‹ Nouveaux éléments d'anatomie pathologique, descriptive et histologiqueChapitre 13 sur 317 · Stomatite ulcéro-iitenibraneuse, nccrohyincnI(|uc · texte numérisé non relu

Stomatite ulcéro-iitenibraneuse, nccrohyincnI(|uc

Cette stomatite me paraît devoir être séparée de l'ulcéreuse proprement dite; elle est caractérisée anatomiquement par une portion détachée de la muqueuse buccale, à la suite d'un processus inflammatoire spécial, qui a sphacélé ou mortifié cette membrane muqueuse elle-même.

Homme, vingt-neuf ans. — A l'entrée du malade à l'hôpital je trouve, en lui faisant ouvrir la bouche, une partie de la muqueuse de la joue gauche devenue saillante, dirigée dans le sens transversal, ovalaire, et d'autres parties de même aspect verticalement placées sur le rebord gingival du maxillaire inférieur. La saillie interne de la joue a 2 centimètres de long sur 1 centimètre de large, elle est jaunâtre, molle, entourée d'un rebord finement injecté, de couleur rouge; celles des gencives sont grisâtres , hautes de 5 niillimèlres environ ; leur rebord , injecté et fongueux, a une teinte violacée.

Deux jours plus tard, la plaque, ou saillie jaune, devenue mollasse, se détache en partie et je vois que la portion sous-jacente de la joue est déprimée, revêtue d'un détritus jaunâtre ; les bords sont irréguliers, mais non dentelés, élevés, un peu taillés ;'i pic. Le fond de la muqueuse ulcérée est grisâtre, avec de petites granulations. Sur les gencives les ulcérations, également grisâtres, semblent avoir reçu une poussière de plâtre ou de craie, tenant au tartre dentaire produit en grande quantité. Les ganglions maxillaires sont engorgés. Guérison rapide par le chlorale de potasse.

CAVITÉ HUCCALE.

Les lambeaux membraniformes, détachés et placés dans l'eau, m'ont offert, à l'œil nu et à la loupe, une plaque bucco-génale, à bords irréguliers, d'une teinte gris jaunâtre sur la face libre, rugueuse et avec des prolongements irréguliers sur la face adhérente, avec quelques points brunâtres ou d'un brun rougeâtre..

L'examen histologique à l'aide du microscope prouve que ce lambeau membraniforme examiné d'abord directement et puis après durcissement dans l'alcool, est formé : par des fibres reconnaissables du tissu coiijonctif ou lamineux, plus ou moins appliquées les unes contre les autres, séparées par une grande quantité de granulations et de corps nucléaires, offrant des faisceaux lâches, parallèles ou entrecroisés, tels que les montre le chorion muqueux buccal. Ces fibres laniineuses, apercevables au milieu des granulations, sont fines, épaisses à peine de 1 à 2 elles deviennent pâles et diffluentes par l'action de l'acide acétique. J'ai toujours trouvé des fibres élastiques éparses, contournées, deux ou trois fois plus épaisses que celles du tissu conjonctif, anastomosées, et résistant à l'action de l'acide acétique qui les met en évidence.

Des granulations moléculaires protéiques, des globules rouges du sang, des leucocytes de diverses variétés, se trouvent sur la membrane détacbée récemment, ainsi que des lamelles épithéliales, soit lamelliformes, soit arrondies.

La figure 1 montre une coupe pratiquée sur la membrane mortifiée. On voit, cà la surface, des restes d'épilliélium buccal; celui-ci est en grande partie déti uit par le soulèvement épidermique initial, vu par Bergeron, et puis par la macération de la membrane dans la cavité buccale. Les vaisseaux du derme sont volumineux, remplis de granulations. Les deux canaux, qui de baut en bas traversent la coupe, sont les vestiges des canaux excréteurs des glandes génales acineuses, situées entre les faisceaux musculaires, et même au-dessous de ceux-ci. Les canaux excréteurs de ces glandes, signalées déjà par Ilenle et bien décrites par Sappey, ne laissent aucun doute sur la nature de la membrane buccale, mortifiée, puis éliminée, dans "les cas de stomatite ulcéro-membraneuse.

Le liquide épais et le détritus recouvrant les ulcérations buccales renferment des leucocytes (globules de pus à noyaux et sans noyaux) devenus hypertrophiés et granuleux, des hématies ou globules rouges du sang, un grand nombre de végétaux inférieurs, vibrions, bactéries ou Leptothrix.

D'après cet examen anatomique, je dois conclure, avec Jules Bergeron, que la plaque jaunâtre qu'on observe à la face interne des joues dans la stomatite ulcéro-membraneuse des soldats el des enfants, n'est autre qu'une portion mortifiée ou sphacélée de la muqueuse buccale. C'est après la chute de cette portion mortifiée que la muqueuse ulcérée, dans une étendue assez forte, se recouvre des éléments corpusculaires et ordinaires des cicatrices.

APPAREIL DE LA DIGESTION

J'affirme que le processus pathologique de cette stomatite remarquable est caractérisé par la mortification et l'élimination superficielle de la muqueuse, parfois jusqu'à la couche musculeuscintra-génale. Mais ce processus est-il, comme le prétendent plusieursauteurs, et Yirchov en particulier, sous l'influence d'un exsudât interstitiel appelé bien à tort diphthérique,

FiG. 1. — Membrane mortifiée ou nécrohymèiie de la stomatite ulcéro-membranoiisc '.

et qui, comprimant les vaisseaux, amènerait de la sorte le sphacèle des tissus auxquels il se distribue? Mon opinion est diamétralement opposée à cette manière de voir. Nous avons ici le type de l'inflammation ulcéro-membraneuse, mais le produit pathologique n'est point une fausse membrane, une pseudhymène {JtitZSo; faux; ûy-rW membrane), car c'est la muqueuse elle-même, détachée, éliminée et formant une nécro-

1. Coupe perpendiculaire ; e, e, fragments d'épithélium de la face interne de la muqueuse génale; cg, conduit excréteur des glandules situées au-dessous de la couche musculaire de la joue ; V; r, r, coupe des vaisseaux très-dilatés et remplis de granulations provenant du sang décomposé; gg, graisse à l'état de gouttelettes; toute la nécrohymène est parsemé de granulations. — 2. a, .cellules épilhéliales lamelliformes superficielles; b, cellules plus lirofondes et à bords légèrement dentelés. —3. Globules rouges du sang ou hématies: r r, globules à centre foncé, vus de face; s, le même dans un autre plan montrant le centre clair; l, même globule de profil nettement lenticulo-concave ; x, mêmes globules déformés, crénelés ou hérissés de pointes.— 4.. Leucocytes purulents ou globules du pus : p, ces globules légèrement moriformes à bords sinueux; n, mûmes globules hypertrophiés et granulo-graisseux; m, globules situés à la base de la figure et vus après l'action de l'acide acétique, celui de droite montre trois noyaux, celui de gauche deux noyaux. Grossissement de la figure 1 : 90 diamètres, les autres de ^ à -i : 450 diamètres. (A. Laboulbènc)

CAVITÉ lîUCCALE.

hymène (v£xpb; mort^ ûy-riv membrane) par suite d'un travail morbide, spécial qu'on peut appeler nécrohyménique ou ulcéro-membraneux.

Il s'agit véritablement d'une membrane mortifiée par suite d'une inflammation violente et particulière, les vaisseaux loin d'être oblitérés dans son intérieur so,nt béants et remplis de détritus de globules sanguins. Nous verrons en traitant de la dysenterie un processus analogue, et il n'a rien de commun avec la prétendue oblitération des vaisseaux nourriciers par un exsudât interstitiel.

L'inflammation ulcéro-membraneuse ou nécrohyménique a été appelée diphthérique, par une déplorable confusion de mots et d'idées. La diphthérie vraie, telle que l'a comprise et décrite Bretonnéau, est caractérisée par une fausse membrane, ou pseudhymène, soit que celle-ci provienne d'un dépôt superficiel d'épithélium modifié, ou bien d'un exsudât fibrillo-corpusculaire, ainsi que la chose sera examinée en traitant des lésions du pharynx et du larynx.

Mais, je ne saurais trop le dire, l'inflammation ulcéro-membraneuse ou nécrohyménique, qui détache la plaque jaune précédemment décrite, n'a rien de comparable avec une production pseudhyménique, ou pseudomemhraneuse et elle ne doit, en aucune manière, porter le nom de diphthérique qui lui a été donné à tort en Allemagne. II y a là une confusion, une appréciation fautive et des plus regrettables, qu'il convient de signaler expressément pour la faire disparaître.

GuERSANT et Blache, article Stomatite du Dict. en 30 volumes. — Isambert, Études sur le chlorate de potasse. Paris, 1856. — Bergeron, De la stomatite ulcéreuse des soldats et de son identité avec la stomatite des enfants, dite couenneuse, diphthérique, ulcéro-membraneuse. Paris, 1859. — Barrier, Traité des maladies de l'enfance. 3° édit. Paris, 1800. — Beltz, Stomatite ulcéro-membraneuse chez un adulte (Gaz. des hôpitaux, 18G8). — Feuvrier, Stomatite ulcéreuse des soldats, relation d'une épidémie. In-8, 1871.

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