Ei^ophagitc toxique
L'œsophage ainsi que la cavité buccale olfrent après le passage des acides concentrés et des alcalis caustiques une coloration souvent caractéristique. L'acide sulfurique produit des eschares brunes; l'acide azotique colore les tissus en gris jaunâtre, parfois orangé ; l'acide chlorhydrique détermine des taches épaisses, boursouflées et grisâtres; avec l'acide oxalique on observe des taches blanches ou blanchâtres.
La potasse, la soude, l'ammoniaque tuméfient et rendent mollasses les parois qu'elles ont touchées dans l'oesophage. Enfin, l'émétique ou le
(1) Brechefei.d, Ephem. naluv. cunoa., p. 182, 1671, in Foi.UN, thèse d'agrégation, p. 19, et BÉHiER, Clinique médicale, t. I, p. 118.
ŒSOPHAGE
tartre stibié offre une action locale pustuleuse dont j'ai observé et représenté l'exemple suivant :
Fie. 19. — Puslulation stibiéo de l'œsoplinge *.
Femme de quarante-deux ans, excédée de travail et atteinte de pneumonie du côté gauche du thorax.
Elle avale pendant deux jours 40 centigrammes de tartre stibié dans un julep diacodé, et elle succombe dans l'adynamie.
* FiG. 19. — Langue et œsophage étalé, montrant des lésions produites par le tartre stibié. 1, L, L, ulcérations linguales; Œ, Œ, ulcérations œsophagiennes. 2, A, cellules épithéliales pavimenteuses, granuleuses et à noyau bien net ; B, fibres lamineuses ou conjonctives mêlées à d'autres fibres élastiques, celles-ci reconnaissablcs à leur direction contournée. Il existe un très-grand nombre de granulations moléculaires. Grossissement, 300 diamètres.
APPAREIL DE LA DIGESTION
A l'sulopsie, je constate sur la langue des plaques blanches revêtues de détritus et recouvrant des ulcérations, quatre à l'extrémité, une vers la base. Ces taches avaient été viies pendant la vie (voy. fig. 19).
L'œsophage, après avoir été fendu et puis étalé, montre de nouvelles ulcérations situées au nombre de sept à la partie supérieure, deux vers le milieu et enfin huit autres à la partie inférieure. Toutes ces ulcérations ont un aspect variolique, avec le bord un peu saillant et le centre déprimé, elles sont entourées d'un réseau vasculaire très-marqué.
L'examen microscopique permet de constater l'existence de nécrohymènes, c'est-à-dire de parties constituantes de la muqueuse elle-même de l'œsophage. Des cellules d'épithélium pavimenteux se trouvent autour des points ulcérés, puis dans le milieu de ceux-ci des fdires de tissu lamineux ou conjonclif et d'autres fibres élastiques, un grand nombre de granulations moléculaires, des leucocytes (voy. fig. 19, 2, A, B).
Je dois rapprocher de ce fait intéressant celifi que Béhier a publié et figuré dans le tome IIP du Traité de V auscultation médiate^ etc., de Laennec (4" édition d'Andral, p. 560, avec planche, 1837). Les parties supérieure et inférieure de l'œsophage sont presque exclusivement le siège des ulcérations dues à l'émétique pris à la dose de 50 centigrammes par jour, ressemblant à de grosses pustules d'ecthyma dont la partie supérieure aurait été détruite.
La pustulation stibiée de l'œsophage est à redouter localement après l'ingestion de potions renfermant l'émétique à haute dose. Tardieu, ainsi que je l'ai déjà noté, admet, après absorption du poison, la manifestation de pustules stibiées. Quoi qu'il en soit, l'aclion du tartre stibié sur l'œsophage détermine la mortification de la muqueuse suivie d'ulcérations caractéristiques.
O. ' — <Esophagite chronique.
Hommede quarante-sixans, buveur, atteint de rétrécissement fibreux de l'œsophage au-dessus du cardia. L'œsophage est dilaté, la muqueuse est d'un rouge brunâtre et par jdaces la couleur est ardoisée. De petites érosions s'observent le long du conduit. De plus, le développement anormal des glandules est très-manifeste, ainsi que la dilatation et l'état variqueux des capillaires; cet état est nettement appréciable avec la loupe.
Le tissu coiijonctif sous-muqueux est épaissi, les fibres musculaires et les fibrescellules sont elles-mêmes hyperplasiées, mais non granuleuses.
La partie rétrécie n'offre dans le tissu sous-muqueux qu'un développementconsidérable du tissu conjonctif à fibres lamineuses pressées et à noyaux embryo-
CESOlMlAGIi.
niastiqiies. Pas d'épithéliome, ni de cellules libres donnant lieu à la produdioa de suc. La coupe raclée n'offre que des éléments conjonctifs.
Vœsophagite chronique n'est point primitive, et on le comprend, puisque l'œsophage est un canal où les aliments ne séjournent pas. Aussi faut-il tantôt la présence d'un corps étranger, tantôt un rétrécissement précédé de dilatation pour que la muqueuse, et surtout le tissu sousjacent s'hypertrophient par le lait d'une excitation répétée, mais ne déterminant point l'inflammation phlegmoneuse.
L'œsophagite chronique se trouve ainsi compliquant d'autres lésions ou les accompagnant, telles que l'épithéiiome, les néoplasmes, les ulcérations, la gangrène, etc.