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ARTICLE IV. - DE LA COLONNE VERTÉBRALE EN GÉNÉRAL

La colonne vertébrale, considérée dans son ensemble, os et ligaments, se compose de deux pyramides adossées par leurs bases, l'une supérieure, constituée

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par les vingt-quatre vraies vertèbres, l'autre inférieure, occupant seulement le cinquième de la hauteur totale et comprenant le sacrum et le coccyx.

Direction. — La colonne supérieure repose sur le sacrum, de façon qu'une ligne verticale, passant par l'apophyse odontoïde de l'axis, tombe à peu près sur le corps de la dernière vertèbre lombaire. Il y a, du reste, à ce sujet, des variétés individuelles très grandes, et, chez le même individu, des variations tenant à des conditions diverses (V. fig. 59).

Courbures. — La colonne verlébrale n'est pas rectiligne ; elle présente des courbures antéro-postérieures, au nombre de quatre, qui changent alternative-

Fig. 50. — Courbures de la colonne vertébrale dans diverses conditions (*) .

ment de côté et correspondent à chacune des régions du rachis; deux de ces courbures ont leur convexité dirigée en avant ; ce sont celles des régions cervicale et lombaire ; c'est l'inverse pour les deux autres. Le passage d'une courbure à la suivante se fait d'une façon graduée, sauf à la réunion de la cinquième vertèbre lombaire et du sacrum, où une inflexion brusque donne naissance à un angle saillant en avant appelé promontoire.

Les points culminants de ces courbures sont : la quatrième vertèbre cervicale, la septième dorsale, la troisième lombaire et la quatrième vertèbre sacrée; ces courbures, à peine marquées chez le nouveau-né (fig. 59, G), sont dues en partie

(*) A. Dans la station ordinaire, l'intestin vide. — B. Dans la station ordinaire, après le repas. — C. Dans la position militaire. — D. La tôte inclinée en avant. — E. Les bras étendus horizontalement (ces différentes courbures ont été prises sur le vivant par Parow). — F. Courbure de la colonne vertébrale, d'après Meyer, prise sur le cadavre ; la verticale abaissée de l'apophyse odontoïde de l'axis passe au niveau du corps de la troisième vertèbre sacrée. — G. Courbure de la colonne vertébrale du nouveau-né, d'après Horner.

ARTICULATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE

à la configurafion même des os (forme en coin à base postérieure des vertèbres dorsales, courbure du sacrum), et en partie à l'action musculaire. Il y a une certaine solidarité entre ces courbures ; quand l'une d'elles s'exagère, celles de sens opposé s'exagèrent aussi de façon à rétablir l'éffuilibre du rachis et à maintenir sa verticalité (courbures de compensation).

Outre ces courbures antéro-postérieures, le rachis présente, au niveau des 3^, i" et ,")"■ vertèbres dorsales, une courbure latérale à concavité gauche. Cette courbure, attribuée par IMchat à la prédominance d'action des muscles du côté droit et à l'inclinaison habituelle du côté opposé pour rétablir l'équilibre, regardée par d'autres comme une simple dépression vasculaire due à la présence de l'aorte, me parait plutôt devoir être rattachée à la symétrie congénitale des deux moitiés du corps (Voir : Beaunis, Remai-ques sttruncas de transposition générale, des viscùres [Revue médicale de l'Est, 1874).

Dimensions. — II faut distinguer, dans les dimensions du rachis, la longueur mesurée par une ligne qui passerait dans les centres des disques et des corps en suivant les sinuosités de la colonne, et la hauteur ou la dislance existant entre son sonmiet et la ligne horizontale menée par. l'extrémité du coccyx. La longueur, peu variable suivant les individus, est en moyenne de 0™,75.

La hauteur qui, à longueur égale, peut varier d'après le degré des courbures, est en moyenne de 0™,67, qui se subdivisent de la façon suivante : cou, 0",108 ; dos, 0"27; lombes, 0°',168; sacrum et coccyx, 0",124. Le milieu de la hauteur totale correspond à la onzième vertèbre dorsale. Une station })rolongée peut amener dans la hauteur du rachis une diminution de quelques millimètres tenant et à l'augmentation des courbures, et à l'aplatissement des disques intervertébraux.

Les disques forment environ le quart de la longueur totale du rachis ; ces rapports de longueur des disques et des corps vertébraux, importants pour la flexibilité de l'ensemble, varient du reste suivant les diverses régions : au cou, ils forment un peu plus du ([uart de la longueur des corps vertébraux; au dos, le septième seulement ; aux lombes, un peu plus du tiers.

Description. — La colonne vertébrale se compose en réalité de deux parties : 1" une colonne pleine, continue, ostéo-fibreuse, élastique, constituée par la superposition des corps et des disques vertébraux ; 2° un canal formé par la série des arcs vertébraux, les ligaments jaunes et la face postérieure des corps, canal qui loge la moelle dans son intérieur et se hérisse à l'extérieur d'apophyses servant à des articulations ou à des insertions musculaires. Au point de vue descriptif, on peut étudier d'abord sa configuration extérieure, puis le canal rachidien. Le sacrum et le coccyx seront décrits avec le bassin.

1) CoNFiGURATiox EXTÉRIEURE. — 1° Eu avùnt, le fachls a l'aspect d'une colonne plane au cou, cylindrique dans le reste de son étendue, noueuse à cause de la saillie des disques intervertébraux; cette colonne, abstraction faite de l'atlas, s'élargit de haut en bas jusqu'au sacrum ; cependant cette augmentation de volume ne se fait pas uniformément; elle est interrompue par une sorte de rétrécissement, r.îarqué surtout au niveau de la cinquième vertèbre dorsale.

2» Sur les faces latérales on trouve, d'avant en arrière : 1° les faces latérales des corps ; 2" les trous de conjugaison, séparés par les pédicules et augmentant en général de diamètre de haut en bas ; 3° la série des apophyses transverses, situées, au cou, sur les côtés du corps et du pédicule, au dos, en arrière du pédicule, et se replaçant aux lombes sur le côté dos corps, de façon que la courbe formée par la

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série de ces apophyses se porte fortement en arrière dans la région dorsale- Mais si on examine plus attentivement cette ligne des apophyses transverses, surtout sur un rachis articulé avec les côtes, on voit qu'on peut la subdiviser en deux séries : l'une, antérieure ou costale, située sur les côtés des corps, en avant des trous de conjugaison, et constituée de haut en bas par les branches antérieures des apophyses transverses cervicales, les côtes et les apophyses cosliformes lombaires, l'autre, postérieure ou transversaire, située derrière la précédente et en arrière des trous de conjugaison et formée par la branche postérieure des apophyses transverses cervicales, les apophyses transverses dorsales et les tubercules apophysaires des vertèbres lombaires.

3° La face postérieure présente sur la ligne médiane la crête sinueuse des apophyses épineuses, surmontée par le ligament surépineux. Cette crête la divise en deux gouttières, gouttières vertébrales, limitées en dehors par les apophyses transverses et dont le fond est constitué par les lames, et, plus en dehors, par les apophyses articulaires et la face postérieure des apophyses transverses. Ces gouttières, larges au cou, se rétrécissent au dos et s'élargissent de nouveau aux lombes, où elles sont divisées en deux par la saillie des apophyses articulaires; enfin elles se rétrécissent de haut en bas de chaque côté de la crête sacrée, en présentant les ouvertures des trous sacrés postérieurs. Elles logent les muscles spinaux postérieurs.

2) Canal vertébral. — Il s'étend depuis l'anneau de l'atlas jusqu'à la première vertèbre coccygienne (fig. 8). Sa forme dépend de la forme des trous rachidiens ; triangulaire au cou, il est arrondi au dos, redevient triangulaire aux lombes, et prend au sacrum la forme d'un croissant à concavité antér ieure, pour se terminer en pointe au coccyx. Son calibre varie avec la mobilité du rachis; il est plus large dans les régions les plus mobiles (cou et lombes), plus étroit par contre au dos. A l'état sec, il présente en arrière des fentes transversales situées entre les arcs postérieurs des vertèbres ; ces fentes, sauf la première (entre l'occipital et l'atlas), sont divisées par les apophyses articulaires en trois ouvertures secondaires, deux latérales, trous de conjugaison, une médiane, fissure intervertébrale, semi-lunaire au cou, triangulaire aux lombes; très abordables dans ces deux régions, à cause de l'horizontalité des apophyses épineuses, tout à fait couvertes au contraire au dos, à cause de l'obliquité de ces mêmes apophyses, ces fissures intervertébrales sont fermées à l'état frais par les ligaments jaunes ; au sacrum, elles n'existent plus et sont comblées par une masse osseuse, sauf quelquefois à l'extrémité inférieure.

Chez la femme, la colonne vertébrale est un peu moins longue, les apophyses transverses thoraciques plus déjetées en arrière ; la partie lombaire est plus longue (pour le sacrum, V. le bassin). Chez le vieillard, le rachis s'incuj ve en avant.

Mécanisme du rachis. — Le racliis forme au point de vue anatoniique l'axe et comme le centre du squelette ; au point de vue fonctionnel, il représente à la fois une colonne élastique et mobile et un canal protecteur pour la moelle épinière.

L'élasticité du rachis est en raison directe de la hauteur des disques par rapport à la hauteur des corps ; grâce à cette élasticité, il amortit comme un ressort les chocs, qui sans cela se transmettraient avec toute leur intensité, soit à la tête qu'il supporte, soit à la moelle qu'il loge dans son intérieur.

La mobilité du rachis dépend aussi de la hauteur des disques ; si cette seule cause était en jeu, ces disques formant le tiers de la colonne lombaire, le quart de la colonne cervicale, le septième de la colonne dorsale, la région la plus mobile serait la région lom-

ARTICULATIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE

baire, et cependant elle ne vient qu'en deuxième ligne et après la région cervicale. C'est qu'un autre élément intervient: la configuration des apophyses articulaires, et à ce point de vue les apophyses articulaires cervicales, par leur inclinaison à 45° et parla laxité de leur capsule, se prêtent à des mouvements qu'arrêtent les surfaces courbes à direction verticale et l'engrènement des apophyses articulaires.

Avant d'étudier les mouvements du rachis, il faut étudier son état d'équilibre dans l'immobilité, tel qu'il se rencontre par exemple dans la station.

Équilibre du rachis. — Le poids des viscères qu'on peut considérer comme suspendus à la face antérieure du rachis, tend continuellement à l'incliner en avant; contre cette force continue luttent des puissances continues élastiques, non susceptibles par conséquent de se fatiguer comme des muscles : c'est d'une part le noyau du disque intervertébral, qui, par son élasticité, repousse l'un de l'autre les corps des Vertèbres voisines; ce sont d'autre part les ligaments jaunes, qui tendent à rapprocher les apophyses épineuses, et par suite favorisent l'écartement des corps. Le rachis se trouve ainsi maintenu dans la réactitude et les muscles n'ont plus à agir que dans des cas spéciaux.

Mouvements du rachis. — Les mouvements partiels, presque insaisissables, d'une vertèbre sur une autre, arrivent, en se totalisant, à produire des mouvements assez étendus de la colonne vertébrale.

Le rachis peut exécuter trois sortes de mouvements autour de trois axes principaux : 1" autour d'un axe transversal (flexion et extension); 2° autour d'un axe antéro-postérieur (inclinaison latérale); 3» autour d'un axe vertical (torsion ou rotation).

1° Mouvement autour d'un axe transversal (flexion et extension). — Dans ce mouvement l'axe de rotation passe à peu près transversalement par le noyau des disques ; dans la flexion, les apophyses articulaires supérieures glissent de bas en haut sur les inférieures en s'en écartant en bas; celles de la région cervicale par la direction de leurs facettes favorisent ce mouvement d'ascension ; cette flexion estlimitée par la résistance à la traction des ligaments supérineux et des ligaments jaunes, et par la résistance à la pression du noyau des disques, enfin par la configuration même des facettes articulaires, surtout à la région lombaire. Dans l'extension l'inverse a lieu, et sa limite plus facilement atteinte se trouve dans la résistance de l'anneau fibreux des disques intervertébraux. L'excursion totale de ce mouvement est d'environ un angle droit, et la région cervicale y prend la plus grande part.

'1° Mouvements autour d'un axe antéro-poslérieur [inclinaison latérale). — • Cet axe passe par le noyau des disques et est perpendiculaire à un plan qui joindrait les facettes des apophyses articulaires de droite et de gauche de la vertèbre correspondante. Cet axe varie donc d'une région à l'autre: horizontal aux lombes, où les apophyses articulaires sont verticales, il s'incline de plus en plus en avant et en bas, à mesure qu'on remonte vers la région cervicale, à cause de l'obliquité des apophyses articulaires qui se rapprochent de plus en plus de l'horizontale. Il en résulte que l'inclinaison latérale existe à peu près seule et sans mélange aux lombes; mais qu'à mesure qu'on monte, il vient s'y ajouter un mouvement de torsion de la colonne vertébrale, sensible surtout au cou, et grâce auquel, en même temps que le rachis s'incline d'un côté, les corps vertébraux tournent leur face antérieure du même côté. Ce mouvement d'inclinaison latérale est limité, outre la résistance des ligaments, par la direction verticale des facettes articulaires de la région lombaire et d'une partie de la région dorsale.

Z° Mouvements autour d'un axe verticnl [torsion ou rotation). — Ils accompagnent à peu près invariablement l'inclinaison latérale, de façon que ces deux genres de mouvements, théoriquement isolables, sont en réalité confondus dans la nature. C'est dans les lombes surtout qu'ils se passent, en efl'et les apophyses articulaires de cette région sont des surfaces courbes se naouvant comme les gonds d'une porte.

Muscles moteurs du rachis. — 1° Flexion. — Grand droit antérieur de l'abdomen, grand oblique, petit oblique, sterno-masto'idien, scalènes, long du cou. — 2° Extension.

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— Interépineux du cou, long épineux du dos, splénius du cou, long dorsal, sacro-lombaire, transversaire du cou, transversaire épineux, intertransversaires postérieurs du cou, intertransversaire des lombes, angulaire surcostaux. — 3» Inclinaison latérale. — Scalènes, intertransversaires du cou et des lombes, carré des lombes, transversaire du cou, sacro-lombaire, angulaire, surcostaux. — 4° Rotation de In face antérieure du tronc du même côté. — Petit oblique de l'abdomen, splénius, long dorsal, faisceaux supérieurs du long du cou. — 5° Rotation du côté opposé. — Grand oblique de l'abdomen, transversaire épineux, faisceaux inférieurs du long du cou.

Mouvements de la tête; mécanisme des articulations de l'atlas, de l'axis et de l'occipital. — Les mouvements de la tête sur le rachis sont de trois espèces : iodes mouvements de rotation, par lesquels la face se tourne à droite ou à gauche; 2° des mouvements de flexion et d'extension, par lesquels la tète s'incline en avant ou se relève; 30 des mouvements d'inclinaison latérale, par lesquels la tête s'incline à droite et à gauche ; les premiers se passent dans l'articulation de l'atlas et de l'axis, les deuxièmes et les troisièmes dans celles de l'atlas et de l'occipital.

l» Me'canisme de Varticulation atloïdo-axoïdienne [mouvement de rotation). — La tête tourne autour d'un axe vertical passant par l'apophyse odonto'ide ; dans la position nor- , maie de la tête regardant directement en avant,

l'atlas (fig. 60, 2\ repose par sa crête transversale sur la crête mousse analogue des facettes 2 articulaires supérieures du corps de l'axis ; les

facettes articulaires sont donc toutes les deux en contact par des surfaces convexes, et il reste en avant et en arrière un vide rempli par la synovie et les parties molles. Dès que l'atlas abandonne cette position, la crête de sa facette articulaire descend d'un côté en avant, de l'autre en arrière, et d'un côté la demi-facette antérieure de l'atlas (4) correspond à la demi-facette postérieure de l'axis, avec laquelle elle concorde parfaitement, tandis que de l'autre sa demifacette postérieure (31 s'applique sur la demifacette antérieure de l'axis. 11 exécute donc autour de l'apophyse odontoïde non seulement un simple mouvement de rotation, mais un double mouvement en pas de vis, grâce auquel latête s'abaisse en même temps qu'elle tourne (voy. la figure); ceci se voit facilement si on scie horizontalement l'arc antérieur de l'atlas et l'apophyse odontoïde ; en imprimant des mouvements à l'atlas sur l'axis, on voit à chaque mouvement de rotation l'atlas s'abaisser et l'apophyse odonto'ide dépasser la surface de la coupe de l'atlas, si la coupe a été pratiquée la tête maintenue dans la position droite. L'excursion totale de ce mouvement est de 61)° au plus.

1° Mécanisme de l'articulation occipito-atloïdienne. — Elle a deux espèces de mouvements : flexion et extension d'une part, inclinaison latérale de l'autre.

Les mouvements de flexion et extension s'exécutent autour d'un axe transversal, qui passe par le bord externe supérieur des deux facettes atloïdiennes et traverse les apophyses masto'ides. L'excursion de ce mouvement est d'environ 45".

Les mouvements à' inclinaison latérale se fontautour d'un axe antéro-postérieur, situé plus haut que le précédent, à cause de la difl'érence de courbure des condyles de l'occi-

(•) 1) Coupe ant^ro-postérieui-e et latérale de l'axis passant par le milieu d'une de ses deux facettes articulaires supérieures ; elle représente eu même temps la projection de celle du côté opposé. — 2) Coupe antéropostérieure de l'atlas passant par une de ses niasses latérales, dans la position droite, de la tête ; elle représente en môme temps la projection de celle du côté opposé. — 3, i) Positions prises par les deux facettes de droite et de gauche de l'atlas dans la rotation de la tête. — A, A'. Ligne de niveau des condyles de l'occipital dans la position droite de la tête. — B, B'. Ligne de niveau des condyles dans la rotation de la tète ; la dislance entre ces deux lignes mesure l'abaissement de la tête dans la rotation.

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