I. — Périnévrite et Hévrltc aiguës
L'inflammation aiguë du nerf qui ne serait caractérisée que par le développement vasculaire, l'hyperliémie de la gaine, l'extravasation punctiforme, l'œdème, serait tout à fait au début. Il faut, pour que la névrite soit nettement constituée, l'apparition de cellules nouvelles, pour l'état aigu, et de corpuscules ainsi que de fibrilles, pour l'état chronique.
Dans la périnévrite aiguë, on voit, à l'œil nu, le tronc nerveux plus volumineux, rouge, terne, avec hyperhémie et un exsudât séreux périfasciculaire ; la gaine semble distendue par une matière rougeàtre. Si l'on fend cette gaine lamelleuse, on aperçoit la vascularisation intrafasciculaire et de petites hémorrhagies. Avec le microscope, sur des coupes longitudinales et transversales, on trouve les vaisseaux gorgés de globules rouges et blancs; on voit enfin, dans l'exsudat séro-albumineux liquide, des hématies et parfois des leucocytes de diverses variétés. Les tubes nerveux sont intacts. \
La névrite aiguë parenchymateuse présente ou non les altérations précédentes, un ramollissement du tissu nerveux proprement dit : la myéline des tubes se divise ou se fragmente, elle se réduit en gouttelettes graisseuses de plus en plus fines comme une poussière. Dans plusieurs tubes la myéline est résorbée; de telle sorte qu'il reste surtout du tissu lamineux, à la place du nerf, et que la plupart des tubes sont lésés; les cellules de la gaine de Schwann se sont multipliées.
Le processus de la névrite parenchymateuse a été suivi par plusieurs auteurs, et surtout par Charcot et Pitres. Ils ont vu sur des nerfs enflammés placés dans une solution d'acide osmique au centième, puis colorés par le picrocarminate d'ammoniaque: i°des tubes sains, ou dans lesquels les cellules intratubulaires présentent seulement une tuméfaction légère ; des tubes nerveux gonflés et offrant l'aspect moniliforme. Dans ces
A'ERFS.
derniers, les gaines de Schwann sont remplies de noyaux entourés d'une très-mince couche cellulaire ; d'autres cellules contiennent des débris de myéline et des granulations graisseuses. Le cylindre axe a disparu. Les cellules plates de l'endonèvre sont un peu tuméfiées, et quelques-unes granulo-graisseuses. Le périnèvre ne paraît pas, dans certains cas, avoir beaucoup participé à l'inflammation.
La névrite aiguë interstitielle ou suppurative est rare. Le tissu de la gaine lamelleuse et extérieure nerveuse résiste longtemps; on trouve au centre de foyers de suppuration, des nerfs dont le pourtour est hyperhémié, avec exsudation séreuse, mais conservant les tubes nerveux intacts. Gornil et Ram ier ont montré que si après avoir mis à nu le nerf sciatique, sur un animal vivant, on répand dans la plaie du vermillon délayé dans l'eau, les globules purulents se chargent des granulations colorées et les transportent dans diverses directions; mais ces globules purulents colorés ne traversent jamais la gaine lamelleuse et ne pénètrent pas entre les tubes nerveux (4). Si la gaine est lésée ou déchirée, si on a passé un iil à travers le nerf, les globules de pus chargés de vermillon passent alors par la voie ouverte et se répandent dans le tissu conjonctif intrafasciculaire.
Avec le microscope, on reconnaît facilement les globules de pus, les leucocytes de toutes variétés formant de petites collections ou disséminés et infiltrés entre les tubes nerveux.
s. — Périnévrîte et Mfévrïte chroniques.
Le nerf épaissi par inflammation chronique peut n'offrir que de petites plaques indurées, mais cela est fort rare ; une plus grande partie du tronc nerveux se trouve ordinairement lésée.
La périnévrite chronique montre, à l'œil nu, le nerf grisâtre ou gris bleuâtre, plus rarement rouge violacé. Il est augmenté de volume, avec des épaississements, avec des adhérences aux tissus voisins. A la coupe, on trouve le névrilème épaissi. Parfois les éléments des gaines lamelleuses intermédiaires ont largement participé à la périnévrite. Quant aux tubes nerveux, ils sont intacts, surtout quand la sclérose interstitielle s'est très-lentement développée. Un nerf augmenté de volume et comparé à celui du côté opposé, sur deux sections ou coupes minces homologues, montre autant de tubes nerveux. La diff'érence est produite par le tissu néoplasique de la périnévrite.
(1) CoRNiL et Ranvier, Manuel cihistologie pathologique, 2° partie, p. 600, 1873.
APPAREIL DE L'INNERVATION
Quand un cordon ou un tronc nerveux est entouré simplement par un néoplasme, dans les nerfs des muscles paralysés, à la suite d'hémiplégies avec contracture des extrémités, on trouve une augmentation telle du cordon nerveux, qu'il peut avoir une moitié en sus, ou même être le double du nerf homologue du côté sain. Le nerf coupé, durci et sectionné ensuite, montre sur des coupes minces de la périnévrite ou bien une multiplication de ses éléments fibrillaires avec des cellules de nouvelle formation iutertubulaires ; les tubes eux-mêmes n'ont éprouvé aucune altération et leur structure paraît normale.
L'épaississement irrégulier du cordon nerveux, dû aux éléments du névrilème, est le premier degré du sarcome ou du fibrome de ces nerfs. Mais il existe une périnévrite particulière, bien étudiée dans ces derniers temps et qu'il faut actuellement signaler.
La périnévrite lépreuse, anivant dans la lèpre tuberculeuse, montre les nerfs cutanés et sous-cutanés épaissis dans leur gaîne. On constate cet épaississement sur les nerfs superficiels pendant la vie et s'accompagnant d'anestliésie cutanée, même avant l'apparition des nodosités tuberculeuses.
Avec le microscope, on voit que le névrilème est considérablement épaissi, qu'il y a multiplication d'un tissu conjonctif nouveau, autour et entre les tubes nerveux. Les vaisseaux plus volumineux sont eux-mêmes enveloppés d'une gangue conjonctive multipliée, analogue à celle qui enveloppe les tubes nerveux. Dans la peau on aperçoit un épaississement de la gaîne névrilématique des petits filets nerveux qui parcourent le champ du microscope.
Quand le nerf est atteint de névrite chronique, sa coloration est grise et même noirâtre. Il est plus induré, plus résistant, plus compacte. Sur la coupe, le tissu paraît plus homogène.
A l'examen microscopique, la périnévrite est ordinairement évidente; parfois le névrilème est très-dur, comme cartilagineux. Ces modifications sont produites par une néoformation cellulo-fibreuse. Les tubes nerveux sont en plusieurs points vides, d'autres n'ont que le cylindre d'axe ou bien leur myéline est divisée en goutelettes. La pression des éléments périphériques sur le tube nerveux a produit une métamorphose granulo-graisseuse du contenu. Les lésions des tubes nerveux s'observent bien sur des coupes longitudinales et transversales.
La névrite chronique a été vue se limitant au voisinage d'une articulation (Rokitansky, Feinberg). D'autres fois, la névrite chronique étendait ses lésions d'une manière ascendante jusqu'à la moelle (névrite ascendante de Landry, Duménil, Klemm). Le nerf est dur, grisâtre, trèspigmenté, formé en majeure partie de tissu conjonctif. Des lésions tro-
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phiques variées ont été observées dans les névrites aiguës et chroniques : le zona, des éruptions eczémateuses et pemphigoïdes, de l'érythème. On a noté encore : un état lisse et luisant de la peau, parfois un état ressemblant à la sclérodermie, des altérations de l'épiderme, des ongles et des appareils glandulaires du tégument.
Nasse, De neuritide, Halœ, 1800. — Martinet, Mémoire sur l'iiiHammation des nerfs (Revue médicale, t. II, p. 330, 182ij. — Dubreuilh, De la névrite, thèse de Montpellier, 1845. — Beau, De la névrite et de la névralgie intercostales (Archives gén. de médecine, p. 161, 184-7). — De la névrite intercostale dans la phthisie pulmonaire (Union médicale, p. 345, 184-9). — Remak, Ueber Neuritis ((Ester. Zeitschrift fiir prakt. Heilkundc, 18f)0). — A. Mougeot, Reciierches sur quelques troubles de nutrition consécutifs aux affections des nerfs, thèse de Paris, 1867. — M. RosENTHAL, Ncrvenentziindung (Handbuch der Nervenkrankheiten, s. 457, Erlangen, 1870). — J. .Althaus, Neuritis des Plexus brachialis (Archiv fiir klin. Medicin, 1872). — CORNir. et Ranvier, Manuel d'histologie pathologique, 2*= partie, p. 600, 1873. - Pierret, Plusieurs cas de névrite parenchymateusc (Archives de physiol. normale et pathologique, 1874). — Fischer, Zwei Falle von Neuritis (Dc-rliner klin. Wochenschrift, 1875). — Colin (Auguste), Contribulion à l'étude de la névrite suppurative, thèse de Paris, juillet 1876. — H. Eichorst, Neuritis acuta progressiva (Archiv fiir path. Anat. und Physiol., 1877). — Laradie-Lagrave, Nouveau dictionnaire de méd. et de chir. pratiques, t. XXIII, p. 701, 1877. — L. Lereboullet, Dictionn. encyclop. des sciences médicales, 2° série, t. XII, p. 231, 1878. — L. Fournier-Bergeron, Contribution à l'étude de la névrite ascendante, thèse de Paris, n" lOO, 1878.
Néoplasmes des nerfs.
Les tumeurs diverses développées sur le trajet des nerfs ont été connues depuis Odier (de Genève), sous le nom de névromes. Mais ce terme ne doit s'appliquer rigoureusement qu'aux néoplasmes constitués par du tissu nerveux typique. Il me paraît donc préférable d'appeler les divers néoplasmes nerveux qui ont été décrits : des sarcomes, fibromes, myxomes, etc., des nerfs.
A. Sarcomes. — Le sarcome des nerfs a été nié par Virchow, mais il me paraît incontestable ; Broca, Verneuil, Grohe, Volkmann, Muron, en ont fait connaître des exemples. La tumeur était constituée par des cellules fusiformes et des noyaux ovoïdes. Ces éléments ont parfois des dépôts pigmentaires ou granulo-graisseux, ou, comme dans la tumeur étudiée par Muron, ils renferment entre les éléments cellulaires une matière muqueuse ou colloïde.
Le gliome des nerfs n'est, à mon avis, qu'une variété de sarcome. Il est fréquent dans les nerfs crâniens, surtout le nerf auditif (Virchow). Le tissu sarcomateux est, dans plusieurs observations, devenu fibroïde ou fibreux. On a ainsi un libro-sarcome.
Dans un fait de fibro-sarcome du nerf médian au pli du coude, la tumeur, du volume d'un gros œuf, était formée de deux zones : l'une, périphérique, offrait
APPAREIL DE L'INNEPiVATION.
des faisceaux entrecroisés de tissu conneclif ; l'autre, centrale, ne présentait que des cellules fusiformes avec une grande quantité d'éléments nucléaires en liberté (1).
Sottas et Foucault ont vu dans un filjro-sarcome les éléments fibroplastiques et fibreux mélangés; les cellules et noyaux étaient placés dans les mailles du tissu conjonctif ou lamineux.
Les sarcomes et les fibro-sarcomes ne dépassent pas le volume d'une orange ou du poing, et le plus souvent ils atteignent la grosseur d'une petite noix. On les a trouvés sur les nerfs médians au poignet (Grohe, Volkmann), au pli du coude (Lanelongue, de Bordeaux), sur un fdet du nerf cubital (Verneuil et Muron), sur le nerf cubital au bras (Demarquay et Foucault) ; sur le sciatique poplité externe (Verneuil) ; sur le nerf tibial postérieur (Broca), sur le pneumo-gastrique (Sottas).
B. Fibromes. — Le fibrome des nerfs a été comme le sarcome révoqué en doute par les auteurs allemands, entre autres Fœrster et Virchow, mais leur opinion exclusive est erronée. J'ai vu au moins deux faits incontestables de ces fibromes.
Placé sur le trajet d'un nerf, le fibrome a l'apparence d'une tumeur plus souvent petite que volumineuse, quoiqu'elle puisse atteindre un assez grand volume, celui du poing, par exemple. Ils sont souvent multiples. La forme est allongée, ovoïde, elliptique ou globuleuse. Tantôt la tumeur semble faire partie du nerf et être placée dans l'intérieur, tantôt elle est déjetée et placée sur le côté ; de là des fibromes interfibrillaires ou centraux et des fibromes péripbériques des nerfs.
Le fibrome incisé est constitué par une masse de tissu d'aspect bomogène, luisant, blanchâtre avec un reflet bleuâtre. Avec le microscope, on trouve une quantité considérable de fibres fines, isolées ou réunies en faisceaux. Celles que j'ai vues n'étaient point sûrement des gaines nerveuses de Schwann vidées, mais des fibrilles de tissu lamineux ou conjonctif pâlissant par l'action de l'acide acétique. On a signalé plusieursfois de petites hémorrhagies, ainsi que de petites collutions kystiques dans les fibromes des nerfs, et même un liquide purulent.
Une des variétés les plus remarquables est le fibrome plexi forme. Verneuil, Cliristot, Billroth, Rizzoli, en ont cité des exemples. La néoplasie résulte du développement anormal du tissu fibreux conjonctif des nerfs. Les cordons de la plus grande partie de la tumeur sont constitués par un tissu fibroïde et lamelleux. Les tubes nerveux sont même rares, au milieu de ces cordons durs, noueux et ramifiés.
(1) 0. PoiNSOT, article Nerfs, lésions organiques [Noiiveau Dictionnaire de méd. et de chir. pratiques, t. XXIII, p. 681, 1877).
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G. Myxomes. — Le myxome des nerfs se présente comme un renflement fiisiforme ou globuleux au dedans du nerf. La forme est un peu lobée ou bosselée. La masse est demi-transparente, et sur la coupe le tissu est jaunâtre, ambré ou verdâtre; par la pression il en sort un liquide épais, filant, gélatiniforme. Ce liquide, renfermé dans des mailles lamineuses, parfois épaisses (fibro-myxome), montre à l'examen microscopique des cellules et des noyaux embryoplastiques ; parfois ces éléments sont granulo-graisseux. On trouve des myxomes renfermant une certaine quantité de graisse, d'où une variété de myxome lipomateux. Le myxome a été observé sur des nerfs crâniens : nerf optique, branche superficielle du maxillaire inférieur; sur le radial, le cubital, le tibial postérieur, le péronier. J'en ai observé un du nerf cubital, enlevé par Manec et remis par lui après l'ablation.
D. Kystes. — Les kystes séreux des nerfs sont très-rares, si on les sépare des myxomes; on les a vus surlemédian et le cubital (Beauchêne, Bertrand). Lockhart Clarke dit que le musée de l'hôpital Saint-Georges, de Londres, renferme une préparation relative à un kyste du nerf médian.
E. Névromes vrais, hypertrophiques. — On sait aujourd'hui que beaucoup de tumeurs des nerfs sont formées par une production anormale de tissu nerveux. Il est démontre que les cellules nerveuses névrogliques, seules, peuvent constituer ces tumeurs. Ch. Robin les a vues sur le plexus solaire. Je crois en avoir constaté la réalité sur l'extrémité des nerfs dans les vieux moignons d'amputés. On a de même la certitude que les névromes sont parfois uniquement fasciculés, avec des tubes nerveux, tantôt à myéline, tantôt sans myéline. Ces derniers ne constituent pas deux formes très-distinctes, mais deux degrés d'une même affection hypertrophique.
Les névromes fasciculés ont été regardés comme très-rares, puis comme très-fréquents. A l'œil nu, ils ressemblent beaucoup aux fibromes. La surface de section est blanche ou jaunâtre, exsangue, lobée. Le microscope est indispensable pour mettre en évidence, au milieu des libres conjonctives ou lamineuses, les tubes à myéline. On les voit bien avec la soude ou l'acide acétique, qui pâlit les éléments conjonctifs. Pour les névromes amyéliniques, Reil et Virchow^ conseillent de faire macérer la pièce dans l'acide nitrique étendu, puis de pratiquer des coupes et d'employer l'acide acétique : on voit alors les gaines de Schwann avec leurs noyaux de forme ovale-allongée. Il faut convenir que la distinction des tubes sans myéline et des fibres conjonctives est parfois de la plus grande difficulté.
Les nerfs du moignon des amputés offrent le type du névrome fasciculé, sous forme de nodosités rondes et aplaties ou globuleuses. Les
AP1>AREIL DE L ' IN N E lî V ATI 0 N.
nodules, ou tubercules nerveux, douloureux, considérés longtemps comme de simples fibromes sont constitués aussi par des tubes nerveux de formation nouvelle (Virchow, Léon Labbé et Legros).
Dans trois fails observés par Léon Labbé et Legros, l'examen microscopique faisait reconnaître des tubes nerveux à double contour, tantôt disposés en faisceaux; comme dans les nerfs de sensibilité, tantôt formant une sorte de plexus indécliiffrable. Çà et là apparaissaient des tubes variqueux dont le volume était cinq, à six fois plus considérable qu'à l'état normal. Des fibres de Remak se rencontraient aussi ; dans certains points, elles étaient même extrêmement nombreuses. Sur une pièce, les corpuscules du tact étaient augmentés de volume, ce qui explique l'opinion d'Axmann, regardant les tubercules sous-cutanés comme dus à une hypertropbie des corpuscules de Pacchini.
Muron a donné la description histologique suivante d'un nécrome enlevé par Trélat: sous la membrane d'enveloppe, on trouvait uniquement comme éléments constituants : des tubes nerveux à double contour, disposés très-irrégulièrement et à peine séparés par un très-mince réseau celluleux.
La tumeur nerveuse cfue Verneuil a nommée névrome cylindrique plexi forme est très-remarquable. La masse est formée de nerfs allongés, contournés sur eux-mêmes, comme des pelotons variqueux, présentant à leurs extrémités beaucoup d'anastomoses et portant sur leur trajet des renflements analogues à des ganglions. Les nerfs entrent pour plus des deux tiers dans la formation de la masse totale. Certains cordons contiennent un, deux ou trois tubes nerveux hypertrophiés, tandis que les autres sont remplis complètement par des tubes.
F. Tubercules. — Ladreil de Lacharrière a présenté à la Société anatomique une observation de tubercule du nerf optique (1), mais la tumeur n'a point été examinée au microscope. Il existait en même temps une méningite tuberculeuse.
J'ai vu à l'hôpital Necker, sur une petite fille de dix-buit mois, morte de tuberculose avec granulations méningées, tubercules dans le poumon et tubercules des méninges racbidiennes, un des nerfs terminaux et naissant à gaucbe de la queue de cheval, qui était noduleux, entouré par une petite masse tuberculeuse semitransparente et grise. Les cellules de formation nouvelle étaient placées sous le névrilème ; elles écartaient, comprimaient les tubes nerveux ; mais ceux-ci étaient parfaitement reconnaissables, et leur myéline n'était point nelten)ent augmentée,
(l) Ladreit de Lachariiièue, MéniiKjile tuberculeuse ; tubercule du nerf optique droit chez un enfant de quinze mois {Bulletins de la Société anatoinique de Paris, "l" série, t. IV, p. 47, 1859).
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li granuleuse. Le tubercule ne paraissait point avoir déterminé de névrite appréîiable.
' Ce tubercule, en se développant et plus tard en se calcifiant, aurait-il amené, pomme un corps étranger, des altérations proibndes du nerf ?
G. Épithéliomes. — Les tumeurs cancéreuses des nerfs, qui ne son!:, le jlus souvent, à mon avis, que des épithéliomes, sont rares. L'épithéliome des nerfs, très-rarement primitif (Fœrster), et amenant en se développant eur destruction, s'est ordinairement propagé d'une tumeur voisine au cordon nerveux, ou bien il résulte de la généralisation d'une affection cancéreuse d'autres organes.
Quand une tumeur épithéliale entoure un cordon nerveux, le névrilème lest atteint et les cellules épithcliales s'insinuent dans la gaine du nerf; elles gagnent de proche en proche et recouvrent les tubes nerveux qui finissent par disparaître (Weber). De plus, des végétations épithéliales se font sur le névrilème, et on a ainsi des néoplasies épithéliales des nerfs, anciens névromes cancéreux. Le nerf peut rester longtemps isolé et sain, au milieu d'une tumeur dite de mauvaise nature.
Dans les cas de cancer généralisé, le périnèvre est atteint le premier. Cornil a observé deux tumeurs épithéliales sur les. nerfs crural et scia- 'tique gauches, chez une femme atteinte de cancroïde du col utérin. Les lésions consistaient en une fragmentation de la substance médullaire devenue granuleuse. Les granulations sont parfois réunies en petites masses. Dans une tumeur cancéreuse d'un gros tronc nerveux, les altérations peuvent être limitées à un petit nombre de tubes.
Hyperhémie ; Hémorrhagie des nerfs.
! Uhi/perhémie des cordons nerveux est fréquente ; je crois, mais sans pouvoir le démontrer, qu'elle existe dans la majeure partie des névralgies. A l'état chronique, elle se trouve dans les nerfs qui traversent des collections purulentes ou qui sont au voisinage des néoplasmes. L'état turgescent des vaisseaux du névrilème s'étend au delà des points où se trouve la cause de l'hyperhémie.
Les nerfs qui se rapprochent des plaies, ceux qui sont intéressés par
I elles, sont constamment hyperhémiés ; mais ce serait trop de regarder l'hyperhémie ou l'inflammation légère du nerf comme la condition anatomique du tétanos, ainsi que l'ont pensé Lepelletier, Curling, Rokitansky, etc.
Avec le microscope, sur des nerfs durcis dans l'acide chromique, on s'assure que l'hyperhémie extrafasciculaire existe aussi dans l'intervalle des tubes nei'veux.
APPAREIL DE L'INNERVATION
Vhémorrhagie des nerfs a lieu quand la congestion poussée à l'çxlrême fait non-seulement transsuder le sérum oul'hématine dissoute, mais extravaser les globules rouges. On voit de petits points ecchymotiques ou de petits foyers. Dans les traumatismes (voy. Contusion des nerfs), dans les plaies, le sang s'insinue entre les faisceaux conjonctifs et s'étend dans une étendue variable.
Lésions des nerfs dans diverses maladies.
La névrite, dont les lésions mieux recherchées étendront le domaine anatomique, peut être venue dans le tronc nerveux par propagation et par contiguïté. Bouillaud et Beau admettent que la douleur de \di pleurésie est due aux nerfs intercostaux atteints d'inflammation. Peter insiste sur l'inflammation des nerfs dans la péricardite, la pleurésie diaphragmatique, la. péritonite, etc., et sur celle des nerfs phréniques et cardiaques dans certains cas d'angine de poitrine.
Les névrites par propagation des lésions cérébro-spinales aux nerfs crâniens, surtout optiques et spinaux, sont indéniables; ce sont les névrites descendantes de Remak, Charcot, Bouchard, Vulpian.
Les névrites ascendantes, signalées par Graves et rattachées par Remak à la paralysie uro-génitale médullaire, sont confirmées par l'observation et l'expérimentation. Telles sont encore les névrites ascendantes des intercostaux, du médian, des péroniers, du sciatique, etc. Gubler afait ressortir les altérations des centres nerveux dans les paralysies amyotrophiques. Les altérations des nerfs sont moins étudiées dans ces cas difficiles ; cependant quelques paralysies des membres dans les maladies générales, typhus, fièvre ti/phoîde, diphUiérie, sont liées à des névrites (Bernhardt, Nothnagel, U. Bailly, Charcot et Vulpian, Lépine). J'ai rapporté précédemment un fait de lésion nerveuse dans la diphthérie (voy. p. 62).
Le rhumatisme ,\a goutte, lasypliilis, atteignent sûrement les troncs nerveux, mais la constatation anatomique n'est pas encore suffisamment établie.
Les névrites des intoxications sont incontestables. Bans \e saturnisme, les nerfs radiaux sont le siège de névrite parenchymateuse et de dégénérescence granulo-graisseuse (J. Renaut, Charcot, Gombault, Westphal) . Dans V intoxication par la vapeur de charbon, Leudet admet la névrite; les taches pigmentaires de la peau (1) que j'ai observées dans les intoxications par le sulfure de carbone me font penser qu'il peut en être ainsi dans quelques cas. Magnan a constaté des férinévrites chez les alcooliques.
(I) A. Laboulbène, Pigmentation de la peau chez les sujets intoxiqués par le sulfure de carbone (Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 2'= série, t. XIII, [i. 167, 1816).
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Les lésions nerveuses de la lèpre tuberculeuse ])orleïyl à penser que, dans la pellagre, Yergotisme chronique, Yacroclynie, des lésions nerveuses seront constatées.
L'action du froid sur les nerfs agit certainement de manière à modifier leur constitution anatomique. Porte-t-elle sur le tronc ou bien plutôt à leur extrémité, sur la plaque juxtamusculaire? Cette dernière hypothèse est la plus probable, et la modification ou la perte de la contractilitc électrique musculaire est fort remarquable.
Blessures, Plaies, Sections des nerfs.
Les blessures des nerfs par piqûres, par plaies légères ou considérables, ou par contusion, par déchirures, et arrachement, sont intéressantes au point de vue des lésions qu'elles provoquent, mettant sur la voie du meilleur traitement qu'elles réclament.
Les piqûres par instrument vulnérant lisse, telles que les produisait la lancette dans la phlébotomie, sectionnent des tubes nerveux. Il y ahémorrhagie dans la gaine et névrite. Les déchirements avec persistance d'un corps étranger, éclat de bois, de verre, de métal, grain de plomb, etc., dans le cordon nerveux, peuvent amener, comme on le sait, des accidents très-graves. Les désordres anatomiques sont ceux de la névrite descendante et ascendante.
La contusion a été étudiée expérimentativement par Tillaux :
Les expériences de Tillaux ont été faites sur quatre lapins et ont porté quatre fois sur le nerf sciatique et trois fois sur les nerfs du plexus brachial. Les contusions étaient produites avec l'extrémité mousse d'un marteau, à l'aide duquel on frappait modérément sur le nerf, préalablement mis à nu et soutenu par un corps solide.
L'examen microscopique, fait immédiatement, a fait constater les lésions suivantes :
Le névrilème n'était pas rompu ; mais, dans l'intérieur de la gaîne, il s'était fait des hémorrhagies qui la décollaient au delà des limites de la contusion. De petits foyers pénétraient également les enveloppes du péiiiièvre; d'autres traversaient les déchirures de ce périnèvre et venaient s'insinuer au milieu des tubes nerveux. Ces derniers ont présenté des désordres importants à signaler. En certains points, à mesure qu'ils approchent du lieu contus, on voit le calibre s'effiler, devenir le tiers, la moitié seulement de la dimension primitive ; plus loin, au contraire, on les voit dilatés, ampullaires. Ailleurs la contusion a été plus intense el les tubes nerveux sont tous rompus.
Au bout de trois ou quatre jours, on voit à l'endroit précis de la contusion des tubes nerveux qui viennent se perdre dans un amas granulé en voie de métamorphose. Au-dessous du point contus, on constate une coagulation de la myéline se présentant sous l'aspect de fragments granuleux.
APPAREIL DE L'INNERVATION
Les plaies avec section complète, qui ont élé si étudiées dans leur résultat au point de vue physiologique, offrent immédiatement el consécutivement les altérations anatomiques suivantes : les deux bouts s'écartent faiblement et entre eux il s'épanche du sang ; les débris du névrilème et le tissu conjonctif du nerf, excités par le traumatisme offrent une multiplication de leurs éléments. Les bouts du nerf se tuméfient, le bout central plus que le périphérique.
Avec le microscope, on trouve, dans l'espace situé entre les bouts du nerf divisé, les corpuscules et la fibrine du sang épanché qui éprouvent les modifications ordinaires, puis un grand nombre de cellules embryonnaires ou embryoplastiques qui sont suivies de cellules allongées et de fibrilles conjonctives. Enfin on constate à la longue, comme je l'ai vu depuis longtemps et montré àBrown-Séquard, dont je préparais les cours (1), des tubes nerveux incontestables dans la cicatrice des nerfs comme dans celles de la moelle épinière. Cette apparition des tubes nerveux fasciculés, ainsi que les altérations du nerf dans ses deux extrémités périphérique et centrale sont un sujet de controverses non encore épuisé; il y a là un des plus beaux champs d'observation pour la physiologie des nerfs.
Les expériences sur les animaux ont permis de suivre pas à pas les diverses altérations nerveuses après la section complète. Sur l'homme, la série des symptômes montre que les choses se passent de même; la suture des nerfs avec le rétablissement subit de leur fonction n'est pas possible ; quoique parfois apparente, elle n'est réellement que consécutive. Les données d'action nerveuse complémentaire, par branches récurrentes périphériques, expliquent les faits qui semblent contradictoires ; l'affrontement des bouts du nerf divisé n'en doit pas moins être la- règle.
Chez les animaux adultes, ou jeunes, la section du nerf occasionne dans les deux bouts coupés, surtout dans le périphérique, une altération spéciale avec dégénérescence. Puis après un temps variable, trois à cinq mois environ, il survient une véritable régénération des tubes du nerf et la restauration de ses usages fonctionnels, par un processus des plus remarquables. Auguste Waller a attaché son nom à ce que l'on a appelé la dégénérescence wallérienne des nerfs, mais les idées de cet éminent physiologiste sur ce point doivent être modifiées.
Quatre jours après la section simple du nerf sur un mammifère, le bout périphérique a perdu son excitabilité électrique. Par l'action de l'eau sur le sciatique du lapin, la perte de l'excito-motricité a lieu au bout de quarante-huit heures. En examinant avec le microscope les tubes nerveux (voy. fig. 298), on voit qu'ils ne sont plus aussi transparents, que
(1) Voy. les Comptes rendus de la Société de biologie, t. Ill, p. 79, 1851
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les bords sont moins dessinés. Au huitième jour, les tubes nerveux du bout périphérique ont un contenu trouble; le double bord est interrompu
FiG. 298. — Altérations et restauration des nerfs sectionnés *.
par places; la substance médullaire est étranglée, divisée, sur le point de se segmenter (voy. fig. 298, 1 à 7). Le dixième jour, la myéline est divisée
* FiG. 298. — Dégénérescences et restauration des nerfs sectionnés. 1, deux tubes nerveux provenant du segment péripliérique d'ua nerf sciatique du lapin sectionné depuis 50 heures ; dissociation après macération de il heures dans une dissolution d'acide osmique à 1 pour 100, examen dans l'eau; n, n, noyaux du segment interannulaire, gonflés et détachés de la gaîne de Schwann ; la gaine de myéline est interrompue à leur niveau. 2, 3, tubes nerveux du segment périphérique du sciatique du pigeon, le troisième jour après avoir été sectionnés ; n, n, n, n, n, n, noyaux dont plusieurs sont très-hypertrophiés. 4, 5, deux tubes nerveux du segment périphé-
APPAREIL DE L'INNERVATION
en segments de longueur variable, et coagulée en petites masses. Les jours suivants, la segmentation se poursuit, se complète, et les gaines de Schwann de chaque tube nerveux offrent des gouttelettes d'aspect graisseux qui deviennent de plus en plus fines. Au bout d'un mois à six semaines, les gouttelettes ressemblent à de la poussière ou à des granulations moléculaires.
Ainsi réduite à de fines granulations, la myéline disparaît. Ranvier a observé concurremment avec cette segmentation de la myéline, la turgescence des cellules de la gaine de Schwann, et, d'après lui, ces cellules, en s'agrandissant, agiraient sur le cylindre d'axe qu'elles couperaient et feraient disparaître, en même temps qu'elles s'assimileraient les granulations myéliniques. Des corps granuleux, ainsi que des granulations, entourent les tubes nerveux et abondent autour des vaisseaux. Enfin, les tubes réduits à la gaîne de Schwann, revenue sur elle-même, plissée, sans cylinder axis, sans myéline, ressemblent à des filaments et donnent une teinte grisâtre au nerf, qui peut rester dans cet état pendant un temps plus ou moins long (voy. fig. 298, 6 et 7).
Dans le bout central du nerf, il se produit des altérations à peu près semblables, mais la myéline ne disparaît pas entièrement, elle se dispose en amas ou en masses ovalaires, et le cylindre d'axe n'est pas détruit. L'altération, d'après Vulpian, remonte dans le segment central jusqu'aux cellules médullaires.
On a recherché avec persévérance si l'altération du bout périphérique du nerf divisé s'étend d'emblée à toute la longueur des fibres ou gagne de proche en proche. Waller, Krause, Philippeaux et Vulpian ont constaté que la dégénérescence était aussi avancée dans les extrémités terminales que près de la section.
Au moment où la dégénérescence atteint la totalité du nerf périphérique, en pratiquant au bout d'un mois, sur des tranches minces du nerf durci, des coupes transversales du sciatique du chien et du lapin, on ne voit plus avec le microscope le cylindre d'axe, les gaines de Schwann sont vides.
rique d'un sciatique du lapin 1 jours après la section; les nojaux hypertrophiés du segment compriment la myéline. 6,J, deux tubes nerveux à myéline du segment périphérique du nerf pneumogastrique du lapin 6 jours après la section; les tubes sont rétrécis et revenus sur euxmêmes. 8, un gros tube nerveux à myéline du bourgeon central du nerf pneumo-gastrique du lapin 72 jours après la section; la gaine médullaire du tube primitif est terminée par un bourgeon duquel partent des tubes à myéline et sans myéline. 9, tube nerveux grêle à myéline du segment cicatriciel du nerf pneumogastrique du lapin, 72 jours après avoir été sectionné ; on voit la bifurcation du tube nerveux au niveau d'un étranglement annulaire. 10 et 11, les deux figures se font suite : tube nerveux du bourgeon central du nerf sciatique du lapin 90 jours après la section, se terminant (fig. 10) par un tube secondaire qui se divise et se subdivise en faisceau de tubes médullaires grêles (fig. II). (L. Ranvier, Leçons sur l'histologie du système nerveux, t. I, pl. IV, et t. II, pl. I et II, 1878).
NERFS
Quand la totalité des rameaux nerveux périphériques sont dans l'état d'altération qui vient d'être décrit, un travail inverse s'établit et aboutit à la régénération du nerf. L'examen microscopique démontre que dans le tissu de cicatrice, opalin, fibrillaire, s'étendant entre le bout supéi ieur et inférieur, il y a des tubes nerveux rayéliniques de formation nouvelle, et ces tubes se multiplient de plus en plus, renfermant le cylindre d'axe et la myéline, en un mot leurs parties constituantes normales (voy. fig. ^298, 8-li). Dans l'intéi'ieur des troncs ou des cordons nerveux, on voit des tubes nerveux grêles contenant de la myéline et le cylindre d'axe, et à côté d'eux des tubes réduits à la gaine de Schwann. Peu à peu, le nombre des premiers augmente, celui des tubes vides diminue, le nerf est rétabli dans son état anatomique primitif et il a recouvré ses usages physiologiques.
Je ne ferai qu'indiquer les opinions qui ont été émises pour expliquer les altérations si remarquables et la régénération des nerfs fusionnés. Waller a cru à une dégénérescence due à la séparation des éléments nerveux avec les centres trophiques. Philippeaux et Vulpian ont montré que les sections avaient lieu, chez de jeunes animaux, même sur des tronçons détachés et transportés ailleurs. Yulpian admet une destruction et une réparation autogéniques. Ramier pense qu'il se produit une névrite suraiguë avec destruction du cylindre axe ainsi que de la myéline, par suite de l'accroissement et de la multiplication des cellules de la gaîne de Sch\vann, et enfin que la régénération est due à la pénétration par allongement de cylindres d'axe préexistants et venant du bout central.
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APPAREIL DE L' I N IN ER V AT I ON
Vices de conformation.
L'absence des troncs nerveux est toujours accompagnée de l'arrêt de développement des parties auxquelles les nerfs devaient se rendre. Dans les membres atrophiés congénitalement, les nerfs sont minces et atrophiés. Quand on remarque une anomalie au point de départ des nerfs, elle est corrélative avec unjice de conformation du cerveau ou de la moelle.
Les vices de conformation de trajet ou de c?is/r/6ith'ow des cordons nerveux ne sont pas ordinairement considérables.
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