II.— Poils
Le poil se compose d'une partie libre, tige du poil, et d'une partie implantée dans une dépression de la peau ou follicule pileux; c'est la racine du poil.
Tige du poil. — Elle se termine par une extrémité finement arrondie, quelquefois divisée. Les poils présentent des caractères particuliers suivant la région du corps sur laquelle ils sont implantés, et, à ce point de vue, on peut les diviser en trois groupes : i" les uns sont mous et longs, comme les cheveux ; 2° les autres sont courts, raides et épais (sourcils, cils, vibrisses) ; 3" les autres enfin, poils
Fig. 47G. — Innervation cutanée et lignes d'implantation des poils, face antérieure (')■
{') 1) Rdgion innervée par le nerf ophtlialmique de Willis. — 2) Maxillaire supérieur. — 3) Maxillaire inférieur. — 4) Plexus cervical. — 4') Brandie cervicale superficielle. — 4") Br. auriculaire. — 4") Br. descendantes. — S) N. eircondexe. — 6) Brachial cutané interne. — 7) Musculo-cutané. — 8) Médian. — 9) Cubilal. — 10 à 10') N. intercostaux. — li) Br. abdomino-scrotales. — 12) Br. génilo-crurale. — 13) Iscliiatique. — 14) Honteux interne. — 15) Crural. — iS') Sapliène interne. — 16) Obturateur. — 17) Fémoro cutané. -- 18) Sciatique poplité externe. — 10) Tibial postérieur. — 20) Plantaire interne. — 21) Siipliéne externe.
Fig. 47". — Innervation eutaiii':e et lignes d'implantation des poils, face postérieure {*).
(') 1) Br. postérieure du 2« nerf cervical. — 2, 3, 4, o, 6) Id. des 3», 4", 3», 6' et 7» nei-fs cervicaux. — 7 à 7') Br. postérieures des nerfs dorsaux. — S, 9, 10) l'"', 2° et 3« n. lombaire. — 11) 4" et 5« n. lombaires et n. sacrés. — 12) N. intercostaux. — 13) Plexus cervical. — 13') Dr. auriculaire et mastoïdienne. — 13') Br. descendantes. — 14) N. circonflexe. — i.i) Brachial cutané interne. — 16) Cubital. — 17 Radial. — 18) Br. fémoro-cutanée. — l'J) Ischiatique. — 20) Obturateur. — 21) Sciatique popiité externe. — 22) Saphène interne. — 23) Sciatique popiité interne. — A. l'Iante du pied. — 24) Br, plautaire du n. libial postérieur. — 25) N. plantaire interne. — 28 N. plantaire externe.
ORGANES DES SEiNS
follets (laniigo), Irès courts et très fins, constituent une sorte de duvet sur la plus grande partie de la, surface cutanée.
La longueur des poils est très variable ; pour les poils de l'aisselle et du pubis, elle atteint 0",03 à 0™,8; les poils des sourcils, les cils et les vibrisses ont de 0'",008 à 0",015; les poils follets varient de 0°',002 à 0",004. Leur épaisseur, à l'exception des poils courts et raides, comme les cils, est en général en rapport avec leur longueur. Les cheveux blonds, ordinairement plus fins, ont de 0'°™,008 à 0™",0067 d'épaisseur; les cheveux noirs, de 0"™,0(37 à 0™™,077. Les poils follets n'ont guère que 0"™,0067. Les poils, et en particulier les cheveux, offrent des différences de raideur et de flexibilité, variables dans les différentes races, et peuvent être lisses, bouclés, frisés, crépus. Ils sont lisses et droits dans les races américaines, chez les Chinois, les Japonais, les Malais ; ils sont bouclés dans les races aryenne et sémitique, chez les Polynésiens et les Australiens; frisés chez les Égyptiens et les Abyssiniens et sporadiquement chez les Sémites et dans les races caucasiques ; enfin ils sont crépus chez les nègres et les Hottentots.
Ces différences correspondent à des différences de forme. Les cheveux lisses sont cylindriques; les cheveux bouclés et frisés sont, au contraire, légèrement comprimés dans le sens de l'ondulation. Dans les cheveux crépus du nègre, un des diamètres l'emporte de plus de moitié sur l'autre, ce qui leur donne une forme aplatie. Les poils de la barbe, du pubis, ont ordinairement sur une coupe une forme elliptique, anguleuse ou cannelée.
La couleur des cheveux et des poils varie depuis le ton le plus clair (jaune lin) jusqu'au noir. Les cheveux noirs se rencontrent dans tous les points du globe et sous toutes les latitudes (Esquimaux, Nègres, Indous, Malais); toutes les races colorées ont les cheveux noirs, de même que quelques groupes parmi les races blanches (Étrusco-Pélages, Caucasiens). Les cheveux rouges ont des représentants dans toutes les races.
Vélasticité des cheveux est assez considérable ; ils peuvent s'allonger de près d'un tiers sans se rompre et reprendre ensuite leur longueur primitive. Leur té}2acité est assez forte ; un cheveu supporte sans se briser un poids de 180 grammes.
Distribution des poils. — Les poils existent sur toute la surface cutanée, à l'exception des endroits suivants: paupière supérieure, lèvres, paume de la main et plante des pieds, face dorsale des dernières phalanges des doigts et des orteils, lame interne du prépuce et gland. Quand à leur nombre, on trouve les chiffres suivants pour un quart de pouce carré : vertex, 293 ; occiput, 22b ; partie antérieure du crâne, 2H ; menton, 39; pubis, 34; avant-bras, 23; dos de la main, 19; face antérieure de la cuisse, 13 (Withoff). Tantôt ils sont isolés, d'autres fois réunis par groupes de 2 à b.
Leur mode d'implantation se fait en général obliquement et suivant des lignes courbes régulières (iig. 476 et 477), qui constituent des espèces de courants, bien visibles surtout sur le nouveau-né et le fœtus. Ces courants sont tantôt convergents, tantôt divergents : 1° les courants divergents partent de points centraux, ou tourbillons, dans lesquels les racines des poils sont dirigées vers le centre du tourbillon et les extrémités en sens inverse. On trouve ces tourbillons à la tète, à l'angle interne de l'œil, à l'entrée du conduit auditif externe, dans le creux de l'aisselle, au pli de l'aine et sur le dos du pied et de la main; 2° les courants convergents sont formés par des séries de poils dirigés en sens inverse, c'est-à-dire que les extrémités des poils sont tournées vers le tourbillon ; ces tourbillons convergents se rencontrent sous l'angle de la mâchoire, sur l'olécrâne au-dessus du
PEAU
nez, à l'ombilic, à la racine du pénis, sur le coccyx. Les lignes suivant lesquelles deux tourbillons voisins se rencontrent, ou lignes nodules, aboutissent à des points de rencontre de quatre tourbillons ou croix. La ligne nodale la plus importante se trouve sur les parties antérieures et latérales du tronc et va verticalement du tourbillon axillaire au tourbillon inguinal. Les croix se rencontrent soit sur la ligne médiane (racine du nez, os hyoïde, sternum, hypogastre), soit sur les parties latérales, au-dessus du trou sus-orbitaire, à la nuque, au-dessus de l'oreille, aux lombes, soit entin sur les extrémités (épaule, avant-bras, jambe).
Racine du poil. — Elle est implantée dans le follicule pileux. Elle est toujours cylindrique. Sa ])ai li(' inférieure, ])lus molle, renflée {bulbe pileux), est creusée à sa base d'une dépression dans laquelle est reçue la papille du poil, bourgeon qui nait du fond du follicule pileux.
Structure. — Nous dûcrirons successivement le poil et le follicule pileux.
A. l^oiL. — Le poil se compose de trois parties : un revêtement extérieur, épîderme du poil, une substance corticale et un axe central ou substance médudaire.
\° Ëpiderme du poil. — Cette cmiclie, excessiveuient mince, très adhérente à la substance corticale, constitue une membrane parcourue par des lignes transversales, foncées, irréguliéres et comme dentelées, qui présentent entre elles des anastomoses. Elle est formée par une couche simple de lamelles épithéliales, dépourvues de noyau, dont les contours sont représentés par les lignes foncées men tiounées ci-dessus. Ces lamelles s'imbriquent de fa- ' çon que les inférieures recouvrent les supérieures.
Au niveau de la racine, elles cessent brusquement (Morel) et sont remplacées par des cellules à noyau, qui se continuent peu à peu avec les cellules du bulbe pileux.
2» Substance corticale (lig. 478, 2). — Elle est striée suivant sa longueur, transparente dans les poils blancs, colorée plus ou moins régulièrement dans les autres, et se décompose par les réactifs en fibres aplaties à bords dentelés et claires ou foncées suivant la •couleur des poils. Ces fibres se composent elles-mêmes de lamelles aplaties, allongées, pourvues d'un noyau. Ces lamelles contiennent du pigment, qui se dépose souvent par amas et forme des taches disséminées. D'autres taches proviennent d'espaces remplis d'air, ce qui se voit surtout sur les cheveux blancs et blonds. Ces espaces remplis d'air manquent dans les cheveux foncés et dans la racine.
Au niveau du bulbe (fig. 479,6) on trouve, au lieu de ces lamelles, des cellules molles, polygonales, à noyau très net et contenant des granulations tantôt incolores, tantôt
(') 1) Substance médullaire. — 2) Substance corticale. — 3) Coucbe épidormique interne. — 4) Couche ('pidermique externe. — ri) Couche dermique interne du follicule. — 6J Couche dcrmiqu3 externe. — 7) Glandes sébacées. — (D'après Morcl et Villemin, Histologie humaine, pl. XXXIII.)
Vig. 478. — Cil coupé en traccrs, au niveau Je son follicule (*)
ORGANES DES SENS
pigmentaires. La partie supérieure de la racine présente des formes de transition entre les cellules du bulbe et les lamelles corticales de la tige.
Substance médullaire (fig. 478, 1, et 479, 8). — Elle constitue un cordon qui s'arrête au-dessus du bulbe pileux, et peut même manquer complètement (poils follets, cheveux colorés). Ce cordon est formé pai- 1 ou 5 traînées de cellules rectangulaires, renfermant un noyau très pâle et quelquefois des bulles d'air. Le diamèti-e de la moelle est à celui du poil entier comme 1 est à 3 ou à 5.
B. Follicule pileux (flg. 479). — Le follicule pileux est une dépression de la peau qui reçoit la racine du poil, et par suite se compose, comme la peau, de deux parties : une
partie dermique, follicule proprement dit, et un revêtement épidermique, gaine de la racine du poil.
a) Follicule proprement dit.
— Il comprend trois couches :
|o une couche externe (1) fibreuse, vasculaire, dont les fibres ont en général la direction longitudinale ; 2» une couche moyenne (2) de même nature, mais dont les fibres ont la direction transversale; 3" une couche interne (3) amorphe, transparente, qui reste toujours dans le follicule quand on arrache le cheveu. Ces trois couches se continuent avec le derme cutané.
Du fond du follicule s'élève un: petit renflement conique (fig. 479, 7), papille du poil, analogue auxpapilles du derme.
Elle est formée par un tissu connectif fibrillaire vague avec des noyaux et un réseau capillaire, et recouverte à sa surface par des cellules adhérentes à celles du bulbe pileux.
b) Gaine de la racine du poil. — Cette gaine, intermédiaire à la racine du poil et au follicule, se compose de deux couches : 1° une couche externe (flg. 479, 4), continuation de la couche de Malpighi; elle a la même structure [que cette dernière et tapisse tout l'intérieur du follicule ; 2° une couche interne \b), qui s'arrête ordinairement au tiers supérieur du follicule et présente une fermeté et une élasticité remarquables. Elle se compose de cellules allongées, sans noyau, sauf les plus rapprochées de la racine [couche de Huxley), qui possèdent un noyau, et sont en outre plus larges et moins longues.
Aux follicules pileux sont annexés d'abord les glandes sébacées (voyez plus loin), puis de petits faisceaux musculaires lisses {muscles de rhorripilation) .Ces (disceauxTiaissent de la partie superficielle du derme cutané et se dirigent obliquement dans le même sens que l'inclinaison du poil, contournent les glandes sébacées annexées au follicule et vont s'insérer au follicule à la réunion de son tiers moyen et de son tiers inférieur. Ils ont 0™,0)o à 0™,002 de longueur. Ils redressent le poil [chair de poule) et peuvent comprimer les
(*) 1) Couche dermique exlorne du follicule. — 2) Couclie dermique moyenne. — 3) Liséré amorphe du follicule. — 4) Couclie épidermique externe. — 5) Couche épidermique interne. — 6) Bulbe pileux. — 7) Papille vasculaire. — 8) Cellules de la subslsnce médullaire. — (D'après Morel et Villomin, Histologie, pl. XXXUl).
PEAU
glandes sébacées. Pour se rendre compte de l'anatomie du poil, il faut se le représenter comme une invagination des différentes couches de l'épiderme et du derme jusqu'au niveau de la papille du bulbe, où ces éléments se ramollissent au contact du plasma transudé des capillaires de la papille. Quelc(ues-uns de ces éléments se relèvent, se retournent vers le haut et constituent une tigelle qui, au fur et à mesure qu'elle s'éloigne de la papille, devient sèche et cornée.
§ IV. — Glandes de la peau I. — Glandes sudoripares
Les glandes sudoripares (lig. 475) sont des glandes en tube qui existent sur toute la surface de la peau, à l'exception des lèvres, des bords des paupières, du
Fig. 480. — Glomérule d'une glande sudoripare (*).
gland et de la lame interne du prépuce. Elles sont très nombreuses à la paume des mains et à la plante des pieds, et se trouvent en plus grande quantité à la face antérieure] du corps et sur les membres supérieurs. Dans la concavité du pavillon et le conduit auditif externe elles présentent une forme spéciale et constituent les glandes cérumineuses. Les conduits excréteurs des glandes sudoripares s'ouvrent à la surface de la peau par des orifices très étroits, qui, à la
(•) 1) Canal sécréteur lapissé de son éiiilliélium. — 2) Noyau des cellules épitliéliales. — 3) Origine du canal excréteur. — 4) Gangue conneclive parsemée de cellules plasmatiques (Gross. IGu). — (D'après Morel et Villemin, Histologie humaine, pl. XXIV.)
ORGANES DES SENS
paume tle la main et à la plante des pieds, sont rangés en séries linéaires régulières et parfaitement visibles.
STKucTi'nE. — Ces glandes se composent d'un glomérule sécrcteur et d'un canal excréteur.
1» Glomérule glandulaire (fig. 480). — Ces glomérules forment des granulations arrondies, jaunâtres, logées dans les mailles de la partie réticulaire du derme. Leurs dimensions varient de C^.OOô à 0"',003 (aisselle). Ils sont produits par l'enroulement sur lui-même d'un canal sécréteur unique terminé en cul-de-sac. Quant au canal sécréteur même, il présente de dehors en dedans une membrane externe fibreuse, une paroi propre amorplie et un épithélium pavimenteux. Dans les grosses glandes (aisselle) on trouve dans les parois des fibres musculaires lisses longitudinales. Une capsule fibreuse entoure le glomérule. Le glomérule sudoripare est en rapport avec un peloton de capillaires ; c'est une invagination ectodermique qui va au-devant d'une petite masse mésodermique formée par les petits vaisseaux, de même que dans le rein le glomérule de Malpighi est constitué par une évagination endodermique qui va coiffer les pelotons vasculaires mésodermiques. La nature de la sécrétion, sudorates et urates, est à peu de chose près la même dans les deux éléments, et le glomérule sudoripare peut donc anatomiquement et physiologiquement être rapproché du glomérule de .Malpighi.
2° Conduit excréteur. — Il part du glomérule, traverse verticalement le derme et arrive à l'épiderme, qu'il traverse en s'enroulant en spirale pour venir s'ouvrir obliquement à la surface de la peau. A son passage à travers l'épiderme, il est dépourvu de parois propres et limité simplement par les cellules épidermiques.
Les vaisseaux forment autour du glomérule un riche réseau capillaire ; les nerfs y sont inconnus.
Glandes cérumineuses. — Les glandes cérumineuses ne diffèrent des glandes sudoripares que par leur volume, par la présence d'un épithélium stratifié qui remplit complètement la lumière de leur canal, et par l'infiltration graisseuse et pigmentaire de leurs cellules. Elles sécrètent une matière molle, brun jaunâtre, qui se durcit rapidement à l'air, le cérumen.