‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 121 sur 166 · OLPU1S CHARLES VIII JUSQU'A FRANÇOIS I INCLUSIVEMENT · texte numérisé non relu

OLPU1S CHARLES VIII JUSQU'A FRANÇOIS I INCLUSIVEMENT

(Durée : cinquante ans.)

Les causes des guerres entreprises en Italie par trois rois de F?ance, -harles VIII, Louis XII, François I, sont au nombre de deux :

1° La donation du royaume de Naples et de Sicile à Louis XI, en 1480, par Charles d'Anjou, duc du Maine, neveu de René d'Anjou, et dernier prince de la deuxième maison d'Anjou;

2° Les droits de Louis XII et de François I au duché de Milan par Jur aïeule Valentine de Milan, fille de Galéas Visconti, duc de Milan, ,2t femme de Louis I d'Orléans.

454 15" SIÈ6LE.

Observations préliminaires sur le royaume de Naples,

Nous avons vu le royaume de Naples et de Sicile passer successivement aux Normands (douzième siècle), à la maison allemande de Hohenstaufen (douzième siècle), et à la maison d'Anjou-Capétienne (treizième siècle). Cette famille française régna jusqu'en 1485. Jeanne lre nomma pour son héritier Louis I, frère puîné de Charles V, roi de France; mais Charles Durazzo, cousin de cette princesse, la fit mourir et monta sur le trône. Louis d'Anjou ne recueillit de la succession que le seul comté de Provence, qu'il transmit à ses descendants avec la prétention au royaume de Naples. La reine Jeanne II, fille et héritière de Charles Durazzo, nomma d'abord pour son héritier Alphonse V, roi d'Aragon, puis Louis III d'Anjou. A la mort de ce dernier, René d'Anjou, frère et héritier de ce prince (1425), prit possession du royaume; mais il en fut chassé par le roi d'Aragon, qui se fit donner, par le pape Eugène IV, l'investiture de ce royaume pour son fils naturel Ferdinand, tige d'une branche particulière des rois de Naples.

René laissa le royaume de Naples, dont il n'était plus que le titulaire, au comte du Maine, son neveu, qui, en mourant, le légua par testament à Louis Xî et à ses successeurs.

Observations sur le dicné de Milan.

Nous avons vu les Visconti s'emparer du gouvernement de Milan (quatorzième siècle), et Jean-Galéas, arrière-petit-fils de Mathieu.Visconti, obtenir de l'empereur Wenceslas, moyennant une forte somme, d'être déclaré duc de Milan, lui et tous ses descendants. Les Visconti régnèrent jusqu'en 1450 (jusqu'à Philippe-Marie), où ils furent remplacés par les Sforzes, dans la personne de François Sforze, époux de Blanche-Marie, fille naturelle du dernier des Visconti. C'est alors que Louis XII fit valoir ses droits, qui dérivaient du contrat de mariage entre Louis, duc d'Orléans, grand-père de Louio XII, et Valentine de Milan, fille légitime de Jean-Galéas. Ce contrat portait qu'au défaut de mâles issus de Jean-Galéas, ce duché passerait à Valentine et aux enfants issus de son mariage.

Pendant près d'un demi-siècle, une impulsion irrésistible entraîna au-delà des Alpes tous les peuples de l'Occident, comme autrefois ceux du Nord. Les calamités furent presque aussi cruelles, et le résultat fut le même; les vainqueurs furent élevés à la civilisation des vaincus.

Impatient de faire valoir les droits dont il a hérité de la maison d'Anjou, sur le royaume de Naples, Charles VIII apaise, à force d'argent, la jalousie du roi d'Angleterre ; rend le Roussillon à Ferdinand le Catholique ; à Maximilien, l'Artois et la Franche-Comté ; il n'hésite pas à sacrifier trois des plus fortes barrières de France. La perte de quelques provinces importe peu au conquérant futur du royaume de Naples et de l'empire d'Orient !

Louis le More, alarmé des menaces du roi de Naples, dont la petitefille avait épousé son neveu, Jean-Galéas, se détermine à soutenir son usurpation avec le secours des Français ; mais il était loin de savoir quelle puissance il attirait dans l'Italie. Une armée formidable, composée de Français, de Basques, de Bretons , de Suisses, d'Allemands, descendit du Mont-Genèvre en septembre 149/j. La guerre fut inexorable: les Français massacraient tous les prisonniers.

A l'approche des Français, les vieux gouvernements d'Italie s'écroulent d'eux-mêmes. Vise se délivre des Florentins, Florence des Médicis; Alexandre VI se cache dans le château Saint-Ange. Il livre en tremblant le frère de Bajazet H, Zozime, à Charles VIII, qui croit en avoir besoin pour conquérir l'Orient ; mais il le livre empoisonné. Alphonse II se sauve dans un couvent de Sicile, laissant son royaume à son jeune fils, Ferdinand II, abandonné à San-Germano. La populace de Naples pille son palais.

Les Français achèvent la conquête du royaume avec une facilité merveilleuse, et, comme le dit un historien, sans autre peine que d'envoyer leurs fourriers devant eux pour marquer leurs logements. Bientôt les Turcs voient flotter des fleurs de lys à Otrante. Cependant, Charles VIII mécontenta les Napolitains, qui, eux-mêmes, mécontentèrent les Français ; ces derniers, toujours extrêmes dans leurs projets, avaient oublié l'Orient : ils étaient impatients de revoir la France.

Bientôt une ligue universelle se forma contre Charles VIII; il se hâta de regagner la France, craignant d'être enfermé dans le royaume qu'il était venu conquérir. En descendant les Apennins, il rencontra à Fornoue l'armée des confédérés, forte de quarante mille hommes ; les Français n'étaient que neuf mille. Après avoir demandé inutilement le passage, ils le forcèrent, et l'armée ennemie, qui essaya de les arrêter, fut mise en fuite par quelques charges de cavalerie. Ainsi Charles VIII rentra glorieusement en France, ayant compensé ses imprudences par une victoire.

Louis XII, qui succéda à Charles VIII (1498), joignait aux prétentions de son prédécesseur sur Naples, celles que son aïeule, Valentine Visconti, lui donnait sur le Milanais Dès que son mariage avec la veuve de Charles VIII (Anne de Bretagne) lui eut assuré la Bretagne, il envahit le Milanais de concert avec les Vénitiens, alors le peuple le plus riche et le plus' commerçant de l'Europe. Venise était le centre du monde négociant, et la mer qui entrait dans ses rues lui donnait les mêmes avantages que ceux qui portèrent Amsterdam à un si haut point de prospérité. Ce qui faisait le grand avantage des Vénitiens, c'était le commerce de l'Asie et des mers orientales. Les principales échelles du Levant étaient Constantinople, le Kaire, Rosette, Damiette, Alexandrie, et Venise était en possession de ces étapes. Le Milanais fut conquis, et, par un traité secret, Louis XII partagea le royaume de Naples avec Ferdinand d'Aragon. Mais le roi d'Espagne, trompant la bonne

a 56 19e SIÈCLE.

foi du roi de France, envoyait des secours à Gonzalve de Gordoue , le Grand Capitaine , qui, certain du succès , battit les Français à Seminare, à Ccrignole , et les chassa une seconde fois du royaume de Naples par leur défaite du Garigliano (1503). Cependant Louis XII était tout-puissant encore dans le Milanais; il entre dans la seconde conjuration formée contre Venise par la ligue de Cambrai (1508J, avec le pape Jules II, le plus perfide des alliés, l'empereur Maximilien, le plus avare. Les Vénitiens furent défaits à la sanglante bataille d'Agnadel (1509), et les boulets des Français volèrent jusqu'aux lagunes.

La prudence des Vénitiens sut tourner cependant au profit de la République les chances de cette ligue. Ils se liguèrent à leur tour avec les Espagnols, le pape et le roi d'Angleterre Henri VIII, contre les Français, qui ne pouvaient plus recevoir de secours de la Bourgogne et du Milanais. Gaston de Foicc^ neveu de Louis XII , se met à la tête de l'armée française ; il n'avait que vingt-deux ans, et il marchait de victoire en victoire: mais il périt vainqueur à Ravenne, le 11 avril 1512. Dès lors la campagne est finie pour les Français. Les Sforzes sont rétablis à Milan, les Médicis à Florence; Louis XII est battu à Novant par les Suis&es ; par les Anglais à Guinegate ; la guerre n'avait donc plus d'objet. Les Suisses régnaient à Milan sous le nom de Maximilien Sforze; la France et Venise étaient abaissées , Maximilien épuisé , Henri VIII découragé, Ferdinand satisfait par la conquête de la Navarre, qui découvrait la frontière de France. Louis XII conclut une trêve, abandonne le Milanais, épouse la sœur de Henri VIII (1514), et meurt regretté de ses sujets, qui lui donnent le titre de Père du peuple. i- Ainsi se termine la première partie des guerres d'Italie. Nous verrons au 16e siècle la seconde, la plus célèbre, à cause de la rivalité des deux plus grands princes de l'Europe, Charles-Quint et François I.

Ces guerres d'Italie , renouvelées à différentes reprises , coûtèrent à la France un sang précieux et des sommes immenses ; elle succomba dans cette lutte, et François I, vaincu à Pavie et prisonnier à Madrid, fut obligé d'abandonner , par la paix de Crépy (1544) , à l'empereur Charles-Quint, ses prétentions sur l'Italie. François Sforze, dernier duc de Milan, étant mort en 1535 sans postérité, Charles conféra ce duché à Philippe, son fils. C'est ainsi que le royaume de Naples et le duché de Milan restèrent incorporés à la monarchie espagnole, qui faisait alors trembler toute l'Europe.

L'influence que les guerres d'Italie exercèrent sur la société française mérite d'être signalée. C'est là qu'elle puisa le goût des arts, du luxe et de l'élégance qui prépara la venue du grand siècle ; le mélange des peuples multiplia les idées, l'imprimerie servit à les répandre. Les vêtements changèrent. On se livra avec ardeur à l'étude des classiques et des lois romaines, et l'on vit en même temps commencer cette littérature française qui, sous Louis XIV, devait jeter un si grand éclat.

Lecture: Détails sur les guerres d'Italie, dans ^Histoire de France. — Républiques italiennes, paf Sismondi. *

15e SIÈCLE. Û57

Principales batailles.

1494. — Conquête du royaume de Naples par Charles VIII.

1495. — Victoire glorieuse remportée par ce roi sur tous les princes alliés près de Fornoue (Parme).

1497. — Capitulation d'Atella. Perte du royaume de Naples.

1503. — Batailles de Seminare et de Cérignole perdues par Louis XII.

— Bataille du Garigliano , où Bayard seul sur un pont soutient les efforts de l'armée ennemie. Prise de Gênes par les Français.

1508. — Ligue de Cambrai contre les Vénitiens, entre Jules II, pape, Maximilien, Ferdinand le Catholique et Louis XII.

1509. — Victoire d'Agnadel , remportée par Louis XII sur Alviane , général des Vénitiens.

1511. — Sainte Ligue entre Jules II , les Vénitiens , Ferdinand le Catholique, Henri VIII et les Suisses contre les Français.

1512. — Victoire de Ravenne , remportée par Gaston de Foix , duc de Nemours, neveu de Louis XII : il y perd la vie.

1513. — Bataille de Novare , gagnée par les Suisses. — Ligue de Malines entre Maximilien , Henri VIII et les Suisses contre la France,

— Bataille des Éperons ou de Guinegate ; les Français y sont mis en déroute et Bayard fait prisonnier.

1514. — Traité de paix entre Louis XII et ses ennemis; il épouse Marie d'Angleterre, sœur de Henri VIII.

1515. — Victoire glorieuse remportée par François I, à Marignan, sur les Suisses : cette bataille fut appelée Combat des Géants,

1522. — Défaite des Français à la Bicoque.

1524. — Retraite de Rebec, où l'armée française est taillée en pièces; Bayard y est tué.

1525. — Bataille de Pavle, où François I est fait prisonnier.

1544. — Paix de Crépy ; François I abandonne à Charles-Quint ses prétentions sur l'Italie.

Personnages.

France. — Le comte de Montpensier — Le duc d'Orléans — Le maréchal d'Aubigny — Ravenstein — Trivulce — La Trémouille — Le marquis de Saluées — Le cardinal d'Amboise , diplomate — Gaston de Foix — Bayard — Lautrec — Bonnivet — Semblançay, surintendant des finances — Montmorency — André Doria, amiral génois au service de France.

Espagne. — Gonzalve de Cordoue — Antoine de Leyva — Prosper

Û58 t5e SIÈCLE.

Colonne — Le connétable de Bourbon — Fescaire — Philibert, prince d'Orange — Lannoy, vice-roi de Naples — André Doria , passé au service de Charles-Quint.

Angleterre. — Wolsey, ministre de Henri VIII.

VénitiesîS. — Alviane — Gonzague de Mantoue.

Église. — Alexandre VI — César Borgia — Jules II — Adrien VI.

A faire : Tableau synoptique, avec des développements sur chaque ville et sur chaque personnage célèbre.

TURQUIE

C'est en 1300 qu'Osman ou Othman, chef des Turcs , jeta les fondements du second empire turc en Bithijnie, sur les côtes de la mer Noire, profitant de la faiblesse de l'empire d'Orient et des déchirements des petits États Seldjoucides, débris du sultanat d'iconium ou de Roam , détruit par les Mongols. Pruse, en Bithynie, fut la capitale du nouvel empire.

Orkhan, fils à? Othman, fondateur de la milice des janissaires (1327), prit le nom de Padischah (grand sultan) et étendit ses conquêtes sur la Chersonèse de/Thrace, à la faveur des troubles (1356) qui régnaient à Constantinople sous Jean V, Paléologue.

Aniurat, fils d'Orkhan (1359-1389), acheva la conquête de la Thrace (1360) et fixa sa résidence à Andrinopte (1362). Ce sultan perfectionna l'institution des janissaires et soumit Ja Macédoine, l'Albanie, Jean Castriot et les émirs seldjoucides de l'Asie-Mineure. Il fut tué à la bataille de Kossova (1389), qu'il livra au despote de la Servie.

Bajazet I continua l'œuvre de son père. La victoire qu'il remporta à Nicopolis sur Sigismond de Hongrie (1396) fut suivie de la conquête de la Servie et de la Bulgarie. Ce fut en vain que les empereurs Jean V et Manuel Paléologue, son fils, implorèrent l'assistance des princes et des peuples chrétiens et le secours du pape, offrant leurs bons offices pour faire cesser le schisme entre l'église grecque et l'église latine.

Les progrès du sultan Bajazet (1389-1403) furent arrêtés par l'invasion subite de Tmnerlan en Syrie et dans l'Asie-Mineure. La bataille d'Ancyre (1402), où le sultan fut battu et fait prisonnier, offrait aux Grecs une occasion favorable pour se relever ; mais l'empereur Paléologue ne sut pas profiter des circonstances et surtout des divisions qui éclatèrent entre les fils de Bajazet. Mahomet I, fils cadet du sultan, reprit le souverain pouvoir (1413) et menaça de nouveau Constantinople. La victoire de Warna (1444) sur les Hongrois et leurs alliés fixa la domination d'Amurat en Europe. Les généreux efforts de Jean Ilunïade , régent de Hongrie, et du fameux Scanderberg, fils de Jean Castriot, ne parvinrent pas à sauver Constantinople, abandonnée à ses propres forces, mais vaillamment défendue par l'empereur Constantin IX (Dra-

gocès). — Cette capitale, assiégée par Mahomet II (depuis le 6 avril jusqu'au 29 mai 1453) , succomba sous la persévérance et la bravoure des Musulmans. L'empereur périt dans le combat.

La Grèce, le Péloponèse, la Servie, la Bosnie, la Valachie, l'Épire et le petit État de Trébizonde, sur les côtes de l'Asie, subirent successivement la loi du vainqueur (1455-1461). C'est au milieu de ces désastres éprouvés par les Chrétiens que les chevaliers de Rhodes (1480) , sous le commandement de leur vaillant grand-maître , Pierre d'Aubusson , repoussèrent glorieusement les attaques réitérées de Mahomet II et de Bajazet II.

Lecture : Lascaris, par Villemain. — Histoire de l'empire ottoman, par de Mammer.

Influence de la prise de Constantinople.

L'établissement de l'empire turc sur le sol de l'Europe ne tarda pas à exercer sur la politique moderne une grande influence, qui se fit remarquer dès le seizième siècle, où la France parut pour la première fois comme l'alliée du sultan.

D'un autre côté, la chute du trône des empereurs grecs par la prise de Constantinople, en obligeant les savants de la Grèce à se réfugier dans les États occidentaux, favorisa la renaissance des lettres en Italie, où elles refleurirent sous l'égide des Médicis et autres princes.

. La régénération de la littérature classique en Italie, et l'essor que l'esprit humain prit dans le quinzième siècle, furent les précurseurs de la grande révolution religieuse qui s'opéra dans le seizième siècle, et fraya une nouvelle carrière aux destinées de l'humanité.

État «le l'Église. — Le pouvoir absolu des papes perdit de son prestige depuis la translation du Saint-Siège de Rome à Avignon et l'avènement de Clément V à la tiare. Durant cette espèce de captivité se développèrent les germes du schisme de quarante ans (1378-1418) , qui divisa l'Église depuis la double élection d'Urbain VI et de Clément VIL

L'autorité papale ne se rétablit que faiblement à Rome. Au retour de Grégoire XI elle s'évanouit de nouveau dans le grand schisme qui suivit la mort de ce pontife (1378). L'anarchie et la guerre civile désolèrent Rome et l'Italie. Les conciles et les papes se succédèrent rapidement jusqu'à ce que le concile de Bàle, par l'élection de Nicolas V (1447), ramena la paix dans l'Église (1440). Ce pape parvint à raffermir l'autorité pontificale et à réprimer, par la construction de la forteresse de Saint-Ange, les rébellions de la noblesse et les séditions du peuple.

460 15e SIÈCLE.

Depuis ce moment, et surtout depuis les pontificats d'Alexandre VI, d'odieuse mémoire , et du politique Jules II, les papes s'efforcèrent de ruiner la puissance des vassaux et de réunir à l'Église les différents territoires qui composent l'État romain.

État eîw mahométisme. — L'idolâtrie a disparu de l'Europe. Le christianisme et le mahométisme sont les deux religions qui y dominent. Le mahométisme s'est vu au moment de sa perte : il ne régnait plus qu'en Egypte, sur une partie des côtes de l'Afrique et dans le petit royaume de Grenade. Les Tartares de Gengis avaient aboli le kalifat, précipité dans le fleuve le dernier kalife de Bagdad , et proscrit cette religion dans tout l'Occident. Elle se relève par les victoires des Turcs, et, après avoir reparu en Asie, elle passe en Europe, où elle vient de monter sur le trône des Grecs (1/153).

Mais un schisme s'élève en Perse ; Sofi, homme d'une origine obscure, mais de mœurs austères, et prétendant descendre iïAli, gendre de Mahomet , en est l'apôtre et se pose en réformateur ; d'abord les protestants ou schiïtes ont un succès immense et sont soutenus par Tamerlan ; mais dans la lutte, la secte, proscrite par les plus sanglants arrêts, se cache dans la Perse ou se disperse dans les royaumes voisins ; nous l'en verrons sortir, se venger avec éclat et reparaître avec un autre Ismaël sur un des plus brillants trônes de l'Asie.

Observations sur le quinzième siècle.

Jusqu'ici l'absence d'intérêts généraux et d'idées générales avait fait échouer, en Europe , toutes les tentatives d'organisation , et la société n'avait pu arriver à cette régularité à laquelle elle tendait. C'est seulement au 15e siècle, après tous les grands travaux, tous les grands mouvements que nous avons observés dans les siècles précédents, qu'elle va entrer dans la voie de centralisation , qu'elle va enfin atteindre Yunité.

En France, la guerre contre les Anglais réunit la noblesse, les bourgeois et les paysans pour défendre l'indépendance du territoire et du nom français; et ce rapprochement d'éléments jusqu'alors si divers et si opposés achève la nationalité qu'avaient ébauchée les Croisades et avancée l'établissement des communes. En même temps, de nombreux fiefs sont réunis à la couronne et commencent son unité matérielle. De même en Espagne, l'unité nationale s'achève par la fin de la lutte contre les Maures, et celle du territoire se forme par la réunion de la Castille et de l'Aragon. L'agrandissement de la maison d'Autriche nous présente en Allemagne le même spectacle ; avec elle le pouvoir impérial acquiert une permanence qu'il n'avait jamais eue, et désormais l'élection ne fera plus guère que consacrer l'hérédité. Si nous nous transportons en Angleterre, où la nationalité était plus avancée que dans les États du continent, nous la verrons s'achever entièrement au moyen des

15e SIÈCLE. ftôl

grandes guerres continentales qu'elle a soutenues à cette époque, guerres où le peuple anglais tout entier s'est pour ainsi dire levé comme un seul homme, avec une passion dont la royauté presque seule a profité. Aussi est-ce avec Henri VII que commence la centralisation politique, l'unité qui manquait jusqu'alors. Le même phénomène se produit en Italie; les républiques tombent pour faire place à la domination de quelques familles entre les mains desquelles se concentre le pouvoir. Presque tous les petits États ont disparu, absorbés par les grands; Naples, Milan, Rome, tels sont ceux qui dominent à cette époque. C'est donc au 15e siècle que se forme l'unité nationale, politique et gouvernementale en Europe, et que les libertés traditionnelles et locales ont fait place à des pouvoirs nouveaux plus réguliers et plus concentrés.

Remarquons que cette unité s'est formée au profit de la royauté. Nous l'avons vue d'abord confondue dans l'égalité féodale, puis la dépasser, grandir peu à peu, et enfin soumettre avec peine la noblesse au moyen de la bourgeoisie, qu'elle ménage parce qu'elle en a besoin. Maintenant, personnifiée dans Louis XI, Henri VI, Ferdinand le Catholique, elle domine à la fois et le bourgeois et le seigneur, et confisque à son profit la liberté féodale et la liberté des communes. Il fut un moment où la démocratie pouvait l'arrêter et prendre le pas, et c'est ce qui faillit arriver sous le roi Jean ; mais les folles tentatives des vassaux, qui n'avaient pas oublié leurs prétentions, l'obligèrent à soutenir la royauté pour ne pas courir la chance de périr elle-même ; les grandes guerres étrangères firent sentir la nécessité d'un centre commun, la confusion et l'affaiblissement qui en résultèrent firent pencher les choses vers l'unité gouvernementale.

De cette régularisation des éléments sociaux, de cette concentration des pouvoirs dans les mains de la royauté, sont résultés entre les peuples de nouveaux rapports, des relations nouvelles. Alors on a vu se former ces alliances pour la paix ou pour la guerre, qui sont l'origine du système d'équilibre. D'un autre côté, d'après les changements de la politique, la persuasion a été substituée à la force, les négociations ont remplacé les armes ; ces diverses circonstances ont donné naissance à la diplomatie, qui date, en Europe, du 15e siècle. Cette institution a beaucoup contribué à l'accroissement du pouvoir royal et à sa domination sur les autres.

Ainsi trois grands faits se présentent à nous à cette époque : dans 'ordre moral, d'une part une réforme ecclésiastique tentée par l'Église elle-même ; de l'autre une réforme religieuse populaire ; enfin une révolution intellectuelle qui forme une école de libres penseurs ; et toutes ces métamorphoses se préparent au milieu du travail de centralisation des peuples et des gouvernements.

Travail : Tableau général de l'Histoire du Moyen-Age.— Littérature dans les principaux Etats de l'Europe, dans les Esquisses littéraires. — Géographie du Moyen-Age, dans tes Etudes géographiques. — Lettre sur le Moyen-Age, dans laquelle on comparera la situation des peuples à cette époque, et les phases politiques qu'ils ont subies.

45 2 4 5e siècle.

Conséquences du moyen-âge.

Quand Pompée et César se disputaient l'empire, Rome avait cessé d'exister par ses vices; sa force morale était détruite. Depuis Auguste tout se pervertit avec une rapidité effrayante ; dès l'époque des Antonins, surtout, l'empire romain allait se rapetissant de jour en jour. Les barbares devaient donc l'envahir : ils n'enchaînèrent pas Rome, ils ne conquirent que son cadavre.

Alors toutes les relations changent ; les propriétés sont morcelées, le servage, espèce de servitude adoucie, prépare l'abolition de l'esclavage. Malgré l'oppression inhérente à la conquête, le nouveau mode de justice et d'organisation sociale développe avec plus d'énergie les facultés humaines; l'esprit d'association, spécialement propre aux Germains, se répand dans le peuple vaincu.

Dans les villes, abandonnées par les grands propriétaires, se forment les corporations. Une classe d'hommes livrés à des travaux industriels, acquiert et mérite son indépendance. La bourgeoisie naît ; elle oppose une barrière puissante aux usurpations de la propriété territoriale.

Les aldermen de Londres, les magistrats des républiques italiennes, se rangent parmi les puissants de la terre : quelques-uns déploient des vertus héroïques. Vous reconnaissez déjà tous les germes de la liberté, de l'industrie moderne ; hardiesse, vigueur, témérité sont les caractères de l'époque. Que de personnages extraordinaires! que d'actions sublimes! Les rois sont dignes du trône ; les hommes d'État ne se contentent pas d'intrigues obscures, ce sont des guerriers et des savants : Charlemagne, Philippe-Auguste et saint Louis, les monarques saxons Alfred et Canut, Richard Cœur-de-Lion et le Prince Noir, Gerbert et Hildebrand. Quels noms ! quels hommes !

Les calamités de cette époque orageuse furent fertiles en bienfaits que l'avenir a recueillis. L'Orient, avec lequel l'Europe eut des relations fréquentes, nous enrichit d'une foule de découvertes que nous avons perfectionnées. Le génie de l'homme, se dévouant à la recherche des moyens d'avancer l'industrie, produisit toutes ces inventions qui ont occupé le monde. Le nombre de ces inventions est surprenant. Leur berceau n'est pas moins merveilleux. Tantôt elles traversent les mers, et des rives du Gange arrivent jusqu'à nous ; tantôt elles naissent dans les murs de quelque Obscur monastère. On profite d'elles en oubliant leur origine.

1. Dès les premières années du moyen-âge, on voit s'élever des hôpitaux, des asiles pour les enfants-trouvés et les vieillards, des maisons de retraite (sous Constantin) pour les pauvres, établissements qui, sous l'influence du christianisme, devinrent bientôt communs à tous les peuples civilisés.

15e SIECLE. Û6 3

2. Quelques coutumes des Barbares, adoptées par les vaincus, ajoutent au luxe et aux jouissances de la vie : tel est l'usage des pelleteries et des fourrures, que les Romains ignoraient.

3. Les anciens montaient à cheval sans étrier et sans selle : l'usage contraire date du 5e siècle.

4. On n'avait employé jusqu'au 8e siècle que le parchemin, le papyrus et les tablettes enduites de cire pour y inscrire ses pensées. Un nommé Amrou, de la Mecque, imagina, vers l'an 706 de notre ère, de piler le coton pour en faire du papier. Le papier de chiffons est inventé vers 1250.

5. Pendant le cours du 10e siècle, au sein de la barbarie la plus profonde, des moines oisifs inventent les horloges. Auparavant on se servait de clepsijdres, de sabliers, de gnomons.

6. Vers le 11e siècle, les Bénédictins élèvent les premiers moulins à tent dans leurs domaines.

7. Un bourgeois de Middelbourg invente les lunettes et fournit à Copernic et à Newton les instruments de leurs conquêtes.

8. L'invention de la boussole, ou plutôt la découverte de la polarité de V aimant, se perd dans les ténèbres du 11e siècle.

9. Les Arabes, cent ans plus tard, nous donnent Y alun, le sel am~ moniac et Veau forte, substances dont l'emploi a créé tant de nouvelles industries.

Les Juifs établissent en Orient de vastes fabriques de teintures. L'industrie enrichit Venise, les villes libres des Pays-Bas, et prépare la grandeur de Florence.

10. Les signaux employés dans la tactique navale datent de l'empire grec. Véclairage et le pavage ont la même origine. Les premières cheminées furent construites à Venise, ou, selon Villani, à Florence, au 13e siècle. La poudre à canon, dont les Indiens connaissaient le secret, fut communiquée aux Arabes par ces derniers, et aux Européens par les Arabes, au commencement du 14e siècle.

11. L' imprimerie et la gravure, qui ont une commune origine, et dont la découverte fut préparée de longue main par l'habitude de graver sur le bois des légendes et des images, appartiennent à la même époque.

La partie matérielle de l'imprimerie existait, mais l'idée créatrice qui devait lui donner la vie est due à Jean Guttenberg de Mayence, qui le premier employa les caractères mobiles ; c'est de 1436 à 1452 que les premières tentatives en furent faites à Strasbourg; Faust, orfèvre de Mayence, et Pierre Schœffcr, natif deGernzhein, en Allemagne, s'associèrent aux travaux de Guttenberg, et en 1473 ils remplacèrent les lettres de plomb et de bois sculptées par des lettres fondues. Ces trois hommes industrieux eurent bientôt des imitateurs, et l'art typographique se répandit dans toute l'Europe.

Û6 4 15e SIECLE.

12. L'invention de la peinture à l'huile, inexactement attribuée à Van- Eyck, remonte un siècle plus haut : un tableau de Jean de Mutina, peint à l'huile sur bois, porte la date de 1280.

3. L'art de fabriquer des miroirs de verre, en interceptant le» rayons solaires au moyen d'une couche de vif argent, n'était point connu avant le 14e siècle.

14. A la même époque, on commença à soumettre le commerce à un code spécial ; les lettres de change furent inventées. Barcelone eut un code maritime qui servit de modèle à toutes les lois commerciales faites dans la suite sur le même sujet.

15. Le tricot et la dentelle furent inventés en Italie. Si nous voulions descendre jusqu'aux plus vulgaires détails, nous ne craindrions pas de citer plusieurs usages domestiques, regardés aujourd'hui comme indispensables, et qui furent mis en vogue par les Italiens du moyenâge : tel est l'usage des fourchettes et celui du tourne-broche. Je ne parle pas des résultats nombreux de la grande découverte de Colomb : la cochenille, la canne à sucre, une multitude de substances utiles et nouvelles sont dues à la même cause, qui se rapporte elle-même à l'invention de la boussole.

16. C'est le temps des grandes expéditions des Portugais le long des côtes d'Afrique, de la découverte du passage du cap de Bonne-Espérance par Vasco de Gama, de la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb, de la merveilleuse extension du commerce, etc.

Que l'on cite un espace de dix siècles qui ait produit des résultats plus positifs, et contribué d'une manière plus évidente à l'amélioration et au bien-être des hommes, en ne parlant que de trois inventions principales :

La polarité de l'aimant a soumis à la puissance de l'homme l'élément le plus rebelle, ouvert un nouveau monde à notre industrie, multiplié nos jouissances et agrandi la sphère de nos idées.

L'invention de la poudre à canon a changé en géométrie savante la lutte brutale des forces physiques, garanti à jamais les peuples civilisés de l'invasion des barbares, et rendu impossible à l'avenir l'établissement de la féodalité.

L'imprimerie, en multipliant les témoignages des connaissances humaines, a préparé la liberté d'examen. Par elle, l'ignorance est à jamais bannie ; le passé, le présent, l'avenir, sont unis par une chaîne électrique ; les documents de la science, conservés dans leur intégrité, voilà ses bienfaits. Telle est la triple base sur laquelle s'est élevée la grandeur des sociétés modernes : « l'imprimerie, dit M. Guizot, texte de tant de déclamations, de tant de lieux communs, et dont aucun lieu commun, aucune déclamation, n'épuiseront jamais le mérite et les effets ! »

Travail : Tableau général des découvertes dans l'Histoire ancienne p dans l'Histoire du Moyen-Age. «^

15e SIECLE. 4ÔS

Page 1