisent en trois grandes classes : os longs, os plats, os courts :

1° Os longs. — Ils existent surtout aux membres et forment les principaux leviers du corps. Ils se composent tous d’une partie médiane allongée ou corps et de deux extrémités ordinairement renflées. Le corps ou diaphyse (oià, à travers; cpucuç, croissance), habituellement rectiligne, quelquefois tordu sur lui-même, a presque toujours la forme d’un prisme triangulaire et présente par conséquent trois faces et trois bords. Les extrémités ou épiphyses (etc!, sur; cpucrtç , croissance) ont l'aspect de renflements plus ou moins volumineux présentant des surfaces articulaires de forme variable; de plus elles sont pourvues de saillies destinées à des insertions musculaires ou ligamenteuses, et de coulisses pour la réflexion et le glissement des tendons. On trouve sur leur surface une grande quantité de trous nourriciers, dont les plus gros donnent passage à des veines ; mais le canal nourricier principal répond toujours au corps de l’os.

DES OS EN GÉNÉRAL

Si on scie l'os longitudinalement, pour étudier sa conformation intérieure , on voit que le corps est dans toute sa longueur creusé d’une cavité cylindrique se terminant en fuseau vers les deux extrémités, c’est le canal médullaire ; le reste de la diaphyse ou les parois du canal médullaire sont formées par un tissu osseux très-dur à grain très-serré, tissu compacte ; les deux extrémités, au contraire, sont constituées par un tissu aréolaire, tissu spongieux , dont les mailles ou cavités (cavités médullaires) communiquent toutes entre elles et sont circonscrites par de fines cloisons osseuses ; une lamelle très-mince de tissu compacte entoure la substance spongieuse des extrémités , et vers la diaphyse se continue en s’épaississant avec le tissu compacte des parois du canal médullaire. A ses deux extrémités , le canal médullaire est entrecoupé de filaments osseux très-fins et entrecroisés, constituant ce qu’on a appelé le tissu réticulaire , qid n’est qu’une forme du tissu spongieux. A l’état frais, le canal et les cavités médullaires sont remplis d’une substance molle, pulpeuse, vasculaire, moelle osseuse.

2° Os plats. — Ils présentent deux faces, dont l’une est ordinairement concave, l’autre convexe, et des bords, dont le nombre varie suivant la forme même de l’os. Ils appartiennent pour la plupart aux parois des cavités qui logent les différents viscères. Us sont constitués par une couche de tissu spongieux interposé entre deux lames de tissu compacte. Quelquefois la couche intermédiaire spongieuse manque par places, et l’os est alors réduit à une simple lamelle de tissu compacte (Ex. omoplate).

3° Os courts. — Ils ont en général une forme plus ou moins régulièrement cuboïde, et par suite on peut leur assigner six faces. On les trouve principalement aux extrémités des membres ou à la colonne vertébrale , où ils constituent par leur agglomération des massifs osseux composés de pièces distinctes. Leur conformation intérieure est absolument identique à celle des extrémités des os longs : une masse de tissu spongieux limitée par une couche mince de tissu compacte.

Structure des os. — Les os sont des' organes dont la composition est très-complexe. La masse de l’os , sa charpente fondamentale , est constituée par le tissu osseux proprement dit; les cavités interceptées par ce tissu (canal et cavités médullaires) sont remplies par une substance molle , pulpeuse , moelle des os ; la surface de l’os est limitée et enveloppée par une membrane fibro-vasculaire, le périoste, dans toute sa portion non articulaire , et par du cartilage (cartilage articulaire) dans sa partie articulaire; enfin, l’os reçoit des vaisseaux et des nerfs. Nous allons passer successivement en revue ces différentes parties.

1° Tissu osseux. — Le tissu, composé, comme nous l’avons vu, de substance fondamentale et de cellules osseuses , se présente sous deux formes principales : tissu compacte et tissu spongieux.

Le tissu compacte , tel qu’on l’observe par exemple sur la diaphyse des os longs, est parcouru par un système de canaux vasculaires, canaux de Havers, larges de 0mm,2 à 0mm,l , distants les uns des autres de 0mm,l à 0mm,3, à peu près parallèles entre eux et à l’axe longitudinal de l’os, et communiquant les uns avec les autres par des branches transversales ; ces canaux forment donc , grâce à ces anastomoses , un réseau canaliculé dans toute l’étendue du tissu compacte; ce réseau s’ouvre d’une part à la surface de l’os par de très-petits pertuis obliques, continués par des sillons visibles à l’œil nu sous forme de stries longitudinales; d’autre part, à l’intérieur de l’os dans le canal médullaire; enfin, vers les extrémités de l’os il communique avec les cavités médullaires du tissu spongieux, qui peuvent être considérées comme de simples dilatations irrégulières des canaux de Havers. Le réseau est occupé par des vaisseaux sanguins qui proviennent des vaisseaux nourriciers de l’os ou des vaisseaux

OSTEOLOGIE.

du périoste, et communiquent avec ceux cle la moelle osseuse. Les lamelles de la substance fondamentale , ainsi que les cellules osseuses sont disposées par séries concentriques autour des canaux de Havers comme autour d’un axe commun (fig. 5), et le

nombre de ces couches concentriques de lamelles et de cellules osseuses peut varier de 8 à 15 et même en deçà et au delà de ces limites. Le grand axe des cellules osseuses est parrallèle à la direction des canaux de Havers , et la plus grande partie des prolongements canaliculés de ces cellules se dirigent vers le canal de Havers comme vers un centre.

Dans les os plats , les canaux de Havers sont parallèles aux deux faces de l’os et semblent partir d’un point central et s’irradier de là dans toutes les directions (Ex. pariétal) ; d’autres fois ils sont tous parallèles entre eux (sternum).

Dans le tissu spongieux, ces canaux de Haver s sont remplacés par les cavités médullaires et n’existent guère que dans les endroits où ces cavités sont séparées par des cloisons très-épaisses. Dans les cloisons minces, les lamelles et les cellules osseuses sont disposées concentriquement autour des cavités médullaires.

ou

Fig

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