ARTICLE TT. — ANNEXES DU CANAL ALIMENTAIRE
§ I. — Dents.
Les dents sont au nombre de seize pour chaque mâchoire chez l’adulte (' dents permanentes) ; dans le jeune âge, il n’en existe que dix à chaque mâchoire [dents temporaires) . Ce nombre est sujet à varier, soit en plus, soit, en moins, dans les cas d’anomalie.
Caractères généraux (Fig. 232). — Chaque dent se compose de deux parties : 1 0 une partie implantée presque en totalité dans l’alvéole du maxillaire , racine de la dent ; 2° une partie libre, qui déborde l’alvéole, couronne de la dent , un î étrécissement , collet de la dent(D), sépare la couronne de la racine. La racine peut être simple ou multiple. Le centre de la dent est occupé par une cavité, cavité dentaire (C) , qui reproduit la forme môme de la dent et s ouvre Par un c^nal à l’extrémité de la racine ; cette cavité contient une sub-
SPT AXCHNOLOGTE.
Fig. 232.
Coupc longitudinale d’une dont incisive (d’après E. Magilot) (*).
stance molle, la pulpe dentaire , continue avec le périoste qui tapisse l’alvéole ; ce périoste alvéolo-dentaire , à partir du rebord alvéolaire, prend des caractères particuliers et constitue , en s’unissant à la muqueuse buccale, un repli libro-muqueux, la gencive, qui s’applique étroitement sur le collet de la dent et sur les parties voisines de la couronne et de la racine, de telle façon que pour chaque dent le bord libre de la gencive est concave.
Conformation extérieure des dents. — On divise les dents, d’après leur forme , en incisives , canines , petites et grosses molaires, et la formule dentaire (*) de l’homme peut être représentée ainsi .
3 gr. M.
3gr. M.
3 gr. M.
3 gr. M.
A. Incisives. — La couronne est cunéiforme, vue de profil ; de face elle a la forme d’un ciseau à cause de la plus grande largeur de son bord libre ; ce bord libre est tranchant et présente , quand il n’est, pas usé , trois dentelures, dont la moyenne est la plus saillante ; la face antérieure est convexe, la face postérieure concave ; sur chacune d’elles le collet a sa convexité tournée du côté de la racine ; les faces latérales sont triangulaires.
La racine est simple, conique, comprimée latéralement, et quelquefois on y trouve de chaque côté un sillon vertical , trace de la bifidité que présente parfois son sommet. Sa longueur est à la hauteur de la couronne : : 3 : 2. Les incisives sont dirigées obliquement en avant par leur
(') On appelle formule dentaire l’expression abrégée du nombre et de la répartition des dents, (*) A. Émail. — B. Ivoire, — C. Cavité dentaire, — 1). Collet de la dent. — E. Cément.
ORGANES DIGESTIFS
bord tranchant. Les incisives supérieures moyennes sont les plus larges ; après elles viennent par ordre de décroissance les incisives supérieures latérales, les incisives inférieures latérales, et les incisives inférieures moyennes, ([ui sont les plus petites. Le bord libre des incisives latérales est ordinairement plus arrondi que celui des incisives moyennes.
B. Canines (laniaires , unions p idées). — La couronne , très-épaisse d’a- \ant en auièie, a une forme pyramidale et se termine par une pointe mousse; le collet se comporte comme pour les incisives, La racine est simple , conique, comprimée latéralement et pourvue de deux sillons latéraux; elle a au moins le double de la hauteur de la couronne. Les canines supérieures sont plus longues; les inférieures ont la pointe plus saillante et quelquefois une racine demi-bifide.
Fig. 2:1:1. — Coupe transversale d'une molaire (d'après K. Magilot) (*).
C. Petites molaires ( bicuspidées ). ' — La couronne est un peu comprimée latéralement; leur surface triturante esbpourvue de deux tubercules dont l’externe est plus considérable; le collet est horizontal. La racine est conique, en général simple, mais creusée de chaque côté d’un sillon profond et souvent bifide à son extrémité. Leur longueur n’atteint jamais le double de la hauteur de la couronne. Dans les petites molaires supérieures la séparation des deux tubercules est plus profonde; la deuxième a souvent deux racines.
D. Grosses molaires (' multicuspidées ). — La couronne est épaisse, cubique ; la surface triturante est large et présente quatre tubercules (et quelquefois cinqj, séparés par un sillon crucial. Le collet est horizontal. La racine, multiple, est double ou triple, et la direction de ses branches varie ; (*)
(*) D. fimail. — c F). Cavité iDnlfliro.
SPIANOHNOLOCITE.
tantôt, leurs extrémités s’écartent , d’autres fois elles se rapprochent [dents barrées). La longueur des racines ne dépasse guère la hauteur de la couronne. A la mâchoire supérieure les grosses molaires diminuent de grosseur de la première à la troisième; la première est la plus forte de toutes. A la mâchoire inférieure les racines sont souvent au nombre de deux seulement.
Arcades dentaires. — Les dents forment par leur réunion deux rangées, arcades dentaires , correspondant aux bords alvéolaires des deux mâchoires. Ces arcades n’ont pas toutes les deux la même courbure , les incisives supérieures dépassant en avant les inférieures. Chaque arcade présente une face antérieure convexe et une face postérieure concave ; sur ses deux faces se voient les fissures interdentaires, plus ou moins larges suivant les individus; le bord adhérent ou alvéolaire est festonné , aspect dû à la disposition du bord libre des gencives; le bord libre, simple en avant jusqu’à la canine, est double sur les côtés et se compose de deux lèvres, une lèvre externe, plus tranchante en haut , une lèvre interne plus tranchante en bas , séparées par une gouttière dont la partie la plus large correspond à la première grosse molaire. Les arcades s’engrènent de façon que les tubercules de la lèvre externe de l’arcade supérieure sont reçus dans la gouttière de l’arcade inférieure.
Structure des dents. — Les dents se composent de parties dures et de parties molles.
A. Parties dures. 1 — Ce sont l’ivoire, l’émail et le cément.
1° Ivoire ou dentine (Fig. 232, B). — L’ivoire forme la masse principale de la dent et occupe aussi bien la couronne que la racine ; c’est dans son centre qu’est, creusée la cavité dentaire. C’est une substance blanc jaunâtre , translucide, plus dure que le tissu osseux compacte. Il présente quelquefois une sorte de stratification, indiquée par des lignes courbes parallèles aux contours de la couronne et visibles sur des coupes transversales.
L’ivoire se compose d’une substance fondamentale homogène parcourue par des canalicules , canalicules dentaires. Ceux-ci , larges de 0mm,002 en moyenne vont de la face interne à la face externe de l’ivoire, en suivant un trajet légèrement onduleux, tout en restant parallèles les uns avec les autres. Nés d’un orifice qui s’ouvre sur la paroi de la cavité dentaire, ils se bifurquent un certain nombre de fois, de sorte que d’un seul canalicule primitif il peut en naître jusque dix ou seize. Ces canalicules secondaires arrivés à la périphérie de l’ivoire se ramifient de nouveau et s’anastomosent, pour se terminer enfin, soit dans l’intérieur de l’émail et du cément de la façon qui sera décrite plus loin, soit dans la couche inter g lobulaire de l’ivoire. Cette couche, située à la périphérie de l’ivoire, présente des cavités irrégulières limitées par des prolongements globulaires de l’ivoire ; ce sont les espaces interglobulaires de Czermak. Ces cavités, très-variables comme grandeur et comme forme suivant les individus, sont en général plus petites dans la racine que dans la couronne. Les canalicules dentaires ont une mince paroi propre, distincte de la substance fondamentale ambiante. Ils contiennent des libres particulières, fines et molles, fibres dentaires , prolongements des cellules dentaires, et très-probablement en connexion avec les tubes nerveux terminaux de la pulpe. Dans les espaces interglobulaires se trouve une substance molle, sur la nature de laquelle on n’est pas encore fixé , mais qui pourrait bien être de nature nerveuse, car cette couche périphérique de l’ivoire jouit d’une sensibilité extrême.
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Èyiaii (big. 232, A). — L’émail revêt toute la partie de l’ivoire qui correspond a la couronne; très-épais au niveau de la surface triturante, il s’amincit assez brusquement pour s’arrêter au collet de la dent par un bord souvent dentelé. Lest une substance blanc bleuâtre , excessivement dure , à cassure fibreuse; sa surface, qui parait lisse à l’oeil nu , est en réalité couverte d’aspérités fines, linéaires.
L émail se compose de libres, à quatre, cinq ou six pans, prismes de l’émail , de 0"nu, 004 de largeur environ. Ces prismes, probablement pleins, sont dentelés et offrent des stries transversales et des varicosités; ils sont intimement soudés les uns avec les autres et forment ainsi des couches dont les fibres sont parallèles , tandis que les couches elles-mêmes s’entre-croisent à angle aigu. La coupe de l’émail a un aspect strié, dû à ce que les fibres sont vues, tantôt suivant leur longueur, tantôt suivant leur épaisseur.
L émail présente à sa partie la plus rapprochée de l’ivoire des cavités allongées , irrégulières, dans lesquelles viennent se terminer une partie des canalicules dentaires. D autres cavités existent encore dans l’émail, mais ne sont que de simples lentes existant entre les prismes et qui n’ont aucune communication avec les canalicules dentaires. L’émail est recouvert à sa surface par une membrane amorphe très-mince (0mm,001) , cuticule de V émail , à peu près inattaquable par tous les réactifs.
o" Cernent (f ig. 232, E). — Le cément ou substance ostéoide revêt, toute la racine de la dent, dont il forme même seul le sommet; du côté de la couronne il recouvre un peu l’origine de l’émail. Sa face externe, inégale, est en i apport avec le périoste alvéolo-dentaire et la gencive ; sa face interne est intimement unie à l’ivoire.
il a essentiellement la structure de l’os. 11 se compose d’une substance osseuse fondamentale, dans laquelle se trouvent clés corpuscules osseux un peu plus volumineux que les corpuscules osseux ordinaires. 11 ne contient qu’exceptionnellement des canalicules de Havers et des vaisseaux.
Composition chimique des doits. — Sauf l’émail, qui est une production épithéliale, les dents peuvent être rapprochées des os. Le cément a la même composition ; quant à l’ivoire, s’il est plus pauvre en matière organique, cela tient sans doute â la faible quantité de parties molles qu’il contient. L ’ émail ne contient que des traces cl eau et à peine 4 0/0 de substance organique, ne donnant pas de colle. Les cendres contiennent 4 à 9 0/0 cle carbonate cle chaux , 81 à 90 0/0 de phosphate de chaux , 4 0/0 cle fluorure de calcium, 1 à 2 0/0 cle phosphate cle magnésie.
B. Parties molles. — Ce sont le périoste alvéolo-dentaire, la pulpe dentaire et les gencives.
lu Le périoste alvéolo-dentaire adhère intimement à la racine; sauf sa mollesse plus grande, il ressemble au périoste ordinaire.
2° Pulpe ou bulbe dentaire. — C’est un petit bourgeon qui remplit complètement la cavité dentaire et qu’un pédicule mince, travérsant le canal de la iacinc, rattache au périoste alvéolo-dentaire. Sa substance, molle, rougeâtre, intimement adhérente â la face interne de l’ivoire, se compose d’un tissu fondamental fibrillaire rapproché du tissu connectif embryonnaire. Sa surface est tapissée par plusieurs couches de cellules cylindriques; les plus superficielles, cellules dentaires , envoient dans les canalicules de l’ivoire des prolongements lins, qui constituent les libres dentaires.
734 SPLANCHN OLOGIE .
Les vaisseaux de lu pulpe dentaire sont nombreux et tonnent un réseau de capillaii es dans toute la niasse du bulbe. Les lymphatiques y sont inconnus. Leb nerfs y sont très-nombreux ; arrivés dans la pulpe, ils se ramifient en un plexus séné , d ou partent des fibres dont la terminaison est encore inconnue.
o Gencives. Les gencives représentent cette portion de la muqueuse buccale qui 1 e\ èt le boid aleeolaire des mâchoires et entoure le collet des dents Lcui tissu 1 ougeàtie, vasculaire, parait dur au touchera cause de la résistance des parties sous-jacentes. A leur niveau le derme de la muqueuse porte de grosses papilles et est tapissé par un épithélium pavimenteux ; elles sont dépourvues de glandes.
Pour la dentition temporaire et le développement des dents , voir le chapitre du développement.