LIVRE DEUXIÈME
ARTHROLOGIE
PREMIÈRE SECTION
Les os peuvent être réunis entre eux ou bien par une masse intermédiaire connec tive (fibreuse ou fibro-cartilagineuse), pleine et solide (fig. 31, A), sutures ou synarthroses (oùv, avec; apOptüot;, articulation), ou bien par des moyens d’union interceptant,
avec les surfaces articulaires eu contact, une cavité dite camté articulaire (C), diarthroses (S’.à et â'p9pwtriç). Dans les synarthroses (A), la masse ligamenteuse intermédiaire est toujours très étroite; le périoste se continue sans interruption d’un os à l’autre, et l'articulation est réduite à son minimum. Dans les diartkroses (G b), l’articulation atteint une bien plus grande comple-vité; les surfiices osseuses sont d’abord recouvertes d’une couche de cartilage, dit cartilage articulaire (2), sur lequel s’arrête le périoste (1) ; d’un os à l’autre s’étend une membrane mince en forme de manchon, membrane synoviale, constituée par une couche interne épithéliale (3) et une couche externe fibreuse (6), et cette membrane est renforcée par des ligaments périphériques continus avec le périoste des os. Dans la cavité articulaire, réduite à peu près à 0“ par le contact, D'autres fois, les surfaces articulaires (G c), ne concordant pas, sont séparées par un ligament interarticulaire (7) adhérent aux ligaments périphériques et divisant la cavité articulaire en deux cavités secondaires (8 et 9), pourvues chacune d’une synoviale, ili irthoses doubles.
Entre ces deux degrés extrêmes, ou trouve des degrés intermédiaires constituant un troisième ordre mixte, celui des symphyses (1), hémiarthroses ou amphiartkroses (B), qui représentent la transition entre les sutures et les diarthroses. Dans ces symphyses, les surfaces osseuses sont encroûtées de cartilage (2) ; la masse ligamenteuse unissante (3) est plus épaisse que dans la suture, et par suite permet une certaine mobilité des os en contact; tantôt cette masse est pleine et solide, comme dans la suture; tantôt, au contraire, elle est creusée d’une cavité centrale (G b) ou plus rarement de deux (G c), comme les diarthroses , dont elle représente ainsi les deux degrés rudimentaires; mais, caractère distinctif important, cette cavité n’est jamais tapissée d’une synoviale. Un coup d’œil jeté sur la figure fera comprendre facilement comment l’appareil articulaire se perfectionne de A en G. Nous allons étudier successivement, au point de vue anatomique, les diarthroses, les symphyses et les sutures.
-A. Diarthroses. — Elle possèdent les parties suivantes: 1“ des surfaces articulaires; 2“ le cartilage de revêtement de ces surfaces; 3“ la synoviale; 4“ les moyens d’union ou ligaments ; ce sont là les parties fondamentales ; en outre, on y trouve des parties accessoires, tendons, muscles, parties molles ambiantes, etc.
a. Surfaces articulaires. — Elles appartiennent pour les os courts à leurs faces ou à leurs apophyses ; pour les os longs, à leurs épiphyses ; elles sont lisses et unies sur l'os sec et présentent une couleur jaunâtre, due à la dessiccation du cartilage articulaire, qui forme une sorte de vernis; sur l’os frais, elles ont une blancheur mate, due à la présence du cartilage articulaire. Elles appartiennent en général à des surfaces géométriques et peuvent être presque toutes ramenées au plan et aux surfaces courbes, cylindre ou sphère; il n’y a là cependant qu’une approximation, et en réalité elles s’écartent notablement des surfaces calculables. Le meilleur moyen d’apprécier la forme de ces surfaces est de conduire par leurs différents pointa des coupes perpendiculaires aux axes de rotation de l’articulation. Ges sui’faces sont tantôt simples, c’est-à-dire formées uniquement d’une portion de plan, de cylindre ou de sphère ; tantôt composées, c’est-àdire formées par la réunion de plusieurs surfaces simple, plan et cylindre, sphère et cylindre, etc. Les surfaces articulaires d’un os concordent habituellement avec celles de l’autre; ainsi à une concavité d’un des os correspond sur l'autre os une convexité de même rayon ; mais dans beaucoup d’articulations ceci n’arrive pas et on trouvera par exemple doux convexités se correspondant; dans ces cas la concordance est oi'dinairenient corrigée par un ligament iuterarticulaire interposé entre les deux os et s'adaptant à leurs courbures par ses deux faces (G, 7).
L’étendue des surfaces articulaires, sauf le cas de surfaces planes, n'est jamais la môme dans les deux os, ce qui rendrait les mouvements impossibles ; habituellement la surface convexe a plus d’étendue que la surface concave.
1 (rùpçuCTi;, de oùv, avec, et sOm;, production; hémiarthrose, de ripurj;, moitié, et «pOpaot;; amphiarlhrose, de àpyi, de part et d'autre, et apBpwen.
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b. Cartilage articulaire ou d' encroûtement. — Il forme une couche lisse et polie, dont l’épaisseur proportionnelle en général à l'étendue des surtaces articulaires (0“ , 01)025 à 0'“ ,004) diminue du centre à la périphérie sur les surfaces convexes, de la périphérie au centre sur les surfaces concaves; aussi modifie-t-elle notablement la forme des surfaces articulaires; et ces dernières doivent-elles être toujours étudiées sur des os frais et non sur des os secs, où le cartilage est réduit à une lamelle très mince. Sa couleur est blanc mat quand on a enlevé la couche de synovie qui le lubrifie et lui donne un aspect luisant. Fortement élastique, il repousse le scalpel et ofifre une très grande résistance à la pression; il est assez fragile et sa cassure se fait dans le sens de son épaisseur. 11 n'a pas de périchondre; seulement, tout à fait à sa limite, la terminaison du périoste empiète un peu sur lui. Comme structure, il est formé par du cartilage hyalin dont les cellules superficielles allongées sont parallèles à la face libre, tandis que les profondes sont disposées en sériés longitudinales et perpendiculaires à la surface de l’os. Sur une coupe ou voit que la réunion à l'os sous-jacent se fait suivant une ligne sinueuse ; la surface osseuse présente de petites dentelures ou inégalités microscopiques s’engrenant avec des rugosités correspondantes du cartilage. Il ne contient ni vaisseaux ni nerfs.
Le cartilage articulaire vit en parasite sur l’os, et sa nutrition, très peu active, se fait par simple imbibition ; sa sensibilité est nulle. Ses propriétés, toutes physiques, d’élascité et de résistance lui permettent d’amortir les pressions et les chocs que subissent les os et de maintenir la forme des surfaces articulaires. La pression exercée par les os les uns contre les auties paraît être la condition indispensable de l’existence du cartilage et de sa nutrition normale, car il disparaît dans les endroits où cette pression a cessé de se produire.
c. Synoviale. — La synoviale est une membrane très mince, formant dans son type le plus simple une sorte de tube ouvert aux deux bouts ou de manchon allant d’un os à l’autre et ii.séré par ses deux ouvertures à la limite du cartilage et des surfaces articulaires. Les ouvertures de la synoviale s’accommodent naturellement à la configuration de la périphérie des surfaces articulaires, et par suite peuvent être extrêmement variées; en outre, elle peut, au lieu de s’attacher à deux os seulement, s’attacher à plusieurs, et alors présenter non plus la forme d’un manchon, mais celle d’un sac offrant autant d’ouvertures qu’il y a de surfaces articulaires auxquelles elle prend insertion. Elle peut présenter enfin, d’une part, des culs-de-sac ou prolongements (G, 5) de forme variable, dirigés vers l’extérieur et se glissant entre les parties molles ambiantesou entre celles-ci et les os; de l’autre, des replis dirigés vers l’intérieur de la cavité et contenant de la graisse ou engainant des tendons (franges synoviales graisseuses, replis synoviaux, etc.). La cavité interceptée par la synoviale et les cartilages articulaires constitue la cavité articulaire; cette cavité est ordinairement réduite à 0“ à l’état normal, à cause du contact parfait des surfaces et n’existe qu’à l’état de simple fente linéaire. On trouve pourtant dans la cavité articulaire, soit entre les deux surfaces accolées, .sous forme de couche très mince, soit accumulée dans les culs-de-sac de la synoviale, une petite quantité d’un liquide alcalin, filant, incolore ou jaunâtre, contenant de la mucine, la synovie. La synovie sert soit à remplir les vides existant entre les surfaces articulaires non concordantes, soit, pour les surfaces concordantes, à faciliter leurs glissements tout en maintenant leur adhésion.
Structure. — La synoviale se compose ds deux couches : une couche externe fibreuse, une couche interne épithéliale.
1“ La couche externe est tantôt soudée intimement aux tissus ambiants, capsule fibreuse, ligaments, etc., de façon que sa séparation en est très difficile; d’autres fois elle leur est unie lâchement par un tissu cellulaire sous-synovial ; enfin, dans certains endroits, on trouve dans le tissu sous-synovial des pelotons adipeux plus ou moins volumineux^ envoyant souvent vers l’intérieur de la cavité articulaire des prolongements graisseux revêtus par la synoviale. Cette couche fibreuse, très mince, très vasculaire, se laisse facilement isoler, soit chez le nouveau-né, soit chez l’adulte au niveau des replis synoviaux. Elle présente à sa face interne des prolongements très fins, sous forme de fi-
laments ramifiés flottant sous l'eau, villosités synoviales ; de ces villosités les unes sont vasculaires, les autres sans vaisseaux ; elles sont constituées par une substance homogène granuleuse avec des noyaux oval'es ; leur longueur varie de 0'"”,05 à et plus.
2“ La couche interne, épithéliale, est formée par un épithélium pavimenteux ordinairement simple, quelquefois stratifié, et qui manque ordinairement sur les vill'osités.
Insertions de la synoviale. — Elle s’attache sur le cartilage à peu près à l’endroit où celui-ci cesse d'être recouvert par le périoste; seulement il arrive souvent qu’au lieu de quitter immédiatement l’os pour se porter à l’os opposé, elle s’étend plus ou moins loin sur le périoste et le tapisse à une distance variable de la limite du cartilage, puis se réfléchit de ce point pour aller rejoindre l’autre os. Il faut donc distinguer dans ce cas le point d'insertion de la synoviale, qui se trouve toujours à la limite du cartilage articulaire, et \o point de réflexion de cette synoviale, qui est variable. On peut ainsi, pour la plupart des articulations, tracer sur l’os deux lignes : 1" la ligne d’insertion de la synoviale, qui se confond avec la périphérie de la surface articulaire, et 2“ la ligne de réflexion ou la réunion des points de réflexion de la synoviale; la ligne de réflexion, toujours extérieure à la ligne d'insertion, tantol se confond presque avec celle-ci, tantôt s’en écarte plus ou moins ; dans ce dernier cas, la portion de la surface de l’os comprise entre le.s doux lignes et tapissée par le périoste de la synoviale, est dite intra-articulaire, quoique en réalité elle soit en dehors de la cavité synoviale. Dans le langage usuel on emploie souvent le mot insertion de la synoviale, au lieu de réflexion.
Vaisseaux et nerfs. — Les synoviales sont très vasculaires ; leurs capillaires constituent un résea^i très serré à mailles arrondies qui se distribue dans la coucbe fibreuse et arrive jusque sous l’épithélium ; ces capillaires forment au bord du cartilage des anses empiétant quelquefois sur lui. Les nerfs y sont assex nombreux et donnent à ces membranes une vive sensibilité. .
d. Ligaments. — Les ligaments sont de deux espèces : les uns, ligaments périarticulaires, situés en dehors de l’articulation et allant d’un os à l'autre, renforcent la syno- \iale et empêchent les surfaces osseuses de s’écarter; ils agissent surtout par la résistance à la traction ; les autres, ligaments interarticulaires, sont interposés entre les surfaces osseuses qu’ils servent à compléter, et agissent surtout par leur résistance à la pression.
1" Ligaments périarticulaires . — On les divise en capsules fibreuses ou ligaments auxiliaires.
Capsules fibreuses. — La synoviale est renforcée par des faisceaux fibreux appliqués sur sa surface externe ; dans la plupart des cas, ces faisceaux, se moulant sur la forme même de la synoviale, constituent un deuxième manchon emboîtant le manchon synovial, c’est la capsule fibreuse. Cette capsule, très adhérente et quelquefois à peine isolable de la synoviale, présente ordinairement des ouvertures qui laissent passer des culs-de-sac de cette dernière (fig. 31, G b, 5), en ne leur fournissant qu’une expansion fibreuse très mince. L’épaisseur de cette capsule varie suivant les endroits où on la 'considère et suivant le sens même des mouvements en général, c’est aux extrémités des axes de rotation qu'elle est le plus épaisse, et on a souvent décrit comme ligaments spéciaux et distincts ces simples épaississements de la capsule.
Ligaments auxiliaires. — Outre la capsule fibreuse de renforcement, on trouve encore autour de la plupart des articulations des ligaments auxiliaires indépendants de cette capsule ; ce sont des cordons, des rubans, des membranes de forme et d’aspect différents, situés dans les diarthroses au point de sortie ou sur le trajet des axes de rotation. Ils sont quelquefois très courts et, au lieu d’être situes latéralement, interposés entre deux surfaces osseuses contiguës, qui s’articulent dans une partie seulement de leur étendue ; on les appelle alors ligaments interosseux.
2“ Ligaments interarticulaires. — Ceux-ci peuvent être marginaux ou centraux, c’est-à-dire sous forme de bourrelets marginaux ou de ménisques interarticulaires.
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Bourrelets! marginaux. — Ils constituent le bord d'une cavité articulaire; ce sont des anneaux fibreux dont h coupe est triangulaire : ils présentent une base appliquée sur le rebord de la cavité, une face interne ordinairement encroûtée de cartilage continuant la surface de la cavité de réception, une face externe capsulaire donnant attache à la capsule fibreuse, une arête tranchante libre dans la cavité articulaire (ex. : bourrelet glénoïdien de l’omoplate).
Ménisques inierarliculaires. — Ils sont très répandus: on les trouve (sauf quelques exceptions, ex. : articulation atloïdo-axoïdionne) partout où les surfaces articulaires ne concordent pas, ou du moins partout où la discordance est trop prononcée : ainsi quand deux surfaces convexes sont en regard l’une de l’autre. Ils ont la forme de lames, dont l’épaisseur, variable pour chaque articulation, est pour un ménisque donné plus grande à la périphérie qu’au centre, et présentent deux faces ordinairement encroûtées de cartilage, moulées sur les surfaces osseuses correspondantes, et un bord 'périphérique adhérent à la face interne de la capsule fibreuse (fig. 31, G c). Ils divisent ainsi la cavité articulaire en deux chambres et l’articulation en deux articulations distinctes ayant chacunesa synoviale. Quelquefois ils sont inconîplets, soit qu’ils n’occupent qu'une partie de l’espace interarticulaire, soit que leur centre soit percé d’un trou par lequel les deux chambres communiquent. On trouve, du reste, des formes de transition entre les bourrelets glénoïdiens et les ménisques parfaits.
Tous ces ligaments sont constitués par du (issu fibreux compact, avec des cellules plasmastiques et du tissu élastique en plus ou moins grande quantité. Dans les ligaments interarticulaires se rencontrent souvent des cellules de cartilage, ce qui les rapproche des fîbro-carlilages ; aussi les appelle-t-on souvent fibro cartilages interarticulaires. Ils sont très pauvres en vaisseaux et en nerfs ; quelques-uns même et les parties profondes de tous en sont tout à fait dépourvus. Aussi leur nutrition est-elle très peu active, leur seilfeibilité à peu près nulle et leur rôle est -il un rôle purement passif et mécanique.
Organes accessoires. — Les parties molles ambiantes ont une très grande importance dans la constitution dos articulations ; les tendons des muscles, les aponévroses de contention viennent renforcer l’action des ligaments ; certains muscles contractent des adhérences avec la capsule fibreuse et la synoviale et les empêchent de s’invaginer entre les surfaces articulaires ; des pelotons graisseux environnent dans certains points l’articulation, et forment des masses de remplissage mobiles comblant les vides qui ont lieu entre les os et dans les divers mouvements ; enfin les artères, avant de se distribuer à la synoviale, se disposent en réseaux anastomotiques autour de l’articulation, arrangement qui favorise la circulation collatérale.
B. Hémiarthroses ou sgmphyses (fig. 31, B). — Dans cette classe d’articulations la lamelle cartilagineuse qui recouvre les surfaces osseuses se continue insensiblement avec une masse de tissu fibreux qui réunit les deux os. Quand une cavité existe dans cette masse, ce qui arrive souvent, les lamelles cartilagineuses restent revêtues d’une couche de tissu fibreux, riche en cellules de cartilage et poussant de nombreux prolongements dans la cavité centrale ; il ii’y a pas du reste trace de synoviale ; la cavité (très variable comme disposition et comme forme) a pour limites ce fibro-cartilage et est remplie en partie par les prolongements qui en partent. Dans quelques cas, cette cavité peut être double. La capsule fibreuse est représentée là par l’anneau fibro-cartilagineux épais qui réunit les deux os. Quelquefois l'hémiarthrose atteint un développement plus complet et se rapproche de la diarthrose; on peut alors trouver dans la cavité une ébauche de membrane synoviale.
C. Synarthroses ou sutures. — Dans la suture, la masse interarticulaire, interposée entre les deux bords contigus des deux os, est formée par du tissu fibreux, ligament suturai, improprement appelé cartilage suturai.
Mécanisme des Articulations. — Au point de vue des mouvements, les articulations se partagent en deux grandes classes : les articulations mobiles; les articulations immo-
Liles. Dans les articulations immobiles, nous trouvons les sutures; dans les articulations mobiles, les symphyses et les diarthroses. Les premières ne présentent rien de particulier au point de vue de leur mécanisme. 11 n'en est pas de même des deux autres, qui demandent à être examinées avec soin.
Les mouvements ou les déplacements d’un os sur un autre peuvent s’accomplir de deux façons différentes ; par balancement et par glissement.
1“ Dans le balancement, réservé plus spécialement aux symphyses et à quelques diarthroses peu étendues (ex. : arthrodies vertébi'ales), le mouvement se passe de la façon suivante : lu surface articulaire de l’os mobile, primitivement parallèle à celle de l'os fixe, lui devient oblique, et cette destruction du parallélisme des deux surfaces amène une inclinaison latérale de l'os mobile ; les surfaces s’écartent donc d’un côté et se rappj’ochent de l’autre , de façon que dans les symphyses la masse ligamenteuse est tirée d’un côté, refoulée de l’autre, tandis que dans les diarthroses le vide angulaire existant entre les deux surfaces est comblé par la synovie et par les parties molles refoulées par la pression atmosphérique. Ce mouvement, qui s'exécute dans tous les sens indistinctement, ne présente aucune précision et ne peut jamais être très étendu, cap il est bien vite arrêté par la résistance des ligaments ; il a du reste d'autant plus d’étendue que la masse ligamenteuse qui sépare les deux surfaces e.st plus épaisse.
2“ Dans le glissement, spécial aux grandes articulations diarthrodiales, le contact des surfaces articulaires ne s’abandonne jamais et la cavité articulaire est en réalité réduite à zéro dans tous les mouvements de l’articulation, car on peut faire abstraction de la mince couche de synovie interposée entre les surfaces articulaires. Pour que ce contact existe, les surfaces articulaires doivent donc concorder exactement : à une concavité de l'une doit correspondre une convexité de l'autre, ainsi par exemple à une sphère pleine, une sphère creuse du même rayon. Ce contact parfait des surfaces articulaires est maintenu par plusieurs causes : par l’élasticité des parties molles et principalement des muscles et des ligaments, par la pression atmosphérique qui s’exerce sur toute la surface du corps et pousse les unes contre les autres les surfaces articulaires, et enfin par l’attraction moléculaire ou par l'adhésion de ces surfaces entre elles et avec la mince couche de synovie interposée.
Pour que deux surfaces parfaitement concordantes puissent glisser l'une sur l'autre sans abandonner leur contact, il faut une des deux conditions suivantes : ou bien que la forme des surfaces puisse changer, c’est-à-dire qu’elles présentent une élasticité très grande, ou bien, si leur forme est invariable (ce qui est à peu près le cas pour les sur ■ faces articulaires), qu’elles appartiennent à des surfaces géométriques jouissant de propriétés particulières. Ainsi un cachet qui s’est imprimé sur la cire ne peut se mouvoir sur son empreinte sans qu’il y ait écartement des surfaces.
Les surfaces qui satisfont à ces deux conditions, glissement sans abandon du contact, invariabilité de forme, et qui sont employées dans la construction des articulations. sont les surfaces de progression, les surfaces de rotation et les hélices. Ces sur faces sont toutes engendrées par une ligne dite ligne génératrice; ainsi une ligne droite, en progressant dans une direction rectiligne parallèlement à elle-même, engendre un plan ; en tournant à la même distance d’une autre ligne servant d’axe et en lui restant parallèle, engendre un cylindre, etc. ; enfin les hélices sont engendrées par la combinaison d’un mouvement de progression avec un mouvement de rotation autour d’un axe. Quoique les surfaces en hélice existent en réalité dans l'économie animale (ex. : dans l'articulation du coude), on peut cependant les négliger et considérer toutes les surfaces articulaires comme appartenant à des surfaces de progre.ssion ou à des surfaces de rotation et les faire dériver toutes de trois formes principales : le plan, le cylindre et la sphère. Quoiqu'il n’y ait là qu’une approximation, elle suffit pour l’étude complète du mécanisme des articulations.
Dans tous les mouvements nous supposerons qu’une des surfaces osseuses est fixe et l'autre mobile. On appelle excursion du mouvement l'étendue du mouvement opéré par la surface mobile. Cette excursion se mesure ; 1° pour les surfaces planes ou de progression, par la distance qid existe entre les deux positions extrêmes que prend un
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point quelconque de la surface mobile au début et à la fin du mouvement ; 2“ pour les surfaces de rotation, par la longueur de l'arc décrit par un point de la surface mobile
dans les mêmes conditions, ou encore par l'angle qui mesure cet arc. Ainsi (flg. 32) l’angle a intercepté par les lignes a X, a X' représente l’excursion de l’os mobile A sur l’os B. Le plan dans lequel se meut ce point s’appelle plan de glissement ou plan de rotation-, le plan de rotation est toujours perpendiculaire à Yaxe de rotation. Pour les surfaces courbes, il y a une infinité de plans do rotation ; mais on est convenu d'appeler plan de rotation proprement dit le plan dans lequel se meut un point moyen situé à égale distance des deux extrémités de la surface articulaire. Dans les surfaces planes, tous les points se meuvent dans le même plan, et il y a par conséquent un seul plan de rotation.
Fio. 3S.
Excursion du mouvement d'un Vautre; figure schématique.
Différentes formes de surfaces articulaires. — A. Surfaces art'culaires dérivées du plan. — Le plan peut être engendré de deux façons : ou par la progression d’une droite qui glisse en avançant et parallèlement à elle-même, ou par la rotation d’une droite tournant autour d’un axe qui lui est perpendiculaire. Nous avons dans ce genre d’articulations deux sortes de mouvements correspondant aux deux modes de génération du plan : 1» un mouvement de progression, par lequel une des surfaces glisse tout d’une pièce en avançant sur l’autre, et 2“ un mouvement de rotation autour d’un axe l)erpendiculaire aux deux surfaces osseuses; cet axe s’appelle axe de rotation, et on appelle plan de rotation le plan sur lequel se meut un point quelconque pris sur la surface mobile ; le plan de rotation est toujours pei'pendiculaire à l'axe et se confond avec la surface tournante.
Aux surfaces planes correspond un premier genre de diartbroses, Varthrodie, le plus simple et le moins important. Dans les artbrodies, les surfaces articulaires sont en général très peu étendues; aussi se joint-il souvent aux glissements un véritable balancement avec écartement des surfaces. Du reste, ces mouvements sont toujours très limités. Comme moyens d’union, on trouve habituellement une simple capsule fibreuse renforçant la synoviale.
B. Surfaces articulaires dérivées du eglindre. — Ces surfaces peuvent être simples ou composées. Dans le premier cas, les surfaces appartiennent à un cylindre ou à une poi'tion de cylindre de même rayon ; dans le second, elle sont formées par la réunion de plusieurs portions de cylindres de rayons différents.
a) Surfaces cylindriques simples. — Le cylindre peut être engendré de trois façons difféi-entes : 1“ par la progression d'un cercle avançant parallèlement à lui-même, en décrivant avec son centre une ligne droite ; 2“ par le mouvement de rotation d’une droite parallèle à une autre droite servant d’axe et tournant autour de cet axe en restant toujours à la même distance ; 3 ' par le mouvement en hélice de cette droite progressant en même temps que se fait son mouvement de rotation. Aux trois modes de génération du cylindre correspondent trois espèces de mouvements ; 1“ un cylindre creux peut glisser sur un cylindre plein comme les tubes d'une lorgnette ; 2“ il peut tourner simplement autour du cylindre plein sans avancer ; 3“ il peut combiner les deux mouvements et exécuter un mouvement en spirale, c’est-à-dire tourner eu avançant.
Au cylindre appartient un deuxième genre de diartbroses, la trochoide (ginglyme'é) latéral), de quelques auteurs. Dans cette articulation, une des surfaces osseuses est for-
(b Trochoide, de too/o;, roue, etelSo;, forme; ginglyme, de ytYY^uiioç, charnière.
mée par un cylindre osseux plein, l'autre par un cylindre creux ou plutôt par un anneau qui, en général, est seulement en partie osseux et complété par un ligament semi-annulaire ; tantôt c'est le cylindre plein qui tourne dans le cylindre creux (articulation radiocarpienne supérieure) tantôt c'est l'inverse (articulation de l’apophyse odonto'ide et do l’atlas), mais toujours l’axe de rotation se confond avec l’axe même du cylindre plein.
Les surfaces osseuses de la trochoïde sont loin d’être en réalité des surfaces cylindriques parfaites et se rappi-ocheraiont plutôt d’un tronc de cône; mais cela a peu d’importance au point de vue du mécanisme de ces articulations. L’excursion du mouvement do la trochoïde est variable et peut être assez étendue.
b) Surfaces cylindriques composées. — Dans ce cas, les surfaces articulaires sont engendrées non plus par une ligne droite, mais par une ligne irrégulière, brisée ou sinueuse, de façon que des coupes perpendiculaires à l’axe de rotation et menées à des endroits différents représentent toujours des cercles, mais des cercles qui ne Sont pas de même rayon, tandis que par des coupes passant par l'axe de rotation perpendiculairement aux précédentes, on obtient la ligne génératrice, qui présente la forme d’une poulie ou d’une mortaise. Gomme il n’y a qu’une seule génératrice, il n’y a aussi qu’une seule espèce de mouvement dans cette articulation.
Aux surfaces cylindriques composées correspond le troisième genre de diarthroses, la charnière ou ginglyme angulaire. Dans ce cas, les axes des cylindres ou des surfaces cylindriques articulaires sont perpendiculaires à l’axe même des os qui les supportent, tandis que dans la trochoïde ils se confondent avec cet axe ; il en résulte que, dans la rotation de ces surfaces cylindriques, l’os mobile subit un déplacement angulaire, par lequel il se rapproche ou s’écarte de l’os fixe. L’axe de rotation dans la charnière coïncide toujours avec l’axe de rotation du cylindre plein, et cet axe est toujours unique; aussi n’y a-t-il de mouvements possibles que dans un seul plan de rotation, mouvements angulaires de flexion et d’extension. Les ligaments sont toujours latéraux, c’est-à-dire situés aux deux extrémités de l’axe de rotation, des deux côtés de l’articulation. On a divisé ce genre charnière en deux sous-genres : la trochlée ou poulie (ex. : articulation du coude), et la mortaise (ex. : articulation tibio-tarsienne) ; mais cette distinction est tout à fait superflue, et le mécanisme est absolument le même pour tous les deux.
C’est dans ces articulations en charnière qu'on rencontre souvent des surfaces en hélice, par exemple au coude, et, dans ce cas, un point donné de la surface tournante, au lieu de décrire un cercle, décrit une hélice et, par suite, ne reste pas dans le même plan: mais ces écarts, quoique quelquefois assez marqués, peuvent être négligés sans que les résultats soient faussés.
G. Surfaces articulaires dérivées de la sphère. — Elles sont au nombre de trois : les surfaces sphériques pures, les surfaces condyliennes ou condyles, et les surfaces en selle.
a) Surfaces sphériques pures, énarthrose (ex.: articulation coxo-fémorale). — La sphère peut être engendrée par la rotation d'un cercle autour de tous les axes passant par le centre de la sphère. 11 y a donc pour les surfaces sphériques concordantes une infinité d’axes de rotation et de plans de rotation, et par suite une sphère creuse peut tourner sur une sphère pleine dans tous les sens et dans toutes les directions possibles.
A ces surfaces correspond Vénarthrose ; dans ce cinquième genre de diarthroses, il y a une infinité d’axes de rotation ; mais pour analyser les mouvements de l'os qui supporte le segment de sphère mobile, on peut considérer trois axes principaux correspondant aux trois dimensions du solide sphérique ou à trois de ses diamètres se coupant à angle droit. De là vient qu’on classe souvent les énarthroses dans les articulations à trois axes, en négligeant tous les axes intermédiaires. On a alors trois directions de mouvement, correspondant à ces trois axes, deux mouvements dans lesquels la surface sphérique mobile se déplace angulairemcnt avec l’os qui la porte, mouvements angulaires se croisant réciproquement à angle droit, et un troisième mouvement par lequel la surface sphérique mobile tourne sur elle-même par un mouvement de rotation. Ainsi dans la fig. 32, le mouvement angulaire consiste en un déplacement de l’os A, qui se porte en
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A' en tournant autour de l’axe a, et le mouvement de rotation consiste dans un mouvement par lequel l’os A tourne sans se déplacer autour de l’axe a X.
Ces deux genres de mouvements, mouvements angulaires et mouvements de rotation, peuvent en définitive se faire autour de tous les diamètres intermédiaires. Mais outre ces deux genres de mouvements il en est un troisième que l’os mobile peut exécuter sur l’os fixe, c’est le mouvement par lequel la surface osseuse mobile glisse sur la périphérie de la surface fixe, de façon que l’os passe successivement par toutes les positions extrêmes des différents mouvements angulaires et décrit un cône dont le sommet est au centre de la sphère fixe et dont la base circulaire (ou plus ou moins exactement circulaire) est tracée par l’extrémité opposée de l’os mobile; c’est la circumduction. Tous les mouvements do l’énarthrose se font dans la cavité de ce cône ; en d’autres termes, il circonscrit l’excursion de tous les mouvements de l’articulation.'i
Dans les énarthroses l’appareil ligamenteux est constitué par uue capsule fibreuse.
b) Surfaces eondyliennes, condyles (ex.: articulation radio-carpienne) . — Les surfaces condyliennes sont engendrées par la rotation d’un cercle autour d’un axe traversant ce cercle sans passer par son centre ; suivant que la ligne génératrice ou l’arc a plus ou moins de 180", le solide engendré a une forme comparable à celle d’une orange ou à celle d’un ovoïde à extrémités aiguës. Les surfaces condyliennes sont constituées par un segment d’un solide de ce genre.'Elles présentent donc, — et ceci se voit très bien sur deux coupes perpendiculaires l’une à l'autre, — dans un sens une courbure faible ou a grand rayon, dans un sens perpendiculaire au précédent une courbure forte ou à petit rayon, et par suite deux axes de rotation se croisant à angle droit sans se couper et situés tous les deux du même côté de l’interligne articulaire, mais à des hauteurs différentes. 11 y donc deux plans de rotation et deux sortes de mouvements se orobsant à angle droit dans quatre directions diftérentes ; ordinairement le mouvement qui a le plus d’étendue est celui qui correspond à l’axe de rotation de la plus forte courbure.
Gomme moyens d’union on trouve une capsule fibreuse habituellement renforcée aux quatre extrémités des deux axes de rotation et surtout aux extrémités de Taxe correspondant à la plus forte courbure.
o) Surfaces en selle, articulations en selle ou par emboitement réciproque (ex. : articulation du trapèze et du premier métacarpien). — Les surfaces en selle sont engendrées par un arc de cercle qui tourne autour d’un axe, en dirigeant sa convexité du côté de Taxe ; il en résulte un solide dont la surface a la forme d’une selle ou d’une ceinture ; si Ton suppose Taxe de rotation vertical, elle sera concave de haut en bas, convexe transversalement.
Ces surfaces forment un dernier genre de diarthroses, articulations en selle ou par emboitement réciproque. Dans ces aidiculations la surface de chacun des deux os est alternativement convexe et concave : convexe dans un sens, concave dans le sens opposé, de façon que nous retrouvons là, comme dans les condyles, deux axes de rotation perpendiculaires l’un à l’autre ; mais la différence existe en ce que dans les condyles les deux axes de rotation sont situés du même côté de l’interligne articulaire et passent par le même os, tandis que dans les surfaces en selle un des axes de rotation passe d’un côté de l’interligne et l’autre du côté opposé. Pour cette articulation on a, comme pour la précédente, deux axes et deux plans de rotation et par suite deux genres de mouvements dans quatre directions différentes opposées deux à deux. Comme ligaments, on a habituellement une capsule fibreuse.
Articulations discordantes. — Nous avons supposé jusqu’ici que toutes les surfaces articulaii'es diarthrodiales sont parfaitement concordantes et que le contact de ces surfaces est intime et ne s’abandonne jamais. Mais ces deux conditions ne se présentent pas toujours. Certaines surfaces (par exemple la cupule du radius et le condyle huméral) peuvent être parfaitement concordantes dans certains mouvements et ne l’être pas dans d’autre.s ; leur contact, intime dans le premier cas, s’abandonne dans le second. Dans d’auti’es articulations la concordance n’est jamais parfaite, cependant l’écart est si faible u’onpentle négliger. Mais il en est d’autres dans lesquelles la discordance est la règle,
et qui méritent de former une classeà part gous le nom A' articulations à surfwes discordantes ou plus simplement à' articulations discordantes.
Dans ces articulations (par exemple articulation temporo-maxillaire) à une surface convexe correspond une autre surface convexe, ou simplement une surface concave du plus grand rayon, de façon que les deux surfaces ne se touchent que sur quelques points. Pour avoir une idée nette de oes surfaces, il faut les examiner non pas sur les os secs, où la couche cartilagineuse desséchée a perdu son épaisseur et la surface articulaire sa forme, mais sur les os frais. Ces articulations discordantes peuvent se diviser en deux classes; les articulations à ménisçue et les articulations sans ménisque,
1" Articulations à ménisque (ex.: articulation temporo-maxillaire). — Dans cette classe, entre les surfaces articulaires discordantes vient s’interposer un ménisque ou ligament interarticulaire, dont les deux faces concordent avec chacune des surfaces osseuses et qui par suite a généralement la forme biconcave. 11 en résulte que le ménisque transtorrne en réalité cette articulation en une articulation double, et que chacune des articulations secondaires représente une articulation à surfaces concordantes, qui doit être étudiée à part et qui peut être rangée dans l'un des genres admis plus haut pour les diarthroses. Seulement, à cause de l'élasticité du ménisque, l'invariabilité de forme d'une des surfaces articulaires n’existe plus, ce qui modifie les résultats et augmente le jeu de chacune des deux articulations. En résumé, ces articulations peuvent rentrer dans la cla.sso des diarthroses à surfaces concordantes sous le nom d'articulations doubles. Il arrive souvent (ex. : genou) que le ménisque estincomplet et que la di vision en deux articulations secondaires n’est qu’ébauchée ; mais si l’articulation reste simple anatomiquement, puisqu’elle n’a qu’une seule synoviale, elle peut, au point de vue physiologique, se dédoubler comme Ie.> précédentes.
2“ Articulations sans ménisque (ex.; articulation atloïdo-axoïdienne). Dans ce cas les deux surfaces discordantes, habituellement convexes, ne sont pas séparées par un ménisque interarticulaire et n’ont que quelques-uns de leurs points en contact; l’articulation reste simple et le vide partiel existant entre le.s deux surfaces, vide qui varie d’étendue suivant les mouvements, est rempli par la synovie et par les parties molles ambiantes.
Jusqu’ici, pour simplifier les cas, nous avons considéré les deux surfaces articulaires en contact comme des surfaces continues appartenant chacune à un seul os ; mais cela n’arrive pas toujours et, en réalité, il peut se présenter des cas plus complexes. 11 peut se faire que plusieurs os se réunissent pour constituer une surface articulaire ; on en a un exemple au poignet (articulation radio-carpienne), où le condyle carpien résulte de la l’éunion de trois os ; on a alors une articulation composée. Une autre construction est celle dans laquelle les surfaces articulaires, au lieu d’être continues, se dédoublent, de façon à figurer deux articulatious distinctes, tout en appartenant à un seul os. Dans ce cas, les surfaces articulaires sont séparées par une simple échancrure plus ou moins profonde (ex.; articulation de l’astragale et du calcanéum). On peut appeler ces articulations articulations dédoublées. D’autres fois enfin les surfaces articulaires appartenant au même os sont complètement distincte.* et séparées l’une de l’autre anatomiquement ; tels sont les condydes du maxillaire inférieur, les condyles de l’occipital ; mais ces deux articulations sont physiologiquement solidaires, soit qu’elles aient un axe de rotation distinct, comme pour les condyles du maxillaire inférieur. Ce sont là les articulations conjuguées, dans lesquelles on peut faire rentrer aussi les surfaces articulaires appartenant non plus à un seul os, mais encore à un système composé de plusieurs pièces osseuses solidement attachées et se mouvant tout d’une pièce ; telles sont les articulations des arcs sterno-costaux avec le rachis.
Dans le mécanisme d’une articulation les points importants à connaître sont les axes de rotation, les plans de rotation et l’étendue ou l’excursion des mouvements. Ces données une fois acquises, le -mécanisme de l’articulation est complètement connu.
1» Pour trouver l’axe de rotation, ou les axes de rotation d’une articulation s’ii y en a plusiem-s, on peut employer plusieurs moyens. Un premier fait, c’est que toujours
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l’axe de rotation traverse l’os qui supporte la surface convexe ou. du moins se trouve de son côté. T.a direction de l’axe est indiquée approximativement par'' la direction des mouvements qu’exécute l'os mobile; ces mouvements se font dans un certain plan, plan de rotation, et l’axe est toujours perpendiculaire à ce plan, l.’examen des courbures de la surface osseuse, quand elles sont très précises et régulières, peut aussi à première vue indiquer la position de l’axe de rotation, qui passe forcément par leur centre. Mais pour arriver à une précision absolue, il faut employer les moyens suivants, qui se contrôlent Tun par l’autre et sont indispensables quand on veut connaître parfaitement le mécanisme d’une articulation donnée. La premier moyen consiste à enfoncer des aiguilles dans l’os traversé par l’axe de rotation aux deux points de sortie de cet axe, dont on connaît déjà approximativement la direction par les moyens précédents. On cherche alors par tâtonnement le point où l’aiguille, lorsqu’on imprime des mouvements à l’os qui la porte, reste sans se déplacer et ne fait que tourner sur elle-même; cette aiguille prolongée indique la direction de l’axe de rotation. Le deuxième moyen consiste à trouver le plan de rotation d’une surface articulaire; la perpendiculaire passant par le centre du plan de rotation coïncide avec l’axe de rotation.
2» Pour trouver le plan de rotation, on se sert du procédé suivant : on enfonce en des endroits différents des aiguilles assez fortes dans l’os qui supporte la surface concave, de façon que la pointe de l’aiguille, dépassant un peu la surface concave, aille égratigner la surface convexe. Alors on imprime des mouvements à l’articulation ; les pointes des aiguilles entraînées dans le déplacement de la surface osseuse concave, gravent sur le cartilage de l’autre surface osseuse des lignes superficielles ou des tracés. Comme ils sont situés dans le plan de rotation, il suffit de mener des coupes par ces tracés pour avoir la forme exacte des courbures articulaires et trouver facilement l’axe de rotation. 11 peut arriver que le tracé, comme dans la trochlée humérale, décrive non plus un cercle, mais un pas de vis ; alors il ne se trouve plus dans un seul et même plan et il est impossible de mener une coupe en le suivant, ce qui fait immédiatement reconnaître que l’on a affaire à une surface en hélice ; cependant si le pas de vis est peu prononcé et l’écart du tracé faible, on peut mener une coupe approximative et chercher l’axe de rotation comme dans les cas simples.
3“ L’étendue du mouvement ou Yexcursion du mouvement est soumise à plusieurs conditions, qui peuvent la faire varier. Une condition sine qua non du mouvement des diarthroses, c’est que les deux surfaces osseuses n’aient pas la même étendue ; il n’y a d’exception que pour les arthrodies, dans lesquelles les glissements sont très limités. Dans toutes les autres une des surfaces, et c’est toujours la surface convexe, est plus étendue que l’autre : il en résulte qu’une partie de la surface convexe, tantôt d’un côté, tantôt d’un autre, est toujours à découvert; ceci est surtout sensible pour la tête de l’humérus par rapport à la cavité glénoïde.
Les mouvements des articulations trouvent leur limite ou dans les os eux-mêmes ou dans les parties molles, surtout les ligaments. Dans le premier cas les mouvements sont limités par la rencontre des parties osseuses péri-articulaires venant se heurter l’une contre l’aatre et agissant comme surfaces d’arrêt ; telle est la rencontre de l’olécrâne et de la cavité olécranienne dans l’articulation du coude; dans ce cas, une fois les deux surfaces d’arrêt en contact, le mouvement ne peut continuer; en effet, s’il continuait, il faudrait que, du côté opposé à l’arrêt, les surfaces osseuses pussent s’écarter, et c’est justement à quoi les ligaments périphériques s’opposent par leur tension. Dans le second cas, les surfaces osseuses n’interviennent en rien dans la limitation des mouvements, qui est due à la seule résistance des ligaments. Les ligaments du reste n’agissent pas seuls ; les parties molles ambiantes interviennent aussi, et l’excursion des mouvements est en général plus limitée sur le vivant que sur le cadavre, sur un membre intact que sur une articulation dépouillée de ses parties molles ambiantes.
n résulte de tout ceci que, dans les deux positions extrêmes d’un mouvement donné autour d’un axe de rotation, la tension des ligaments et des parties molles atteint son maximum, et qu’elle décroît peu à peu à mesure que l’os mobile prend une position intermédiaire à ces deux positions extrêmes, où alors cette tension est réduite au mini-