‹ Nouveaux éléments d'histoire généralChapitre 107 sur 162 · PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES · texte numérisé non relu

PUISSANCE TEMPORELLE DES PAPES

Quatre causes générales contribuèrent surtout à établir le pouvoir du clergé :

1« Les vastes domaines des évéques , qui leur firent prendre place dans cette hiérarchie de grands propriétaires à laquelle la société européenne a si long temps appartenu ;

8« Leur intervention dans le régime municipal et la prépondérance qu'ils acquirent en recueillant directement ou indirectement Phéritage des anciennes magistratures ;

3« Leur qualité de conseillers du pouvoir temporel , qui les mit à même d'entourer les nouveaux rois et de les duiger dans leurs essais de gouvernement ;

4» Une dernière cause , plus puissante peut-être que les trois pre-» mières, qui semblent n'en être que des conséquences, c'est la constitution de l'Eglise à cette époque. Le clergé formait alors un corps, une hiérarchie , une société complète , indépendante, possédant de jiom> hreux moyens d'action. Seul il était fort el constitué au milieu de la faiblesse et du chaos des autres institutions; seul il était éclairé au milieu des ténèbres générales. Le pouvoir spirituel dominant , par les doctrines , les pensées et les volontés de tous , se trouvant ainsi à la tète de Pactivité intellectuelle humaine, ne devait naturellement pas larder à saisir le pouvoir temporel et à s'arroger le gouvernement du monde. D'un autre côté, l'Eglise, profitant habilement de l'état de désordre et de violence où se trouvait la puissance temporelle, d'vlnt, en défondant les peuples contre les rois , la protectrice des uns, la ri- . valedes autres, et les domina tous deux.

C'est sur cette quadruple base que s éleva dans les Etats naissants le pouvoir épiscopal.

Deux circonstances particulières amenèrent une étroite alliance entre la royauté et la papauté ; le péril que les Lombards foisaient courir aux papes , et le besoin qu'eut Pépin le Bref du pape pour foire sanctionner son titre de roi. Cette alliance rt^' quable est une véritable révolution politique : dans l'ordre civil, la royauté prévalut ; dans l'ordre religieux, la papauté. Ainsi s'éleva une nouvelle race de souverains.

Le clergé, depuis cette époque, vit tous les jours augmenter sa puissance.il s'assemblades synodes fréquents qui donnèrent plusd'unité a de force à son action , et , les papes à sa tête , il parvint à exercer une sorte de suprématie qui changea la face du monde barbare par le oontrc-poidt salutaire qu'elle opposa à la force brutale des conquerants»

HATITIIB OB L*IirrLUB9CB OB L^iSOLISS sur L A CIVILTSAVIOV.

— En présence de la puissance de l'Eglise et de sa haute influence , nous devons dire en quelques mots quelle fut la nature de cette influence sur la civilisation.

Quoiqu'elle niât le droit d^examen et voulût enlever à la pensée sa liberté, elle ne laissa pas pourtant de lui être favorable et de la développer. Ses conciles , où Ton procède par la délibération commune , ses écrits contre les hérésies où elle est obligée d^employer la discussion , et souvent une discussion logique et profonde , entretiennent , excitent Tactivité humaine, et telle est dans son sein Ténergie de la vie intellectuelle, que, malgré sa doctrine et -ses principes, ce qui éclate de tontes parts en elle, c'est Texercice de la raison et de la liberté. La distinction du pouvoir spirituel et du temporel , qu'elle fit d*abord pour se rendre indépendante , se soustraire à la brutalité des conquérants barbares, et qu'elle ne respecta pas assez dans la suite; celte distinction , en soutenant l'indépendance du monde intellectuel en général, prépara l'indépendance du monde intellectuel individuel, Pindépendance de la pensée. Elle provoquait encore l'activité générale des esprits par la carrière qu'elle offrait à tous ceux qu'elle jugeait capables de la servir, carrière ouverte à tous les talents , à toutes les nobles ambitions de la nature humaine.

Sous le rapport intellectuel, Pintluence de l'Eglise fût doniD salutaire, et il ne faut pas se plaindre si le déreloppement qu'elle imprima à l'Europe fut essentiellement théologique ; il n'en pouvait être autrement, et son système de doctrine et de préceptes était encore bien supérieur à tout ce qu'avait connu le monde ancien.

LE MONDE

SUR LA FIN DU nUITIÈME SIÈCLE.

ÉPOQUB BB CBARLEMAOBE.

Page 1