ARTICLE II. - CONFORMATION INTÉRIEURE DU CŒUR
Ventricule droit (fig. 177). — On a comparé la forme de sa cavité à une pyramide triangulaire, qui présenterait par conséquent trois faces, une base et un sommet.
Les faces de ce ventricule sont concaves, sauf la face interne, qui est convexe et formée par la cloison interventriculaire. A peu près lisses dans la partie la plus rapprochée de la base, ces faces sont au contraire, dans tout le reste de leur étendue, hérissées de saillies musculaires très nombreuses. Ces saillies, connues sous le nom de colonnes charnues du cœur, ont été divisées en trois classes ; les unes, muscles papillaires, de forme conoïde, fixées parleur base sur les parois du ventricule, se terminent à leur sommet par de petites cordes tendineuses qui vont aboutir à la valvule tricuspide. Les colonnes de la deuxième classe adhèrent parleurs deux extrémités aux parois du ventricule, mais en sont détachées dans leur partie médiane ; celles de la troisième classe, au contraire, font saillie dans l'intérieur de la cavité, bien qu'elles soient fixées aux parois par toute leur longueur ; ces dernières sont les plus petites. Les colonnes charnues de deuxième et troisième ordre sont très nombreuses, surtout vers la pointe du cœur. Celles de premier ordre sont dans le ventricule droit, au nombre de quatre à cinq, se divisent à leur sommet et fournissent autant de tendons distincts qu'il y a de divisions.
C'est par sa base que le ventricule droit communique avec l'oreillette d'une part et avec l'artère pulmonaire de l'autre, au moyen de deux ouvertures distinctes.
Orifice auriculo-ventriculaire. — Sappey a fait fort judicieusement remarquer que cet orifice, loin d'être elliptique, ainsi qu'on l'a dit, est circulaire comme toutes les autres ouvertures cardiaques, et que sa forme particulière n'est due qu'à la déformation et à l'affaissement du cœur à l'état de vacuité.
Aux bords de cet orifice est fixé un repli membraneux appelé valvule tricuspide (ires, trois; cuspis, pointe) ou triglochine (fpsïç, trois, 'vXux.tv, angle) (10 et 11). Elle présente deux bords et deux faces ; le bord supérieur est fixé au pourtour de l'anneau fibro-cartilagineux auriculo-ventriculaire, le bord inférieur est libre et irrégulièrement festonné. Les anciens anatomistes n'avaient reconnu sur ce bord que trois festons principaux, d'où le nom qu'ils ont donné à cette valvule. En la détachant circulairement, on voit qu'elle présente quatre angles, dont un plus petit que les autres. Les deux faces de la valvule regardent l'une la cavité, l'autre la paroi du ventricule ; la première est lisse ; c'est sur la seconde et vers son bord libre que viennent s'insérer les tendons provenant des colonnes charnues.
ANGÉIOLOGIE
Orifice pulmonaire. — Tandis que Fouverture précédente est située en arrière et à droite, l'orifice pulmonaire est en avant, à gauche et plus élevé. Plus petit que, le précédent, il en est séparé par une saillie musculeuse qui affecte la forme d'un croissant à concavité inférieure. Cette saillie limite, à l'intérieur du ventricule droit, Tinfundibulum (12), qui se porte en haut et à gauche pour aboutir à l'orifice pulmonaire.
Fig. 177. — Surface intei'ne de l'oreillette et du ventricule droits (*).
Cet orifice est circulaire et présente trois valvules connues sous le nom de valvules sigmoïdes; on les compare à |des nids de pigeons; elles présentent deux faces et deux bords. La face supérieure concave est dirigée vers l'artère, la face inférieure convexe vers l'infundibulum. Le bord inférieur ou adhérent est inséré sur l'anneau fibro-cartilagineux de cet orifice ; le bord supérieur est libre et contient, à sa partie moyenne un petit nodule fibro-cartilagineux, désigné sous le nom de nodule de Morgagni.
Ventricule gauche (fig. 178). — Les parois de ce ventricule sont beaucoup
(*) t) Oreillette droite. — 2) Ventricule droit. — 3) Ouverture de la veine cave supérieure. — 4) Ouverture de la veine cave inférieure. — 5) Valvule d'Eustache. — 6) Fosse ovale limitée par l'anneau de Vieussens. — V) Ouverture de la grande veine coronaire. — 8) Valvule de Thébésius. — 9) Auricule. — 10 et 11) Valvule tricùspide avec les cordages tendineux qui s'y fixent. — 12) Infundibulum se prolongeant en haut et en avant. — 13) Artère pulmonaire. — 14) Aorte.
DU CŒUR
plus épaisses que celles du précédent ; on les évalue à O'OjOlb. Cette épaisseurindique une force de propulsion plus grande et est en rapport avec la plus grande étendue du chemin à parcourir par le sang.
On a comparé la forme de ce ventricule à un ovoïde aplati de dehors en dedans. Les faces sont concaves et recouvertes par de nombreuses colonnes charnues des trois classes analogues à celles du ventricule droit. Dans le ventricule gauche, il nexiste que deux colonnes de premier ordre ou muscles papil-
Fig. ils. — Surface interne de l'oreillette et du ventricule gauches (*).
laires, naissant Tune sur la face antérieure, l'autre sur la face postérieure. Ces muscles se divisent en faisceaux secondaires, d'où partent un grand nombre de tendons, allant à la face inférieure et au bord des deux moitiés correspondantes de la valvule mitrale.
Orifice auriculo-ventriculaire gauche. — Il est arrondi et muni d'une valvule disposée comme celle du ventricule droit, mais dont le bord libre, moins irrégulièrement découpé, ne présente que deux valves distinctes, ce qui lui a fait don-
(') 1) Oreillette gauche. — 2) Ventricule gauche. — 3, 3, 4, i) Ouverture des veines pulmonaires. — 5) Empreinte de la fosse ovale dans l'oreillette gauche (elle était mieux marquée sur le sujet qui a servi à lu préparation qu'elle ne l'est d'habitude). — 6) Auricule gauche. — 7, 7) Valvule mitrale. — 8) Le ventricule se continue en dessous de la valvule mitrale pour aboutir à l'orifice aortique.
ANGÉIOLOGIE
ner le nom de bicuspide (7). On l'a encore comparée à une mitre d evèque renversée, d'où encore le nom de valvule mitr aie.
Les deux valves de cette valvule sont de dimensions inégales ; celle de droite est plus grande et plus longue que celle de gauche. La résistance de la mitrale paraît plus forte que celle de la tricuspide.
Orifice aortique (fig. 179). — Tout à fait analogue à l'orifice pulmonaire du ventricule droit, il présente comme lui des valvules sigmoïdes (4) disposées de la
même façon et contenant chacune un nodule de Morgagni (5). Cet orifice n'est pas séparé de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche par une saillie musculaire, comme nous l'avons vu pour le ventricule droit. Les deux orifices gauches sont situés à la même hauteur et contigus ; la valvule mitrale s'adosse par la moitié droite de son bord adhérent à la valvule sigmoïde aortique correspondante ; il suffit de diviser la première pour arriver à l'orilice aortique.
Oreillette droite (fig. 177). La cavité de l'oreille droite est ovoïde, en faisant abstraction de l'auricule, dont la forme est triangulaire. On considère généralement à l'oreillette trois faces et deux extrémités. La face interne ou interauriculaire présente un peu au-dessous et en arrière de sa partie centrale une dépression connue sous le nom de fosse ovale (6). Elle est limitée à son pourtour par un anneau musculeux saillant, anneau de Vieussens. Cet anneau est incomplet et ordinairement interrompu en bas et en arrière. En avant et en bas, la fosse ovale se continue avec une saillie membraneuse, qui aboutit à la veine cave inférieure, c'est la valvule dEustachi. Nous y reviendrons tout à l'heure. A la partie supérieure et antérieure de la fosse ovale on peut, en glissant le manche d'un scalpel ■entre la saillie de l'anneau de Vieussens et la lame qui constitue la fosse ovale proprement dite, passer de l'oreillette droite dans l'oreillette gauche. Cette communication n'est pas constante, mais très fréquente. Elle ne saurait permettre au sang de suivre cette voie ; les deux lames de la fissure s'aplatissent l'une contre l'autre dès que la pression augmente dans les oreillettes, pression qui lors de leur réplétion est égale des deux côtés.
La fosse ovale est le vestige du irou de Botal, qui, chez le fœtus, fait communiquer largement les deux oreillettes. Vers la fin du deuxième mois de la vie intrautérine, on voit s'élever de la partie inférieure et postérieure de ce trou une valvule à forme de croissant, qui augmente successivement d'étendue, de telle sorte que quelque temps après la naissance elle arrive à fermer entièrement l'ouverture tout en laissant la fissure que nous avons signalée en haut et en avant du pourtour de l'anneau de Vieussens.
La face antùro-inférieure présente l'orifice auriculo-ventriculaire.
{*) La moitié droite de la valvule mitrale est divis(5e longitudiualement par le milieu. — I) Aorte ouverte. — 2) Ventricule gauche. — 3, 3) Valve de la mitrale incisée sur la ligne médiane; les deux lambeaux sont rejetés pour montrer qu'elle seule sépare l'orifice auriculo-ventriculaire de l'orifice aortique. — 4 Valvule sigmoïde. — 5) Nodule de Morgagni.
Fig. 179. — Orifice aortique du ventricule gauche (*).
DU CŒUR
La face externe est tapissée par un assez grand nombre de colonnes charnues de troisième ordre. Elles sont entre-croisées dans différents sens ; celles de la partie la plus antérieure de la face externe se continuent avec les colonnes charnues que l'on trouve dans l'auricule.
Uextrémité antérieure ou supérieure de l'oreillette présente à sa partie inférieure l'ouverture de l'auricule (9). Cet appendice, de forme triangulaire, à base dirigée dans l'oreillette, présente sur sa surface interne un grand nombre de colonnes charnues de troisième ordre entre-croisées en tous sens. Au-dessus de l'ouverture de l'auricule se trouve dans l'oreillette l'orifice de la veine cave supérieure (3), orifice très large, dépourvu de valvule et dirigé presque directement en haut.
Sur la face inférieure ou. postéineure on trouve également deux ouvertures; l'une, plus externe et plus élevée, est l'orifice de la veine cave inférieure (4). Cette veine s'ouvre dans l'oreillette, en se dilatant et constituant ainsi le sinus de la veine cave inférieure. La demi-circonférence inférieure est munie de la valvule d'Eustachc (5), qui se dirige en dedans vers la cloison et s'y continue avec la partie inférieure et antérieure de l'anneau musculeux qui limite le trou de Botal. Cette valvule est en forme de gouttière ; son bord libre regarde en haut, son bord adhérent est convexe ; l'une de ses faces regarde la veine cave, l'autre l'oreillette. Très développée chez le fœtus, où elle divise pour ainsi dire l'oreillette en deux cavités distinctes, elle s'atrophie petit à petit à mesure que le trou de Botal s'oblitère. Chez l'adulte, cette valvule, reste de la circulation fœtale, ne saurait fermer l'ouverture de la veine cave inférieure et empêcher le reflux du sang pendant la contraction auriculaire. Ce rôle appartient aux fibres striées émanées de l'oreillette qui se prolongent sur le sinus de la veine cave, sinus qui n'est en réalité qu'une prolongation de l'oreillette. Je n'insiste pas ici sur le rôle qu'elle joue dans la circulation fœtale ; cette question sera traitée au chapitre de l'embryologie.
Tout auprès de la cloison interauriculaire, et à peu de distance également du sillon interauriculo-ventriculaire, se trouve dans l'oreillette droite Vouverture de la grande veine coronaire (7). Elle est garnie d'une valvule, valvule de Théhésius (8) : cette valvule est incomplète et ne peut empêcher qu'incomplètement le reflux du sang.
Oreillette gauche (fig. 178). — De forme cuboïde et de capacité un peu moindre que celle de l'oreillette droite, cette cavité cardiaque nous présente sur sa face inférieure Vorifice auriculo-ventriculaire gauche, qui est arrondi.
La face antérieure de l'oreillette gauche est lisse et convexe en dedans.
La face externe présente en avant l'ouverture de l'auricule gauche, dont la conformation est analogue à celle de l'auricule droite (6) ; elle est également hérissée de colonnes charnues de troisième ordre.
La face interne présente chez le fœtus l'ouverture du trou de Botal, et chez l'adulte le relief de la fosse ovale (5).
La face supérieure présente quatre ouvertures disposées deux à deux. Ce sont les orifices des veines pulmonaires (3, 4). On n'y trouve pas de valvules. Celles du côté droit s'ouvrent dans l'oreillette gauche, très près de la cloison interauriculaire.
ARTICLE m. - TEXTURE DU CŒUll
Le cœur est un organe musculaire, c'est un muscle creux. Quoiqu'il ne soit pas soumis à l'empire de la voUtion, il est formé de fibres musculaires striées, qui sont plus fines que celles des muscles ordinaires. Leur striation est plus manifeste dans le sens
ANGÉIOLOGIE
longitudinal que dans le sens transversal. Elles se laissent facilement séparer sous le microscope en petits disques. Les caractères spéciaux que présentent les fibrilles musculaires du cœur, c'est d'être ramifiées et anastomosées entre elles par des branches transversales ou obliques et d'être dépourvues de sarcolemme. Il est probable que cette disposition particulière, qui ne se rencontre que dans le cœur et la langue, est, comme on l'a dit, destinée à assurer une contraction plus instantanée, plus uniforme des fibres du cœur.
On a dit que les fibres musculaires du cœur ne sont pas de véritables fibres striées, qu'elles sont plutôt une différenciation des muscles lisses des vaisseaux. Je ne saurais admettre cette manière de voir ; en effet la forme graphique d'une contraction cardiaque est identique à celle de tous les muscles striés et ne ressemble en rien à celle des muscles lisses.
Anneaux fibro-cartilagineux du cœur (fig. 180). — Avant d'étudier la marche et le
Fig. J80. — Anneaux fibro-cartilagineux auriculo-ventriculaires {d'après Parchappe) (*).
trajet des fibres musculaires du cœur, il est indispensable de décrire les anneaux ou zones sur lesquels elles viennent s'implanter.
On trouve dans le cœur, à la base des ventricules, quatre anneaux fibro-cartilagineux, correspondant aux quatre orifices ventriculaires. Les deux anneaux artériels sont antérieurs, les deux anneaux auriculo-ventriculaires sont postérieurs (8, 9). Ces deux derniers sont situés sur la même ligne transversale et adossés par leur partie moyenne. Dans l'angle curviligne antérieur qu'ils forment se trouve l'anneau aortique, au-devant duquel et un peu à gauche, mais sur un plan plus élevé, on voit celui de l'artère pulmonaire. Ces anneaux fibro-cartilagineux envoient chacun des prolongements, qui pé-
(*) 1) Artère pulmonaire. — 2) Bord supérieur de l'infundibulum. — 3) Aorte. — 4) Valvules sigmoïdes. — 5) Bosselures de l'aorte correspondantes aux valvules sigmoïdes. — G) Orifice auriculo-ventriculaire gauche. — 7) Orifice auriculo-ventriculaire droit. — 8) Anneau fibro-cartilagineux gauche. — tl) Anneau fibro-cartilagineux droit. — 10) Adossenient des deux anneaux sur la ligne médiane.
DU CŒUR
nètrent dans l'épaisseur des valvules auriculo-ventriculaircs et sigmoïdes. Ces valvules s'y insèrent par leur bord adhérent.
Dans le point d'adossement des zones auriculo-ventriculaires et aortiques se trouve quelquefois un noyau incrusté de phosphate calcaire. Cette disposition, normale chez les grands animaux, a été désignée chez eux sous le nom d'os du cœw\
L'étude du trajet et de la direction des fibres musculaires du cœur ne saurait se comprendre que par les connaissances embryologiques, ainsi que nous le dirons plus loin ; elle a beaucoup occupé les anatomistes, mais reste encore assez embrouillée.
Fig. 181 . — Fibres unitives antérieures du cœur et fibres de la face antérieure des oreillettes
(d'après Bourgery) (*).
Nous décrirons d'abord les fibres musculaires du cœur, d'après les travaux de Gerdy et de Cruveilhier, nous donnerons ensuite les conclusions du travail de Winckler et enfin notre propre opinion.
Et d abord il faut remarquer que les fibres musculaires qui constituent les oreillettes sont distinctes de celles des ventricules.
Fibres musculaires des ventricules. — Les anneaux fibro-cartilagineux que nous avons décrits plus haut doivent être considérés comme le squelette du cœur. Sur ces anneaux s'insèrent des fibres qui, par des trajets variés et compliqués, reviennent à
1) Fibres unitives antérieures. — i) Fibres de 1 auricule gauche. — 3) Fibres communes aux deux oreillettes. — 4) Fibres propres de l'oreillette gauche. — 5, o) Fibres qui entourent les veines pulmonaires gauches. — 6) Fibres de l'auricule droite. — 7) Fibres qui entourent la veine cave supérieure.
ANGÉIOLOGIE
leur point d'origine, soit directement, soit indirectement par l'intermédiaire des cordages tendineux fixés aux valvules tricuspide et mitrale. Nous avons vu, en effet, que ces valvules adhèrent aux anneaux par un de leurs bords.
On a considéré le cœur comme formé de deux poches musculaires accolées comme deux canons de fusil, réunies par un sac musculeux commun aux deux poches et les recouvrant en dehors et en dedans. Il y aurait donc ainsi dans le cœur des fibres propres à chaque ventricule et des fibres communes aux deux.
Les fib^'es propres à chaque ventricule s'insèrent par leurs deux extrémités sur les deux anneaux de ce ventricule et forment ainsi dans les parois de l'organe, des anses emboîtées les unes dans les autres « comme des cornets de papier d'inégale grandeur, dont les plus petits seraient régulièrement emboîtés dans les plus grands et qu'on aurait aplatis en une lame triangulaire ».
Les fibres communes aux deux ventricules ont été désignées par Gerdy sous le nom de fibres unilives.
Les fibres unitives antérieures (fig. 181, 1) occupent toute la face sternale du cœur. Elles partent des orifices pulmonaire, aortique et mitral, descendent obliquement sur la face antérieure de l'organe et arrivent ainsi à la pointe du cœur.
Les fibres antérieures se réfléchissent alors et pénètrent par un trajet spiroïde dans l'intérieur du ventricule, pour revenir soit à leurs points d'origine en formant la partie intei-ne du sac commun, soit en constituant les muscles papillaires. En se réfléchissant à la pointe du cœur, pour pénétrer dans l'intérieur de l'organe et en former la face interne, les fibres musculaires se groupent, se serrent, se réunissent sous forme de tourbillon et décrivent ainsi un véritable huit de chiffre. Par l'anse inférieure du 8, qui est très courte, elles circonscrivent une sorte de petit pertuis, de petit canal, par lequel on peut, avec un stylet fin, pénétrer dans l'intérieur du ventricule.
Les fibres unitives pos/ér/eM/'e* (fig. 183,1), recouvrent la face diaphragmatique du cœur. Elles partent des anneaux fibreux auriculoventriculaires et se dirigent obliquement vers le bord droit ou tranchant du ventricule. A ce niveau, elles rencontrent les fibres unitives antérieures et s'engagent au-dessous d'elles (fig. 182, 3), pour arriver, les plus inférieures, jusqu'au tourbillon de la pointe, tandis que les autres, de beaucoup les plus nombreuses, se réfléchissent en anses simples sur toute la longueur du bord droit du cœur. Comme les précédentes, les fibres unitives postérieures remontent jusqu'aux anneaux fibreux, ou bien elles vont former les muscles papillaires.
D'après cette description, qui résume les idées de Gerdy, il n'y a dans les fibres unitives que des fibres à anse et des fibres contournées en huit de chiffre. Elles ont toutes une moitié superficielle et une moitié profonde correspondant aux faces externe et interne des ventricules.
Dans leur trajet, les fibres à anse appartiennent par leurs deux moitiés à des ventricules différents et à des parois opposées. Une fibre qui par sa moitié superficielle appartient à la paroi antérieure du ventricule droit, servira par sa moitié profonde à former la paroi postérieure du ventricule gauche.
Les fibres en huit de chiffre appartiennent par leurs deux moitiés à des ventricules différents, mais à des parois semblables ; ainsi une fibre de la paroi antérieure du ventricule gauche ira par sa moitié profonde dans la paroi antérieure du ventricule droit.
(*) 1) Tourbillon et pertuis de la pointe. — 2) Auricule. — Entre-croisement des fibres unilives antérieures et postérieures.
Fig. 182. — Tourbillon de la pointe du cœur (d'après Bourgery) {*).
DU CŒUR
La cloison des ventricules est formée par des fibres adossées et n'a pas d'existence propre .
Winckler a repris, en 1865, l'étude des fibres musculaires du cœur. Il admet :
1" Que les fibres unitives antérieures et postérieures ne forment c[u'une couche assez mince, qui prend part au tourbillon et pénètre dans l'intérieur du ventricule gauche, où elles s'écartent et vont pour la plus grande partie se jeter dans les muscles papillaires de ce ventricule ; un très petit nombre d'entre elles remontent le long de la paroi interne et arrivent jusqu'aux anneaux.
2" Que les fibres propres des ventricules ne forment pas une véritable couche moyenne distincte de la couche interne, que ces fibres sont constituées comme toutes les autres fibres du cœur ; qu'elles forment des spirales, dont les parties sont tantôt superficielles et tantôt profondes ; que ces anses ou spirales s'entre-croisent sous des angles extrêmement variés qui constituent ainsi ce que l'on a désigné sous le nom de fibres propres des ventricules. II est impossible d'après lui de les séparer en couches, en lames distinctes, à cause de leur entre-croisement.
Ces fibres ne prennent pas toutes part à la formation du tourbillon, et, comme les précédentes, se jettent pour la plupart dans les muscles papillaires. La cloison est formée par des segments de ces anses ou spirales, qui suivent ce trajet avant d'arriver aux parois ventriculaires.
L'ancienne définition de Winslow, acceptée par tout le monde : Le cœur est composé de deux sacs musculeux renfermés dans un troisième, musculeux également, n'est donc plus vraie, d'après l'anatomiste allemand.
Cette question a été l'objet de quelques-unes de mes recherches, et voici les conclusions auxquelles je suis arrivé :
lo Toutes les fibres musculaires du cœur partent des anneaux fibreux et y reviennent soit directement soit indirectement par les valvules mitrale ou tricuspide ;
2° L'embryologie démontre que primitivement le cœur se forme par deux moitiés isolées se conjuguant plus tard en un vaisseau unique et droit, vaisseau qui se contourne sur lui-même en raison de sa différence d'accroissement comparé à celle du sinus qui le contient. Bien que les fibres musculaires cardiaques ne soient pas encore différenciées au début et qu'elles ne soient encore à ce moment que des cellules contractiles, il n'en existe pas moins une formation primitivement double, autrement dit une poche isolée pour chaque moitié constituée par ces cellules contractiles qui deviendront les fibres cardiaques, line fois les deux moitiés du cœur soudées il s'y adjoint des fibres superficielles unitives qui en raison du contournement de l'S cardiaque participeront au mouvement spiroïde de l'organe et prendront part au tourbillon de la pointe qu'elles constitueront en grande partie. La définition de "Winslow est donc exacte ;
3° En raison des anastomoses que les fibres cardiaques présentent entre elles, il est impossible de les isoler par les procédés anatomiques. L'on peut cependant suivre les fibres unitives superficielles et les dérouler pour ainsi dire sur des cœurs de gros animaux ; il faut les faire bouillir au préalable, on les voit alors arriver au tourbillon de la pointe et pénétrer soit dans la cloison soit dans les muscles papillaires.
Fibres musculaires des oreillettes. — Sur la face antérieure des oreillettes on trouve une bande musculaire allant de l'oreillette droite à l'oreillette gauche et se jetant des deux côtés sur les auricules. Cette bande est donc commune aux deux oreillettes, dont elle constitue les fibres unitives (fig. 181, 3).
Quant aux fibres propres à chaque oreillette, on peut les diviser : 1° en fibres qui entourent les orifices des veines ; 1° fibres intermédiaires aux auricules et aux ouvertures veineuses ; 3° fibres en anse autour des orifices auriculo-ventriculaires ; 4» fibres entre-croisées et formant la partie la plus profonde de la paroi des oreillettes. En s'adossant, ces fibres constituent la cloison dans laquelle on remarque surtout l'anneau de Vieussens, qui forme une espèce de sphincter. La majeure partie des fibres musculaires des oreillettes forment des anses simples embrassant ces cavités comme des écharpes. La musculature des oreillettes n'a nul besoin d'être puissante : en effet, au moment où l'oreillette est remplie, la pression intra-ventriculaire est négative et une très faible force suffit pour chasser le sang dans les ventricules.
ANGÉIOLOGIE
Vaisseaux du cœur. — Le cœur reçoit deux artères, dites coronaires ou cardiaques, qui forment deux cercles réciproquement perpendiculaires autour de lui. Elles seront décrites plus loin (fig. 189). Les veines des ventricules suivent d'abord le trajet des artères, se réunissent plus tard en un seul tronc, la grande veine coronaire, qui vient s'ouvrir à la face postérieure de l'oreillette droite, près de la ligne interauriculo-ventriculaire (fig. 176,6). Quelques veinules, venant du ventricule droit, ne s'abouchentîpas dans ce tronc, mais s'ouvrent isolément dans l'oreillette droite ; ce sont les veines j:ardiaques de Galien. Lannelongue a décrit, en 1807, une circulation veineuse auriculaire
Pig. 183. — Fibres unitices postérieures du cœur et fibres de la face postérieure des oreillettes
(d'après Bourgery) (*).
spéciale. J'ai répété et fait répéter ses recherches ; les résultats que j'ai obtenus se trouvent longuement consignés dans la thèse d'un de mes élèves que la mort a enlevé trop tôt à la science ('). Les veinules des oreillettes ne se rendent ,''que très rarement dans la veine coronaire, celles de l'oreillette droite s'ouvrent directement dans cette cavité, celles de l'oreillette gauche s'y rendent en partie en passant par la cloison, tandis qu'il en est d'autres qui s'abouchent dans la cavité auriculaire gauche elle-même où elles versent ainsi du sang noir. Dans les parois musculaires des oreillettes sont
■ (1) A. Renoult, Du rôle du système vasculaire dans la nutrition en général et dans celle du muscle et du cœur en particulier (Thèse de Strasbourg, 1869).
(*) 1) Fibres unitives postérieures. — 2) Fibres de l'oreillette droite. — 3) Fibres de la veine cave inférieure.
DU CŒUR
creusés des canaux revêtus par un simple prolongement de l'endocarde ; ces canaux, lieu de réunion de la plupart des veinules auriculaires, s'ouvrent dans la cavité des oreillettes par des foramina au nombre de trois ou quatre dans le cœur droit et de un ou deux dans le cœur gauche. Ces foramina sont toujours pour chaque oreillette reliés entre eux par des canaux intrapariétaux. Lannelongue décrit un élargissement infundibuliforaie faisant suite aux foramina; il no m'a pas été possible de le constater. Quant aux lymphatiques, on les voit suivre les artères et les veines et se jeter dans les ganglions bronchiques au-dessous de la bifurcation de la trachée.
Nerfs du cœur. — Les nerfs du cœur proviennent des pneumogastriques et des ganglions cervicaux du grand sympathique. Les filets nerveux partis de ces origines se réunissent au-dessous de la crosse de l'aorte pour constituer un plexus, qui d'autres fois est remplacé par un ganglion dit ganglion de Wrisberg. De là partent des branches nerveuses très ténues, qui suivent les artères et gagnent la profondeur de l'organe. Mais outre ces nerfs, le cœur possède en lui-même une chaîne de ganglions situés dans son épaisseur, et lui formant ainsi un petit système nerveux spécial. Ces ganglions sont au nombre de trois. Le premier, ganglion du sinus de la veine cave, ganglion de Remak, est placé à l'embouchure de la veine cave inférieure. Le second, ganglion de Bidder ou ganglion venir iculaire, est adossé à la valvule auriculo-ventriculaire gauche. Le troisième, ganglion auriculaire ou ganglion de Ludwig, se trouve dans la paroi même de l'oreillette droite. Sur tout le trajet de ces filets nerveux l'on rencontre des cellules nerveuses soit isolées soit réunies en petits groupes. L'on avait cherché dans les ganglions intra-cardiaques la cause des battements rythmés du cœur, on sait aujourd'hui que c'est à la fibre musculaire elle-même qu'il faut les attribuer.
Le cœur est toujours plus ou moins chargé de tissu adipeux, dont la quantité varie avec le sexe et l'âge. La graisse se dépose principalement dans les sillons autour des vaisseaux, s'étend alors de proche en proche sur l'organe et s'infiltre plus ou moins entre les fibres musculaires.