I. — Dents et dentition
Le développement des dents comprend trois stades : un stade de formation du germe dentaire, un stade d'ossification et un stade d'éruption. Ces trois stades se passent de la même façon pour toutes les dents, soit temporaires, soit permanentes, mais pas a la
(*) 1) Bourgeon nasal externe. - 2) Bonrgeon nasal interne. - 3) Fossette olfaeti.^. - Bourgeon max lia re supérieur. - 5) Langue. - 6) Maxillaire inférieur. - 7) Ventricule droit, en rouge - 8) Ventn- "u '^h - 0^^^ gauche, en bleu. - 10) Bulbe de laorte. - 11) Prenuer arc aortique persistant,
;,i forn,e l aorte ascendante' - 12) Deuxième are aortique persistant, qui forme la 1 .lorte.
L) Troisième arc aortique ou canal artériel. - 14) Tronc veineux commun primitif. - 1. Tronc de la jeme cave supérieure et de Tangos droite. - 16) Tronc de la veine cave supérieure et de 1 azygos gaucl e. - Tv É auche des artères pulmonaires, en rouge. - 18) Poumons. - 19) 3" ^^^.tirn
jaune- - 21) Intestin postérieur. - 22) Veine omphalo-mésenténque gauche. - 23) Artère omphalo-mésen iérique droite. - 24) Conduit vitellin. - 25) Artère ombilicale, eu rouge. - t6) Verne ombilicale, en bleu. -
'l-??Es-tomï'rraun:!'!l' 2) Duodénum coupé à sa terminaison. - 3) C.cum. 4) Côlon ascendant^ Jo) Côlon descendant. - 6) Rate, en violet. - 7) Capsule surrénale. - 8) Rein droit, en " » ^7
gauche. - iO) Petit épiploon. - 11) Grand épiploon coupé. - 12) Ovaire, en vert. - 13; Ligament rond de l'utérus. — 13) Vessie, — 16) Ouraque. — (D'après Kôlliker.)
DÉVELOPPEMENT DES ORGANES EN PARTICULIER
inênie époque. Nous étudierons d'abord la formation des dents en général, puis la dentition temporaire et enfin la dentition permanente.
1° Dents
L'émail des dents provient de l'épithélium de la cavité buccale; l'ivoire, le cément et la pulpe dentaire du derme muqueux sous-épithélial. D'après leur développement les dents seraient donc plutôt assimilables aux poils qu'aux os, dont les rapprochent leurs caractères physiques. Le développement des dents commence par la formation du germe dentaire.
I" Formation du germe dentaire (fig. .ï47). — Les premiers germes dentaires, qui paraissent à la sixième semaine de la vie fœtale, se développent dans la profondeur de la muqueuse qui remplit la gouttière osseuse formée à cette époque par les deux maxillaires.
Structure du germe dentaire. — Les germes dentaires se composent de trois parties : y organe adamantin ou l'émail, la papille dentaire et le sac dentaire, Le sac dentaire (D) constitue l'enveloppe extérieure du germe dentaire et se compose de deux couches, une couche externe (18), connective, dense, et une couche interne (19) molle, gélatiniforme ; 2" la papille dentaire, qui se soulève du fond du sac dentaire, se compose de deux parties : a, une partie médiane ou axe (IC), formée par une substance connective contenant des vaisseaux et des nerfs; 6, une couche externe (17), membrane de l'ivoire, formée par des cellules juxtaposées, revêtant la papille dentaire à la manière d'un épithélium, cellules dentaires. Beaucoup d'auteurs admettent en outre une membrane limitante externe, membrane préformative, qui séparerait la papille dentaire de l'organe de l'émail, mais elle ne me parait être qu'un produit de l'art; 3° Vorgane adamantin constitue une sorte de capuchon dont la concavité coiffe le sommet de la papille dentaire et dont la convexité s'applique à la face interne du sac dentaire. Il se compose de trois couches : a, une externe, épithéliale (13), qui possède à sa face externe des bourgeons i21j avec lesquels s'engrènent des villosités vasculaires du sac dentaire; 6, une couche moyenne (14) ou pulpe de rémail, d'aspect gélatiniforme, dont les cellules les plus internes forment la membrane intermédiaire d'Hannover ou matrice de Vémail (15); c, une couche interne épithéliale (12) ou membrane de l'émail. Un prolongement, gubernaculum dentis (11), rattache l'organe de l'émail et le germe dentaire à l'épithélium buccal.
C'est l'organe de l'émail qui paraît en premier lieu. Avant la formation des germes dentaires, l'épithélium buccal, qui remplit les gouttières dentaires des maxillaires, se compose de trois couches: une couche externe, épaisse, de cellules pavimenteuses (A, 5), une couche moyenne, mince, de petites cellules arrondies (4), et une couche profonde, de cellules cylindriques (3). Au-dessous se trouve le derme de la muqueuse (2). Au moment de la formation des germes dentaires, l'épithélium offre un soulèvement (1), crête dentaire de KôUiker. C'est de la partie profonde de cette crête dentaire que se développe l'organe de l'émail, aux dépens seulement des deux dernières couches (3 et 4). Ce germe de l'émail représente alors (A, 6) une sorte de bourgeon, limité à l'extérieur par une couche de cellules cylindriques (7) et renfermant à l'intérieur des cellules arrondies (8). Bientôt le fond de ce germe de l'émail se déprime comme le fond d'une bouteille ^B) et prend la forme d'un petit capuchon rattaché par un court pédicule à l'épithélium de la crête dentaire. A ce stade, la papille dentaire (9) commence à se former et paraît comme un bourgeon coiffé par l'organe de l'émail; on trouve aussi les premières traces du sac dentaire (10), simple condensation du tissu connectif du derme muqueux autour de l'organe de l'émail.
A un stade plus avancé (C), le capuchon de l'organe de l'émail est bien dessiné. Les cellules cylindriques qui le limitaient à l'extérieur ont pris des caractères différents, suivant qu'elles sont en contact avec le sac ou avec la papille dentaire. Les premières (13) sont plus petites, deviennent pavimenteuses et se couvriront bientôt de
EMBRYOLOGIE ET DÉVELOPPEMENT DE l'hOMME
bourgeons; les secondes (12) restent cylindriques pour constituer la membrane de
Fig. 547. — Développement des dents : figures demi-seliématiques (*).
l'émail. Les cellules arrondies qui remplissaient l'intérieur de l'organe adamantin se sont aussi modifiées pour former la pulpe de l'émail (14), analogue au tissu muqueux
(■) A. Première ébauche de l'organe de l'émail. — B. Première trace de la papille dentaire et du sac dentaire. — C. Stade plus avancé. — D. Germe denlaire complètement formé. — • E. Ossification du germe dentaire; apparition de l'émail et de l'ivoire.
1) Crète dentaire. — 2) Derme de la muqueuse. — 3) Couche profonde de l'épithélium ; cellules cylindriques. — 4) Couche moyenne ; cellules arrondies. — 5) Couche superficielle ; cellules pavimenteuses. — 6) Germe de l'organe de l'émail. — 7) Sa partie extérieure formée par les cellules cylindriques de la couche épithéliale profonde. — 8) Son intérieur, rempli par les cellules arrondies de la couche épithéliale moyenne. — 9) Saillie du derme muqueux soulevant le fond de l'organe de l'émail et constituant l'ébauche de la papille dentaire. — iO| Premières traces du sac dentaire. — 11) Pédicule rattachant l'organe de l'émail à l'épithélium buccal (gubernaculum dentis). — 11) Première trace de l'organe de l'émail de la dent permanente. — 12) Membrane de l'émail formée par les cellules internes cylindriques de l'organe de l'émail. — 13) Cellules externes de l'organe de l'émail. — 14) Cellules intermédiaires étoilées formant la pulpe de l'émail. — 15) Membrane intermédiaire ou cellules germinatives. — 16) Papille dentaire. — 17) Cellules de l'ivoire. — 18) Partie externe du sac dentaire. — 19) Partie interne de ce sac plus lâche. — 20) Pédicule de la papille dentaire donnant passage aux vaisseaux et aux nerfs. — 21) Bourgeons épithéliaux de la membrane externe de l'organe de l'émail. — 22) Prismes de l'émail. — 23) Prétendue membrane préforraative. — 24) Ivoire de nouvelle formation avec les fibres dentaires.
DÉVELOPPEMENT DES ORGANES EN PARTICULIER
comme aspect, quoique d'origine épithéliale. Les cellules les plus internes seules gardent leur caractère primitif et forment la membrane incermédinire de Hannover (15). Le pédicule qui rattachait le capuchon à la crête dentaire devient alors le gubernaculum dentis. En même temps les cellules les plus externes de la papille dentaire se sont groupées de façon à former une couche régulière de cellules, cellules dentaires (17), qui limite la surface de cette papille. Enfin, le sac dentaire s'est constitué par la condensation progressive du tissu connectif, condensation qui est plus prononcée à une certaine distance de l'organe de l'émail (48) que dans son voisinage immédiat (19).
Ossification du germe dentaire. — Au moment de l'ossification, la papille dentaire, avec son capuchon de l'organe de l'émail, a la forme de la dent future et présente par conséquent autant de pointes que la dent future aura de tubercules.
Formation de l'ivoire. — C'est par l'ivoire que commence l'ossification. Il se dépose sous forme d'un petit disque au sommet de la papille ou des pointes de la papille. Ce dépôt d'ivoire se fait de la façon suivante (E) : les cellules dentaires (17) poussent des prolongements, fibres dentaires, qui s'allongent de plus en plus en se ramifiant, et la substance intercellulaire, intermédiaire à ces cellules et à ces fibres dentaires (2i), se durcit en s'iiicrustant de sels calcaires couche par couche, en allant de l'extérieur à l'intérieur. La partie de la papille dentaire non transformée en ivoire constitue la pulpe dentaire.
Formation de l'émail. — Immédiatement après l'apparition de l'ivoire, chaque disque d'ivoire se coiffe d'un petit capuchon d'émail. Sa production (22) se fait entre l'ivoire et la membrane de l'émail, au-dessous, par conséquent, de cette membrane, par un mécanisme encore obscur ('). Chaque prisme de l'émail paraît répondre à une cellule cylindrique de la membrane de l'émail (12) ; ces cellules se calcifieraient du centre à la périphérie, et les cellules transformées seraient remplacées par de nouvelles cellules cylindriques provenant de la membrane intermédiaire de Hannover (15), cellules destinées à secalcifier à leur tour. Les dépôts des couches de l'émail se feraient donc de l'intérieur à l'extérieur, en sens inverse par conséquent des dépôts de l'ivoire. La pulpe de l'émail disparait peu à peu. et la membrane externe de l'organe adamantin (13) constitue la cuticule de l'émail.
Formation du cément. — Le cément se forme, comme les dépôts périostiques des os, aux dépens de la paroi interne du sac dentaire. Cette production du cément précède de très peu l'éruption des dents.
. Éruption des dents. — Avant l'éruption des dents de lait, la gencive est dure, solide, blanchâtre, et les dents, enfoncées dans l'épaisseur des gencives et entourées par le sac dentaire, ne possèdent que la couronne et n'ont eni-,ore ni racine ni cément. La racine, en se formant, repousse peu à peu la couronne, qui presse contre la partie supérieure du sac dentaii-e soudée à la gencive; par suite de cette pression et aussi d'un phénomène de résorption concomitante, ces parties se perforent et livrent passage à la couronne, qui apparaît à l'extérieur; la gencive se rétracte sur la dent, et la partie restante du sac dentaire constitue le périoste alvéolo-dentaire.
3° Dents de lait
Les germes dentaires des dents de lait commencent à paraître à la sixième semaine de la ^ie fœtale; à la dixième, tous les germes ont paru. Leur ossification se fait du cinquième au septième mois de la vie intra-utérine. Leur éruption ne commence qu'après la naissance, à partir du sixième ou septième mois. Les dents de même espèce apparaissent ensemble par paires, à droite et à gauche, et celles de la mâchoire inférieure précèdent celles de la mâchoire supérieure. Leur éruption se fait habituellement
(1) La difficulté de comprendre la production de l'émail était beaucoup plus grande lorsqu'on admettait l'existence de la membrane préformalive (23), séparant l'émail de la membrane de l'émail. Nous avons dit plus haut quc3 l'existence de cette membrane préformative est controuvée.
Beaunis et Bouchard.
1042 EMBRYOLOGIE ET DÉVELOPPEMENT DE l'hOMME
dans l'ordre suivant : incisive moyenne inférieure, six à huit mois; incisive moyenne supérieure, quelques semaines plus tard; incisive latérale inférieure, septième au neuvième mois ; incisive latérale supérieure, quelques semaines plus tard ; première molaire, un an; canine, quinzième au vingtième mois; deuxième molaire, deux à six ans. Ces chiffres ne représentent que des moyennes. La dentition temporaire est habituellement complète au début de la troisième année. La chute des dents de lait est liée à l'éruption des dents permanentes.
3° Dents permanentes
Les germes dentaires de^ dents permanentes se forment à partir du cinquième mois de la vie fœtale, et avant la naissance, sauf ceux des troisième, quatrième et cinquième
Fig. 548. — Crâne d'un enfant de sept ans, montrant la position des dents permanentes (*).
molaires, qui paraissent quelques mois après la naissance. Ces germes dentaires se forment du reste de la même façon que les germes dentaires des dents de lait, et aux dépens du pédicule qui rattache ces derniers à l'épithélium buccal (fig. 547, C, 11, 11').
Leur ossification se fait dans l'ordre suivant : la première grosse molaire s'ossifie au neuvième mois de la vie fœtale ; les autres dents s'ossifient après la naissance : les incisives, dans la première année; les canines, dans la seconde; les petites molaires, dans la troisième ; à cinq ans elles ont toutes paru, sauf les dents de sagesse, et à six ou sept ans l'enfant a quarante-huit dents, les vingt dents de lait et de plus toutes les dents persistantes, sauf la dernière molaire (fig. 548).
L'éruption des dents permanentes débute par la résorption des cloisons osseuses qui
(*) Les mâchoires ont été sculptées pour mettre à découvert les dents permanentes. La première grosse molaire supérieure a déjà fait éruption. Le trou mentonnier a été conservé. — (D'après une préparation da Musée de Strasbourg.)
DÉVELOPPEMENT DES ORGANES EN PARTICULIER
séparent les alvéoles des dents de lait d'avec les alvéoles des dents permanentes placées au-dessous ; en même temps les racines des dents temporaires se résorbent aussi par un mécanisme encore inconnu, tandis que les racines des dents persistantes s'allongent et que les couronnes des dents de lait se trouvent peu à peu repoussées pour finir par tomber. Cette éruption se fait dans l'ordre suivant: première grosse molaire, sept ans; incisives moyennes, huit ans; incisives latérales, neuf ans; première petite molaire, dix ans; deuxième petite molaire, onze ans : canine, douze ans; deuxième grosse molaire, treize ans ; dent de sagesse, dix-huit à vingt-cinq ans et quelquefois plus tard .
La chule des dents permanentes a lieu habituellement à un âge plus ou moins avancé. Cette chute parait être précédée d'une ossification de la pulpe dentaire. On a observé quelques cas de troisième dentition dans la vieillesse. Cette chute des dents amène une atrophie des alvéoles et la disparition du rebord alvéolaire des maxillaires.