ÉPOQUE D*OTUON LE GRAND
fiMPiRB OREC. — A la fin du 8« siècle, nous avons vu domîoer sur notre hémisphère Tempire d'Occident, Tempire d'Orient, et l'empire des califes d*Asie. De ces trois grandes puissances, une seule subsistait à la fin du 10« siècle; c'était Tempire dOrient^ situé entre les Français et les Sarrasins, mais plus petit, plus faible, obligé d'implorer les premiers, et souvent forcé de payer tribut aux seconds. Miné au dedans par mille principes de destruction, attaqué au dehors par des ennemis bien supérieurs, toujours sur te penchant de sa ruine, il se soutient cependant encore avec tous ses vices et tous ses malheurs.
l'empirb bes gâlifes, si triomphant un siècle auparavant, démembré aujourd'hui en une foule d'Etats, ne laisse voir des traces de son existence que dans la pompe qui entoure le calife, et dans les hommages que rendent à ce roi-pontife les vainqueurs qui le dépouillent.
l'empiee rRARÇAis, Tt ff rot dcs peuples d'Occident, ne parait plus que dans cent souverainetés différentes qui se sont élevées sur ses ruines. Jl forme maintenant les royaumes de France et de Ger^ fnanie : ces deux Etats semblent, au premier coup d'oeil, présenter une égalité de force : cependant, en les examinant de plus près. Us font voir d*essentielles disparités*
LE EOTADsiB ofi FBAMCE est UH grsnd corps épuisé par Vanarchie et la tyrannie; chaque province a un souverain indépen-
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dant tous te nom de duc ou de comte^ et même un de ces seigneurs a osé prendre le litre de roi, ce fut IIu^^^ues-Capet.Ainsi l*on voit un roi de Bourgogne, un duc de Paris ou de France, un duc d*Aquitaine, un duc de Normandie, un duc de Bretagne» des comtes de Champagne, de Flandre , de Toulouse, d'Anjou , de Maurienue, qui tous régnent en souverains indépendants sur les provinces qu'ils ont enrabies. Le peuple est esclave sous cette multitude de maîtres qui se baissent réciproquement, et qui se font une guerre perpétuelle , ils reconnaissent une espèce de chef héréditaire qu'ils décorent du titre de roi^ mais ce chef, borné à la possession d'un petit nombre de villes, se voit sans pouvoir, sans armées , sans finance, obligé souvent de rendre compte de ses actions à ses vassaux, et près, tous les jours, d*étre déposé par leurs caprices. Le savant Gerberf, qui devint pape sous le nom de Silvestre li, introduisit en France les chiffres aratûs et intenta Phorloge à balancier, vers la fin de ce siècle.
iM BOTAVMB i>B GBRMAifis n*a pas plus d'éteuduc que la France; le nombre des princes n'est pas moins considérable» Le chef est même électif ; il semble par conséquent qu'il doive être moins fort : cependant il est bien plus puissant. C'est que les grands, en se réservant Phonneur de choisir leurs maîtres , ont eu le bon sens de comprendre que leur propre intérêt leur ordonnailde se dépouiller d'une partie de leur liberté, pour donner plus de force au souverain commun. Le roi de Germanie a des fiefs dont il dispose , des officiers qui lui obéissent et des armées nombreuses qui marchent à ses ordres. Pour comble de bonheur, un sage s'est assis le premier sur ce trône. Othon, qui règne à présent, est le héros de son âge , Thomme de PEtirope et de la chrétienté.
BOTAUME D'BsPAOftB. — L'EspaguB conlinuc d'offrir la même forme qu'elle nous présentait à la fin du 8« sii^cle. Le nord, occupé par les chrétiens, se bat sans cesse contre les Mores, maîtres du midi. Chez les uns et les autres , les Etats sont multipliés et faibles. Les premiers ont cependant gagné beaucoup de terrain ; les Mores ne sont pas moins vaillants et sont plus éclairés; mais leurs divisions intestines font présageir leur perte.
BOTAUMB b'anglbterrb. — L'Angleterre est entièrement changée. Les sept petits royaumes qui la partageaient ne composent plus qu^une seule monarchie; elle serait redoutable si les divisions des Danois et des Saxom n'empêchaient ces insulaires de porter leurs regards sur leurs voisins. Les disputes de ces deux peuples continuent de faire de celte fie un théâtre de révolutions et de carnage.
iTALiB. — L'Italie présente toujours le spectacle de toutes les villes bouleversées, opprimées par les tyrans ou déchirées par l'anarchie, fenise seule, séparée de toutes les autres moins encore par sa situation que par sa politique, jouit d'un calme et d'une prospérité qn^elle doit à la prudence de son administration.
BdiKE. — Le royaume de Germanie est donc à présent la puissance dominante de rOccident ; il ne parait pas même qu'il y en ait aucune
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qui l'approche. Cependant Rome en renferme une mieux afiPermie oit du moins une qui rivalise avec elle. Le pape ne possède qu*un terri* toire très-borné; mais aucun prince n*a un pouvoir plus réel et plus^ étendu : il règne sur les consciences, et achève le grand ouvrage dvi la monarchie spiri(,uelle.
oowis&REMisvT. — Alors la plus grande autorité était entre Icj mains d'un certain nombre de principaux usurpateurs, qui avaient sous eux d'autres tyrans subalternes ; Tesclavage devint général, il ne resta plus d'idées patriotiques ; trône, autel, lois, vérité, devoirs, religion, tout 8*abîme dans le gouffre de Tanarchie. L*Europe entière n'offre que le spectacle de guerres sanglantes qui bouleversent tout; on ne songe qu*à attaquer ou à se défendre, et l'administration est dans la plus horrible confusion. En vain chercherait-on une forme certaine dans l'empire grec; le droit de donner la couronne est alternativement usurpé par les soldats, par le peuple, par le sénat, et lei crimes les plus noirs sont les titres les plus ordinaires pour l'obtenir.
LÉoiaLATxoft. — > Les faibles lumières que Gharlemagne et Alfred le Grand ramenèrent s'éteignirent bientôt après leur mort; les ténèbres recouvrirent la face de l'Europe, et les Gapllulaires de l'un et les sages règlements de l'autre n'eurent que des effets passagers.
MOEURS.— Que pouvaient être les mœurs dans ce siècle de fer? Désordres, troubles , scandales , intrigues, trahisons, dans une partie du clergé ; injustices, usurpation, tyrannie, débauche,dans la noblesse; et dans le peuple, férocité et crainte, vices toujours réunis dans rime des esclaves. La justice, l'humanité au contraire semblent s'élre relé* guées à Bagdad, du moins ces vertus s'y soutiennent plus longtemps.
RELIGION. — L'idolâtrie disparait peu à peu du nord de l'Europe. Le mahométisme reste à peu près le même. Quelques sectes fanatiques s'élèvent dans la Perse et ébranlent le trône des califes. Le christianisme reconnaît des chefs. Le patriarche de Gonstantinople gouverne les chrétiens de l'Orient, et le pontife de Rome règne d'une manière absolue sur ceux de l'Occident. La religion gémit des excès de deux pontifes qui oublient leur divine mission.
USAGE. — Les coutumes les plus bizarres s*introduisent dans les Etats modernes; partout l'épreuve du feu, du fer brûlant, de l'eau bouillante règle la justice.
SCIENCES. — Les sciences sont obscurcies ; le clergé lui-même néglige de s'instruire; l'Occident chrétien est en queN|ue sorte plongé dans les ténèbres ; à Bagdad et à Gordoue, on continue seulement à cultiver Tastronomie, la médecine, la chimie et les mathématiques.
Tableau a faire. — ExpUcattons dans les colonnes latérales ; Caries de l'ancien continent au milieu. Justification de tous les événements énoncés.
tV mÈCJLE.
cjuiAGTi:»B* — Réaction de rcccidenl contre l'Orient. — Commencement de la civilisation européenne.
ÉVÉNEMENTS
niAvcB. — 1095. Première croisade sous le pape Urbain. — i099.
Prise de Jérusalem. — Précis des croisades* — Fondation de Tordre
de Saint-Antoine et de Pordre de Giteaux. A]i6i.£TBKaB. — 1066. Les Normands en Angleterre. Guillaume le
Conquérant. —- Bataille de Haslings.
EMViKE b'oribut. — 1081. Règne d'Alexis Comnène. AI.I.SMAGMB. — 1031. Maison de Franeonié salique. — Conrad H.
— 1056. Henri IV.
BsvAOBB. — De 1010 à 1031, démembrement du califat de Cordoue.
— 1035. Partage des Etats de Sanche le Grand. — 1086. Les Almoravides envahissent l'Espagne. — De 1135 à 1479, où TAragon est réuni à la Castiile, ce royaume est considéré comme étranger , et ce B'est qu'en 1477 qu'on le reconnaît espagnol.
ITAI.IB* — 1043. Les Normands à Naples.
ég^UBB. — 1053. Schisme de PEglise grecque. — 1073. PontiRcatde Grégoire VU. — La comtesse Malhilde. — 1074. Guerre des investitures.
ASXB. — 1037. Fondation de Tempire des Turcs Seljoucides.
BÉcouvB ATBS. ~ MouUns à venL — > fforlagesà. rouages.
DÉVEL0P1>EMENT.
ffrance.
L*ayénement de Hugues -Capet (987), fondateur de la race nationale , demeura sans influence immédiate sur ragrandissement de Tautorité royale. La royauté confondue avec le principal fief (le duché de France) ne fut qu^une suzeraineté à laquelle se rattachait le nom de roi. Le royaume de France continue à offrir Timage d*une agglomération d'Etats , dont les chefs , souvent en guerre entre eux ou avec le suzerain , exerçaient chacun en particulier les prérogatives royales. Hugues Capet , aussi courageux qu'habile , sut maintenir son autorité et eut la prudence de faire sacrer de son vivant son fils Robert (996) , dont le règne, ainsi que celui de son fils, Henri 1^^(1051), ne présente d'autre intérêt que les progrès du pouvoir temporel du pape.
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L*Ëg1ise cependant faisait des efforts pour mettre une digue aux guerres privées et aux brigandages que commettaient les nobles, puisqu'elle fit publier en iO^i ia paix et la trêve de Dieu.
Philippe I^^' eut un long règne (1060-1108) , mais ce fut un prince faible et débauché ; il a été témoin cependant d'événements féconds: telles sont les graves querelles entre les ernpereurs et la cour de Rome , la naissance de la chevalerie , la conquête de TAngleterre par les Normands et le commencement des croisades, dont nous allons donner le tableau général.
Croisades. — Causes, Les cruautés des infidèles contre les chrétiens d'Orient ne furent que l'occasion des croisades , la dé* livrance des lieux saints n'en fut que le prétexte. La vraie cause, il faut la chercher dans la crainte qu'inspiraient les progrès de la puissance nmsulmane , déjà maîtresse de tout l'Orient. Ne rencontrant plus d'obstacle de ce côté, elle était près de tourner ses forces contre l'Occident et menaçait Gonstaniinople qu'elle convoitait depuis longtemps , pour de là se ruer de nouveau sur l'Europe et n'en faire qu'une province des vastes Etats du Prophète. Dès lors on conçoit , par l'intérêt qu'ils avaient à son triomphe , l'ardeur avec laquelle tous les monarques prirent et défendirent la croix ; la constance et pour ainsi dire l'opiniâtreté avec laquelle les papes, dont la double puissance se trouvait compromise , employèrent la haute influence qu'ils avaient à cette époque et sur les rois et sur les peuples , pour soulever les uns et les autres , et les armer contre les infidèles. Aussi voit-on qu'ils furent les premiers et les principaux instigateurs des croisades, et Sylvestre II, ainsi que Grégoire Yll , en avait déjà conçu le dessein bien avant que Pierre TErmite ne vint donner l'alarme et qu'Urbain II ne prêchât la guerre sainte à Clermorit. Leur but était de conquérir la Palestine et d'en former un royaume chrétien pour tenir les Turcs en échec et mettre l'Europe à Fabri de leurs attaques.
L'enthousiasme de la noblesse et des masses pour ces guerres saintes s'explique par les motifs religieux qu'on fit valoir auprès d'elles, et qui pouvaient tant alors sur un peuple ignorant et superstitieux; par une vieille haine pour le nom musulman, restée des anciennes invasions et qu'entretenaient les sermons des prêtres et les récils exagérés des pèlerins ; enfin par cet esprit
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aTeotoreux et guerrier que la cbeyalerie avait introduit en Europe et qui poruit vers tout ce qui élaii extraordinaire et nouveau. Ces trois considérations, si i*on y joint le désir que les rois avaient d'occuper leurs grands vassaux toujours remuants et de s'en débarrasser, nous expliqueront pourquoi la France, qui semblait n'avoir aux croisades qu'an intérêt fort secondaire, y a cependant pris la plus grande part et joué le principal rôle*.
Pbeuièrb Croisade. — 4095-1400. — La première croisade est préchée par Pierre TErmite et par Urbain II, venu au concile deClermont excommunier Philippe I*". Une première armée sous les ordres de Pierre TErmite exerce d'affreux brigandages dans les pays qu'elle traverse, et périt tout entière par le fer, la faim et la misère avant d'être arrivée en Asie. Une autre, composée de plus de trois cent mille hommes, se met en marche conduite par Godefroyde Bouillon^ ainsi que par plusieurs autres seigneurs fliarquants, arrive à' Gonstantinople après 8*être grossie presque du double dans son trajet, s*ouvré l'Asie par de brillantes victoires, se dirige vers la Palestine, arrive sous Jérusalem, réduite à moins de cent mille combattants, et s'en étant rendue maîtresse, déshonore sa victoire par le massacre des Juifs et des musulmans. Godefroy est élu roi par les principaux chefs, et les assises de Jérusalem qu'il établit avec le consentement de ses barons, intraduisent en Asie le gouvernement féodal.
Ce fut dans l'intervalle de la première à la seconde croisade que furent fondés les deux ordres religieux et militaires, i^ des Hospitaliers (ordre de Malte), par Gérard de Martigues, et dont Raymond du Puy fut le premier grand maître ; 2^ des Templiers, par Hugues de Payens*
DeoxiÈiiE Croisade. — 1447-4449. — Les brillants succès de I9€ureddh%n, prince de Mosoul et le plus puissant des Àta-' becks, mettant en danger le trône de Baudouin III , troisième Mceesseur de Godefroy, une nouvelle croisade devient nécessaire. Saint Bernard, abbé de Glairvaux, la prêche en France et la provoque en Allemagne. Louis le Jeune, qui, après avoir battu le comte de Champagne révolté, et brûlé Ftiryavec la plus grande cruauté, avait fait le vœu de prendre la croix, se met en marche pour la Terre-Sainte et laisse la régence à l'abbé Suger qui lui représente en vain les inconvénients de son entreprise. Gon* rad III, empereur d'Allemagne, qui avait aussi reçu la croix des
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mains (le sain l Bernard» Tavaii précédé* Les deux armées sont détruiies Tune après Tautre dans TAsie Mineure; leurs débris se réunissent dans la Palestine , où ils essayent en vain de prendre Damas, et les deux princes rentrent dans leurs Etats, sans armée et sans gloire.
Troisième Croisade. — ii89-ii93. Saladin (Sallah-Eddyn) , fondateur de la dynastie des sultans Ayovbites, avait livré à Guy de Lusignan la bataille de Tibériade où le roi de Jérusalem fut fait prisonnier, et Conrad de Montferrat avait rallié à Tyr les débris de Tarmée chrétienne. La dime saladine est décrétée à la prière de Guillaume de Tyr , qui était venu implorer le secours de rOccident ; une troisième croisade est décidée , Tempereur d'Allemagne et les rois de France et d^Angleterre prennent la croix. Frédéric Barberousse part le premier, est batto dans TAsie Mineure et périt entraîné |>ar son cheval dans leCydnus, où avait failli se noyer Alexandre le Grand. Son fils , Frédéric de Souabe, ayant rassemblé les restes de son armée , trouve la mort devant Saint- Jean -d'Acre. Philippe-Auguste et Richard Cceurde-Lion , après avoir passé Thiver en Sicile , arrivent dans la Palestine , et Thumeur rivale de ces deux princes borne leurs conquêtes à la seule prise de Saint-Jean-d*Acre. Le politique Philippe repasse en France où il enlève à Richard la Normandie* Après des prodiges de valeur, le roi d'Angleterre fait une trêve avec Saladin « repasse en Europe et est arrêté en Allemagne par feropereur Henri VI , qui le retient prisonnier.
Ce fut pendant la troisième croisade que fut établi , par Henri Walpot, l'ordre Teutonique, dont les membres se dévouaient au service des pauvres pèlerins et à la défense de la Terre-Sainte.
QuATRiÈUE Croisade. — 1202-1204. Saladin meurt aimé des chrétiens et pleuré des musulmans. Makck-Àdhl réunit ses vastes Etats , qui avaient été partagés entre les membres de sa Camille, et commence la dynastie ayoubile des sultans d'Egypte. Innocent 111 publie une nouvelle croisade à laquelle les rois , îati* gués de ces guerres lointaines, refusent de prendre part; mais les seigneurs français ayant résolu Texpédition , Foulques de Neuilly prêche la guerre sainte. L*armée croisée se met en marehe sous le commandement de Baudouin, comte de Flandre, tra* verse la Vénéiie, et Henri Dandolo, doge de Venise, s*associe h leur entreprise. Mais Tcxpédition n'art ive pas en Palestine ;
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après s^ètre emparée de Zara pour les Vénitiens , elle cingle vers Constaniînople où l'appelle Alexis l'Ange contre un nsnrpateur , assiège el prend deux fois la ville impériale. Baudouin , porté sur le trône des Césars d'Orient , fonde dans Byzance , en 1204, an empire latin qui doit durer 57 ans. Le marquis de Montferrat est proclamé roi de Thessalonique , et les Vénitiens obtiennent de riches possessions maritimes. La dynastie déchue fonde , à Nicée, un fantôme d'empire, jusqu'à' ce que Michel Paleologue détruise Tempire latin en i26i, et reporte à Constantinople le siège de Tempire grec.
Cependant une nouvelle croisade se fait au sein même de TEurope , plus cruelle que les guerres d'Asie. Les Albigeois , accusés de manichéisme et confondus avec la secte des Vaudois, furent l'objet de lanimosité du pape; son légat prêcha une croisade contre les hérétiques. Raymond VI , comte de Toulouse ^ refusa d'y entrer et fut excommunié ; battu de verges, et dépouillé de ses Etats après s'être soumis , il se met de nouveau à la tête des Albigeois contre lesquels Simon de Montfort exerçait les plus atroces cruautés, et reprend sa couronne ducale. Simon est tué au siège de Toulouse qui brava pendant vingt ans les anatbèmes despapes et les assauts de trois rois de France, et son fils Amaury , après avoir massacré la population de Béziers tout entière , cède au roi Louis VU if <«. droits que le pape lui avait donnés sur le comté de Toulouse. Telle fut la croisade des Albigeois. Cette guerre vit nattre l'inquisition , qui ne put s'établir en France , parce qu*elle rencontra nue rivale puissante dans la justice parlementaire. Ce fut aussi à cette époque que Simon de Montfort introduisit la langue picarde ou le français Wallon dans les villes du Languedoc, et que se perdit la belle langue romane, si florissante alors dans le midi des Gaules.
Cinquième Croisade. — i2li7-i22i. Les chrétiens, réduits à la possession de quelques places et se défendant à peine contre la puissance des sultans d'Egypte, invoquaient l'appui de l'Occident. Mais l'enthousiasme était éteint. Une croisade d'enfants eut lieu en I2l!2; puis suivit l'expédition de Jean de Brienne , qui prit le nom de cinquième croisade, et qui fut entreprise plutôt par ambition que par piété. Frédéric II, empereur d'Allemagne , ayant refusé le commandement , malgré la promesse qu'il avait faite à Innocent 111 mort depuis peu , Honorius 111 dési^^na à sa
place André II « roi de Hongrie , qui fut bientôt obligé de revenir contre les magnats révoltés. Jean de Brienne, roi titulaire de Palestine, passe en Egypte, prend Dainiette et aurait obtenu la restitution de Jérusalem sans l*obstination du légat du pape, qui refusa de traiter avec les infidèles. Il fut obligé de repasser en Europe après de grands revers et donna sa fille à Frédéric II , qui devint ainsi roi de Jérusalem.
Sixième Croisade. — i'248-i254. Nous ne regarderons pas coname une croisade le voyage de Frédéric II en Palestine poor se faire sacrer roi à Jérusalem que le sultan Mélédin lui avait cédée sans combat. Comme il était excommunié , aucun évéque n*osa lui donner l'onction royale , et il fut obligé d^accourir dé« fendre sa couronne impériale que le pape Grégoire IX avait posée \ sur la tête de Henri , landgrave de Hesse.
Un vœu formé par Louis IX pendant une maladie Tobligeà , prendre la croix, et une nouvelle croisade est préchée par le cardinal Eudes de Châteauroux. Le roi de France s'embarque à Âigues-Mortes , avec ses trois frères , et , après un séjour dans nie de Chypre , se décide à attaquer TEgypie. Il prend Damieite , mais bientôt il est battu au combat désastreux de la Massodre où le comte d'Artois , son frère , est tué et lui-même fait prisonnier. Peu après Âlmohadan , dernier sultan ayoubite, esl massacré par les mamelouks qui mettent Ibegh à sa place. Saint Louis, qui avait refusé d'être sultan , recouvre la liberté en rendant Damiette pour sa rançon , et donne cent mille marcs d*argent pour celle de ses soldats. 11 passe en Palestine où il reste quaire ans » se contentant de réparer les fortifications des villes chrétiennes, parce qu'il avait juré de ne rien entreprendre contre Jérusalem. Il revint enfin en France où le rappelait la mort de sa mère , la reine Blanche , à qui il avait confié la régence dtt royaume désolé par les Pastoureaux.
Septième et dernière Croisade. — 4370. Saint FiOais entreprend une nouvelle croisade , sollicité par le roi d*Ârméaie et le kan des Mongols , avec lequel , dans la précédente expédition , il avait établi des relations d'amitié. Elle est prêchée dans toute l'Europe : des Anglais, des Ecossais, des Catalans, des Portugais et des Castillans se joignent aux Français ; l'armas débarque à Tunis, dont le roi avait promis de se faire chrétien. Hais bientôt la peste se met dans le camp français» el détruit
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rarmée en peu de temps; le roi laî-méme esl at'.aqué de ce flëao , et meurt âgé de cinquante-cinq ans. Philippe le Hardi et Charles d*Anjou , ses fils , après avoir dicté au roi perfide les conditions de la paix « ramènent en France Tarmée que de nouveaux désastres affligent pendant son retour.
Vin DE LA DOMINATION CHRÉTIENNE EN StRIE. — TripoH Ct
Saint-Jean-d*Âcre , les dernières colonies chrétiennes d*Orient , tombèrent successivement au pouvoir du sultan d^Egypte, en i29i. Les ordres religieux et militaires, derniers défenseurs de la Terre-Sainte, et qui avaient été créés à Tépoque de la pre* roière et de la troisième croisade , se retirèrent d'abord dans rtle de Chypre. Bientôt les Templiers furent abolis ; les Hospitaliers s^établirent à Rhodes, puis à Mal le, après que Mahomet H les eut chassés de la première, et les Teutons transportèrent, eo 1300 , le siège de leur ordre en Allemagne , où ils fondèrent une domination qui fut longtemps puissante.