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Entérite toxique

Après la description des lésions dans la gastrile toxique (voy. pages 111-143), il y a peu de chose à ajouter pour l'intestin. Les mêmes altérations, ou au moins des altérations analogues peuvent être constatées, soit que la substance toxique ait pénétré exceptionnellement jusque dans l'intestin, soit que l'absorption ait permis son action délétère sur la muqueuse et les parois intestinales. C'est surtout avec les poisons hyposthénisants qu'on remarque des sulîusions sanguines et des ulcérations intestinalei; plus ou moins étendues. Dans les cas d'urémie, la muqueuse est enflammée et souvent érodée (Luton, Treitz, Lancereaux).

G. — Entérite chronique et diarrhée elii'onique «les pays eliaiifli«.

A. L'entérite qui peut résulter à l'état aigu du traumatisme, de la présence de corps étrangers, de rinvagination, de l'ingestion des poisons, et qui apparaît dans les accidents de dentition, dans les maladies infectieuses, dans toutes les pyrexies, les fièvres éruptives, etc., est très-fréquente à l'état chronique. Les miasmes paludéens, la syphilis, la goutte, l'urémie, la leucémie, la tuberculose, l'alimentation mauvaise ou insuffisante et enfin la misère physiologique aboutissant de toutes les causes dépressives, engendrent l'entérite chronique.

Quand l'entérite dure depuis longtemps, la membrane muqueuse de l'intestin est plus consistante, plus épaisse et comme gonflée. La coloration est plus foncée, rougeâtre ou avec une teinte sombre ardoisée, parfois uniforme, due à du pigment déposé dans son intérieur, et succédant à des hémorrhagies légères, surtout dans les villosités. La tunique musculeuse est devenue plus épaisse, et la membrane celluleuseou la fibreuse est elle-même hypertrophiée. Les tissus ont tantôt un infiltrat protéique granuleux, tantôt de la sérosité qu'on exprime par la pression des doigts, surtout s'il y a coïncidence d'un état aigu, surajouté aux lésions chroniques.

L'entérite de longue durée donne lieu à la production de kystes, surtoul dans le gros intestin, ils sont comparables à ceux de la muqueuse stomacale {voy. fig. 23). On les aperçoit facilement, comme de petites tumeurs pouvant acquérir le volume d'un pois et même plus. Leur couleur est jaunâtre, ambrée; ils font un relief à la surface de la muqueuse. Ces kystes résultent de la distension des elandesde Lieberkiihn, et le contenu est de

aSi APPAREIL DE LA DlGESTIOJl.

la mucine avec des granulations moléculaires. D'autres viennent des follicules clos.

Les kystes, soit qu'ils soient petits ou volumineux, ont une structure identique, leurs différences tiennent au siège qu'ils occupent. Leur paroi est mince, demi-transparente, d'un quart à un demi-millimètre d'épaisseur, friable, cassante. Le contenu adhère à la poche ou est facilement énucléable. La vascularisation périphérique est parfois poussée jusqu'à l'héinorrhagie. A mesvu-e que les kystes grandissent, la muqueuse s'atrophie, et elle finit par former une sorte de collerette autour du kyste; la muqueuse est infdtrée de granulations pigmentaires et protéiques; ses éléments cellulaires ont disparu en majeure partie. Le contenu est une gelée tremblotante, avec des traînées jaunâtres ; ce sont des éléments muqueux, avec des granulations graisseuses qui constituent ces dernières. Dans certains cas, il y a une émulsion de graisse donnant l'aspect puriforme.

Le microscope fait reconnaître des cellules à 1, 2 ou 3 noyaux (leucocytes vrais), d'autres cellules d'épithélium prismatique ou cylindrique, presque toujours plus ou moins déformées, beaucoup de granulations graisseuses.

J'ai fait remarquer déjà que les kystes, dans l'estomac, siègent de préférence vers le pylore et qu'ils comprimaient les glandules périphériques stomacales. Les kystes de l'intestin grêle sont presque toujours imperforés ou avec leur oritice déplacé et déformé ; ils sont souvent pédiculisés, et un seul pédicule peut soutenir plusieurs kystes, formant ainsi un kyste en grappes. Les kystes du gros intestin sont sessiles ou pédiculisés. Ils se développent dans les glandes closes ou dans les glandules de Lieberkûhn, mais l'orifice de celles-ci n'est pasobturé. L'inflammation chronique produit une tuméfaction de la glandule, et le contenu devient très-épais, compacte et ne s'échappe point. La poche s'élargit de la sorte et devient volumineuse sans que l'orifice soit entièrement bouché. Du reste, cette question intéressante des kystes de l'intestin sera reprise à l'article Dysenterie).

Les ulcérations plus ou moins étendues et profondes ne sont pas rares dans l'entérite chronique :

lloinme, trente-huit ans, émacié, atteint depuis longtemps d'entérite, non tuberculeux, non alcoolique, usé par le travail et les privations, observé à plusieurs reprises et succombant à l'hôpital Necker.

Tout l'intestin est diminué de volume d'une manière générale, mais avec les parois plus épaisses. La muqueuse étendue montre depuis le duodénum jusqu'à rS iliaque une coloration diffuse, d'iui rouge sombre, et, par places, une teinte brunâtre, grisâtre foncé et même ardoisée. Les parois intesfinales sont plus

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épaisses que chez un sujet à peu près du même âge, mort par accident le même jour et dont l'intestin sert de point de comparaison. Epaississement manifeste de la muqueuse du côlon et de son tissu sous-muqueux. La muqueuse, d'une coloration brune et foncée, offre de légères saillies sensibles au doigt; les villosités sont plus visibles dans l'intestin grêle. Les plaques de Peyer sont bien appréciables, mais sans gonflement ni relief plus marqué.

Deux excroissances polypiformes sont nettes sur le côlon descendant, l'une ayant un centimètre de long, à pédicule large, l'autre plus grosse, située plus bas, vers l'S iliaque, tient à un pédic:ile plus étroit. Dans tout le gros intestin, depuis le cœcum, les follicules clos sont hypertrophiés. Plusieurs kystes, dans le gros intestin, ont jusqu'au volume d'un petit pois et, quand on les fend, on les trouve remplis de liquide. Ces kystes ne paraissent pas tenir seulement aux follicules solitaires. Des exulcérations légères et d'autres, arrondies, mais très-superficielles, existent dans l'S iliaque et le côlon descendant. Elles sont visibles quand l'intestin est placé dans l'eau. Il n'y a nulle part traces de tumeurs autres que les deux petits polypes, ni d'ulcérations profondes, ni de rétrécissement intestinal. Ganglions mésentériques, gros, durs, de teinte foncée» Foie de volume ordinaire, non cirrhotique ; reins un peu gros, mais sans lésions, non plus que le cœur et les poumons.

Eu examinant au microscope des parties enlevées à l'état frais, on trouve les tissus hypertrophiés et hyperplasiés, les fibrilles conjonctives augmentées de nombre dans la membrane celluleuse, les vaisseaux agrandis, les glandules à contenu plus abondant.

Sur des coupes après durcissement, je trouve les mêmes altérations, et je m'assure que beaucoup de kystes tiennent à l'obturation des glandes de Lieberkûhn. On trouve des passages, depuis des glandes devenues resserrées en haut, et dont le fond s'est élargi jusqu'à l'obturation et la formation de kystes. D'autres kystes m'ont paru provenir de follicules dos obturés. Ds étaient plus profondément situés que les premiers, et la muqueuse au-dessus était trés-ainincie.

B. La diarrhée chronique des pays chauds constitue une forme d'entérite spéciale, dont la place est intermédiaire entre l'entérite chronique et la dysenterie chronique d'emblée. Dans cette maladie, il n'y a pas d'ulcérations, pas de pertes de substance du côlon; toute la muqueuse, depuis l'estomac jusqu'à la valvule iléo-cnecale, est atrophiée, représentée par des fibrilles connectives et par des cellules de nouvelle formation; les villosités sont atrophiées et de même les glandes de Lieberkiihn. Les follicules clos ont diminué de nombre et de grosseur. La membrane celluleuse est hypertrophiée. En résumé, il y a transformation sclérosique de la muqueuse et substitution du tissu conjonctif aux glandes.

Ces lésions expliquent pourquoi les malades tombent peu à peu dans le marasme et succombent parce que l'intestin grêle ne fonctioiine point.

De plus, il y a de légères différences entre les altérations de la dysenterie et celles de la diarrhée chronique de Cochinchine ou des pays chauds.

■ Le processus morbide atteint la muqueuse et surtout le lacis vasculaire intermédiaire à la muqueuse et à la membrane celluleuse ou fibreuse, dite de Doellinger, puis le travail morbide prend des allures de chronicité : la celluleuse s'épaissit; parfois seulement les giandules de Lieberkûhn grossissent et deviennent kystiques. Mais les fonctions d'absorption et par conséquent de réparation nutritive sont entravées, la diarrhée survient puriforme, incoercible, et le malade succombe. J'ai un exemple assez récent de cette entérite toute spéciale. En voici le résumé :

Homme de vingt-sept ans, de la Réunion, et ayant été pris de diarrhée à Saigon, traité à Brest, puis venu à Paris, mort dans mon service à Necker dans un état de marasme extrême et avec une diarrhée incoercible.

Estomac mamelonné, mais sans ecchymoses, ni ulcérations; intestin grêle avec un peu de psorentérie (gonflement léger des follicules clos); gros intestin avec la muqueuse un peu épaissie, infiltrée, mais lisse et d'une teinte ardoisée, dans -quelques points seulement hyperhémiée, sur d'autres points pâle et comme exsangue. Tunique fibreuse ou celluleuse, épaisse dans plusieurs endroits, comme sclérosée. Nulle part de tubercules, ni de polypes, ni d'ulcérations. La muqueuse est parsemée de petits kystes sous forme de petites vésicules transparentes, la plupart grosses comme des grains de chènevis, quelques-uns confluents, la plupart espacés. Foie assez volumineux et un peu gros, rate paraissant aussi un peu volumineuse, reins à l'état normal.

Une parcelle du l'evêtement delà muqueuse, alcalin, renferme de nombreuses cellules de pus (leucocytes), des cellules épithéliales rares, prismatiques, et des granulations moléculaires.

Au microscope, à un faible grossissement et sur des coupes durcies par l'alcool et la gomme, je constate une hypertrophie sous-muqueuse très-manifeste; les vaisseaux sanguins et lymphatiques sont dilatés ; les glandes de Lieberlmhn et beaucoup de follicules clos ont disparu.

Les musJes ont les fibres écartées par un infiltrat granuleux. Les kystes sont formés par les glandes de Lieberkiihn. Quelques follicules clos sont appréciables; leur contenu est granuleux, leur paroi épaisse.

Inflammations diverses et miasmatiques des intestins ; fièvre typhoïde,

choléra, dysenterie.

La lésioii intestinale n'est pas la seule dans les maladies qui vont être présentement étudiées au point de vue anatomique, mais cette lésion étant ordiuairement la plus importante, détermine la place qui leur convient ici comme la plus naturelle.

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