ÉPOQUE
NOMS
FONDATEURS
DE L'ORIGINE
DES PEUPLES
Les Peu
pies de l'Histoire Moi
lerne sont :
15eSiècl.ia53
Turcs d'Europe,
Mahomet II.
Américains,
Christophe Colomb.
Mexicains,
Cortès.
— 1525 ou 1531
Péruviens,
Pizai-re.
Brésiliens,
Alvarès Cabrai.
Etats-Unis,
Washington (rendus indépendants par).
Hollandais et Belges,
Guillaume I d'Orange, stathouder.
Prussiens,
Frédéric I, de Hohenzollern, premier roi.
Sardes,
Victor- Amédée, 1er roi.
ige 1805
Bavarois,
M aximilien- Joseph, premier roi.
Wurtembergeois,
Frédéric, premier roi.
Saxons,
Frédéric- Auguste, Ier roi.
Hollandais,
Guillaume d'Orange.
Belges,
Léopold de Saxe ■ Co bourg, premier roi.
Grecs modernes,
Othon de Bavière, 1er roi.
13e SIECLE. ÏC9
LE MONDE
Par Christophe Colomb (U92).
Renaissance des lumières dans l'Occident.
I/Europe commençait à se raffermir. La législation avait ramené ie calme dans les États ; la navigation les liait par le commerce, et la politique par leurs intérêts. Les mœurs se polissaient, les beaux-arts renaissaient avec les sciences, et des inventions sublimes donnaient tous les jours une nouvelle face à cette belle partie de la terre.
î/SSaïie était le centre des lumières : ses villes devenaient les plus magnifiques du monde; ses habitants en étaient le peuple le plus éclairé; ses souverains se piquaient à l'envi de favoriser les progrès de l'esprit humain, ses papes les secondaient de toute leur puissance, et répandaient sur les talents le trésor de leurs bienfaits. Sans unité politique, elle est à la merci des souverains étrangers, qui se la disputent et se l'arrachent successivement, et n'a d'importance que parce qu'étant le but de toutes les conquêtes, elle est le centre de la politique de l'Europe.
lL'i:nîpïa'e5 qui avait perdu le nord de l'Italie, conservait la suzeraineté du duché de Mi. an et la plupart des États voisins. Il était divisé en sept électorats fixés par la Bulle d'Or, et en une foule de principautés ecclésiastiques et séculières. Plein de vie dans ses diverses parties, il était faible en son ensemble, et il est probable qu'il ne dut sa coi?/' Liervation qu'à la conviction, qui commençait à se répandre, que son existence et son indépendance étaient nécessaires à l'équilibre euo Déen.
^ a maison d'Autriche était la plus puissante du corps germanique. Frédéric IV, qui en était le chef, possédait, avec le sceptre de l'Empire, ( tsétats assez considérables, et Maximilien, fils de ce monarque, dési- ; » roi des Romains, venait de recueillr la riche succession de Charlles-
/170 15e SIECLE.
le-Téméraire, en 1477. Il ajoutait à ses vastes possessions de grandes prétentions sur la Bohême et la Hongrie, et de hautes espérances sur l'Espagne.
Malgré tout, l'Autriche n'était pas aussi forte qu'on pourrait le croire au premier coup d'œil. La plupart de ses possessions étaient disséminées et incertaines, et sa domination dans la Bohême et la Hongrie était toujours chancelante et faible par suite des factions inséparables du gouvernement électif; l'empire possédait plus d'éclat que de valeur réelle, plus d'orgueil que de force.
La France s'étendait depuis la Manche jusqu'aux Pyrénées; elle n'avait ni l'Alsace, ni la Franche-Comté, ni la Lorraine, ni la Flandre ; à cela près, elle différait peu de son état actuel. Ce royaume, si étendu et si peuplé, était soumis et tranquille. Les grands fiefs venaient d'être réunis à la couronne. L'acquisition de la Bretagne parle mariage de Charles VIII avec l'héritière de ce duché, et la chute du dernier grand vassal, Charles-le-Téméraire, y avait établi solidement l'autorité royale. Le gouvernement féodal expirait ; des tribunaux établis effrayaient les oppresseurs ; la puissance des assemblées de la nation déclinait visiblement ; le droit de fixer les impôts rendait le monarque tout-puissant, et les troupes, soudoyées par le fisc, ne marchaient plus que sous les ordres du prince. Une noblesse, accoutumée à de perpétuels combats, et qui ne pouvait plus exercer sa valeur dans l'intérieur de sa patrie, soupirait après des expéditions étrangères.
Charles VIII était assis sur le trône ; ce monarque, bien éloigné de la politique de son père, ennemi du travail, mais affable, généreux, vaillant, avide de gloire, prêt à saisir la fausse lueur d'une grande entreprise, et à l'abandonner à la plus légère apparition de disgrâce, dominé par l'esprit des conquêtes, avait toutes les qualités nécessaires pour les faire, et aucun talent pour les conserver.
E.'I2spagBîe, divisée depuis un siècle, venait d'être réunie sous une même domination. Les Maures avaient perdu leur dernier asile; et la Castille, si longtemps séparée de l'Aragon, formait avec lui un même royaume par le mariage des deux souverains. Cette puissance, déjà s' considérable, le devient encore plus par la possession de presque toutes les îles de la Méditerranée et par le caractère des deux chefs, tous deux. ambitieux, tous deux habiles. En même temps la conquête de Grenade achevait de former l'esprit national, et, sans altérer encore la forme de la constitution fondée sur les assemblées d'État, ouvrait aux rois, par l'établissement de l'inquisition, le chemin du pouvoir absolu,
Ces puissances, les premières de l'Occident, se contre-balançaient, se regardaient d'un œil jaloux, et avaient sur l'Italie des prétentions qui devaient causer des guerres funestes.
Le midi de l'Italie ne jouissait plus du bonheur que lui avait procuré le génie d'Alphonse-le-Magnanime. Ce monarque avait laissé l'Aragon et la Sicile aux prince?, légitimes de sa maison ; mais il avait désigné
15e SIÈCLE. $71
pour son successeur au royaume de Naples, son fils naturel, Ferdidinand I, qui en tenait alors le sceptre, âme faible et vicieuse, l'objet du mépris des étrangers, qui aspiraient à son trône, et de l'horreur de ses sujets, qui soupiraient après une révolution.
Sous le nom spécieux de chef de la République, régnait tyrannique* ment à Florence Pierre de Médias, prince bien éloigné des vertus et des talents que ses ancêtres avaient employés à rendre leur patrie florissante. D'illustres maisons, jalouses de tout temps de la sienne, tramaient secrètement un changement qui pût ramener la liberté, et n'attendaient qu'une occasion favorable pour secouer le joug d'un maître impérieux qu'elles n'avaient pas la consolation d'estimer. Florence s'était agrandie par la conquête de Pise ; mais elle n'avait pu dompter l'esprit des Pisans, qui s'agitaient sans cesse pour secouer le joug, et cette circonstance, jointe à la nature de la domination des Médicis, qui devait s'écrouler avec les talents qui l'avaient fondée, renfermait le germe de grands troubles pour l'avenir.
L'acquisition de Gênes, l'usurpation de Parme et de Plaisance, et la fertilité de la Lombardie, faisaient du dsselié «îe Mi|ata une puissance considérable. Les princes de la maison d'Orléans, descendants de la légitime héritière des Visconti, mettaient vainement en avant des droits incontestables : François Sforze, bâtard d'un soldat de fortune, avait ravi à leurs pères une si belle possession, et sa postérité s'y était maintenue. Faible successeur de ces aventuriers célèbres que le courage avait conduits au rang suprême, le jeune Galéas était le premier esclave de son oncle Ludovic, tyran le plus méchant et le plus artificieux qui fut jamais.
weisïse était au plus haut point de son élévation ; elle possédait ces provinces fertiles qui s'étendent depuis son golfe jusqu'à l'Adda. La Dalmatie avait perdu toute idée de révolte ; les îles qui ferment la mer Adriatique reconnaissaient ses lois. Une partie de la Morée et quelques îles de l'Archipel venaient de lui être enlevées ; mais elle avait encore Candie, la plus grande île qui soit dans ces mers, et Chypre, qui en est la plus fertile. Elle venait d'anéantir les républiques qui avaient été si longtemps ses rivales. Son commerce était le premier de la terre; sa politique profitait de tous les mouvements de ses voisins, ses armées en étaient l'effroi, et ses flottes résistaient aux Ottomans, qui faisaient trembler le reste du monde.
ïLes Suisses figuraient parmi les grandes puissances ; leurs cantons, récemment unis, étaient remplis de cet enthousiasme qu'inspire une liberté nouvellement acquise.
Leurs nombreux habitants formaient autant de soldats dont le courage était redouté dans toute l'Europe; les plus grands princes briguaient l'avantage de les avoir pour défenseurs, et le nord de l'Italie dont ils tenaient les passages, regardait ce peuple de guerriers comme l'arbitre de son sort.
Û7 2 15e SIECLE.
L'Angleterre, déchirée depuis un siècle par l'animosité des Deux- Roses, respirait sous Henri VII, qui en réunissait les droits (de 1485 à 1509). Ce roi, le premier de la famille des Tudors, vainqueur des innombrables factions qui avaient agité les premières années de son règne, commençait à jouir d'un calme qu'il devait à une conduite aussi ferme que prudente. Cependant la souveraineté de l'Angleterre était encore séparée de celle de l'Ecosse ; l'Irlande était loin de lui être soumise; elle n'avait pas d'armée navale, et sans Calais, qui lui ouvrait la France, elle n'aurait pu guère prendre part au commerce du continent.
La Œavarre et l'Ecosse, unies à la France par penchant et par intérêt, mesuraient leurs mouvements sur l'impulsion que leur donnait ce grand royaume. Jean d'Albret, français de nation, voyait avec effroi l'ambitieux roi d'Aragon méditant d^nvahir ses états, et n'avait contre des forces si supérieures que la protection de ses anciens maîtres. L'Ecosse, trop faible pour résister à l'Angleterre, son antique ennemie, était obligée de rechercher le même soutien ; elle respirait sous Jacques IV, qui faisait oublier par ses vertus les fureurs de son père et les malheurs qu'elles avaient causés.
SLe Portugal ne s'occupait que du soin de découvertes nouvelles : sa marine florissante parcourait les mers de l'Afrique, fondait de puissantes colonies, soumettait d'immenses royaumes au joug de sa religion et au sceptre de son roi Jean II, un des plus grands monarques de son temps, qui, laissant à ses voisins des débats aussi frivoles que sanglants, était l'âme des travaux de ses sujets, et présidait à leur bonheur.
Les trois royaumes du Œord venaient de se réunir sous Jean d'Oldenbourg ; mais la Suède était toujours prête à briser des liens qu'elle n'avait formés qu'en frémissant. Etienne Sture, quoique dépouillé de sa charge d' 'administrateur, conservait une dangereuse autorité. Des troubles sans cesse renaissants, et que l'habileté du monarque ne pouvait calmer, étaient les présages d'une rupture éclatante et prochaine.
Ladislas Jagellon, appelé pour régner en isoheBïse et en Hongrie était trop faible pour écarter les ennemis qui ravageaient ses frontières, et réprimer des sujets qui obéissaient à regret à un maître qu'ils croyaient peu digne de les commander.
I,a Pologne avait le gouvernement qu'elle a conservé jusqu'en 1795, où elle cessa d'être une nation; elle élisait des rois, les prenait dans la famille des Jagellons, pleurait le grand Casimir et venait de couronner Albert, frère de Ladislas, mais plus digne que lui du rang suprême. Elle était sans cesse aux prises avec les Turcs qui désolaient ses campagnes, et avec les Russes, devenus redoutables depuis que le grand Wasiliewitz les avait tirés d'esclavage.
L'affranchissement de la domination des Mongols et la conquête de Nowogorod avaient fait de la Russie un royaume indépendant, et, quoi-
15e SIECLE. 47 3
qu'il fût encore renfermé entre le Don et le Dnieper, son étendue et l'esprit militaire de ses habitants le rendaient déjà formidable. Le règne d'Iwan Wasiliewitz, qu'on peut regarder comme le précurseur de Pierre-le-Grand, faisait pressentir les grandes destinées de ce vaste empire.
La puissance des Turcs, accrue rapidement par des prodiges de valeur, dominait depuis l'Euphrate jusqu'à la Save , et des bords de l'Euxin jusqu'aux bouches du Nil. Des troupes innombrables , animées par le fanatisme de la religion et de la gloire, volaient aux ordres d'un sultan absolu; elles étaient la terreur des autres parties de la terre, et ne trouvaient d'autres barrières que les flottes de Venise et le courage des chevaliers qui rendaient Rhodes si célèbre. Jusqu'alors ennemie de l'Europe chrétienne, à laquelle elle était demeurée étrangère, la Turquie allait en devenir membre et entrer dans les calculs de sa politique par son alliance avec la France.
E,a Perse était sous le joug des Tartares.
I/Égypte continuait d'être soumise à la milice des Mamelouks et au soudan qui la commandait. Le reste de l'Afrique, divisé sous plusieurs chérifs , reconnaissait pour chef le tyran de Maroc qui , sous le nom de Miramolin , offrait un pâle reflet de la puissance des kalifes.
Tel était l'état de notre hémisphère au moment où les Espagnols et les Portugais agrandirent le monde par leurs découvertes.
Travail : Tableau du monde à cette époque.
Découvertes géographiques.
Christophe Colomb. — 1492. Avant le milieu du 15e siècle, les Européens ne naviguaient que dans la mer Méditerranée et la Baltique. L'Océan oriental ne leur était connu que de nom ; ils longeaient seulement les côtes de l'Atlantique, car la boussole n'avait pas encore augmenté les lumières ; le cap Bojador était la limite des connaissances. L'infant don Henri de Portugal le doubla et lit connaître les îles de Madère, du Cap-Vert, de la côte de Guinée. Les richesses qui naissent de te progrès animent les Portugais ; ils longent l'Afrique depuis Gibraltar jusqu'au Zaïre; encouragés par des succès si rapides, ils veulent s'ouvrir un passage dans Y Océan indien. Barthélémy Diaz parvient jusqu'au cap qui ferme l'Afrique, et, ne pouvant pas le doubler, il lui donne le nom de Cap des Tourmentes ; mais le roi Emmanuel , concevant dès-lors l'espoir d'ouvrir par là la route de l'Inde, le nomme Cap de Bonne- Espérance. Pendant ce temps , les Espagnols faisaient des préparatifs pour tenter des découvertes par l'Orient.
Le génois Colomb, par cette justesse d'esprit et de raisonnement que donnent les connaissances mathématiques, calcula très bien que, si notre terre était un globe, comme cela lui demeurait prouvé, nous n'en connaissions encore qu'une partie , et qu'en partant de notre Europe , et se dirigeant toujours vers l'Occident, il devait, ou rencontrer de nou-
velles terres, ou arriver aux côtes occidentales de la Chine, nommées alors Kathay. Frappé d'une idée aussi heureuse et aussi simple, il s'adressa successivement à Gènes , sa patrie ; à l'Espagne , où régnaient Ferdinand et Isabelle; à la France, à l'Angleterre et au Portugal, demandant partout qu'on lui donnât les moyens d'exécuter ce qu'il avait conçu; mais partout il fut repoussé comme un insensé.
Enfin l'opiniâtre Colomb, après huit ans de sollicitations, obtint le consentement et les secours de la reine Isabelle de Castille; il partit du cap Palos, le 3 août 1492, avec quelques petits vaisseaux abandonnés à ses importunités plutôt que confiés à sa sagesse ; il toucha à Gomera,une des Canaries, en repartit le 6 septembre, en tirant vers l'ouest. Après U»e navigation de soixante-cinq jours, pendant lesquels les mutineries continuelles de son équipage, qui le regardait comme un fou, l'avaient exposé à un danger journalier, il aborda, le 8 octobre, à l'une des Lucayes, que sa position lui fit appeler San-Salvador, car il allait infailliblement périr de la main de ses gens, s'il n'eût enfin rencontré la terre. De cette petite île insignifiante, Colomb aborde dans une autre, grande et peuplée, abondante en or et en productions de toute espèce ; elle s'appelait Haïti; il lui donne le nom d'IIispaniola. C'est celle qui, après avoir été appelée pendant plusieurs siècles Saint-Domingue, a repris depuis quelques années son ancien nom d'Haïti.
L'heureux amiral retourne alors en Europe ; qu'on juge de sa joie, de son bonheur, de sa gloire, lorsque ses premières paroles proclamèrent à l'ancien monde une nouvelle route pour se rendre à l'orient de l'Asie! On raconte que son débarquement fut un vrai délire, et sa route à travers l'Espagne, un triomphe.
Voilà l'histoire de la découverte de l'Amérique, ainsi nommée d'un florentin appelé Amêric Vespuce. Ce navigateur ayant parcouru les côtes du Nouveau-xMonde, quelques années après, et en ayant publié les premières cartes, enleva à Colomb l'honneur mérité de lui donner son nom. « Ainsi , comme le dit un historien , le premier instant où l'Amérique fut connue du reste de la terre fut marqué par une injustice, présage fatal de toutes celles dont ce malheureux pays devait être le théâtre! » Le bon, l'honnête, le digne Colomb, après trois voyages consécutifs, termina à Valladolid, le G mai 1506, une carrière plus brillante qu'heureuse, sans avoir le moindre soupçon qu'il avait découvert un nouveau monde ; il croyait seulement avoir trouvé une route plus courte, et surtout plus facile à parcourir, pour se rendre dans le royaume de Kathay.
Lecture : Biographie de Christophe Colomb.— Voyages cl'Améric Vespuce, dans les Etudes géographiques.
Vasco de fôama. — 1&98. Les Portugais poursuivaient leurs conquêtes géographiques. Sous le règne d' Emmanuel-le-Fortuné (nommé ainsi à cause des nouvelles découvertes qui enrichirent son royaume) , Vasco de Gama, nommé au commandement d'une flotte, part de Lisbonne avec trois bâtiments, dirige sa route vers le sud et double le cap
des Tempêtes, nommé depuis cap de Bonne-Espérance; iî parvient au cap de los Corrientes ou des Courants , et ensuite à Quilimané, et il élève une colonne à Mozambique. 11 pasce près de Quiloa, sans pouvoir apercevoir Madagascar (qui fut découvert, en 1506, par Alméida), touche à Monbaza, port vers l'est, et relâche à Calicut. La perfidie du Zamorin ou prince de cette île le force à remettre à la voile pour l'Afrique ; il aborde à Magadoxo et se rend à Mélinde. Il y reçoit à son bord un ambassadeur que le roi de ce pays députe à Emmanuel-le-Grand , roi de Portugal : il double le cap de Bonne-Espérance, et revient dans sa patrie avec l'espoir d'un commerce des plus lucratifs. Le commerce des Indes, dont les Portugais se rendirent maîtres, leur procura en effet d'immenses richesses: et ce nouveau canal, par où passaient les marchandises des Indes, porta un dommage irréparable au commerce des villes Anséatiques et à celui de Venise, répandu auparavant dans toute l'Europe. Emmanuel conquit aussi le Brésil; son règne fut appelé l'âge d'or des Portugais. Les Européens sont devenus sans doute, par la découverte du Nouveau-Monde et du cap de Bonne-Espérance, plus riches, plus éclairés; mais on ne peut pas dire qu'elle les ait rendus plus heureux, encore moins qu'elle ait fait le bonbeur des Américains et des Indiens.
Alvarès Cabrai, amiral portugais, après avoir passé les îles du Cap-Vert, se dirigea vers l'Occident et découvrit le Brésil. C'est la contrée la plus proche de l'Afrique : il y règne un printemps éternel.
Lecture : Eludes géographiques, de l'auteur pour les décowtrtes et les voyages.
Tableau à faire : Souverains de l'Europe à la fin du 15e siècle.
ïltïïïe d'Alexandre V I. — Les Espagnols et les Portugais ne s'accordant pas sur les limites dans leurs possessions des Indes Occidentales, le pape Alexandre VI s'établit juge entre eux, et traça sur le globe une ligne de démarcation vers les îles Açores. Les pays à l'est de cette ligne devaient appartenir aux Portugais, et ceux qui étaient à l'ouest être soumis aux Espagnols. Cette seule circonstance nous a fait mentionner Alexandre VI, élu en 1492, et mort en 1503. Déjà en 1481 une bulle du pape Sixte IV avait concédé à la couronne de Portugal toutes les découvertes faites par les Portugais au-delà du cap Bojador.
Consécjuences de la découverte du Nouveau-Monde. — Outre l'influence que la découverte du Nouveau Monde exerça sur les lumières et la politique, ses conséquences commerciales se font encore remarquer. Le commerce changea alors entièrement de marche et de forme; au commerce de terre fut substitué le commerce maritime, de sorte que l'importance commerciale attribuée aux différents pays, en raison de leur situation géographique, se trouva répartie d'une tout autre manière; la Méditerranée dut le céder à l'Océan, et le commerce tomba entre les mains des Espagnols et des Portugais, qui jusqu'alors y avaient pris peu de part. L'introduction de l'or du Mexique et du Pérou baissa le prix des métaux, fit passer dans d'autres mains la
Û76 16e SIÈCLE.
propriété foncière, en créa une nouvelle, celte du crédit, qui produisit l'industrie et opéra dans le monde financier une étonnante révolution.
Lecture : Histoire de la géographie, dans les Etudes géographiques de l'auteur; Malte-Brun. — Laharpe.
f @e Siècle.
liras LlTTOlMlSc
CARACTERE DU SIECLE
Époque de régénération. — Développement de l'esprit humain. —
Guerres religieuses. — Monarchies absolues. — Système colonial.
SOMMAIRE
Ualie — 1508. Ligue de Cambrai contre Venise. — 1511. Sainte ligue contre Louis XII. — Coup-d'œil sur l'Italie au 16e siècle. — 1545. Pierre-Louis Farnèse, duc de Parme. — Conjuration de Fiesque à Cènes. — Etat de la Savoie;
— De Venise. — 1531. Alexandre de Médicis, premier duc de Florence. Allemagne. — 1519. Mort de Maximilien. — Rivalité de François I et de
Charles-Quint. — Première guerre: 525. Bataille de Pavie. — Deuxième guerre : 1527. Sac de Rome. — Troisième guerre : 1535. Conquête de la Savoie. — Quatrième guerre : 15M. Victoire de Cérisoles. — 1556. Abdication de Charles-Quint.
Eglise. — 1513. Pontificat de Léon X. — 1517. Réforme de Luther et de Zwingle. — 1529. Diète de Spire. — 1531. Confédération de Smalkalde. — 1534. Ignace de Loyola fonde la Compagnie de Jésus. — 1552. Transaction de Passau. — 1568. Publication de la bulle In cœna Domini.
France. — 1557. Bataille de Saint-Quentin. — 1572. Massacre de la Saint-Barthélémy. — 1589. Avènement des Bourbons au trône. — 1598. Edit de Nantes.
Angleterre. — 1509. Règne de Henri VIII. — 1553. Marie. — 1558. Elisabeth-
— 1587. Mort de Marie Stuart, reine d'Ecosse.
Es agne. — 1588. Destruction de la flotte espagnole. — 1580. Réunion du
or tu gai.
S«(>de. — 1523. Christiern II. — Gustave Wasa délivre la Suède. Suisse. — 1513. Confédération des treize cantons suisses. Pays-Bas. — 1568. Mort des comtes d'Egmont et de Horn. — 1579. Guillaume
de Nassau nommé stathouder.
Empire ottoman. — 1522. Prise de Rhodes par Soliman II. — 1527. Invasion
de Soliman II en Hongrie. — 1571. Bataille de Lépante. Asie. — 1501. Dynastie des Sofis en Jerse — 1515. Empire des Mongols dans
les Indes. — 1536. Schah-Abbas en Perse.
16e SIECLE. llll
Afrique. — 1517. Conquête de l'Egypte par Sélim I. — 1518. Le corsaire Barberousse à Alger.— 1541. Expédition de Charles-Quint en Afrique.
Découvertes. — 1502. Découverte de l'île Sainte-Hélène. — 1519. Premier voyage autour du inonde, par Magellan. — 1518. Fernand Cortès au Mexique. — 1525 l'izarre au Pérou. — Système colonial en Europe. — 1517. Batteries de fusil. — 1530. Collège de France. — 1530. Imprimerie royale. — 1533. Hôtelde- Ville à Paris. — 1538. Loterie. — 1548. Balancier. — 1550. Fontaine des Innocents. — 1565. Château des Tuileries. — 1564. Commencement de l'année au 1er janvier. — 1578. Pont-Neuf. — 1582. Information du calendrier.— 1502. Bastions. — 1593. Lunettes d'approche. — 1593. Thermomètre. — 1543. Pistolets.
ITALIE
Ugwe de Cambrai contre Venise. — (1508). Le
traité appelé ligne de Cambrai (voyez le 15e siècle) fut conclu enlre Louis XII, Maximilien, Ferdinand le Catholique et le pape Jules II, conire la république de Denise. Les Vénitiens perdent la Romagne et sont vaincus à Agnadel (15 avril 1509). Bientôt se forme une alliance redoutable contre la France ellemême, sous le nom de Sainte- Ligue (5 octobre 151 1),entre le pape, le roi d'Espagne et Venise, qui s'attachèrent facilement Henri VIII, Maximilien et les Suisses, déjà gagnés (1510).
Louis XII essaye de faire déposer le pape au concile de Pise; il résiste d'abord heureusement à la coalition, mais après la mort héroïque de Gaston de Foix à la belle journée de Ravenne (Il avril 1512), et après la défaite de Novarre (6 juin 4513), les Français sont attaqués de tous côtés et chassés de Milan par les Suisses ; ils se seraient trouvés dans une position critique sans la mort de Jules H (21 février 1513), qui eut pour successeur Léon X. Le nouveau pape se réconcilia avec Louis XII, qui acheta l'amitié de Henri VIII en épousant sa sœur Marie (151 4). Une trêve fut conclue avec les Suisses crédules, et avec Maximilien, par la cession de Milan, dont il avait reconnu le nouveau duc. Louis XII mourut bientôt après (1er janvier 4515), ne laissant rien de ses conquêtes passagères.
Il y eut sans doute beaucoup d'activité à cette époque, mais on y reconnaît partout l'enfance de la politique; tout y est déterminé, non par l'intérêt durable des peuples, mais par l'intérêt fugitif des souverains. Jetons maintenant un coupd'œil sur l'Italie au 16« siècle, car c'était là le centre de l'activité européenne.
L'Italie présente dans le cours de cette période des changements mémorables ; une nouvelle souveraineté s'élève sous
Ô7 8 16e SIECLE.
Paulin, Les duchés de Parme et de Plaisance, annexés longtemps au duché de Milan, revenus ensuite au siège de Rome, en furent séparés par ies intrigues du pontife en faveur de son pelit-fils Octave Farnèse. En vain les nouveaux sujets de ce prince voulurent-ils secouer un joug devenu insupportable, en vain ont-ils vengé l'honneur de leurs familles outragées dans le sang de Pierre-Louis Farnèse (1547); l'empereur, conseillé par Paul III, prend possession de Plaisance, et donne Parme à Octave, qui demande des secours à la France et se trouve enfin investi des duchés par Charles-Quint (1 547- 4 556) . Alexandre Farnèse, fils d'Octave, fut un des plus grands capitaines du 16e siècle ; il fut nommé gouverneur général des Pays-Bas par Philippe II.
La Savoie cherche à rester neutre dans la guerre entre la France et l'Espagne, mais elle se trouve occupée par les puissances belligérantes jusqu'à la mort de Charles III (1553). Ce prince, vivement persécuté par les Français, faiblement secouru par les Impériaux, l'ut le perpétuel jouet du sort. Enrichi de l'acquisition duMontferrat, mais dépouillé de la Savoie et du Piémont, chassé même de sa capitale, il transmet à peine quelques faibles débris d'un si bel héritage à Emmanuel-Philibert, l'un des plus illustres capitaines du 16e siècle (1553- •1580). Charles-Emmanuel conquiert Saluées, et Henri ÏV occupe en 1600 presque toute la Savoie.
Gênes, ayant recouvré sa liberté par les bienfaits de l'illustre André Doria qui, en qualité d'amiral, avait passé du service des Français à celui de l'Empereur, établit une constitution aristocratique sous les doges avec une ancienne et une nouvelle noblesse. Cette république se voit près de perdre sa liberté parla conjuration de Louis Fiesque (1547). Un sang illustre, de grandes richesses et l'appui de la France, inspirent à ce jeune homme ambitieux une fierté qui lui a fait dédaigner d'avoir ses concitoyens pour égaux; il voulait régner sur se patrie à la faveur d'une conjuration tramée avec la plus étonnante habileté. Un accident fit noyer le factieux au moment où ses partisans, se déclarante propos, allaient lui livrer la ville ; les Doria furent sauvés, et la liberté fut raffermie Cependant, dans cette conjuration, Gênes perd toute sa1 considération au dehors, et, dépouillée de ses autres colonies, elle lutte avec peine contre la Corse, qui lui reste encore, mais qui lui refuse le pouvoir.
16e SIÈCLE. ft79
Généalogie des Médicis.