‹ Nouveaux éléments d'histoire généralChapitre 100 sur 162 · DE ^HISTOIRE DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

DE ^HISTOIRE DU MOYEN AGE

Lliistoîre du moyen âge commence , comme nous Tavons dit , k la fondation des Etats modernes, vers le milieu du 5* siècle (476), et finît à la prise de Constantinople par Mahomet II» empereur des Turcs (4453). Elle a une durée de dix siècles oo de neuf cent soixante-dix-sept ans.

D'après les grands événements qu*elle embrasse et les révolutions qui 8*y opèrent dans les institutions , les mœurs et les idées, on peut la diviser en six époques , dont chacune aura soi caractère particulier.

i^ Cbvis ou la fondation des Etats modernes d*Occîdeat (476-622), 5e-7* siècle;

2o Mahomet, ou Torigine des empires d*Orient( 622-800), 7«.9* siècle;

5® Ckarlemagne , ou Tempire d'Occident renouvelé par les Français ; siècle dignorance et de superstition , malgré les efforts et le génie du chef de l'empire (800-936) , 8«-10« siècle.

4® Othon le Grand, ou Tempire d'Occident passant aux Allemands. Extinction de toutes les lumières dans TOccident (936-1100) lOM 2* siècle.

6^ Godefroy de Bouillon, ou les expéditions religieuses (croisades) ; renaissance du droit public et particulier (liOO- 1273), i2«-i3* siècle.

6° Rodolphe 1^, de Hapsbourg; renaissance des beanx-arta en Italie , jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs (i27S 1453), 13M5« siècle.

EXPLICATION DE CBA^IJE ÉPOQUE*

PHSMlteB lÊPOQVB.

La première époque comprend près d'un siècle et demi. Dans cet intervalle nous voyons naître et s*élever la plupart des monarchies

6* SIÈCLE. ft«S

te vieux ehaos est débrouillé, de nouvelles Institutions s'établissent, et PEurope enfin prend une forme. C'est une époque de création et d'organisation sociale. Pendant son cours , nous rencontrons six peuples principaux :

1. Les Aif6Lo-S AXONS enlèVent la Grande-Bretagne aux Romains, ^ semblent l'ayoir abandonnée depuis longtemps, et aux vieux Bretons, qui ont eu l'imprudence de les appeler dans leurs foyers, et qaï défendent Jusqu'à la mort leur sol et leur indépendance. Sept de leurs chefs 8*y établissent successivement dans Tespace d*un siècle , et fondent cette heptarchie qui fut réunie par Egbert, roi.de Wessex, et donna naissance à la monarchie anglaise (827).

9. Les YisiGOTHS, auxquels les Vandales et les Suèves cèdent TEspagne pour passer en Arrique,viennent s'y établir sous Léovigilde (584), le successeur de Wallia , et y fondent une monarchie qui , jusqu'à sa destruction par les Mores , c'est-à-dire pendant plusieurs siècles , a joué un grand rôle en Europe , et qu'Euric , quelques années avant Clovis» avait élevée à la plus grande puissance par son habileté et son CCNirage.

3. Les OsTBoaoTHS commencent, en Italie, une domination qui naft avec Tbéodoric et meurt avec lui, mais qui, dans sa courte et brillante durée, balance la puissance de Clovis, efface fa splendeur de TOrient, et rend à Tltalie une gloire et une prospérité qui lui étaient inconnues depuis longtemps.

4. Les ÂLLEMAifDS, qul habitent depuis les sources du Rhin Jusqu'au confluent du Mein et de la Moselle les deux bords du fleuve , s'avancent en deçà, se répandent dans les provinces qu*on a depuis appelées l'Alsace et la Lorraine, s'emparent du royaume de Cologne sur les Francs ripuaires obligés d'appeler Glovis à leur secours , et , commençant ainsi à se faire connaître , donnent leur nom à l'occident de la Ger-

5. Le$ BouKGUTOifONS qui, bornés par la Sa6ne et le Rhône, s'éten* dent des Vosges aux Alpes et à la Méditerranée, forment une puissance redoutable, qui inspira delà crainte à Glovis lui-même et faillit arrêter 9e$ conquêtes ; même après leur chute ils conservent la gloire de donner une nouvelle dénomination aux provinces qu'ils ont vaincues»

6. Les Fkaucs enfin fondent, sous Giovis, celle puissante monardrie qui va se composer de tous les royaumes des Gaules , à laquelle sont réservées de si grandes et de si belles destinées, et qui est encore de nos jours une des plus célèbres du monde.

Nous avons préféré prendre le nom de Glovis pour personnifier cette époque, parce qu'indépendamment des qualités guerrières et politiques de ce prince, le royaume qu'il fonda est celui qui a joué constamment le plus grand rôle, et que la monarchie françaiseesl la plus ancienne de l'Europe, puisqu'elle s'est conservée sans interruption depuis la dmte de l'empire d'Occident jusqu'à nos jours, c'est-à-dire un espace de treize siècles et demi ou de 1 362 ans (481-1 843).

BBVXlàMB EPOQUE.

La seconde époque comprend près de deux siècles. Elle présente un

9bé 6* SIÈCLE.

des p)u8 grands éTénements des annales du monde. Les Afabes, pen* pie encore presque sauvage, mais indépendant, qui, dans rimmensité et raridité de ses déserts, avait échappé aux armes romaines, sortent tout à coup de leur obscurité par le génie d'un seul homme, et éfoii'^ Dent le monde par leur cotirage.Ert quelques années ifs subjuguent la moitié de TAsie, les côtes de TAfrique, une partie de PEurope, et feur nom, naguère tout à fait inconnu, fait trembler sur leur trône Tempereur d*Ori«nt et le monarque de la Perse, alors tes deux prentièrea puissances du monde.

Des divisions ne tardent pas à agiter profondément cet empire im* provisé pour ainsi dire, et dû à la valeur de plusieurs chefs quf tous sont dignes d*oecupef le premier rang. Aussi , bientôt , chacun à'çxtx se déclare-t-il indépendant dans les contrées qu*il gouverne ou qu*îl a conquises au nom et sous les auspices du calife , et des débris du premier empire tMi2«aefi^ /es ^ranc/ef monarchies de l'Orient y qui dans la suite ont tant dMnfluence sur les destinées de TOccident. La loi de Mahomet triomphe encore dans la plupart des pays du monde.

L'Europe occidentale fit peu d*at(ention à fa puissance gigantesque qui s'élevait en Asie, et à peine un léger bruit de la lutte terrible qui se livrait en Orient parvint-il jusqu'à elle.

Les YisiGOTHs d'Espagne eux-mêmes, endormis dans leur prospérité sous le règne brillant de Suinthilla, furent peu attentifs aux progrès de ces Sarrasins qui s'avançaient Journeikment vers le détroit de Gibraltar, faible séparation entre leurs belles contrées et les conquérants de l'Afrique qui ne tardèrent pas à la franchir; de sorte qu'ils négligèrent de former avec l'empire d'Orient une alliance puissante qui aurait pu refouler dans leurs vastes et brûlantes solitudes ces Barbares qu'en avait tirés le génie du Prophète, et qui menaçaient de subjuguer le monde.

Mahohet, dont le génie a éâusé de si grandes révolutions, devait nécessairement donner le nom à cette époque , puisque ses victoires ant changé la face de la moitié de la terre ; et ont eu sur le reste , par le commerce, la religion et la littérature, une influence profonde, que nous explique la nature de sa doctrine et du pouvoir qu'il basa sur elle, influence qui se fait ressentir encore aujourd'hui.

TROXSXXSMB SPOQVE.

La troisième époque comprend près d'un siècle et demi. Elle nous montre l'Europe continentale moderne, à peu près au mdme point où elle était sous les derniers empereurs romains, c'est-à-dire presque entièrement réunie sous un seul homnne, et le nom d'Empire renouvelé après trois cent vingt-quatre ans (476 à 800), par uft des descendants de ses plus redoutables ennemis, k celte révolution succède bientôt le système féodal, qui étend son réseau administratif sur toute l'Europe occidentale, et i*«n voit aussi les commîmes et les villes s'armer pour leur propre défense.

Deux hommes se partagent, à cette époque, notre admiration , tous deux également grands par leur Taleur et leur puissance , tous deux

6* 8IÊCLE* les

%'dhrçsmt de «émet 4ue1<|ue$ étincelles au milieu de cette nuit pro^ feodeoù se trouvait plongé le inonde entier; tous deoi au-dessus de leur siècle, luttant contre la barbarie et laissant de beaux monuments de leur génie et de leur couraf^e. Ces deux hommes sont Charlemagne et Jlfred le Grand; celui-ci sort d'une retraite obscure pour reconquérir lin trône dont Tont dépouillé de nouveaux Barbares, soumet et chasse de ses Etats ces sauvages Danois, qui renouvelaient dans la Bretagne les désastres de INnvasion saxonne, et donne à son peuple des lois qui assurent »a prospérité et sa gloire; Tautre, à la fois conquérant rapide, profond législateur, prince éclairé et administrateur iabile, recueille l'héritage de ces Romains qu'avaient combai lus ses iDcétres, donne une nouvelle vie à l'Europe, et surtout à la France, qor devient la reine du monde.

Ils sont également dignes de donner leur nom à ce siècle; mais comme les institutions d^Alfred se bornèrent à son île et ne franchirent pas les mers qui l'entourent , Charlemagne nous a semblé le plus propre à personnifier et à caractériser une époque qu'il créa, pour ainsi dire, où il joua toujours le principal rôle par sa position et l'étendue de son influence sur le continent tout entier, et parce qu*il ne lui a manqué que des successeurs dignes de lui pour être le sauveur et le restaurateur de la civilisation.

La quatrième époque comprend plus d'un siècle et demi , et est digne d'une grande attention. Après la mort de Qtarles le Grande son vasie empire , formé de tant de pays éloignés , de tant de peuples différents qu'il avait réunis sous les mêmes lois et le même sceptre , mosaïque que tenait jointe la force comprimante de son génie, s'était disloqué» et de ses débris étaient nés trois grands royaumes. En France, la licence du peuple, l'insubordmation des grands et l'imbécillité des rois, ébranlent le trône, préparent la chute de la race carlovingienne, et frayent la route à un homme supérieur qui restaure la monarchie détruite.

HugueS'Capet prend le sceptre, et la féodalité s'accfoît en prétentions et en puissance. L'Italie, en proie à l'avidité d'une foule de petits souverains qui la ravagent et Tépuisent par leurs querelles journalières, à la domination capricieuse des papes , qui en trafiquent selon leurs intérêts, et se sont arrogé le droit d'élire et de déposer les rois ; l'Italie est livrée à une anarchie générale, et la dignité impériale s'est éteinte au milieu des rivalités et du désordre universel. L'Allemagne^ qui a longtemps possédé l'empire, abattue sous cette féodalité qui pèse sur PEurope, va se relever; son gouvernement est confié à des mains ha kles et fortes, et Olhon, en ressuscitant l'empire d'Occident, rétablit rautortlé royale avilie par les principaux vassaux, et est le premier prince qui lutte avec énergie et succès contre le colosse féodal , qui depuis quelque temps grandissait d'un| manière effrayante.

Cette considération, jointe à la haute prééminence dont jouit alors l*emp:re d'Allemagne, et à l'influence si grande qu'il eut sur toutes les puiisances de rJEurope, nous a déterminé à placer le coiQcinence-

fM 6* 8IÊCLB*

ment de son éléràtton au rang des épo(nie9,«t il préférer le nom d'Otbon le Grand à celui de Hugues-Capet , qui non plus n*en eût pas été indigne.

Les traits distinctift des deux derniers âges sont Tignorance la pins grossière, le triomphe de la superstition, l'accroissement de la puissance temporelle et spirituelle des papes , et la fin du 10« siècle est marquée par la destruction complète de la civilisation antique.

CIRQUIÈME ÉPOQUB.

La cinquième époque comprend près de trois siècles. Les expéditions religieuses sont les événements qui caractérisent surtout cet âge ; elles offrent le tableau à la fois le plus intéressant et le plus varié, celui de la barbarie marchant sans le savoir à la civilisai ion. On voit Tune commencer à s'affaiblir , Pautre commencer à poindre , et faire des efforts pour se développer. Dans sa grossièreté , l'Europe s*élance au delà des mers avec Pindiscipline et les vices des nations sauvages, trouve en chemin et rapporte les premières idées, les premiers besoios d'un luxe qui doit la civiliser avant de la corrompre. Aussi est-ce de là que datent la réorganisation sociale, l'ascendant des légistes par la découverte du code romain, qui va bientôt régler l'Europe, excepté la Grande-Bretagne, qui refuse opiniâtrement de le recevoir ; l'origine du mouvement industriel et le commencement des découvertes géographiques et artistiques.

Grégoire VII, Philippe-Auguste, saint Louis ^ Henri II Plantagenet , sont les grands hommes de cette époque ; mais nous avons cru devoir la personnifier dans Godefroy de Bouillon, qui semble le représentant des croisades, et qui fut d'ailleurs le fondateur d'un nouveau royaume chrétien.

SIXliMB ÉPOQVB.

La sixième époque a duré près de deux siècles. Elle offre un événement bien précieux, celui de la renaissance de tous les beaux-arts, qui, après avoir été si longtemps exilés de l'Occident, y reparurent sous les auspices des Médicis. Ces princes, à la fois littérateurs et marchands, donnèrent l'impulsion par la protection qu'ils accordèrent aux talents, et la chute de Constantinople sembla seconder le mouvement en nous envoyant ses savants, qui reçurent, de la part des souverains de Florence, la plus généreuse hospitalité. C'est ainsi que l'Italie eut le bonheur de montrer la première les lumières à l'Europe, et de là elles se répandirent dans les royaumes voisins. En même temps que les lumières renaissent dans l'Europe occidentale, les sociétés semblent sortir de la confusion où elles ont été plongées jusqu'alors , se dessiner avec plus de netteté, prendre des formes moins vgues et plus arrêtées.

Le quatorzième et le quinzième siècle offrent donc le travail le plus curieux que l'esprit humain pufSse faire ; le mouvement intellectuel < prend Tessor le plus élevé : politique, sciences, littérature, commerce, tout se ressent de cette impulsion qui fait présager une réforme

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sociale. Rodolphe de Ilapsbourg nous semble, pour plusieurs raisons, nériler de donner son nom à cet âge, honneur dont jouissent ordinairement les deux Médicis. D*abord, ^élection de ce prince donna à r Allemagne quelques instants de calme, après (rois siècles de troubles; en second lieu, il peut être regardé comme le fondateur de la maison d'Autriche, qu'il assit sur une base inébranlable, éleva à un haut degré de puissance, et dont les forces , s'accroissant tous les jours, firent trembler TEurope. Enfin, ce fut en Allemagne que le travail de Torganisation sociale à cette époque s'opéra avec le plus d'intensité, que se consommèrent les changements qui s'efiecluaient depuis longtemps, et Rodolphe peut être considéré comme le représentant de cette Germanie qui avait pris une face nouvelle, et le chef de cette fédération, formée au milieu ûts dissensions qui déchiraient son sein. Travail : Tableau synoptique et Carte d*Europe» LicTURB. — Études historiques, par M. de Chateaubriand. Esprit ée PHiêtùire, par fertAttû.Phtlosophie de l'histoire de Vhutnanité, par Herder. .

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