‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 116 sur 166 · NOUVEL EMPIRE GREC · texte numérisé non relu

NOUVEL EMPIRE GREC

I&fïehcl iPïïléoïogMe. — (1261). Michel Paléologue, après avoir usurpé le sceptre des Lascaris à Nicée , détruisit l'empire des Latins , s'en empara et reporta à Constantinople le siège de l'empire grec. C'est ainsi que finit l'empire latin. Michel déploya de grands talents. Sa politique délivra Tempire des Tartares et des Turcs, en armant ces peuples l'un contre l'autre ; il arrêta la vengeance des Latins, indignés de perdre

ai a i3« siècle.

l'empire; enchaîna l'impétuosité de Charles d'Anjou, îe plus formidable de ses voisins, et sut faire respecter son pouvoir. Le rétablissement, de l'empire grec fut une source de grandeur et de prospérité pour Gênes , qui obtint du nouvel empereur, pour prix de ses services, le commerce exclusif de la mer Noire avec de grands privilèges à Gonstantinople.

Leciure ; Esquisses liistoriquess de l'auteur, à l'empire d'Orient — Crévier. — Lebeau.

ALLEMAGNE

Établissement de la ligue ^nséatique.— Cette ligue se forma durant les troubles excités par Frédéric et son compétiteur Conrad. L'exemple des municipalités lit naître ces associations urbaines; le besoin de se défendre les étendit bientôt dans toute l'Allemagne, qui leur doit la naissance de son commerce : c'est aussi à cette puissance qu'est due l'abolition des tribunaux secrets ou vehmiques, dont on ignore l'origine, et qui régnaient par la terreur depuis le milieu du 13e siècle. Ce fut vers le même temps que s'organisa la ligue ou confédération du Rhin, composée de plus de soixante villes. Elle entretint des relations avec la ligue Anséatique, qui comprenait les villes et les ports situés sur la mer du Nord, sur la Baltique , et avait une vaste existence commerciale; elle arrêta la fureur des guerres privées, et veilla à la liberté du commerce et de la navigation. La chute de ces associations municipales fut consommée dans le cours de la guerre de Trente-Ans, au 17e siècle.

lies s-r-pt Électeurs. — Après la mort de Guillaume, l'un des successeurs de Frédéric, les trois archevêques, le roi de Bohême, le duc de Bavière, celui de Saxe et le margrave de Brandebourg, qui possédaient depuis longtemps le droit de prétextations ou de première élection, s'arrogèrent le droit exclusif d'élire l'empereur. Telle est l'origine des sept électeurs.

Maison de Éàjjisfeoufrg. (1273). — 5&od©!ulîe. — Depuis la mort de Conrad IV jusqu'à l'élection de Rodolphe, l'Allemagne fut livrée à un état d'anarchie, qu'on a appelé le grand interrègne. L'empereur Guillaume de Hollande, engagé dans de longues querelles avec les états, mourut dans une guerre contre les Frisons, et le jeune Conradin, à qui le pape Innocent IV avait défendu de donner l'empire, sous peine d'excommunication , était allé lui-même trouver la mort en Sicile. Les prétextats s'étaient partagés entre Richard de Cornouailles , frère du roi d'Angleterre, et Alphonse X, roi d'Espagne ; mais ni l'un ni l'autre ne prit possession de la couronne, et Richard, qui parut seul en Allemagne, ne tarda pas à mourir. Ce fut un temps de guerres privées, de meurtres et de dissolution, et c'est alors que se formèrent les ligues démocratiques dont nous avons parlé. Cependant le pape Grégoire X , menaçant de donner lui-même un chef à l'empire , les électeurs désignèrent un seigneur suisse de la maison de Hapsbourg, descendant à'Etichon I, duc

d'Alsace , souche commune des maisons de Hapsbourg et de Lorraine , aujourd'hui confondues. Il se nommait Rodolphe , et commença cette famille d'Autriche, continuée jusqu'à Charles VI (1742).

D'un caractère ferme et d'une haute prudence pour tirer l'Empire de l'état d'anarchie où l'avait plongé le grand interrègne , il ne pouvait , par sa puissance médiocre, inspirer des craintes aux électeurs et aux grands vassaux ; ceux-ci , voyant l'accroissement rapide que prenait la nouvelle maison par les succès et la sagesse de son chef, refusèrent à Albert la dignité de roi des Romains que l'empereur avait demandée pour son fds, et, à la mort de Rodolphe, lui donnèrent pour successeur Adolphe de Nassau, qui, bientôt déposé, périt en disputant le sceptre à Albert.

Ordre tejatfonirçne. — (1226), C'est dans le 13e siècle que les Chevaliers Teutoniques s'établissent en Allemagne. Leur ordre avait été fondé à St-Jean-d'Acre vers 1190, afin de pourvoir au soulagement des croisés malades ou blessés. Henri de Valdpott en fut le premier grand-maître. Le duc de Cujavie les ayant appelés contre les Prussiens, qui faisaient de continuelles excursions dans ses états, leur accorda sur ses frontières la province de Culm et tout ce qu'ils pourraient conquérir sur les Barbares. Commandés par leur grand-maître Hermann de Salza, ils ne tardèrent pas à s'emparer d'un territoire considérable, soumirent presque toutes les contrées prussiennes baignées par la mer, fondèrent plusieurs villes et se réunirent aux Chevaliers porte-glaives qui possédaient la Livonie. Depuis cette union, les conquêtes des deux ordres s'étendirent sur toute la Prusse proprement dite, la Courlande, la Pomérawe , et les papes ainsi que les empereurs les confirmèrent dans leurs possessions. Les Chevaliers Teutoniques déclinèrent bientôt par leurs vices , et leur ordre fut supprimé par Napoléon, en 1809. Ce décret fut ratifié par le Congrès de Vienne en 1815. •

ESPAGNE

Règne d'Alphonse IL, — (1252-1284). L'Espagne est toujours

v Uvisée entre les Mahométans et les Chrétiens. Les premiers sont fixés au sud, les seconds au nord. Les Chrétiens possèdent quatre royaumes : 1° la Navarre, le plus faible des quatre, qui s'allie avec la France, dont la protection lui est nécessaire. 2° V Aragon, augmenté du royaume de Valence, et des îles Baléares. Jacques I (1213), auteur de cet accroissement, acheva dans une vieillesse fort agitée un règne aussi long que glorieux. 3° La Castille, qui suit les lois d'Alphonse X (1252). Ce prince réunit à ses états le royaume de Murcie ; il perdit l'empire d'Allemagne, dont il avait été élu souverain, pour avoir négligé d'aller en prendre possession. Il était très savant, et fonda plusieurs chaires dans l'université de Salamanque; il rédigea aussi les Tables astronomiques connues sous le nom d'Alphonsines. La fin du règne d'Alpbonse X est troublée par l'invasion des Mérïndes (1267) qui avaient

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succédé en Afrique à la dynastie almohade, et par des querelles da succession entre ses petits-flls et son fils Sanclie, le vainqueur des Musulmans. 4° Le Portugal, dont le brave Alphonse III recula de plus en plus les limites par la soumission des Algarves.

ITALIE

iLes Torplanil et les Vfscorati à milan. — Milan est une des plus anciennes villes d'Italie. Bâtie par les Gaulois dans le 6e siècle avant Jésus-Christ, elle fit partie de la Gaule cisalpine, et tomba, dans le 5e siècle de notre ère, sous le pouvoir d'Odoacre, roi des Hérules. Théodoric, roi desWisigoths, la lui enleva et y fixa sa cour. Peu après, les Bourguignons s'en emparèrent ; elle fut repiise par les Goths, recouvrée par Narsès, général de Justinien, et passa aux Lombards, dont Charlemagne anéantit la monarchie, en 774.

L'Allemagne la vit passer sous sa domination à la mort de Charlemagne. Depuis que les évoques de Milan avaient perdu leur pouvoir, cette cité avait adopté le gouvernement démocratique et s'arrogeait la suprématie sur les villes libres de la Lombardie. Frédéric, profitant, pour reconquérir la couronne de fer, à laquelle il avait des prétentions, des plaintes que lui adressent les habitants de Lodi et de Pavie, toutes deux à la tête d'une ligue opposée à Milan, passe en Italie, et fait éprouver tout le poids de sa colère et de son dépit à Tortone, l'alliée de Milan, qu'il n 'ose assiéger. Mais l'impératrice ayant été insultée dans cette dernière ville, et la garnison allemande égorgée, Frédéric indigné marche contre elle, la prend d'assaut, la fait raser et ordonne qu'on passe la charrue sur les débris de ses fortifications. Le parti guelfe est abattu, et les communes lombardes reçoivent les podestats de l'empereur.

Cependant les habitants qui avaient trouvé un asile chez leurs voisins, se joignent à l'association lombarde qui se forme pour l'affranchissement de l'Italie et relèvent leurs murailles, protégés par le pape Alexandre III, ce zélé propagateur de la liberté italienne, et, ayant assuré leur indépendance par le traité de Constance, se forment en république et se nomment un podestat. Ce fut Délia Torre qu'ils choisirent, chef de la maison des Torriani, qui acquirent un grand ascendant par leur popularité. Sous la famille des Délia Torre, Milan se trouva encore à la tête d'une seconde ligue lombarde contre Frédéric II, que Grégoire IX forçait à partir pour la Palestine.

Le retour des Visconti, exilés, fait perdre le pouvoir à la famille Délia Torre, et l'archevêque Othon , s'étant fait déclarer seigneur perpétuel, fonde la grandeur héréditaire de sa maison. Les Torriani reparaissent sous Mathieu- Visconti-le-Grand, et périssent presque tous dans une sédition où ce prince les avait engagés. Jean Galéas donna des lois à toute l'Italie lombarde qu'il avait soumise, et reçut de l'empereur Wenceslas la dignité ducale. La tyrannie de Jean-Marie , son fils , fit rétablir le gouvernement républicain ^Philippe-Marie, deuxième fils de Jean Ga-

lêas, releva l'autorité des Visconti, et à sa mort, après quelques tentatives d'organisation républicaine, le Milanais passe au condottiere François Sforze, son gendre, malgré les prétentions de Charles d'Angoulême, petit-fils de Valentine de Milan, fille de Galéas.

Cette rivalité donna lieu aux guerres ruineuses de la France en Italie.

Vêpres slcSïïeisïses (1282). — Les Vêpres Siciliennes sont un massacre fait en Sicile au son de la cloche qui appelait les fidèles aux Vêpres, le lundi de Pâques, et ce massacre est celui de tous les Français qui étaient restés dans l'île après la conquête que Charles d'Anjou (frère de saint Louis, roi "de France), avait faite du royaume de Naples et de Sicile sur la maison impériale de Souabe. Charles, non content d'avoir dépouillé cette maison, eut la cruauté de faire périr sur l'échafaud le jeune Conradin, qui avait passé en Italie pour réclamer l'héritage de ses pères. Cet exemple nouveau d'un tel attentat contre une tête couronnée, joint aux vexations de toute espèce dont il accablait le peuple conquis, alluma dans tous les cœurs une haine générale contre Charles et contre tous les Français.

Un gentilhomme de Salerne , nommé Jean de Procida , passionnément attaché au sang de ses anciens maîtres, voyant que la rage secrète dont tous les habitants étaient animés n'attendait qu'une occasion pour éclater, trama cette fameuse conspiration par laquelle tous les Français devaient être égorgés à la même heure.

Il parcourut les campagnes, sous l'habit de moine, pour tromper les espions de Charles attachés à ses traces , fomenta le mécontentement et souffla partout l'esprit de sédition et de vengeance contre les Français.

Jean de Procida alla voir en secret Pierre, roi d'Aragon, gendre de Mainfroi, que Charles avait dépouillé ; il en obtint de grandes sommes d'argent, avec lesquelles il gagna aisément des conjurés. Pierre d'Aragon équipa une flotte, et, feignant de faire voile pour l'Afrique, il se tint prêt à descendre en Sicile, et revint à Palerme dans le plus grand secret.

Enfin, le lundi de Pâques (1282), au premier coup de la cloche do IVêpres, des attroupements se forment : on s'émeut, on sonne le tocsin, on crie : Meurent les tyrans! Tous les Français sont massacrés dans l'île, les uns dans les églises, les autres sur les places publiques, d'autres dans leurs maisons. On compte plus de huit mille personnes égorgées. Le secret gardé si longtemps par tout un peuple, des conquérants exterminés par la nation conquise, des femmes, des enfants massacrés, des filles siciliennes enceintes de Français, tuées par leurs propres pères, ont rendu cette action à jamais épouvantable. Il n'y eut que deux gentilshommes français Guillaume de Porcelet et Scalambre, qui furent sauvés du massacre général, à cause, disent les historiens, de leur grande prudhomie et vertu.

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On ne parle dans l'histoire que de Guillaume de Porcelet, à qui on donna un vaisseau pour retourner avec sa famille dans son pays.

La petite ville de Sperlinga fut la seule qui donna retraite à quelques fugitifs. Cette action est consacrée dans l'inscription du château ainsi conçue :

CE QUI PLUT AUX SICILIENS, LES HABITANTS DE SPERLINGA SEULS N'Y TROUVÈRENT PAS LEUR PLAISIR.

Lecture : La tragédie des Vêpres Siciliennes, par Casimir Delavigne. — Histoire de France de l'auteur.

Situation générale de l'Italie.

D'un côté la lutte des villes lombardes contre les empereurs, c'est-àdire de la démocratie contre le système féodal, la papauté se liguant avec les Guelfes contre les Gibelins dont elle redoute la puissance, Milan, les deux Frédéric, Innocent III, Grégoire IX, Alexandre III; d'un autre côté, les querelles des podestats, d'une foule de petits tyrans qui se disputent les provinces septentrionales de l'Italie et ravagent ses plus belles contrées ; la prospérité commerciale des républiques maritimes au milieu de leurs constantes rivalités et de leurs guerres sanglantes, Venise dominant Gênes, Gênes dominant Venise et ruinant Pise qui, si longtemps, lui disputa la mer, Florence sortant de son obscurité, tour à tour guelfe et gibeline : tel est le spectacle que nous offre l'Italie au treizième siècle. Au milieu de ce trouble et de cette espèce de chaos, de fréquents changements s'opèrent dans les constitutions; partout la démocratie se restreint, et le gouvernement tombe entre les mains des nobles. La puissance papale, après avoir atteint avec Innoeent III son apogée, semble en décadence ; une réaction a eu lieu contre elle, et bientôt, si elle est encore influente, elle ne sera plus terrible : Boni face VIII va en être la preuve.

EGLISE

Pontificat eîo Boniîave WWM. — (1294-1303). Querelle avec Philippe le Bel. Institution du jubilé. — Boniface monta sur le trône pon- Hifical avec toutes les prétentions de Grégoire VII et d'Innocent III. ÏÏ jsoutenait que la puissance séculaire n'était qu'une émanation du pou- 1 voir ecclésiastique. Il chercha à affermir sa puissance temporelle par des moyens violents, ne comprenant pas les progrès que les lumières, l'opinion des peuples et l'autorité des rois avaient faits depuis le commencement du 13e siècle. Il voulut établir un évêché à Pamiers sans l'autorisation de Philippe le Bel, et défendit à celui-ci de -lever des taxes sur le clergé, en lui déclarant que le roi de France était soumis au pape tant au temporel qu'au spirituel. Sa déclaration lui valut une lettre commençant ainsi î «-Philippe, par la grâce de Dieu, roi des

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» Français, à Boniface, prétendu pape, peu ou point de salut. Que vo- » tre très grande fatuité sache que nous ne sommes soumis à personne » pour le temporel, etc. » Le prestige était évanoui, le mépris commençait ; on n'était pas loin de la raillerie ou de l'indifférence. La bulle d'excommunication qui survint, Ausculta, fili, fut brûlée publiquement et les États , assemblés par Philippe, se déclarèrent contre les prétentions de la papauté. Philippe, en ayant appelé de la bulle au futur concile et aux papes futurs, fait faire le procès au pape. Boniface tombe entre les mains d'un Colonna, son ennemi, qui le souffleté, est livré aux Français, et, prisonnier, va mourir à Rome d'une fièvre frénétique. L'exemple du roi de France ne manqua pas d'imitateurs parmi les princes séculiers ; presque tous proclamèrent leur indépendance à l'égard du pouvoir spirituel.

C'est à Boniface Vlîï qu'on doit l'institution du jubilé en 1300, avec indulgence plénière pour tous ceux qui viendraient à Rome visiter la basilique de Saint-Pierre etde Saint-Paul. Une foule immense accourut alors de tous les pays de la chrétienté dans la capitale du monde chrétien, et y apporta son argent. Ce jubilé, qui, selon la bulle de Boniface, In cœnâ Domini, ne devait se célébrer que tous les cent ans, fut réduit à cinquante par Clément VI, à trente par Urbain VI, et à vingt-cinq par Paul II et Sixte IV.

ASIE

Ciengis-aOsan.— (1209). Au nord delà Chine habitaient des peuples pasteurs qu'on appelait Mongols on Mogols, et que l'on confond presque toujours avec les Tartares. Ils étaient sous la protection des Khitans ou Kins, empereurs de la Chine, appelée alors Kathag.

Dans le 13e siècle, ces Mongols se révoltèrent et trouvèrent en Gen~ gis-Khan le défenseur le plus intrépide de leur liberté. Ce prince portait auparavant le nom de Thémudjin, qu'il avait pris d'un roi qu'il avait vaincu ; celui de Gengis-Khan lui fut donné par ses peuples, à cause de sa puissance et des conquêtes qu'il avait faites : il signifie roi des rois.

Gengis-Klmn s'empara de la partie septentrionale de la Chine, et donna à ses sujets un code civil et militaire ; il tourna ses armes vers l'Occident et marcha contre son plus grand ennemi : c'était Mohammed, Tartare indépendant au midi du lac Aral, alors maître de la Syrie, delà Perse et de l'Arménie.

Gengis-Khan marchait à la tête de sept cent mille hommes ; l'armée de son rival n'en comptait que quatre cent mille : une bataille sanglante se livra dans les plaines qui avoisinent le Jaxarte (Tartarie indépendante). Gengis-Khan fut vainqueur; cette victoire le rendit maître des pays situés entre la Syrie, à l'ouest, et la mer de la Chine. C'est à Tonka (Tartarie indépendante) qu'ont vint rendre hommage à ce roi des rois i plus de cinq cents ambassadeurs représentaient les

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peuples vaincus; et c'est là qu'un de ses fils lui fit présent de cent mille chevaux.

Gengis-Khan mourut en 1227 : ses États furent partagés entre ses quatre fils. Les Mongols de la Crimée, soumis au 18e siècie par Catherine //, impératrice de Russie, descendaient des sujets de Gengis- Khan.

Locîssre : L'Orphelin de la Chine, tragédie, par Voltaire. — Géographie^

de Ta a leur.

&es Mamelouks ets Egypte — (1250). Mamelouk signifie esclave guerrier; c'était le nom donné à une milice qui se rendit très puissante en Egypte, et finit par y usurper l'autorité souveraine, qu'elle conserva longtemps.

Il y a deux dynasties de Mamelouks en Egypte. Les premiers étaient des habitants de Kaptchak, qui, faits esclaves par les Mongols, furent vendus à des marchands de Syrie et menés en Egypte. Nodjemeddin, sultan ayoubite, les acheta, fit élever leurs enfants avec beaucoup de soin dans la ville de Raoudah, située au bord de la mer, ce qui leur valut le nom de Baharites ou marins, et ensuite il en composa sa garde. Quelques-uns d'entre eux parvinrent aux premières charges de l'empire, renversèrent du trône le sultan Almohadan, dernier Ayoubite, et, sur le refus de Louis IX, alors captif, qu'ils voulurent mettre à sa place, élurent Ibegh, un des leurs, qui rendit la liberté au roi de France. Les Mamelouks Baharites possédèrent l'Egypte durant 126 ans, jusqu'en 1382 qu'ils furent chassés par les Mamelouks Circassiens ou Bordjilcs. Ceux-ci restèrent maîtres du royaume jusqu'à Sélim /, qui fit pendre leur sultan Touman-Bey, et réduisit TÉgypte en province de l'empire turc en 1517.

&es AfoiigoSs h la Chine. — 1241. Les Mongols, conduits par Oktaï, s'emparèrent de toute la Chine. Ce prince avait été ministre des finances sous Gengis-Khan, et onze mois après sa mort il s'était fait proclamer grand khan. Il commença la vingtième dynastie des empereurs chinois, qui se maintint jusqu'au 14e siècle (de 1229 à 1241).

IjCs ©Womaiis uSams l'AssatoIie (1300). — LQsSeldjoucides avaient pris à leur solde des peuples du Turkeslan dont une milice particulière s'était établie au nord de l'Asie-Mineure, et avait pour capitale Brasa ou Prusa.

A l'approche de Gengis-Khan, ils s'étaient dispersés ; un de leurs émirs ou chefs descendit dans l'Asie-Mineure, et fonda un état qui existe encore, et qui renferme une partie de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique.

C'est Osman ou Othman qui fut le fondateur de l'empire turc d'aujourd'hui. Son fils Orkhan agrandit ses États et conquit même une partie de la Thrace. Amural I fit d'Andrinople le siège de son empire, et créa les janissaires, qui étaient les meilleures troupes delà Turquie. Mahmoud II les a détruits de nos jours

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fl4c Siècle*

CARACTERE DU SIECLE

Perfectionnement de la nationalité. — Importance quecommence à prendre le peuple dans les affaires publiques; esprit d'émancipation et de liberté manifesté par des révoltes ou des associations. — Continuation de la décadence de la papauté.

SOMMAIRE

France. — 1302. Première convocation des Etats-généraux. — 1307. Abolition des Templiers. — 1328-1338. Prétentions d'Edouard III sur la France. — Philippe de Valois. — 1350. Jean II. — 1356. Bataille de Poitiers. — 1363-1364. Seconde maison de Bourgogne. — 1357. Etats-généraux. — 1358. La Jacquerie. — 1364. Charles V, le Sage. — 1366. Les Grandes Compagnies.

Angleterre. —1307. 1327. Bègues d'Edouard II et d'Edouard III.— 1399. Avènement de la Bose Bouge ou des Lancastres, avec Henri IV.

Allemagne. — 1356. La bulle d'Or, sous l'empereur Charles IV.

Espagne. — 1350. Pierre-le-Cruel, roi de Castille. — 1336. Pierre-le-Cruel, roi d'Aragon.

Pologne. — 1386. Les Jagellons en Pologne; établissement du christianisme.

Italie. — 1343. Bègne de Jeanne I. — 1347. Bienzi, tribun de Borne.

Portugal. — 1279-1325. Communes. — 1357. Piene-le-Justicier. — Inès de Castro. — 1383. Maison d'Avis, sous Jean II.

Suisse. — 1308. Confédération helvétique.

Ecosse. — 1370. Les Stuarts'sur le trône d'Ecosse. — 1395. Edouard Baliol et David Bruce.

Etats <!u Nord. — 1397. Union de Calmar ; Marguerite de W;>UIemar.

Asie. — 1310 Les chevaliers de Saint- Jean à Rhodes. — 1336. Tamerlan, — 1360. Etablissement des Turcs en Europe.

Eglise. — 1342. Pontificat de Clément VI. — 1378 Grand schisme d'Occident.

l2écouvcrfe&. — 1306. Découverte de la boussole. — Papier de linge. — 1321. Usage de la poudre à tirer. — 1338. Armes à feu. — 1346. Canons. — 1360 Eau-de-vie. — 1360. Epingles. — 1370. La Bastille. — 1372. Usage de» bombes.— 1380. Cartes à jouer.

Coup-d'oeil sur le quatorzième siècle.

Ce siècle est l'expression du premier mouvement politique qui s'opère dans les États : il y avait eu de grands essais d'organisation tentés en Europe, mais tous avaient échoué. La société n'était pas assez avancée pour se prêter à l'unité ; tout était encore trop local, trop social, trop étroit, dit M. Guizot, trop divers dans les existences et les esprits. Il n'y avait ni intérêts généraux, ni opinions capables de dominer les inté-

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rets et les opinions particulières. Les esprits les plus hardis n'avaient aucune idée d'administration, ni de justice vraiment publique. I) fallait évidemment qu'une civilisation très active, très forte, vînt d'abord mêler, assimiler, broyer, pour ainsi dire, ensemble tous les éléments incohérents ; il fallait qu'il se fît d'abord une puissante centralisation des intérêts, des lois, des mœurs, des idées ; il fallait, en un mot, qu'il se créât un pouvoir public et une opinion publique. Les siècles suivants devaient continuer ce grand travail.

Agriculture, industrie.

L'Angleterre commençait à sentir l'importance de l'agriculture ; elle s'appliqua à perfectionner ses belles laines. Ce pays avait déjà de si beaux troupeaux, qu'Edouard III (1377) en envoya un à Alphonse, roi de Castille, comme un riche présent ; les mérinos d'Espagne datent de cette époque.

La chimie avait trouvé la manière de décomposer les chiffons en une espèce de bouillie, avec laquelle on pouvait fabriquer du papier; un nommé Pax, de Padoue (1391), appela la mécanique à son secours, pour établir dans cette ville une manufacture de papier montée en grand.

Jean Kemp porta le premier en Angleterre l'art de fabriquer les draps fins (1326-1327), et de cette époque date aussi la naissance des armes à feu.

La haute mécanique inspirant Valeyfort. abbé de Saint-Alban, dans ce même pays, il construisit une horloge sur les bases fixes et positives du calcul et des mathématiques ; mais ce fut en France que fut offerte, en 1360, à Charles V, la première montre ou pendule de poche. L'Angleterre acquérait de nouvelles richesses en industrie ; les toiles ne se fabriquaient alors que dans le Brabant, mais en 1356 des tisserands étant venus s'établir à York, et plus tard (1396) , une compagnie s'étant formée à Londres pour la fabrication des toiles des Pays-Bas, ce travail resta depuis naturalisé en Angleterre.

L'Angleterre commençait à battre monnaie (1314). Les villes Anséatiques étaient le centre où se réunissaient tous les courtiers des divers produits de la Flandre : Venise était aussi un comptoir célèbre, et cette ville, qui seule avait le droit de commercer en Egypte et en Syrie, était alors la plus riche d'Europe (1345). Rivale de Florence, sa fortune était plus solide, parce qu'elle ne la devait pas à la circulation de» billets de crédit.

C'est de cette même époque (1345), que date l'établissement de la banque de Gênes; toutes les autres vinrent beaucoup plus tard. Tel était enfin le mouvement commercial de cette époque, que les Chinois euxmêmes sortaient de chez eux et portaient les productions de leur industrie jusque dans le golfe Persique et dans la mer Rouge.

La chimie tourne ses applications vers les arts utiles. La première fonderie de canons a lieu en Angleterre (1327) et en France (1338) ; cepen-

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dant les effets de la poudre étaient connus bien antérieurement ; il en fut de cette découverte comme de celle de la boussole , il serait difficile d'indiquer le premier inventeur de la boussole , et le temps précis où a été faite cette précieuse découverte. Il paraît qu'en Chine elle était connue antérieurement au 14e siècle, mais qu'elle ne consistait qu'en une pierre d'aimant suspendue sur l'eau au moyen d'un liège. Quoi qu'il en soit , on a des preuves incontestables qu'en Europe les marins provençaux faisaient usage de cet instrument dans leur navigation. Cependant le perfectionnement de la boussole est dû à un citoyen d'Amalfi, nommé Flavio di Gioja ; il en divisa le cercle en trente-deux parties par rapport aux trente-deux vents, et, fixant l'aiguille aimantée sur le pivot, il la préserva des déviations occasionnées par les secousses de la mer.

La boussole contribua aux progrès étonnants de la navigation et du commerce des Européens à la fin du 15e siècle. Dans celui-ci, on prévoit déjà les changements qui vont naître de la découverte de cet instrument ; la navigation est encore bornée à la mer Méditerranée, à la Baltique et aux côtes de l'Océan ; mais déjà on essaie de longer les côtes d'Afrique.

Les peuples d'Europe, à cette époque, étaient accablés de divers fléaux ; des nuées de sauterelles et plusieurs années de mauvaises récoltes avaient produit une famine épouvantable, à laquelle succéda une peste apportée, disait-on, de l'Orient en Italie par des vaisseaux génois; plus d'un million de pèlerins s'étaient rendus l'an 1300 à. Rome, pour y recevoir des absolutions à l'occasion du jubilé papal. Un grand nombre mourut au retour, et ce terrible fléau fut apporté dans toute l'Europe par les survivants, et enleva deux cinquièmes de la population. Pour remédier à ces malheurs, des fanatiques instituèrent l'ordre des Flagellants, qui parcouraient Y Allemagne et la France, et vinrent inviter le pape Clément, à Avignon, à se joindre à cet acte méritoire; le pape non-seulement refusa, mais il en fit brûler plusieurs. On accusa les juifs d'avoir empoisonné les sources et d'avoir ainsi causé la peste. La protection du pape et de quelques rois ne put les garantir que faiblement de la fureur populaire; les préjugés à cette époque étaient plus forts que la puissance temporelle et spirituelle.

FRANCE

Philippe III, le ffisis»cSI (1270-1285), qui avait accompagné son père au siège de Tunis, lui avait succédé ; son règne sert de complément à celui de son prédécesseur et forme la transition à une nouvelle période. On y voit le développement de la puissance royale par la réunion définitive du comté de Toulouse (1271) et la punition d'une tentative de révolte de la part du comte de Foix (1272). On y trouve aussi le premier exemple d'une charte d'anoblissement en faveur d'un roturier ; mais en

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même temps une ordonnance déclarait que les nobles seuls avaient droit à la chevalerie.

Philippe le Bel (1285-1314) ouvrit un aes siècles les plus féconds en transformations sociales, et lui-même fut une nouveauté ; il connut la raison d'État et commença la conversion du vassal en sujet. Son gouvernement est le premier organisé depuis les Romains , et il donna naissance à l'esprit de la monarchie absolue.

L'unique pensée de ce gouvernement était l'argent, parce que Philippe sentait que c'était par l'argent seul qu'il pouvait atteindre son but, en épuisant les autres et en se fortifiant luimême.

Aussi tous les actes de son règne tendent-ils à s'en procurer: l'expulsion des Juifs, l'abolition des Templiers, la convocation des États, l'altération des monnaies, et même l'établissement du parlement sédentaire. L'avidité de l'or donna naissance à Valchimie. C'est au charbon qu'on demanda d'abord des richesses; ensuite au diable; puis à l'homme, c'est-à-dire au Lombard et au Juif, qui avaient alors le monopole du commerce. Ceuxci prêtaient à un taux exorbitant, et exigeaient pour gage le corps de l'emprunteur. Le règne de Philippe le Bel peut se résumer en deux mots : confiscation, exaction.

Les règnes des trois frères de Philippe le Bel sont remplis par des embarras financiers qui donnèrent lieu à de fréquentes convocations des états- généraux. Sous Louis X, le Hutin, Enguerrand de Marigny, surintendant des finances, fut pendu après avoir été condamné par une commission de barons, qui ne lui permit pas un mot pour sa défense. Ainsi la justice semble reculer et être moins avancée que dans les Etablissements de saint Louis. Les serfs furent aussi affranchis dans tous les domaines du roi moyennant une certaine somme par tête, et cet acte devint le signal de l'émancipation de la masse du peuple.

Lecture : Histoire de France, par Michelet. — Capeûgue. — L'auteur.

Ato©liti©Bi de Tordre des Templiers. — L'ordre des Templiers avait été établie Jérusalem, en M 18, par plusieurs gentilshommes français qui firent vœu de chasteté et d'obéissance entre les mains du patriarche, et promirent d'employer leurs biens et leur vie au service et à la défense de la Terre- Sainte. Le roi Baudouin II leur assigna un logement dans le Temple, d'où ils furent appelés Templiers. Us firent de belles

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dictions sous les rois de Jérusalem, et acquirent de grandes richesses dans tous les royaumes de l'Europe : mais ces grands biens les perdirent. Bientôt l'orgueil, la fierté, l'indépendance, l'esprit du monde, le luxe et les plaisirs de la table eurent infecté tout l'ordre. On les accusa, sous le règne de Philippe- le- Bel, des crimes les plus atroces, des excès les plus épouvantables, et ils furent tous arrêtés en un seul jour par tout le royaume : ce fut un ordre secret qui fut exécuté le 1 5 octobre 4307. Au premier interrogatoire qu'on fit subir aux cent quarante chevaliers, il n'y en eut que trois qui nièrent absolument les crimes qu'on leur imputait ; mais on ajoute, pour infirmer ces aveux, qu'ils furent extorqués par la violence, et que la plus grande partie des chevaliers révoquèrent leurs confessions, et soutinrent qu'on les leur avait arrachées à force de tourments. Quoi qu'il en soit, cinquante-neuf, parmi lesquels il y avait un aumônier du roi, furent livrés en France au bras séculier. On les conduisit hors de la porte Saint- Antoine, dans un champ voisin de l'abbaye du même nom, où ils furent brûlés vifs et à petit feu, en 1309. On leur avait promis la vie s'ils avouaient. La plupart, pour échapper aux tortures inouïes qu'ils enduraient, avouèrent tout ce qu'on voulut ; mais on les avait trompés ; tous périrent. Il y en eut neuf à Senlis, et un grand nombre en différents endroits de la France, qui souffrirent les tourments avec fermeté. Enfin, le 16 octobre 1312, le pape Clément V, dans un concile tenu à Vienne, donna une bulle qui cassait, supprimait et annulait l'ordre militaire du Temple, et cet ordre demeura pour toujours proscrit et aboli.

Le 19 avril de l'an 13U, Jacques de Molay, grand-maître de l'ordre, fut brûlé sur la place Dauphine, avec Ferrand d'Auvergne, commandeur de Normandie; ils citèrent, dit -on, le roi et le pape au tribunal de Dieu : Philippe IV dans l'année, et Clément V dans quarante jours. L'un et l'autre en effet moururent à l'époque fixée par cet ajournement.

On disposa ensuite de leurs biens en faveur des chevaliers' de Saint-Jean, dévoués à la défense des saints lieux, et qui venaient de donner de nouvelles preuves de leur zèle par la conquête de l'île de Rhodes. Cet ordre semble vouloir se reproduire aujourd'hui ; mais, comme tant d'autres, il s'éteindra insensiblement.

Lecture : La tragédie des Templiers, par Raynouard. —Histoire de France de l'auteur.

Si.

426 lue SIÈCLE.

Fi8eB2iièi»e çoiiiroçatîoiî des ÉtatsaGénéraux. — (1302). La première convocation des États Généraux eut lieu en 1302, sous Phîlippe-le Bel. Cette assemblée se tint le 10 avril dans l'église Notre-Dame à Paris. On avait élevé dans cette église un trône pour le roi; il avait près de lui le comte d'Évreux, son frère; le comte d'Artois, son cousin; les ducs de Bourgogne, de Bretagne, de Lorraine, les comtes de Hainaut , de Hollande , de Luxembourg , de Saint-Pol , de Dreux, etc. Les évêques étaient peu nombreux. Les députés du peuple occupaient en grand nombre un des côtés de l'église; ils présentèrent à genoux une supplique au roi. Les premiers Etats furent clos le 10 avril, mais les affaires restèrent dans la même situation. On les assembla de nouveau le 23 juin 1303 à Paris, puis en 1308 à Tours, et de nouveau le 29 juin 1315, afin d'obtenir de la nation des subsides. Cette fois l'assemblée se tint dans la cour du Palais où l'on avait élevé une estrade très étendue. Le prévôt des marchands de Paris promit une aide de la part de la ville, et son exemple fut suivi par les députés des autres villes ; mais la plupart de ces assemblées nationales tournèrent beaucoup plus souvent au profit du pouvoir qu'à l'avantage des citoyens, car leur rôle se réduisit fréquemment à voter des subsides et rien de plus. Il y eut jusqu'à Louis XVI 33 tenues d'États-Généraux.

8 Sous Philippe-le-Bel, — 2 sous Philippe-le-Long, — 2 sous Philippe Vi, — 5 sous Jean 11,-1 sous Charles V, — 3 sous Charles VI, — 6 sous Charles VII, — 2 sous Louis XI, — 2 sous Louis XII, — 3 sous François II et Henri III, — 2 sous Louis XIII et Louis XVI. — Total 33.

Le roi, placé dans une position difficile, et par les exigences de Boniface VIII et par les Flamands, et surtout par le besoin d'argent, se décida à réunir les députés des trois ordres de la nation.

Jusqu'ici nous avons vu le peuple d'abord serf et vilain, soumis à un seigneur, sans aucun droit civil ni politique, puis s'émancipant en membre de la commune et recouvrant •avec la liberté les droits du citoyen. Maintenant son imporjnnce s'est accrue, il s'est rendu nécessaire aux rois, et nous •lions le voir se mêler au gouvernement de l'État, dont jusqu'alors il avaitété constamment éloigné, et exercer enfin quelques droits politiques. Pour la première fois depuis les premiers rois de la seconde race, il apparaît dans une assemblée

14e SIÈCLE. 427

de la nation, et, sous le nom de tiers-état, se trouve appelé à former un troisième ordre qu'on ne connaissait pas encore, et qui un jour dominera les autres.

Déjà le tiers-état se montre plus éclairé que la noblesse, plus ferme que le clergé, et soutient dignement les droits du trône et les libertés de la nation envers le pouvoir spirituel. Cependant son rôle est encore humble, de peu d'importance, et se réduit au vote des impôts et au droit de pétition, c'est-à-dire i d'adresser au roi des doléances qui sont rarement écoutées, il J est encore obligé de s'attacher au trône, son abri naturel, contre les deux autres ordres qui le jalousent et ne manqueraient pas l'occasion de le soumettre, ou du moins de lui ôter son influence.

Quant à l'influence générale des États- Généraux, elle fut plus indirecte que directe, moins dans le présent que dans l'avenir. Sans rien de fixe ni de régulier, « ils furent, dit M. Guizot, un pis-aller politique pour le peuple comme pour les rois ; pis-aller pour les rois quand ils n'avaient pas d'argent ; pour le peuple, quand le mal était devenu si grand qu'on ne savait pius quel remède y appliquer. » Lorsque la royauté se fut organisée, fut devenue assez forte pour dominer les trois ordres, ou bien elle se passa des États-Généraux, ou si un moment de crise la forçait aies convoquer, elle eut toujours soin de les tenir en lesse ; si la nécessité exigeait quelques concessions, ces concessions ne furent que momentanées, et bientôt elle reprit le dessus et recouvra tout ce qu'elle avait perdu. Aussi voyons-nous ces assemblées, le plus souvent insignifiantes, devenir quelquefois terribles ; mais leur domination n'est que passagère, leur colère s'éteint avec la crise qui les a enhardies, et aucune de ces mesures qui ont agi sur la société, aucune réforme vraiment importante n'est émanée de leur sein. Elles n'ont eu réellement qu'un effet moral : elle ont été une protestation contre la servitude politique, la proclamation de certains principes qui devaient plus tard être appliqués, passer dans les faits et valoir au peuple français sa liberté et l'exercice de sa souveraineté.

Les États-Généraux ne furent jamais convoqués régulièrement; tenus plusieurs fois sous un règne, plusieurs autres rè gnes se passaient sans qu'ils le fussent de nouveau ; le caprica ou ie besoin des rois en décidait. Cependant leur existence, bien ou mal assurée, se perpétue jusqu'à Louis XIII (1614).

Û28 lûe SIECLE.

Ce n'est que près de deux cents ans après qu'ils reparaissent avec un éclat inouï. Alors le tiers-état, tout-puissant, a la haute main ; il détruit la puissance politique de ses anciens adversaires, et domine à son tour la noblesse et la royauté.

La dernière assemblée des États-Généraux s'ouvrit à Versailles le 5 mai 1789, après une interruption de 175 ans. Elle se se composait de.121 4 membres, et formait la réunion nationale la plus nombreuse et la plus imposante qu'on eût vue jusquelà ; il y avait 308 ecclésiastiques, 285 députés de la noblesse et 621 députés du tiers-état. — Le 17, les membres du tiers-état, après avoir vérifié les pouvoirs de toutes les députations, « se » déclarent la seule réunion légitime, et se constituent immé- » diatement en activité sous le nom d'Assemblye nationale. » ïl ne .aut pas se le dissimuler cependant, les États-Généraux ont eu la vertu de maintenir dans les esprits les droits à la liberté, mais ils ne sont jamais entrés dans l'organisation politique, ils n'ont jamais atteint le but pour lequel ils avaient été formés : la fusion en un seul corps des sociétés diverses qui se partageaient le pays.

Lecture : Histoire des Etats-généraux, par Charles Naudet. — Histoire de France, de l'auteur.

Philippe VI de Valois. — (1328). Charles IF étant mort sans enfant, le trône appartenait de droit à Philippe de Valois , son parent ; mais Edouard III, roi d'Angleterre, prétendait à la couronne comme fils d'Isabelle, sœur du dernier roi. Les prétentions du monarque anglais furent annulées en vertu de la loi salique interprétée pour la première fois à l'avènement dePhilippe-le-Long par les États, qui avaient déclaré qu'au royaume de France femme ne succède pas, malgré les maximes du droit féodal, d'après lequel presque tous les grands fiefs tombaient falance en quenouille, et Philippe de Valois fut reconnu roi en 1328. — D'heureux événements signalèrent le commencement de ce règne. Le monarque, qui protège le comte Louis, combat les Flamands en personne, et les force à tomber aux genoux de leur souverain, après les avoir vaincus à Cassel. Mais Robert d'Artois ayant perdu au tribunal de Philippe un procès contre la duchesse de Bourgogne, ce prince invite l'Angleterre à seconder sa vengeance; le flamand Arteweld, brasseur de bière, dont le crédit est sans bornesdans sa patrie, montre à Edouard 111 ses compatriotes prêts à soutenir ses prétentions.

lÛe SIÈCLE. ^(J

Bientôt la guerre éclate entre la France et l'Angleterre; la marine anglaise triomphe à la journée de ["Écluse ; Edouard entre en France, s'avance sans obstacle jusqu'à, Paris. Repoussé par l'armée française, il passe la Somme; mais la malheureuse bataille de Crécy, en 1346, fait perdre à la France environ trente mille hommes. Il paraît que ce fut à cette bataille que, pour la première fois, les Anglais firent usage de l'artillerie.

Le siège de Calais suit cette bataille (1347) . Les assiégés, commandés par Jean de Vienne, se défendent pendant onze mois; réduits à l'extrémité, ils demandent à capituler; c'est alors qu'eut lieu l'admirable dévoûment d'Eustache de Saint- Pierre et de quatre de ses parents. Ils allaient être décapités, lorsque la reine Philippine se jette aux pieds d'Edouard III et désarme sa colère. Pendant que l'heureux Edouard cueillait des lauriers dans les champs deCrécy, Philippine de Flandre en avait l'ait une ample moisson dans l'Ecosse, où elle avait gagné une grande bataille, et elle arrivait en ce moment pour épargner à son mari une cruelle action. Enfin une trêve de trois ans est conclue. Cependant la France éprouve des malheurs extérieurs ; les impôts se multiplient, et le tribut qui s'élève sur l'eau et sur le sel est imaginé par Philippe. Les droits delà couronne et de l'État, défendus avec fermeté par Cugnière contre les usurpations du clergé, sont trahis par un roi, ou timide, ou superstitieux. Toutefois, la couronne acquit, sous ce règne, le Danphiné, qtfllumbert aux blanches mains donna au roi, à condition qu'il deviendrait l'apanage du fils aîné des rois de France, qui porterait le nom de Dauphin, Jean II, le Bon, plus faible que son père, augmenta encore les maux de sa patrie. Des coups d'autorité frappés imprudemment sur le comte d'Eu, et sur Charles d'Évreux, roi de Navarre, les deux premières têtes de l'État, lui aliènent le cœur de la noblesse; et les révoltes continuelles qu'occasionnent ces rigueurs achèvent de bouleverser la France. Le prince de Galles, digne fils d'Edouard III et son rival de gloire, poursuit les succès de l'Angleterre. Jean marche contre lui à la tête de 80,000 hommes, et rencontre à Maupertuis, près de Poitiers, ce prince qui n'en a que 8,000. Là se livre cette fameuse bataille où les Anglais, se servant de toutes les ressources du génie, renversent, avec une poignée de soldats, l'armée française. Le prince Noir fait le roi de France prisonnier, l'emmène

Û30 lft« SIÈCLE.

à Bordeaux, et de là à Londres. La première noblesse de France

périt dans cette bataille.

Lecture : La tragédie du Siège de Calais, par Dubelloy. — Les Chroniqueurs (Froissart), réunis en un volume, par M. Lévi.

liîa Jacquerie. — (1358). Pendant la captivité du roi, de violents troubles s'élèvent en France. Le roi de Navarre, Charles-le-Mauvais, sorli de prison, se meta la tête des révoltés : Etienne Marcel, prévôt des marchands, et Robert Lecoq, évêque de Laon, le secondent et entreprennent de le nommer roi. Charles de Navarre assiégeait Paris, qu'on se disposait à lui livrer. Jean Maillard, capitaine des gardes, sauve la ville en immolant Marcel. Le Dauphin y rentre en triomphe. Pendant que Paris était ainsi agité, les provinces étaient ravagées par les Jacques (nom de mépris qu'on donnait aux paysans) qui brûlaient les châteaux. Le malheureux traité de Brétigny et le retour du roi amenèrent un peu de calme dans le royaume.

Considérée politiquement, la Jacquerie fut un mouvement national contre l'invasion anglaise et un des premiers effets de l'affranchissement des serfs sous Louis-le-Hulin ; elle apprit aux paysans qu'ils pouvaient se battre aussi bien que les seigneurs, et leur donna la conscience de leur force. Les compagnies franches, que Duguesclin mena en Castille et contre les Anglais, étaient toutes composées de Jacques ou paysans réunis spontanément en corps. De là datent nos armées nationales; car, après les désastres de Crécy, Poitiers et Azincourt, il ne resta plus de nobles pour défendre la patrie. C'est après ces désastres quil faut placer l'extinction de la première aristocratie et l'apparition d'une nouvelle noblesse, de même que la seconde noblesse franque s'était montrée après la bataille de Fontenay.

Lecture : Les guerres civiles, dans les Esquisses historiques de l'auteur.

— Vitet.

Charles V, Se Éi&ge. —-(1364). Jean mourut à Londres, où il était allé remplacer son fils, le duc d'Anjou, otage fugitif d'Edouard. Charles F, qui avait gouverné le royaume pendant la captivité de son père, rendit le peuple heureux par un règne plein de sagesse. Après avoir vaincu les Etats pendant sa régence, il négligea de les convoquer sous son règne, et les remplaça par une espèce d'assemblée composée de prélats, de nobles et d'officiers municipaux, afin d'obtenir un simulacre d'autorisation pour la levée des impôts. On les verra

lûe SIÈCLE. Û3i

reparaître rarement; la couronne, qui avait éprouvé leur force, en eut peur, et c'est le parlement qui usurpera le pouvoir politique qui leur échappe pour quelque temps. Bertrand Duguesclin, chevalier breton, vainquit le roi de Navarre, qui n'avait pas cessé ses hostilités. Charles lui accorda la paix, protégea les lettres, le commerce, et fonda la Bibliothèque royale. Ce fut la gloire de ce règne d'avoir eu en même temps le prince le plus sage et le générai le plus habile. Charles V institua les lits de justice, où furent admis les grands officiers, quelques prélats, des députés de la bourgeoisie et de l'Université; ce fut auisi ce prince sage qui fixa la majorité des rois à quatorze ans.

L'ordre, que ks sages mesures de Charles V avaient rétabli, fut de nouveau troublé sous son successeur(l 380-1422). Pendant que les princes du sang, oncles du roi mineur, se disputaient le pouvoir, les Etats-Généraux, firent quelques tentatives pour reprendre l'autorité qui leur échappait. Le duc d'Anjou, qui avait obïenu la régence, en profita pour piller le Trésor royal et pour lever des taxes arbitraires, malgré la résistance des États. Ces abus du pouvoir firent éclater l'insurrection parisienne des Mail 'lotins, qui ne fut réprimée que par la force des armes. L'oppression s'étendit sur toute la France ; une taille générale fut imposée au royaume, sans, que le clergé et la noblesse fussent exceptés. Le roi, parvenu à la majorité (1388), essaya de gouverner, en éloignant ses oncles et en choisissant des ministres plus populaires.

Le connétable Olivier de Clisson eut une grande part à la direction des affaires. Le peuple avait l'espoir d'être soulagé, lorsque la démence du roi piongea le pays dans de nouveaux malheurs (1392), et le livra aux guerres civiles causées par la rivalité des maisons d'Orléans et de Bourgogne, qui se disputaient le pouvoir en trompant le peuple. La haine des deux fâchons trouva un pliment dans la conduite imprudente d'Isabeau de Bavière, épouse de l'infortuné Charles VI.

L'assassinat du duc d'Orléans (U07), frère du roi, tué par les ordres c|e Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, mit le combl' à l'animosité des deux partis, et accrut la puissance du dernier de ces ducs, qui recherchait la popularité. Le comte d'Armagnac, connétable de France, devint le chef d une ligue qui sÇ; forma contre Jean-sans-Peur.

Toute la France se divisa en deux camps que la reine tra~

U32 14e SIÈCLE.

hissait tour à tour. La guerre étrangère vint se joindre à ces calamités (1415); le pays, écrasé d'impôts, fut livré à la fureur des factions et aux attaques des Anglais. Leduc de Bourgogne fut assassiné, sur le pont deMontereau, par Tanneguy Duchàtel (1419); sa mort mit fin aux négociations entamées par le dauphin Charles. La reine, alliée à Philippe-le-Bon, hâta la conclusion du traité de Troyes (1420), qui enleva au dauphin la succession au trône, et fit passer le sceptre à Henri V, roi d'Angleterre, époux de Catherine de France. La capitale fut ouverte aux Anglais. A la mort de Charles VI ( 1 422), précédée de celle de Henri V, son gendre, Henri de Lancastre, encore au berceau, fut proclamé roi de France sous la régence du duc de Bedfort, son oncle, tandis que Charles VII, errant sur les rives de la Loire, confiait le sort de sa couronne à la fidélité et à ia bravoure d'un petit nombre de partisans.

Le& ©i^iades CpmpagnieSé — 1366. Ces Grandes Compagnies étaient un mélange de toutes les nations, mais principalement d'Anglais, de Gascons et de Bretons, ces derniers en petit nombre; ce ramas de brigands était redoutable et redouté ; ils ravageaient tout sur leur passage, et la France souffrait alors tellement de leurs déprédations, qu'à cette époque ils avaient fait, de la Guyenne à la Champagne, une vaste plaine de ruines. Ce qui exaspérait le plus les Français contre les Grandes Compagnies, c'est qu'on y comptait beaucoup d'Anglais; pour s'en débarrasser, on traita avec eux et on leur proposa d'aller à la croisade : ils refusèrent. Licenciées par l'Anglais, repoussées de l'Ile-de-France, de la Normandie, de la Bretagne, de l'Aquitaine, ces bandes refluèrent sur le centre; elles se promenaient par le Berry, le Limousin, etc. — Cependant quelques-unes allèrent en Alsace et furent massacrées; mais la grande masse s'écoula vers l'Espagne, ayant à sa tête Duguesclin. En passante Avignon, ces aventuriers, dont l'armée se grossissait sur la route, rançonnèrent le pape; de là ils allèrent en Aragon, demandant le passage et des vivres ; enfin, dans ce siècle, on les trouve partout, et souvent combattant les uns contre les autres; ils disparaissent au 15e siècle.

Lecture : Les Armagnacs et les Bourguignons, Histoire de France de l'auteur. — Histoire des ducs de Bouraoane, par M. de BaruiUe. — Clironi' ques de Ghrisuue ue Pisaa 5?

14e SIÈCLE. A3 3

ANGLETERRE

Conquête de l'Ecosse par Edouard I. — (1281). L'ancienne race des rois d'Ecosse s'étant éteinte avec Alexandre III, on vit paraître une foule de prétendants qui se disputèrent les droits au trône: parmi eux on distinguait Jean de Baliol, français d'origine , et Bobert Bruce, de famille anglaise. Edouard I, roi d'Angleterre, qui songeait à soumettre l'Ecosse, s'offrit pour arbitre, et Baliol fut choisi, parce qu'il consentait à être vassal de l'Angleterre.

Le nouveau roi ayant senti toute la lâcheté de son procédé, et, indigné des mauvais traitements d'Edouard, se révolta et fut vaincu ; c'est alors qu'Edouard fit transporter en Angleterre le sceptre et la couronne d'Ecosse, et particulièrement la pierre fameuse du destin, sur laquelle se faisait l'inauguration du roi, et d'où, suivant le préjugé populaire, dépendait la destinée de la monarchie. Mais il restait un défenseur à l'Ecosse : Guillaume Wallace, simple gentilhomme, soulève ses compatriotes et chasse les Anglais, qui ne conservent que la seule ville de Berwick ; mais la fortune l'abandonne dans sa glorieuse entreprise : trahi par plusieurs grands jaloux, il est vaincu et livré aux Anglais, qui le font mourir. Les Écossais ne se rendent point encore et trouvent un autre défenseur dans Robert Bruce : ce héros, après des alternatives de succès et de défaites, régna glorieusement sur les Écossais, et mérita le titre de Bon Robert.

Au règne brillant et sage d'Edouard I, succéda celui d'Edouard II, en 1307. Ce prince se laissa gouverner par ses favoris, Gaveston et Spencer. Les barons indignés, excités par sa femme Isabelle et par Mortimer, se soulevèrent contre lui, le forcèrent à résigner sa couronne, et l'enfermèrent dans le château de Berkley. Là on le fit mourir en lui enfonçant un fer chaud dans les entrailles, à travers un tuyau de corne, afin qu'il n'en restât pas de trace. Edouard II était âgé de 42 ans. Le règne sage et glorieux de son fils Edouard III (1327), dont nous avons parlé plusieurs fois dans ce siècle, sauva l'Angleterre. Ce fut lui qui établit l'ordre de la Jarretière, resté un des cinq grands ordres de l'Europe. Dans une fête, Alix, comtesse de Salisbury et dame du roi, laissa tomber le ruban bleu qui attachait le bas do chausse qu'on portait alors ; Edouard le releva et quelque temps après institua l'ordre de la Jarretière. C'est à cette occasion qu'on grava sur les monnaies anglaises : Honni soit qui mal y pense.

Avènement des ï,an«*astres. — Richard II (1377), fils du prince Noir, s'étant fait détester pour sa tyrannie, fut détrôné pas Henri de Lancastre, son cousin germain, qui prit le titre de Henri IV. Ce prince ne fut pas indigne du trône qu'il avait usurpé sur les Yorks. Plusieurs révoltes qui s'élevèrent furent comprimées avec vigueur. Percy, comte de Northumberland, chef des mécontents unis aux Écossais, fut vaincu à la sanglante bataille de Shrewsbury, l'archevêque d'York condamné

434 14e SIECLE.

à mort et exécuté, et les Lollards furent condamnés au feu. Ce prince mourut en 1413, laissant pour successeur Henri V son fils, l'un des plus grands rois de l'Europe.

Wïcïef — (1384). Jean Wiclef, né en 1324 à Wiclef, bourg de la «province d'York, indigné des concussions de la cour de Rome et de la dissolution du clergé, protégé par le duc de Lancastre et par la princesse de Galles, se mit à demander la réforme ecclésiastique et à prêcher contre les abus de la puissance papale. Grégoire XI, qui voyait la suprématie du Saint-Siège compromise par le nombre des partisans que se faisait ce nouvel apôtre, prit l'alarme et le fit citer devant le tribunal de l'arclievôque de Cantorbéry et de l'évoque de Londres, qui le renvoyèrent en lui faisant promettre de garder le silence. Il éleva de nouveau la voix à l'époque du schisme, attaqua môme la puissance des princes temporels, et excita un soulèvement de paysans qui eut les plus fâcheux résultats. Il s'en prit ensuite au dogme ; condamné par le concile de Londres, il refusa de se rétracter, et mourut hérétique le 2 décembre 1384. Le concile de Constance condamna de nouveau ses erreurs, et ordonna que son corps serait déterré et que ses os seraient brûlés ; ce qui fut exécuté.

Lecture : Histoire des Variations, par Bossuet. — Robert Bruce, dans Walter-Scott [Histoire d'Ecosse). — Généalogies d'Angleterre.

ALLEMAGNE

Bulle 4'Or — (1356). L'empire allemand, que nous avons vu troublé par les dissensions intestines, depuis le 12e siècle jusqu'au milieu du 13e, époque à laquelle Rodolphe fut appelé au trône, ne fut pas plus tranquille sous ses successeurs. Adolphe de Nassau (1292) , Al' bert I (1298 à 1308). Ce dernier ne fut heureux, ni en Bohême, dont il voulait assurer la possession à sa famille à la mort de Wenceslas, fils à'Otlokar, né en Misnie, et où, au mépris de toute justice, il prétendait faire valoir les droits acquis, disait-il, par Adolphe de Nassau ; ni surtout en Suisse, où, par ambition, ce prince voulut augmenter son patrimoine aux dépens des communautés libres. Louis de Bavière (1314-> 1347), prince doué de grandes qualités, fut le dernier empereur dont le? Italiens reconnurent l'autorité (1328) ; mais l'empire prit une forme ut peu plus stable sous Charles IV de Luxembourg, roi de Bohème, petitfils de Henri VII. Il fit à Nuremberg (1356) la fameuse constitution ap-» pelée Bulle d'Or ; le jurisconsulte Barthole la rédigea. Cette base principale de la constitution germanique est appelée Bulle d'Or, à cause du sceau d'or qu'on nommait bulla dans la basse latinité ; on voit aisément par là pourquoi les édits des papes sont appelés bulles. Le style de cette Charte se ressent de la barbarie du siècle. On commence par apostropher les sept péchés mortels ; on y prouve la nécessité des sept électeurs par le chandelier à sept branches de l'Apocalypse (Révélation de saint Jean) .

14e SIÈCLE. 435

Par cette loi, loi fondamentale :

1° Le nombre des électeurs est fixé à sept ; 2° On assigne, à chacun d'eux une charge à la couronne; 3° On règle le cérémonial de l'élection et du couronnement ; 4° On établit des vicariats ; 5° Les électorats sont déclarés indivisibles ;

6° On confirme aux électeurs tous les droits de la souveraineté, appelée souveraineté territoriale ; 7° Le roi de Bohême est placé à la tête des électeurs séculiers.

On voit que cette bulle, tout en posant des limites au pouvoir royal et à celui des États, et en mettant un frein à l'anarchie féodale, fut néanmoins plus favorable à la puissance des électeurs qu'à l'autorité monarchique, et elle est la preuve que Charles sacrifiait la dignité impériale aux intérêts de sa famille et de sa couronne héréditaire de Bohême.

Cette loi de l'Empire, conservée à Francfort, et écrite sur du vélin très propre, en très mauvais latin, avec un grand sceau ou bulle d'or au bas, fut faite en présence et du consentement de tous les princes, des abbés et même des députés des villes impériales, qui, pour la première fois, assistèrent à ces assemblées de la nation teutonique. Cette bulle a régi l'empire jusqu'en 1806.

Pour donner quelque idée du faste qui accompagna la promulgation de la Bulle d'Or, il suffira de dire que le duc de Luxembourg, neveu de l'empereur, lui servait à boire ; que le duc de Saxe, comme grand maréchal, parut avec une mesure d'argent pleine d'avoine qu'il prit dans un gros tas devant la salle à manger ; l'électeur de Brandebourg donnait à laver à l'empereur et à l'impératrice, et le comte palatin posait les plats sur la table-.

Différents événements sous le règne de Charles IV ont eu des résultats immenses, telle que la grande confédération de la ligue Anséatique, qui faisait le commerce de presque tout l'univers ; elle devint une puissance formidable ; elle eut des flottes, des armées, et exerça sur tout le nord de l'Europe une influence que les empereurs les plus puissants n'avaient pu obtenir. Elle soutint la guerre contre les rois de Danemark et de Suède, et les força de reconnaître son influence.

Charles IV ne songeait qu'à l'agrandissement de son patrimoine ; il ' réunit par des alliances et par des achats le Haut-Palatinat et le pays de Schweidnitz à son royaume de Bohême et de Silésie. Il réussit à faire couronner son fils Wenceslas comme roi d'Allemagne, et mourut en 1378. Le règne de Wenceslas fut agité ; il protégea les Hussites et fut toujours en guerre avec le clergé ; ses accès de rage et ses vices révoltèrent ses sujets, qui l'arrêtèrent, et le jetèrent dans un cachot où il subi tout ce que la captivité a de plus insupportable. Les Allemands le réclamèrent aux Bohémiens, mais leurs électeurs le déposèrent, et nommèrent à sa place Robert, comte palatin, qui régna dix ans ; José de

Ô36 14e SIECLE.

Moravie, cousin-germain du malheureux Wenceslas ; enfin Sigismond, son propre frère, qui n'avait jamais cessé de lui nuire (1410).

ESPAGNE

Pierre-le-Cruel, roi de Castille, né à Burgos, le 30 août 133ft, succéda, en 1350, à son père Alphonse XL II rendit son règne célèbre par ses cruautés. Il eut quelques démêlés avec Pierre IV, roi d'Aragon. Ses crimes excitèrent la révolte des grands de son royaume ; il crut pouvoir se mettre au-dessus de leur ressentiment en faisant mourir Frédéric, son frère, don Juan, son cousin, et Blanche de Bourbon, son épouse qu'il avait déjà fait jeter dans les fers, et dont le malheur avait touché les Castillans. Ces nouveaux crimes firent donner la couronne à Henri de Transtamare, frère naturel de Pierre. Réfugié en Guyenne, Pierre fut, en 1367, rétabli sur le trône par les Anglais; mais, l'année suivante, Transtamare, avec l'aide de Duguesclin, vainquit son frère à Monteil, et le tua. Il fut lui-môme abandonné par ses sujets, et demanda des secours aux maures.

Pierre IV, roi d'Aragon, surnommé aussi le Cruel, succéda, en 1336, à son père, Alphonse IV. Il ne se fit pas beaucoup plus aimer que celui dont nous venons de parler ; il se fit plutôt craindre de ses sujets, qui se portèrent à quelques révoltes dont le souverain triompha, mais non toujours sans peine. Malgré ces troubles, il s'unit aux rois de Castille et de Navarre pour combattre les Maures, et le fit avec succès. Les troubles de la Sardaigne, que son prédécesseur Jacques II avait enlevée aux Pisans, et ses démêlés avec Pierre de Castille, l'occupèrent aussi pendant une grande partie de son règne II avait su mettre à profit la rivalité des divers corps de l'État, et remporté une éclatante victoire sur les barons révoltés contre la royauté, sans pouvoir cependant rendre sa puissance absolue. Il avait été obligé de se soumettre à la censure du Grand Justicier, magistrat populaire, juge des différends entre le roi et les états et des états entre eux. Toutefois il avait réussi à rétablir la paix ; et l'on venait de célébrer la cinquantième année de son règne, lorsqu'il mourut, le 5 janvier 1387, âgé de 68 ans. Jean, son fils aîné, lui succéda.

PORTUGAL

Communes. — C'est à la fin du 13e et au commencement du 14e siècle que remonte l'origine des communes en Portugal. Le roi Denys favorisa les associations communales en accordant des affranchissements dans ses domaines. Ce fut aussi lui qui fonda l'Université de Lisbonne.

Pierre I, roi de Portugal, né à Coïmbre en 1320, fils et successeur d'Alphonse IV, monta sur le trône en 1357. Son premier soin fut de venger la mort de l'infortunée Inès de Castro, son épouse, qui avait été assassinée par les ordres de son père. Il donna des règlements utiles» diminua les impôts ; en un mot, il se fit aimer de ses sujets et

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mourut fort regretté, le 18 janvier 1367, à l'âge de 47 ans. Son histoire, écrite par Ferdinand Lopez, a été publiée avec des augmentations par Joseph PereiraBayam, prêtre de Lisbonne.

Lecture : Episode d'/nès de Castro, dans les Lusiades de Camoëns.

maison d'Avis. — La descendance légitime des rois de Portuga issus d'Alphonse Henriquez vint à manquer avec don Ferdinand, fils -iet successeur du roi don Pedro. Ce p ince avait une fille unique, nom- •i.mée Béatrix, née d'une alliance criminelle avec Éléonore ïellez de .Mendès qu'il avait enlevée à son époux. Désirant faire succéder à la couronne cette princesse, il la maria dès l'âge de onze ans à Jean, roi tde Castille, en assurant le trône au fils qui naîtrait de cette union, et en substituant à ce fils le roi de Castille son gendre. Ferdinand étant mort immédiatement après ce mariage, don Juan, son frère naturel et grand-maître de l'ordre d'Avis, profita de l'aversion que les Portugais avaient pour les Castillans, et s'empara de la couronne, dont il dépouilla la reine douairière (1383). Le roi de Castille voulut alors mettre le siège devant la ville de Lisbonne ; mais il échoua, et les états de Portugal, assemblés à Coïmbre, donnèrent le trône à don Juan, qui remporta la victoire sur les Castillans et contribua par sa fermeté à consolider le pouvoir royal. Ce fut lui qui donna le signal des conquêtes portugaises en Afrique par la prise de Ceuta.

ITALIE

Règne de Jeanne lre. 1343. — La première maison d'Anjou, issue de Charles, frère cadet de saint Louis, était sur le trône de Naples. La reine Jeanne Ire (1343), fille de Robert, roi de Naples, se voyant sans enfant, adopta un prince cadet de sa maison, Charles Durazzo, lui fit épouser sa nièce, et le désigna pour son successeur. Ce prince ingrat, dévoré du désir de régner, prit les armes contre la reine, poussé par le pape Urbain VI, contre lequel Jeanne s'était prononcée en faveur de Clément VII, et qui l'avait déposée. C'est alors que Jeanne adopta Louis I , frère puîné de Charles V, roi de France, et fondateur de la seconde maison d'Anjou. Mais Charles, s'étant rendu maître de Naples et de la personne de la reine, la fit mourir (1382), et se maintint sur le trône contre son adversaire, Louis d'Anjou, qui ne recueillit de la succession de la reine Jeanne que le seul comté de Provence, qu'il transmit à ses descendants, avec ses prétentions au royaume de Naples.

Jeanne Ire avait été mariée à André de Hongrie, qu'elle haïssait. On le trouva assassiné ; elle prit pour nouvel époux Louis de Tarente, soupçonné de ce meurtre. Louis de Hongrie marcha contre elle pour venger la mort de son frère. Jeanne fut obligée de se réfugier en Provence ; elle recouvra néanmoins sa capitale. Son second mari et un troisième qu'elle prit étant morts, elle en épousa un quatrième. Ce fut elle qui vendit Avignon à Clément V.

Rienzi, tribun de Rome. 1347.— Depuis que le pape Clément V

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avait transféré le Saint-Siège à Avignon, l'Italie était dans l'anarchie la plus complète. Le premier empereur d'Allemagne qui voudrait passer les monts pourrait renouveler les prétentions de Charlemagne et des Othon : c'est ce qui arriva. Secondé des Colonne, une des familles romaines les plus nobles, Henri VII, de la maison de Luxembourg, se rendit maître de Rome et. y établit un gouverneur. Louis de Bavière, qui fui succéda, fut déposé par le pape Jean XXII. L'empereur, accompagné de Castracani de Lucques, convoqua à Rome une assemblée dans laquelle il privait le pape de tout bénéfice : mais les troubles recommencèrent à Rome au départ de Louis. La reine de Naples, Jeanne, vendit Avignon au pape en 1348, et les pontifes y restèrent jusqu'en 1371: c'est ce que les Italiens appellent la captivité de Babylone. Pendant ce temps, les Romains s'étaient choisi pour tribun Nicolas Rienzi, homme éloquent, hardi, persuasif, et par conséquent capable des grandes choses qu'il entreprit ; il régna quelques mois d'une manière absolue, se fit craindre, respecter des souverains de l'Europe, et osa citer à sa barre les deux empereurs rivaux ; il s'intitulait chevalier candidat du Saint- Esprit ; sévère et clément libérateur de Rome ; zélateur de l'Italie, amateur de l'univers et tribun auguste. Il voulait renouveler l'ancienne république sous le nom de Bon État, et déclara que tous les peuples d'Italie étaient libres et citoyens romains. Son règne fut court. Rienzi finit comme les Gracques, qu'il avait pris pour modèles. Obligé de fuir une première fois et de se cacher, il reparut à Rome pour en chasser un successeur, le tribun Baroncelli, et y ressaisir son autorité. Puis une émeute populaire le renversa de nouveau. Livré au pape Clément VI, il fut fait sénateur par son successeur Innocent, qui le jugeait propre à ses desseins, et tomba assassiné par la faction des familles patriciennes, et surtout par les Colonne, qui étaient à la tête du parti Gibelin (1354).

Lecture : Portrait de Rienzi (Cours de littérature). — Tragédie de Rienzi, par Gustave Drouineau.

POLOGNE

Les Jagcllons en Pologne. 1386. — Depuis le 10e siècle, la maison de Piast, régnait glorieusement en Pologne, lorsque Edwige, l'un des derniers rejetons de cette famille, fut élue reine de Pologne, à condition qu'elle prendrait un mari de l'aveu de la nation ; elle épousa Jagellon, grand-duc de Lithuanie, qui réunit ses États à la Pologne. Jagellon, qui était idolâtre, se fit baptiser et prit le nom de Ladislas (1386). Son fils Ladislas II, qui lui succéda, monta sur le trône à l'âge de neuf ans. Il battit en personne les Turcs ; les Hongrois lui offrirent la couronne ; mais ayant rompu le traité conclu avec le grand Seigneur, il renouvela la guerre et fut tué, à peine majeur, à la célèbre bataille de Warna.

Les électeurs laissèrent le trône dans sa famille : elle donna à la Pologne un de ses plus grands rois, Sigismond, qui vainquit les Russes, les Valaques, les Prussiens, mais qui eut la douleur de voir la Bohême,

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la Hongrie, la Silésie tomber, par un mariage, entre les mains de la maison d'Autriche. Il vécut jusqu'à quatre-vingts ans; son fils lui succéda, et mourut sans descendants mâles : en lui s'éteignit la race ""lasculine des Jagellons, 1572.

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