LIVRE DEUXIÈME
L'appareil respiratoire formé par les fosses nasales, le larynx, la trachée, î(^s bronches et les poumons, occupe la majeure partie de la cavité thora- « ique. Les organes tubulés qui le composent, variables pour la forme, ont des usages physiologiques importants : la perception nasale des ôdeurs, la phonation laryngée, l'échange gazeux, pulmonaire. Les parties supérieures des voies respiratoires éprouvent des lésions de canalisation, gênant ou empêchant simplement l'entrée de l'air atmosphérique, tandis que les lésions profondes, survenues dans les portions terminales pulmonaires, atteignent ou rendent impossible la fonction elle-même de la respiration.
SECTION PREMIÈRE
SINUS FROiNTAUX, MAXILLAIRES, ETC.
Les fosses nasales et les sinus qui en dépendent représentent des cavités anfractueuses ; l'entrée des fosses nasales présente des poils qui arrêtent les corps étrangers aériens ; leur intérieur est revêtu par une membrane, dite de Schneider, dont la portion supérieure est spécialement olfactive. Je vais passer en revue les lésions principales de ces cavités.
Inflammations diverses, aiguës et chroniques. 1. — InnamiMation catai'rhale, aiguë; Coryx».
L'inflammation catarrhale légère de la muqueuse de Schneider, ou en d'autres termes le coryza aigu, la rhinite aiguë, que je n'ai observée
AlM'.Vr.ElL DE LA U ES 1' ! T. AT 1 0 N.
que sur le vivant, montre cette muqueuse rouge et tuméfiée. Le spéculum nasi qm entrait facilement dans les narines est introduit avec un peu plus de difficulté. La membrane est épaissie, les vaisseaux dilatés par paralysie vasculaire et le liquide du coryza s'écoule d'abord séreux, puis extrêmement abondant. Plus tard il devient épais, rare et formant des stries jaunâtres (muco-pus) ; enfin il est tout à fait opaque, d'un jaune un peu yerdâtre.
Le liquide séreux et alcalin, examiné au microscope tout à fait au début, n'offre que les cellules qui tapissent normalement les fosses nasales et qui sont tombées; plusieurs ne sont point changées; l'épithélium est presque normal. Mais bientôt les cellules sont déformées, épaissies, quoique reconnaissables ; leur noyau est plus volumineux : plusieurs cellules ont deux ou plusieurs noyaux. Dans les sécrétions avec liquide à stries jaunâtres, il y a mélange de cellules altérées épithéliales et de globules purulents très-nets (voyez fig. 113). Parfois des globules rouges du sang se voient dans les
préparations et ils proviennent de petites hémorrhagies. Quand le liquide est épais, puriforme, les cellules ont souvent de grandes vacuoles, et des granulations de nature graisseuse sont libres dans le liquide ou incluses , dans les cellules.
L'étude chimique du liquide séreux et alcalin de la rhinite aiguë y a ii fait reconnaître du chlorhydrate d'ammoniaque ; c'est à ce sel que doit { être rapportée ITicreté du liquide qui excorie l'ouverture des narines et l;i lèvre supérieure.
* FiG. 112. — Éléments cellulaires d'un liquide de coryza aigu. A, cellules cylindriques ou i\ prismatiques de la muqueuse de Schneider, détachées, ayant leurs cils vibratiles; b, c, cellules déformées à noyaux, encore pourvues de cils; D, cellules sans noyaux, déformées, mais avec ! des cils; P, globules de pus; R, les mêmes après l'action de l'acide acétique ; E, globules rouges i du sang. Grossissement, -450 diamètres.
FOSSES NASALES
iOI
L'inflammation aiguë de la membrane pituitaire, ou le coryza, peut oiïrir, suivant qu'elle est simple ou au contraire liée aux pyrexies, surtout à la rougeole, à l'érysipèle (ou à l'ingestion de poisons minéraux tels que l'iode) des degrés divers d'intensité. Les lésions de la muqueuse se réparent trèsvite ; mais chez des sujets diathésiques elles peuvent devenir le point de départ d'ulcérations, de tumeurs, de polypes, etc.
Le coryza pseudo-membraneux peut être simplement couenneux et offrir alors des cellules desquamées, déformées, réunies par une gangue muco-corpusculaire. La violence du processus morbide distingue cet état de l'inflammation aiguë ordinaire; les nouvelles cellules de la pituitaire, ' sous-jacentes à l'exsudat, détachent bientôt ce dernier et tout rentre dans l'ordre : l'état général n'est point grave, la pseudhymène non spécifique.
Dans d'autres cas, au contraire, la fausse membrane, ou pseudhymène, estla manifestation delà diphthérie; et, en même temps, on aperçoit des fausses membranes adhérentes, d'un blanc jaunâtre, s'étendant de l'orifice des fosses nasales sur les cornets et dans tout l'intérieur jusqu'en arrière ; il s'écoule une matière fétide, souvent sanguinolente.
La composition de ces fausses membranes montre, comme pour le larynx, un exsudât fibrillaire et des cellules de la région déformées et multipliées. Ce coryza de la diphthérie est rarement isolé : presque toujours il est accompagné de pseudhymènes de la gorge ou du larynx.
L'inflammation du coryza peut être assez forte pour arriver à la production du pus collecté et aux abcès de la cloison. J. Cloquet ; en 1830, a insisté sur ces collections purulentes. Le coryza varioleux s'accompagne de pustules sur la muqueuse ; dans le coryza de la morve il se développe de la rougeur avec sécrétions purulentes et de petit abcès suivis d'ulcérations, (voy. plus bas. Morve).
9, — Inflaininatîoii!!! chroniques des fosses nasales < coryza, rbinite clironii|ues .
Les lésions de l'inflammation chronique des fosses nasales ont permis de distinguer le coryza chronique simple du coryza ulcéreux ou ozène ; ces lésions sont tantôt prédominantes à la partie antérieure, tantôt à la partie postérieure des fosses nasales.
Dans les cas de coryza chronique simple, de rhinite chronique, on voit, à l'œil nu, que la muqueuse, découverte au moyen du spéculum nasi, est épaissie, surtout sur les cornets, granuleuse, villeuse, d'un rouge foncé, elle est même vio-
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APPAREIL DE LA RESPIRATION
lacée par places avec les vaisseaux plus développés et flexueux. Avec le miroir rhinoscopique on trouve les mêmes lésions en arrière, vers le pharynx.
J'ai fait l'examen histologique d'une muqueuse nasale dans ces conditions et sans ulcérations; la surface était inégale, avec des saillies suivies de petites dépressions et qui étaient des plus manifestes. Le revêtement épithélial, inégalement réparti, laissait plusieurs points de la surface presque à nu ou exulcérés. Le clioriou muqueux était très-épaissi.
Sur des coupes après durcissement dans l'acide picrique,on voyait manifestement une multiplication des éléments fuso-cellulaires et fdH'illaires du tissu lamineux ou conjonctif. Les vaisseaux étaient très-dilatés.
Sur deux points du cornet inférieur, une saillie de la muqueuse formait lui boursouflement muqueux. Celui-ci, coupé en deux, offrait une multiplication cellulaire d'éléments embryo-plastiques et de fibres contournées, quelques-unes résistaient à l'action de l'acide acétique et étaient, par conséquent, des fibres élastiques.
Je crois que ces endroits boursouflés de la muqueuse auraient pu donner lieu à la production d'un polype si l'hypertrophie des éléments eût continué.
Dans le coryza chronique simple non ulcéreux, la muqueuse épaissie est ordinairement recouverte d'un mucus en partie desséché, concret, demi-solide, formant des grumeaux ou des amas plus ou moins étendus. On peut le briser ou l'étirer en fragments. D'autres fois, la sécrétion est rougeâtre, épaisse, membranilbrme, ressemblant à de la chair lavée : on dirait une fausse membrane, une pseudhymène chroniquement reproduite.
L'examen microscopique des croûtes de mucus desséché, placées dans l'eau ou le sérum iodé, montre des éléments épithéliaux et des globules purulents; les productions membraniformes offrent un aspect strié, mais je n'y ai point constaté de fibrine. L'acide acétique les pâlit et rend trèsapparentes les cellules déformées d'épithélium qui n'ont pas de cils, des globules purulents et une grande quantité de noyaux libres. La gangue me paraît formée par de la mucosine épaissie.
D'après ce que j'ai vu sur des sujets atteints de punaisie avec odeur fétide ou ozène, je ne pense pas que l'odeur qui caractérise cette infirmité soit due uniquement à des ulcérations nasales. L'examen le plus attentif que je viens de faire récemment n'a permis de constater, dans un cas de punaisie avec odeur des plus prononcées, qu'une rliinite chronique et des sécrétions accumulées. L'odeur de punais se produit souvent d'une manière intermittente, elle s'amoindrit ou cesse après un récurage complet. La conformation vicieuse des fosses nasales, l'élargissement du nez permettent une accumulation et une décomposition des mucosités non expulsées. Le fait anatomique de l'ulcération ne me parait pas lié nécessairement à l'odeur punaisique ; cette dernière est comparable,
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dans plusieurs cas, à la sueur fétide des pieds constituant une infirmité de même ordre.
J. Cloouet, Mémoires sur quelques points de la physiologie et de la pathologie de la membrane pituitaire (Journal hebdomadaire de médecine, 1830). ■ — Cazenave, Sur le coryza chronique non vénérien. Paris, 1835. — Anglada, Du coryza simple, thèse de Paris, 1837. — Rilliet et Barthez, Traité des maladies des enfants, 2° édition, t. I, p. 185, 1853. — L. Desnos, article Coryza (Nouv. Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. IX, p. 518 et 521, 1869)