CAUSES DES GUERRES PUNIQUES
Les Mamertins, peuple originaire de la Campanie, massacrèrent les citoyens de Messine, dont ils venaient de s'emparer. Uiéron, roi de Syracuse, se déclara contre eux, et demanda des secours aux Carthaginois, maîtres de LHybée et de quelques antres postes; les Mamertins, de leur côté, s*adressèrent aux Romains. Voilà la cause ou du moins le prétexte des guerres des Romains et des Carthaginois que Ton a nommées puniques, du latin Pœnif qui signifie Carthaginois ou plutôt Phéniciens, parce que les Carthaginois étaient originaires de la Phénicie. Le motif réel fut la jalousie des Romains contre Carihage, paissante par les armes et riche par son commerce.
Il y eut trois guerres puniques :
La première commença en 2lU avant Jésus-Christ , et dara vingt-trois ans. L'issue de cette guerre fut que les Carthaginois évacuèrent la Sicile et toutes les lies situées près de Tltalic.
Da côté des Romains Jppius Claudius, Dailius , Régulus et
170 S* 8IÈGLB. I
Itf/ah'tM se distinguèrent; et» da^té des Carthaginois, AmileaT Bar car, père d'Annibal , et Xantippe , le Lacédëmonien*
La deuxième commença en 219, et dura dix'Sept ans. Elle offre la rivalité de Scipion et i^jinnibaL Rome écrase Cariliago et s'empare de TËspagne.
La troisième enfin commença en 149, et dura quatre ans. Lia prise et la destruction de Carihage par Scipion Émilien, que Ton a surnommé F Africain II, la termina.
Prehièbe guerre punique (de 264 à 241). •— Rome, quoique novice dans Fart des batailles navales , triomphe , entre il/^îlef ei les ileê Lipariennes , de la science et de la dextérité des Gartha* ginois : leur flotte est coulée à fond ou mise en fuite par Duilius Nepos^ en Thonneur duquel on éleva une colonne rostrale. Lucius Cornélius Scipion chasse les Carthaginois de la Corse et de la Sardaigne. Régulus, vainqueur à Clypia, est aux portes de Câr(hage;*il est à son tour vaincu par Xantippe, général lacédémonien , envoyé au secours de cette ville ; il tombe entre les mains des ennemis, et, député vers Rome, pour demander réchange des prisonniers , il vote lui-même contre cet échange , et retourne à Carihage , où il meurt au milieu des tourments.
Le consul Métellus remporte une victoire près de Panortna , et chasse les Carthaginois de la Sicile ; mais la flotte de Claudius Pu/cA^r est submergée près de Lilybée. Celte défaite est attribuée au sacrilège envers les poulets sucrés, commis par Claudius avant le combat.
CONSÉQUENCES
Enfin, après la victoire du consul Ca!us Luiatius snr Amilear Barear, les Romains accordent la paix aux Carthaginois « à condition que ces derniers leur céderont toutes les fies situées entre Tltalie et l'Afrique, excepté la ville de Syracuse, où régnait Hiéron , allié des Romains, et qu'ils leur payeront pendant dix ans 2,200 talents par an (plus de 11 aillions) ; ainsi se teraiioe la première guerre punique.
L'année suivante, le temple de Janus est fecmé pour la pre* mière fois depuis Numa.
LicTCRE. — La tragédie de Réguluê^ par Lucien Jmauli; Mi^ chelet (1).
(1) WichéleL Histoire romaine , ^ vol. in<18. Bruxelles, Hauman et C*. — Même ouvrage , 2 vol. in-S®.
Skohde ccerre PcmooE. — Cartliage , après avoir soumis les soldats mercenaires qui s*étaient révoltés contre elle, songea à réparer les perles qu'elle avait essuyées : elle tenta la conquête de TEspagoe. Ce fut Amilcar Barcar qui la soumit , en 268. Aidrubal , son successeur, bâlit Carthagène , et en fit le centre des forces carthaginoises en Espagne. Les Romains se plaipent de cet agrandissement. Ces deux peuples font un nouveau traité , dont les dispositions principales étaient que les Cartha^ pmoisnepùuiseraient pas Imrs conquêtes en-deçà de VEbre^ et fm la ville de Sagonte, alliée de Rome, serait respectée par Imrs armes, bien que située au delà de ce fleuve,
Aonibal, qui avait suivi son père Amilcar en Espagne, et qui, dès son enfance, avait juré une haine implacable aux Romains, succéda , à Tâge de vingt-cinq ans , à son oncle Asdrubal , dans le commandement : il commença par s'emparer de la fameuse ville d^Altaea (aujourd'hui Orgaz, sur le Tage); Tannée suivante, il se rend maître de Salamanque. Après un siège de neuf mois, il prend Sagonte, ou, pour mieux dire, ses ruines; car les habitants se précipitèrent avec leurs trésors dans les bûchers qu'ils afaîent préparés. Rome est indignée de cette infraction aux mités ; elle envoie une députation à Garlhage : J'apporte ici la paisB ou la guerre, dit Fabius, chef de l'ambassade , levant un pan de sa robe ; choisissez. — Choisissez vous-même , répondit le président du sénat. — Eh bien , recevez la guerre, répliqua le Romain, en secouant sa robe, comme s'il eût en effet jeté la guerre aux Carthaginois.
La guerre est déclarée entre les deux républiques. Annibal alors se décide à porter ses armes en Italie : il en avait étudié la position et les ressources ; il était persuadé que quelques victoires y feraient éclater les divisions qui germaient alors dans 800 sein , et qu'elles ébranleraient la fidélité des alliés qui composaient une si grande partie de la force romaine ; d'ailleurs, il n'exposait qu'une armée dont le remplacement ne serait pas difficile ; enfin , le succès de l'entreprise devait donner à Carthage Tempire du monde, ou , si elle ne réussissait pas, elle devait faire à l'ennemi plus de mal qu'aux Carthaginois. L'expédition d*Annibal prouve à la fois son jugement et sa valeur.
MARCHE D'ArnOBAL.
(/{ faut avoir la carte sous Us yeux.)
Aiinîbal se mit en marche avec quatre-vingt-dix mille hommes de pied et douze mille chevaux : il alla jusqu'à VÈbre sans trouver d'obstacles ; et de là jusqu'aux Pyrénées , où il eut à combattre les naturels du pays. Lorsqu'il descendit les Pyrénées, son armée se trouva réduite à cinquante mille hommes de pied, neuf mille cavaliers et trente-sept éléphants. Il parvint, presque sans coup fcrir, du pied des Pyrénées au Rhône , et du Rbône aux Alpes , d'où il montra à ses soldats les riches plaines arro-^ sées par le Pô.
11 y a jusqu'à 90 versions sur cette question du passage des Alpes : Sur quelle montagne Annibal a-i-il montré l'Italie à ses soidatsf
Pour le petit Saint-Bernard ... 25
Le mont Genèvre 24
Le grand Saint-Bernard 19
Le mont Cenis 10
Le mont Viso 3
La roctie Melon . . • • 1
On iiVst pas plus d*accord sur Pendroit où le général a traversé le Rhône. Mais s'il est enlré par les Mpes-Cotiennes, il a dû passer au« dessous d'Avignon , et Hannon aurait traversé ie fleuve avec soa détachement au-dessus du Pont-Saint Esprit; alors Tarmée carthaginoise aurait successivement pris le pays des Allohmges , des Ségusiens, et serait descendue dans celui des Taurins, les premiers peuples de la Gaule Cisalpine contre lesquels elle eut à combaltre. Quant à remploi du vinaigre pour dissoudre les rochers, il parait qu'il est désormais sans crédit auprès des hommes éclairés , comme en géologie il est sans force sur la roche primitive des Alpes y et qu*il ne peut rien dans Tun et Tautre cas.
Lecture. — Dissertation sur remploi yf m vinaigre à la guerre , par M. Rey. — Dissertation de MM. Deluc et Leirone : Passage des Alpes par Annibal.
Les Romains envoient le consul Scipion en Espagne, et Scmpronius en Afrique. Annibal était arrive au delà des Alpes ; il avait perdu plus de trente mille fantassins et six mille chevaux ; sa marche fut victorieuse et rapide. Entre le Tésin et le Pô , il bat le consul Scipion ; le consul Sempronius, près de la Trébie ; le consul Flaminius, près du lac Trasimène, et enfin le consul Varron près de Cannes. Suivant Thistorien Polybe, il y eut
70,000 hommes de Iné^, parmi lesquels étaîeni le consul ÉmiliaSy les deux consuls de l'année précédente, quatre-vingts sénateurs, deux questeurs, vingt-neuf tribuns de légions, et plus de six anHe cheTaliers dont Annibal envoya les bagues à Carthage daas trois boisseaui. Le consul Émilius, qui ne voulait pas qu'on livrât bataille , périt dans celte mémorable journée.
Vairon se retire à Venouse avec les débris de Tarmée. Lorsqu'il fit son entrée dans Rome le sénat le remercia de n*avoir foê désespéré du saint de la république. Annibal avait si bien rangé son armée pour ce dernier combat qu'il avait pour lui le vent , la poussière çt le soleil.
C'en était fait de Rome , et on dit qu*Annibal eût pu, cinq jours après , souper au Capitole , s'il eût su joindre à l'art de vaincre celui de profiter de la victoire. C'est le conseil que lui donnait Maherbal; mais comme j^nnibal n'avait plus que 54,000 hommes d'infanterie, qu'il n'avait ni machines de guerre, ai munitions pour attaquer une ville fortifiée et défendue par quatre légions, enfin, qu'aucun peuple des contrées voisines ne s'était point encore déclaré en sa faveur, échouer, c*était se per* dre sans ressource. Au lien de marcher sur Rome , il se répandît dans les champs deCapoueet de Tarente : tant de victoires avaient sans doute affaibli son armée, et Carthage ne lui envoyait aucun secours.
Borne , au milieu de ses malheurs , ne perd ni le courage ni la confiance. Aussitôt après la défaite de Cannes, elle assiège Syracuse ex Capoue, l'une infidèle aux traités, et l'autre rebelle. Syracuse ne peut se défendre ni par les fortifications ni par les inventions d*Arehimède, Marcell us, surnommé l'épée de Rome, en fait la conquête.
Fabius suit pas à pas Annibal par tout le pays des SamnUeSf Varies bois du Mont Gaurus et de Falerne; il le harcèle, le latigue, le consume par la sagesse de ses délais : de là lui vient le surnom de temporUeur. Claudius Marceilus le défait dans le centre même de la Campante ; mais ce terrible ennemi, reste toujours dans le cœur de l'Italie. On regagne Tarente, Capoue: Annibal est si sensible à la perte de cette dernière place, qu'il marche vers Rome avec toutes ses forces, et campe à trois milles de cette ville. Le camp qu'il occupe est mis à l'encan à Rome , et \\ trouve des acheteurs. Annibal , de son cûté , met en vente
Ie$ bureaux des banquiers de Rome : personne ne se présenti aux enchères.
Asdrubal, frère d'Annibal, esl battu par les Romains , tandb qu*il venait renforcer Tarmée de son frère. Par une diversion det plus heureuses, Publius Scipion, le noble vainqueur de Garihagène , vole vers Garthage ; il défait par ruse Tarmée des Carthaginois et des Numidei, et marche avec Massinissa contre Syphax, roi de Numidie. Ce prince est fait prisonnier; sa capitale Ciria tombe au pouvoir de Massinissa • ainsi que sa femme , la belle Sophonisbe.
Scipion, qui venait de s^eràparer de Tunis, Aéahre Sophonisln prisonnière de Rome , et Massinissa, préférant Talliance des Romains à son amour pour sa nouvelle épouse, lui jenvpie en secret une coupe de poison qu*elle prit sans hésiter. Annibal , rappelé par les Carthaginois tremblants , s*arrache de ritalie, et vole contre Scipion. Ces deux généraux sont en présence » et se disposent à une action décisive : inutilement ils eurent avant le combat une conférence où ils traitèrent de la paix ; on ea vient aux mains près de Zama (202) ; Annibal y est défait. Un traité de paix termine cette seconde guerre punique.