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LIVRE SIXIÈME

Préparation. — L'étude des organes splanchniques peut se diviser pratiquement en trois temps, correspondant chacun à des modes spéciaux de préparation. Dans le premier, on étudie l'organe isolé et retiré de sa cavité, abstraction faite de sa situation et de ses rapports ; dans le deuxième, on l'étudic in situ dans ses connexions avec les organes voisins et la cavité qui le contient; dans le troisième, enfin, on s'occupe de sa structure intime; c'est l'étude liistologique. Bien que l'histologie ne soit en réalité qu'une branche de l'anatomie, son étude nécessite des procédés spéciaux de durcissement des pièces, de montage dans les microtomes, de coupes, devenues aujourd'hui mécaniques. Tous les laboratoires d'anatomie s'ils sont bien montés possèdent ou doivent posséder toute cette instrumentation, mais l'espace nous manque pour décrire toute cette technique et nous renvojons aux ouvrages spéciaux.

1" Élude de l'organe isole'. — L'ablation de l'organe à étudier doit être faite avec précaution et être totale ; ainsi, avec les glandes il faudra enlever le conduit excréteur et la portion de surface muqueuse sur laquelle il vient s'ouvrir; autant que possible, les artères et les veines devront être injectées et enlevées avec le tronc qui les émet ou les reçoit. Une fois l'organe complètement isolé par la dissection avec ses appendices, on examinera son volume et son poids, sa forme, son aspect extérieur, sa consistance, etc. Des coupes dans divers sens feront apprécier sa coloration et son aspect intérieurs, la quantité de liquides qui l'imprègne ; la déchirure par traction ou par pénétration du doigt ou du manche du scalpel permettra de juger du degré de mollesse ou de friabilité de son tissu; la dissection par la pince et le scalpel sera poussée aussi loin qu'il-est possible à l'œil nu, pour isoler les diverses lames, faisceaux de fibres, etc., qui le composent £t suivre les vaisseaux ou les canaux glandulaires qui se ramifient dans son intérieur. Certains tissus délicats ou certaines membranes offrent des prolongements filamenteux très mous, qui seront étudiés sous l'eau, et certaines dissections fines devront du reste être faites de cette-fafon ; il suffit d'étaler et de fixer la membrane à disséquer sur une lamelle de plomb recouverte d'une plaque de liège et de la placer sous l'eau. La loupe et le microscope simple pourron t venir en aide et permettront de pousser plus loin la dissection. Certaines substances, l'alcool, l'acide chromique, les acides dilués, etc., peuvent rendre des services, même en dehors des recherches histologiques, soit pour durcir des organes, soit pour détruire certains éléments, spécialement le tissu connectif, en respectant les autres. Pour les organes creux, des injections d'air, d'eau ou de substances solidifiables en feront apprécier la forme suivant l'état de distension; la dessiccation, après insufflation, donne encore de bons résultats; il en est de même des moules pris avec des matières solidifiables ; c'est dans ce procédé que rentrent les préparations par corrosion, très instructives pour la distribution des vaisseaux ou des canaux excréteurs dans l'intérieur des organes ; on les obtient en injectant dans les canaux à conserver une masse résineuse ou un alliage fusible (bismuth 2/3, plomb 1/6, étain 1/6); puis on enlève le tissu de l'organe par la macération dans un acide dans le premier cas, ou dans une solution alcaline dans le second, et il ne reste que la substance injectée moulée sur les ramifications des conduits.

20 Étude des organes en place. — On ouvre la cavité dans laquelle ils sont contenus, de façon à respecter, autant que possible, les rapports normaux. Leurs rapports avec les parois de la cavité splanchnique seront l'objet d'une étude spéciale, qui pourra, pour beaucoup d'organes, être précédée avec avantage d'une limitation préalable par la percussion, contrôlée plus tard par l'ouverture de la cavité. Des lames de fleuret enfoncées dans certaines directions et à des profondeurs déterminées pourront fournir des indications utiles. Enfin, quand elles seront possibles, des coupes sur des cadavres congelés donneront la meilleure idée des rapports normaux des organes. J'utilise à cet effet, après congélation complète du tronc dans un appareil spécial, la scie à rubans; j'obtiens ainsi des coupes très nettes sans la moindre bavure, coupes d'un demi à i centimètre d'épaisseur. Au préalable j'ai soin d'injecter les vaisseaux artériels et veineux. Les coupes ainsi obtenues peuvent être décalquées séance tenante.

SPLANCHNOLOGIE

Les organes dont l'étude constitue la splanchnologie, et sous certains rapports on peut y joindre le cœur, le cerveau et les organes des sens, présentent d'infinies variétés de forme et de structure. Cependant, eu égard à leur type fondamental, on peut les rattacher à deux grandes classes, les organes pleins et les organes creux. Chacune de ces classes offre des caractères généraux communs qu'il est utile de passer en revue avant d'étudier en particulier chaque organe.

Les organes pleiîis sont, sauf quelques exceptions (ex. : corps thyroïde), placés dans les grandes cavités splanchniques à une profondeur plus ou moins considérable. Tantôt simplement plongés dans une atmosphère cellulo-graisseuse (rein), ou dans une loge aponévrotique (parotide) qui les sépare des parties voisines, ils sont d'autres fois enveloppés plus ou moins complètement par une séreuse dont les replis se rattachent aux organes voisins ou aux parois de leur cavité ; quelques-uns ont en outre des ligaments fibreux spéciaux. Avec ces moyens de fixité varient et leur mobilité et leur facilité de déplacement. Des rapports plus intimes encore sont ceux qu'ils contractent avec des organes, vaisseaux, nerfs, etc., qui les traversent (ex. : parotide et nerf facial).

Quant au nombre, les organes peuvent être impairs, pairs ou multiples. Les organes pairs sont ordinairement symétriques, sans que cette symétrie soit absolue; les organes impairs sont ou bien médians, et alors les deux moitiés sont symétriques (ex. : corps thyroïde), ou latéraux, et alors asymétriques (ex. : foie). Quelquefois à ces organes viennent s'ajouter des masses accessoires de même structure, mais isolées du reste (ex. : rates surnuméraires).

Le volume et le poids des organes oscillent dans des limites très étendues, depuis la plus petite granulation glandulaire jusqu'au foie ; mais pour un organe donné ils ne s'écartent guère d'une moyenne que l'on peut appeler physiologique. Ces variations, indépendamment des variations individuelles ou sexuelles, sont principalement en rapport avec la vascularité de l'organe et dépendent de la quantité de sang qu'il contient à un moment donné. Les organes lymphoïdes, la rate surtout, sont susceptibles des plus grandes variations ; les glandes en grappe, au contraire, sont très limitées sous ce rapport. Dans les poumons ce? variations de volume tiennent à la présence de l'air et se reproduisent à des intervalles réguliers. Le poids spécifique de tous les organes, sauf celui des poumons qui ont respiré, est supérieur à celui de l'eau ; aussi ces derniers seuls surnagent-ils quand on les plonge dans ce liquide.

La forme des organes, en général plus ou moins arrondie, est cependant très variable; tantôt l'organe constitue une seule masse sans trace de divisions ; tantôt, au contraire, il est divisé en parties distinctes ou lobes par des sillons ou des étranglements. Cette forme, symétrique ou asymétrique, dépend de conditions encore peu connues. Chaque organe a pour ainsi dire une tendance à prendre une forme typique primordiale, essentielle à l'organe même et due probablement à la disposition des éléments qui le composent (vaisseaux, nerfs, éléments propres) et à leur mode de développement : dans quelques organes cette tendance parait plus faible que dans d'autres : alors ils sont refoulés par ces derniers, dont l'indépendance morphologique est la plus grande et sur lesquels ils semblent se mouler. On n'a qu'à comparer à ce point de vue le testicule, le foie, le cerveau, la parotide, etc.

La couleur des organes varie depuis la blancheur mate jusqu'au brun foncé et même au noir. Mais il faut distinguer la couleur extérieure de la couleur propre au tissu de l'organe. La couleur du tissu propre, tantôt uniforme, tantôt nuancée (marbrée, striée, etc.), est due à plusieurs causes, sang, graisse, pigment, éléments propres du tissu, etc., et, suivant la prédominance de tels ou tels éléments et leur distribution, on aura des aspects divers de coloration ; c'est ainsi qu'il arrive souvent qu'un organe n'a pas la même coloration dans sa partie périphérique (substance corticale) et dans sa partie centrale (substance médullaire). Cette coloration est en général plus pâle après la mort que pendant la vie, à cause de la perte d'une certaine quantité de sang; d'autres fois, au contraire, par suite de décompositions cadavériques, cette couleur peut devenir plus foncée et se montrer alors par plaques ou par traînées correspondant en général au trajet des vaisseaux. Cette coloration du tissu propre peut être visible telle quelle à

SPLANCHNOLOGIE

l'extérieur, si l'enveloppe de l'organe est mince et transparente ; quand au contraire ello est épaisse et pou vasculaire {albiif/inées), elle affaiblit ou arrête totalement cette coloration (ex. : testicule).

La consisla7icc des organes est tantôt très faible; l'organe est mou, comme spongieux (poumon) ; d'autres fois elle est très considérable et il oppose à la pression une résistance particulière (prostate). Le degré de consistance croît en général avec la quantité de tissu fibreux. Elle dépend en outre des éléments propres de l'organe (foie) et de son contenu (poumon). Certains organes (organes érectiles) ont pour caractère fonctionnel cette propriété physique, qui dérive dans ce cas de la disposition spéciale de leurs éléments.

La cohésion, qu'il ne faut pas confondre avec la consistance, s'apprécie par la facilité avec laquelle l'organe se laisse déchirer par la traction ou diviser par la pression du doigt. Un organe peut présenter à la fois une grande consistance et une faible cohésion ; ex. : le foie, dont le tissu compact est très friable ; inversement le poumon, dont le tissu est très mou, présente une très grande cohésion. La cohésion tient en général à la présence du tissu fibreux et surtout du tissu élastique dans un organe. Les sensations tactiles fournies au médecin par les organes sont très utiles pour lui faire apprécier leur état d'intégrité, car ces propriétés de consistance et de cohésion sont souvent altérées avant toute autre lésion a préciable à l'œil nu.

Au point de vue de la structure, les organes comprennent tous une enveloppe fibreuse et un tissu propre. L'enveloppe fibreuse peut présenter tous les degrés d'épaisseur et de résistance; mais elle a pour caractère commun d'envoyer dans l'intérieur de l'organe des cloisons connectives, qui accompagnent les vaisseaux et les nerfs ; elles sont tantôt très marquées et divisent le tissu propre en segments (testicule), d'autres fois elles sont à peine démontrables à l'état normal (foie). Ces cloisons sont le point de départ de la trame connective {xtrotna), ou tissu connectif interstitiel, très variable en quantité et en délicatesse. C'est dans cette trame connective que sont déposés les éléments du tissu propre de l'organe.

La distribution vasculaire dans les différents organes est en rapport et avec leur fonction et avec leur structure. Certains d'entre eux reçoivent leurs artères d'une seulé source, d'autres de plusieurs, et il en est de même de la circulation veineuse de retour. La distribution artérielle ne se fait pas toujours de la même façon : tantôt les branches de bifurcation de tout ordre s'anastomosent entre elles, de sorte que par une de ses branches on peut injecter tout le système circulatoire de l'organe : d'autres fois les rameaux provenant des branches de bifurcation ne s'anastomosent pas entre eux, et l'organe se trouve ainsi divisé en autant de départements circulatoires distincts qu'il y a de branches de bifurcation indépendantes (ex. : rate). Dans quelques cas une artère se divise en plusieurs branches qui se reforment en un seul tronc ramifié ensuite à la manière ordinaire ; c'est ce qu'on appelle un r^.^eaw «(/wira/zZe. Les dispositions spéciales de la circulation artérielle dans certains organes (rein, etc.), seront décrites avec ces derniers. La direction des artères, en général plus ou moins flexueuse. le devient énormément dans les viscères destinés à changer de volume (rate, organes érectiles).

L'arrangement des capillaires est subordonné ordinairement à l'arrangement même des éléments propres de l'organe, et leurs mailles se moulent en général, comme forme et comme grandeur, sur la forme et la grandeur des éléments. D'autres fois, au contraire, ces capillaires ont leurs caractères particuliers et indépendants du tissu ambiant (plexus choroïdes, etc.) ; on trouve la plus haute expression de cette indépendance dans le tissu érectile.

Les veines donnent lieu aux mêmes considérations générales que les artères. Je ne ferai que mentionner les systèmes portes, dont la veine porte du foie représente le type le plus développé; dans ces systèmes, une veine, née à la manière ordinaire d'un réseau capillaire, se ramifie comme une artère et donne naissance à un réseau capillaire, d'où part alors le tronc veineux définitif; on a alors un tronc veineux, une veine porte, située entre deux réseaux capillaires, disposition qui joue un grand rôle au point de vue des conditions mécaniques de la circulation.

SPLANCHNOLOGIE

Le calibre des vaisseaux déterminant la quantité de sang qui peut arriver à un organe dans un temps donné, a donc la plus grande importance pour la fonction de celui-ci; on peut comparer à ce sujet l'artère rénale et les artères thyroïdiennes à l'artère spermatique ; les rapports de calibre des artères et des veines et les variations de calibre dont ces vaisseaux sont susceptibles influencent énergiquement la vitesse de la circulation et la pression sanguine ; aussi voit-on varier, suivant les organes, la structure des vaisseaux et surtout l'épaisseur de leur tunique musculaire.

Les lymphatiques des organes sont ordinairement divisés en superficiels et profonds ; dans beaucoup d'entre eux ces lymphatiques forment autour des artères et des capillaires des gaines plus ou moins distinctes du tissu conncctif ambiant.

Les nerfs suivent en général les artères ; quant à leur terminaison, elle est encore à peu près inconnue. La plupart présentent sur leur trajet de petits ganglions microscopiques.

Les glandes, à cause de leurs conduits sécréteurs et excréteurs, offrent des caractères spéciaux. Sauf pour quelques glandes, l'origine des canaux glandulaires est bien connue. Quant à la manière dont les canaux excréteurs partis des culs-de-sac glandulaires se réunissent pour former les canaux excréteurs communs, elle rappelle ordinairement le mode de ramification des artères, surtout pour les glandes en grappe. Dans certains cas, les canaux aboutissant à un canal excréteur commun forment un faisceau distinct, comme dans le rein. Quelques-uns de ces conduits, au lieu de partir de culs-desac sécréteurs, peuvent commencer par des extrémités borgnes non sécrétantes ; c'est ce qu'on appelle les vasa aberranlia. Les canalicules glandulaires ont un trajet flexueux ou rectiligne, et on peut sur le même organe rencontrer successivement les deux dispositions. Leur calibre peut aussi varier, non seulement d'un organe à l'autre, mais pour un même organe, suivant les différents points du trajet du canal; ordinairement il s'élargit à mesure qu'il s'éloigne de son origine. La longueur des conduits excréteurs est très variable ; très faible dans les glandes en grappe, elle peut acquérir dans les glandes en tube une étendue considérable.

La structure des canaux excréteurs, très simple près des culs-de-sac glandulaires, où elle se réduit à une membrane propre et à un épithélium simple, d'abord polyédrique puis cylindrique, se complique de plus en plus à mesure qu'ils en sont plus éloignés ; on y trouve alors à l'état complet trois tuniques : une externe connective, une moyenne musculaire lisse {qui manque souvent) et une interne à épithélium cylindrique ; en outre, on peut rencontrer des glandes dans leurs parois. Dans leur parcours, ces canaux sont plus ou moins adhérents au tissu propre de l'organe.

Les conduits excréteurs des glandes s'ouvrent tantôt dans un seul canal excréteur commun (foie), tantôt dans plusieurs (glandes lacrymales) ; ce ou ces canaux excréteurs peuvent parcourir un trajet assez long à l'intérieur de la glande avant de paraître à l'extérieur (canal pancréatique). Quant à leur calibre, ils sont quelquefois presque capillaires (trompe), d'autres fois très larges ; ce calibre n'est pas, du reste, toujours uniforme, et beaucoup d'entre eux présentent des dilatations (canaux galactophores), qui peuvent être assez considérables pour constituer de véritables réservoirs (vessie); d'autres fois ces réservoirs, au lieu d'être dans l'axe même du canal excréteur, sont latéraux et comme embranchés sur lui et représentent un diverticule qui se serait plus ou moins dilaté (vésicule séminale, vésicule biliaire). A l'intérieur, ces canaux offrent souvent des replis (trempe), ou des rétrécissements, soit valvulaires (replis de la muqueuse), soit musculaires (sphincters). Quant à leur structure, ils possèdent les trois tuniques mentionnées plus haut, si la moyenne ne manque pas ; l'épaisseur de leurs parois est, du reste, très variable (canal de Wharton, canal déférent) et moins en rapport avec leur calibre qu'avec les conditions mécaniques de la sécrétion glandulaire. Habituellement à leur ouverture sur la surface des muqueuses se voient des replis ou des saillies diversement conformés ; cette ouverture même est tantôt arrondie, tantôt linéaire. Avant de s'ouvrir à la surface d'une muqueuse, les canaux excréteurs en traversent souvent les parois plus ou moins obliquement et quelquefois dans une assez grande étendue. Les organes creux, réservoirs, canal digestif, etc., empruntent des caractères spé-

ORGANES DIGESTIFS

ciauxà leur destination; en effet, comme leur fonction nécessite des changements de volume en rapport avec la quantité de matières qu'ils contiennent, ils possèdent une structure et des relations qui rendent leur distension possible. Aussi leur fixité est-elle en général moins grande que celle des organes pleins et ne sont-ils fixés que par quelques points de leur surface.

Leur aspect, leur forme, leurs rapports sont sujets par cela même à des variations considérables. Leur cavité, tapissée par une mu((ueuse, présente ordinairement des plis qui s'etl'acent par la distension.

Quant à leur structure, ils sont formés de plusieurs tuniques, qui sont, de l'intérieur à l'extérieur : 1" une muqueuse, déstructure variable; 2° une tunique musculaire, composée souvent de deux couches, une interne circulaire, une externe longitudinale; dans certains organes, l'utérus surtout, cette tunique acquiert une très grande complexité et une épaisseur considérable ; .3° une tunique séreuse, plus ou moins complète et qui peut manquer.

Quant il la distribution vasculaire et nerveuse, k part la flexuosité des vaisseaux, elle ne présente rien de spécial. 11 en est de même des autres caractères, de coloration, de structure, etc.

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