‹ Nouveaux éléments d'histoire générale rédigés sur un plan méthodique entièrement neufChapitre 139 sur 166 · PREMIÈRE RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE RÉVOLUTION

Charles I (de 1625 à 1649).

Causes. — ■ Les premières années du règne de Charles I présageaient les commotions terribles qui devaient le précipiter du trône. Les esprits fermentaient déjà par les disputes théologiques et la situation affligeante du trésor public.

Bue king liant, ministre et favori du roi, attaque sans succès l'Espagne, par haine contre Olivarès, ministre de Philippe IV. Le parlement, ayant refusé les subsides demandés par le roi, est dissous le 15 juin 1625. Des emprunts forcés irritent les esprits contre Buckingham, qui passe en France, y étale un faste sans exemple, et se voit obligé de retourner en Angleterre, après s'être attiré la haine de Louis XIII et de Richelieu.

Buckingham veut se venger et fait embrasser à Charles I le parti des protestants de La Rochelle, assiégés par Richelieu avec toutes les forces de la France. Les Anglais, chassés d'abord de l'île de Rhé, éprouvent un nouvel échec près de la digue qui fermait le port de La Rochelle. Buckingham avait été assassiné, le 23 août 1627, par un lieutenant nommé Felton, irrité du refus qu'il lui avait fait d'une compagnie vacante,

Charles, hors d'état de continuer la guerre, conclut, le 24 août 1629, un traité de paix avec la France.

Plusieurs années se passent en discussions vives, entre le parlement et la royauté, sur leur autorité respective. Le roi convoque le parlement, puis le casse, et ne conserve que l'assemblée du clergé, qui accorde un subside pour la guerre d'Ecosse. Charles soulève les esprits en voulant faire adopter à ce pays le culte anglican.

Le Covenant ou la Ligue du peuple donne le signal d'une guerre ouverte : les Écossais marchent vers les frontières d'Angleterre et s'avancent jusqu'à Newcastle, dont ils se rendent maîtres. Bientôt cepen-

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dant ils demandent la paix ; le roi convoque le parlement, qui devait lui faire perdre la vie. Depuis cette époque l'anarchie règne partout. Charles Iet le parlement s'attaquent les armes à la main, les Irlandais se soulèvent, ils font un massacre terrible des Anglais; le prince Rupert, frère de l'électeur Palatin, se distingue dans toutes les rencontres, à Newbury, à Newmark , à York ; mais ayant cherché à poursuivre ses avantages à Marstonmoor, il est vaincu.

Olivier Cromwell, qui devint si fameux dans la suite, eut part au gaie de la bataille d'York , ville que les parlementaires reprirent.

Le comte de Strafford, ministre d'état et lord lieutenant d'Irlande, fut accusé d'avoir fait revenir l'armée d'Irlande en Angleterre pour punir les rebelles; il fut décapité en 1641. Trois ans plus tard, Guillaume Laud, archevêque de Cantorbéry, subit le même sort. Lord Thomas F airfax est déclaré chef des troupes de la Commune, de plus en plus puissante; Cromwell, chef des fanatiques indépendants, prend un grand ascendant sur ce nouveau général. Le roi perd successivement plusieurs batailles, se retire à Newcastle, où les Écossais le vendent aux Anglais, le 20 janvier 1647, pour 400,000 livres sterling. Il est ensuite conduit à l'île de Wight, dans le château de Carisbrook, où on le retient prisonnier.

Il est amené à Londres, où 70 juges, dont Cromwell était le chef, le condamnèrent à mort. La sentence fut exécutée le 9 février 1649, devant le palais même de Charles I.

Ce prince avait alors 49 ans; il en avait régné 25.

CoMséejuessces. — Caractère général de la Révolution d'Angleterre. — C'est en Angleterre qu'eut lieu le premier choc des deux faits essentiels nés des luttes du 16e siècle; le libre examen, qui prévalait dans la société religieuse , et la centralisation du pouvoir, qui prévalait dans la société civile.

L'un amenait la décadence de l'ancienne monarchie ecclésiastique; l'autre consommait la ruine des anciennes libertés féodales et communales. Avec le libre examen, on était arrivé au moment de l'affranchissement de la pensée individuelle, tandis qu'avec l'autre on n'en était encore qu'à la centralisation de tous les pouvoirs en un pouvoir général.

L'Angleterre tenta la première d'abolir le système absolu dans l'ordre Spirituel; ce fut la cause de la révolution de 1649 et de la chute de Charles I.

Pourquoi cette lutte s'est-elle engagée en Angleterre plutôt qu'ailleurs ? C'est que, depuis Henri VïII, la royauté se prétendait absolue et supérieure à toutes les lois.

Un autre motif, non moins puissant, était le développement de la richesse industrielle dans les mains de la gentry ou petite noblesse, et des bourgeois. Si nous ajoutons à" ces deux faits un mouvement nouveau des esprits, un désir, un besoin de liberté, nous aurons donné la principale cause de la terrible catastrophe qui précipita les Stuarts du trône. Dans cette puissante crise, trois partis principaux se montrent :

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1° Le parti de la réforme 'égale : il voulait le redressement des abus ; mais il voulait aussi la conservation et la souveraineté absolue du roi; de plus, il tenait à l'épiscopat, comme appui nécessaire à la prérogative royale. Les principaux chefs étaient : Clarendon, lord Falkland ;

2° Le parti de la révolution politique : il voulait restreindre l'autorité du roi et placer dans la chambre des communes la prépondérance politique; ses idées, d'abord confuses, conduisaient directement à la souveraineté du peuple. Les presbytériens voulaient faire dans l'Église une révolution analogue ; plus hardis, plus entreprenants que les révolutionnaires politiques, ils faisaient gouverner l'Église par des assemblées. On remarquait dans ce parti politique Hampden, Hollis, peu favorables, au fond, au système des fanatiques presbytériens.

3° Le parti républicain : il voulait changer le fond et la forme du gouvernement, dont il regardait la constitution politique comme vicieuse et fatale; c'était donc une réforme complète qu'il méditait. Parmi ces républicains, les uns tenaient à la théorie, comme Ludlow, Harrington, Milton; d'autres ne connaissaient que leurs intérêts et leurs situations, tels que les principaux chefs de l'armée, Ireton, Cromwell, Lambert.

Le parti républicain religieux n'était pas moins tranchant; il ne reconnaissait d'autre pouvoir légitime que celui de Jésus-Christ, et, en attendant sa venue, il voulait le gouvernement de ses élus.

Ces trois partis luttèrent ensemble pendant douze ans ; aucun ne réussit.

Enfin, en 1652, Cromwell se fit nommer protecteur.

Protectorat de Cromwell. — La république anglaise avait commencé en 1649. Le prince de Galles, alors à La Haye, prit le titre de Charles II; il fit une alliance avec l'Ecosse, marcha contre Cromwell, qui le battit à Dunbar et à Worcester. Charles se vit obligé de repasser la mer.

Cromwell, vainqueur était devenu si puissant, qu'il excitait déjà la jalousie ; il prévint ses ennemis, et résolut d'être le maître de l'Angleterre! Le parlement, contre lequel il avait soulevé l'armée, voulut lui retirer le titre de généralissime, qu'il lui avait donné. Cromwell fit investir par ses soldats la salle des séances, et entrant brusquement, Le Seigneur n'a plus besoin de vous, dit-il ; et aussitôt il fit chasser tous les membres, ferme la porte et met la clef dans sa poche^ Quelque temps après, il se fait nommer Protecteur par une nouvelle chambre, toute composée de ses créatures.

Quand les principaux officiers de l'armée vinrent le féliciter de s'être contenté du titre de Protecteur, il reçut les compliments avec un air plein de fierté, et mettant la main sur la garde de son épée : « C'est » ceile-ci, leur dit-il, qui m'a élevé au rang que j'occupe, et quand je

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» voudrai monter encore plus haut, je saurai m'y maintenir par son » moyen. Allez faire le devoir de vos charges. »

Cependant Cromwell fut un grand roi, et sous lui l'Angleterre se vit respectée en dehors et tranquille au dedans : les armées anglaises se couvrirent de gloire; une paix avantageuse fut conclue avec la Hollande, donc Blake avait humilié la marine , qu'illustraient pourtant Tromp et Rwjter.

Les rois briguaient l'alliance du Protecteur : Mazarin l'obtint contre l'Espagne, alors en guerre avec la France.

La Jamaïque devint une province militaire de l'Angleterre; jamais les relations commerciales n'avaient été plus actives; jamais la marine ne s'était vue si puissante. Le règne d'Elisabeth n'avait pas été marqué par tant d'éclat et de prospérité.

Cromwell mourut le 12 septembre 1658, âgé seulement de 59 ans. Un de ses chapelains annonça, au nom de Dieu, « que le Protecteur était monté au ciel; qu'il y était assis à la droite de Dieu, implorant la miséricorde divine pour les péchés du peuple anglais. »

On lit au Protecteur des obsèques magnifiques. On l'enterra à Westminster. Presque toutes les cours de l'Europe, et particulièrement celle de Versailles, prirent Se aeuil.

Le poète Waller, parent et ami de Cromwell, fit de très beaux vers à cette occasion : il saisit, avec bonheur, l'incident d'une tempête violente, qui éclata le jour môme de la mort du Protecteur. Le philosophe Locke, lui-même, ne dédaigna pas, pour la première fois, de prendre la lyre poétique ; mais son essai ne fut pas heureux.

Anarchie, Monk, Hlcsiîiisaî'aaiâoiia. — Lamortde Cromwell réveilla la fureur des partis, assoupie par la fermeté du Protecteur. Richard Cromwell, son fils, homme de mœurs paisibles, n'accepta qu'à regret le Protectorat, et l'abdiqua avec empressement et plaisir en 1659. Il fallait légaliser cette abdication ; une quarantaine de membres du long parlement sous Cromwell survivaient encore ; les chefs militaires les convoquèrent; mais l'opinion publique flétrit ce semblant de parlement du nom ridicule de Êiïmp (croupion).

Lambert voulait s'emparer du gouvernement ; mais les esprits étaient fatigués de l'anarchie et des anarchistes.

Le général Monk, alors gouverneur de l'Ecosse, forma le projet de rétablir les Stuarts sur le trône. Aimé du peuple, adoré de son armée, il concevait l'espoir de réussir.

Bientôt Lambert est jeté dans une prison, Fleetwood abandonné, le parlement cassé. Monk, après avoir traversé victorieusement l'Angleterre, fait convoquer un nouveau parlement, composé de presbytériens modérés, de royalistes, et des pairs qui n'avaient pas voulu servir la cause de Cromwell.

L'envoyé de Charles II est reçu avec enthousiasme, et le fils de Charles I est proclamé en 1660. Ainsi finit la première révolution

d'Angleterre; ses résultats ne furent ni favorables à la religion, ni utiles à la politique. Chaque parti conserva son opinion et se tint en garde. L'agitation semblait calmée par les nouvelles concessions de la royauté; mais une seule étincelle pouvait rallumer l'incendie. La révolution lit naître une foule de sectes ; c'est à cette époque que remontent les Quakers ou Trembleurs, dont le principe est de faire du bien aux hommes et de ne jamais verser le sang; les Millénaires, qui pensaient que Jésus-Christ devait être, pendant 1000 ans, le seul roi sur la terre.

Cependant, comme il arrive dans toutes les secousses politiques, le peuple et les nobles s'étaient rapprochés, s'étaient mieux connus; la noblesse n'avait pas dédaigné de se livrer au commerce, qui avait pris un développement remarquable. L'exaltation des esprits avait aussi produit de grands génies : c'est alors que parurent le poète épique Millon, le satirique Butler, le philosophe Ilobbes.

Charles II (de 1660 à 1685).

Le règne de Charles II", qui n'affermit pas la royauté et ne donna pas la tranquillité au royaume, peut se diviser en deux partie : 1° depuis 1G60 jusqu'à 1673, à l'acte du Test; 2° depuis l'acte du Test jusqu'à la mort du roi.

Dans la première partie, les catholiques, soutenus par Charles II, liront des progrès : le bill d'uniformité, qui plaçait forcément tous les ministres dans la dépendance des évèques, fut le signal des mécontentements et des persécutions. Dunkerque fut vendue à Louis XIV; une guerre impolitique avec la Hollande, république protestante, gouvernée par Jean de Witt, faillit perdre Londres, attaquée par Jluylcr. Le traité de Bréda sauva les Anglais. Mais, en 1660, Londres fut incendiée; ce désastre eut pourtant un résultat heureux; car, rebâtie en trois ans sur un plan vaste et neuf, cette capitale fut désormais à l'abri des pestes qui l'avaient jusque-là désolée, à cause de ses rues sales et étroites.

Cependant le peuple accusa les catholiques de l'incendie de la capitale; le chancelier clarendon, zélé promoteur des mesures royales, fut banni et se retira en France. Shaftcsbury et Buckingham furent les chefs du nouveau ministère, connu sous le nom de Cabale.

La triple alliance do l'Angleterre, de la Suède et de la Hollande fut bientôt rompue. L'Angleterre fit cause commune avec la France, et combattit la Hollande, qui céda à sa rivale les honneurs du pavillon.

\ Dans la seconde partie, les protestants l'emportèrent; le fameux acte du Test (1073), imposé au roi parles communes, signala une réaction contre les catholiques; par cette déclaration, tous les fonctionnaires civils et militaires lurent obligés de prêter serment, par écrit, contre la Transsubstantiation, et de communier à la paroisse anglicane. Le

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duc à' York, ardent catholique, quitta le commandement de la flotte, et Shaftesbury, après avoir abandonné la cour, prit le parti des communes. La paix de Nimègue, conclue en 1678, empêcha de rompre avec Louis XIV.

Une conspiration contre la vie du roi, tramée par les catholiques, fut révélée ou plutôt inventée par un homme méprisable, nommé Titus Oales. Le peuple, trompé, ne douta plus de la vengeance des partisans du pape. Le Test fut renouvelé; Jacques, duc d'York, fut obligé de quitter le royaume, et se retira à Bruxelles ; on le fit exclure de la succession à la couronne, en faveur du duc de Monmouth, fils naturel de Charles II; le parlement fut cassé; mais, auparavant, il eut le temps de faire passer la loi de Vllabeas corpus, la garantie de la liberté individuelle des Anglais; cette loi interdit la déportation, prescrit au geôlier de produire le prévenu devant ses juges dans le délai requis, exige que la cause de l'emprisonnement soit justifiée; en môme temps elle donne au prévenu la liberté sous caution.

L'opinion publique réclamait un parlement; c'est alors qu'eurent lieu les dénominations de Whigs et de Tories; le premier surnom s'appliquait aux adversaires de la cour, du sobriquet burlesque sous lequel étaient connus les puritains d'Ecosse ; le second se donnait aux partisans du pouvoir royal ; il désignait primitivement les insurgés d'Irlande.

Un nouveau parlement fut convoqué ; il était encore contraire à la cour. Les catholiques furent persécutés, et le vicomte de Stafford, vieillard respectable, fut jugé et condamné; le peuple désapprouva cet' acte, et le roi cassa encore le parlement en 1680 ; un autre fut convoqué à Oxford.

La réaction catholique commença à son tour; le duc d'York, rappelé, passa en Ecosse, où il donna un Test en faveur de la royauté absolue. Dès ce moment, les catholiques l'emportèrent. Jacques prit un tel ascendant sur l'esprit de son frère, qu'il régna par anticipation. Russell, Sictney, Essex, montèrent sur l'échafaud. Charles laissait faire, et, fatigué de ces exécutions, terribles représailles de celles des protestants, il répondait aux instigations de son frère : « Je suis trop vieux pour recommencer mes courses ; vous le pouvez , si c'est votre goût. »

On dit qu'il voulait reconstituer le gouvernement national, lorsqu'il mourut, en 1685.

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