llcérations œsophagienne
Les ulcérations de Vœsophage peuvent résulter, ainsi que cela vient d'être exposé, de l'inflammation aiguë ou chronique, de l'action d'agents toxiques corrosifs, de la variole, du pemphigus. Nous verrons bientôt que d'autres ulcérations proviennent de la destruction de néoplasmes et de la présence de corps étrangers.
Les lièvres graves, la fièvre typhoïde surtout qui produit des ulcérations pharyngées et trachéales, offrent aussi des ulcérations œsophagiennes irrégiilières signalées par Louis (1) et pouvant amener la perforation du conduit.
La syphilis peut-elle donner lieu à la production d'ulcérations œsophagiennes ? Cette question controversée me paraît devoir être résolue par l'affirmative.
Existe-t-il dans l'œsophage des ulcérations comparables à celles de l'estomac et du duodénum? Albers en a admis l'existence, mais je n'en ai point observé d'exemple. Les ulcérations que j'ai vues, établissant une communication entre le canal o\sophagien et les organes voisins, étaient de nature tuberculeuse, carcinomateuse ou épithéliale , et n'offraient pas les caractères de l'ulcération stomacale simple. 11 me semble d'ailleurs que l'œsophage n'étant qu'un conduit de passage pour les aliments, n'offre pas la possibilité de la digestion des surfaces mises à nu, comme cela se voit dans l'estomac, où une simple érosion est fréquemment activée par l'action du suc gastrique.
En résumé, les ulcérations œsophagiennes sont légères, superficielles, irrégulières, et résultent alors de l'inflammation catarrhale de la mu-
(1) Louis, Itecherchea sur la fièvre typhoïde, t. I, p 143, 1811.
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quciise ; elles peuvent provenir d'une action corrosive légère, ou du coutact d'un agent vulnérant, peut-être de l'élimination de tissus muqueux dont les vaisseaux ont été oblitérés.
Les ulcérations arrondies résultent de l'inflammation de follicules, de la destruction de néoplasmes, de la disparition par compression lente, mais prolongée, des éléments formant les tuniques œsophagiennes au contact d'une tumeur dure ou d'un corps étranger résistant.
Cette pi'odiiction des ulcérations œsophagiennes sera mieux comprise <juand j'aurai traité des ulcérations stomacales, où le processus ulcératif mérite une étude spéciale et approfondie.
s. — (Uangrènc de l'tvsophagc.
Cette grave lésion peut résulter d'une inflammation poussée à l'extrême, mais ordinairement elle n'arrive point d'une manière primitive ; elle est plutôt la complication d'un état grave (scarlatine angineuse, etc.). Résultet-elle d'une oblitération vasculaire ? Je ne puis le décider par des faits.
La gangrène œsophagienne par poisons irritants et agents chimiques n'a besoin que d'être indiquée, ainsi que celle qui résulte de la compression de corps étrangers ou de tumeurs.
Hypertrophies et néoplasmes de l'œsophage. I . — iïlyoïne!!), fibromes, lipomes, kystes, etc.
Les hypertrophies et les hyperplasies proprement dites de l'œsophage, développées aux dépens des éléments anatomiques ou des tissus, sont assez nombreuses.
A. Myomes. Les hypertrophies musculaires considérables constituent des myomes o'sophagiens qui peuvent soulever la muqueuse, mais en conservant une base sessile et sans se pédiculiser à la manière des polypes. Ils sont formés en majeure partie par des fibres œsophagiennes, lisses, musculaires, longues de 15 ^ à 60 f*, avec un noyau ovale ayant 12 fi à 25 ft de long ; les contours de ces fibres sont parfois un peu ondulés.
La multiplication des fibres musculaires dans l'hypertrophie générale des parois est remarquable. Albers, de Bonn, a décrit et figuré des couches œsophagiennes regardées comme musculaires par FoUin.Ne s'agit-il pas d'un fibrome ou d'un fibro-myome ?
OESOPHAGE
La couche interne des fibres musculaires esl seule dégénérée, car on peut souvent constater l'intégrité de la couche musculaire externe. La paroi malade, épaisse d'un huitième de pouce ;ï un demi-pouce, est dure et presque cartilagineuse ; elle se laisse peu comprimer et crie sons le scalpel comme de la couenne de lard; la coupe présente à l'œil nu des stries transversales serrées les unes contre les autres qui ont de l'analogie avec la trame d'un tisserand. La modification morbide envahit toute la périphérie de la tunique musculeuse, d'où il résulte que la paroi œsophagienne est uniformément indurée et le canal également rétréci. La muqueuse d'abord intacte finit par s'altérer, devient rugueuse et s'ulcère; dans cette dernière période de la maladie, le tissu musculaire s'épaissit de plus en plus et est recouvert dans toute son étendue par une large ulcération qui prend un point de départ à la musculeuse et envahit successivement de dedans en dehors le tissu induré (J.-F.-II. Albers, Athis (1er patholor/ischen Atiatomie fur praktische Aertze, II'"' Abtheilung, pl. 18, fig. 6, et pl .2:2, fig. 2, Bonn, 1842).
Voici un bel exemple d'iiyperlrophie musculaire :
Femme ayant succombé au bout d'un an de rétrécissement de l'œsophage. Celui-ci est hypertrophié, la muqueuse rouge, épaissie. Les fibres musculaires en augmentaient tellement le volume, qu'on aurait pu le comparer à celui de l'œsophage du cheval. Au milieu de son trajet il était dilaté à un tel- point, qu'à ce niveau sa tunique musculeuse avait l'épaisseur de l'une des couches musculaires de l'abdomen et que son diamètre était huit fois plus considérable. La fin de l'œsophage n'offrait rien d'anormal ; le diamètre de la dilatation équivalait à huit fois le diamètre du reste du canal (Belle Chiaje, il Progresse, Naples, 1840).
B. Fibromes. — Les fibromes œsopliagiens sont tantôt sessiles et étalés, et plus souvent allongés et pédiculés, ayant alors la forme de polypes. C'est sous ce dernier nom qu'ont été décrites la plupart des tumeurs œsophagiennes à pédicule allongé, constituées soit de tissu libreux, soit de lissu muqueux avec glandules, soit même de tissu épithélial dégénéré.
Les vrais polypes fibreux ou fibromes renferment dans leur intérieur des fibres conjonctives à divers degrés de développement, soit fusiformes, •à noyau ovoïde, soit fibrillaires, ondulées, ayant 1 à millièmes de millimètre de diamètre, entremêlées ou non de fibres élastiques, ces dernières étant insolubles dans l'acide acétique, à bords nets, et plus ou moins contournés.
C. Les lipomes œsophagiens ont la forme arrondie, ils sont de la grosseur d'un pois ou d'une noisette, formés de lissu lamineux et de graisse sous forme de vésicules adipeuses, entourées de fibrilles conjonctives.
D. Hypertrophie et dilatations folliculaires. — L'hypertrophie des glandes acineuses, dont Cruveilhier a décrit le dernier terme sous le nom
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de kystes folliculaires, consiste dans le développement exagéré de ces glandules, parfois avec oblitération du canal excréteur et rétention du liquide sécrété.
Chez les individus âgés, ces glandes acineuses de l'œsophage peuvent être partiellement hypertrophiées, quelques-uns de ces acini décuplés de volume; étaient remplis de leur production ordinaire et formaient ainsi des vésicules saillantes d'apparence kysteuse (1).
E. Les adénomes œsophagiens sont très-rares ; les lymphadénomes ne se développent pas dans les parois elles-mêmes.
3. — Polypes (le l'œso pliage ; tumeur dernioïde; plaques ossifornies.
A. Les végétations polypeuses minimes et villeuses, les papillomes de l'œsophage méritent d'être signalés. J'en ai vu à la surface de plaques d'œsophagite chronique.
Sous le nom générique de polypes de l'œsophage on a compris, ainsi que je l'ai dit, toutes les tumeurs qui, développées à la surface muqueuse ou dans les parois œsophagiennes, se sont pédiculisées et se trouvent dans l'intérieur du conduit. Ces tumeurs différent entre elles.
Les polypes œsophagiens sont variables de forme et d'aspect, revêtus par la muqueuse, plus ou moins vasculaires et rarement ulcérés. A la coupe, on reconnaît tantôt un tissu fibreux, composé de fibrilles lamineuses (fibromes), ou de la graisse (polypes lipomateux), ou des dilatations kystiques, et ce sont les glandules œsophagiennes distendues qui occupent une partie du polype.
On a signalé dans l'œsophage des polypes venus de loin et dont le point d'implantation était sur le pharynx ou le larynx. Ces polypes sont ordinairement des fibromes ou des sarcomes.
Un polype tirait origine de la paroi postérieure du larynx, puis il s'enfonçait dans l'œsophage d'à peu près trois pouces, diminuant de volume transversalement à mesure qu'il s'éloignait de son origine, et finissait par se perdre dans les replis de l'œsophage qui dans cet endroit était rugueux et tellement rétréci, qu'il pouvait admettre seulement le bout du petit doigt. Le corps polypeux était intérieurement composé d'une substance d'un blanc mat, granuleuse, résistant au scalpel, inégalement découpée vers sa base libre (Vimont, Annales de la Société de médecine pratique de Montpellier, t. VllI, p. 69).
(1) Frerichs, in Wagner, Hanilwùrterbuch der Physiologie, Braunscliweig, Band III, p. 740.
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Beaucoup de ces tumeurs polypiformes ont été décrites par Grœfe, Baillie, chneider, Pringle, Monro, etc., et confondues avec des carcinomes ou épitlié-, lûmes.
Gerdy, Des Polypes, etc. Thèse de concours. Paris, 1833. — .Vlbers, Atlas der patliol. Anaomie, Band II, Tafel 15, 1842. — Rokitansky, Polype fibreux de l'œsophage, etc. (OEster. ledic. Jahrbiicher, t. XXI, Band. Il, et Arcli. gén. de méd., t. IX, p. 332, 1840). — Arrow- MITH, Polype de l'œsophage, etc. (London, niedic. chir. Transactions, t. XIII, 1847, et Arch. sén. de méd., t. XVI, p. 501, 1848). — Huguier, Gaz. des h(jpitau.\, n" 32, 185-2. — FoixiN olypes de l'œsophage, in Thèse d'agrégation, p. 43-47, 1853. — Middeldori'F, De polypis œsophagi, Breslau, 1857.
B. Tumeur dermoïde. — Goschlera décrit une tumeur dermoïdede la paroi postérieui'e du pharynx; c'était une tumeur présentant une enveloppe ayant l'aspect de la peau, couverte de poils, ibrméc d'épithélium pavimenteux et remplie d'un tissu conjonctil'ou lamineux ondulé qui contenait beaucoup de glandes sébacées et de nombreux follicules pileux.
G. Productions dites cartilagineuses ou osseuses de Uœsophage. — Sous ces dénominations, on trouve décrites anciennement un assez grand nombre de lésions consistant en indurations plus ou moins étendues de œsophage, et dites cartilagineuses ou osseuses. L'examen histologique manque, il n'y a donc pas de certitude anatomique.
Les ossifications ou plutôt les plaques ossiformes sont probablement dues des concrétions calcaires. Andral, qu'on trouve cité comme ayant observé des productions cartilagineuses œsophagiennes, n'en a parlé que pour 'estomac (1).