OPINION
Les antres siècles littéraires seront tous faits d'après ce modèle.
17e SIÈCLE. »17
1T Siècle*
CARACTERE DU SIECLE
Fin des guerres religieuses. — Rapports réguliers entre les peuples. — Prépondérance de la France. — Système d'équilibre. — Extension du commerce.
LOUIS XïV.
SOMMAIRE
France. — 1610. Mort de Henri IV et avènement de Louis XTIT. — 1618. Guerre de Trente-Ans. — 1648. Paix de Westphalie. — 1628. Prise de La Rochelle, par Richelieu. — 1643. Avènement de Louis XIV. — 1659. Paix des Pyrénées.
— 166!. L'homme au masque de fer. — 1678. Paix de Nimègue. — 1683. Mort de Colbert. — 1685. Révocation de l'édit de Nantes. — 1G97. Traité de Ryswîck.
Angleterre. — 1603. Les Whigs et les Tories. — 1603. Les Stuarts en Angleterre. — 1649. Première révolution d'Angleterre. — Exécution de Charles I.
— 1652. Protectorat de Cromwell. — 1655. Secte des Quakers. — 1660. Charles 11. — 1679. Décret de VHabeas corpus. — 1685. Jacques II. — 1688. Seconde révolution d'Angleterre.
Rug&ie. — 1614. Dynastie des Romanofs.
Allemagne. — 1699. La Hongrie devient héréditaire dans la maison d'Autriche.
Espagne. — 1609. Entière expulsion des Maures. Portugal. — 1640. Révolution du Portugal. — Jean IV de Bragance. Italie. — 16^17. Révolte des Napolitains. — Mazaniello. Hollande. — 1650. Abolition du stathoudérat.— 1672. Guerre contre la France.
— 1686. Ligue d'Augsbourg.
Suède.— 1611. Règne de Gustave-Adolphe. — 1654. Abdication de Christine.
Turquie. — 1699. Paix de Carlowitz. — Situation de la Turquie.
Eglise. — 1660. Mort de saint Vincent-de-Paul. — 1641. Les Jansénistes. — 1682. Déclaration du clergé de France.
Orient. — 1644. Conquête de la Chine, par les Tartares-Mantchoux. — 1666. Aureng-Zeb aux Indes.
Etablissements et Découvertes. — 1605. Mercure de France. —1614. Invention des logarithmes, par l'Ecossais Neper.— 1614. Palais du Luxembourg.
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— 1618. Télescope. — 162a. Microscope. — 1618. Circulation du sang découverte par le médecin anglais Harvey. — 1603. Méridien fixé. — 1635. Palais Cardinal, depuis Palais-Royal. — 1635. Académie française. — 16^0. Perruques en France. — Etablissement des Enfants-Trouvés, par Vincent-de-Paul.
— 1634. Jardin des Plantes. — 1650. Baromètre 1633. Machines pneumatiques. — 1636. Bas au métier. — 1664. Canal du Languedoc. — 1656. Manufacture d'encre. — 1660. Manufactures de glaces. — 1661. Versailles. ~ Colonnade du Louvre. — 16(36. Académie des sciences — 1667. Réverbères à Paris. — 1670. Formation des Champs-Elysées. — 1686. Fondation de Saint- Cyr. — 1693. Observatoire. — 1670. Hôtel des Invalides. — 1672. Porte Saint- Denis. — 1693. Usage du café. — 1674. Porte Saint-Martin.— 1677. Phosphore. — 1680. Première montre. — 1684. Pont-Royal. — 1687. Place Vendôme. — 1670. Baïonnettes. — 1688. Miroirs ardents.
Mort de Henri IV,— Avènement de Louis XIII.
— La mort de Henri IV (14 mai 1610) fut un malheur pour la France. Sully avait rétabli l'ordre dans toutes les parties de l'administration, surtout dans les finances, et son roi formait en silence le dessein de changer le système politique de l'Europe, en créant une sorte de république, une association d'États, qui aurait pour centre et pour juge un sénat suprême. Le fer de Ravaillac arrêta l'accomplissement de ce projet, et l'Europe évita une guerre imminente. La France se trouva replongée dans l'horreur des guerres civiles. Marie de Médicis lui fît perdre toute considération au dehors, toute tranquillité au dedans. Mais un homme de génie, le cardinal de Richelieu (1624), tint les rênes du gouvernement, trop lourd fardeau pour Louis XIII, et la France reconquit le premier rang. Richelieu s'empara de la pensée politique de Henri IV, l'abaissement de la maison d'Autriche, et, pour parvenir à son but, il profita des querelles religieuses qui depuis longtemps agitaient l'Allemagne.
Lecture : Histoire de France, de l'autîur.— Vie de Henri IV, par Péréfix.
— Fie de Marie de Médicis, par Mézeray. — Reines de France, par l'auteur.
Guerre de ïrente-AnSo
Causes. — La religion fut le prétexte de cette guerre; mais le véritable motif fut l'ambition de la maison d'Autriche, qui voulait changer à son profit le système fédératif de l'Allemagne en une monarchie héréditaire. Toute l'Allemagne se trouva^ alors divisée en deux partis : la Ligue catholique et Y Union évangélique. Ces deux grandes confédérations commencèrent une guerre religieuse qui ne tarda pas à devenir un combat politique; la maison d'Autriche s'efforçant d'écraser le
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corps germanique, et celui-ci cherchant à lui résister. La France, en 1635, et la Suède (1630), se mêlèrent de la querelle; elles firentéchouer lespnjjtsdela mai on d'Autriche, et assurèrent l'indépendance des princes et des États particuliers.
La vieille animosité qui existait entre la Hollande et l'Espagne se ranima, et fit de nouveau prendre les armes à ces deux puissances (1621) ; l'irritation des partis religieux en Allemagne, la suspension de la confédération germanique (depuis l'année 1613 la diète cessa de se rassembler), les prétentions exagérées que cette malheureuse désorganisation fit naître de toutes parts, furent les principales causes de la durée de cette guerre, qui éclata d'abord en Bohême et semblait ne devoir occuper que l'Autriche. Cette guerre fameuse présente trois époques distinctes :
1° Dans la première, la maison d'Autriche est complètement victorieuse et soumet toute l'Allemagne.
2° Durant la seconde, les Suédois sont constamment victorieux et mettent l'Autriche à deux doigts de sa perte.
3° Dans la troisième, la victoire est plus incertaine et les succès sont partagés.
Les grands hommes sont, en Autriche : Tilly, Wallenstein, Gallas, Piccolomini ; en Suède, le roi Gustave-Adolphe, Banner, Torstenson, Oxenstiern, Wrangei, Salvius ; en France: Richelieu, Turenne, Gondé, Guébriant.
Quatre célèbres aventuriers combattaient avec éclat contre la maison d'Autriche : Thurn, Bernard de Saxe-Weimar, Mansfeld et Christian de Brunswick.
Les plus fameuses batailles sont : Prague (1620), Leipsick (1631), Lufczen (1632), Nordlingue (1634), Wittstock (1636).
€OBîséq«iences. — 1° La vaste confédération allemande reçut une organisation plus régulière et plus précise ; la puissance impériale fut resserrée dans de justes limites; les princes devinrent les véritables chefs de leurs gouvernements, et il fut reconnu par tous les cabinets que le maintien de la constitution du corps germanique était du plus haut intérêt pour l'Europe.
2° La maison d'Autriche, qui avait menacé l'indépendance européenne, fut abaissée ; la cour de Vienne perdit sa prépondérance, et, depuis le traité de Westphalie, il est à remarquer qu'elle n'a pas signé un traité qui lui fut avantageux.
3° L'alliance de la Suède avec la France, pendant cette guerre, eut ce grave résultat, de faire entreries puissances du Nord dans les affaires de l'occident de l'Europe. Alors la Suède s'éleva au rang des première.} puissances continentales.
4° L'antipathie religieuse s'apaisa et se calma peu à peu. A partir de
1648 , la diversité de religion cesse d'être le principe dominant de la classification des États et le mobile de leur politique ; c'est là que s'arrête la prépondérance, c'est-à-dire la carrière de la Réforme, quoique ses conséquences n'aient cessé de se développer.
Lecture : Guerre de Trente-Ans, par Schiller.
Traite et© Westphalie (20 janvier 1648). — - Le traité de Westphalie amena quatre grands changements:
1° Dans l'Empire : il assura à la Confédération germanique des droits authentiques et des moyens légitimes de les faire valoir ;
2° Dans la puissance autrichienne : pendant que l'Espagne perdait la Hollande, l'Autriche perdait tout ce qu'elle possédait sur la rive gauche du Rhin, et se trouva par là moins à portée de presser l'Empire par les deux extrémités ;
3° Dans la monarchie espagnole, qui, déjà dépouillée des Pays-Bas, perdit dans le Portugal une usurpation de soixante ans, ce qui lui enleva en Europe de beaux ports, et en Amérique d'immenses possessions ;
4° Dans l'antipathie religieuse : dès lors elle se calma et disparut peu à peu. Rien ne put ramener en Allemagne les guerres de religion, et, depuis, la politique seule mit indifféremment les armes à la main des catholiques ou des protestants.
Ce traité fameux, conclu à Osnabruck par les protestants, et à Munster par les catholiques, a été longtemps la base du système politique de l'Europe., par l'équilibre qu'il établissait entre les diverses puissances.
Principales clauses du Traité»
. La Suôde devint membre de l'Empire: elle eut toute la Poméranie citérieure, et la plus belle, la plus utile partie da l'autre; la principauté de Rngen, la ville de Wismar, beaucoup" de bailliages voisins, le duché de Brème et de Verden ; on lui donnait de plus cinq nvllions d'écus d'Allemagne, et le droit de présence aux diètes de l'Empire.
2. La France s'assura pour toujours la possession des trois évêchés, Toul, Metz et Verdun, et l'acquisition de l'Alsace, excepté Strasbourg; mais, au lieu de recevoir de l'argent, comme la Suède, elle en donna. Les archiducs de la branche
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de Tyrol eurent trois millions de livres pour la cession de leurs droits sur l'Alsace et le Sundgau. La France paya la guerre et la paix, mais elle n'acheta pas trop cher une si belle province; elle eut encore l'ancien Brisach et ses dépendances, et le droit de mettre garnison dans Philipsbourg. Ces deux avantages ont été perdus, mais l'Alsace est demeurée, et Strasbourg, en se donnant à la France, acheva de l'incorporer à ce royaume.
3. La république des Pays-Bas-Unis et la Suisse furent déclarées entièrement indépendantes de l'Empire germanique. ' 4. Le Brandebourg reçut Magdebourg, Halberstad, Camenz et Minden; plusieurs autres princes accrurent aussi leurs possessions.
5. La liberté de religion fut proclamée pour tous les États, et l'égalité de droits pour tous les réformés. On prit pour base l'état de l'Allemagne en 1623, et ce règlement fut appelé celui de Yannus normalis.
On ne vit jamais un congrès en Europe où il y eut de si grands intérêts à débattre, ni une si belle réunion d'hommes d'état pour les concilier.
\° Les ministres de l'empereur étaient les comtes Louis de Nassau et de Lamberg, les jurisconsultes Isaac Wohnar et Jean Cranê ; 2° les députés de France étaient le comte tfAvaux et Abel Servien, auxquels on joignit le duc de Longueville, destiné à les accorder entre eux ; l'Espagne avait envoyé le comte Pe?iaranda, accompagné de Saavedra Faxardo et tf Antoine Brien ; 4° Jean Oxenstiern, fils du fameux chancelier de ce nom, et Salvius étaient chargés des intérêts de la Suède.
Les puissances médiatrices, le pape et les Vénitiens, étaient représentées par le nonce Fabio Chigi et Aloysio Contarini , mais la paix ne se fit réellement qu'entre l'empereur, la France et la Suède ; la guerre continua entre la France, la maison de Savoie, l'Espagne, et entre l'Espagne et le Portugal.
A faire : Tableau de la paix de Vestp/ialie, et des principaux souverains de l'Europe en 16^8.
Lecture : Mémoires du cardinal de Retz et de la duchesse de Longueville.
Prise de ï.a Rochelle par Richelieu. — (1628). Richelieu, parvenu au ministère, entreprit de réprimer les huguenots, toujours séditieux. Rohan et Soubise, qui étaient à
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leur tète, voulaient faire de la France une république divisée en huit cercles. La Rochel'e était devenue le centre de toutes leurs forces. Richelieu forma le projet de les y attaquer. Il se mit lui-même à la tête l'armée, et assiégea la ville. N'ayant pas une flotte assez nombreuse pour la bloquer, il eut recours au moyen employé par Alexandre au siège de Tyr : il fit construire dansis mer, à l'entrée du port, une digue que la flotte anglaise ne put forcer. Les Rochelois résistèrent onze mois ; mais enfin ils furent obligés de se rendre. On leur accorda la liberté de conscience. Les Anglais avaient pris parti pour les protestants, et leur avaient prêté secours ; mais ils furent repoussés par les Français et contraints de se retirer ; tout rentra dans l'obéissance. Parmi les traits de courage des protestants, on cite celui-ci : le maire Gulton mit un poignard sur la table de l'hôtel-de-ville et jura d'en percer le sein au premier qui parierait de se rendre.
Richelieu termina l'œuvre des siècles précédents, en portant à l'aristocratie féodale les derniers coups. Mais il fallait, pour arriver à ce point, faire tomber, tantôt justement, tantôt injustement, bien des têtes puissantes. Cinq-Mars et de Thon, Montmorency, Marillac, Chalais, et tant d'autres payèrent de leur sang leur haine pour Richelieu et leurs tentatives pour délivrer la France des rigueurs de son autorité. Avec eux la féodalité expire, et le pouvoir royal prend un accroissement extraordinaire. Désormais la monarchie absolue est fondée par le génie de ce grand ministre. A l'extérieur son autorité ne fut pas moins considérable : il établit te crédit de la France en Italie, dans les Pays-Ras, en Allemagne et jusqu'en Suède; l'Espagne et l'Autriche trouvèrent en lui un ennemi puissant et irréconciliable. Protecteur éclairé des arts et des sciences, fondateur de l'Académie française, il sut en même temps donner à son administration un caractère de force et de grandeur qui prépara la puissance de Louis XIV.
Richelieu est le créateur des ambassades permanentes et de la science diplomatiques. Ce fut sous le règne de Louis III, en 1614, que furent assemblés les derniers États-Généraux, pour ne reparaître qu'à la fin du 18e siècle. Ainsi périrent à la fois la liberté religieuse par la 'prise de. La Rochelle, et la liberté politique par la dissolution des Etals. Le dernier vote des communes fut celui-ci : « Le roi est supplié d'ordonner que
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» tous les seigneurs soient tenus d'affranchir dans leurs fiefs » tous les serfs. »
Lecîure : Portrait de Richelieu (Cours de littérature). — GênêalcQies europêemies, de l'auteur.
ATènemcut de Louis XIV. -- 1643. Louis XIU laissa par sa mort le royaume de France à Louis XIV, son fils, âgé de cinq ans, sous la régence d'Anne d'Autriche, sa mère. Cet avènement eut lieu sous les plus heureux auspices. Le duc d'Engkien gagna sur les Espagnols la bataille de Rocroy, dont le succès entraîna la prise de plusieurs places importantes, et, entre autres, celle de Thionville. Sur mer, le duc de Brézé défit la flotte d'Espagne auprès de Gibraltar ; et les années suivantes, 4 644 et 1645, Fribourg et Nordlingue furent prises.
Cependant la régence fut remplie de troubles, Paul de Gondi, eoadjuteur de Paris, depuis cardinal de Retz, alluma la guerre civile en France, en excitant les ennemis de la cour et de Mazarin, désignés sous le nom de Frondeurs. La régente se retira, avec le jeune roi, à Saint-Germain-en-Laye, où elle fut suivie du prince de Conti, frère du grand Condé. Le prince de Condé bloqua Paris, où le parlement avait levé une armée; peu après une amnistie fut publiée, et la paix fut rétablie (1648-1653).
Les principaux événements sont : Journée des barricades. — La cour à Saint-Germain. — Traité de Rueil. — (1649). Arrestation des trois princes. — Départ de Mazarin.— Délivrance des princes. — Majorité du roi. — Retour de Mazarin. — Combat du faubourg Saint-Antoine.
Cette guerre de la Fronde, qu'on a appelée une tragi-comédie, ne fut pas sans résultats; elle activa les esprits et contribua peut-être à la gloire du règne de Louis XIV. Les personnages principaux qui s'y distinguèrent sont : Mazarin, Condé, les deux Beaufort, de Vendôme, de Nemours, Bouillon, Turenne, le cardinal de Retz, La Rochefoufauld, les duchesses de Longue ville, de Chevreuse, Mademoiselle, etc.
Paix «les Pyrénées. — -1569. Les Espagnols avaient été exclus du traité de Westphalie par l'empereur et la France. Ainsi l'Espagne continua la guerre contre Louis XIV. Les troubles qui accompagnèrent la minorité de ce prince laissaient aux Espagnols la possibilité de prendre de grands
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avantages, d'autant mieux qu'ils combattaient avec nos propres armes ; le grand Condé commandait leurs armées dans les Pays-Bas. Heureusement que l'alliance de la France avec Cromwell donna un nouvel ennemi à l'Espagne. Turenne remporta, en 1658, sur don Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe IV, la fameuse victoire des Dunes. De nouveaux succès pour la France amenèrent enfin des négociations de paix. Le mariage de l'infante d'Espagne, Marie-Thérèse, avec le jeune roi de France , en fut la première condition, le retour du prince de Condé et son rétablissement dans ses places, la seconde. Le cardinal Mazarin se rendit dans Pile des Faisans, située entre la France et l'Espagne, au milieu de la Bidassoa, et lutta de talent avec le ministre espagnol, don Luis de Haro. Enfin la paix fut signée le 7 novembre 4 659.
La France y gagna l'Artois, le Roussillon, une partie de la Flandre, du Hainaut et du Luxembourg.
L'homme au masque de fer. — Quelques mois après la mort du cardinal Mazarin (9 mars 1661), il arriva un événement qui n'a point d'exemple; et, ce qui est non moins étrange, c'est que tous les historiens en ont ignoré la cause.
On envoya, dans le plus grand secret, au château de l'île Sainte-Marguerite, dans la mer de Provence, un jeune prisonnier inconnu, d'une taille au-dessus de l'ordinaire. Ce prisonnier portait dans la route un masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier qui lui permettaient de manger avec le masque sur le visage. Il resta dans l'île jusqu'à ce qu'un officier de confiance, nommé Saint-Mars, gouverneur de Pignerol, ayant été fait gouverneur de la Bastille, l'an 1690, l'alla prendre à l'île Sainte-Marguerite, et le conduisit à la Bastille, toujours masqué.
Le marquis de Louvois alla le voir à l'île Sainte Marguerite; lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Amené à la Bastille, cet inconnu y fut logé aussi bien qu'on pouvait l'être dans un château-fort; on ne lui refusait rien de tout ce qu'il demandait. Son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extrême et pour les dentelles. Il jouait de la guitare ; sa table était chargée des mets les plus délicats ; le gouverneur se découvrait devant lui. Un vieux médecin de la Bastille, qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu'il n'avait jamais vu son visage, mais qu'il était admirablement bien fait ; que sa peau était brune, qu'il in-
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téressait par le seul son de sa voix, qu'il ne se plaignait jamais de son état, et ne laissait point entrevoir ce qu'il pouvait être. Un fameux chirurgien, gendre du médecin dont nous parlons, ainsi que M. Bernarelle, successeur de Saint-Mars, ont souvent confirmé celte déposilion.
Cet inconnu mourut en 1703, et fut enterré, la nuit, à la paroisse de Saint-Paul. Ce qui redouble l'étonnement, c'est que, quand on l'envoya dans l'île Sainte -Marguerite, il ne disparut en Lurope aucun homme de distinction, car voici ce qui arriva les premiers jours qu'il fut dans l'île : le gouverneur mettait lui-même les plats sur la table et se retirait après l'avoir enfermé. Un jour, le prisonnier écrivit avec un couteau sur une assiette d'argent et jeta l'assiette par la fenêtre, vers un bateau qui était au rivage, presque au pied de la tour. Un pêcheur à qui le bateau appartenait, ramassa l'assiette et la porta au gouverneur. Celui-ci, étonné, demande au pêcheur : « A vezvous lu ce qui est sur cette assiette, et quelqu'un i'a-t-il vue entre vos mains? — Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur, je viens de la trouver, et personne ne l'a vue, » Ce paysan lut retenu jusqu'à ce que le gouverneur lût bien informé qu'il n'avait jamais su lire, et que l'assiette n'ava.t été vue de personne. « Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne savoir pas lire.»
Parmi les témoins du fait que nous venons de rapporter, il y en a un très digne de- foi. M. de Chamillard est le dernier ministre qui eut cet étrange secret. Le second maréchal de la Feuillade, son gendre, dit qu'à la mort de son beau-père, il le conjura, à genoux, de lui apprendre ce que c'était que cet homme que l'on ne connut jamais que sous le nom de X homme au masque de fer ; Chamillard lui répondit que c'était un secret d'état, et qu'il avait fait serment de ne le révéler jamais.
On a écrit dernièrement beaucoup de mémoires sur cet inconnu ; mais on ne sait encore rien de positf.
Mazarin mourut le 9 mars 4 661, et, depuis celte époque, Louis XIV justifia l'expression de ce ministre : il y avait en lui l'étoffe de quatre rois. L'État c'est moi, dit ce jeune prince à ceux qui lui demandaient : à qui nous adresserons-nous ? et en effet, il vit tout et gouverna tout par lui-même. De 1661 à 4 667 il imprima aux affaires extérieures une attitude imposante et à l'administration intérieure un ordre et une vigueur inconnus jusqu'alors. Aidé de Colbert, contrôleur des finances, successeur du surintendant Fouquet, condamné, pour ses dé-
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prédations, à une prison perpétuelle, les finances furent régularisées, les revenus augmentés ; des routes, des canaux, des ateliers, des manufactures établis et protégés. Une importante marine fut créée ; enfin Paris fut embelli et fut rendu digne d'être la capitale de la France. En même temps, Louvois donnait l'uniforme à l'armée, rétablissait la discipline, perfectionnait toutes les parties du service, l'armement de l'infanterie l'artillerie, le génie et les subsistances.
Louis XIV, dans cet intervalle, soumet le roi d'Espagne et le pape à d'humiliantes réparations (1667), achète Dunkerque aux Anglais (1662), aide le Portugal contre l'Espagne, traite avec les Suisses et donne des secours contre les Turcs à l'empereur et aux Vénitiens, réprime les brigandages des Barbaresques, achète Marsal au duc de Lorraine, et fournit quelques troupes aux Hollandais en guerre avec l'Angleterre (1666).
Philippe IV, roi d'Espagne et beau-père de Louis XIV, était mort le M septembre i 665. Louis, deux ans après, réclama la Flandre et la Franche-Comté, comme héritage de Marie -Thérèse, à l'exclusion de Charles II, qui n'était que du second lit. La conquête s'en fit en quelques mois par les maréchaux de Turenne et d'Aumale, par MM. de Créqui et de Bellefons (1667), Alors se forma contre la France victorieuse le traité de triple alliance (28 janvier 1668) entre l'Angleterre, la Suède et la Hollande. Louis XIV est forcé de signer la paix à Aix-la-Chapelle {% mai) et de restituer la Franche-Comté, tout en conservant ses conquêtes en Flandre. La guerre recommence le 6 avril 1672 avec la Hollande, qui bravait le roi dans ses gazeites. Louis se met en marche et entre dans les Pays-Bas à la tête de 100,000 hommes; la Hollande est surprise et désarmée. Les Français s'emparent en quelques mois de trois provinces et de quarante places fortes. Les vaincus rétablissent le stathoudérat en faveur de Guillaume, prince d'Orange (4 juin), qui accuse (22 août) les deux frères Corneille et Jean de Wiit de s'être vendus à la France, et les laisse massacrer par la populace tf Amsterdam. Le \% juin, les Français passent à la nage et en vue de l'ennemi, le Rhin à Tolhuis ; ils font tout plier sous leurs armes ; Amsterdam et plusieurs autres villes de la Hollande lâchent» leurs écluses ; l'inondation de leur territoire les empêche de tomber au pouvoir des Fronçais, qui se retirent, mais s'emparent de la Franche-Comté, Condé
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bat, à Senef (il août 1674) le prince d'Orange; Turenne incendie le Palatinat, remporte les victoires iïEnsheim, de Mulhausen, de Turkeim, et meurt d'un boulet de canon (le 27 juillet 1675) à Salzbach (entre Strasbourg et Bade), à l'âge de 64 ans, après une admirable campagne de deux mois contre le général impérial Montecuculli. L'armée française ne songe plus qu'à la retraite.
Cependant Duquesne battait deux fois Ruyter, célèbre amiral hollandais, près de Messine le 8 janvier, et le 22 près tfAgousta (1675). Louis, en personne, prenait Condé, Bouchain, Cambrai, Falenciennes; Philippe d'Orléans, frère du roi, battait Guillaume à Cassel et s'emparait de Saint-Omer (1675-1678). Enfin la paix se conclut à Niinègue le 17 septembre 1678. Ce fut l'époque la plus brillante du règne de Louis XIV.
Paix de Nimègne. — -(1678). Après des guerres sans nombre, des traités conclus et non suivis, la paix se fit enfin entre la France, la Hollande et l'Espagne, sous la médiation de l'Angleterre. Louis XIV y trouva le moyen de diviser les alliés, en traitant séparément avec les Hollandais, auxquels il rendit Maëstricbt, dont il était encore en possession. La France acquit par ce traité la Franche-Comté, plusieurs villes de la Flandre et du Hainaut, comme Valenciennes, Bouchain, Condé, Cambrai. Ce traité renfermait le germe de guerres nouvelles. Après avoir lutté avec succès contre la moitié de l'Europe, la France était parvenue à dissoudre l'alliance qui s'était formée contre elle, et pouvait ainsi profiter de ses avantages contre des ennemis divisés, dont aucun n'aurait osé entreprendre une résistance individuelle. Elle n'y manqua pas, et la lutte recommença.
Les principaux ambassadeurs au congrès de Nimègue furent : pour la France, le comte iï Estrades, le comte dUAvaux et Colbert; pour l'Autriche, Tévêque de Gurk, le comte de Kinski; pour la Hollande, Van Beverning et Fan Uare?iet Boreelj pour l'Espagne, le marquis de los Balbasos, le comte de Fuentès; comme médiateurs de la part de l'Angleterre, Temple, Hyde et Jenkins; de la part du pape Bevilacqua.
M®vt de Colbcrt. — 1683. Après la conclusion du traité de Niinègue, des chambres dites de réunion adjugèrent à Louis XIV comme dépendances des villes ou districts cédés à la France par les traités de Wesli>halie(l643), Aix-la-Cha-
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pelle (1668) etNimègue (1678), plusieurs possessions de l'Empire, de l'Espagne et du roi de Suède. Une ligue se forme; mais les différents États, trop faibles pour soutenir la guerre, signent la paix de Ralisbonne , qui laissait à la France ses nouvelles acquisitions (1680-1684).
En même temps, la puissance maritime du roi avait purgé la mer des pirates, puni les puissances barbaresques (1685), bombardé deux fois Alger, et châtié Gènes, qui avait vendu des secours aux Algériens. A l'intérieur, il avait fait approuver par une assemblée du clergé quatre propositions fameuses, rédigées parBossuet, où était exposée la doctrine de l'église gallicane. Louis XIV exerçait un pouvoir absolu; ['État c'était bien lui, et cette fois ce n'était plus le jeune homme qui espérait, c'était l'homme qui réalisait les espérances qu'il avait fait concevoir : brillantes victoires, cortège imposant de grands hommes, magnifiques travaux; tout justifiait son orgueil et son ambition.
Cependant cette ambition effraya l'Europe. Colbert était mort, le 6 septembre 1683. Les faiblesses de Louis causaient du scandale, les dettes s'accroissaient, et malgré cet état déplorable, Louvois et madame de Maintenon conseillèrent au roi d'ordonner la conversion des protestants que Colbert avait protégés et qui s'adonnaient avec succès au commerce et à l'industrie. t
Révocation de Védiî devantes.— (1 685). Louis XIV révoqua l'édit de Nantes accordé par Henri IV en faveur des protestants, et confirmé par Louis XIII, la liberté de conscience leur fut ôtée,. leurs temples furent démolis. Ges mesures impolitiques obligèrent un grand nombre de familles à sortir du royaume ; elles portèrent chez i'étranger les arts, les manufactures et les trésors de la France.
Couséqaaences. — Près de cinquante mille familles, en trois ans de temps, sortirent du royaume, et furent encore suivies par d'autres. Elles allèrent porter chez les étrangers les arts, les manufactures, la richesse. Presque tout le nord de l'Allemagne, pays encore agreste et dénué d'industrie, reçut une nouvelle face de ces multitudes transportées. Elles peuplèrent des villes entières. Les étoffes, les galons, les chapeaux, les bas, qu'on achetait auparavant à la France, furent fabriqués par elles. Un faubourg entier de Londres fut peuplé d'ouvriers français en soie, d'autres y portèrent l'art de donner la perfection aux cristaux , qui fut alors perdu en France. On trouve encore très communément en Allemagne l'or que les réfugiés y répandirent. Ainsi la France perdit six cent
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mille hommes , une quantité prodigieuse d'espèces et surtout les arts jdont s'enrichirent ses ennemis. La Hollande y gagna d'excellents soldats. Le prince d'Orange, le duc de Savoie , eurent des régiments entiers de réfugiés. Ces mêmes souverains de Savoie et de Piémont , qui avaient exercé tant de cruautés contre les Réformés de leur pays, soudoyaient ceux de la France , et ce n'était pas assurément par zèle de religion que le prince d'Orange les enrôlait. Il y en eut qui s'établirent jusque vers le cap de Bonne-Espérance. Le neveu du célèbre Duquesne, lieutenant-général de la marine, fonda une petite colonie à cette extrémité de la terre; elle n'a pas prospéré; ceux qui s'y embarquèrent périrent pour 1 a plupart. Mais enfin il y a encore des restes de cette colonie voisine des Hottentots.
Traité de Myswick, 30 octobre 1697. — La révocation de Fédit de Nantes porta malheur à Louis XIV. Le 21 juin 1685, la fameuse ligue d'Augsbourg est signée entre l'Empereur, les rois d'Espagne et de Suède, le prince d'Orange, le duc de Savoie et les principaux États de l'Empire. Elle a pour but réel de s'opposer aux projets de conquêtes du roi Condé était mort le 1 1 décembre, âgé de 65 ans (1 686) ; mais la France, qui comptait encore de grands capitaines, envahit l'Empire, fait la conquête du Palatinat, et pendant que l'Europe levait contre elle 222,000 hommes, elle donnait l'hospitalité à Jacques II.— Ce prince, détrôné après avoir perdu la bataille de la Boyne, le lendemain de la victoire navale de Beacliy{ 1690), remportée par Tourvîlle sur la flotte des alliés, revint mourir à Saint Germain-en-Laye. — La guerre maritime se poursuit heureusement avec Tourville, Jean-Bart, Duguay-Trouin (1692-1696). Les bords du Rhin, l'Italie, l'Espagne, les Pays- Bas, sont à la fois le théâtre de la guerre continentale. Le Palatinat est incendié et dévasté (1689). Gatinat remporte la victoire de Staffarde (18 août 16^0), soumet la plus grande partie de la Savoie, du Piémont, perd ses conquêtes, bat Victor- Amédé à Marsaille, tandis que le maréchal de Noailles obtient quelques succès en Cataiugne (1695). A l'autre extrémité du royaume, Luxembourg bat les ennemis à Fleuras et gagne les sanglantes batailles de Steinkerque et de Nerwlnde (1690- 4693). La misère publique et la pénurie du trésor forcent Louis XIV à signer la paix de Ryswick (30 octobre 1697). Ainsi, après deux ans de victoires, le grand roi demande la paix à ses ennemis, se soumet à rendre ce qu'il a conquis, à restituer ce qu'il a cru être en droit de réunir à la couronne et ce qu'il a refusé de rendre en 1688.
Clauses du Traité de Ryswick.
1. Traité entre la France et l'Angleterre. — Guillaume III fut reconnu par la France et toutes les conquêtes réciproquement rendues.
2. Entre la France et la Hollande. — Restitutions réciproques et traité de commerce.
3. Entre la France et l'Espagne. — Cette dernière puissance recouvre tout ce qu'elle avait perdu en Catalogne et dans les Pays-Bas. La France demeure en possession de la partie de Saint-Domingue qu'elle avait conquise avant cette guerre , et il n'en fut pas môme question dans le traité.
l\. Entre la France, l'Empereur et C Empire.— 1° La France conserva tout ce qu'elle avait conquis en Alsace et Strasbourg; 2° elle rendit tout ce qui avait été réuni hors de l'Alsace ( les intérêts de la religion catholique devant rester in statu quo ) ; 3° les affaires de la succession palatine furent remises à une décision arbitrale ; 4° le duc de Lorraine fut complètement rétabli dans ses possessions.
Plénipotentiaires.
France. — De Calvière et de Harlay.
Angleterre.— Le comte Pcmbroke, lord Lexington.
Hollande. — Heinsius, J. Boreel.
Empereur. — Le comte de Kaunitz, Strokman, Saillera.
Espagne. — D. Quiros.
gjaède. — Médiateurs : le comte Boude et Hillienroth.
Louis XIV ne désarma pas après la paix de Ryswick , pour tenir ses ennemis en respect. A son insu, le prince d'Orange s'occupe d'un projet de partage de la succession de Charles II, roi d'Espagne, sans enfant et malade. Ce projet est signé à La Haye par l'Angleterre et plusieurs puissances. Charles II, irrité, nomme pour successeur le prince électoral de Bavière, qui meurt bientôt, âgé de 7 ans. — Enfin le 17e siècle se termine par la mort de Racine, 22 avril 1G99, le représentant le plus illustre de la littérature française, et par l'érection de la statue équestre de Louis XIV à la place Vendôme (13 août 1699).
Observations sur le règne de Louis XIV.
La France , sous Louis XIV, joua le plus grand rôle en Europe et \ acquit la même prépondérance que la maison d'Autriche dans le siècU précédent. D'abord, Louis XIV raffermit la France, qui avait été ébranlée par la mort de Richelieu, et'releva l'honneur national. Ses guerres, souvent injustes, furent pourtant toujours utiles, assurèrent le territoire, et donnèrent à la France cette unité matérielle qu'elle a conservée depuis; il perfectionna la diplomatie de Richelieu, la rendit systéma-
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tique, et la dégagea du principe religieux qui la dominait, pour la rendre à la politique ; son administration rétablit l'ordre et l'unité , en faisant pénétrer l'action du pouvoir central dans la société, et en attirant à lui toutes les forces de celles-ci. Sa législation eut le môme but, en môme temps qu'elle seconda les progrès de toutes sortes et favorisa la civilisation. C'est à toutes ces causes réunies qu'il faut attribuer la prépondérance de la France en Europe au 17e siècle, et, si elle la perdit, c'est qu'elle n'avait pas d'autres bases que le gouvernement absolu et qu'elle devait tomber avec lui.
C'est sous Louis XIV que fut adopté en France le système des emprunts, malgré Colbert, qui en voyait les inconvénients; c'est aussi à cette époque qu'il faut fixer l'origine du crédit public.
ANGLETERRE