‹ Nouveaux éléments d'anatomie pathologique, descriptive et histologiqueChapitre 111 sur 317 · Coryaa caséeux · texte numérisé non relu

Coryaa caséeux

Cette forme de coryza est caractérisée par l'accumulation dans l'intérieur des cavités nasales d'une matière caséeuse, analogue au contenu de certains kystes sébacés et qui peut former des dépôts assez considérables pour déformer le visage (Simon Duplay).

Le coryza caséeux paraît très-rare. L'érysipèle nasal interne à exfoliation épithéliale non évacuée, les corps étrangers retenant les sécrétions accumulées (Verneuil) en sont les causes les mieux connues. Les matières caséeuses arrivent à obstruer les fosses nasales, à déformer les ailes du nez, le grand angle de l'œil, à refouler la joue, le globe oculaire. Une masse volumineuse blanchâtre, lardacée, mollasse, remplit la narine ; le stylet qu'on y introduit traverse une substance butyreuse, ne donnant pas lieu à un écoulement de sang comme le ferait un épithéliome.

Maisonneuve, Kyste butyreux de la face (Moniteur des hôpitaux, 1855). — Verneuil, Gaz. des hôpitaux, p. 25, 1859. — S. Duplay, Coryza caséeux (Traité éléni. tle path. externe, III, p. 800, 1869).

Ulcérations nasales. Coryza ulcéreux.

Les ulcérations nasales caractérisent le coryza ulcéreux, Vozène ordinaire. Les ulcérations sont moins fréquentes, en général, sur la paroi externe des fosses nasales que sur la cloison médiane, dont elles peuvent amener la perforation.

Les ulcérations de l'ozène, qui vont être décrites, les pustules de la variole, les ulcérations typhiques, la morve et, par-dessus tout, la scrofule et la syphilis, amènent des ulcérations nasales. On peut ajouter à ces causes l'air chargé de particules irritantes, entre autres le bichromate de potasse, les poussières arsenicales, celles des crins desséchés et autres inatières animales. Les ulcérations profondes s'accompagnent de décollement, de nécrose avec toutes ses conséquences, d'élimination des parties mortifiées et, sur la cloison, de périchondrite avec destruction des cartilages.

APPAREIL DE LA RESPIRATION

Les ulcérations simples non diathésiques sont ordinairement isolées, petites, rarement étendues. Les ulcérations folliculaires , com])arée?, k un acné des narines, ont été décrites par Ure : ce sont de petits ulcères, ponctiformes, entamant à peine la muqueuse pituitaire des cornets, mais qui, sur la cloison, sont plus profonds et peuvent arriver à la perforer. Des impétigos scrofuleux ont une surface ulcérée recouverte d'une croûte plus ou moins épaisse.

Le coryza ulcéreux ou ozène (oJ^atva de oÇw, sentir fortement) a des caractères anatomiques très-nets. Quelle que soit son origine, (inllammation aiguë ou chronique, corps étranger, polype, etc.), on reconnaît sur le malade avec un stylet courbe les endroits des fosses nasales où la muqueuse est dénudée ou ulcérée. Dans un cas d'ozène qui n'était pas dû à la syphilis, mais plu tôt à la scrofule, j'ai pu constater ce qui suit :

Homme, trente-deux ans, non syphilitique, ayant depuis la naissance le nez élargi, et sachant qu'il sent mauvais; mort d'une rupture d'anévrysme aortique à l'hôpital Saint-Antoine.

Il existe dans les fosses nasales des ulcérations déjà observées et reconnues pendant la vie. A l'examen fait à la salle d'autopsie, je trouve ces ulcérations profondes, cà bords peu saillants, larges de 3 à 5 millimètres. Les unes atteignent le périoste des os propres du nez et du vomer, les autres le périchondre de la cloison. La muqueuse était d'un rouge brunâtre et épaissie autour des ulcérations, mais non pas de toutes et au même degré ; elle formait un bourrelet sur quelques-unes seulement. Le fond des ulcérations était recouvert d'un détritus puriforme, d'une fétidité excessive et pénible à supporter. Des croûtes épaisses revêtaient la muqueuse des cornets et au-dessous la muqueuse était épaisse et d'une teinte foncée ; il y avait des points où elle était légèrement exulcérée, surtout quand on l'examinait sous l'eau. Cependant, sur la plupart des points, la membrane de Schneider était simplement épaissie, recouverte de croûtes, mais sans ulcération sous-jacente.

Après macération dans l'alcool, la fétidité n'avait pas disparu. La muqueuse, incisée par places, m'a offert les lésions de l'état chronique déjà signalé. L'os était à nu sur plusieurs points et de même le cartilage.

Dans d'autres faits, surtout dans la scrofule et la syphilis diathésiques, les lésions sont encore plus accusées que dans l'observation précédente. Les os sont nécrosés, il se détache des séquestres ; après la fonte de gommes ou de syphilomes il y a perforation de la cloison.

Dans les tdcérations syphilitiques , la muqueuse est fongueuse, épaissie' autour de l'ulcération, dont le fond est plat avec les bords déchiquetés.. . Souvent il y a décollement au niveau de l'os altéré et une teinte grisâtre, ou des croûtes brunes avec un mucus sanguinolent. L'os est, dans les ulcé-

FOSSES ÎSASALES.

rations avancées, carié, ramolli, et des lamelles osseuses se trouvent au milieu du pus. Enfin, autour de l'ulcération s'étendent des clapiers et des trajets fîstuleux.

Gendrin, Histoire des innammations. Paris, t. I, p. 528, 18'26. — Piednoel, Des ulcères des fosses nasales, thèse de Paris, 1857. — A. Trousseau, De l'ozène (Gaz. des iiôpitaux, 1860). — HoDENUS, Die Stinknase ozaîna (Dimtsclie Klinik, ii» 28, 1851). — Ure, in Holmes: A System of Surgery, Diseases of the nose, t. III. London, 1862. — Desaivre, Observ. sur les ulcères simples de la membrane de Schneider, thèse de Paris, 1865. — S. Duplay, Coryza ulcéreux (Traité élémentaire de pathologie externe, t. III, p. 798, 1869). — Azambuja, Di^ l'ozène, etc., thèse de Paris, 1875.

Tumeurs hypertrophiques; néoplasies des fosses nasales. I. — Hypertrophie de la meinlirane de Schneider.

La muqueuse pituitaire hypertrophiée d'une manière générale ou partielle, surtout au-dessous du cornet inférieur et en arrière, se présente avec l'aspect suivant : membrane épaisse, tomenteuse, rougeàtre, vascularisée fortement. Les glandules sont saillantes, parfois un peu érodées à leur orifice (1).

L'hypertrophie porte sur le chorion et les glandules, peu ou point sur le périoste. La dureté des parties peut devenir considérable et a fait donner à cette lésion le nom de rhinosclérome.

'S. — Polypes inuqueux et flbreux ; .Vlyxomes et Fibromes.

Le terme vague de polypes a longtemps désigné les diverses tumeurs des fosses nasales, et le nom de polypes durs et de polypes mous a été la première distinction établie entre eux. L'étude microscopique a fait voir les caractères véritables de ces néoplasmes. Les tumeurs ayant la forme de polypes sont des myxomes et des fibromes.

A. Les polype mous, muqueux ou myxomes, sont des tumeurs pédiculées, rarement sessiles, multiples, remplissant plus ou moins une des narines. La consistance est molle, pulpeuse, la couleur jaunâtre et un peu transparente, ou brun clair. Ils se trouvent ordinairement en nombre sur la paroi supérieure et externe des fosses nasales ; à l'état d'isolement, ils siègent sur les cornets, les méats, principalement sur la muqueuse

(1) s. Duplay, Traité élém. de path. interne, t. III,~p. 793, 1869,

APPAREIL DE LA RESPIRATION

recouvrant les cornets supérieurs et moyens, parfois à l'ouverture postérieure, jamais sur la cloison.

L'implantation des polypes mous a lieu par un pédicule mince, l'extrémité étant renflée en massue, mais parfois la tumeur ressemble à un bourgeonnement de la pituitaire. Les polypes qui ont des prolongements ramifiés sont exceptionnels. Le volume des polypes uniques et moulés sur les anfractuosités de la narine peut égaler celui d'une petite pomme, d'un œuf de poule. Les polypes multiples se compriment les uns les autres et se déforment par compression réciproque.

La masse des polypes muqueux est mollasse, élastique, parfois gélatiniforme ; quand on les écrase, ils ne donnent pas de pus, mais plutôt une substance colloïde et visqueuse, analogue à la synovie.

Les myxomes des fosses nasales, examinés au microscope, offrent des fibres lamineuses disposées en fibrilles et entre-croisées, sans véritables parois kystiques; les éléments cellulaires sont fusiformes ou étoilés et non arrondis. Leur revêtement est formé par les cellules cylindriques ou prismatiques, pourvues de cils, de la muqueuse de Schneider. Les vaisseaux n'y sont pas très-abondants et on n'y trouve pas de filets nerveux, ce qui rend compte du peu de sensibilité de ces myxomes.

Quand les polypes muqueux sont remplis de petites cavités kystiques, ils sont compliqués d'adénome provenant des glandes muqueuses hypertrophiées et dilatées. Cette disposition exceptionnelle pour les fosses nasales est la règle dans les masses polypeuses du sinus maxillaire.

B. Les polypes fibreux ou durs, fibromes vrais, sont des tumeurs qui, par leur évolution, peuvent causer de graves accidents. Leur siège est exceptionnellement dans les fosses nasales, où ils s'implantent, surtout en arrière et d'où ils envoient des prolongements dans les cavités voisines, dans les sinus maxillaires, frontaux, etc. Ils sont analogues aux polypes fibreux pharyngiens, qui peuvent devenir aussi naso-pharyngiens et dont il a déjà été question (voy. page 67J. Ces fibromes ont leur insertion ordinaire sur le périoste des régions pharyngiennes de la trompe d'Eustache, surtout de l'apophyse basilaire de l'ethmoïde, au voisinage du trou déchiré postérieur.

Les polypes fibreux, sessiles, formant des masses dures, comme cartilagineuses, mamelonnées, rougeâtres, deviennent considérables, atteignent et dépassent le volume du poing, déforment les os de la face en envoyant des prolongements dans toutes les directions.

La coupe des polypes fibreux offre des mamelons ou lobules de fibres concentriques, à peu près comme les tumeurs fibreuses ou myxomes utérins (voy. Utérus). Leurs caractères microscopiques sont d'être formés de tissu fibreux, soit embryonnaire, soit fuso-cellulaire, ou fibreux, parfois

FOSSES NASALES. 407

avec des cavités kystiques ou des portions en dégénérescence graisseuse (vov. page 68) et d'autres calcitiées.

Avant l'ablation, les polypes fibreux olfrent une couleur rouge, paribis foncée; mais, après fablatiou, ils sont blanchâtres ou grisâtres. On les a regardés longtemps comme peu vasculaires : cependant des vaisseaux artériels d'assez fort calibre pénètrent souvent dans leur intérieur, qui est parcouru par un très-grand nombre de vaisseaux capillaires à parois minces ou embryonnaires (Muron).

Glandorp, Tractatiis de polypo narium, etc., in-4. Brème, 1628. — Jos.-Fr.-L. Deschamps, Dissertation sur les maladies des fosses nasales et de leurs sinus, in-8, 1804. — Petit-Radel, Considérations sur les polypes des fosses nasales, 1805. — Gkunek, De polyp. in cavo narium observ. Dissertatio inauguralis. Lipsiae, 1835. — Gerdy, Des polypes et de leur traitement, thèse de concours. Paris, 1838. — A. Bérard, Polypes du nez et des fosses nasales (Dictionnaire de médecine, t. XXI, p. 93, 1840). — H.WKins, London medic. Gazette, July, 1840. — Schlindler, Deutsche Klinik, n" 15, 16, 1850. — Billuoth, Ueber den Bau der Schleimpolypen, 1855. — S. DUPLAY, Traité élémentaire de pathol. externe, t. III, 1869. — Trélat, (U.), Polypes des arrière-narines simulant des polypes naso-pharyngiens (Soc. de chirurgie, 28 octobre 1874). — Reclus, Polype rauqueux implanté dans la partie postérieure des fosses nasales (Bulletins de la Soc. anatoinique de Paris, p. 078, 1874). — Ory, Des polypes de la partie postérieure des fosses nasales (Mouvement médical, n° 15, 1875). — CoRiNIL et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, 3'-' partie, p. 655, 1876.

S. — j§arcoiucs, l>u|tilloiacs, Ostéoincs, etc.

A. Sarcomes. — Les sarcomes se montrent dans tous les points des cavités des fosses nasales et sur la cloison ; ils ont un accroissement rapide et peuvent rester longtemps à l'état cellulaire. Les ostéo-sarcomes, les glio-sarcomes, les sarcomes myéloïdes sont des tumeurs composées (1).

Les ostéo-sarcomes de l'os maxillaire supérieur et des os du crâne envahissent les fosses nasales, où ils n'ont pas eu leur point de départ.

B. Papilloines. — Les papillomes sont des végétations d'une apparence villeuse, plus ou moins allongées. J'ai vu chez un sujet non diathésique des papilles extrêmement vasculaires donnant lieu au moindre contact à un écoulement sanguin, et que j'ai fait disparaître avec des applications de perchlorure de fer.

C. Enchondromes. — Les enchondromes vrais viennent surtout de la cloison et sont fort rares ; ils renferment des parties ossifiées.

D. Osleomes. — Les exostoses développées sur le tissu osseux des fosses nasales sont analogues à celles des autres parties du squelette (voy. Sys-

(1) F. Mason, Sarcome mijeloide de la cloison des fosses nasales {Médical Times and Gazette, t. I, p. 552, 1875).

APPAREIL DE LA RESPIRATION

tème locomoteur, Ostéomes) ; mais les fosses nasales offrent des tumeurs osseuses peu communes et spéciales, en ce qu'elles n'ont que peu d'adhérences avec les portions osseuses proprement dites de ces cavités olfactives (1).

Les ostéomes des fosses nasales, presque toujours uniques, siègent sur le plancher de ces cavités : la forme en est arrondie ou ovoïde, en sablier, mamelonnée, et le volume variable, pouvant atteindre la grosseur d'un œuf de poule. La consistance est dure, éburnée, rappelant ou surpassant môme celle de l'ivoire, ou, au contraire, molle et comme spongieuse.

Les ostéomes durs sont composés de lamelles minces et concentriques; au contraire, les ostéomes mous sont formés de lamelles périphériques, dures et compactes, le milieu étant rempli d'aiguilles osseuses qui circonviennent des espaces occupés par du tissu médullaire.

Le recouvrement de tout ostéome intra-nasal, dur ou mou, est la membrane fibro-muqueusepituitaire qui l'entoure et qui est en communication avec lui par sa face profonde. Les exostoses sont formées de tissu osseux véritable, d'ostéoplastes et de canaux de Havers, sans cellules de cartilage. L'anatomie pathologique démontre que ce ne sont point des polypes ossifiés; elles paraissent' se développer dans l'épaisseur de la muqueuse de Schneider, où l'on a signalé normalement des ostéoplastes (Verneuil). Ce seraient donc plutôt des hyperplasies que des néoplasies.

E. Adénomes. — Les'^dénomes des fosses nasales, établis par Ch. Robin et Verneuil, ont pour caractères d'être sessiles, d'envahir au loin les cavités. Leur point d'attache paraît devoir être sur les parties supérieures ou voûte nasale. L'adénome, moins dur que l'enchondrome, offre la multiplication et la déformation des glandules de la région.

Les adénomes compliquent parfois^les sarcomes et les fibromes.

Page 1