ARTICLE I. - REINS
Les reins sont des organes paii'Sj situés dans la cavité abdominale, de chaque côté de la colonne vertébrale.
Leur forme est celle d'un haricot dont le hile serait tourné en dedans. Ils présentent deux faces convexes (l'antérieure plus que la postérieure), deux extrémités arrondies, dont la supérieure est plus large, et deux bords ; l'externe est épais, convexe ; l'interne, concave dans son tiers moyen, olTre là un sillon, hile du rein, limité par deux lèvres, dont la postérieure est ordinairement plus saillante. Quelquefois les extrémités supérieures des deux reins sont unies par une partie médiane [reins en fer à cheval).
Le volume du rein varie peu. Son poids est de 90 grammes en moyenne. Sa longueur est deO™,ll sur 0'",03 de largeur et 0'",045 d'épaisseur. Le rein gauche est habituellement plus long et plus épais que le droit.
Rapports (fig. .368 etfig. HO). — Les reins sont situés symétriquement de chaque coté du rachis, à la hauteur de la première et de la deuxième vertèbre lombaire ; leurs extrémités supérieures, distantes de 0'°,085, sont plus rapprochées que les inférieures, qui le sont de 0", 11 environ. Leur face postérieure répond au diaphragme, à la dernière côte et au carré des lombes que dépasse leur bord convexe ; leur bord concave est tourné vers le psoas. Leur face antérieure, qui regarde un peu en dehors, l'épond dans son tiers moyen à l'angle du côlon, et dans son tiers supérieur, à droite au foie, à gauche à la rate, au pancréas et à la face postérieure de l'estomac. Les capsules surrénales s'appliquent en dedans de leur extrémité supérieure. Le rein droit est un peu plus bas que le rein gauche. Le rein est enveloppé par une capsule adipeuse quelquefois très épaisse et recouvert en avant seulement par le péritoine. Ses déplacements {reins flottants) sont assez fréquents,
Fig. 397. — Appareil urinairc de la femme {vue postérieure) (*).
(*) 1) Rein gauche. — 2) Coupe du rein droit. — 3) Substance corticale. — 4) Colonnes de Bertin. — 3) Pyramides de Malpighi. — 6) Vaisseaux. — 7) Calices distendus par l'urine. — S) Bassinet. — 9) Uretère.
— 10) Pénétration de l'uretère dans les parois de la vessie. — 1 1) Sommet de la vessie. — 12) Bas-fond de la vessie. — 13) Ouraque. — 14, 15) Fibres longitudinales de la vessie. — IC) Fibres transversales. — 17) Aorte.
— 18) Artère rénale gauche. — 19) Artère rénale droite. — 20) Veine cave inférieure. — 21) Veine rénale gauche. — 22) Veine rénale droite.
SPLANCHNOLOGIE
ils peuvent èlre congéiiilaux ou accidentels et entraînent souvent des accidents graves.
Le rein est lisse à sa surface, sauf quelques bosselures, très peu prononcées chez l'adulte, vestiges de sa division en lobules. Sa couleur est comparable à celle de la chair musculaire. 11 est enveloppé par une tunique propre, mince, transparente, assez résistante qui se laisse facilement détacher de l'organe jusqu'au hile, où elle adhère aux vaisseaux.
Conformation intérieure. — Le parenchyme rénal, compact, friable, présente deux aspects différents, bien visibles sur une coupe (fig. 397, 2), et qui l'ont fait diviser en substance médullaire et substance corticale.
t° La substance médullaire (5), plus pàle, a un aspect libreux,dù à des stries alternativement claires et sombres; ces stries forment des faisceaux coniques, pyraviides de Malpighi (au nombre de 8 à Ib), dont la base est tournée vers la périphérie de l'organe et le sommet vers le hile. Chaque pyramide est enveloppée par une coque de substance corticale à l'exception du sommet; ce sommet ou papille rénale, qui fait saillie dans la cavité des calices, ofl're une surface lisse sur laquelle on remarque quinze à vingt orifices, de 0°»™,b de diamètre, lacunes papillaires, orifices des canaux urinifères. Vers leur base, le tissu des pyramides change un peu d'aspect [substance limitante); il est rouge sombre et présente sur une coupe longitudinale des stries foncées radiées (paquets vasculaires), et des points foncés sur une coupe transversale.
2° La substance corticale (3) est grenue, plus foncée, plus vasculaire, un peu jaunâtre; elle est parsemée de points rouges [corpuscules de Malpighi), disséminés régulièrement par petites traînées qui séparent de fins faisceaux (0™",3) d'aspect iibreux, prolongements des faisceaux fibreux des pyramides de Malpighi, et qui constituent les pyramides de Ferrein. Chaque pyramide de Ferrein est donc envelop])ée, comme les pyramides de Malpighi, par une petite coque de substance corticale pure. Les prolongements delà substance corticale entre deux pyramides voisines portent le nom de colonnes de Berlin (4).
Chaque pyramide de Malpighi, avec sa coque de substance corticale, représente un lobule rénal. Ces lobules rénaux (au nombre de 12 à 16), primitivement distincts, se soudent peu à peu, de façon à ne plus laisser à l'extérieur trace de leur séparation. 11 suffira de décrire la structure d'un lobule pour connaître la structure du rein.
Structure des lobules du rein (fig. 398). — Les canalicules urinifères, ou canalicales de Bellini, vont des corpuscules de Malpighi de la substance corticale au sommet de la papille, où ils débouchent dans les lacunes papillaires et par elles dans les calices. Dans leur trajet assez compliqué, ils sont tantôt rectilignes, tantôt contournés, et se réunissent à plusieurs reprises à angle aigu, de façon qu'un seul canal papillaire donne naissance, parune série de bifurcations (douze en moyenne), à un faisceau de canalicules secondaires, dont le groupe constitue une pyramide de Ferrein. Leur diamètre présente de très grandes variations, surtout dans la première partie de leur parcours. Si on suit ces canalicules depuis les corpuscules de Malpighi jusqu'à la papille, c'est-à-dire en suivant la même marche que le liquide sécrété, on trouve la disposition suivante : d'abord le canalicule est flexueux [canaux contournés, 1 1), puis il envoie une anse qui descend plus ou moins dans la substance médullaire pour remonter ensuite dans la substance corticale (canaux en anse de Henle, 8, 9, 10); arrivé là, il s'infléchit de nouveau [canal d'union, 7) et se jette dans les canaux droits (6), qui par leur réunion forment un canal commun ou canal papillaire (1) ouvert dans la lacune papillaire. La longueur totale d'un canalicule urinifère peut être évaluée à 0™,05'i (Schweigger-Seidel). Quant à leur structure, ils se
ORGANES URINAIRES 817
composent d'une membrane propre et d'un épithéliura simple, qui varie pour les divers segments du tube. Nous aurons donc à décrire successivement les corpuscules de Mal-
pighi, les canaux contournés, les canaux en anse, les canaux d'union, les canaux droits et les canaux excréteurs communs.
(*) A. Substance médullaire. — B. Substance limitante. — C. Substance corticale. — t) Canal papillaire, — 2i Son eniboucliure sur la papille rénale. — 3) Première branche de bifurcation. — 4) Deuxième branche de bifurcation. — 5) Troisième branche de bifurcation. — 6) Canal droit ou de Bellini. — 7) Canal d'union. — 8) Partie ascendante de l'anse de Henle. — 9) Sa partie descendante. — 10) Anse de Henle. — 11) Canal contourné. — iî, Corpuscule de Malpighi. — 13) .\rtère rénale. — 14) branche supportant les glomérules. — 13) Rameau allèrent des glomérules. — 16) Rameau allant directement aux capillaires. — 17) Artérioles droites venant directement de l'artère rénale, — IS) Artériole droite venant du rameau afférent du glomérule. — 19i .Xrtériole droite venant du reseau capillaire. -- 20) Anse vasculaiie des pyramides. — 21) Branche efférente du glomérule allant au réseau capillaire. — 22) Réseau capillaire de la partie gloniérulaire de la substance corticale. — 23) Réseau capillaire des pyramides de Ferrein. — 24) Réseau capillaire cortical du rein. — 25) Etoile de Verhcyen. — 26) Veine revenant des capillaires de l'écorce. — 27) Tronc veineux. — 28) 'Veine recevant les veines droites. — 20) Veines droites. — Mûta. La partie ombrée des canalicules urinifères représente les parties dans lesi|ueUe3 l'épithélium est grenu et d'aspect glandulaire.
Beau.ms et Bouchard. 52
SPLANCHNOLOGIE
1° Corpuscules de Malpighi (12). — Ces corpuscules, au nombre de cinq environ par millimètre cube (porc), ont une largeur de 0™™,2 et sont situés exclusivement dans la partie grenue de la substance corticale. Ils sont formés par une ampoule en cul-de-sac du canal contourné, ampoule contenant un glomérule vasculaire, glomérule rénal^ qui sera décrit avec l'artère rénale. La face interne de l'ampoule ou de la capsule de Malpighi est tapissée par un épithélium pavimenteux. Cette capsule est percée d'un trou, qui laisse passer les vaisseaux du glomérule.
2° Canaux contournés (11). — Ils forment des replis nombreux dans la partie grenue de la substance corticale ; leur épithélium est trouble, granuleux ; les liuiites des cellules sont peu distinctes. Leur calibre, assez large, peu uniforme, varie de 0™™,03 à 0™™,04. Un étranglement les sépare du corpuscule de Malpighi.
3° Canaux en anse de Ilenle (8, 9, 10). — Après un certain parcours, les canaux contournés s'amincissent jusqu'à 0°"",01 de diamètre, deviennent rectilignes et descendent dans la substance médullaire des pj'ramides (8) ; arrivés à une distance variable, ils remontent vers la substance corticale (9), en s'élargissant subitement (0™™,025), sans jamais atteindre le diamètre des canaux contournés. La partie descendante de l'anse (9) offre un épithélium clair, la partie ascendante (8) un épithélium trouble et granuleux. Ces anses peuvent s'arrêter dans la substance limitante ou descendre jusque près de la papille.
i" Canaux d'union (7). — Arrivée dans la substance corticale, la branche ascendante de l'anse s'infléchit de nouveau en présentant une grande irrégularité de diamètre et va se jeter, en se rétrécissant un peu, dans un canal droit. L'épithélium des canaux d'union est clair et transparent.
5° Canaux droits [G). — Ces canaux, situés pour la substance corticale, dans les pyramides de Ferrein, reçoivent chacun plusieurs canaux d'union et marchent dans une direction à peu près rectiligne jusqu'au canal excréteur commun. Leur calibre est de 0""™,05; leur épithélium, clair et transparent, est d'abord pavimenteux ou plutôt polygonal, puis cylindrique en se rapprochant de la papille. Les canalicules plus rapprochés de la papille et formés par la réunion successive des canaux droits ont un diamètre plus considérable, jusqu'à 0™™,! à 0°"",2.
6" Canaux excréteurs communs ou papillaires (i). — Ces canaux, ordinairement très courts, ont un diamètre de 0™™, 2 à 0'°™,3 et s'ouvrent chacun dans une lacune papillaire. Leur paroi propre, finement flbrillaire, se confond avec le tissu du rein ; leur épithélium est clair et cylindrique.
On voit que les canaux urinifères présentent, au point de vue de leur épithélium, des caractères différents dans les divers points de leur trajet. Il est grenu, trouble et rappelle l'épithélium glandulaire dans les canaux contournés et la branche ascendante des canaux en anse qui représenteraient la partie sécrétante des tubes ; il est clair et transparent au contraire dans la branche descendante de l'anse, les canaux d'union et les canaux droits et papillaires, et se rapproche là de l'épithélium des conduits excréteurs.
La question de savoir si les canaux de l'écorce présentent des anastomoses n'est pas encore tout à fait résolue, au moins pour les canaux contournés. Pour les canaux d'union, leur existence est certaine.
Tissu connectif interstitiel. — Ce tissu se réduit au minimum dans l'écorce, où il est tout à fait analogue au tissu réticulé. Dans la moelle il est en plus grande quantité, surtout près des papilles.
Vaisseaux et nerfs du rein. — 1° Artères. — Les branches de l'artère rénale, après sa division dans le rein, marchent à la limite de l'écorce et de la moelle en constituant des demi-arcades (fig. 39S, 13) et sans s'anastomoser entre elles. De ces arcades partent des branches qui se rendent dans la substance corticale et dans la substance médullaire.
a) Dans la substance corticale on voit naître de la convexité des arcades, et à des distances régulières, des branches, branches glomérulaires (14), d'où se détachent à angle droit de petits rameaux de 0™m,03 à O^m^oi, vaisseaux afférents du glomérule (15) quipé-
ORGANES URINAIRES
nètrent dans les corpuscules de Jlalpighi à Topposite du canalicule urinifcre. Arrivé dans le corpuscule de Malpighi, le vaisseau afférent se divise en deux troncs ou plus qui se ramifient indépendamuient l'un de l'autre, en se pelotonnant sur eux-mêmes (fig. 399), et constituent ainsi une petite granulation de 0"™,01, glomérule rénal, contenue dans la capsule du corpuscule de Malpighi. Les divisions du vaisseau afférent (qui ont la structure et le calibre des capillaires) se reforment ensuite d'après le mode des réseaux admirables bipolaires, en un seul tronc, vaisseau efféreyit plus petit que le vaisseau afférent (fig, 399, C), à côté duquel il se détache du glomérule. Le vaisseau etférent, qui a la structure et la signification d'une artère, se jette dans le réseau capillaire de la substance corticale (fig. 399, C, E). Les glomérules ne sont pas à. nu dans le corpuscule de Malpighi ; mais ils sont recouverts d'un épithélium distinct de l'épithéliuni pavimenteux qui tapisse la paroi interne de la capsule de Malpighi ('). Tous les vaisseaux efférents ne se jettent pas dans le réseau capillaire cortical. Quelques-uns (fig. 398, 18) vont fournir des arterioles droites dans la substance médullaire. Outre les branches glomérulaires, les arcades donnent quelques rameaux qui se rendent directement dans le réseau capillaire cortical, de sorte qu'on ne peut pas dire, d'une façon absolue, que tout le sang qui coule dans les capillaires de Vécorce doit passer par les glomérules.
b) Dans la substance médullaire les arcades envoient des branches à direction à peu près rectiligne, artériolcs droites (fig. 398, 17), qui, après un certain trajet, se divisent en un pinceau de capillaires (réseau capillaire des pyramides). Beaucoup de ces vaisseaux forment des anses qui descendent jusque piès du sommet de la papille (20), et qui ^. „„„
. . „ , , , i'i'3. — Glomérule ren'il avec
pourraient t tre confondues avec les canaux en anse de vaisseaux afférents et effé-
Uenle. Quelques artérioles droites naissent en outre du rents (*). réseau capillaire de la substance corticale (19) et des vaisseaux efférents des glomérules (18). Les réseaux capillaires de l'écorce et de la moelle communiquent entre eux. La forme de leurs mailles, polygonale dans la partie glomérulaire de l'écorce, est allongée en général dans le reste du tissu rénal et correspond à la disposition même des tubes urinifères.
2° Veines. — Elles proviennent du réseau capillaire de l'écorce et de la moelle, se jettent dans des arcades veineuses, analogues aux arcades artérielles, mais qui en diffèrent en ce qu'elles s'anastomosent entre elles. Des veines droites (29) correspondent aux artérioles droites. Les veines du réseau capillaire périphérique de l'écorce (24) s'unissent ~ en groupes étoilés, à cinq ou six branches, étoiles de Verheyen(2b), et s'ouvrent dans un tronc veineux central qui s'enfonce immédiatement dans la substance du rein. Un réseau veineux entoure les lacunes papillaires. Les branches veineuses du rein n'ont pas de valvules.
3° Lymphatiques. — Les superficiels forment un réseau à larges mailles sous l'enveloppe fibreuse ; quant aux profonds, larges et facilement injectables dans la partie glomérulaire de la substance corticale, ils sont très fins au contraire dans les pyramides de Ferrein et la substance médullaire (Ludwig et Zawarykin).
4" Nerfs. — Ils proviennent du plexus rénal. Leur terminaison est inconnue. On trouve çà et là sur leurs filets de petits ganglions microscopiques.
(') Cette couche épithéliale n'est pas admise par tous les auteurs.
C) A. Artùre glomérulaire. — B. Branche fournissant le vaisseau afférent du glorn^rule. — C. Vaisseau efférent du glomérule. — D. Artère allant directement dans le réseau capillaire de la substance corticale. — E. Réseau capillaire. — F. Glomérule.
SPLANCHNOLOGIE
ARTICLE II- - URETÈRES (fig- 397, 8, 9)
A leur partie supérieure, les conduits excréteurs des reins présentent une disposition particulière pour recevoir l'urine, qui arrive par les conduits papillaires. Chaque papille est entourée par un petit cône membraneux, ou calice, dont la base répond à la papille et dont le sommet tronqué s'ouvre dans une cavité plus grande, grand calice. Les grands calices, au nombre de trois, s'ouvrent dans une poche, le bassinet (fig. 397, 8), située à la partie postérieure du hile et qui constitue la partie supérieure évasée de l'uretère.
ISuretère (9), long de 0™,27 environ, est un tube cylindrique, offrant quelquefois des renflements fusiformes, étendu du bassinet au bas-fond de la vessie. Il descend en avant du psoas, de l'artère iliaque primitive à gauche, iliaque externe à droite, est croisé par les vaisseaux spermatiques qui passent en avant de lui, pénètre dans le petit bassin et arrive à la vessie. A ce moment, les deux uretères sont situés à 0™,06 l'un de l'autre; ils traversent obliquement ses parois en se rapprochant, et après un trajet de 0™,02, viennent s'ouvrir aux deux angles postérieurs du trigone vésical.
Les parois des calices, du bassinet et des uretères sont minces et dilatables. Leur surface interne est blanche, lisse, et offre des plis longitudinaux qui s'effacent par la distension.
Structure. — Leurs parois, épaisses de 0™™,001, se composent de trois tuniques : 1" une tunique externe, fibreuse, riche en fibres élastiques, et qui, à la base des papilles, se continue avec la capsule fibreuse du rein ; 2° une tunique musculaire, très épaisse (0™™,5), formée par une couche externe circulaire qui s'épaissit au niveau de la base de la papille et constitue là un vrai sphincter papillaire, et par une couche interne longitudinale plus épaisse ; 3" une muqueuse, mince et facilement isolable : son épithélium est pavimenteux, stratifié ; les formes de ses cellules sont très variables ; les plus superficielles présentent à leur face profonde des dépressions en godet, dans lesquelles s'enfoncent les bases des cellules coniques plus profondément situées. La muqueuse se réfléchit à la surface des papilles, où elle est très mince et très adhérente.
Variétés. — On rencontre souvent des uretères doubles, mais rarement ils s'ouvrent dans la vessie par des orifices distincts.
ARTICLE m- - VESSIE (fig. 397)
La vessie est un réservoir musculo-membraneux situé derrière le pubis et intermédiaire aux uretères et à l'urèthre.
Sa forme, assez difficile à bien apprécier, est très variable, suivant son état de vacuité ou de distension. Vide, elle est ramassée sur elle-même et n'a pas plus de 0™,03 de diamètre. Modérément distendue, elle a la forme d'un ovoïde souvent asymétrique, surtout chez les femmes, et dont le grand axe est dirigé en bas et en arrière. La petite extrémité de l'ovoïde est supérieure et constitue son sommet arrondi ou acuminé. La grosse extrémité, ou fond de la vessie, forme un plan triangulaire incliné en bas et en avant et se continue en avant avec l'urèthre (*) ;
(1) On adonné le nom de bis-fond de la vessie et de col vésical à des parties de la vessie sur lesquelles il est utile de s'expliquer. On a appelé bas -fond de la vessie tantôt la région de l'orifice uréthral, tantôt le trigone, tantôt la région postérieure au trigone qui, dans l'état de distension extrême ou dans certains cas pathologiques, s'abaisse au-dessous du niveau de l'orifice uréthral. Mais, en réalité, le vrai bas-fond de la vessie ou la partie la plus déclive est constituée par l'orifice uréthral même. C'est à cet orifice uréthral que doit s'appliquer le nom de col vésical, improprement attribui par qu;lqii33 chirurgiens à la région prostatique de l'urèthre.
ORGANES URLNAIRES
c'est là, dans la station droite, le point le plus déclive de la vessie. La paroi postérieure, inclinée en bas et en arrière, est convexe, surtout en bas; la paroi antérieure n'olïre rien de particulier ; les parois latérales convexes sont quelquefois le siège de dilatations. La vessie est en général i)Ius ai)latiechez la femme. La capacité de la vessie, variable comme ses dimensions, peut être évaluée en moyenne à 500 ou fiOO centimètres cubes.
Situation et rapports. — Vide, la vessie est cachée derrière la symphyse; à l'état de réplétion, elle se dilate peu à peu, dépasse la symphyse et peut atteindre la réunion du tiers inférieur et du tiers moyen de la distance qui sépare le pubis de l'ombilic et même au delà. La partie la plus fixe est l'orifice uréthral, qui reste toujours à la même hauteur (plan iiorizontal passant par la réunion du tiers inférieur et du tiers moyen de la symphyse). Dans cet état, sa paroi postérieure répond chez l'homme au rectum et aux vésicules séminales, chez la femme au col de l'utérus et au vagin. Ses rapports avec le péritoine seront décrits à propos de cette séreuse.
Les moyens de fixité de la vessie, indépendamment des rejdis péritonéaux qui seront décrits plus loin, sont des ligaments antérieurs et des ligaments postérieurs. 1» Les ligaments antérieurs, ligaments pubio-prostatiqucs {homme) ou pubiovésiraiix (femme) sont deux cordons constitués par du tissu fibreux entremêlé de fibres musculaires lisses allant des parties latérales de la vessie et de la prostate vers le milieu de la symphyse; entre la vessie et la symphyse ils interceptent une dépression quadrangulaire tapissée par une lame fibreuse, ligament pubio-vésical médian. 2° Les ligaments suspenseurs {ligaments supérieurs de la vessie) sont au nombre de trois, un médian et deux latéraux; tous les trois se réunissent vers l'ombilic et sont des restes de l'état fœtal. Le ligament moyen, oiiraque, part du sommet de la vessie; c'est un reste du canal allanloïdien ; il se compose, de l'extérieur à l'intérieur, d'une gaine de fibres élastiques longitudinales continues aux fibres longitudinales de la vessie dont elles représentent un des tendons; d'un axe formé par les vestiges du canal allantoïdien ; c'est un canal plus ou moins long, oITrant çà et là des dilatations et des étranglements et remplacé dans une partie de son trajet par un pédicule plein; ce canal est quebiuefois ouvert jusque près de l'ombilic. C'est un prolongement lubuliforme de la muqueuse vésicale;. seulement la plupart du temps l'orifice de communication est oblitéré. 11 contient un détritus de cellules épithéliales ayant subi les dégénérescences graisseuse et ainyloïde. Les ligaments latéraux partent des côtés de la vessie et sont constitués parla partie oblitérée des artères onil)ilicales.
Conformation intérieure. — La muqueuse vésicale est pâle, lisse et a l'aspect d'une muqueuse. Quand la vessie est contractée, elle forme des plis qui disparaissent par la distension. Il arrive souvent qu'elle est soulevée par les faisceaux musculaires sous-jacents (vessie à colonnes), ou qu'elle s'enfonce en forme de diverticulums dans les mailles de ces libres {vessie à cellules).
La partie inférieure de la \essie présente trois ouvertures ; en avant Vorifice uréthral, dont la forme est celle d'un croissant à concavité postérieure; en arrière et de chaque côté les orifices des uretères (fig. 409, 14), situés à 0",027 l'un de l'autre. Ce sont des fentes obliques en dedans et en avant, limitées en haut par un repli mince, comme valvulaire, et se terminant en bas par une gouttière.. Ces trois orifices constituent les trois angles d'un triangle, trigone vc'sical ou de Lieutaud (fig. 409, la), dont les trois côtés sont concaves. A ce niveau, la muqueuse est soulevée, surtout en arrière, où elle forme à la base du triangle une crête
SPLANCHNOLOGIE
transversale qui réunit les orifices des uretères, et en avant, où elle constitue à l'orifice uréthral une saillie longitudinale (13), luette vddcale.
Structure. — Les parois de la vessie, dont l'épaisseur varie suivant l'état de distension de l'organe (0,00:^ à 0,015 et plus), sont constituées de detiors en dedans par une séreuse, très incomplète (voy. Pe'riloine), une tunique musculaire et une muqueuse unie très lâchement à la précédente par un tissu cellulaire sous-muqueux.
1° Tunique musculaire . — Elle se compose de trois couches, qui sont, en allant de dehors en dedans, des fibres longitudinales, des fibres transversales et des fibres réticulées.
Les fibres lonr/iludinales (fig. 397, 14, 16), superficielles, n'existent pas sur les parties latérales et forment deux bandes longitudinales sur les deux faces antérieure et postérieure de l'organe. En bas elles se perdent dans la région du col vésical, au milieu des fibres du sphincter uréthral (voy. Ur'elhre et Prostate] ; une partie de ces fibres vont à l'aponévrose pelvienne et à la symphyse [muscle pubio-vésical). En haut, les unes se perdent dans f ouraque ; d'autres vont sans interruption d'une face à f autre et forment des anses embrassant le grand axe de la vessie ; quelques-unes des fibres de la face antérieure se recourbent en anse derrière l'ouraque (11).
Les fibres moyennes sont transversales et vont depuis le sommet de la vessie jusqu'à roriflce uréthral, mais sans former de sphincter vésical; au niveau des uretères elles décrivent une sorte de tourbillon spiralé.
Les fibres réticulées, contiguës à la muqueuse, constituent un réseau de mailles irrégulières, à direction générale verticale et très visibles sur les vessies hypertrophiées. Au niveau du trigone viennent s'ajouter des fibres provenant des fibres longitudinales des uretères ; elles foi'ment une bande transversale d'un uretère à l'autre, et deux bandes obliques convergeant vers l'orifice uréthral.
Toutes ces fibres, sans exception, ont pour action de vider la vessie [m. detrusor urinm). Les fibres transversales les plus inférieures, au lieu de former, comme on le décrit souvent, un sphincter au col vésical, et d'opposer une barrière à la sortie de l'urine, servent à en expulser les dernières gouttes. Le vrai sphincter de la vessie existe dans la région uréthrale. Les fibres musculaires de la vessie sont des fibres lisses, sur lesquelles la volonté n'a aucune influence. Elle ne peut intervenir pour vider la vessie que grâce à la contraction des muscles abdominaux.
2° Muqueuse. — Elle est très mince (0,002), et est ordinairement dépourvue de papilles, sauf à l'orifice uréthral. Elle n'a pas de glandes, excepté quelques glandes tubuleuses situées dans la même région. Son épithélium pavimenteux stratifié présente les mêmes formes singulières que celui des uretères.
Vaisseaux et nerfs. — Les artères viennent de l'hypogastrique. Les veines forment un plexus, très marqué surtout vers le fond de la vessie et qui se jette dans les veines hypogastriques ; il communique avec les plexus hémorrhoïdal et utérin. Les lymphatiques sont plus nombreux et plus forts au niveau du trigone ; ils vont aux ganglions hypogastriques ; d'après Gillette, la muqueuse vésicale ne contient pas de vaisseaux lymphatiques; dans tous les cas ils y sont fort rares. Les nerfs proviennent du plexus hypogastrique et des branches antérieures des f roisième et quatrième nerfs sacrés ; les nerfs moteurs sont d'origine mixte, sympathique et spinale. La sensibilité de la vessie est assez obtuse, sauf au voisinage des orifices des uretères et de l'urèthre, ou elle est très vive.