Fièvre typhoïde, typlius non exantlicuia tique
La cause productrice de la fièvre typhoïde est généralement regardée comme un miasme volatil et animalisé, provenant de la décomposition de matières organiques animales ; cette cause n'a pas une action isolée sur les organes chylopoïétiques, surtout sur les glandes closes de la fm de l'intestin grêle, les ganglions mésentériques et la rate. Le sang est altéré, la plupart des muqueuses sont atteintes d'inflammation catarrhale ; il se produit un exanthème de la peau, parfois des hémorrhagies diverses, du sphacèle, une altération de la parotide, de l'oreille moyenne, etc.
Il en résulte que l'inllammation des plaques de Peyer ou l'entérite folli-
FiG. 34. — Plaques de Peyer et follicules clos altérés dans la fièvre typhoïde'.
* FiG. 34. — Altérations des plaques de Peyer dans la fièvre typhoïde, a, a, a, plaques de Peyer de diverses grandeurs, saillantes, molles, gaufrées, et entourées d'une auréole vascularisée. Celle du milieu de la figure en bas a la forme d'un sablier; b, h, follicules solitaires gonflés; c, un follicule clos, gonflé, entouré de vaisseaux et prêt à se rompre. La muqueuse est fortement hyperhémiée.
APPAREIL DE LA DIGESTION
culeiise, OU l'iléotyphus des auteurs allemands n'est qu'une partie de la fièvre typhoïde. Cette lésion provient-elle de l'altération générale du sang et se produit-elle à la manière d'un exanthème (dothiénentérie, SoBnrj, boulon, £VTE,sov, intestin) ou se développe-t-elle dans les organes d'absorption du poison morbide? La première opinion me paraît la plus probable.
Les observations suivantes montrent les altérations de la fièvre typhoïde à diverses périodes. J'ai insisté sur celles de l'intestin, en les plaçant bien en vue, à peu près comme dans les dessins où l'on ne colorie que l'objet dominant. Je présenterai ensuite un résumé succinct de l'ensemble des lésions de la fièvre typhoïde.
Fille, seize ans, morte le onzième jour, d;ms un état adynamique. L'intestin étant enlevé, on remarque avant de l'ouvrir des taches ou plaques extérieures d'un rouge sombre, correspondant aux plaques de Peyer atteintes ; sur quelquesunes de ces taches extérieures, je trouve le péritoine moins lisse et légèrement épaissi. L'intestin ayant été incisé suivant le bord du mésentère, renferme beaucoup de maUères muqueuses, jaunâtres ; après avoir été étalé, on voit de suite une inflammation calarrhale générale et des altérations consistant en élevures diverses. Les plaques de Peyer, au bord libre de l'intesfin, sont de plus en plus atteintes, snivnnt qu'on se rapproche de la valvule iléo-caecale. Elles sont rouges à la périphérie et d'un gris rosé. Elles sont variables de longueur entre 2 à 8 et 9 centimètres sur 2 ou 3 de largeur, arrondies, parfois un peu en sablier (fig-. 34).
Plusieurs de ces plaques forment une saillie légère; la surface est légèrement grenue ; elles ont une consistance molle et des élévations assez confluentes (plaques molles de Louis). Les plaques de Peyer dans la première partie de l'iléon^ sont moins saillantes, tandis que près de la vulve iléo-caecale leur saillie est trèsmarquée. Dans le voisinage immédiat de cette dernière, elles sont plus cohérentes, d'un gris rougeàtre ou jaunâtre, assez élevées, et plusieurs ont une légèj-e ulcération des glandes saillantes. Les follicules sohtaires sont volumineux, saillants, ressemblant à des pustules entourées d'un cercle ronge ; plusieurs ont le volume d'un pefitpois et 3 à 8 millimètres de diamètre (tig. 34-).
Dans le gros intestin les follicules sont gonflés, arrondis, saillants ; tous sont très-vascularisés, et trois d'entre eux sur le côlon transverse sont ulcérés. Le péritoine n'est atteint sur aucune partie du caecum ou des côlons.
Dans le pharynx et l'œsophage, pas de lésions ulcéreuses, mais turgescence des glandides. L'estomac est mamelonné avec des saillies rouges, et plusieurs portions veloutées sont un peu villeuses.
La rate est triplée de volume, comparativement à celle d'un sujet du même âge, les ganglions mésentériques sont gonflés, leur coupe offre une surface d'un rouge pâle, la consistance est molle.
Les poumons sont congestionnés, les muqueuses laryngienne et bronchique l'oages et à l'état d'inflammation catarrhale aiguë.
L'hyperhémie générale et le gonflement de la muqueuse, tant dans l'intestin
INTESTINS
^l èle que dans les parties du gros mteslin avoisinanl la valvule ilco-caecale, sont Irès-nets. La muqueuse offre à la coupe une épaisseur plus considérable, et elle s'affaisse sous la pression des doigts qui en exprime un infiltrat séreux. Les pla- ([ues molles étant fendues, je trouve la niuqucnse et les tuniques celluleuses épaissies ; puis en faisant un peu saillir la plaque qui est enchâssée, on voit que le réseau de fibres de la muqueuse est mou, à disposition aréolaire, avec des follicules saillants, tandis que les voisins le sont moins; il y a ainsi saillie de quel- (pies follicules clos et non des autres.
En examinant au microscope le contenu des follicules gonflés, soit isolés, soit ceux des plaques, je constate une grande quantité de la matière blanchâtre ou i;risâtre, mollasse, qui par le raclage offre un liquide d'aspect lactescent. Cette matière est répandue dans le follicule et la muqueuse; au microscope, elle présente les formes cellulaires plus ou moins altérées (fig. 35) des corpuscules et des ci'llules épithélio.les dites lymphatiques. Nulle part il n'y a d'exsudat fibrineux. Les i i'Uules revêtant les villosités ont disparu; les villosités sont gonflées, peu appréciables. Il y a dans le caecum des trichocéphales.
Le gonflement très-visible des follicules clos commence ordinairement [•lus tôt dans le haut de l'intestin que celui des plaques de Peyer et se trouve parfois dans le gros intestin; il y a de petites élevures rondes, perlées, tandis que les plaques de Peyer forment un relief léger qui s'accuse de plus en plus en allant vers le bas de l'intestin et qui a son summum à la valvule de Bauhin.
Les noms donnés par Louis et par Chomel de plaques molles ou dures, ou réticulées, s'expliquent par l'altération plus ou moins avancée des follicules des plaques de Peyer. Dans le degré le moins prononcé, les follicules isolés et ceux des plaques surtout ne font pas un fort relief; tous les follicules des plaques agminées ne sont pas pris, il n'y en a que quelquesuns; le tissu intermédiaire est mollasse, de là le nom de plaques molles. Dans celles-ci la congestion périphérique est intense, et la coloration rouge ou parfois violacée.
Dans les plaques dures, les follicules agminés offrent l'aspect d'une saillie pt^oéminente et ressemblant à un champignon aplati. Les follicules isolés ont l'aspect de pustules ou de boutons varioliques. Toute la plaque de Peyer hypertrophiée, très-épaissie, est uniformément atteinte et indurée. La section est grisâtre dans toute l'étendue, sans tissu intermédiaire, simplement gonflée. Dans la plaque réticulée, leg follicules ramollis ne s'ulcèrent pas et se résorbent plus ou moins vite.
\'oici un exemple de fièvre typhoïde mortelle au 17" jour, avec plaques dures intestinales, du piqueté gris par places et des ulcérations près de la valvule iléo-cœcale :
Wo ' APPAREIL DE LA DIGESTION.
Jeune homme, vingt ans, arrivé h Paris depuis six mois, mort à l'hôpital NeC' ker au dix-septième jour d'une fièvre typhoïde. ^
L'intestin ouvert montre depuis le commencement du jéjunum jusqu'à la val-J vule iléo-caîcale, au bord opposé à l'insertion mésentérique, des plaques d^ Peyer, de couleur grisâtre et jaunâtre, faisant une saillie très-marquée, consistantes, dures, résistant à la pression des doigts, ayant une fermeté élastique. Sans une bordure hyperliémiée autour d'elles, ces plaques ne sont pas ulcérées dans le haut de l'intestin grêle, mais elles montrent de fortes pertes de substance, nombreuses, à bords élevés, taillées droit sous forme d'ulcérations, de grandeur variable, près de la valvule de Bauhin. Les follicules clos sont fort saillants. Plusieurs plaques de la partie moyenne de l'intestin ont une teinte grisâtre et pointillée, formée par un piqueté bleu ou noirâtre, comparable à l'aspect de la barbe récemment coupée au ras du visage (plaques dures et piqueté bleu de Louis).
La coupe des plaques montre de petites masses de matière homogène, blanchâtre, ferme, lisse, un peu brillante, ayant de 4 à 6 millimètres d'épaisseur, et formée par des amas de matière, sans trame très-reconnaissable. La matière grisâtre est fortement tassée et très-consistante.
Les follicules isolés, très-gonflés, jaunâtres, sont remplis par une matière un peu caséiforme, et dans les moins altérés elle est parfois blanc rosé.
Les ganglions mésentériques sont gonflés, la rate volumineuse. Les poiuTions sont congestionnés, les muqueuses stomacale et bronchique sont atteintes de catarrhe aigu; le foie est gros, mou; les reins offrent de la néphrite catarrhale.
Au microscope, sur des pièces fraîches et sur des pièces durcies, je constate la multiplication et la tuméfaction des éléments lymphoïdes des glandules closes, une dilatation vasculaire considérable, un infdtrat granuleux des tissus sous-muqueux, et s'étendant jusqu'au péritoine au niveau des ulcérations.
Dans les deux faits précédents la saillie et les ulcérations des plaques de Peyer et des follicules isolés s'étaient produites à la suite de la réplétion extrême des glandules; les plaques les moins lésées, et qui, dans le haut de l'intestin, étaient rougeâtres ou d'un blanc rougeatre, étaient plus bas, consistantes et opaques. Les eschares, en partie détachées, restaient parlois adhérentes par une portion de leur étendue, tandis que le reste •était flottant dans la cavité intestinale. Les ulcérations typhiques étaient nettes dans leur forme, à bords élevés et variables seulement de coloration et d'étendue.
L'observation suivante nîiontre la fièvre typhoïde telle qu'elle s'est présentée dans les cas graves et avec des allures spéciales pendant le siège de Paris. Sans la constatation des lésions intestinales on aurait pu croire au typhus exanthématique :
Garde de Paris, vingt-cinq ans, mort au dixième jour d'une fièvre typhoïde ^dynamique à l'hôpital militaire du Gros-Caillou, pendant le siège de Paris. Le
IISTESTI>'S.
malade est fortement conslilué. La veille de la mort, la peau était couverte d'une ■éruption très-abondante, rubôoliforme, et avec quelques pétécliies, ou taches purpuriques. La muqueuse ocnlo-palpébrale était injectée; les lèvres fuligineuses, excoriées, les narines pulvérulentes, la langue sèche, racornie, fendillée, noirâtre. Il y a eu des épistaxis, de la sibihince dans les deux côtés de la poitrine, de la ■douleur iliaque droite et une forte diarrhée spontanée, du délire calme. La température, constamment élevée dès le début, dépassait 40°.
A l'ouverture de la cavité abdominale, l'intestin grêle offre des plaques de Peyer, élevées, turgescentes, d'un rouge vineux à la périphérie ; toutes les variélés de plaques gaufrées, dures et réticulées. Des ulcérations nombreuses occupent les plaques de Peyer et les foUicides isolés dans une hauteur de 50 centimètres au moins au-dessus de la valvule de Bauhin. Ces ulcérations sont ■étendues, oblongues sur les plaques ; elles sont espacées sur plusieurs points et rapprochées sur d'autres ; elles sont allongées, ovalaires, elliptiques, à bords ' relevés, festonnés. Longues de 8 à 9 centimètres, le fond est formé par un tissu tomenteux, avec des extravasats sauguins. La couleur est noirâtre, en d'autres points verdâtre et brunâtre. Les bords presque partout sont décollés dans une petite étendue , dans certains endroits ces bords sont taillés à pic. Les ulcérations des follicules isolés sont arrondies : le fond est grisâtre et granuleux -, les ganglions mésentériques sont très-gonflés, rouges; leur coupe est rosée, sur plusieurs il y a des ecchymoses internes, mais pas de suppuration. La rate est volumineuse, les poumons sont fortement engoués ; les muqueuses de l'œsophage, ■des bronches, de la vésicule biliaire, de la vessie sont rouges par places et avec un piqueté hémorrhagique.
La coupe fraîche des plaques de Peyer montre à la loupe l'ulcération et la destruction des follicules, et cette ulcération avoisine le péritoine en atteignant la tunique musculeuse. Le péritoine est légèrement dépoli au niveau des poiuts ulcérés. Les follicules isolés ont des ulcérations rondes, circulaires ou à peu près, profondes ; ceux qui ne sont pas ulcérés vers la partie supérieure du jéjunum renferment une matière jaunâtre. Les plaques de Peyer situées le plus haut et avec le gonflement précité, montrent nettement sur la surface de section des brides retenant une matière jaune, sous forme de petits amas.
Il n'a pas été fait de préparation avec des pièces durcies.
Les ulcérations intestinales typhiques sont suivies de perforation quand . la mortilication escharotique atteint le tissu de la séreuse et s'ouvre dans .la cavité péritonéale. On observe alors les signes d'une péritonite violente, comme dans le fait suivant :
Femme, vingt-deux ans, morte de péritonite aiguë au vingtième jour d'une , fièvre typhoïde en apparence légère. Les diverses parties du tube digestif examinées avec le plus grand soin, ne présentent dans l'œsophage, l'estomac et le gros intestin que des signes de catarrhe. L'intestin grêle montre des plaques de Peyer offrant une légère saillie, mais non fortement atteintes; une seule plaque sur un des points juxta-marginaux est le siège d'une perforation. Celle-ci a eu lieupen-
APPAREIL DE LA DIGESTION
liant la vie, car elle est entourée d'une hyperhémie péritonéale considérable avec exsudât et Hocons jaunâtres dans l'abdomen. Les follicules clos sont saillants, plus gros cpi'à l'état normal, mais aucun d'eux n'est ulcéré. Les ganglions niésentériques sont volumineux, rosés, leur coupe offre une teinte d'un blanc jaunâtre. La rate est un peu plus grosse qu'à l'état normal ; les poumons ont une congestion hypostatique légère. Les reins ne sont pas augmentés de volume, non plus que le foie. Le cei'veau n'offre pas à l'œil nu d'autre altération qu'une vascularisation marquée des méninges.
Cette observation de perforation intestinale par une seule ulcération typhique n'est pas excessivement rare (1). J'en ai vu deux autres exemples bien nets. L'autopsie a montré les signes d'une péritonite suraiguë succédant à la perforation bien visible. Dans d'autres observations où les malades ont guéri, la péritonite peut n'avoir eu lieu que par simple propagation de l'inflammation s'étendant de l'intestin à travers le péritoine aminci, mais intact et non percé.
Après cet exposé sommaire, il faut résumer et compléter l'étude des lésions anatomiques multiples de la fièvre typhoïde. Ces lésions résultent de l'action du poison typhique et de la réparation organique subséquente.
Rokitansky avait établi les périodes : catarrhale, d'infiltration médullaire, d'évolution rétrograde ou de ramollissement, et d'ulcération; les deux dernières répondent à la réparation des lésions premières. On peut plus simplement reconnaître des périodes: 1° catarrhale; 2° d'ulcération; 3" de détersion, 4" de cicatrisation. Du reste, ces périodes sont loin d'être toujours marquées et elles ne répondent pas exactement aux quatre septénaires delà fièvre typhoïde. Les altérations des follicules simples ouagminées sont les plus remarquables; au début le follicule isolé grossit, forme une tumeur arrondie d'un gris blanchâtre, avec une aréole rouge, due à une hyperhémie très-marquée des vaisseaux entourant le follicule comme un filet èntoure un petit ballon creux. Puis arrive l'état que Heusinger comparait au carcinome médullaire et Rokitansky à la substance cérébrale des enfants. Le follicule s'agrandit de quatre à six fois son volume et plus, le tissu conjonctif périphérique est infiltré. Les glandes de Peyer offrent une apparence mollasse ou au contraire résistante; elles sont d'un rouge pâle, ou rosées, et leur coupe offre une matière ressemblant au cerveau du fœtus.
11 se produit dans l'intérieur des follicules une modification et une multiplication considérable des éléments propres qu'ils renferment. Les
(1) R. LÉpiNE, Bulletins de la Société médicale des hôpitaux de Paris, 11 août 1876.
INTESTINS
< l'iliiles non-seulemenl sont augmenléos de nombre, mais elles sont plus volumineuses (voy. p. 170 ) et fig. 35, c, d, f) ; les unes ont des con-
l'iG. 35. — Éléments des follicules simples et agminés (plaques de Peyer) alttTés dans la fièvre
typhoïde*.
tours déformés et polyédriques par pression; les autres ont plusieurs noyaux; d'autres, enfin, sont granuleuses.
Existe-t-il là une matière typhique spéciale? Je ne saurais l'admettre. I^u effet, les éléments qu'on rencontre dans les follicules clos et agminés dans la fièvre typhoïde ne sont que des éléments normaux, épithéliums nucléaires et cellules propres des follicules lymphatiques (cellules lymphatiques et cellules endothéliales d'autres auteurs).
En raclant une coupe fraîche, verticale, pratiquée au milieu des follicules isolés ou sur ceux des plaques de Peyer gonflés et prêts à se rompre, »n trouve (voy. fig. 35): 1° une substance ou gangue amorphe assez abondante avec un grand nombre de granulations moléculaires ; l'acide acétique gonfle et dissout cette matière ainsi que la majeure partie des granulations ; 2° des corpuscules formés par les épithéliums nucléaires lymphatiques et altérés, ayant la forme polyédrique, d'une couleur foncée, souvent peu réguliers, larges de 0'™",007 à 0'""009 et même O'^jOl, =
* FiG. 35. — Matière dite typhique, renfermée dans les follicules isolés ou dans les plaques de l'i'ver, dans la fièvre typhoïde, a, corpuscules de petit volume granuleux, formés comme les suivants par les épithéliums nuçléaires lymphatiques ; b, c, corpuscules plus volumineux, granuleux, polyédriques ou arrondis ; d, f, cellules épithéliales ou endothéliales, lymphatiques trèsi;ranuleuses avec 1 à 4 noyaux granuleux ; e, g, les mêmes cellules plus petites montrant des noyaux clairs; i, i, li, matière amorpiie très-granuleuse renfermant des noyaux pleins de granulations; k, partie de la préparation rendue plus transparente par le contact prolongé de Tacide ^icétique. Grossissement, 500 diamètres (A. L. et Ch. R.).
A L cl Ch.R.
7fA, 9 u. et même iOr^,. La plupart sont très-granuleux; l'acide acétique ne dissout pas, mais rend plus visibles ces noyaux libres ; 3" des cellules épithéliales proprement dites, ou endotliéliales des follicules des glandes de Peyer, devenues sphériques, ovoïdes ou un peu anguleuses. Ces cellules sont bien plus rares que les noyaux libres, dans la proportion d'un dixième ou un sur dix. Elles sont larges de 0""",18 à 0'"'",0'2 =: 18;/ à 20p., les moindres atteignant seulement 0"™,01 5 = 15p. ; ces cellules sont foncées, peu transparentes, à boids pâles. La masse des cellules est granuleuse, les noyaux, au nombre de 1, 2, 3 ou 4, tantôt granuleux, pareils aux noyaux libres, et tantôt des noyaux clairs au nombre de 1 à 4. Quelques cellules n'ont pas de noyau apercevable. Les granulations incluses ont 1 p environ de diamètre, L'acide acétique pâlit à un égal degré les corpuscules et les cellules à noyaux en demi-heure et i' dissout les cellules, mais non leurs noyaux ni les noyaux libres. Il dissout la plupart des granulations moléculaires, même celles qui sont jaunâtres.
L'ulcération des follicules est variable dans son étendue sur les plaques de Peyer; parfois une ou deux ulcérations seulement se montrent (voyez page 471), d'autres fois plusieurs follicules éclatent à la fois et l'ulcération varie de quelques millimètres de diamètre jusqu'à 5à6 centimètres, c'està-dire qu'elle peut occuper une grande étendue de la plaque de Peyer. La couleur jaune et l'opacité de la plaque en indiquent la mortilication ; la partie devenue corps étranger s'élimine par eschares , et l'ulcération ainsi que le tissu détruit offrent une couleur jaunâtre, brunâtre ou verdâtre suivant que les matières intestinales, la bile ou le sang les colorent. Après l'élimination, le fond de l'ulcération se couvre de végétations formées de tissu embryonnaire ou embryoplastique, à cellules et à noyaux caractéristiques ; la périphérie des ulcérations se met de niveau avec le fond, et il se forme lentement et linalement une cicatrice lisse, noirâlre ou ardoisée, plus tard grisâtre, mais dépourvue toujours de villosités et de glandules.
En même temps que les cellules des follicules clos augmentent de volume et de grandeur, les vaisseaux capillaires et lymphatiques voisins se dilatent énormément. Sur une coupe faite sur des pièces durcies onvoitleuicalibre agrandi, leur lumière est bouchée par une agglutination de globules rouges et surtout blancs. Il y a de petits extravasats de globules blancs et rouges; ces derniers donnent lieu à une pigmentation ultérieure.
Mais les prétendues cellules typhiqucs qui ne sont que des corpuscules lymphatiques, ainsi que nous venons de le voir, subissent bientôt la métamorphose graisseuse ; elles prennent l'aspect caséeux et se désagrègent Dans cet état, le follicule non ulcéré ressemble à un minime abcès, et les corpuscules dissociés sont résorbés, de là des dépressions qui ont fait aj»peler par Ghomel certaines plaques de Peyer, [tlaques réticulées. Fina-
INTESTINS
lement, les follicules non ulcérés peuvent revenirlentement à l'état normal, ce que l'on voit surtout dans les plaques dites réticulées et molles, ou bien l'accumulation des cellules fait éclater le follicule clos dans les plaques dures, et alors l'ulcération est produite. Plusieurs follicules voisins dans les plaques dures sont éliminés en masse et sont détruits absolument.
Sur des coupes durcies par l'alcool absolu et la gomme, ou par le liquide de Muller, on trouve que sur les plaques molles non ulcérées et sur le pourtour des follicules intestinaux isolés, les villosités sont moins apparentes. Cet état provient de ce que les villosités se sont accrues en largeur et ne se sont point allongées ; elles sont remplies par un intiltrat granuleux ; en même temps le volume des glandes de Lieberkûhn est accru, ces glandes tubuleuses ont augmenté de largeur et même de longueur. Je me suis plusieurs fois assuré de ce fait. L'épitbélium renfermé dans les tubes de Lieberkiihn est augmenté de nombre et il remplit souvent la cavité, les cellules des parois sont gonflées et fortement tassées.
Il est très-remarquable de voir l'infiltration granulo-protéique et les corpuscules lymphatiques s'étendr^e en profondeur; j'ai vu directement appliquées sur le péritoine des granulations et des néo-cellules formant un léger relief et donnant au péritoine l'aspect dépoli et opalescent (voy. page 168).
Les vaisseaux périphériques des plaques et des follicules isolés sont atteints par l'ulcération dans la fièvre typhoïde, et alors ils produisent des hémorrhagies secondaires, différentes des hémorrhagies du début ou des périodes initiales de la maladie.
Les lésions des glandes mésentériques ne diffèrent pas de l'inflammation ordinaire des ganglions lymphatiques, et les cellules dites typhiques peuvent y être observées. La surface est rouge, arborisée, la coupe lardacée, d'apparence médullaire ou crémeuse. Le processus a lieu delà périphérie au centre.
Les ganglions ne suppurent que rarement, et dans la portion marginale ; la teinte ardoisée, le ratatinement des ganglions succèdent à la résorption des cellules et à la sortie des globules rouges constituant de. petits extravasats sanguins.
Le gonflement de la rate, avec ou sans multiplication des éléments des corpuscules de Malpighi, est la règle dans la fièvre typhoïde; la capsule est très-tendue, et l'intérieur est ramolli, d'un rouge violet ou noir. J'ai déjà dit combien le catarrhe des muqueuses est fréquent. Il en est de même des ulcérations serpigineuses de plusieurs points du pharynx, du larynx, surtout sur les cordes vocales, et si improprement appelées pharyngo- et laryngo-typhus, et encore de l'oreille moyenne, de l'estomac, de la vessie, du vagin. Enfin, on trouve encore dans la fièvre typhoïde des parotides suppurées, de la cholécystite, des altérations du poumon, du foie, des
176 APPAREIL DE LA DIGESTION
reins, du cœur, des centres et cordons nerveux, des abcès sous-cutanés, des eschares survenant ordinairement après une éruption varioliforme.
Les taches lenticulaires rosées ne sont plus appréciables sur le cadavre, mais les pétéchies le sont parfaitement. Les altérations musculaires seront ultérieurement décrites (voyez Muscles).
La prétendue néoplasie typhique a été admise par petites masses dans une foule d'organes, dans l'estomac, les intestins (tuniques sous-muqueuse et séreuse) dans le foie, la rate, les reins, dans la muqueuse des voies urinaires (Wagner). Mon observation ne confirme pas cette manière de voir.
L'altération du sang a été souvent recherchée; il est plus fluide, la ii- .brine et les globules rouges sont diminués, il y a augmentation des globules blancs, il y aurait diminution de l'urée suivant Coze et Feltz. Les bactéries ont été admises comme fréquentes, mais je n'ai pu les voir, quoique je les aie cherchées. Je n'ai point vu de spores ou de micrococcus spéciaux.
Les altérations du système nerveux' sont l'œdème et l'iiyperhémie du cerveau, ainsi qu'une pigmentation des cellules nerveuses et des parois des capillaires. Popoff a remarqué l'infiltration du tissu cérébral par de petits éléments cellulaires granuleux.
Prost, Médecine éclairée p;ir l'observation et l'ouverture des corps. Paris, 1804.. — Petit et Serres, Traité de la fièvre entéro-niéscntérique. Paris, 1813. — Bretoxneau, Recherches sur la diplithérite, angine maligne, Paris, 1826). — Loi'is (A.), P>echcrches anatomiques. patliol. et thérap. sur la maladie connue sous le nom de fièvre typhoïde, etc. Paris, 1829, 2" édition, 18il. — Forget, Do l'entérite folliculeuse. Paris, 1840. — Vierordt, Beitrage ziir patii. Anatomie der Typhoïdlieher (Henle und Pfeufer, Zeilschrift, III Band, 1845). — Dittrich, Patliolog. nnatom. Darstellung des Typhusprocesses. Erlaugen, 1851. — Heschl, Die Perforation des Darms im Typhus (Zeitschrift des Gesellschaft der Wiener Aerzte, 1853). — Lebert, Neue Untersuchungen iiber die pathologische Anatomie des Abdominaltyphus (Prager Vierteljahrschr , 1858). — RoKi- TANSKY, Handb. der pathologisch. Anatomie, Band III. Wicn, 1852. 3° Aullage. Wien, 1861. — Criesinger (W.), Infections krankheiten. Erlangen, 1855, et trad. Lemattrc. Paris, 1877. — Wagner, Bcitrag ziir patliolog. Anat. der Leber bei Abdominaltypiius (Arciiiv der lleilkunde, 1860). — Noeldechen, De anat. patli. Typhi adbominalis. Bcrolini, 1862. — Duchek, Ueber einige seltene Ilirn-iind' Nervenerscheinungen im Verlaufe des Typhus (VVochonblatt der Gesellsc. der Wiener Aerzte, 1866). — Hallier, Der pflanzliciie Organismus im Darm und im Blute bei Ueotyphus (Virchow's Archiv, t. XLIII, 1868). — Hoffmann, Untersuciiungen iiber die patli. Anatomie, Veranderungen der Organe beim Abdominaltyphus. Leipzig, 1869. — E. Leudet, Recherckes sur fulcéralion et la peiforation du gros intestin consécutives à la fièvre typhoïde (.Mém. de PAcad. de méd., t. XXX, 1872). — Ghaparre, Étude sur les hémorrhagies musculaires dans la fièvre typhoïde (thèse de Paris, n°31l, 1872). — Goze et Feltz. Reciierches cliniques et expérimentales sur les maladies .infectieuses étudiées spécialement au point de vue de l'état du sang et de la présence des ferments, Paris, 1872. — Ch. Remi, Des perforations de l'intestin dans le cours de la fièvre typhoïde (thèse de Paris, n°221, 1873). — Klein, Zur Keutniss der feineren Pathologie des abdominal Typhus (Gentralblatt, n°^ 44 et 45, 1874). — Génuit, De la mort subite dans la fièvre typhoïde (tlièse de Paris, n° 199, 1875). — E. Ory, Laryngite ulcéreuse dans la fièvre typhoïde (Bull, de la Soc. anat. de Paris, p. 89, 1875). — Popoff, Des altérations du cerveau dans la fièvre typhoïde, etc. (Archiv fur path. Anat. und Physiol., t. LXIIl, 1875;.
NTESTINS.
s. — Typhus pétéchial, typhus fover.
Je n'ai point observé directement le typhus pétéchial. Pendant le siège de Paris, j'ai ouvert un assez grand nombre de sujets qui avaient succombé très-rapidement avec des symptômes rappelant ceux du typhus des armées (voy. page 170); les malades avaient eu certainement une fièvre typhoïde à allures très-rapides et à symptômes peu ordinaires (1).
Les lésions étaient celles de la fièvre typhoïde : ulcérations des plaques de Peyer et des follicules clos, gonflement de la rate, altérations pulmonaires, rénales, etc.
D'après les auteurs les plus autorisés, entre autres W. Griesinger, l'estomac et l'intestin seraient à l'état normal dans le typhus pétéchial, et il n'y aurait qu'exceptionnellement des lésions gastro-intestinales, consistant en ecchymoses et inflammation catarrhale, avec tuméfaction simple des ganglions mésentériques. Les altérations de la rate, de l'appareil respiratoire et nerveux ainsi que celles du cœur, seraient à peu près les mêmes. L'éruption morbiUiforme et les pétéchies surtout, sont considérables.