LIVRE QUATRIÈME
ANGÉIOLOGIE
ANGÉIOLOGIE
L'angéiologie (âYyeïov, vaisseau ; ),6yo;, discours) comprend l'étude des canaux parcourus parle sang, le chyle ou la lymphe (fig. 173). Le sang est lancé par le cœur dans des vaisseaux appelés artères^ qui, par leurs divisions successives, atteignent aux limite s de l'organisme. Elles se continuent par l'intermédiaire des capillaires avec d'autres canaux nommés veines, qui ramènent le sang des extrémités vers le cœur. Le mouvement régulier et circulaire dont est animé le liquide sanguin dans l'intérieur de ces vaisseaux constitue la circulation.
A ce système est adjointe une troisième espèce de vaisseaux, chylifères, li/mphatiques, dont le tronc commun s'abouche dans le système circulatoire général. Ces vaisseaux, dont les origines sont interstitielles, ramènent à la masse sanguine, soit des éléments réparateurs, soit l'excès de liquor transsudé des capillaires dans l'intimité des tissus et non utilisé par ces derniers, soit encore tous les liquides de déchet de la nutrition des éléments de l'organisme.
Puisque le sang se meut, il faut un organe chargé de lui imprimer le mouvement. Cet organe, c'est le cœur.
L'étude de l'angéiologie se trouve donc divisée en quatre sections : 1» cœur; 2° artères; 30 veines; 4" lymphatiques.
PREMIÈRE SECTION
DU CŒUR
Le cœur, organe d'impulsion de la masse sanguine, est un muscle creux, situé dans le médiastin antérieur, entre les poumons, qui s'écartent en avant pour le loger, et le diaphragme, sur lequel il repose par sa face inférieure. En avant le cœur est protégé par le sternum et par l'extrémité sternale des côtes gauches. Il n'est pas très rare de le trouver séparé de ces dernières par une lame du poumon gauche qui s'interpose en partie entre lui et les parois thoraciques. Le cœur est entouré de toutes parts par une poche fibro-séreuse, connue sous le nom de péricarde. C'est à la soudure de cette poche avec le centre phrénique que le cœur doit sa fixité dans la poitrine. Les gros vaisseaux lui forment une sorte de pédicule, auquel il est comme suspendu. 11 se trouve en avant de l'aorte, de l'œsophage et de la colonne vertébrale.
La direction du cœur est oblique d'arrière en avant, de droite à gauche et un peu de haut en bas.
Il est difficile de déterminer sur le cadavre les rapports exacts du cœur avec les parois thoraciques. Dès que Ton vient, en effet, à ouvrir la poitrine, les poumons se rétractent et le cœur suit nécessairement leur déplacement.
Voici les rapports que le cœur affecte avec la paroi thoracique ; il est bon de remarquer néanmoins que ce ne sont là que des moyennes variables chez chaque individu, suivant la configuration du thorax. La figure 174 indique ces rapports avec le plus grand soin ; dans cette ligure le thorax est divisé sur la ligne médiane par un plan antéro-postérieur (voir aussi, dans le chapitre du foie, la figure schématique représentant les rapports des viscères abdominaux et thoraciques).
L'oreillette droite occupe l'espace compris entre le cartilage de la troisième côte droite et celui de la sixième, elle s'étend transversalement jusqu'à 0™,035 ou 0™,04 de la ligne médiane.
L'oreillette gauche occupe le troisième espace intercostal gauche et est recou-
DU CŒUR
verte en partie par la portion du sternum qui prolonge cet espace ; elle ne s'étend transversalement qu'à peu de distance du bord sternal.
Fig. 174. — Coupe médiane du thorax, iiioilu' gauche {*).
Les ventricules occupent l'espace compris entre le bord supérieur de la troisième côte gauche et le bord inférieur de la cin((uième ; transversalement ils s'étendent dans leur partie moyenne jusqu'à 0™, 08 de la ligne médiane ; leur
(*) s. sternum ; CS à C cartilage de la cinquième à la septième côte; CIO tête de la dixième côte ; Ve" corps ; VeT épine de la septième vertèbre cervicale ; Vt8 Corps de la huitième vertèbre tlioracique, — 1) Trachée. — 2) Aorte ascendante. — 3) Rétroversion antérieure sur le viscère du feuillet pariétal du péricarde. — 4) Lobe supérieur du poumon gauche. — '6) Conus arteriosus. — fi) Tronc de l'artère pulmonaire. — 7) Lobe demilunaire droit de l'aorte. — 8) Lobe semi-lunaire droit de l'artère pulmonaire coupé au bord d'insertion. — ■!>) Cavité du ventricule gauche. — 10) Septum des ventricules. — 11) Cloison antérieure du ventricule droit. — 12) Cavité du ventricule droit. — 13) Péricarde dans son passage sur le diaphragme. — 14) Foie. — 15) Partie vertébrale du diaphragme. — 16) Lobe inférieur du poumon gauche. — 17) Aorte descendante. — 18) Sinus •coronaire. — 19) Bord postérieur de l'ouverture auriculo-ventriculaire gauche. — 20) Appendice antérieur de a valve mitrale. — 21) Rétroversion postérieure sur le viscère du feuillet pariétal du péricarde. — 22) Abouchement d'une veine pulmonaire. — 23) Feuillets du péricarde. — 24) OEsopliage. — 25) Artère pulmonaire droite (Pirogoff, Anat. topogr., fascicule 2, a, tab. VU, fig. 2).
ANGÉIOLOGIE
extrémité inférieure, la pointe du cœur, se trouve dans le sixième espace et est à 0",08 ou O^OO de la ligne médiane.
L'artère pulmonaire répond à l'articulation du cartilage de la troisième côte gauche avec le siernum, elle déboixle un peu les bords supérieur et inférieur de ce cartilage.
L'aorte est recouverte par la partie supérieure du sternum, à partir du niveau des troisièmes côtes jusqu'au niveau du bord inférieur des premières. La veine cave supérieure répond au bord droit du siernum, qu'elle déborde à
Fig. I/o. — Face antcrieure du cœur (d'après bourgery) (*).
droite; elle s'étend du cartilage delà première côte droite jusqu'au niveau du bord inférieur de la troisième.
Ces mensurations nous le répétons, ne sont que des moyennes.
Le cœur est formé de deux moitiés analogues soudées l'une à l'autre. Ces deux moitiés sont en relation, la droite avec le sang veineux, la gauche avec le sang artériel. Elles sont adossées et complètement séparées par une cloison médiane. On peut grossièrement les comparer chacune à un cône dont le sommet est à la
(*) 1) Ventricule droit. — 2) Ventricule gauche. — 3) Infundibulum. — 4) Auricule droite. — 5) Auricule gauche. — 6) Artère pulmonaire. — 7) Artère aorte. — 8) Veine cave supérieure avec une partie du tronc veineux brachio-céphalique gauche. — 9) Artère coronaire gauche ou antérieure. — 10) Artère coronaire droite ou postérieure. — il) Branche antérieure de la veine coronaire.
DU CŒUR
pointe du cœur. Entre la base de ce cône et le sommet se trouve un étranglement transversal qui sépare chaque moitié en deux parties distinctes, mais communiquant entre elles. La cavité la plus rapprochée de la base prend le nom d'oi-eillette, l'autre celui de ventricule.
Le volume du cœur varie évidemment à chaque instant sur le vivant, suivant que le cœur est contracté ou relâché. Il pourra varier également sur le cadavre : 1° suivant qu'il sera ou non distendu par du sang, et 2° suivant le moment où on l'examinera, pendant ou après la rigidité cadavérique. Nous donnons les
Fig. 17ti. — Face poslérieui-f du cœur (d'après Bourgery) (*).
chiffres obtenus par Bouillaud. Ils sont des moyennes déduites d'un très grand nombre de mensurations, et n'ont aucune valeur absolue. Il est bien entendu qu'ils se rapportent à l'âge adulte.
De l'origine de l'aorte à la pointe du cœur 0™,098
Du bord gauche droit (au niveau de la base) ()™,107
Circonférence à la base 0™,238
Quant au poids moyen, il varie entre 200 grammes (Cruveilhier) et 250 grammes (Bouillaud).
(*) 1) Ventricule droit. — 2) Ventricule gauclie. — 3) Oreillette droite. — 4) Oreillette gauche. — 5) Artère coronaire droite. — 6) Grande veine coronaire. — 7) Embouchure de la veine cave inférieure dans l'oreillette droite. — 8, 8) Embouchure des veines pulmonaires dans l'oreillette gauche.
Beadnis et Bouchard. 23
ANGÉIOLOGIE