III. TEXTURE DE LA MOELLE
La moelle est donc constituée par un axe central gris , formé de différentes colonnes cellulaires, dans lesquelles les cellules sont réunies en noyaux séparés, quoique reliés les uns aux autres dans toute la longueur de la colonne. Autour de cet axe se groupent les fibres blanches formant les cordons médullaires antérieur , latéral et postérieur. Penuant fort longtemps on a cru que les fibres nerveuses remontent directement jusque dans le cerveau, à travers la moelle, et que celle-ci est l’ensemble des filets nerveux se rendant des extrémités à l’encéphale. Cette opinion , battue en brèche par les magnifiques travaux de Stilling et Wallach , fut soutenue longtemps par Kœlliker; mais ce célèbre micrographe se vit contraint de l’abandonner lui-même devant les résultats si probants des mensurations de Volkmann. Au reste, en admettant l’opinion ancienne, il faudrait de toute évidence que les racines des nerfs rachidiens fussent verticales et ascendantes dans l’épaisseur de la moelle, tandis qu’il est démontré qu’elles y sont transversales.
Étudions séparément les cordons antéro-latéraux et les cordons postérieurs et voyons comment s’y comportent les fibres nerveuses.
Cordons antéro-latéraux. — Les racines antérieures viennent toutes aboutir aux cellules nerveuses des différents noyaux qui forment les colonnes cellulaires antérieure et latérale de la substance grise ou , pour être plus exact , les fibres de ces racines ne sont que des prolongements de ces cellules. Ces dernières émettent encore d’autres prolongements qui les unissent : 1° aux cellules du même noyau ; 2° aux cellules du groupe homologue du côté opposé (ces prolongements passent à travers la commissure antérieure) ; 3° aux cellules de groupes situés au-dessus ou au-dessous dans la même colonne du même côté; 4° aux organes encéphaliques. Cette dernière anastomose est très-importante et se fait de la manière suivante. Toutes les cellules des différents noyaux qui forment les colonnes antérieure et latérale ne sont pas en connexion directe avec l’encéphale; mais comme elles sont anastomosées entre elles, il est aisé de comprendre qu’un petit nombre de fibres ascendantes doit suffire pour communiquer à tout le groupe l’excitation cérébrale. Ce sont ces fibres ascendantes ou cérébro-médullaires qui forment les cordons antéro-latéraux.
Les fibres des cordons antérieurs ne subissent pas d’entre-croisement, de décussation, avant d’arriver au bulbe; en d’autres termes, celles qui partent des noyaux de la colonne du côté droit ne remontent pas par le cordon du côté gauche pour arriver au bulbe. Les communications qui existent entre les différents noyaux des deux côtés, à travers la commissure antérieure , ne dépendent pas de ces cordons , mais bien des grosses cellules des cornes antérieures, qui s’unissent d’un côté à l’autre par des prolongements transversaux.
Cordons postérieurs. — Les fibres des racines postérieures, en pénétrant dans les cornes postérieures, se divisent en trois faisceaux distincts : 1° les unes remontent directement vers l’encéphale dans l’intérieur des cordons postérieurs, sans s’unir aux cellules des cornes postérieures; 2° d’autres fibres se comportent comme celles des racines antérieures et aboutissent aux cellules des cornes postérieures , qui
DES CENTRES -NERVEUX
émettent les mêmes prolongements que nous avons vu provenir des cellules des cornes antérieures. Elles s’unissent, comme celles-ci , entre elles dans un même groupe , avec le groupe homologue du côté opposé , avec des groupes différents de la même colonne du même côté , et enfin elles émettent un prolongement ascendant ; 3° la troisième espèce de fibres des racines postérieures ne s’unit pas aux cellules des cornes postérieures, mais passe à travers la substance grise et va aboutir aux grosses cellules des cornes antérieures du même côté.
Ainsi toutes les fibres des nerfs rachidiens s’arrêtent aux cellules ganglionnaires* de la moelle, à l’exception d’un faisceau des racines postérieuses, qui monte directement vers l’encéphale par le cordon blanc postérieur.
Schrœder van der Kolk admet une décussation des fibres des cordons postérieurs dans toute l’étendue de la moelle, de telle sorte que les fibres de ces racines ne remontent pas tout droit vers l’encéphale , mais bien par le faisceau blanc du côté opposé ; en d’autres termes, il admet que les prolongements ascendants ou cérébromédullaires des cellules des cornes postérieures s’entre-croisent dans toute la longueur de la moelle et passent aussitôt après leur origine dans le côté opposé.
Ces questions de texture, fort difficiles au premier abord, deviennent bien plus faciles à saisir par quelques considérations physiologiques.
Les noyaux des nerfs de la moelle sont les centres de motricité. Les muscles d’un même groupe sont unis dans leur action ; ainsi tous les muscles fléchisseurs de l’avantbras sur le bras se contractent en même temps , sans qu’il nous soit possible de faire agir isolément le biceps ou le brachial antérieur. Ces muscles sont régis par le même groupe de cellules motrices. Or ce groupe est en relation avec le centre volitif situé dans l’encéphale, par un petit nombre de fibres qui excitent à elles seules toutes les cellules anastomosées entre elles, du groupe fléchisseur de l’avant-bras. Mais les noyaux des nerfs sont de plus en relation avec d’autres noyaux plus éloignés, qui peuvent être excités également et subsidiairement par le même effet volitif, d’où résultera une plus grande complication dans l’association des mouvements. Nous ne pouvons insister davantage sur ce sujet, qui demanderait à lui seul , pour être traité à fond, un chapitre beaucoup trop développé pour cet ouvrage.
Les fibres des racines postérieures se divisent en trois faisceaux , dont l’un remonte directement vers l’encéphale : c’est le cordon des fibres tactiles, qui forment de véritables nerfs sensoriels au même titre que les nerfs optiques , acoustiques et olfactifs et qui doivent donc être en relation plus spéciale avec des parties plus élevées des centres nerveux. Le deuxième faisceau s’arrête aux cellules des cornes postérieures et paraît être plus particulièrement en rapport avec les impressions douloureuses, qui sont transmises à leur tour aux organes encéphaliques par l’intermédiaire des prolongements ascendants des cellules des cornes postérieures. Les fibres du troisième faisceau, qui, sans s’arrêter aux cellules de ces cornes, se portent directement à celles des cornes antérieures, sont les fibres excito-motrices ou réflexes. C’est à elles que Jaccoud a donné le nom de système intermediaire des fibres de la moelle. On comprend dès lors aisément comment une impression périphérique peut produire un mouvement inconscient et involontaire , puisque ces fibres se portent directement aux centres de motricité sans passer par le centre encéphalique, destiné à percevoir les impressions et à s’en rendre compte.
§ II. — Bulbe.
La partie de la moelle comprise entre l’extrémité inférieure de l’entre-croisement des pyramides et le bord inférieur de la protubérance annulaire porte le nom de bulbe rachidien. Sa forme est celle d’un cône tronqué à sommet inférieur. Il repose sur la gouttière basilaire, dont il imite la direction oblique
de haut en bas et d’avant en arrière, et forme avec la moelle qui est verticale un angle obtus à sinus dirigé en avant. La longueur du bulbe est de 0,n,03 et répond à l’espace dbmpris entre la partie moyenne de l’apophyse odontoïde et la partie moyenne de la gouttière basilaire. On peut y considérer quatre faces, antérieure , latérales et postérieure , une base et un sommet.
Le sommet du bulbe se continue avec la moelle épinière par une partie légèrement rétrécie, qui a pris le nom de collet du bulbe.
La base est nettement limitée en avant et se continue au-dessous du bord inférieur de la protubérance, dont elle est séparée par un sillon semi-circulaire ; en arrière , elle se confond avec la face postérieure de la protubérance et fait , comme elle , partie du plancher du quatrième ventricule.
La face antérieure du bulbe nous offre à considérer d’abord un sillon médian antérieur , continuation de celui de la moelle épinière. Il est peu profond dans le tiers inférieur du bulbe , reprend sa dimension primitive dans ses deux tiers supérieurs et se termine au niveau du bord inférieur de la protubérance par une petite fossette profonde, trou borgne de Vicq d’Azyr. Sur les côtés de ce sillon se trouvent deux cordons blancs , 'pyramides antérieures , continuation des cordons antérieurs de la moelle ; ils sont un peu renflés en haut et entrecroisés en bas sur la ligne médiane. Cet entre-croisement ou décussation , sur lequel nous reviendrons en nous occupant de la structure du bulbe , se fait par le passage de plusieurs faisceaux de fibres d’un côté à la pyramide du côté opposé. C’est à cette décussation, qui répond au tiers inférieur du bulbe, qu’est due la moindre profondeur du sillon médian à ce niveau. On a décrit chaque pyramide comme ayant la forme d’un prisme triangulaire à face interne plane, en rapport avec le sillon médian , à face externe en rapport avec la face interne des olives, et à face postérieure, périphérique, convexe. Entre chaque pyramide et le bord inférieur de la protubérance se voit l’origine apparente du nerf oculo-moteur externe.
Faces latérales. — La face latérale du bulbe comprend les parties situées entre les pyramides et la ligne d’émergence des nerfs glosso-pharangien et pneumo-gastrique , ligne qui continue le sillon collatéral postérieur de la moelle en formant le sillon latéral d'n bulbe.
Immédiatement en dehors des pyramides antérieures existent, dans la moitié supérieure du bulbe , deux éminences ovalaires , à grand axe longitudinal , dont la forme est nettement délimitée : ce sont les olives ou corps olivaires. Leur extrémité inférieure est recouverte quelquefois par des fibres curvilignes transversales, fibres arciformes. Au-dessus de leur extrémité supérieure , au contraire, se voit toujours un enfoncement, une dépression, fossette sus-olivaire, qui la sépare du bord inférieur de la protubérance. En dedans, les olives sont séparées des pyramides par un sillon , dans lequel se trouvent les racines du nerf grand hypoglosse. Au-dessous des éminences olivaires et un peu en arrière d’elles se voit une tache grise formée par un noyau de cellules nerveuses, qui a pris le nom de tubercule cendré de Rolando.
Entre les olives et le sillon latéral du bulbe on trouve un cordon blanc ne mesurant à la périphérie guère plus de 0in,001 de largeur : c’est le faisceau intermédiaire du bulbe, qui continue une partie des libres du cordon latéral de la moelle. A sa partie supérieure, ce faisceau est. séparé du bord inférieur
DES CENTRES NERVEUX
de la protubérance par une fossette, fossette latérale du bulbe , dans laquelle se trouve l’émergence des nerfs facial et auditif.
Les libres arciformes, curvilignes, à concavité supérieure, qui existent audessous des olives, sont très-variables dans leur groupement et leur nombre, suivant les sujets : tantôt elles forment un groupe unique qui entoure l’extrémité inférieure des corps olivaires et des pyramides ; tantôt, au contraire, elles sont disposées en deux groupes recouvrant les extrémités supérieure et inférieure de ces deux saillies. Dans ces deux cas, on les voit arriver jusqu’au sil-
lon médian.
La face postérieure du bulbe , comprise entre le sillon latéral et le sillon médian postérieur, est arrondie dans son tiers inférieur et aplatie dans ses deux liers supérieurs. Les cordons qui la forment sont au nombre de deux pour chaque côté : l’un principal , l’autre accessoire. Dans le tiers inférieur du bulbe, ces quatre cordons sont réunis et séparés sur la ligne médiane par le prolongement du sillon médian postérieur : le bulbe est alors arrondi comme la moelle. Dans les deux tiers supérieurs, au contraire, les deux cordons d’un côté s’écartent angulairement des deux cordons du côté opposé et laissent à nu la surface grise centrale du bulbe. Cet écartement présente l’aspect d’une excavation triangulaire de couleur grise , qui fait partie du plancher du quatrième ventricule. L’angle aigu à sommet inférieur que forment les cordons médullaires en s’écartant, a pris le nom de bec du calamus scriptorius et sera décrit avec le quatrième ventricule. C’est au niveau de ce point que s’arrête le sillon médian postérieur.
Le cordon principal de la face postérieure du bulbe n’est autre que le cordon postérieur de la moelle. A partir du point où ces cordons s’écartent, c’està-dire au niveau du bec du calamus, il prend le nom de corps restiforme. 11 se porte alors en haut , en dehors et en avant et paraît se diviser en deux faisceaux : l’un qui va au cervelet et constitue en partie le pédoncule cérébelleux inférieur , l’autre qui remonte vers le cerveau par le plancher du quatrième ventricule.
Nous avons vu plus haut qu’à la région cervicale la moelle épinière présente, sur chaque côté du sillon médian postérieur , un faisceau blanc , accessoire , limité par le sillon postérieur intermédiaire , qui le sépare des cordons postérieurs. Ce petit cordon s’écarte de son congénère au niveau du bec du calamus , se renfle alors en une saillie mamelonnée , pyramide postérieure , et va se perdre dans les corps restiform.es correspondants.